Département français d'outre-mer

Guadeloupe

(France)

Capitale: Basse-Terre 
Population: 451 000 (2007)
Langue officielle: français 
Groupe majoritaire: créole guadeloupéen (96,8 %) 
Groupes minoritaires: français et créoles martiniquais, haïtien, etc. 
Système politique: département et région d'outre-mer (DROM)
Langue coloniale: français
Articles constitutionnels (langue): art. 2 et 75-1 de la Constitution de 1992 de la République française
Lois linguistiques: toutes les lois linguistiques de la République, dont les suivantes: loi no 84-747 du 2 août 1984 relative aux compétences des régions de Guadeloupe, de Guyane, de Martinique et de La Réunion ; loi no 75-620 du 11 juillet 1975 relative à l'éducation (loi Haby) ; loi no 84-52 du 26 janvier 1984 sur l'enseignement supérieur ; loi d'orientation no 89-486 du 10 juillet 1989 sur l'éducation (loi Jospin) ; décret no 93-535 du 27 mars 1993 portant approbation du cahier des missions et des charges de la Société nationale de radiodiffusion et de télévision française pour l'outre-mer (RFO) ; loi du 4 août 1994 relative à l'emploi de la langue française (1994) ; Code de l'éducation (2000) ; Loi d'orientation pour l'outre-mer (2000) ; Loi no 2005-380 du 23 avril 2005 d'orientation et de programme pour l'avenir de l'école (loi Fillon).

1 Données géographiques

La Guadeloupe (Gwadloup en créole) fait partie des Antilles françaises et constitue, depuis 1946, un département français d’outre-mer (appelé aussi DOM) d'une superficie de 386 566 km². Depuis la réforme de 2003, la Guadeloupe est devenue un DROM: un département et une région d'outre-mer. Comme la Martinique, la Guadeloupe est située dans les Petites Antilles, qui forment un chapelet d'îles en arc de cercle entre Porto Rico et le continent sud-américain, à égale distance des côtes du Venezuela et de l’île d’Haïti (voir la carte régionale). Contrairement à la Martinique qui est constituée d’une seule île, la Guadeloupe forme un archipel de 1780 km² comprenant huit îles dont la Grande-Terre (à l’est) et la Basse-Terre (à l’ouest), lesquelles sont les deux principales îles séparées par un étroit canal, la rivière Salée, mais reliées par un pont. 

Au sein des Petites Antilles, la Guadeloupe et la Martinique se trouvent séparées l’une de l’autre par une île non francophone: l’île de la Dominique (officiellement de langue anglaise). Ainsi, les voisines les plus proches de la Guadeloupe sont Montserrat (de langue anglaise) au nord et Sainte-Lucie (de langue anglaise) au sud. Bref, les deux département français des Antilles que sont la Guadeloupe et la Martinique sont répartis en deux zones séparées les unes des autres:

1) Au nord de l’île de Sainte-Lucie: l’île de la Martinique séparée de la Guadeloupe par la Dominique.

2) Au nord de l’île de la Dominique: la Guadeloupe avec les îles de la Grande-Terre, de la Basse-Terre, des Saintes, de Marie-Galante, de la Petite-Terre et de la Désirade.

La Grande-Terre et la Basse-Terre forment ce qu’on appelle la Guadeloupe continentale (en forme de papillon) constituant ainsi la plus grande «île» des Antilles françaises. La capitale administrative du département de la Guadeloupe est située tout au sud-ouest de l’île de la Basse-Terre et porte le nom de l’île: Basse-Terre.

Quatre îles, considérées comme les dépendances de la Guadeloupe continentale, sont situées tout autour de la Basse-Terre et de la Grande-Terre: ce sont les îles des Saintes à quelque 10 km au sud-est de Basse-Terre, composées de deux îles principales (Terre-de-Haut et Terre-de-Bas) et de six îlots inhabités, l’île Marie-Galante à 40 km au sud-est, les îles de la Petite-Terre au sud-est de la pointe de Grande-Terre et l’île de La Désirade à l’est de Grande-Terre (voir la carte de la Guadeloupe et de ses dépendances).

Jusqu'en 1997, le département français de la Guadeloupe était découpé en trois arrondissements (Basse-Terre, Pointe-à-Pitre et Saint-Martin / Saint-Barthélemy) subdivisés en 43 cantons et 34 communes. Mais, depuis le 15 juillet 2007, le statut de Saint-Martin et de Saint-Barthélemy a été modifié et ces deux îles ne font plus partie de la Guadeloupe; elles sont devenues des collectivités d'outre-mer.

En Guadeloupe, l'État français est représenté par le préfet établi dans la ville de Basse-Terre et un sous-préfets à Pointe-à-Pitre (île de la Grande-Terre). La capitale administrative est Basse-Terre (île de la Basse-Terre), mais la ville de Pointe-à-Pitre est devenue le véritable carrefour économique de ce département français d’outre-mer. Les villes d’importance sont Les Abymes (63 000 habitants) et son aéroport international, Pointe-à-Pitre (28 000 habitants) et la capitale administrative Basse-Terre (15 000 habitants).

Avant le 15 juillet 2007, la Guadeloupe comptait deux autres îles relativement éloignées de l’archipel puisqu’elles sont situées à 180 km à l’est de Porto Rico: Saint-Barthélemy et Saint-Martin. Ces îles, distantes l’une de l’autre de 25 km, sont situées à plus de 200 km au nord de la Grande-Terre dont elles sont séparées (voir la carte des Petites Antilles) par plusieurs îles anglophones: Saint-Kitts-et-Nevis, Antigua-et-Barbuda ainsi que Montserrat (colonie britannique). L’île de Saint-Martin (voir la description détaillée), située à 25 km à l’ouest de Saint-Barthélemy, paraît particulière au point de vue géopolitique. En effet, depuis 1648, Saint-Martin est partagée entre la France (53 km²) et les Pays-Bas (34 km²); la partie française, appelée Saint-Martin, occupe la partie nord avec Marigot comme chef-lieu, tout en constituant avec Saint-Barthélemy (jusqu'au 15 juillet 2007) l’un des trois arrondissements de la Guadeloupe, les deux autres étant la Basse-Terre et la Grande-Terre. La partie néerlandaise, appelée Sint Maarten (en néerlandais) avec Philipsburg comme chef-lieu, forme avec quelques îles au sud ce qu'on appelle les Antilles néerlandaises, plus précisément les Îles-du-Vent (Saba, Sint Eustatitus et Sint Maarten). Soulignons qu'à Saint-Martin/Sint Maarten il n'existe pas de frontière matérialisée entre les territoires français et néerlandais, la circulation des biens et des personnes étant entièrement libre. 

Enfin, en tant que département français, la Guadeloupe fait partie de l'Union européenne au sein de laquelle elle constitue une «région ultrapériphérique». À ce titre, elle bénéficie de «mesures spécifiques» qui adaptent le droit communautaire en tenant compte des caractéristiques et contraintes particulières de la région.

Le drapeau de la Guadeloupe présenté ici est un drapeau non officiel (seul le tricolore est officiel), correspondant à une bannière locale armoriée bleue et noire inspirée des armes de Pointe-à-Pitre, chargée d’un soleil et d’une branche de palmiste.

2 Données démolinguistiques

Au recensement de 1999 (le suivant ayant eu lieu en 2008), les 422 222 Guadeloupéens 451 000 au 1er janvier 2007 étaient inégalement répartis dans l’archipel. Depuis le 15 juillet 2007, il faut soustraire du total les 35 000 insulaires de Saint-Martin et les 5043 insulaires de Saint-Barthélemy. Le ministère français de l'Outre-Mer estimait la population de la Guadeloupe à 451 000 habitants au 1er janvier 2007.

