République irakienne

Irak

Jumhuriyah al `Iraqiyah

Capitale: Bagdad
Population: 34,1 millions (2014)
Langue officielle: arabe classique
Groupe majoritaire: arabe mésopotamien (51,3 %)
Groupes minoritaires: dialectes arabes (22 %), kurde (18 %), azéri (4 %), assyrien (1,3 %), farsi (1,2 %), turkmène (1 %), arménien (0,27 %), circassien (0,08 %), etc.
Système politique: république militaire à parti unique
Articles constitutionnels (langue):
 art. 4 et 125 de la Constitution de 2005. Voir aussi les constitutions provisoires depuis 1925.

Lois linguistiques:  Accord d'autonomie irako-kurde de 1970 ; Loi n° 3 de 1971 sur la protection du droit d'auteur  ; Loi n° 33 du 11 mars 1974 ; Loi n° 28 de 1983 ; Loi sur l'administration de l'État de l'Irak sous la période de transition (2004); Règlement d'accréditation des entités politiques (2008) ; Règlement d'exécution des contrats administratifs (2008).

Plan de l'article

1. Présentation générale
1.1 D'un État centralisé à un État fédéral
1.2 Le fédéralisme irakien
1.3 Une fédération lacunaire et défectueuse

2. Données démolinguistiques

2.1 Les ethnies
2.2 Les grands groupes ethniques par gouvernorat (province)
2.3 L'arabe et ses variétés
2.4 Le kurde et ses variétés
2.5 Les autres minorités linguistiques
2.6 Les religions et leurs conflits

3 Données historiques
3.1 La domination ottomane (1533-1918)
3.2 Les puissances coloniales
3.3 Le mandat britannique (1920-1932)
3.4 Les textes juridiques
3.5 L'indépendance de l'Irak (1932)
3.6 La république d'Irak (1958)
3.6 Le régime de Saddam Hussein (1979-2003)
3.7 L'occupation américaine (2003-2011)
3.8 La menace djihadiste

4. La politique linguistique de Saddam Hussein
4.1 Les dispositions constitutionnelles de 1990
4.2 La politique linguistique d'arabisation

5. La politique linguistique actuelle
5.1 La Constitution de 2005 et le bilinguisme
5.2 Les problèmes dans l'emploi des langues
5.3 Le système d'éducation irakien
5.4 La situation des médias
5.5 Le monde des affaires

1 Présentation générale

Au Proche-Orient, la république d’Irak (en arabe: Jumhuriyah al `Iraqiyah) est un pays de 434 128 km², soit quatre fois plus grand que la Jordanie, mais 3,7 fois plus petit que l'Iran. L'Irak est bordé par la Turquie (779 452 km²) au nord, par l'Iran (1 648 000 km²) à l'est, par l'Arabie Saoudite (2 240 000 km²) et le Koweït (17 800 km²) au sud, par la Jordanie (92 000 km²) et la Syrie (185 180 km²) à l'ouest.

Le pays est traversé du nord au sud par deux fleuves, le Tigre à l'est et l'Euphrate à l'ouest, qui se rejoignent au sud pour former le Chatt-al-Arab débouchant sur le golfe Persique par un vaste delta. L'Irak ne possède que 20 kilomètres de façade maritime sur le Golfe. Le pays tire son nom de sa situation géographique: en effet, le mot arabe Iraq signifie «bord de l'eau».  

Le drapeau de l'Irak est formé de fait de trois bandes horizontales rouge, blanche et noire, et reprend ainsi les couleurs panarabes, frappées de la devise en arabe Allah akbar («Allah est grand»). Le 22 janvier 2008, le Parlement irakien a adopté un drapeau national provisoire en supprimant les trois étoiles, lesquelles comprenaient la devise Wihda, Hurriyah, Ishtirrakiyah, c'est-à-dire «Unité, Liberté, Socialisme». C'est Saddam Hussein qui avait décidé de placer les mots Allah Akbar («Allah est grand)» entre les étoiles.

Selon l'Arrêté français du 4 novembre 1993 relatif à la terminologie des noms d’États et de capitales, il est recommandé d'écrire Iraq ou Irak (variante). Mais l'adjectif serait iraquien et non irakien. Toutefois, le Bulletin officiel du Ministère des Affaires étrangères de 2009 recommande plutôt irakien et propose Iraq comme variante. Dans le présent site, les graphies Irak et irakien/irakienne ont été privilégiées.

