Guyane française

(4) La politique linguistique 

1  Une collectivité d'outre-mer (COM)

La Guyane est un département français depuis la loi du 19 mars 1946 et était alors dotée d’un Conseil régional et d’un Conseil général. Par rapport à la France, seules certaines adaptations ont été prévues par la «loi no 84-747 du 2 août 1984 relative aux compétences des régions de Guadeloupe, de Guyane, de Martinique et de la Réunion. Ces adaptations concernent les activités éducatives et culturelles complémentaires relatives à la connaissance des langues et des cultures régionales. Cela étant dit, la Guyane fait partie juridiquement de la France et la politique linguistique qui y est appliquée tient compte de cette réalité juridique incontournable.

Depuis la réforme de 2003, la Guyane est devenue un DROM ou plutôt un DOM-ROM, c'est-à-dire un département et une région d'outre-mer. En tant que département et région d’outre-mer, la Guyane fait partie de l'Union européenne et constitue plus précisément une «région ultrapériphérique» de l'Europe, ce qu'on appelle une RUP. Or, une RUP, c'est un territoire d'un pays membre de l'Union européenne situé en dehors du continent européen.

En 2011, la loi n° 2011-884 relative aux collectivités territoriales de Guyane et de Martinique a prévu la mise en place des assemblées en mars 2014, laquelle a été reportée finalement en décembre 2015. L’assemblée de Guyane remplace donc le Conseil régional et le Conseil général de la Guyane depuis les élections territoriales qui se sont tenues les 6 et 13 décembre 2015.

En somme, la révision constitutionnelle de 2015 a remplacé la vieille distinction entre les départements d’outre-mer (DOM) et les territoires d’outre-mer (TOM) par une nouvelle classification en 2015 appelée collectivités d'outre-mer (COM). La grande différence entre les anciens DOM-TOM et les COM, les collectivités d'outre-mer, c'est que ces dernières jouissent de la personnalité juridique et qu'elles sont administrées par une assemblée délibérante qui peut être élue au suffrage universel direct; de plus, en fonction des législations locales, elles peuvent lever des impôts locaux et recevoir des fonds de l'État.

En vertu de l’article 2 de la Constitution, le français demeure la langue officielle de ce département: «La langue de la République est le français.» Malgré le grand nombre de langues en usage, seul le français bénéficie d’une reconnaissance juridique. Pour le reste, c’est la politique du laisser-faire.

La Guyane est représentée au PARLEMENT français de Paris par deux députés et deux sénateurs. Toute cette élite dirigeante n’utilise que le français. En matière de JUSTICE, les procédures se déroulent toujours en français, mais des traducteurs sont disponibles pour les personnes étrangères «mises en examen», c’est-à-dire celles qui ne parlent pas le français: créoles, taki-taki, arawak, etc.

2 Les langues de l’Administration

Dans l’administration publique, les communications se déroulent généralement en français puisque c’est la langue officielle, mais le créole est largement utilisé dans toutes les communications orales. Soulignons que les créolophones guyanais et les métropolitains tiennent une place majoritaire dans le secteur public, ce qui assure au créole et au français un usage prépondérant. Dans certaines localités, on trouve parfois des employés (créolophones) capables de s’exprimer oralement dans certaines autres langues locales.

D’autre part, la Guyane compte, grâce à des scientifiques de haut niveau et parlant français, plusieurs centres de recherche importants tels que l’institut Pasteur, l’École nationale du génie rural des eaux et des forêts (ENGREF), le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (CIRAD), l’Institut de recherche pour le développement (IRD), l'Institut national de la recherche agronomique (INRA), etc. Qu’il s’agisse du gouvernement ou des centres de recherche, tous les documents officiels ne sont publiés qu’en français. En plus du français, l’anglais est également utilisé dans les communications orales.

3 Le français dans l’éducation

Dans le domaine de l’éducation, le programme des études est le même qu'en France et la scolarité en Guyane suit un calendrier identique. L'enseignement à la MATERNELLE et au PRIMAIRE se fait uniquement en français et regroupe 25 484 élèves répartis dans 111 écoles. Autrement dit, le gouvernement national ne met pas en application l’article 12 de la loi n° 75.620 du 11 juillet 1975 relative à l'éducation (dite loi Haby):

Un enseignement des langues et des cultures régionales peut être dispensé tout au long de la scolarité.