2.1 La répartition géographique

D'après le recensement de 1999, près des deux tiers des habitants du département habitaient l’île de la Grande-Terre (266 00 hab.). Seules les îles de la Basse-Terre (98 000 hab.) et de Saint-Martin (35 000 hab.) comptaient des populations importantes. Suivaient les îles de Marie-Galante (13 512 hab.) de Saint-Barthélemy (5043 hab.), des Saintes (3100 hab.) et de La Désirade (1611 hab.); en tant que réserve naturelle, les îles de Petite-Terre restent inhabitées.

Répartition de la population dans l’archipel

Île

Chef-lieu

Superficie en km²

Population

Grande-Terre

Pointe-à-Pitre

590 km²

264 000

Basse-Terre

Basse-Terre

848 km²

98 000

Marie-Galante

Grand-Bourg

158 km²

13 800

Les Saintes

Terre-de-Haut

13 km²

3 100

La Désirade

Grande-Anse

22 km²

1 611

Petite-Terre

---------------

1,7 km²

îlots inhabités

2.2 La répartition ethnique

Du point de vue ethnique, la Guadeloupe est formée de «gens de couleur»: ce sont les Mulâtres qui sont majoritaires (65 %), suivis des Noirs (28 %) et des Indiens (4 %) d’origine asiatique, mais il s'agit là d'approximations. Officiellement, il n'y a pas de Noirs, ni de Mulâtres ni de Blancs en Guadeloupe, ces distinctions étant généralement mal vues et font l'objet d'un certain tabou, ce qui témoigne sans doute d'un malaise à ce sujet. Du point de vue de la distribution de la population, on constate que les Mulâtres et les Noirs occupent massivement la Guadeloupe continentale (Grande-Terre et Basse-Terre), l’île Marie-Galante et l’île Terre-de-Bas (aux Saintes).

À l’opposé, l'île Terre-de-Haut (aux Saintes) est composée majoritairement (à 90 %) de «Blancs-Pays», ceux-ci étant les descendants des colons bretons, normands et poitevins. Dans cette île, les «Blancs-Pays» peuvent parler le créole comme langue maternelle. En effet, les Saintes sont habitées depuis 1648 par des corsaires bretons, puis normands et poitevins. Mais le manque d'eau et l'aridité de la terre a terre n'ont pas favorisé la culture de la canne à sucre. C'est pourquoi les premiers Saintois se sont recyclés dans la pêche, seule ressource disponible. Comme très peu d'esclaves ont été importés, la population saintoise est restée blanche, mais la langue parlée est le créole. L'archipel des Saintes est composé de neuf petites îles, dont deux seulement sont habitées : Terre-de-Haut et Terre-de-Bas.

2.3 La répartition linguistique

Étant donné l'absence de statistiques officielles sur les langues parlées en Guadeloupe, il est plus malaisé d'établir le nombre des locuteurs des langues utilisées dans cet archipel français. Selon les estimations d'Ethnologue, sur une population de 444 515 habitants, les langues maternelles seraient réparties de la façon suivante:

Langue Locuteurs Pourcentage
Créole guadeloupéen

430 000

96,7 %

Créole haïtien

12 000

2,7 %

Français

7 300

1,6 %

Anglais

200

0,0 %

Pour sa part, le groupe Joshua Project fixe la population à 448 000 en 2008, avec la répartition linguistique suivante:

Groupe ethnique Langue maternelle Locuteurs Pourcentage
Guadeloupéens créoles créole guadeloupéen 332 000 74,1 %
Guadeloupéens mixtes créole guadeloupéen   88 000 19,6 %
Haïtiens créole haïtien   12 000 2,6 %
Français (blancs) français     8 800 1,9 %
Indiens tamouls tamoul     4 400 0,9 %
Autres ----     2 000 0,4 %
Arabes syriens arabe leventin du Nord       700 0,1 %
Dominicains espagnol       500 0,1 %
Total   448 000 100 %

Il ressort de ces estimations que la grande majorité des habitants de la Guadeloupe parle le créole guadeloupéen comme langue maternelle dans une proportion variant entre 93 % et 96 %. En réalité, presque tous les habitants parlent le créole guadeloupéen (et, pour les immigrants, le créole martiniquais ou haïtien) comme langue maternelle et le français comme langue seconde. Le créole est appelé «patwa», «patois» ou «kreyol».

Le créole guadeloupéen est très proche de celui de la Martinique et d'Haïti, ainsi que des formes de créoles parlées dans les îles anciennement francophones telles que la Dominique et Sainte-Lucie; ce sont des créole à base lexicale française. Voici un exemple de créole martiniquais et de créole guadeloupéen qui, bien que différents, présentent des similitudes:
 

Français Créole guadeloupéen Créole martiniquais
Peuples créoles du monde entier,
donnons-nous la main.
Tout pep kréyol ki asi latè an nou ban nou lanmen. Tout pep kréyol ki asou latè annou ba kò-nou lanmen.
Le créole ne représente pas qu'une langue ou qu'un groupe ethnique, mais toute une philosophie. Kréyol a pa selman on lang o ben on pep sé tout on filozofi. Kréyol pa anni yon lang, anni yon nasion moun, sé tout an filozofi.
Nous sommes créoles, et donc nous parlons créole.
Nou sé kréyol sé pouki nou ka palé kréyol. Nou sé Kréyol, kidonk sé kréyol, nou ka palé.
Le créole est la puissante langue de notre patrie, car il est parlé par tout le monde. Sé Kréyol ki met lang a kaz an nou pas sé li tout moun ka palé. Sé kréyol ki lang poto-mitan nou davwè sé'y tout moun ka palé.

Quant à la population blanche, elle demeure forcément très minoritaire avec 3 % et se partage, d’une part, entre les «Blancs-Pays» — les descendants des premiers colons français nés en Amérique — parlant le français et le créole, et, d’autre part, les «Métropolitains» ou «Blancs-France» résidant souvent temporairement en Guadeloupe, qui ne parlent que le français.

À l’origine (jusqu’à la fin de l’esclavage), on distinguait deux communautés de Blancs: les «Grands Blancs», les propriétaires de vastes habitations et d'un grand nombre d'esclaves, et les «Petits Blancs», généralement des marins bretons ou normands qui possédaient des habitations beaucoup plus modestes et dont la seule richesse était la couleur de la peau. Les «Petits Blancs» auraient donné naissance aux «Blancs-Matignon» (du nom du premier représentant installé après 1797 au Moule, commune de Morne-à-l'Eau, Francois Matignon-Delor) résidant aujourd'hui dans la région des Grands-Fonds à la Grande-Terre, près du Moule.

Quant aux autres communautés linguistiques parlant l'espagnol, le tamoul ou l'arabe, il n'existe que fort peu de données à ce sujet. Les arabophones proviendraient du Liban et de la Syrie; les Tamouls, du Tamil Nadu et du Sri Lanka. Certains Tamouls sont installés en Guadeloupe depuis plusieurs générations et sont bine intégrés dans la société guadeloupéenne. Pour la plupart des Tamouls, la langue ancestrale est devenue une langue seconde. Il en est ainsi des Libanais et des Syriens. Tout ce monde parle le créole, le français et la langue ancestrale d'origine.