1.1 D'un État centralisé à un État fédéral

Depuis sa fondation lors du mandat britanniques (1920-1932), l’Irak était un État unitaire qui a connu des périodes de centralisation et de décentralisation, mais il est devenu une république centralisée dès les années 1960. Cette république fut gouvernée par Saddam Hussein du 16 juillet 1979 au 9 avril 2003. Cette année-là, l'attaque militaire menée par les États-Unis et le Royaume-Uni, soutenue par plusieurs autres pays, entraîna la chute du gouvernement de Saddam Hussein.

Par la suite, un gouvernement intérimaire irakien fut formé par la force multinationale présente en Irak (États-Unis, Royaume-Uni, etc.) comme gouvernement provisoire dans le but de gérer l'Irak jusqu'à la constitution du gouvernement de transition, lequel devait être mis en place après les élections du 30 janvier 2005. Une nouvelle constitution fut rédigée en 2005 et adoptée par les membres du Comité de rédaction constitutionnel irakien afin de remplacer la «loi pour l'administration de l'État de l'Irak sous la période de transition» (TAL). Puis le texte fut approuvée lors d'un référendum tenu le 15 octobre 2005. En octobre 2006, les députés irakiens ont adopté la loi sur le fédéralisme.

Ainsi, l'Irak est passé d’un État unitaire centralisé et fort à un État fédéral, avec une seule région autonome, le Kurdistan irakien (jusqu'à présent).

L'Irak est aujourd'hui une fédération composée de 18 gouvernorats ou provinces administratives (muhafazat) et d'une région autonome (Kurdistan irakien):

Provinces
(Muhafazat)

Population
(2011)
Pourcentage

Superficie
(en km2)

Capitale
(province)

Basrah (chiite/sunnite) 2 532 000 7,5 % 19 070 km2 Bassora
Dhi Qar (chiite) 1 836 200 5,4 % 12 900 km2 Nasiriyah
Muthanna (sunnite/chiite)    719 100 2,1 % 51 740 km2 Samawah
Qadisiyah (chiite) 1 134 300 3,3 % 8 153 km2 Diwaniyah
Nadjaf chiite/sunnite) 1 285 500 3,8 % 28 824 km2 Nadjaf
Babil (chiite) 1 820 700 5,4 % 6 468 km2 Hillah
Karbala  (chiite) 1 066 600 3,1 % 5 034 km2 Kerbala
Maysan  (chiite)    971 400 2,8 % 16 072 km2 Amarah
Wassit  (chiite) 1 210 600 3,5 % 17 153 km2 Kout
Bagdad (chiite/sunnite) 7 055 200 20,9 % 734 km2 Bagdad
Anbar (sunnite/chiite) 1 561 400 4,6 % 138 501 km2 Ramadi
Ninawa ou Ninive (sunnite/kurde) 3 270 400 9,7 % 37 323 km2 Mossoul (Mawsil)
Salah ad-Din ou Saladin (sunnite/kurde) 1 408 200 4,1 % 24 751 km2 Samarra
Kirkouk (sunnite/kurde) 1 395 600 4,1 % 10 282 km2 Kirkouk
Diyala (sunnite/chiite/kurde) 1 443 200 4,2 % 6 828 km2 Baqwbah
Erbil (kurde) 1 612 700 4,7 % 14 471 km2 Erbil
Souleimaniyeh (kurde) 1 878 800 5,5 % 17 023 km2 Souleimaniyeh
Dohouk (kurde) 1 128 700 3,3 % 6 553 km2 Dohouk
TOTAL 2011 33 667 600 100,0  % 434 128 km2 Bagdad

Les gouvernorats les plus populeux sont Bagdad (20,9 %), Ninive (9,7 %) et Basrah (7,5 %); voir la carte du pays avec ses gouvernorats. Si trois gouvernorats sont kurdes (Erbil, Dohouk et Souleimaniyeh) et six sont chiites (Wassit, Babil, Karbala, Qadisiya, Dhi Qar et Maysan), neuf gouvernorats sont donc mixtes (sunnites-chiites, sunnites-kurdes ou autres).

