Région administrative spéciale

Hong-Kong

(Heung Kong)

Chine

 
Capitale: Victoria (généralement appelée «Central District») sur l'île de Hong-Kong
Population: 6,8 millions (2001)
Langues officielles: chinois et anglais 
Groupe majoritaire: cantonais (90  %)
Groupes minoritaires: chinois, anglais, filipino, chinois, hindi, etc.
Système politique: région administrative spéciale (RAS) de la République populaire de Chine  
Articles constitutionnels (langue):  art. 9 de la Loi fondamentale (Basic Law) de 1990
Lois linguistiques:  Ordonnance sur les langues officielles de 1974

1 Situation générale

Carte : Hong Kong Hong-Kong (en cantonais: Heung Kong) est aujourd'hui une région administrative spéciale (RAS) de la République populaire de Chine, située au sud du continent chinois. C'est un petit territoire de 1068 km² comprenant, outre quelques îlots, l'île de Hong-Kong, l'île de Lan Tao (Lantau) et les Nouveaux-Territoires (New Territories), où se trouvent les agglomérations continentales de Kowloon, de Tuen Mun, de Sheung Shui et l'aéroport international de Kai Tak (voir la carte).   

2 Données démolinguistiques

La majorité des habitants (47 %) de la Région administrative spéciale (RAS) de Hong-Kong habitent les «Nouveaux-Territoires» (''New Territories''), alors que les autres sont réparties entre l'agglomération de Kowloon (30,8 %) et l'île de Hong-Kong (20,5 %), dont 1,2 million de personnes (17,6 %) à Victoria, le «Central District» qui sert de chef-lieu. 

District Population Pourcentage
Île de Hong-Kong 1 407 600 20,5 %
Kowloon 2 124 100 30,8 %
Nouveaux-Territoires 3 294 800 47,0 %
RAS de Hong-Kong 6 843 000 98,3 %
Immigrants vietnamiens       2 400  
Militaires     14  000  

Source: Hong Kong Census & Statistics, 1999

Selon les statistiques gouvernementales (2001) des autorités de Hong-Kong, quelque 95 % des habitants sont d'origine chinoise, le reste étant constitué de Philippins (2,1 %), d'Indonésiens (0,8 %), de Britanniques (0,3 %), d’Indiens (0,3 %), de Thaïs (0,2 %), de Japonais (0,2 %), de Népalais (0,2 %), de Pakistanais (0,2 %) et diverses autres nationalités (0,9 %). La plupart des Hongkongais d'origine chinoise sont natifs de Hong-Kong ou de la région chinoise du Guangdong, tout au sud; les autres viennent en majorité de Shanghai, de Taïwan, du Fujian, du Zhejiang et du Jiangsu. On compte aussi des militaires et un certain nombres d'immigrants vietnamiens. 

Comme on le constate dans le tableau qui suit (Population âgée de cinq ans et plus par langue d'usage, 1991, 1996 et 2001), 89 % des habitants parlent le cantonais comme «langue d'usage» (ou «usual language»), une langue chinoise appartenant à la famille sino-tibétaine. Il reste fort peu de locuteurs pour les autres langues, mais il s'agit du hakka, du filipino, du malais, de l'anglais, du thaï, de l'ourdou, du népali, etc. Évidemment, l'anglais n'est pas une langue «minoritaire» comme les autres, c'est l'une des deux langues officielles avec le chinois cantonais. Effectivement, 89 % de la population parle le cantonais. Le chinois mandarin n'est utilisé officiellement que lors de la visite d'officiels de Pékin.

Population âgée de cinq ans et plus par langue d'usage, 1991, 1996 et 2001

Langue d'usage

1991

1996

2001

Nombre

%

Nombre

Nombre

%

Cantonais

4 583 322

88,7

5 196 240

88,7

5 726 972

89,2

Putonghua (chinois)

