(1735 - 1826)

Proposition
pour une Académie de la langue américaine

«Lettre au président du Congrès»

Par John Adams, le 5 septembre 1780, Amsterdam

(Traduit de l'anglais par Jacques Leclerc et Lionel Jean)

Proposal for an American Language Academy

By John Adams

John Adams penned this proposal while on a diplomatic mission to Europe during the Revolutionary War. Formally entitled "A Letter to the President of Congress," it was dispatched from Amsterdam on September 5, 1780.

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As eloquence is cultivated with more care in free republics than in other governments, it has been found by constant experience that such republics have produced the greatest purity, copiousness, and perfection of language. It is not to be disputed that the form of government has an influence upon language, and language in its turn influences not only the form of government, but the temper, the sentiments, and manners of the people. The admirable models which have been transmitted through the world, and continued down to these days, so as to form an essential part of the education of mankind from generation to generation, by those two ancient towns, Athens and Rome, would be sufficient, without any other argument, to show the United States the importance to their liberty, prosperity, and glory, of an early attention to the subject of eloquence and language.

Most of the nations of Europe have thought it necessary to establish by public authority institutions for fixing and improving their proper languages. I need not mention the academies in France, Spain, and Italy, their learned labors, nor their great success. But it is very remarkable, that although many learned and ingenious men in England have from age to age projected similar institutions for correcting and improving the English tongue, yet the government have never found time to interpose in any manner; so that to this day there is no grammar nor dictionary extant of the English language which has the least public authority; and it is only very lately, that a tolerable dictionary has been published, even by a private person, and there is not yet a passable grammar enterprised by any individual.

The honor of forming the first public institution for refining, correcting, improving, and ascertaining the English language, I hope is reserved for congress; they have every motive than can possibly influence a public assembly to undertake it. It will have a happy effect upon the union of the States to have a public standard for all persons in every part of the continent to appeal to, both for the signification and pronunciation of the language. The constitutions of all the States in the Union are so democratical that eloquence will become the instrument for recommending men to their fellow-citizens, and the principal means of advancement through the various ranks and offices of society.

In the last century, Latin was the universal language of Europe. Correspondence among the learned, and indeed among merchants and men of business, and the conversation of strangers and travellers, was generally carried on in that dead language. In the present century, Latin has been generally laid aside, and French has been substituted in its place, but has not yet become universally established, and, according to present appearances, it is not probable that it will. English is destined to be the next and succeeding centuries more generally the language of the world than Latin was in the last or French is in the present age. The reason of this is obvious, because the increasing population in America, and their universal connection and correspondence with all nations will, aided by the influence of England in the world, whether great or small, force their language into general use, in spite of all the obstacles that may be thrown in their way, if any such there should be.

It is not necessary to enlarge further, to show the motives which the people of America have to turn their thoughts early to this subject; they will naturally occur to congress in a much greater detail than I have time to hint at. I would therefore submit to the consideration of congress the expediency and policy of erecting by their authority a society under the name of "the American Academy for refining, improving, and ascertaining the English Language." The authority of congress is necessary to give such a society reputation, influence, and authority through all the States and with other nations. The number of members of which it shall consist, the manner of appointing those members, whether each State shall have a certain number of members and the power of appointing them, or whether congress shall have a certain number of members and the power of appointing them, or whether congress shall appoint them, whether after the first appointment the society itself shall fill up vacancies, these and other questions will easily be determined by congress.

It will be necessary that the society should have a library consisting of a complete collection of all writings concerning languages of every sort, ancient and modern. They must have some officers and some other expenses which will make some small funds indispensably necessary. Upon a recommendations from congress, there is no doubt but the legislature of every State in the confederation would readily pass a law making such a society a body politic, enable it to sue and be sued, and to hold an estate, real or personal, of a limited value in that State.

Proposition pour une Académie de la langue américaine

Par John Adams

John Adams a soumis cette proposition alors qu'il était en mission diplomatique en Europe pendant la Révolution américaine. Portant formellement le titre de «Lettre au président du Congrès», cette lettre a été expédiée d'Amsterdam le 5 septembre 1780. 

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Étant donné que l'éloquence est cultivée avec plus d'attention dans les républiques libres que dans d'autres gouvernements, l'expérience constante a prouvé que ces républiques ont conduit la langue à un très haut niveau de pureté, de richesse et de perfection. Il est évident que le type de gouvernement exerce une influence sur la langue et que la langue influence à son tour non seulement le type de gouvernement, mais aussi le tempérament, les sentiments et les moeurs des citoyens. Les modèles admirables, que ces deux villes anciennes, Athènes et Rome, ont transmis au monde et qui ont perduré au point de devenir, de génération en génération, une part essentielle de l'éducation de l'humanité, seraient amplement suffisants, sans autre argument, pour montrer aux États-Unis l'urgente importance de la question de l'éloquence et de la langue, et ce, pour leur liberté, leur prospérité et leur prestige.