1.2 Le fédéralisme irakien

Toutefois, contrairement à ce qu'on pourrait croire, les 18 gouvernorats ne sont pas des provinces fédérées. L'article 119 de la Constitution irakienne garantit qu'«un ou plusieurs gouvernorats ont le droit de s'organiser en région en s'appuyant sur une requête qui doit être approuvée par référendum». Seul le Kurdistan, qui regroupe les provinces d'Erbil (Arbil en arabe), de Dohouk (Dahūk en arabe) et de Souleimaniyeh (prononcer [sou-lai-manié]), a actuellement le statut de région autonome en Irak. D'autres provinces réclament le statut de «région autonome» : Salah ad-Din, Anbar et Basrah (voir la carte du pays avec ses gouvernorats). Bref, si plusieurs provinces ont exprimé leur désir d'acquérir le statut de «région autonome», les dirigeants irakiens fédéraux ont estimé qu'une telle entreprise était prématurée et pourrait provoquer des conflits à l'intérieur du pays. Autrement dit, la fédération irakienne est une fédération en raison de la présence de la région autonome du Kurdistan.

- La région autonome

Le Kurdistan irakien est situé au nord-est du pays comprenant les provinces ou gouvernorats de Dohouk (6553 km²), de Souleimaniyeh (17 023 km²) et d'Erbil (14 471 km²) pour un total de 38 047 km², soit un peu moins que la Suisse (41 290 km²). Le Kurdistan irakien est limité à l'est par l'Iran, au nord par la Turquie, à l'ouest par la Syrie, ainsi qu'au sud par les gouvernorats irakiens d'Anbar, de Saladin et de Diyala. Dans ses limites actuelles, le Kurdistan irakien ne couvre que 8,7 % de la superficie du pays (434 128 km²). La capitale du Kurdistan irakien est Erbil, appelée Hewlêr en kurde et Arbil en arabe.

Plusieurs territoires irakiens sont revendiqués par la Région autonome: il s'agit d'une partie des gouvernorats de Ninive, de Saladin et de Diyala. Dès lors, le Kurdistan irakien couvrirait une superficie de 83 000 km², ce qui correspondrait à 19,1 % du territoire irakien, soit l'équivalent de la superficie de l'Autriche (83 858 km²) ou des Émirats arabes unis (82 880 km²).

Dans les faits, trois gouvernorats sont sous le contrôle direct du Gouvernement régional du Kurdistan et quatre sont revendiqués partiellement : Ninive, Kirkouk, Saladin et Diyala (voir la carte).

Cette revendication n'est donc pas que théorique, car les Kurdes, profitant de la faiblesse de l'armée irakienne, se sont installés militairement dans les zones disputées et réclamées en vain depuis 2003 par le Gouvernement régional du Kurdistan (GRK). Celui-ci allègue que, si les peshmergas (milices kurdes) ont envahi l’ensemble des «territoires disputés», c'est parce que ceux-ci avait été confisqués il y a des années par le gouvernement de Saddam Hussein.

Dans les faits, le fédéralisme irakien a été adopté spécifiquement pour la Région autonome du Kurdistan (article 117.1 de la Constitution). La formation des autres régions autonomes, notamment dans les zones chiites, a été reportée à la demande des sunnites à la suite d'une loi élaborée dans les six mois suivant la première réunion de la Chambre des députés (ou Chambre des représentants, article 118). Cette période de six mois commençait à partir du 16 mars 2006, mais aucune loi n'a pu être adoptée à ce jour. C'est pourquoi l’Irak fédéral n'est composé que d’une seule région fédérée, les autres demeurent durant un temps indéterminé sous la seule autorité du gouvernement fédéral.

1.3 Une fédération lacunaire et défectueuse

Selon la nouvelle Constitution, le président de la République, qui est élu au suffrage indirect par la Chambre des représentants (art., 138), n’occupe qu’une fonction honorifique et protocolaire, car c'est le premier ministre qui détient le véritable pouvoir exécutif. C'est lui le chef du gouvernement et il dirige le Conseil des ministres. En tant que commandant en chef des forces armées, il est investi de pouvoirs importants, que ce soit le maintien de la sécurité et de l’ordre. Le Parlement compte en principe deux Chambres: la Chambre des députés (ou Chambre basse) et le Conseil de la fédération (ou Chambre haute), mais cette dernière n'est pas encore formée, faute d'élections à cet effet.

Malheureusement, la Constitution de 2005, rédigée sous la pression des États-Unis, est lacunaire et défectueuse. Des dizaines de lois devaient la compléter, mais aucune n’a à ce jour été adoptée ni promulguée. Parmi celles qui font cruellement défaut, mentionnons les lois sur les partis politiques, la Cour suprême fédérale, le pétrole et le gaz et la Chambre basse. En raison de la situation d’insécurité généralisée en l’Irak, les institutions gouvernementales ne fonctionnent pas de façon normale.