    57 577

1,1

65 892

1,1

55 410

0,9

Autres langues chinoises

  364 694

7,0

340 222

5,8

352 562

5,5

Anglais

 114 084

2,2

184 308

3,1

203 598

3,2

Autres

    49 232

1,0

73 879

1,3

79 197

1,2

Total

5 168 909

100,0

5 860 541

100,0

6 417 739

100,0


Source: Hong Kong, Census & Statistics Department, 2001

On trouve également de nombreux locuteurs du cantonais en Malaysia (750 000), au Vietnam (500 000), à Macao (500 000), à Singapour (33 000) et en Indonésie (18 000). Il existe de petites communautés en Thaïlande, aux Philippines, en Nouvelle-Zélande, à Brunei, à l'île Nauru, à l'île Maurice, en Australie, au Royaume-Uni, aux États-Unis, au Canada, etc. Le cantonais n'est pas linguistiquement homogène. En effet, il est fragmenté en plusieurs variétés dialectales telles que le yuehai, le siyi, le gaolei, le qinlian, le guinan, le guangzhou, etc. La variété guangzhou est considérée comme la langue standard. 

Comme quoi les perceptions peuvent être différentes, le cantonais est considéré par les Hongkongais comme la «vraie langue chinoise», plutôt que le chinois représenté par la langue orale officielle en Chine populaire (putonghua), d'ailleurs perçu comme une «invention» des mandarins chinois. Évidemment, les Chinois du Nord parlant le mandarin croient, pour leur part, que le cantonais est une «aberration pour non-civilisés». 

Pour la transcription écrite, les Chinois ou sinophones, peu importe la langue qu'ils parlent, utilisent tous pour écrire le système idéographique, c'est-à-dire une écriture très ancienne (certains diront archaïque) qui ne repasse pas par les sons de la langue, comme c'est le cas le cas des écritures alphabétiques (latin, arabe, hébreu, arménien, etc.). Chaque idéogramme représente à la fois un mot et une syllabe, et chaque mot dispose d'un signe, ce qui rend évidemment le système peu économique, car près de 6000 à 8000 caractères sont généralement nécessaires. On peut compter jusqu'à 80 000 signes dans certains dictionnaires scientifiques. Cette complexité a rendu obligatoires plusieurs réformes au cours des siècles; la dernière en Chine date de 1977. On a simplifié le système au point qu'avec 2238 caractères il est possible de satisfaire aux besoins de l'usage le plus courant. Les Hongkongais écrivant le cantonais utilisent un système similaire au chinois mandarin. Grâce à ce système, tous les sinophones (mandarin, min, cantonais, wu, hakka, etc.) de la Chine ou du monde peuvent lire, par exemple, le même journal, chacun dans sa langue.  Néanmoins, un Chinois de la République populaire de Chine pourra avoir certaines difficultés à lire un journal de Hong-Kong si celui-ci utilise les caractères classiques (encore en usage à Hong-Kong) plutôt que les caractères simplifiés, et ce, même s'il parle le cantonais. 

En fait, toutes les langues chinoises possèdent une structure syntaxique et des usages de caractères différents. Cependant, comme la pratique chinoise est d'écrire en langue unifiée ou en caractères chinois normalisé, les différences sont complètement effacées à l'écrit. Il ne s'agit pas d'une impossibilité à écrire ces langues, mais d'un choix issu d'un concept linguistique particulier, c'est-à-dire la séparation de l'oral et de l'écrit. Bref, les Hongkongais s'expriment en cantonais (à l'oral), mais écrivent en chinois normalisé (mandarin officiel). Ce qu'on appelle le «chinois officiel» correspond en fait au «chinois écrit normalisé» (putonghua). Mais à l'oral, c'est du cantonais! Dans leur esprit, les Hongkongais parlent en cantonais et écrivent en chinois.

La majorité de la population chinoise de Hong-Kong pratique un rite mêlé de bouddhisme, de taoïsme et de philosophie confucianiste, ce qui est courant dans la religion chinoise. Il y a aussi 500 000 chrétiens, surtout des catholiques, et environ 50 000 musulmans, auxquels s’ajoutent de petites communautés hindoues, juives et sikhs.

3 Données historiques

Hong-Kong fut la dernière colonie de la Couronne britannique en Asie, mais depuis le 1er juillet 1997, le territoire a été de nouveau rattaché à la Chine, en vertu de la Déclaration conjointe sino-britannique de 1984.