Le gouvernement n’applique pas davantage l’article 21 de la loi no 84-747 du 2 août 1984 relative aux compétences des régions de Guadeloupe, de Guyane, de Martinique et de la Réunion:

Le Conseil régional détermine, après avis du comité de la culture, de l'éducation et de l'environnement, les activités éducatives et culturelles complémentaires relatives à la connaissance des langues et des cultures régionales, qui peuvent être organisées dans les établissements scolaires relevant de la compétence de la région.

Il faut ajouter également une loi plus récente adoptée par l’Assemblée nationale française: la Loi d'orientation pour l'outre-mer (ou loi 2000-1207 du 13 décembre 2000) entrée en vigueur le 14 décembre 2000. Ce sont les articles 33 et 34 de cette loi qui concernent tous les DOM-TOM. À l’article 33, on apprend que «l’État et les collectivités locales encouragent le respect, la protection et le maintien des connaissances, innovations et pratiques des communautés autochtones et locales fondées sur leurs modes de vie traditionnels et qui contribuent à la conservation du milieu naturel et l'usage durable de la diversité biologique» et qu’à l’article 34 que «les langues régionales en usage dans les départements d'outre-mer font partie du patrimoine linguistique de la Nation» et qu’elles «bénéficient du renforcement des politiques en faveur des langues régionales afin d'en faciliter l'usage». D’après la Loi d’orientation d’outre-mer, la loi no 51-46 du 11 janvier 1951 relative à l'enseignement des langues et dialectes locaux leur est applicable.

Cependant, puisque la France a signé (sans l'avoir ratifié) la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires, la politique linguistique pratiquée en Guyane française devra être profondément révisée. Dans le domaine de l’éducation et de l’administration, la France devra certainement laisser une place à l’utilisation et à l’enseignement du créole guyanais. D'ailleurs, l'ancien président Jacques Chirac, lors d'une réception offerte au palais de l'Élysée en l'honneur des participants à la rencontre internationale des Amérindiens au mois de juin 1996, déclarait: 

La pratique et l'usage des langues locales ne sont en rien un frein au développement ou à l'intégration dans la communauté nationale ou internationale. L'usage nécessaire d'une des grandes langues de communication mondiale ne doit pas faire mourir la connaissance et l'emploi d'une langue de patrimoine. Il faut encourager l'étude de ces langues.

Mais ces vœux pieux ne se sont pas encore transposés dans la réalité.

- Le multilinguisme guyanais

La politique linguistique appliquée en éducation en Guyane constitue une longue suite de rebondissements. Deux problèmes, parmi plusieurs autres, doivent être mis en évidence. D'une part, la langue d'enseignement a toujours été uniquement le français, alors que le taux taux d'échec scolaire est révoltant près de 45 % de la population scolaire de Guyane sort du système d'éducation sans diplôme. D'autre part, les élèves sont majoritairement non francophones, une réalité perçue comme étant non positive, comme en fait foi cette remarque: «Il y a les rares élèves francophones et il y a les autres.» Il existe en Guyane les écoles bien cotées, celles «du littoral» (généralement perçues comme «francophones»), et celles plus difficiles, dites «du fleuve», celles de «l’île de Cayenne» (regroupant les communes de Cayenne, de Matoury et de Rémire-Montjoly), et celles plus lointaines des villes et villages isolés, celles des «sites isolés».

Le fort taux d'échec révèle hors de tout doute que les méthodes pédagogiques ne sont pas adaptées à une «clientèle» multilingue. Des enquêtes menées en milieu scolaire ont démontré que non seulement les langues parlées par l'ensemble des élèves sont nombreuses, mais que les enfants qui y sont scolarisés sont généralement bilingues ou polyglottes. Beaucoup d'élèves, qui vivent dans un milieu multilingue, parlent, en plus du créole guyanais et du français, le sranan tongo, le kalina (ou une autre langue amérindienne), quand ce n'est pas le portugais, l'anglais et le néerlandais du Surinam.

Bien que tous les élèves souhaitent acquérir une bonne connaissance du français, cela ne signifie pas qu’ils désirent renoncer à leur langue et à leur culture. Il faudrait donc que le français soit mis à leur disposition pour développer leur propre culture et leur permettre de dialoguer avec les autres.

