United Kingdom

Île Sainte-Hélène
et ses dépendances

Territoire britannique d'outre-mer

Capitale:  Jamestown
Population:  4255 habitants (2008)
Langue officielle: anglais (de facto)
Groupe majoritaire: anglais (100 %)
Groupes minoritaires:  aucun
Système politique:  territoire britannique d'outre-mer
Articles constitutionnels (langue):  aucune disposition linguistique dans la Constitution du 1
er janvier 1989

Lois linguistiques: 
Loi de 2002 sur la nationalité, l'immigration et le droit d'asile (Nationality, Immigration and Asylum Act 2002); Loi sur l'éducation (Education Act 2002); Règlements no 2785 sur la nationalité britannique (2005).


1   Situation géographique

L'île Sainte-Hélène (en anglais: St. Helena Island) est située au milieu de l'Atlantique Sud, à 1930 km des côtes africaines (voir la carte générale), soit à 1900 km de l'Angola et à 3500 km du Brésil. C'est un petit territoire de 410 km² (Bermudes: 53 km²; Malte: 316 km²; Corse: 8569 km²;  Groenland: 88 000 km²; Terre-Neuve: 111 390 km²) constituant un territoire britannique d'outre-mer. Outre l'île Sainte-Hélène elle-même, sept autres îles font partie de ses dépendances:

Jamestown est la seule agglomération de l'île Sainte-Hélène, formée d'une seule rue (la Napoleon Street), qui remonte dans une sorte de vallée coincée entre deux murs de rochers et de débris volcaniques.

2 Données démolinguistiques

En 2008, la population était estimée à 4255 habitants; on les appelle les Saints, les Héléniens ou encore les Saint-Héléniens. Il faut considérer que, sur ce nombre, quelque 1100 personnes vivent à l'île de l'Ascension et 300 à l'île Tristan; il en reste 3500 à l'île Sainte-Hélène elle-même. Il n'y a jamais eu de population indigène sur l'une ou l'autre de ces îles. La population de Sainte-Hélène et de ses dépendances est formée de 50 % de descendants d'Africains (dont des Malgaches), de 25 % d'Européens (britanniques) et de 25 % d'Asiatiques d'origine chinoise (cantonaise) ou malaise. De façon générale, la population est donc métissée parce qu'elle est issue d'Européens (Anglais, puis Hollandais et Portugais), d'Africains, de Chinois et d'Indiens. Tous les habitants parlent en principe l'anglais, car il n'y a jamais eu de créole sur l'île et les populations non britanniques ont perdu leur langue d'origine. L'île de l'Ascension compte une petite communauté d'Américains. Quant à l'île de Gough, elle est inhabitée.

3 Données historiques

L'île Sainte-Hélène aurait été découverte le 21 mai 1502 par le capitaine portugais João da Nova Castella, alors qu'il revenait de l'Inde; c'était le jour de la fête de sainte Hélène, mère de l'empereur romain Constantin, d'où le nom de Insula Sanctae Helenae alors inhabitée. Il ne semble pas que cette découverte fit sensation, car John Cavendish ignorait l'existence de cette île quand elle se présenta devant lui le 9 juin 1588. Les Portugais possédèrent Sainte-Hélène jusqu'en 1645, époque à laquelle ils l'abandonnèrent. L'île devint un port d'escale pour les bateaux qui naviguaient entre l'Europe et les Indes orientales. Les Hollandais s'en emparèrent en 1633 et l'annexèrent officiellement, mais ils ne l'occupèrent jamais; ils l'abandonnèrent en 1651.

3.1 La Compagnie des Indes orientales

En 1657, la Compagnie des Indes orientales (East India Company) en prit possession, et le premier gouverneur anglais John Dutton y construisit un fort en 1658. En 1661, le roi Charles II confirma par une charte royale la Compagnie des Indes dans la possession de l'île. En 1672, les Hollandais reprirent Sainte-Hélène, mais sir Richard Munden s'en empara en 1673; l'année suivante, une nouvelle charte royale vint renouveler les titres de la Compagnie des Indes. Conformément à cette charte, la Compagnie des Indes demeurait le seul propriétaire de l'île qu'elle administrait selon son bon plaisir tout en assurant également sa défense et en percevant les revenus. La Couronne pouvait nommer un gouverneur qui ne disposait que du pouvoir judiciaire et civil.