Les Chinois furent les premiers habitants de la région de Hong-Kong au IIe millénaire avant notre ère. Cette région a toujours abrité de petites communautés de pêcheurs chinois et constitua durant quelques siècles un refuge recherché par les pirates et les trafiquants d’opium... jusqu’à l’arrivée des Britanniques au XIXe siècle qui firent de l’île de Hong-Kong leur base navale pour se livrer, eux aussi, au florissant commerce de l'opium. Mais l'empereur de Chine voulut empêcher les Britanniques d'importer de l'opium dans son royaume: il fit saisir et brûler 20 000 caisses d'opium en 1839. Il s'ensuivit une guerre, entre 1840 et 1842, mettant aux prises Chinois et Britanniques, une guerre qu'on appela la guerre de  l'Opium. 

3.1    Une colonie britannique

En vertu du traité de Nankin de 1842, qui mettait fin à la première guerre de l’Opium, l’île de Hong-Kong fut cédée à perpétuité au Royaume-Uni. C’est à partir de cette date que Hong-Kong commença à développer son rôle de port stratégique. La colonie britannique ne comptait à ce moment-là que 23 800 habitants. À la suite de la deuxième guerre de l’Opium (en 1860), Kowloon et l’île de Stonecutters furent cédés aux Britanniques; en 1898, la Chine dut laisser une autre portion de territoire sur le continent qu'on appela les New Territories ( les «Nouveaux-Territoires»), pour un bail de 99 ans. La Grande-Bretagne en fit une colonie anglaise avec les lois anglaises de la Common Law. Sous le régime britannique, Hong- Kong était directement gouverné depuis Londres. Le détenteur du pouvoir exécutif était le gouverneur général, nommé par Londres, représentant la Couronne britannique. Ce dernier détenait un important pouvoir militaire et civil. Il présidait un Conseil exécutif (ou Exco) formé de 13 membres. Le pouvoir législatif était constitué d’un Conseil législatif (Legislative Council ou Legco) de 60 députés, dont 18 députés étaient nommés par le gouverneur. Les Britanniques marquèrent profondément leur colonie par leur système éducatif, administratif et judiciaire, mais la colonie anglaise n'a jamais empêché le Chine de faire transiter la moitié de son commerce extérieur  par Hong-Kong.  

En 1912, après la formation de la République chinoise, Hong-Kong devient une terre d’asile pour des milliers d'exilés politiques de la Chine continentale. Lorsque le Japon envahit la Mandchourie en 1932 et que la guerre éclata en 1937 entre la Chine et le Japon, des centaines de milliers de Chinois vinrent trouver refuge dans la colonie britannique de Hong-Kong. Les Britanniques durent rendre les armes le 25 décembre 1941, après que les Japonais eurent envahi le territoire. Ceux-ci transformèrent Hong-Kong en bastion militaire et en poste de ravitaillement pour leurs futures campagnes en Extrême-Orient. Les Britanniques rentrèrent à Hong-Kong après la reddition inconditionnelle du Japon, le 14 août 1945.

3.2    Un géant économique

La colonie de Hong-Kong retrouva aussitôt son statut de grand centre du commerce international en Extrême-Orient. Cependant, la guerre civile qui opposait les nationalistes et les communistes chinois provoqua de nombreux bouleversements, tandis que, encore une fois, des centaines de milliers de Chinois trouvèrent refuge dans la colonie, surtout après la victoire des communistes en 1949. La population hongkongaise passa à 2,3 millions d'habitants. La plupart des réfugiés venaient du sud de la Chine. Au cours des décennies cinquante et soixante, les milliers de nouveaux arrivants chinois constituèrent la main-d’œuvre et le capital nécessaires à la rapide croissance économique de la colonie britannique. Les mesures fiscales libérales du gouvernement de Hong-Kong attirèrent les investissements étrangers. Il en résulta un boom économique qui fit de Hong-Kong la zone la plus riche et la plus productive de toute l’Asie.

Mais la Révolution culturelle en Chine (1966) eut des répercutions à Hong-Kong, qui connut des émeutes anti-britanniques organisées depuis Pékin. Au milieu des années soixante-dix, le flot de réfugiés de la Chine populaire s’accentua de nouveau. Tandis que la croissance économique se poursuivait et que Hong-Kong jouissait de sa réputation de «dragon économique de l’Asie», de nouveaux réfugiés du Vietnam, les «boat people», commencent à affluer, mettant ainsi en péril l’équilibre démographique de Hong- Kong.