La plupart des nations d'Europe ont jugé nécessaire d'établir des institutions d'autorité publique pour réglementer et améliorer leurs langues respectives. Je n'ai pas besoin de mentionner les académies de France, d'Espagne et d'Italie, leurs travaux érudits ni leurs grands succès. Mais il est très remarquable que, bien que beaucoup d'hommes cultivés et sages en Angleterre aient d'une génération à l'autre projeté de créer de semblables institutions pour la correction et l'amélioration de la langue anglaise, le gouvernement n'a pas encore, pour sa part, le temps d'intervenir de quelconque façon que ce soit, de sorte que, jusqu'à maintenant, il n'existe pas de grammaire, ni de dictionnaire de l'anglais qui bénéficie de la moindre reconnaissance de la part des autorités publiques; et c'est seulement très récemment qu'un dictionnaire acceptable a été publié, d'ailleurs par un simple particulier, et personne n'a encore rédigé une grammaire satisfaisante.

L'honneur de former la première institution publique pour l'épuration, la correction, l'amélioration et la préservation de la langue anglaise est, je l'espère, réservé au Congrès; on a toutes les raisons de penser qu'une assemblée publique accepterait de s'engager dans une telle entreprise. Le fait de pouvoir s'appuyer sur une norme commune à tous les citoyens de tout le continent pour des questions de sens et de prononciation de la langue produirait un heureux impact sur l'union des États. Les constitutions de tous les États de l'Union sont si démocratiques que l'art oratoire deviendra l'instrument de recommandation des gens auprès de leurs concitoyens et le principal moyen d'avancement dans les différentes classes et fonctions de la société.

Au siècle dernier, le latin était la langue universelle de l'Europe. C'est dans cette langue morte que se faisaient la correspondance entre les gens instruits et même entre les marchands et les hommes d'affaires, ainsi que la conversation entre des étrangers et des voyageurs. Au siècle actuel, le latin a été généralement mis de côté et le français a pris sa place, mais il n'est pas encore universellement établi et, à ce qu'il paraît, il n'est pas probable qu'il le sera. L'anglais est destiné, au cours du prochain siècle et des siècles suivants, à être plus généralement la langue du monde que ne l'était le latin au siècle dernier ou le français actuellement. La raison de cela en est évidente: l'accroissement de la population en Amérique ainsi que l'universalité de ses rapports et de ses liens avec les différentes nations feront que, grâce à l'influence, limitée ou grande, de l'Angleterre dans le monde, l'usage général de l'anglais s'imposera, et cela, malgré tous les obstacles qui leur seraient peut-être opposés.

Il est inutile d'aller plus loin dans l'exposé des motifs pour lesquels les citoyens américains doivent dès maintenant réfléchir sur cette question; ils seront, bien entendu, présentés au Congrès d'une manière plus détaillée que j'ai pu le faire ici. Je soumettrai donc à l'attention du Congrès l'opportunité et le projet de fonder, sous son autorité, une société nommée «Académie américaine pour l'amélioration, le perfectionnement et la préservation de l'anglais». L'autorité du Congrès s'avère indispensable pour assurer à cette société une réputation, une influence et un pouvoir dans tous les États et auprès des différentes nations. Le nombre de membres qui composeront cette académie, le mode de nomination de ceux-ci, à savoir si chaque État sera représenté par un certain nombre de membres et aura le pouvoir de les nommer, ou si c'est le Congrès lui-même qui désignera les membres de l'Académie, ou bien si après les premières nominations la société remplira elle-même les postes disponibles; toutes ces questions et bien d'autres seront facilement réglées par le Congrès.

La société devra posséder une bibliothèque comprenant une collection complète de tous les ouvrages présentant tous les types de langues, modernes comme anciennes. On devra disposer de fonctionnaires et prévoir d'autres frais qui rendront la présence de quelques petits fonds nécessaires et indispensables. Sur recommandation du Congrès, la législature de chaque État de la Confédération promulguera volontiers une loi faisant de cette société une instance politique; elle pourrait alors intenter des procès ou être poursuivie elle-même en justice; elle pourra également détenir une propriété, immobilière ou privée, d'une valeur limitée dans cet État.

 

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