Après 2005, le gouvernement de coalition a mené une politique autoritaire excluant la minorité sunnite. Ce gouvernement a été accusé d’avoir contribué à la montée en force de l’État islamique en Irak. Le nouveau gouvernement semble tout aussi fragile, car il doit non seulement régler les différends entre le gouvernement central et la région autonome du Kurdistan, mais aussi composer avec des violences quotidiennes et la guerre civile entre chiites et sunnites, puis entre les sunnites baassistes et les sunnites salafistes, sans oublier le groupe armé de l'État islamique. Le 9 avril 2013, l'EI est devenu l'État islamique en Irak et au Levant (EIIL) ou État islamique en Irak et al-Sham (EIIS). Depuis 2003, la discrimination et la marginalisation des minorités nationales sont devenues une pratique courante. L'appartenance ethnique et religieuse est devenue l'un des principaux piliers de la formation du gouvernement. Cette appartenance a conduit à la concurrence entre les tribus et les sectes. Politiser la tribu ou la secte est devenu une culture dans la société irakienne afin d'obtenir des gains.

2 Données démolinguistiques

L’Irak présente cette caractéristique de posséder un profil humain parmi les plus diversifié du monde arabe. C'est là le résultat d’une longue histoire d’invasions, d'exodes, de conversions et de fusions de races et de religions les plus diverses. Dans le vaste territoire irakien (près de 80 % de la superficie de la France) s’entremêlent à la fois des diversités ethniques, avec des Arabes, des Kurdes, des Turkmènes, des Assyro-Chaldéens, etc., et religieuses, avec des musulmans chiites, des musulmans sunnites, des chrétiens, des juifs et d’autres religions plus rares. C'est pourquoi l'Irak présente aujourd'hui un pays au paysage humain si diversifié, et ce, tant au point de vue ethnique que linguistique ou religieux. Il existe trois grandes ethnies, deux langues officielles, une trentaine de langues et de peuples particuliers.

Les plus grandes villes d'Irak sont les suivantes:

Rang Ville Recensement
1965
Estimation
 2014
Gouvernorat
1 Bagdad   1 523 302 5 672 513 Bagdad
2 Bassorah      310 950 2 600 000 Basrah
3 Mossoul      264 146 2 220 624 Ninive
4 Erbil        90 956 993 468 Erbil
5 Souleimaniyeh        83 612 773 496 Souleimaniyeh
6 Kirkouk      175 303 620 318 Kirkouk
7 Nadjaf      134 027 502 400 Nadjaf
8 Kerbela        81 539 449 047 Karbala
9 Nasiriyah        59 330 414 977 Dhi Qar
10 Amarah        64 674 336 262 Maysan

2.1 Les ethnies

Le tableau ci-dessous présente les ethnies présentes en Irak, notamment les Arabes, les Kurdes, .

- Les Arabes (64,8 %)

Il y a d'abord les Arabes qui comptent pour environ 68 % de la population totale. Ils forment néanmoins des sous-groupes différents selon leur origine. Les plus nombreux sont les Arabes irakiens (39,1 %) ou Arabes du Sud et les Arabes du Nord (22,1 %) habitant au nord de Bagdad. Ils sont suivis des Arabes saoudiens ( 4,3 %), des Arabes égyptiens (1,1 %), des Arabes des marais (0,6 %), des Arabes du Golfe (0,1 %), des Arabes palestiniens (0,0 %) et des Arabes syriens (0,0 %). L'ensemble des Arabes atteint les 22,1 millions de personnes, soit 64,8 %.

- Les Kurdes (21,2 %)

Les Kurdes constituent le second groupe ethnique en importance numérique avec les Kurdes du Centre (11,7 %),  les Kurdes kurmanji (8,6 %) et les Yézidis (1,4 %), soit 7,4 millions d'habitants (21,7 %).

- Les autres minorités ethniques (14 %)

Les autres minorités ethniques sont les Azéris (5,9 %), les Iraniens (1,1 %), les Turkmènes (1,1 %) auxquelles il faut ajouter les Assyriens, les Louri, les Chaldéens, les Arméniens, les Bajelani, les Herki, les Adyguéens, les Tsiganes, les Hawrami, les Tchétchènes, les Mandéens, etc.   