- Les dispositifs pédagogiques

La prise en compte des langues maternelles des élèves guyanais est très récente; elle tire ses fondements dans la «question amérindienne». Depuis plusieurs années, les populations amérindiennes revendiquent la reconnaissance de leur identité en tant que «peuples autochtones», ce que la France ne leur a jamais reconnu. En juin 1972, un projet de loi a été déposé sur la statut des «populations tribales» de la Guyane française. L’article 9 portait sur l’enseignement et recommandait de manière évasive la mise en place d’une scolarisation adaptée:

Article 9

Les conditions dans lesquelles les ressortissants français d'appartenance tribale sont soumis à l'obligation scolaire sont définies par arrêté conjoint du ministre des Départements d'outre-mer et du ministre de l'Éducation nationale.

Le projet n'a jamais abouti. Le gouvernement a fini par accoucher en 1998 d'un programme appelé «Médiateurs culturels et bilingues». Ce projet est arrivé à peu près en même temps que l'adoption par la France de la Charte européenne des langues régionales et minoritaires, ce qui a suscité un vaste débat en Métropole, alors que le Conseil constitutionnel a rejeté l'adoption de la Charte, laquelle n'a jamais été entérinée.

Le programme Médiateurs culturels et bilingues a touché plusieurs dizaines de milliers d'élèves, le tout dans le cadre de l’enseignement des langues et des cultures régionales pour trois heures d’enseignement hebdomadaires. Sur une vingtaine de langues parlées comme langue maternelle par plus de 1% de la population vivant en Guyane, les différents dispositifs pédagogiques mis en place ces dernières années par l’Éducation nationale concernent moins d'une dizaine d’entre elles, ce qui représente environ la moitié de la population scolaire guyanaise, sans toucher l’ensemble des locuteurs de ces langues et encore moins toutes les écoles.

Pour les enfants amérindiens, il est possible de leur permettre de bénéficier, au moyen d’un «horaire renforcé» à l’école maternelle et jusqu’au cycle des apprentissages fondamentaux (cycle 2, du CP au CE2), d’une pratique et d'un enseignement plus intensifs de leur langue d’origine, ce qui concerne deux ou trois langues. Toutefois, il n’y a pas d’enseignement bilingue français/langue amérindienne; la langue maternelle est prise en compte, au primaire, dans certaines écoles grâce à des médiateurs bilingues. En Guyane, on compte une quarantaine d’intervenants en langue maternelle (ILM) qui assurent des «activités» en langues amérindiennes, en bushinengué (pour les créolophones noirs marrons) et en hmong (langue parlée dans deux villages). Il n’existe donc ni classes d’initiation pour les non-francophones, ni classes d’adaptation pour les élèves en difficulté.

Dans ces conditions, il n'est pas surprenant que la France aie pris non seulement du retard dans le respect de la diversité culturelle et linguistique, mais qu'elle soit également exclue de tous les organismes internationaux de protection des peuples autochtones. Tôt ou tard, la majorité créolophone risque de revendiquer de nouvelles mesures. Pour le moment, seul le créole guyanais bénéficie du statut de «langue régionale» et il peut être enseigné comme langue vivante étrangère. Dans les faits, la quasi-totalité des élèves (98 %) préfère l'anglais, voire l'espagnol ou le portugais, plutôt que le créole.

En réalité, l’école guyanaise éprouve des difficultés à s’adapter au contexte sociolinguistique multilingue de la Guyane, une situation relativement complexe. Le défi que l'école doit affronter est de tenir compte du plurilinguisme en tant qu’objectif et méthode d’enseignement. Cependant, de nombreux changements doivent se faire non seulement aux niveaux politique et institutionnel, mais également au niveau des pratiques pédagogiques.

- L'enseignement secondaire et post-secondaire

L'enseignement secondaire, qui se fait aussi exclusivement en français, s’adresse à 14 816 élèves répartis dans 18 collèges, trois lycées professionnels et trois lycées d'enseignement général et technologique. L’enseignement d’une langue seconde devient obligatoire au secondaire (anglais ou espagnol). Une formation professionnelle est assurée en français dans les domaines du bâtiment, de l'agriculture, de la mécanique, de l'électricité et de l'électronique. Enfin, l'Université des Antilles-Guyane dispense (en français) un enseignement supérieur en Martinique, en Guadeloupe et en Guyane. Depuis le 1er janvier 2002, l'Institut de formation des maîtres est détaché des Antilles et est devenu autonome. Si l’on fait exception des Blancs, seuls les membres de la communauté parlant le créole guyanais accède généralement aux études universitaires.