2.4 La situation socio-économique

Quitte à simplifier un peu la situation socio-économique, on peut dire que, de façon générale, les immigrants haïtiens et dominicains fournissent les bras pour la construction, le jardinage et le travail domestique; les Guadeloupéens et les Martiniquais remplissent plutôt les postes de la fonction publique et des services d’hôtellerie et de restauration. Quant aux Métropolitains, ils occupent les postes de direction de la fonction publique, ou gèrent les domaines de l’immobilier, de la construction, de l’hôtellerie et de la restauration. 

Cela étant dit, les Métros n’exercent à peu près plus aucune influence politique sur les destinées de la Guadeloupe et, exception faite des touristes français, leur rôle économique demeure relativement faible. Ce sont les Blancs-Pays, c’est-à-dire les descendants des premiers colons français, qui ont conservé une certaine suprématie du pouvoir économique, mais ils ne possèdent plus aujourd'hui (contrairement à la Martinique) la moitié des richesses de l’archipel. Évidemment, les deux communautés blanches (Métros et Blancs-Pays) vivent en grande partie encore en marge de la population noire, mais les Blancs-Pays ont conservé un certain complexe d’infériorité face aux Métros et un complexe de supériorité face aux Noirs. Pour leur part, les Mulâtres accaparent l’administration publique (subalterne) et la politique locale en général. Pour ce qui est des Noirs et des Indiens, ils occupent généralement des emplois d’ouvriers agricoles ou des emplois de services.

Cependant, la situation change progressivement et les emplois se «décompartimentent» progressivement; par exemple, on peut trouver des médecins noirs et des ouvriers blancs.  Il en est ainsi des langues en présence. Beaucoup d'enfants nés en Métropole de parents antillais se sont ensuite installés aux Antilles et ne parlent pas le créole; de même, beaucoup de Métros installés depuis de nombreuses années parlent le créole, sans oublier les enfants nés aux Antilles de parents métropolitains qui, pour leur part, sont guadeloupéens et parlent bien souvent le créole. Par ailleurs, le français est la langue maternelle de nombreux jeunes Guadeloupéens qui parlent le plus souvent français dans les cours de recréation. Enfin, les Saintois, ces descendants de Bretons, parlent le créole, généralement comme langue maternelle. Cela étant dit, la Guadeloupe a souvent été victime d'une certaine ségrégation raciale. Alors qu'ils ne forment qu'un pour cent de la population, les «békés», ces descendants des colons blancs jadis propriétaires d'esclaves, contrôlent 40 % du secteur privé, dont l'agro-alimentaire, le reste étant aux mains des investisseurs de la Métropole. Lorsque le prix d'une bouteille de jus de mangue se vend plus cher qu'en Métropole, c'est aux békés qu'on s'en prend. De façon générale, les Guadeloupéens ne consomment que des produits importés, ce qui a fait l'affaire de biens des entreprises françaises.    

3 Données historiques

L’histoire de la Guadeloupe est liée à celle des Antilles, donc à la colonisation européenne et à l’esclavage pratiqué durant trois siècles par les Espagnols, les Anglais, les Français et les Hollandais. Néanmoins, la présence humaine aux Antilles a commencé bien avant l’arrivée des Européens. Ainsi, des archéologues ont trouvé dans les Caraïbes, notamment en Guadeloupe, des outils en pierre dont l’ancienneté est estimée à 4000 ans avant notre ère. Ces outils sont attribués aux Ciboneys, un peuple amérindien venu de l’ouest du Venezuela et de l’île de Trinidad. Deux mille ans plus tard, les premiers Arawaks, originaires des côtes vénézuéliennes, s’installèrent dans différentes îles des Petites Antilles.

3.1 Les Amérindiens

Vers 300 ans avant notre ère, les Arawaks peuplèrent la Guadeloupe et vécurent de l’agriculture et de la pêche. Ils furent décimés par un autre peuple amérindien, les Caraïbes (ou Kalina dont le nom signifie «guerrier»). Ces derniers, venus également du Venezuela comme les Arawaks, débarquèrent en Guadeloupe vers le VIIIe siècle et exterminèrent les Arawaks (à l’exception des femmes). Une fois installés, ils formèrent des groupes nomades qui colonisèrent toutes les Petites Antilles vers 1350 et vécurent de la culture du manioc, de la pêche et de la chasse. L’île de la Guadeloupe fut appelée Karukéra, ce qui signifiait «île aux belles eaux» en langue kalina. Les Caraïbes ou Kalinas insulaires seront décimés dans les vingt premières années de la colonisation française de la Guadeloupe, qui débutera en 1635.

3.2 Christophe Colomb et le baptême des îles

Le 3 novembre 1493, l'amiral Christophe Colomb, au terme de son second voyage, aborda l’archipel de la Guadeloupe à la tête d'une imposante armada de 17 caravelles et de 1500 hommes. Après avoir découvert La Désirade (dénommée ainsi en souvenir de la première île tant «désirée» apparue à l’horizon), Colomb débarqua à l’île Marie-Galante (baptisée ainsi du nom du navire amiral: Santa Maria Galante), puis le lendemain à l’île de Karukéra qu’il appela aussitôt Sainte-Marie-de-la-Guadeloupe, en hommage à un monastère de la province espagnole d'Estrémadure. Le nom Guadeloupe tire son origine de l'espagnol Guadaloupé signifiant «rivière occulte», d’après la toponymie arabe du sud de l’Espagne, ou même la «rivière aux Loups» et viendrait de la Virgen de Guadalupe, une sainte locale de la province de Cáceres en Estremadure, Nuestra Senora de la Guadalupe de Estremadura. Les Espagnols séjournèrent sur les rivages de l'île jusqu'au 10 novembre et visitèrent de nombreux villages vidés de leur population: les Caraïbes, apeurés, s’étaient enfuis. Durant son voyage, Christophe Colomb avait aussi rebaptisé les îles des Saintes (de l’espagnol Los Santos, c’est-à-dire «les saints», pour célébrer la fête de la Toussaint), Saint-Martin (découverte le 11 novembre, le jour de la Saint-Martin dans le calendrier grégorien) et Saint-Barthélemy (du nom du frère de Colomb, Bathelemeo).

Christophe Colomb revint en Guadeloupe en 1496, mais il fut reçu de façon belliqueuse par les Caraïbes. Des tentatives de colonisation furent envisagées, mais l’agressivité et la réputation d’anthropophagie des Caraïbes incitèrent les Espagnols à négliger l’archipel qui servit seulement d’escale entre les Antilles et l’Europe, ce qui laissait la place aux Français et aux Anglais. Il faut dire aussi que pour des conquistadors les îles des Petites Antilles ne présentaient qu’un intérêt secondaire comparativement aux Grandes Antilles (Cuba, Saint-Domingue, Porto Rico, Bahamas, Jamaïque) et à l’Amérique du Sud). En somme, c’était du «menu fretin» que les Espagnols pouvaient laisser aux Français, aux Anglais ou aux Hollandais.

3.3 La colonisation française

Au XVIIe siècle, le cardinal de Richelieu autorisa la Compagnie des Isles d’Amérique à coloniser les Antilles. Le 28 juin 1635, deux Français, Liénard de L’Olive et Duplessis d’Ossonville, débarquèrent à la Guadeloupe (continentale) et en prirent possession. Ils livrèrent aussitôt une guerre sans merci aux Caraïbes, qui dura de 1635 à 1639. L’incessante guerre d’embuscade avec les Français mais aussi la famine et les maladies décimèrent pratiquement la colonie indigène. Les survivants se réfugièrent à l’île Marie-Galante et aux Saintes.