Peuple (Irak) Langue maternelle Population % Groupe linguistique Religion
Arabes irakiens arabe irakien (mésopotamien) 13 357 000 39,1 % chamito-sémitique islam chiite
Arabes du Nord arabe mésopotamien du Nord   7 568 000 22,1 % chamito-sémitique islam sunnite
Kurdes du Centre kurde sorani   4 003 000 11,7 % indo-iranien islam sunnite
Kurdes kurmanji kurde kurmanji (septentrional)   2 949 000 8,6 % indo-iranien islam sunnite
Azéris azerbaïdjanais du Sud   2 043 000 5,9 % altaïque islam chiite
Arabes saoudiens arabe nadji    1 474 000 4,3 % chamito-sémitique islam sunnite
Yézidis kurde kurmanji     487 000 1,4 % indo-iranien yézidisme
Iraniens farsi de l'Ouest     408 000 1,1 % indo-iranien islam chiite
Arabes égyptiens arabe égyptien     401 300 1,1 % chamito-sémitique islam sunnite
Turkmènes turkmène     400 000 1,1 % altaïque islam sunnite
Arabes des marais (Maadans ) arabe des marais      224 000 0,6 % chamito-sémitique islam chiite
Assyriens assyrien néo-araméen      152 000 0,4 % chamito-sémitique chrétienne
Louri louri du Nord      100 000 0,2 % indo-iranien islam chiite
Chaldéens chaldéen        73 000 0,2 % chamito-sémitique chrétienne
Arabes du Golfe arabe du Golfe        67 000 0,1 % chamito-sémitique islam sunnite
Arméniens arménien        60 000 0,1 % isolat indo-européen christianisme orthodoxe
Bajelani bajelani        59 000 0,1 % indo-iranien islam chiite
Herki herki        37 000 0,1 % indo-iranien islam chiite
Adyguéens adyguéen        34 000 0,0 % caucasien islam sunnite
Tsiganes domari (tsigane)        33 000 0,0 % indo-iranien islam sunnite
Hawrami hawrami (ou gurani)        31 000 0,0 % indo-iranien islam chiite
Arabes palestiniens arabe leventin du Nord        18 000 0,0 % chamito-sémitique islam sunnite
Arabes syriens arabe standard (syrien)        18 200 0,0 % chamito-sémitique islam sunnite
Tchétchènes tchétchène        10 000 0,0 % caucasien islam sunnite
Mandéens arabe mésopotamien          7 700 0,0 % chamito-sémitique mandéisme
Ourdous ourdou          3 700 0,0 % indo-iranien islam chiite
Turcs anatoliens turc          2 700 0,0 % altaïque islam sunnite
Koi-sanjaq Sooret koy sanjaq surat (araméen)            800 0,0 % chamito-sémitique chrétienne
Autres -        122 300 0,3 % -

-

Total 2014 - 34 141 000 100 % -

-

2.2 Les grands groupes ethniques par gouvernorat (province)

En Irak, le critère confessionnel et le critère ethnique tendent souvent à se confondre. Dans de nombreux cas, les ethnies et les religions s’entrecoupent. Les unes et les autres peuvent être minoritaires dans une religion, mais majoritaires par l’appartenance ethnique, et inversement. Par exemple, les Arabes sont majoritaires quant à leur appartenance ethnique, mais peuvent devenir minoritaires si l'on tient compte de leur confession religieuse. En effet, seuls les chiites sont majoritaires au point de vue ethnique et religieux (65 %). Tous les autres groupes sont minoritaires. Néanmoins, les chiites peuvent être minoritaires dans certaines provinces et les sunnites, majoritaires dans d'autres.

Quant aux Kurdes, ils sont minoritaires à la fois au plan ethnique et religieux (étant majoritairement sunnites et non arabes), mais majoritaires dans le Nord, c'est-à-dire dans la Région autonome du Kurdistan. Au sein de la région du Kurdistan, il existe des groupes minoritaires chiites, chrétiens et juifs, et ce, sans compter les communautés dissidentes de l’islam. Bref, l'Irak peut présenter à certains égards un beau «melting pot» à l'américaine. Bagdad, elle-même située dans une région mixte, incarne la diversité de la population irakienne, car les différentes communautés du pays y sont présentes. La ville est divisée en quartiers chiites et sunnites et quelques-uns sont mixtes; la situation est similaire pour la banlieue. D'autres grandes villes irakiennes, par exemple Bassorah située sur les rivages du golfe Persique et Mossoul ou Kirkouk au nord, ont depuis toujours abrité une population très hétérogène aux plans ethnique et confessionnel. Comme chiites et sunnites se regardent en chiens de faïence, les tensions peuvent être vives. 