- Les difficultés pédagogiques

Cependant, l’Administration locale se rend compte des difficultés pédagogiques qu’entraîne l’enseignement exclusif de la langue française et l’importation du moule métropolitain. N’oublions pas que la moitié des élèves ne sont pas d’origine francophone, ce qui cause forcément des problèmes d’apprentissage dans la mesure où les méthodes pédagogiques ne sont guère appropriées à des élèves dont le français constitue une langue seconde. De plus, les enfants sont scolarisés en français par des instituteurs ignorant souvent tout des langues maternelles des élèves. Notons enfin que la population guyanaise est formée de nombreuses communautés dont certaines sont de tradition strictement orale: beaucoup d’enfants se trouvent ainsi en situation d'infériorité par rapport à la langue de l'écrit, le français. Or, tous ces problèmes ajoutés à ceux des enfants des 30 000 immigrants «sans-papiers» ont favorisé un fort taux d’illettrisme (incapacité de lire un texte simple), sinon d’analphabétisme, ce qui est (presque) une honte pour un département français. Précisons à ce propos que des instituts de formation (ASFO) ainsi qu’une auto-école dispensent des cours en créole. Les enfants non francophones issus de l'immigration sont accueillis dans des «structures spéciales» qui privilégient l'apprentissage du français.

- Les manuels de classes

La question des manuels de classes cause aussi des problèmes d’intégration socioculturelle. En tant que département français d'outre-mer, la Guyane vit une situation de dépendance quasi exclusive de la France, non seulement pour ce qui concerne son système éducatif, mais aussi pour son approvisionnement en livres et autres documents pédagogiques. Un enseignant (Alexis Holtz) affirme à ce sujet:

On a des bouquins qui viennent de la Métropole, inadaptés à la situation locale. Certains textes de lecture sont totalement abstraits pour les enfants. La neige à Noël, ici, ça ne veut rien dire. Personnellement, je n'ai jamais travaillé avec ces livres.

C'est que les enfants non blancs évoluent dans un milieu naturel et humain tout à fait différent de celui qui est représenté dans les manuels de classe européens et la plupart d’entre eux se perçoivent facilement comme étrangers dans leur propre pays. Des expériences ont été tentées pour la promotion du créole écrit (concours de dictée) et la diffusion plus large de textes en créole dans la presse locale; elles ont au moins sensibilisé une partie du public et familiarisé celui-ci avec la graphie du GEREC (Groupe d'études et de recherches en espace créolophone). Depuis peu, l'Institut de formation des maîtres (IUFM-Guyane) a mis en places de modules de langues régionales (en créole, en bushinengué et dans quelques langues amérindiennes). 

Par ailleurs, les écoles peuvent maintenant adapter la pédagogie en matière d'histoire et de géographie. En 2000, le ministre de l'Éducation nationale, de la Recherche et de la Technologie a envoyé une note de service aux directeurs et enseignants des écoles et lycées concernant l'«Adaptation des programmes d'histoire et de géographie pour les enseignements donnés dans les DOM» (voir le texte de la note de service no 2000-024 du 16-2-2000). Dans la pratique, on substitue à l'une des quatre premières parties du programme l'étude d'un moment historique spécifique : compagnies des Indes, traite, économie de plantation dans l'espace caribéen ou à la Réunion au XVIIIe siècle. Cette étude permet également de mettre en perspective les abolitions de l'esclavage (1794 et 1848). Dans les lycées, on remplace généralement la question au choix par une 3e question obligatoire : par exemple, l'évolution de la société à la Guyane (ou la Guadeloupe, la Martinique, La Réunion) du milieu du XIXe siècle à nos jours. 