Lors du régime britannique, bien que l'anglais fût la langue officielle, la plupart des Hongkongais ont toujours continué de parler une autre langue, le cantonais, une langue chinoise utilisée par 60 millions de locuteurs sur le continent. Progressivement, le cantonais s'est taillé une place dans la vie quotidienne, les journaux, les théâtres et même les écoles, où on s'est mis à enseigner l'écriture de cette langue essentiellement orale. L'écriture du cantonnais est différente de celle du chinois officiel, mais elle est basé sur des caractères similaires. L'anglais est demeuré, jusqu’en 1984, soit lors de la signature de l’accord de rétrocession de Honk-Kong à la Chine, la seule langue juridique et la principale langue administrative de la colonie. 

3.3    Le retour à la Chine

Le bail britannique sur les Nouveaux Territoires arrivant à expiration en 1997, les discussions entre la République populaire de Chine et le Royaume-Uni sur l’avenir de Hong-Kong débutèrent en 1982. Les deux pays parvinrent à un accord et signèrent à Pékin, en décembre 1984, une déclaration conjointe stipulant que tout le territoire de Hong-Kong retournerait sous la souveraineté de la Chine en 1997, avec le statut de «Special Administration Region» (Région administrative spéciale). 

Les premières ébauches de la Loi fondamentale (Basic Law) de Hong-Kong furent connues en 1988, mais critiquées pour leur absence de garanties concernant la défense de la démocratie. En octobre 1989, le gouverneur britannique dévoila les plans d’un gigantesque projet d’aéroport sur l’île de Lan Tao, afin de renforcer la confiance des investisseurs dans le territoire. La Loi fondamentale fut adoptée par le Congrès national du peuple à Pékin, le 4 avril 1990, et permettait d'élire au suffrage direct les membres du Conseil législatif. L’accord sur le nouvel aéroport fut finalement signé par la Chine et le Royaume-Uni en novembre 1994. Les relations entre le Royaume-Uni et la Chine demeurèrent difficiles, mais les dirigeants chinois tentèrent de se montrer rassurants aux yeux de la communauté internationale sur l’avenir de Hong-Kong. La crise de confiance due à l’approche du transfert de souveraineté à la Chine en 1997 provoqua le départ de nombreux habitants de Hong-Kong (43 000 pour la seule année de 1995).

Le 1er juillet 1997, la Chine rétablit sa souveraineté sur le territoire de Hong-Kong, après un siècle et demi de domination britannique. La petite garnison britannique fut remplacée par un contingent de 15 000 soldats de l’Armée populaire de libération chinoise. Tout en y exerçant le contrôle politique, la Chine laissait une certaine latitude au particularisme local, à l'exception des Affaires étrangères et de la Défense. Aux termes de l’accord sino-britannique signé en 1984, le statut de «région administrative spéciale» (RAS) dont est doté Hong-Kong lui accorde durant cinquante ans un haut degré d’autonomie (exécutive et législative). La RAS est autorisée à conserver ses spécificités économiques, juridiques et sociales, ainsi que les libertés civiles. Cette transition en douceur, selon le principe d'«un pays, deux systèmes» formulé par le président Deng Xiaoping, a été adoptée afin de maintenir la stabilité politique et la prospérité économique de l’îlot chinois. Celui-ci devrait être géré par les Hongkongais eux-mêmes, la Loi fondamentale (Basic Law), votée en 1990 et acceptée par la Chine, devant servir de Constitution provisoire. 

En 1999, la question de l’immigration des enfants nés de mariages entre les Chinois de Hong-Kong et les Chinois de la Chine continentale conduisit le gouvernement local à demander l’intervention des autorités de Pékin, ce qui contrevenait aux accords passés et mit en cause l’indépendance de la justice et le statut particulier du territoire. 

Le développement d’un mouvement démocratique aujourd’hui bien ancré à Hong-Kong risque de devenir à long terme une source de conflit. À plusieurs reprises, les autorités chinoises ont manifesté leur intention d’exclure les leaders démocrates de la vie politique, de dissoudre le Conseil législatif et le remplacer par une Assemblée législative provisoire composée de membres désignés. Nombreux sont ceux qui craignent une politique interventionniste de la Chine populaire ou encore que le gouvernement chinois ne décide l’annexion pure et simple du territoire de Hong-Kong. 