Les premiers colons étaient essentiellement des Anglais, mais il y eut aussi des Hollandais et des Portugais. Puis la Compagnie des Indes orientales importa de la  main-d'œuvre en recourant à des esclaves en provenance des Indes et de Madagascar. Ceux-ci furent suivis par d'autres esclaves venus de la Côte d'or de l'Afrique; après 1679, des contingents d'esclaves arrivèrent en provenance de Bombay et des îles Maldives. En 1806, la Compagnie des Indes orientales fit venir 650 Cantonais pour travailler comme jardiniers, mécaniciens et constructeurs : ce fut la composition orientale de la démographie insulaire. Bref, la population de Sainte-Hélène fut toujours cosmopolite, très peu homogène.

3.2 Le séjour de Napoléon


Napoléon à Sainte-Hélène
(de François Joseph Sandmann)

En 1815, l'empereur des Français, Napoléon 1er, fut déporté à Sainte-Hélène par la Grande-Bretagne. Le choix de la «retraite» de Napoléon était justifié par le fait que l'île demeurait une possession de la Compagnie des Indes et que la Couronne s'en trouvait déchargée de toute responsabilité. Mais une convention spéciale, conclue entre le gouvernement britannique et la Compagnie des Indes, fit passer temporairement l'administration de l'île entre les mains du gouvernement, qui s'engageait à indemniser la Compagnie pour toutes les dépenses extraordinaires que causerait le séjour de Napoléon dans l'île. Dans sa petite maison de Longwood, Napoléon tenait à montrer à ses geôliers anglais qu’il était toujours empereur des Français. Il institua une étiquette et un cérémonial rigoureux : le grand maréchal Bertrand de Montholon fut son majordome et son maître de cérémonie; le baron Gourgaud, son aide de camp et son grand écuyer ; les serviteurs étaient en livrée impériale; Louis Marchand, premier valet de chambre et Louis-Étienne de Saint-Denis appelé «Ali le Mamelouk» ses dévoués serviteurs étaient près de lui.

À partir du 14 avril 1816, les conditions de détention de Napoléon se dégradèrent, car le nouveau gouverneur, sir Hudson Lowe, un militaire zélé et rigide, appliqua à la lettre les consignes de surveillance qui lui avaient été assignées par son Ministère; le couvre-feu y était maintenu en permanence. Le vainqueur de Napoléon à Waterloo, le duc de Wellington, disait même de Hudson Lowe: «C'était un choix déplorable. Il manquait à la fois d'éducation et de jugement, c'était un sot.» Justement, ce n'était pas là un simple hasard! Lowe resta toujours tourmenté par la crainte d'une évasion de la part de Napoléon; c'est pourquoi il restera extrêmement tatillon et s'acharnera à réduire toutes les dépenses, le séjour de Napoléon sur l'île coûtant très cher à la Grande-Bretagne. Napoléon le détestait et dit de lui: «Vous êtes pour nous un plus grand fléau que toutes les misères de cet affreux rocher. J’ai vu des Tartares, des Cosaques, des Kalmouks, mais je n’ai jamais vu une figure aussi sinistre et aussi repoussante.» Quoi qu'il en soit, le rôle de geôlier n'était pas facile. Montholon, l'un des compagnons de Napoléon à Sainte-Hélène, déclara à Lowe: «Mon Cher Ami, un ange du ciel n’aurait pu nous plaire.» Or, Lowe n'était pas un ange, mais un militaire un peu borné.

