En juin 2012, le gouvernement de l'Aragon, sous la présidence de Luisa Fernanda Rudi Úbeda (depuis le 14 juillet 2011), membre du PP (Partido Popular: Parti populaire), a présenté un avant-projet de loi sur les langues.

Étant donné que le PP a toujours été opposé à la reconnaissance du catalan dans la vie publique de l'Aragon, il a décidé d'abroger la Loi n° 10/2009 du 22 décembre sur l'utilisation, la protection et la promotion des langues distinctives d'Aragon. Ce projet de loi constitue une promesse électorale des deux partis formant le gouvernement aragonais: le PP et le PAR (Partido Aragonés : Parti aragonais). Ce faisant, le gouvernement veut consolider le statut du castillan, sans lui opposer de concurrence linguistique. Il veut promouvoir en douce l'aragonais et bannir toute référence au catalan au profit des «langues et des particularités linguistiques distinctives d'Aragon» ("lenguas y modalidades lingüísticas propias de Aragón).

Par le fait même, l'Académie de la langue aragonaise (Academia de la Lengua Aragonesa) et l'Académie aragonaise du catalan (Academia Aragonesa del Catalán) sont supprimées au profit de la seule Académie aragonaise de la langue (Academia Aragonesa de la Lengua). Il en est ainsi du Conseil supérieur des langues d'Aragon (Consejo Superior de las Lenguas de Aragón), dont le projet de loi ne fait aucune allusion. Alors que la loi no 10/2009 sur les langues reconnaissait quatre zones linguistiques, le projet de loi de 2012 n'en compte que deux et pour l'aragonais seulement, excluant totalement le catalan :

1) une zone d'utilisation historique prédominante de la langue aragonaise distinctive dans les aires pyrénéennes et pré-pyrénéennes de la Communauté autonome, avec ses particularités linguistiques;

2) Une zone d'utilisation historique prédominante de la langue aragonaise distinctive dans l'aire orientale de la Communauté autonome, avec ses particularités linguistiques.

Par comparaison avec la loi n° 10/2009 sur les langues, ce projet de loi constitue un net recul pour la reconnaissance des langues minoritaires telles l'aragonais et le catalan, cette dernière étant complètement mise au ban. Non seulement le castillan est assuré d'être la seule langue officielle, mais toute imposition de l'aragonais ou des particularités linguistiques distinctives de l'Aragon est interdite, toute utilisation de celles-ci demeurant strictement volontaire dans les domaines de l'administration, de l'éducation et de la justice.