Au plan linguistique, la nouvelle donne politique aura des conséquences certaines à Hong-Kong. On peut présumer que l'anglais va rapidement perdre des plumes au profit du cantonais et du chinois mandarin dans les affaires gouvernementales, mais sûrement pas dans les domaines du comme et des affaires (tout court). À long terme, on peut penser que le cantonais lui-même finira par se subordonner entièrement au chinois mandarin.   

4    La politique linguistique de Hong-Kong

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La politique linguistique de Hong-Kong apparaît relativement complexe dans la mesure où trois langues importantes se font concurrence: l'anglais, le chinois mandarin et le chinois cantonais. Les langues officielles sont l'anglais et le cantonais à l'oral, mais l'anglais et le chinois mandarin à l'écrit, car le cantonais demeure la langue d'usage de presque tous les Hongkongais. L'anglais est la langue officielle dont on faisait traditionnellement usage dans les domaine politique et commercial, tandis que dans l'industrie et le commerce intérieur recouraient davantage au chinois écrit (putonghua). La rétrocession de Hong-Kong à la Chine est en train de modifier ces habitudes. Pékin s'est vu forcé d'adopter le cantonais dans ses relations avec les élites et le gouvernement local, alors que ce serait tout à fait inacceptable à Canton. Bref, le chinois mandarin pourrait bien remplacer graduellement l'anglais dans les domaines politique et judiciaire et prendre la place qu'occupait auparavant l'anglais. Dans le commerce et les affaires, l'anglais représente un enjeu trop important: il demeurera. Quoi qu'il en soit, le bilinguisme est là pour rester à Hong-Kong. Ce sera le cantonais et l'anglais à l'oral, mais l'anglais et le chinois mandarin (putonghua) à l'écrit. le domaine de l'enseignement risque de passer au bilinguisme anglais-mandarin.

4.1 Les langues officielles

En 1974, le gouvernement colonial avait fait adopter l'Ordonnance sur les langues officielles (Official Languages Ordinance). Jusqu'en 1987, le chapitre V de la loi avait seulement prévu que toute loi devait être adoptée et promulguée seulement en langue anglaise. Cependant, lors de la Déclaration conjointe de 1984 signée entre les gouvernements chinois et britannique, il avait été prévu, à la section I de l'annexe I, qu'en plus du chinois l'anglais pouvait être utilisé au sein des organismes du gouvernement et dans les cours de justice de la Région administrative spéciale de Hong-Kong. 

En 1990, la Loi fondamentale (Basic Law), qui sert de constitution provisoire adoptée par le Congrès national du peuple à Pékin, prévoyait à l'article 9 que le chinois (sans préciser quel chinois) et l'anglais seraient les langues officielles: 

Article 9

En plus de la langue chinoise, l'anglais peut aussi être employé comme langue officielle par les autorités politiques, législatives et judiciaires de la Région administrative spéciale de Hong-Kong.  

Dorénavant, la section 4 (1) de l'Ordonnance sur les langues officielles (chap. V) prévoit que toutes les ordonnances (ainsi sont appelées les lois de Hong-Kong), sauf de rares exceptions, seront adoptées et promulguées dans les deux langues officielles. La Law Drafting Division of the Department of Justice (projet de loi du département de la Justice, autrefois connu comme le Service juridique du procureur général) devint responsable de préparer les deux versions linguistiques de toutes les ordonnances et de toute législation subsidiaire présentée par le gouvernement local. Le mois d'avril 1989 marqua le début des premières ordonnances bilingues, les deux langues étant considérées d'égale valeur. Précisons que, dans les faits, les langues officielles à l'oral sont le chinois cantonais et l'anglais, mais le chinois mandarin et l'anglais à l'écrit, le cantonais ne s'écrivant pas. Bref, quand on parle du «chinois» oral, il s'agit toujours du cantonais, quand on parle du «chinois» écrit, il s'agit toujours du mandarin, le putonghua correspondant au chinois écrit normalisé et simplifié par Pékin.