L'arrivée de Napoléon avait entraîné une augmentation sensible de la population de l'île Sainte-Hélène: près de 2000 soldats et 500 marins de la flottille de guerre, ainsi que des officiels du gouvernement anglais, accompagnés de leurs familles, sans oublier la petite colonie française qui vivait dans l'entourage de Napoléon. La garnison installée dans l'île surveillait l'arrivée de bateaux éventuels, tandis que des navires patrouillaient constamment les eaux en cas de tentative de libération. Le gouvernement britannique équipa l'île de nombreux canons et de plusieurs fortifications. Même l'île de Tristan (dans l'archipel de Tristan da Cunha) avait sa garnison au cas où des renforts auraient été nécessaires. De plus, les Anglais revendiquèrent l'île de l’Ascension (jusqu'alors inhabitée) pour y établir une garnison navale sur le site de Georgetown. Durant les années qui suivirent, la garnison de Sainte-Hélène transforma les abris de fortune en une petite ville avec des maisons en pierre, un fort, un hôpital et un magasin. La petite colonie française qui vivait sur l'île dans l'entourage de l'empereur déchu comptait une vingtaine de personnes. Au total, Longwood abrita une centaine de personnes, des domestiques anglais pour la plupart.

Napoléon est décédé le 5 mai 1821. Le lendemain, le gouverneur Hudson Lowe vint en personne s’assurer de la mort de celui qu'il appelait «le général Bonaparte». Il déclara alors à son entourage:  «Hé bien, Messieurs, c'était le plus grand ennemi de l'Angleterre et le mien aussi; mais je lui pardonne tout. À la mort d'un si grand homme, on ne doit éprouver qu'une profonde douleur et de profonds regrets.» Conformément à ses dernière volontés, Napoléon fut inhumé le 9 mai près d'une source dans la vallée du Géranium, dénommée depuis «vallée du Tombeau». Le 27 mai, toute la colonie française quittait l'île Sainte-Hélène à bord du Camel qui faisait voile vers l'Europe. Napoléon avait rédigé un testament que les Anglais ont conservé durant trente-deux ans avant de consentir à le rendre à la France en mars 1853.

3.3 Le retour à la vie normale

Sir Hudson Lowe quitta, lui aussi, Sainte-Hélène le 25 juillet 1821. Le même jour, la Compagnie des Indes reprenait la jouissance de ses droits et privilèges, incluant les bâtiments élevés pour Napoléon et sa suite. Presque toutes les garnisons militaires furent retirées de Sainte-Hélène et de ses dépendances.  L'année suivante, le comte de Las Cases, qui avait résidé sur l'île, publia son récit sur Napoléon sous le titre Le Mémorial de Sainte-Hélène; le volume recueillit immédiatement un immense succès en Europe et contribua à la naissance de la légende napoléonienne.

Mais les privilèges de la Compagnie des Indes à Sainte-Hélène expiraient en 1833, et ce ne fut que le 24 février 1836 que le major général George Middlemore vint prendre possession de Sainte-Hélène au nom de la Couronne britannique. Entre-temps, l'île servit de refuge pour des milliers d'esclaves, suite à l'abolition de l'esclavage en 1834; la plupart des esclaves furent rapatriés en Afrique.

Dix-neuf ans après la mort de Napoléon, le roi des Français, Louis-Philippe, obtint de la Grande-Bretagne la restitution des cendres de l'ex-empereur. L'exhumation du corps de Napoléon eut lieu 15 octobre 1840, puis il fut rapatrié à bord de la Belle Poule et transféré en grandes pompes aux Invalides à Paris en attendant l'édification du tombeau. Le corps de Napoléon Ier n'y sera déposé que le 2 avril 1861. À partir de 1854, l'empereur Napoléon III négocia avec le gouvernement britannique l'achat de Longwood House (pour la somme de 7000 livres sterling) et de la vallée du Tombeau, qui devinrent propriétés françaises en 1858 et gérées depuis par le ministère français des Affaires étrangères.

En 1890, le chef zoulou Dinizulu fut exilé sur l'île où il resta pendant sept ans. Il fut suivi en 1900 par quelque 6000 Boers, prisonniers de guerre, qui quittèrent l'île en 1903. Beaucoup de Héléniens quittèrent Sainte-Hélène pour l'Afrique du Sud.