- L'enseignement aux Amérindiens

L’enseignement aux Amérindiens se heurte à des problèmes particuliers. Comme aux autres groupes ethniques, les instituteurs ne peuvent faire autrement que d’enseigner en français aux enfants amérindiens. Cependant, l’école n’est pas obligatoire pour les enfants amérindiens. «La scolarité est offerte, mais non obligatoire», de préciser la préfecture. Même quand les enfants fréquentent l’école, ils abandonnent régulièrement la classe, le temps d'une chasse, d'une pêche ou de travaux agricoles. Les autorités ferment les yeux et les laissent fréquenter «l'école de la brousse». Selon un fonctionnaire, il semble difficile de faire autrement: «Les forcer à une scolarité classique reviendrait à les déconnecter de leur milieu, à en faire de futurs clochards. Ce serait tout simplement fou.» Au moins, on tente par ce moyen de leur faire apprendre un peu de français. Soulignons que, depuis peu, une expérience est tentée dans une ou deux petites écoles maternelles où les cours sont donnés dans la langue kalihna qui, rappelons-le, est la plus importante langue amérindienne de la région. Des contes pour enfants ont même été rédigés et publiés en kalihna, en wayana, en aluku et en emerillon. Le succès est demeuré très limité en raison du nombre très peu élevé des lecteurs et de la très faible diffusion des ouvrages, dont plusieurs ont été simplement photocopiés. Néanmoins, les représentants amérindiens revendiquent des mesures linguistiques et pédagogiques prenant en compte de leurs spécificités:

- un enseignement calqué sur le modèle métropolitain ;
- un enseignement de type français langue étrangère ;
- une éducation bilingue et multiculturelle.

De façon générale, l'éducation scolaire en Guyane ne donne pas les résultats escomptés. Près du tiers des élèves de 6e année, enregistrent un retard d'au moins deux ans, alors qu'il est de 4 % en Métropole. Plus du tiers des élèves sortent du circuit scolaire sans avoir obtenu de diplôme. Bref, pour la plupart des Guyanais, le français reste une «langue scolaire», en raison du faible niveau de l'éducation, de l'inadaptation des méthodes et de la croissance rapide des effectifs. Le personnel enseignant ne peut pas suivre. Afin de faire face à la pénurie des enseignants et combler le fossé culturel entre les professeurs et les élèves, un collectif d'enseignants locaux a demandé le «prérecrutement de jeunes bacheliers en Guyane» pour leur permettre d'obtenir une formation en alternance jusqu'à la licence. Il faut aussi développer aussi l'enseignement du français comme langue seconde.

4 Les médias

Du côté des médias, les deux principaux titres de la presse écrite guyanaise sont le quotidien France Guyane, et le quadri-hebdomadaire La Presse de Guyane, tous deux en français. S'y ajoutent quelques périodiques locaux et les journaux édités en métropole. On ne trouve que deux petits périodiques indépendantistes écrits en créole: Rôt Kozé et Batwel.

Le service public de radio-télévision est assuré par RFO (Télé-Guyane et Radio-Guyane). La Société nationale de radio et de télévision pour l'outre-mer retransmet des programmes de France-Télévision et diffuse un programme régional en français. Les programmes radio de RFO sont constitués d'émissions produites localement et d'émissions reprises de Radio-France. Des stations locales privées diffusent en français et en créole guyanais, mais 90 % de la musique diffusée est du zouk; or, 95 % de ces zouks sont en créole guyanais et antillais. Quant aux radios privées, elles témoignent d'une extraordinaire vitalité, car toutes les stations locales diffusent leurs émissions en créole. Certaines stations de radio ne diffusent qu'en créole guyanais, entre autres Radio JAM et surtout Radio MIG, qui est l'organe médiatique des indépendantistes guyanais du MDES (Mouvement de décolonisation et d'émancipation sociale) et de l'UTG (Union des travailleurs guyanais). Il existe aussi des stations diffusant en créole haïtien, en créole saint-lucien, en créole martiniquais et en créole surinamien. À partir du réseau RFO, Télé-Guyane diffuse des émissions en créole:

Nouvel kreol : il s'agit d'un journal de 13 heures en créole, une langue comprise par la quasi-totalité des Guyanais.

An nou kosé : un débat de société, intégralement en créole, est proposé au public tous les deuxièmes mardis du mois.