De 1643 à 1664, Charles Houël fut nommé gouverneur de la Guadeloupe, fonda la ville de Basse-Terre et devint propriétaire de l’archipel. Il continua l'extermination des Caraïbes de Marie-Galante et des Saintes. C’est vers 1644 que se dessina la vocation économique de la Guadeloupe avec la culture de la canne à sucre. Comme cette culture exigeait une importante main-d’oeuvre, les Français imitèrent les Espagnols et importèrent des cargaisons d’esclaves noirs originaires d’Afrique. En 1656, le nombre d'esclaves avoisinait les 3000 pour une population totale de 15 000 habitants. Encouragé par le ministre Colbert, ce trafic d’esclave durera près de 200 ans. En 1660, le gouverneur Houël conclut un traité de paix avec les Anglais qui héritèrent des îles de la Dominique et de Saint-Vincent. En 1664, la Guadeloupe passa sous la tutelle de la Compagnie des Indes occidentales, mais finit par être rattachée au domaine royal en 1674 tout en étant soumise à la tutelle martiniquaise; la Compagnie des Indes occidentales fut supprimée.

En 1648, les îles de Saint-Martin et de Saint-Barthélemy furent abandonnées par les Espagnols qui les avaient jugées trop petites et d’un intérêt limité. Cette année-là (1648), l’île de Saint-Martin n’était occupée que par quatre Français et cinq Hollandais. Le 23 mars de la même année, Français et Hollandais réglèrent le problème de leur «souveraineté nationale» par la signature du traité du mont des Accords. Ils se partagèrent l’île en deux parties: les Français occupèrent la partie nord, les Hollandais, la partie sud. Dans l’accord de 1648, il était convenu d’assurer la libre circulation des habitants sur toute l’île. Les dispositions de 1648 sont demeurées en vigueur jusqu’à aujourd’hui, sans faille aucune, peut-être justement à cause de l'absence de barrières visibles entre les deux frontières. Par la suite, malgré l'occupation franco-hollandaise, c'est l'anglais qui servira de langue véhiculaire sur l'île. En 1651, l’île de Saint-Barthélemy fut vendue à l’ordre de Malte.

Lorsqu’en 1656 des colons hollandais furent chassés du Brésil par les Portugais, ils se réfugièrent avec leurs esclaves en Martinique, mais surtout en Guadeloupe et à Saint-Martin. Parce que les Hollandais étaient réputés être les détendeurs de la technique de fabrication du sucre, le gouverneur français, Charles Houël, avait considéré que l’arrivée de ces nouveaux immigrants allait favoriser l’essor économique. Dans les siècles qui suivirent, l’île de Saint-Martin se peupla de colons et de corsaires anglais, et de quelques esclaves noirs, tout en demeurant sous la double administration franco-hollandaise. Cependant, les Français et les Hollandais durent se défendre pour contrer les incessantes attaques anglaises. Lors du traité d'Utrecht de 1713, la France perdit l’île de Saint-Christophe au profit de l’Angleterre (aujourd'hui, l'État de Saint-Kitt-et-Nevis). Or, la partie française de Saint-Martin (ainsi que l’île de Saint-Barthélemy) était reliée administrativement à Saint-Christophe dont elle dépendait. La perte de Saint-Christophe, qui coupait tout lien naturel avec la France, fit que la partie française de Saint-Martin dut ne compter que sur elle-même pendant un certain temps (cinquante ans); ce n’est qu’en 1763 qu’elle fut rattachée administrativement à la Guadeloupe (distante de 250 km). 

En 1816, la signature du traité de Vienne mit fin aux luttes coloniales et assura définitivement la prédominance franco-hollandaise. En réalité, entre le milieu du XVIIe siècle et le début du XIXe siècle, l’île de Saint-Martin / Sint Maarten subit l’influence de la France, des Antilles néerlandaises, des Antilles anglaises, des îles Vierges américaines, de Porto Rico (espagnol), des États-Unis et de la Suède. On peut imaginer le degré de multilinguisme et de multiculturalisme chez la population insulaire. Autour de 1843, l'amiral Alphonse-Louis-Théodore de Moges (1789-1850), alors qu'il était commandant en chef de la station des Antilles et du golfe du Mexique et gouverneur de la Martinique, écrivait au ministre de la Marine française: «Malgré la double occupation (française et hollandaise), c'est la langue anglaise qui est la seule familière à l'ensemble de la population. Cette circonstance s'explique par le peu d'intérêt que la Hollande accorde à cette possession et par l'abandon où nous-mêmes l'avons laissée pendant de longues années.» La situation a changé aujourd'hui, l'île étant envahie annuellement par un demi-million de touristes dont surtout des Américains, puis des Français, des Canadiens, des Néerlandais, etc.   Bref, les habitants ont toujours parlé le français, le néerlandais, l'anglais, l'espagnol et différents créoles.

3.4 L’esclavage et les conflits franco-britanniques

En 1685, fut proclamé le fameux Code noir, une ordonnance de Louis XIV destinée à réglementer le régime de l’esclavage et précisant les devoirs des maîtres et des esclaves. Ce Code noir, qui resta en vigueur dans toutes les Antilles et en Guyane française jusqu'en 1848 (date de l'abolition définitive de l'esclavage par la France), fut rarement respecté. Bien que ce code ne traitât pas des questions de langue, il dépouillait l’esclave de toute son identité. En effet, après le baptême catholique obligatoire, l'Africain devenait un Nègre et changeait de nom, abandonnant ses habitudes vestimentaires et sa langue, puis était marqué au fer rouge et affecté au travail servile.

Comme ailleurs aux Antilles, les rivalités franco-britanniques modifièrent le caractère politique et économique de la Guadeloupe qui, de 1691 à 1816, fut tantôt française tantôt anglaise. De 1691 à 1703, les Anglais occupèrent la Basse-Terre et Marie-Galante. Les nouveaux maîtres amenèrent en Guadeloupe 18 000 esclaves supplémentaires utilisés au développement de la Grande-Terre. Reprise par les Français en 1703, la Guadeloupe redevint à nouveau anglaise pendant la guerre de Sept Ans (1756-1763), mais le traité de Paris de 1763 mit fin à la guerre et restitua la Guadeloupe (et la Martinique) à la France. Quelques années plus tard, en 1775, la Guadeloupe obtint son autonomie vis-à-vis de la Martinique.

En 1784, en échange de services rendus à la France et d'une base commerciale à Göteborg (le plus grand port suédois devenu accessible aux produits français), le roi Louis XVI céda l’île de Saint-Barthélemy au roi de Suède Gustave III. Saint-Barthélemy resta sous administration suédoise jusqu’en 1877. Pendant près d’un siècle, le port de Gustavia (nom donné en l’honneur de Gustave III) de Saint-Barthélemy, le chef-lieu de l’île avec ses bâtiments d’architecture suédoise et quelques noms de rue, devint un important centre de ravitaillement pour les différentes factions en guerre, particulièrement les Français, les Anglais, les Espagnols et les Hollandais. Au fil des ans, l’île devint un haut lieu du commerce international, qui s’est perpétué jusqu’à aujourd’hui.