Au Parlement (le LegCo), les juristes doivent présumer que les deux versions d'une loi, anglaise et chinoise (putonghua), conservent la même signification et qu'elles doivent être interprétées de la même façon.  Dans le cas où subsisteraient des interprétations différentes entre les deux versions, les règles d'interprétation statutaires doivent prévaloir et concourir à résoudre les différences, non les accentuer. Les expressions ou mots chinois inscrits dans une version anglaise doivent être interprétés en conformité avec la langue et la tradition chinoise; de la même façon, les expressions ou mots anglais inscrits dans toute version chinoise doivent être interprétés en vertu de la langue et de la tradition anglaise. Lorsqu'une loi est à l'origine rédigée en anglais et que la version chinoise semble différer de la version originale, la signification portée par la version anglaise aura la priorité sur le chinois; la situation inverse s'applique également. Si une expression du droit coutumier est employée dans le texte anglais, tandis qu'une expression analogue est employée dans le texte correspondant chinois (putonghua), la loi doit être interprétée conformément à la signification du droit coutumier de la langue d'origine. 

Dans les tribunaux, un procès peut être mené en anglais ou en cantonais, ou dans les deux langues à la fois. Les même règles d'interprétation statutaires des documents juridique s'appliquent dans les cours de justice. 

En ce qui a trait aux minorités linguistiques, l'ordonnance no 59 de 1991 (ou Déclaration des droits de l'homme de Hong-Kong) énonce les dispositions suivantes:

Les personnes appartenant aux minorités ethniques, religieuses ou linguistiques ne seront pas privés du droit, en communauté avec les autres membres de leur groupe, de posséder leur propre culture, de professer et pratiquer leur propre religion ou d'employer leur propre langue.

Cette disposition est surtout appliquée au cantonais, car les langues des communautés immigrantes sont généralement oubliées. 

4.2    L'éducation

Le système scolaire de Hong-Kong a souvent été réputé pour son excellence. On affirme que le souhait le plus ardent des familles, dans toutes les couches de la société, est que leurs enfants reçoivent la meilleure éducation possible. Or, le système scolaire de Hong-Kong est une source de compétitivité et de pressions énormes pour les élèves: certains sont obligés d'apprendre à lire dès l'âge de deux ans. Ensuite, ils peuvent entrer dans une «bonne école maternelle» qui, à son tour, les préparera à une «bonne école primaire». Comme les enfants ont généralement beaucoup de travaux à faire à la maison, certains parents embauchent un tuteur pour les aider, d'autres encouragent leurs enfants à suivre des cours d'arts pratiques supplémentaires, comme le piano ou la peinture. L'apprentissage des langues fait partie des exigences d'une solide formation universitaire. 

Le choix de la langue d'enseignement est libre à Hong-Kong. La plupart des enfants reçoivent leur instruction primaire en chinois cantonais, rarement en anglais ou en chinois mandarin. Par contre, au secondaire, les élèves (environ 75 %) fréquentent généralement une école où la langue d'enseignement sera l'anglais, rarement le cantonais (25 %). Le gouvernement local voudrait obliger les jeunes à poursuivre leurs études secondaires en cantonais, mais de nombreux parents s'y opposeraient.

Dans l'enseignement supérieur, la même tendance se maintient: les étudiants suivent leurs cours en anglais dans une proportion de 86 %. Cependant, on compte de plus en plus d'écoles employant le chinois mandarin comme langue d'enseignement. Bien qu'il existe trois universités, deux écoles polytechniques et de nombreux collèges à Hong- Kong, ces établissements ne semblent pas pouvoir satisfaire la demande de formation post-secondaire. L'insuffisance des places dans les établissements d'enseignement supérieur rend l'accès très difficile dans les universités. Il n'y a pratiquement pas de grands débats au sein de la Chinese University pour savoir quelle langue utiliser dans l'enseignement supérieur de cette université : l'anglais ou le chinois mandarin (laisser tomber le chinois?). En général, de nombreuses personnes ne manquent pas de souligner que le cantonais n'est «qu'une langue orale qui ne s'écrit pas» et qu'il vaut donc mieux choisir celle qui est proche de l'écrit, c'est-à-dire plus littéraire: le chinois mandarin.