Les antennes de Radio-Guyane sont généralement en français, mais elle demeurent aussi le reflet du tableau très diversifié des langues créoles et amérindiennes de la région. Des rubriques patrimoniales, historiques ou pratiques sont régulièrement proposées par des animateurs eux-mêmes locuteurs ou issus de ces communautés.

Les animateurs passent du français au créole dans leurs émissions, surtout quand ils souhaitent apporter une touche d’authenticité locale sur une argumentation quelconque. En fait, il s’agit de retranscrire, à la radio, la conversation courante du citoyen guyanais.

Il est à noter que, au mois de mars 1999, un accord a été obtenu entre les représentants de l'État, de la Région et du Département, entre le Parti social guyanais et les indépendantistes plus ou moins virulents (par ordre décroissant: le MDES, le Walwari, le Batwel, etc.) sur un texte de projet d'aménagement de la Guyane et de la refonte des statuts de la Guyane, qui irait plus vers une autonomie (culturelle, sociale, économique), sinon vers une certaine forme d’indépendance.

5 Les activités commerciales

Du côté des activités commerciales, tout se fait exclusivement en français, du moins en ce qui a trait aux enseignes commerciales, aux affiches publicitaires, aux messages divers adressés aux consommateurs. Les seules exceptions concernent les enseignes des commerçants chinois où l’on retrouve des idéogrammes pour faire plus «exotique».

Dans les communications orales, le créole guyanais reste cependant très présent. Dans les magasins, le créole est utilisé fréquemment entre deux personnes de même origine qui se connaissent, sinon c'est le français. Dans les banques et dans l’Administration, le français est de mise, mais le créole peut être utilisé à partir du moment où il est la langue commune entre deux interlocuteurs. Et de manière générale, les créolophones utilisent le créole quand ils insultent un «métro» ou, par exemple, un Hmong, lorsqu’ils font une remarque désobligeante ou quand ils veulent simplement se moquer de quelqu'un. Évidemment, il y a aussi des «métros» qui profitent de la non-connaissance du français de certains créolophones pour leur rendre la pareille.

Rappelons que, en tant que collectivité d'outre-mer (COM), la Guyane française fait partie de la France. Or, étant donné que le français est la langue officielle (art. 2 de la Constitution de la République), toutes les communications formelles doivent se faire exclusivement en français. Il est d’autant plus facile d’utiliser le français en Guyane que c’est la seule langue écrite de la majorité des habitants qui, pour la plupart, parlent une variété de créole et, comme langue seconde, le français. Évidemment, même si le gouvernement national favorise l’emploi du français, il ne peut endiguer l’usage généralisé du créole au sein de la population. Quant à la langue chinoise hakka et aux petites langues amérindiennes, elles sont toutes en voie d’extinction, et les jeunes les apprennent de moins en moins.

Il semble bien que les langues locales, autant amérindiennes que créoles, ne constituent pas une préoccupation majeure pour les responsables nationaux qui pratiquent à leur égard une politique linguistique de non-intervention, sinon d’indifférence. Il faut reconnaître que, au plan juridique, l’Administration locale doit adopter la politique nationale française. Parallèlement, cette même Administration tient malgré tout à conserver les spécificités régionales, dont celle de la langue créole guyanaise, parce qu’elles font partie intégrante de la Guyane. Toutefois, un énorme travail reste à faire afin de trouver un juste équilibre entre la culture française et les cultures locales.

Selon plusieurs observateurs guyanais, voilà vingt-cinq ans que le gouvernement français laisserait pourrir la situation. Quant à l’Administration locale, son plus grand défi consiste à établir une politique d’intégration sociale des quelque 20 ethnies restées cloisonnées et imperméables les unes aux autres, afin de développer une sentiment d’appartenance nationale, la «guyanité» étant encore une notion floue. Quand on voit l'inefficacité des services centraux et des ministères parisiens, qui se révèlent incapables de s'adapter aux réalités locales et qui ne cessent de produire de la norme inapplicable sur le terrain, n'est-il pas temps de donner une partie du pouvoir de réglementation aux régions comme la Guyane? C’est à un mur d’uniformité que se heurtent les défenseurs des langues régionales.

Dernière mise à jour: 21 avr. 2017

 


(1) Situation géographique
 

(2) Composition ethnolinguistique
 

(3) Données historiques
 

(4) La politique linguistique 
 

(5) Bibliographie

 


Guyane française
 

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