Lorsqu'on consulte la carte de gauche («Groupes ethniques par province»), on constate trois grandes zones en diagonale en partant du nord jusqu'au sud. On trouve d'abord une bande kurde (en rouge) couvrant trois provinces entières (Dohouk, Erbil et Souleimaniyeh) et partiellement quatre autres provinces (Ninive, Kirkouk, Saladin et Diyala).

Les deux autres zones abritent des Arabes. À l'ouest et au sud, on distingue les provinces partiellement sunnites (en vert): Ninive, Saladin, Anbar, Nadjaf, Muthanna et Basrah.

Plusieurs provinces ne comptent que des Arabes chiites (en bleu), à l'exception des petites minorités non arabophones: Babil, Karbala, Wassit, Qadisiya, Dhi Qarn. Les autres provinces sont mixtes: Bagdad, Nadjaf, Muthanna et Basrah.

En général, les petites minorités non arabophones (Azéris, Turkmènes, Louri, Chaldéens, Iraniens, Araméens, etc.) résident dans les zones kurdes ou chiites. Il n'existe que peu de populations dans les territoires couvrant le Sud-Ouest (province d'Anbar) et le Sud-Est sunnite, car c'est une zone désertique faisant partie du désert d'Arabie.  

Les États-Unis auraient voulu que l'Irak soit séparée en trois avec un Nord kurde, une portion occidentale à dominante sunnite à l'ouest et un Sud à dominante chiite, ainsi que Bagdad comme territoire fédéral. Chaque région aurait en charge les questions de sécurité, de développement, de santé, d’éducation, etc. À Bagdad auraient été confiées la politique étrangère, la défense des frontières, et surtout la gestion des revenus du pétrole, équitablement répartis de telle sorte que les chiites ne soient pas trop lésés et le sunnites, pas trop dépouillés. Pour les Américains, un État fédéral divisé en trois grandes régions, dominées chacune par une communauté et dotées d'une grande autonomie, pouvait garantir la stabilité de l'Irak. Comme on le sait, cette idéologie ne pouvait pas passer le teste de la réalité, les populations demeurant trop mélangées.

Il ne faut pas oublier que le niveau de mixité ethno-confessionnelle dans les grandes villes est considérable, car ces villes représentent à elles seules la moitié de la population irakienne. On y trouve des sunnites, des chiites, des chrétiens de rites différents et des Kurdes.  

2.3 L'arabe et ses variétés

L’Irak comptait en 2014 une population de quelque 34 millions d'habitants dont 68 % sont arabophones. Ceux-ci parlent des idiomes différents appartenant à la famille chamito-sémitique. Il s'agit de l’arabe mésopotamien ou irakien (61,2 %), parlé au nord et au sud de Bagdad, l’arabe nadji ou saoudien (4,3 %) dans les régions arides du désert (le Sud-Ouest), l’arabe égyptien (1,1 %) surtout à Bagdad, l'arabe des marais (0,6 %), l’arabe du Golfe (0,1 %) dans la région de Bassorah, l'arabe palestinien et l'arabe syrien. Il existe aussi certains dialectes arabes (env.15 %) et certaines variétés rares telles l'arabe judéo-irakien, etc. Bref, pour les Irakiens arabophones, l'arabe classique constitue une langue seconde qu'ils apprennent à l'école. 

2.4 Le kurde et ses variétés

Les Kurdes constituent la minorité non arabophone la plus importante de l'Irak et elle représente 21,7 % de la population, soit quatre millions de locuteurs. Les Kurdes vivent au nord-est du pays, notamment autour des villes de Mossoul, Erbil (Arbil) et Kirkouk. La région qu'ils habitent est appelée le Kurdistan (voir la carte du Kurdistan), ce qui comprend non seulement l'Irak, mais aussi une partie de la Turquie, de la Syrie et de l'Iran. Avec un total de 25 millions de locuteurs, on peut dire que c'est le plus grand peuple du monde, sans pays.