Après que la Guadeloupe fût dotée en 1787 d'une assemblée coloniale acquise aux intérêts des planteurs, la population des esclaves noirs augmenta considérablement et passa à 90 000 Noirs contre 14 000 Blancs et 3000 affranchis. On comprendra que les grands propriétaires blancs ne virent pas d’un bon oeil la Révolution française (1789) et la Convention qui abolissait l’esclavage. Le gouverneur et l'assemblée de la Guadeloupe refusèrent de se soumettre à la nouvelle république qui envoya une expédition aux Petites Antilles pendant que les Anglais avaient repris la Guadeloupe en 1794. Les Français menés par Victor Hugues libérèrent aussitôt l’archipel et toutes ses îles, exception faite des Saintes. Après avoir proclamé l'abolition de l'esclavage, Hugues enrôla un grand nombre de Noirs dans l'armée de la République, installa un tribunal révolutionnaire, emprisonna ou fit guillotiner les grands propriétaires blancs et réquisitionna le reste des Noirs pour les faire travailler de nouveau sur les plantations. Pendant quatre années (1794-1798), Victor Hugues fit régner son régime de terreur jusqu’à son rappel en France pour ensuite être nommé en Guyane où... il rétablit l'esclavage. À cette époque, l'archipel guadeloupéen comptait 113 726 habitants, mais seulement un millier de Blancs. Pendant que la Guadeloupe défendait seule aux Antilles les idéaux révolutionnaires, aidant même la Guyane française, la Martinique restait, sous la domination anglaise, fidèle à l’Ancien Régime monarchique incarné par Louis XVIII.

Pendant ce temps, les autorités françaises se préparèrent à reprendre la Guadeloupe. Le 14 Novembre 1801, Denis Décrès, alors ministre de la Marine et des Colonies déclarait avec des propos paternalistes :

Je veux des esclaves dans les colonies. La liberté est un aliment pour lequel l'estomac des Nègres n'est pas préparé. Je crois qu'il faut saisir toutes les occasions pour leur rendre leur nourriture naturelle sauf les assaisonnements que commandent la justice et l'humanité. Je crois qu'il faut envoyer une force considérable en Guadeloupe, non pour la réduire à ce qu'elle était mais à ce qu'elle doit être.

Le gouvernement français dépêcha 6000 hommes de troupes sous les ordres du général Antoine Richepanse (1770-1802). Les Français massacrèrent massacrèrent quelque 10 000 hommes et femmes, ce qui représentait environ 10 % de la population guadeloupéenne. Cette tuerie de mai 1802 avaient pour objectif non seulement de remettre les Noirs sous le joug de l'esclavage, mais aussi de leur faire admettre que le maître blanc ne pouvait accepter d'être défié impunément. Il fallait en somme que la Guadeloupe serve d'exemple aux autres Nègres des colonies françaises.

Quelques années plus tard, soit en 1808, les Anglais entamèrent une nouvelle campagne d'invasion et conquirent encore le Guadeloupe au début de l'année 1810 et y restèrent jusqu'à la signature du traité de Paris de 1814, qui rendait la totalité de l'archipel à la France. En raison du retour de Napoléon au pouvoir (période des Cent Jours), les Anglais remirent en cause cette restitution et une dernière invasion eut lieu. L'archipel ne revint définitivement à la France qu'en juillet 1816.

3.5 L’abolition de l’esclavage


Victor Schoelcher 1804-1893

Rappelons que c'est en 1802 que Napoléon Bonaparte avait rétabli l'esclavage dans toutes les Antilles, mais les mouvements de résistance commencèrent, notamment de la part des Anglais qui avaient interdit la traite des Noirs en 1807 et en raison de la proclamation du congrès de Vienne qui l’avait également interdit en 1815. Mais il fallut attendre le décret d'abolition de l'esclavage du 27 avril 1848 qui a été préparé par le sous-secrétaire d'État à la Marine chargé des colonies, Victor Schoelcher (1804-1893), d’origine alsacienne. Presque aussitôt, le gouverneur de la Guadeloupe, Laryle, décida, le 27 mai 1848, d’appliquer le décret d'abolition dans l’archipel; l’esclavage fut également aboli la même année à l’île de Saint-Martin pour la partie française, mais seulement en 1863 pour la partie hollandaise. Puis la Guadeloupe participa aux élections qui suivirent et permit l'élection de Victor Schoelcher en tant que député de la Guadeloupe et de la Martinique. En 1849, Schoelcher fut élu à l'Assemblée législative de la Seconde République.

Devenu célèbre dans toutes les Antilles, Victor Schoelcher revendiqua aussi l’application du droit commun et même la départementalisation pour les quatre colonies (Martinique, Guadeloupe, Guyane et La Réunion), mais il échoua sur cette question; on sait que les quatre colonies ne deviendront des départements qu’en 1946. Bien sûr, au terme de cette douloureuse période, la colonie martiniquaise s’était peuplée massivement de nouveaux arrivants noirs et la langue maternelle de tous était devenue le créole martiniquais. 

On estime que, entre 1650 et 1850, la France aurait importé 290 000 esclaves en Guadeloupe. Cependant, le recensement de 1850 ne mentionnait que 121 000 habitants, ce qui donne un bon indice du fort taux de mortalité parmi les esclaves noirs. Enfin, c’est vers les années 1840 seulement que les Noirs furent christianisés par l’Église catholique. Auparavant, les Noirs étaient certes baptisés, mais ils étaient ensuite laissés à eux-mêmes; d'ailleurs, beaucoup de prêtres possédaient des esclaves.

Cela dit, l'esclavage continua sous une autre forme lorsque fut imposé le Code de l’indigénat qui correspondrait aujourd'hui à une autre forme déguisée d’esclavage des populations autochtones en les dépouillant de toute leur identité. Grâce aux pratiques discriminatoires imposées par le Code de l'indigénat (en vigueur de 1887 à 1946), les Blancs continuèrent de jouir de privilèges considérables.

3.6 Les nouveaux immigrants

Mais la suppression de l'esclavage ne pouvait que nuire à l'économie de plantation de la Guadeloupe qui ne pouvait supporter des coûts de main-d'œuvre importants. C’est pourquoi, entre 1854 et 1885, le gouvernement français décida d’importer des immigrants indiens «libres» (les coolies) provenant des comptoirs de l’Inde. Réputés dociles, ils furent 45 000 «coolies» (terme à connotation raciste formé des mots chinois ku et li signifiant «souffrance» et «force») à venir travailler en Guadeloupe (et en Martinique) pour une durée, en principe, de cinq ans. Beaucoup d’entre eux restèrent sur place à la fin de leur contrat, fondèrent une famille et devinrent bientôt des Guadeloupéens à part entière, tout en conservant leur religion et leurs habitudes culinaires, mais perdirent leur langue pour adopter le créole guadeloupéen. Pendant quelques décennies, l’exploitation de la canne à sucre resta le secteur essentiel de l'économie, aidée en cela par la création de la Banque de Guadeloupe en 1851 et le Crédit foncier colonial en 1861. À partir de 1871, sans interruption, la Guadeloupe fut toujours représentée au Parlement français par des Guadeloupéens (surtout mulâtres).

Par ailleurs, lors du traité du 10 août 1877 (effectif le 16 mars 1878), l’île de Saint-Barthélemy qui avait été cédée à la Suède fut rétrocédée pour la somme de 400 000 francs à la France par Oscar II, roi de Norvège et de Suède, après consultation des habitants de l'île (351 voix contre une s'étaient prononcé en faveur de la rétrocession à la France). Saint-Barthélemy jouit depuis cette époque d’un statut de port franc, donc exemptée de droits de douane.

