La Nouvelle-Hollande (1609-1674)

La colonisation hollandaise en Amérique du Nord

 

Les Hollandais ont tenté de coloniser une partie de l'Amérique du Nord. C'est en 1609 que Henry Hudson, au service des Hollandais, remonta le fleuve qui portera désormais son nom. En 1614, la Compagnie hollandaise des Indes orientales installa des comptoirs dans toute la région, rebaptisée la Nouvelle-Hollande ou Nouvelle-Belgique (Nieuw Nederland ou Novium Belgium).

En mai 1624, le Nieu Nederlandt, un navire affrété par la Compagnie hollandaise des Indes occidentales, arriva en vue de l'île de Manhattan. Le vaisseau transportait une trentaine de colons, la plupart des Wallons, des Flamands et quelques Hollandais. L'année suivante, la petite colonie fonda la Nouvelle-Amsterdam (Nieuw Amsterdam) sur l'île de Manhattan (du nom de Manhattes donné par les Amérindiens) avec un fort et une trentaine de maisons. Quelque 200 protestants d'origine française (des huguenots) s'y installèrent pour le commerce des peaux de castors, de loutres et de visons. Le premier gouverneur de la Nouvelle-Hollande (aussi appelée Nouvelle-Belgique), Peter Minuit (un Wallon), acheta la petite île de Manhattan aux autochtones pour l'équivalent de 60 florins (ou 20 $ - 25 $).

Avec le temps, les Hollandais voulurent prendre les terres des Amérindiens. Ceux-ci ripostèrent par des représailles et un quasi-état de guerre permanent s'installa jusqu’au milieu des années 1640.

La Nouvelle-Hollande

En 1647, Peter Stuyvesant fut nommé directeur général de la Nouvelle-Hollande. Il résolut de «régler» la question indienne en capturant les autochtones pour les vendre comme esclaves dans les Antilles. Mais l'autoritarisme de Peter Stuyvesant et son intolérance religieuse pour les communautés n’appartenant pas à l’Église hollandaise réformée le rendirent fort impopulaire.

En 1655, les Hollandais annexèrent la petite colonie suédoise du Delaware (fondée en 1638), appelée la Nouvelle-Suède (Nya Sverige). Cette colonie devait son nom au premier gouverneur suédois, Thomas West, baron de La Warr (d'où Delaware). À cette époque, le territoire de la Nouvelle-Hollande comprenait une partie de l'actuel État de New York, le Connecticut, le Delaware, le New Jersey, le Vermont et la Pennsylvanie. En 1647, la population de la Nouvelle-Hollande comptait entre 1500 et 2000 habitants, mais en 1664 la population de la colonie hollandaise avait déjà atteint 10 000 habitants, alors que la ville de la Nouvelle-Amsterdam en comptait 1600. Quant à l'île de Manhattan (appelée Lange Eylandt devenue Long Island), elle abritait une douzaine de villages dans lesquels vivaient des familles hollandaises, flamandes, wallonnes et anglaises (la moitié de la population). Bien que la langue officielle fût le néerlandais, une bonne partie de la population parlait l'anglais, le français, l'allemand, le suédois, etc. Bref, la Nouvelle-Hollande était multilingue et multiculturelle.

New York

La petite colonie hollandaise suscita la convoitise des Britanniques qui s'emparèrent de la Nouvelle-Hollande en 1664. En réalité, sous la pression des colons et des Anglais, le gouverneur Stuyvesant avait fini par signer le document livrant la colonie aux Anglais, sans avoir vraiment combattu. Les termes de la reddition furent assez généreux, car les colons hollandais conservèrent leurs droits de propriété et leur liberté de religion. Le roi d'Angleterre, Charles II, donna alors la nouvelle colonie à son frère James, duc d'York, héritier du trône d'Angleterre, qui deviendra roi sous le nom de Jacques II; la ville de Nouvelle-Amsterdam devint New York. Le territoire du New Jersey fut concédé à sir George Carteret et John Berkeley; le nom tire son origine de l'île de Jersey, située dans la Manche, où était né sir George Carteret.

La Nouvelle-Orange

Dès lors, les Hollandais et les Anglais furent bientôt rejoints par des huguenots français après la révocation de l'édit de Nantes en 1685, puis des protestants allemands, de quelques juifs venus du Brésil et d'un certain nombre de Noirs. La paix de Breda (1667) marqua la fin de la guerre anglo-hollandaise. En contrepartie de la cession de la Nouvelle-Amsterdam (aujourd'hui New York) aux Britanniques, le traité permit aux Hollandais d'acquérir le Surinam en Amérique du Sud. Mais, en 1673, les Hollandais reprirent New York qu'il rebaptisèrent la Nouvelle-Orange (Nieuw Oranje). L'année suivante, le traité de Westminster restituait définitivement New York aux Britanniques. L'anglais remplaça définitivement le néerlandais comme langue officielle. Néanmoins, les Hollandais continuèrent à exercer une influence considérable sur la vie économique et sociale de la région, et ce, longtemps après la conquête de la Nouvelle-Hollande.

C'est dans cette région de New York que le caractère multilingue de l'Amérique apparut davantage. Alors qu'elle constituait une colonie hollandaise, on y trouvait, outre des Hollandais, également des Français, des Danois, des Norvégiens, des Suédois, des Anglais, des Écossais, des Irlandais, des Allemands, des Polonais, des Tchèques, des Portugais et des Italiens établis le long de l'Hudson. Malgré leur défaite en Amérique du Nord, les Hollandais continuèrent à exercer une grande influence considérable sur la vie économique et sociale de la région, sauf au point de vue linguistique où l'anglais prit toute la place. Ainsi, la diversité du peuplement de ces colonies laisse déjà présager que l'immigration restera une constante des l'histoire des États-Unis.

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(2) La colonisation européenne