Avec les Arabes, les Perses et les Arméniens, les Kurdes constituent l'un des peuples les plus anciens de la région. Les Kurdes parlent le kurde, une langue indo-européenne appartenant au groupe indo-iranien, mais c'est une langue non unifiée. Il convient de distinguer le kurde sorani (ou central), le kurde kurmanji (ou septentrional) et le kurde méridional. De plus, chacun des ces groupes comptent un grand nombre de variétés dialectales. Ainsi, le kurde n'est apparenté ni à l'arabe ni au turc.

Le kurmanji est parlé par environ 90 % des Kurdes de Turquie; il est également parlé dans les régions kurdes d'Iran et d'Irak, ainsi qu'en Syrie, soit 60 % de l'ensemble des Kurdes.  Le sorani est parlé dans les régions centrales du Kurdistan en Iran et en Irak; le zazai est parlé dans certaines régions du Kurdistan de Turquie; dans les trois parties du sud du Kurdistan, on parle le gorani et d'autres dialectes.

Certains linguistes organisent autrement la classification de la langue kurde et de ses dialectes.  Ainsi, Najat Abdulla-Ali distingue trois grandes branches :

- kurmanji : comprenant le kurmanji du Nord et le kurmanji du Sud dont ferait partie le sorani;
- gourani-zazaki : comprenant le groupe gourani et le groupe zaza;
- lorî : comprenant «petit lorî» et «grand lorî».

On peut consulter le tableau de Najat Abdulla-Ali, qui illustre cette thèse en cliquant ici, s.v.p.
 

Kürdistan (latin)
كردستان (arabe)
Курдистан (cyrillique)
De plus, les Kurdes de Turquie écrivent leur langue en alphabet latin ; ceux d'Irak, d'Iran et de Syrie, en alphabet arabe (appelé aussi arabo-persan), ce dernier étant un alphabet un peu modifié de l'arabe; ceux d'Arménie et de Géorgie et d'Arménie, en alphabet cyrillique,  Les Kurdes sont davantage unifiés par la religion, étant presque tous des musulmans sunnites. 

Si la plupart des Kurdes vivent dans le Grand Kurdistan historique, qui comprend une partie de la Turquie, de l'Irak, de l'Iran et de la Syrie, beaucoup de Kurdes vivent dans les pays voisins tels l'Arménie, la Géorgie, la Russie, l'Azerbaïdjan, le Liban, l'État d'Israël, la Jordanie, mais aussi le Kazakhstan, le Turkménistan, le Kirghizistan, l'Afghanistan, le Pakistan, etc.

Nous ignorons avec précision le nombre des Kurdes formant la diaspora. Les estimations les plus courantes font état de la présence d’environ 1.2 million de Kurdes en Europe occidentale. Ils forment d’importantes communautés en Allemagne (650 000), en France (130 000), aux Pays-Bas (85 000), en Grande-Bretagne (35 000), et en Suède (50 000). Celle-ci, en raison d’une politique d’immigration généreuse initiée par Olof Palme et d’incitations matérielles pour l’édition et la création, a su attirer une part importante de l’intelligentsia kurde tandis que l’Allemagne abrite surtout une immigration ouvrière. En comparaison, ils sont aux États-Unis (30 000) et au Canada (plus de 10 000).
La diaspora kurde s'étend en France, aux États-Unis, au Canada, en Australie ou en Nouvelle-Zélande.
La diaspora kurde d'Occident est environ à 85% formée de Kurdes de Turquie, mais les Kurdes d'Irak arrivent au deuxième rang. 

2.5 Les autres minorités linguistiques

Parmi les nombreuses minorités non arabophones, mentionnons aussi l’azéri (5,9 %), l’assyrien appelé généralement syriaque (0,4 %), le farsi ou persan (1,1 %), le turkmène (1,1 %), l’arménien (0,1 %), le circassien ou l'adyguéen (0,1 %), etc. La plupart de ces minorités (sauf le farsi) résident dans le nord du pays, c’est-à-dire dans la région kurde au nord-est,

L’azéri (ou azerbaïdjanais), le turkmène et le turc anatolien font partie de la famille altaïque. L’arménien est un isolat parmi les langues indo-européennes; le circassien ou l'adyguéen est une langue caucasienne.