Langues d'enseignement dans les écoles de Hong-Kong,
1960-1997; et après 1997

Niveau d'enseignement

Langue d'enseignement

1960-1997 (%)

Après 1997 (%)

Primaire anglais
cantonais
5-10 %
90-95 %

moins de 10 %
plus de 95 %

Secondaire anglais
cantonais
60-90 %
10-40 %
25 %
75 %
Supérieur anglais
cantonais
80-86 %
14-20 %
86 %
14 %
Source: Pan, 1999

L'apprentissage des langues secondes est omniprésente. Depuis plusieurs décennies, l'anglais est enseigné comme langue seconde dès le primaire. Au secondaire, la plupart des élèves passent à l'enseignement exclusif en l'anglais, avec le chinois mandarin comme langue seconde (s'ils le désirent). Jusqu'à présent, personne n'est encore obligé d'apprendre le mandarin, mais cet enseignement deviendra sûrement une nécessité avant longtemps. D'ailleurs, il était dans les objectifs du gouvernement chinois d'obliger graduellement les élèves à commencer l'étude du chinois mandarin au primaire (année scolaire 1998-1999). D'ici une dizaine d'années, tous les Hongkongais apprendront le mandarin, car l'implantation de cette langue doit se faire progressivement, une année scolaire après l'autre. 

Les écoles de langue privée refusent des élèves dans les classes de mandarin, tellement la demande est forte. Les petites annonces abondent d'offres d’emploi indiquant la préférence pour les candidats possédant le chinois mandarin, en plus du chinois cantonais et de l’anglais. On ne compte plus les entreprises qui offrent à leurs employés des cours de mandarin, afin qu'ils puissent communiquer avec les  immigrants et les fonctionnaires de la Chine continentale. Pour le moment, la connaissance du mandarin constitue simplement un avantage, pas une exigence. La formation linguistique intensive du mandarin ne fait pas partie des programmes d'études préparant un baccalauréat régulier.  

Pour les dirigeants chinois, la promotion du bilinguisme désamorcerait certains désaccords sociaux profondément ancrés; on croit aussi que le bilinguisme, voire le multilinguisme, faciliterait l'intégration des Hongkongais au sein de la société chinoise. En ne forçant pas les citoyens hongkongais à renoncer à leur langue maternelle en faveur du mandarin, ceux-ci semblent plus favorables à apprendre une nouvelle langue commune, le chinois mandarin en l'occurrence. Toutefois, selon divers spécialistes, les jours de gloire du cantonais seraient comptés. Le scénario risque d'être le même partout: le chinois mandarin deviendra la langue de l'élite d'ici une trentaine d'années. 

4.3 La vie économique et les médias

Traffic and signs on Nathen Road Pour le moment, le cantonais est largement utilisé dans la vie économique dans les communications informelles: presque tous les Hongkongais connaissent cette langue. L'anglais demeure une langue encore très employée, encore davantage que le cantonais, surtout dans le milieu des affaires.  À l'écrit, l'anglais partage son omniprésence avec le chinois mandarin (putonghua) dans l'affichage commercial, mais les idéogrammes du chinois mandarin sont beaucoup plus présents que l'anglais, comme en fait foi cette illustration. Le chinois mandarin oral n'est pas beaucoup utilisé, même s'il est généralement compris dans le milieu des affaires. Les Cantonais parlent toujours le cantonais entre Chinois (de tous les pays), mais anglais avec les sociétés internationales et les locuteurs de langues différentes. Ils écrivent en anglais ou en chinois mandarin, non en cantonais.

Du côté des médias, on compte près d'une soixantaine de journaux et plus de 700 périodiques à Hong-Kong. Parmi les journaux, 33 sont diffusés en chinois (putonghua), 13 en anglais, 5 sont bilingues (anglais-chinois) et 7 en d'autres langues. Dans les périodiques, 446 sont publiés en chinois, 144 en anglais, 118 sont bilingues et 15 sont diffusés en d'autres langues. Des versions anglaises du Wall Street Journal, du Financial Times, du Economist et du International Herald Tribune sont imprimées à Hong-Kong même. Évidemment, les journaux hongkongais écrits en chinois contiennent quelques éléments ou caractères proprement cantonais, mais il s'agit d'un chinois très proche du mandarin.  

Cela étant dit, les journalistes de Hong-Kong rendent de grands services aux dirigeants communistes à Pékin. Étant donné que les dirigeants chinois savent très bien qu'ils ne peuvent pas se fier à leurs journaux pour savoir ce qui se passe dans le pays, les fonctionnaires locaux maquillant les faits pour éviter les reproches, ils lisent les journaux de Hong-Kong! 

Hong-Kong dispose aussi de 13 chaînes de radio. Trois d'entre elles appartenant à la RTHK (Radio Television de Hong-Kong), un organisme de télévision et de radio entièrement financé par les fonds publics, diffusent de nombreuses émissions en anglais. La station 104 FM Select, qui diffusait beaucoup de programmes en anglais, est utilisée à présent pour la radio cantonaise Metro Finance. De façon générale, la prépondérance des émissions va au cantonais, suivi de l'anglais, puis ensuite du chinois mandarin.