3.7 Une lente amélioration

Sous les derniers rois de France (Louis XVIII, Charles X et Louis-Philippe), la Guadeloupe n’évolua que fort peu sur le plan des droits humains, même si, à partir de 1830, les Noirs et les mulâtres obtinrent en principe les mêmes droits que les Blancs. C’est la Troisième République de 1870 qui marqua un réel progrès, car non seulement le suffrage universel masculin fut institué, mais l’enseignement public obligatoire, laïc et gratuit, fut étendu à tous les Guadeloupéens (1881). Toutefois, la situation des classes ouvrières resta précaire, car la scolarisation des enfants impliquait des dépenses supplémentaires auxquelles les parents ne pouvaient pas toujours faire face. En réalité, le niveau de vie des Noirs et immigrés indiens ne connut une amélioration significative que vers le milieu du XXe siècle.

De 1870 à 1914, la crise sucrière secoua la Guadeloupe, ce qui eut pour effet de concentrer les propriétés au profit des usines qui appartenaient déjà à des industriels de la Métropole. Suivit un nouveau régime se réclamant du socialisme et incarné par Hégésippe Légitimus qui s’en prenait au quasi-monopole des mulâtres dans la vie politique locale au détriment des Noirs. L’arrivée d’un gouverneur noir, Félix Éboué, contribua à atténuer le discrédit engendré par la politique de Légitimus. En 1928, l'île fut ravagée par un terrible cyclone et les constructions commencèrent alors à se faire avec du béton armé. L'économie sucrière continua son développement, mais l’exportation de la banane et du rhum commença à concurrencer la canne à sucre avant la Première Guerre mondiale. Par la suite, le déclin de l’économie sucrière et les tentatives de reconversion de la canne à sucre ne favorisèrent pas la paix sociale.

Quant à l'île de Saint-Martin / Sint Maarten, elle fut en quelque sorte réquisitionnée lors de la Seconde Guerre mondiale par les État-Unis qui y construisirent un aéroport militaire. Ce facteur contribua à angliciser davantage les insulaires. 

3.8 La départementalisation

Le 19 mars 1946, près de 100 ans après la recommandation de Victor Schoelcher, l’Assemblée nationale française adopta la loi dite de «l’assimilation», qui transformait les "Quatre Vieilles" colonies (la Réunion, la Guadeloupe, la Martinique et la Guyane française) en départements français. Ainsi, l’archipel de la Guadeloupe devint un département français d’outre-mer (DOM). Depuis la loi du 19 mars 1946, la Guadeloupe est dotée d’un Conseil régional et d’un Conseil général. Ce nouveau statut apporta une certaine richesse économique, mais la situation sociale ne s'améliora que progressivement, et ce, à travers une succession de nombreux conflits sociaux, surtout dans les années cinquante et soixante. 

Lors de la Seconde Guerre mondiale, les Américains devinrent le fournisseur unique de toute l’île de Saint-Martin, car l’Administration française de l’île avait reconnu officiellement le gouvernement de Vichy et, de ce fait, avait subi le blocus des forces alliées. La guerre contribua ainsi à américaniser et angliciser grandement la population de Saint-Martin / Sint Maarten.

En 1963, le gouvernement français créa le BUMIDOM, le Bureau des migrations des départements d'outre-mer, afin de soulager la région de l’augmentation démographique et de l’accroissement du chômage: le départ annuel de 10 000 Antillais vers l'Hexagone, afin d’occuper des fonctions subalternes dans la fonction publique (PTT, hôpitaux, administrations diverses), a constitué une solution temporaire, sans que les problèmes de fond ne soient abordés.

La décennie soixante-dix vit la montée de revendications indépendantistes nourries en partie par le marxisme et le modèle cubain; ces mouvements connurent un certain apaisement lors de l’adoption de la loi du 2 mars 1982, qui érigeait la région en collectivité territoriale et faisait de la Guadeloupe l’une des 26 Régions françaises. Les élites politiques guadeloupéennes reçurent alors un surcroît de responsabilités dans le développement économique de leur département, qui devint largement subventionné à la fois par l'État français et par l'Union européenne. Cependant, la transformation de l'économie et de la société guadeloupéenne, bien que nécessaire en raison de l’effondrement de l’industrie sucrière, s’est avérée bien difficile pour la population qui a dû se rendre à l’évidence: l'ancienne économie basée sur une agriculture d'exportation (banane, rhum et canne à sucre) n'avait plus qu'un avenir fort limité en Guadeloupe. Dorénavant, l’industrie prometteuse, c’était davantage le tourisme. 

En 1976, le réveil du volcan de la Soufrière eut pour effet de provoquer le déplacement de milliers de Guadeloupéens, un geste politique qui fut largement contesté d'autant plus que la désertion de la population de la Basse-Terre avait accentué la crise économique. En 1989, la Guadeloupe connut un autre cataclysme encore plus dévastateur: dans la nuit du 16 septembre, l'ouragan Hugo dévasta l'archipel.

Aujourd’hui, les Guadeloupéens et les Martiniquais ont définitivement remis en cause la solution de l’émigration (maintenant disqualifiée) vers la Métropole. Du côté de l’État français, le recours systématique aux subventions a fini par devenir une forme d’assistanat perpétuel dans une île d’assistés sociaux où le taux de chômage avoisine les 35 %. Enfin, en Guadeloupe comme aussi en Martinique, la problématique identitaire guadeloupéenne n’a pas été résolue, puisque l’assimilation à la culture européenne, surtout depuis l’intégration à l’Union européenne, s’avère en totale contradiction avec la réalité géostratégique de la Guadeloupe au sein des Antilles. Il importe de noter que, depuis plusieurs années, les Guadeloupéens s’impliquent davantage dans la gestion de l'île et la nomination d’un «Métro» à un poste clé est mal perçu. Enfin, les années quatre-vingt-dix ont été marquées par des grèves dont la revendication principale portait sur l'égalité des traitements entre Blancs et Noirs occupant des postes identiques.

3.9 Le nouveau statut de Saint-Martin et de Saint-Barthélemy

Le décret français du 29 octobre 2003 a permis de consulter les électeurs de l'île de Saint-Martin et de l'île de Saint-Barthélemy en application de l'article 72-4 de la Constitution française. Les habitants de l'île de Saint-Martin (alors une dépendance de la Guadeloupe) furent consultés le 7 décembre 2003. Ils avaient à répondre par «oui» ou par «non» à la question suivante : «Approuvez-vous le projet de création à Saint-Martin d'une collectivité d'outre-mer régie par l'article 74 de la Constitution, se substituant à la commune, au département et à la région, et dont le statut sera défini par une loi organique qui déterminera notamment les compétences de la collectivité et les conditions dans lesquelles les lois et règlements y sont applicables?» La même question a été posée aux habitants de Saint-Barthélemy; et les habitants de la Guadeloupe et de la Martinique furent aussi consultés. Les habitants de Saint-Barthélemy ont plébiscité une séparation avec l'archipel pour devenir une collectivité d'outre-mer. Ils ont voté à 95,5 % en faveur de la transformation de leur île en «Collectivité d'outre-mer». Le «oui» l'a aussi massivement emporté dans la partie française de l'île franco-néerlandaise de Saint-Martin, avec 76 % des votes. Le «non» l’a emporté largement en Guadeloupe, mais de justesse en Martinique.

C'est pourquoi seules les îles de Saint-Martin et Saint-Barthélemy allaient changer de statut et devenir des collectivités d'outre-mer (COM). Le 15 juillet 2007, Saint-Martin et Saint-Barthélemy avaient changé de statut. Ces deux îles exercent depuis les compétences actuellement dévolues au département et à la région de la Guadeloupe, c'est-à-dire fixer les règles applicables en matière de fiscalité, d'urbanisme, de circulation routière, de desserte maritime, de voirie, d'environnement, d'accès au travail des étrangers, d'énergie, de tourisme et d'organisation des services et établissements publics de la collectivité.