3.4 Aujourd'hui

Le XXe siècle s'avéra une période de déclin pour l'île Sainte-Hélène, surtout après 1919 avec l'ouverture du canal de Panama. La pauvreté et les privations devinrent le lot des insulaires. Pendant la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis construisirent un aérodrome militaire à l'île de l'Ascension, l'une des dépendances de Sainte-Hélène: le Wideawake Field. De 1943 à 1945, plus de 25 000 appareils de l’US Air Force transitèrent par l’Ascension pour des vols transatlantiques et jusqu'à 4000 militaires, principalement américains, furent stationnés sur cette île. Mais les derniers militaires partirent en 1947 et la population chuta à moins de 200 habitants.

Au cours des années cinquante, l'île Sainte-Hélène connut un nouveau déclin, alors qu'une entreprise de mise en conserve de poisson cessa ses activités; la Union Castle Shipping Line réduisit ses services de fret et annonça sa fermeture complète en 1977. En 1982, l’île de l'Ascension joua un rôle déterminant lors des opérations militaires britanniques durant la guerre des Malouines; cette île était la seule base utilisable de l’Atlantique-Sud. Après le conflit des Malouines, la Royal Air Force demeura sur l'île de l'Ascension, continuant à fournir une liaison essentielle entre les îles Malouines et le monde extérieur. Aujourd'hui, Sainte-Hélène reste toujours paisible et mise surtout sur le tourisme, essentiellement sur les lieux rappelant la détention de Napoléon, mais ne dispose d'aucune indépendance financière de la part du gouvernement de Sa Majesté. Depuis 2004, les possessions françaises à Sainte-Hélène ont été rattachées administrativement au Consulat de France au Cap (Afrique du Sud) qui avait déjà Tristan da Cunha dans sa circonscription. Aujourd’hui, toutes les pièces des appartements de Napoléon à Longwood House constituent un musée.

Les revenus des Héléniens sont peu élevés, ce qui oblige une bonne partie des habitants à travailler à l'extérieur de l'île, généralement aux îles Malouines (Mount Pleasant Air Base), à l'île de l'Ascension (BBC, Cable and Wireless, base de la Royal Air Force à Wideawake Airfield) ou en Grande-Bretagne. À l'île de l'Ascension, les salaires sont considérés comme corrects, surtout qu'il n’y a pas d’impôt sur le revenu et, de plus, la plupart des salariés touchent des primes d’expatriation. Le gouverneur de Sainte-Hélène est le représentant de la Couronne britannique. Un administrateur représente le gouverneur de Sainte-Hélène à l'Ascension.  Les insulaires sont représentés par un Conseil exécutif élu (l'EXCO) et un Conseil législatif (le LEGCO), bien que ces organismes aient peu d'influence réelle sur l'Administration de l'île et de ses dépendances.

4 La non-intervention linguistique

La législation en vigueur semble un mélange d'ordonnances de l’Ascension, d'ordonnances de Sainte-Hélène et de lois britanniques adaptées pour convenir aux circonstances locales. On ne peut pas parler de politique linguistique pour ce territoire britannique d'outre-mer. En fait, la seule politique réelle, c'est la non-intervention. L'anglais sert de langue officielle de facto, en tant que colonie britannique d'outre-mer. Forcément, il y a peu à dire, dans la mesure où l'administration est restreinte. Il s'agit d'une «terre britannique», parfois américaine (l'Ascension), où la langue anglaise est nécessairement de rigueur, y compris dans les écoles. Soulignons aussi que la Grande-Bretagne n'a jamais eu à composer avec une population indigène, celle-ci ayant toujours été importée. Bref, aucune politique linguistique n'existe sud l'île, à l'exception de la non-intervention.
 

Dernière mise à jour: 24 déc. 2015
 

Bibliographie

ASHMOLE, P. et M. ASHMORE. St. Helena and Ascension Island: A Natural History, Oswestry, Anthony Nelson,  2000.

CHEVALIER, Bernard, Michel DANCOISNE-MARTINEAU et Thierry LENTZ. Sainte-Hélène: île de mémoire, Paris, Fayard, 2005.
 

 

Les territoires britanniques d'outre-mer