La plupart des chaînes de télévision diffusent leurs émissions en chinois cantonais. Les plus grosses chaînes, TVB (Television Broadcasts Limited) et ATV (Asia Television Limited), disposent de stations diffusant soit en cantonais soit en anglais. Au total, ces deux chaînes diffusent plus de 600 heures de programmes par semaine, pour 6,4 millions de téléspectateurs, soit en cantonais soit en anglais. Parallèlement, la RTHK (Radio Television Hong Kong) produit sur les réseaux ATV et TVB des émissions à vocation informative et éducative. Les autorités s'efforcent de couvrir de manière impartiale les événements locaux et internationaux, afin de favoriser l'ouverture et la diversité culturelle de Hong-Kong, et toucher un plus large auditoire, notamment auprès des minorités.

Faute d'un auditoire suffisant, la chaîne internationale de Wharf-CableTV, qui diffusait un bloc d'émissions en français, aux côtés de la BBC, de la RTVE et de la RTPI, a réduit sa visibilité en langue française. Les chaînes anglaises de ATV et TVB diffusent quelques films français (en anglais, sous-titrés en français) en fin de soirée. Ceux  qui le souhaitent peuvent recevoir des chaînes françaises (TV 5) à Hong-Kong, à la condition de disposer d'une antenne satellite, mais ce type de réception touche seulement une partie des foyers aisés.

Près de 90 % des foyers hongkongais sont abonnés au câble. Les émissions en langue étrangère totalisent 12 % du temps d'antenne, la plupart étant d'origine asiatique (en sept langues dont le chinois). Quant aux chaînes anglophones, elles diffusent principalement des émissions en provenance des États-Unis et de Grande-Bretagne; ces émissions sont regardées par quelque 18 % des téléspectateurs hongkongais.

 

La politique linguistique de Hong-Kong est complètement axée sur le bilinguisme cantonais-anglais, avant de privilégier, d'ici une ou deux décennies, le trilinguisme cantonais-mandarin-anglais. Cette politique n'est dirigée contre aucune langue, mais elle favorise avant tout la langue vernaculaire de la majorité de la population (le cantonais) et l'ancienne langue coloniale (l'anglais). Depuis la rétrocession de Hong-Kong à la Chine, le chinois mandarin se pointe à l'horizon. Jusqu'ici, le cantonais s'est faufilé et a su tirer ses marrons du feu, mais dans un avenir plus ou moins rapproché le mandrin prendra vraisemblablement une grande place et risque de reléguer l'anglais à l'arrière-plan dans certains secteurs, mais sûrement pas dans les affaires et le commerce. Dans toutes ces pratiques, ce sont les langues des minorités qui écopent, non parce qu'on les attaquent ou qu'on exerce une quelconque répression, mais parce qu'on oublie, tout simplement. La politique linguistique de la région administrative spéciale de Hong-Kong s'avère en définitive une politique mixte: le gouvernement chinois veut promouvoir un bilinguisme territorial chinois mandarin-anglais en espérant subordonner l'anglais, le gouvernement local valorise un bilinguisme chinois cantonais-anglais (sans limite territoriale), mais en se préparant au trilinguisme obligé. Pour les minorités, tout le monde s'en fiche éperdument et espère leur assimilation. 

Il faut dire que de plus en plus de Hongkongais affirment avoir le cantonais comme langue maternelle, même parmi les communautés immigrantes. Bref, le chinois cantonais et le chinois mandarin vont devenir des réalités linguistiques incontournables, mais l'anglais conservera sûrement des positions privilégiées au plan des relations extérieures avec le monde. Il sera sûrement difficile pour les autorités chinoises d'extirper le cantonais des Hongkongais, à moins de les minoriser sur leur propre territoire, mais celui-ci est déjà surpeuplé. Heureusement, Hong-Kong rapporte de gros sous à la Chine qui y fait transiter encore la moitié de son commerce. Tant que Hong-Kong sera très rentable, le principe d'«un pays, deux systèmes» survivra, de même que le cantonais. 

 Dernière révision: 26 décembre, 2015

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