Aujourd'hui, les velléités indépendantistes sont au plus bas chez la Guadeloupéens. Un sondage du Figaro, réalisé du 21 au 23 février lors des affrontements 2009, montre que si 51 % des Français de la Métropole, excédés, en sont venus à favoriser l'indépendance de la petit île qu'ils sont convaincus d'entretenir, les Guadeloupéens, pour leur part, refusent la sécession dans une proportion de 80 %.  Paradoxalement, une nette majorité des Français de métropole (68 %) considèrent la Guadeloupe comme «un atout pour la France», car elle contribue à son rayonnement international; ils ne sont que 32 % à la percevoir comme «un poids financier».

3 La politique linguistique

Rappelons que la Guadeloupe fait partie de la France et la politique linguistique qui y est appliquée tient compte de cette réalité juridique incontournable. Ainsi, en vertu de l’article 2 de la Constitution, le français demeure la langue officielle de ce département: «La langue de la République est le français.» Comme dans tous les départements français d’outre-mer (DOM), tous les textes nationaux de la République y sont applicables, mais certaines adaptations ont été prévues par la «loi no 84-747 du 2 août 1984 relative aux compétences des régions de Guadeloupe, de Guyane, de Martinique et de la Réunion». Ces adaptations concernent les activités éducatives et culturelles complémentaires relatives à la connaissance des langues et des cultures régionales. 

Il faut ajouter également une loi plus récente adoptée par l’Assemblée nationale française: la Loi d'orientation pour l'outre-mer (ou loi 2000-1207 du 13 décembre 2000) entrée en vigueur le 14 décembre 2000. Ce sont les articles 33 et 34 de cette loi qui concernent tous les DOM-TOM. À l’article 33, on apprend que «l’État et les collectivités locales encouragent le respect, la protection et le maintien des connaissances, innovations et pratiques des communautés autochtones et locales fondées sur leurs modes de vie traditionnels et qui contribuent à la conservation du milieu naturel et l'usage durable de la diversité biologique» et qu’à l’article 34 que «les langues régionales en usage dans les départements d'outre-mer font partie du patrimoine linguistique de la Nation» et qu’elles «bénéficient du renforcement des politiques en faveur des langues régionales afin d'en faciliter l'usage». D’après la Loi d’orientation d’outre-mer, la loi n° 51-46 du 11 janvier 1951 relative à l'enseignement des langues et dialectes locaux leur est applicable. Malgré la présence du créole parlé par presque toute la population (à l’exception des «métropolitains» qui résident en Guadeloupe de façon temporaire), seul le français bénéficie d’une reconnaissance juridique. Pour le reste, c’est la politique du laisser-faire.

3.1 La législation et le justice

Le département de la Guadeloupe est représenté au PARLEMENT français de Paris par quatre députés et deux sénateurs, et par un conseiller au Conseil économique et social. Toute cette élite dirigeante n’utilise que le français. En matière de JUSTICE, la procédure se déroule toujours en français, mais des traducteurs sont disponibles pour les personnes étrangères «mises en examen», c’est-à-dire celles qui ne parlent pas français ou des immigrants qui, dans certains cas, ne connaissent que le créole (ou toute autre langue). Néanmoins, certains juges, considérés comme plus complaisants, tolèrent les discussions informelles en créole.

3.2 L'Administration publique

Dans l’Administration publique, les communications se déroulent généralement en français puisque c’est la langue officielle, mais le créole est largement utilisé dans toutes les communications orales, sauf dans les îles Saint-Barthélemy (en français) et Saint-Martin (en anglais). Soulignons que les créolophones guyanais (surtout les Mulâtres) et les Blancs békés occupent une place majoritaire dans l’administration publique, ce qui assure au créole guadeloupéen et au français un usage prépondérant. Dans plusieurs localités ou communes, toutes les communications orales ne se déroulent qu’en créole guadeloupéen, bien que les documents écrits ne soient rédigés qu’en français.

3.3 Les écoles

L'enseignement public en Guadeloupe est le même qu'en France et suit un calendrier identique. L’enseignement tant au primaire qu’au secondaire n’est dispensé qu’en français. D’après les données du Secrétariat d’État à l’outre-mer du gouvernement français (1997), l'enseignement (public et privé) pré-élémentaire et primaire regroupait 67 618 élèves répartis dans 381 écoles. L'enseignement secondaire accueillait 47 015 élèves au sein de 13 lycées techniques, 18 lycées d'enseignement général et technologique ainsi que 42 collèges. Il existe également un lycée agricole qui permet de préparer un BEPA (Brevet d'enseignement professionnel agricole) d'exploitation, (spécialité: agriculture des régions chaudes; dominantes: élevage et cultures fourragères) ainsi qu'un BTSA (Brevet de technicien supérieur agricole) dans le secteur production - option agronomie tropicale. Quant à l'université Antilles-Guyane, elle dispense un enseignement en Guadeloupe où le campus Fouillole de Pointe-à-Pitre regroupe quelque 5300 étudiants. En outre, l’Institut universitaire de formation des maîtres (IUFM) a été ouvert en 1992.

Évidemment, le système actuel, tel qu’il est appliqué en Guadeloupe, passe sous silence les difficultés pédagogiques qu’entraînent l’enseignement exclusif de la langue française et l’importation du moule pédagogique métropolitain. N’oublions pas que la quasi-totalité des élèves n’est pas d’origine francophone, ce qui cause forcément des problèmes d’apprentissage, étant donné que les méthodes pédagogiques sont peu appropriées à des élèves dont le français constitue une langue seconde. Ajoutons que les enfants d’immigrants sont scolarisés en français par des instituteurs ignorant souvent tout des langues maternelles des élèves. Bref, le gouvernement local manque à la fois de moyens financiers et de personnel spécialisé pour ce genre d’élèves qui se retrouvent immanquablement regroupés dans des classes faibles, démontrant parfois un comportement disciplinaire difficile.

Comme dans les autres départements français d’outre-mer, la question des manuels scolaires cause également quelques problèmes d’intégration socioculturelle. La Guadeloupe vit une situation de dépendance quasi exclusive de la France, non seulement pour ce qui concerne son système d'éducation, mais aussi pour son approvisionnement en manuels et autres documents pédagogiques. Tous les enfants non blancs — la quasi-totalité — évoluent dans un milieu naturel et humain tout à fait différent de celui qui est représenté dans les manuels de classe européens et la plupart d’entre eux se perçoivent facilement comme étrangers dans leur propre pays, surtout quand on sait que les Guadeloupéens ont appris durant longtemps uniquement l'histoire de la France, jamais celle de la Guadeloupe.

Heureusement, la situation est en train de se modifier sur ce point. D'ailleurs, en 2000, le ministre de l'Éducation nationale, de la Recherche et de la Technologie a envoyé une note de service aux directeurs et enseignants des écoles et lycées concernant l'«Adaptation des programmes d'histoire et de géographie pour les enseignements donnés dans les DOM» (voir le texte de la note de service no 2000-024 du 16-2-2000). Dans la pratique, on substitue à l'une des quatre premières parties du programme l'étude d'un moment historique spécifique : compagnies des Indes, traite, économie de plantation dans l'espace caribéen ou à la Réunion au XVIIIe siècle. Cette étude permet également de mettre en perspective les abolitions de l'esclavage (1794 et 1848). Dans les lycées, on remplace généralement la question au choix par une 3e question obligatoire : par exemple, l'évolution de la société à la Guadeloupe (ou la Martinique, la Guyane ou à La Réunion) du milieu du XIXe siècle à nos jours. 

Néanmoins, le système scolaire a favorisé un fort taux d’analphabétisme — 7 % à 10 % en Guadeloupe contre 1% en France — et d’illettrisme (incapacité de lire un texte simple), ce qui est perçu comme une «honte» pour un département français.

En fait, le département de la Guadeloupe peut légalement accorder une certaine place à l’enseignement du créole. D’ailleurs, l’article 21 de la loi no 84-747 du 2 août 1984 relative aux compétences des régions de Guadeloupe, de Guyane, de Martinique et de la Réunion permet, en principe, un enseignement en langue régionale:

Article 21

Le Conseil régional détermine, après avis du comité de la culture, de l'éducation et de l'environnement, les activités éducatives et culturelles complémentaires relatives à la connaissance des langues et des cultures régionales, qui peuvent être organisées dans les établissements scolaires relevant de la compétence de la région.

Ces activités, qui peuvent se dérouler pendant les heures d'ouverture des établissements concernés, sont facultatives et ne peuvent se substituer ni porter atteinte aux programmes d'enseignement et de formation définis par l'État.

Mais il n'est pas si simple de faire évoluer les mentalités en faveur du créole, une langue trop longtemps dénigrée et interdite dans les milieux de l'enseignement. En général, cet enseignement du créole ne dépasse jamais 5 % pour l'ensemble de l'effectif des écoles. De plus, l'enseignement du créole est dispensé sur le modèle d'une langue vivante «étrangère», ce qui le place en concurrence avec l'anglais. Entre l'anglais et le créole, les parents ont vite fait leur choix.

Pourtant, de façon générale, la Guadeloupe est plus créolophone et beaucoup moins francisée que la Martinique. Le Syndicat des personnels de l'enseignement en Guadeloupe demande la généralisation de l’enseignement du créole de la maternelle à la terminale, mais le gouvernement français fait la sourde oreille. Quant à la population, elle préfère de loin l'anglais au créole.

3.4 Les médias

Du côté des médias, la presse écrite en Guadeloupe compte un quotidien francophone, France-Antilles, plusieurs hebdomadaires ou mensuels régionaux complétés par la diffusion des journaux édités en France. Il existe aussi plusieurs journaux en créole (presse populaire). Le service public de radiotélévision est assuré par RFO (Réseau France Outre-Mer) sur deux canaux. La Société nationale de radio et de télévision pour l'outre-mer retransmet des programmes de France-Télévision, d’Arte et de la Cinquième, et produit des programmes régionaux en français. Comme un peu partout aux Antilles, les stations de radio locales privées témoignent d'une extraordinaire vitalité et diffusent pratiquement toutes leurs émissions en créole; ajoutons que 90 % de la musique diffusée est du zouk et que cette musique est toujours en créole martiniquais, guadeloupéen, guyanais, etc. Deux chaînes de télévision privées, Antilles-Télévision et Canal-Antilles, auxquels s'ajoute, depuis 1998, un réseau de télévision câblé (Guadeloupe TV-Cable), viennent compléter le paysage audiovisuel de cette partie des Antilles françaises.

Du réseau RFO, Télé-Guadeloupe diffuse un magazine entièrement en créole (Gadé pli lwen), d’une durée de 26 minutes, le vendredi à 20 h 10 (en rediffusion le dimanche). Il existe une autre émission en créole, Pawol an nou, présentant des invités abordant les problématiques de la société; ce débat est diffusé le quatrième mardi de chaque mois à 20 h 10 (en rediffusion le samedi).

Le créole est omniprésent sur Radio-Guadeloupe. Les auditeurs sont amenés régulièrement à s’exprimer en créole, passant ainsi du français au créole. En termes d’information, les journaux (parlés) se succèdent à un rythme rapide pendant la tranche matinale de 5h à 9 h. L’actualité locale et régionale est largement exposée en français et en créole.

Dans la VIE ÉCONOMIQUE, le français occupe presque toute la place, mais les communications orales se font néanmoins en créole. La publicité en créole est limitée, car elle est généralement perçue par les commerçants comme peu rentable. L’écoulement des marchandises continue de se faire grâce à la langue française. Cependant, la publicité en créole semble se développer depuis quelques années et elle est surtout utilisée pour donner une couleur locale à certains produits.

Au demeurant, la politique linguistique du gouvernement français consiste simplement à ignorer la langue locale, le créole guadeloupéen, dans le cadre de l’administration de l’État et de l’éducation institutionnalisée. Cette pratique est relativement similaire à celle de bien des pays où la langue coloniale a supplanté les langues locales. À cet égard, la France n’a pas fait pire que la Grande-Bretagne et les États-Unis. Cependant, puisque la France vient de signer (sans la ratifier) la  Charte européenne des langues régionales ou minoritaires, la politique linguistique pratiquée en Guadeloupe devra être profondément révisée. Sur le plan de l’éducation et de l’administration, la France pourrait probablement laisser une place à l’utilisation et à l’enseignement du créole guadeloupéen. Périodiquement, les mouvements autonomistes font parler d'eux en Guadeloupe, et ils revendiquent une place plus importante au créole. Quoi qu'il en soit, le français est là pour rester, et la France ne devrait plus avoir peur que le créole remplace le français.

Dernière mise à jour: 08 oct. 2013

Bibliographie

DERRIEN, Ève, Robert NAZAIRE et Lambert-Félix PRUDENT. Langues et cultures régionales créoles: du concours à l'enseignement, CRDP Martinique, 2008, 186 p.

GIORDAN, Henri. «Les langues de France: de l’hégémonie républicaine à la démission de l’État» dans Les minorités en Europe, Paris, Éditions Kimé, 1992, p. 129-144.

GRAU, Richard. Le statut juridique de la langue française en France, Québec, Éditeur officiel du Québec, 1981, 154 p.

GRAU, Richard. Les langues et les cultures minoritaires en France, Québec, Éditeur officiel du Québec, 1985, 471 p.

LABELLE, Micheline. «L'apprentissage du monde dans un village guadeloupéen» dans L'archipel inachevé, Montréal, Presse de l'Université, 1972, p. 179-204. Édition en ligne:
[http://classiques.uqac.ca/contemporains/benoist_jean/archipel_inacheve/archipel_inacheve.html].

LECLERC, Jacques. Langue et société, Laval, Mondia Éditeur, coll. "Synthèse", 1992, 708 p.

LECLERC, Jacques. Recueil des législations linguistiques dans le monde, tome III: «La France, le Luxembourg et la Suisse», Québec, Les Presses de l'Université Laval, Ciral, 1994, 204 p.

MINISTÈRE DE L’INTÉRIEUR, DE L’OUTRE-MER ET DES COLLECTIVITÉS LOCALES. «Présentation - Guadeloupe» dans Découvrir l'Outre-Mer, 2005,
[http://www.outre-mer.gouv.fr/outremer/front?id=outremer/decouvrir_outre_mer/guadeloupe&region=2].

ROUQUETTE, Rémi. «Le régime juridique des langues en France», Paris, Université de Paris X (Nanterre), thèse de doctorat, septembre 1987, 702 p.

SAINT-PIERRE, Madeleine, «Créole ou français? Les cheminements d'un choix linguistique» dans L'archipel inachevé, Montréal, Presse de l'Université, 1972, p. 251-266. Édition en ligne:
[http://classiques.uqac.ca/contemporains/benoist_jean/archipel_inacheve/archipel_inacheve.html].

  France (État)

La Martinique (France)

DOM-TOM