Mentionnons également l'araméen, une autre langue chamito-sémitique, parlée par des groupes nomades dispersés dans le sud-est de l'Irak. Ces communautés sont installées dans ce pays depuis le VIIe siècle. Leur langue, l'araméen oriental (le koy sanjaq surat), est aujourd'hui reconnue dans les zones à majorité assyrienne de l'Irak. Selon des données approximatives, il y aurait entre 130 000 et 260 000 Araméen, mais seule une petite minorité parle l'araméen (900 locuteurs), car les persécutions dont ils ont fait l'objet dans le passé ont mis leur langue en péril.

En Irak, surtout depuis la guerre, l'invasion américaine et la montée des djihadistes, toutes les petites minorités nationales sont menacées d'extinction. Beaucoup de membres des minorités ethniques ont fui l'Irak de peur d'être massacrés s'ils ne changent pas de religion.

2.6 Les religions et leurs conflits

En Irak, les religions constituent un élément fondamental dans l'identité des peuples comptant le pays. L'Irak est un pays très majoritairement musulman, mais pas uniquement, et ce, d'autant plus qu'ils sont divisés entre chiites et sunnites. Les chiites constituent la communauté la plus nombreuse, présente surtout dans le sud et dans le quartier de Sadr City à Bagdad. Les sunnites sont présents, quant à eux, dans le Sud-Ouest, le Centre (région de Bagdad), ainsi qu'au Kurdistan, auxquels il faut rajouter des groupes yézidites et mandéistes. En 1981, le règlement n° 32-1981 sur la protection des communautés religieuses révélait que 17 groupes religieux étaient officiellement reconnus sur le territoire irakien. Il s’agissait exclusivement de communautés non musulmanes. Ces communautés peuvent être regroupées au sein de quatre formations religieuses minoritaires : les chrétiens, les yézidis, les sabéens-mandéens et les juifs.

- Chiites et sunnites

Près de 95 % des Irakiens sont musulmans et environ 65 % de ceux-ci adhèrent au rite chiite, les autres (35 %), au rite sunnite. Ainsi, contrairement à la plupart des pays musulmans (qui sont sunnites), l'Irak (comme l'Iran) compte une majorité de chiites, d'ailleurs tous situés au sud près de la frontière iranienne. La plupart des chiites irakiens sont des Arabes parlant l'arabe mésopotamien et pratiquant une religion d'origine persane. Quant aux sunnites irakiens (qui ont contrôlé le pays depuis 1920), ils constituent une minorité arabe basée dans le centre-ouest du pays.

Pour les musulmans, les sunnites (du mot arabe as-Sunna : «la tradition») sont restés fidèles à la branche «orthodoxe» de l'islam, celle qui reconnaît comme légitime la succession du prophète Mahomet telle qu'elle aurait eu lieu. Toutefois, une partie des musulmans ont contesté cette succession après l'assassinat, en 680, du quatrième calife Ali, gendre du prophète ; ils se sont eux-mêmes baptisés «chiites» (en arabe chî’a : «partisans» d'Ali).

Le parti d’Ali considérait les trois premiers califes comme des imposteurs; pour eux, c’est dans la descendance d’Ali que le chef de la communauté (l’imâm) doit être recherché.

Ainsi, le sunnisme se considère comme «orthodoxe» par rapport au chiisme, qui s'en est séparé au Ier siècle de l'hégire (VIIe siècle de notre ère) pour des raisons plus politiques que religieuses, et portant sur le mode de désignation des califes. Néanmoins, pour l'essentiel, tous les musulmans, qu'ils soient sunnites ou chiites, partagent les mêmes croyances et les mêmes pratiques. Outre l'Iran majoritairement chiite, seuls cinq pays arabes ont une partie importante de leur population qui se rattache au rite chiite : l'Irak, le Bahreïn, le Liban, Oman, le Yémen et la Syrie.

Depuis la mort du prophète Mahomet, les sunnites et les chiites sont à couteaux tirés. L'antagonisme entre les deux groupes musulmans a marqué une grande partie de l'histoire du Proche-Orient. En Irak, le conflit fut exacerbé du fait que la majorité chiite a été longtemps dirigée par une élite sunnite. En 1980, les sunnites du gouvernement de Saddam Hussein ont envahi l'Iran chiite en raison de conflits de longue date liés aux frontières et par crainte des conséquences que pourrait avoir la révolution islamique iranienne sur la majorité chiite en Irak.

Aux élections de 2005, les sunnites ont subi un important revers parce qu'ils n'ont récolté que 2 % des voix. Le gouvernement irakien est formé d'une coalition de chiites et de Kurdes, excluant les sunnites. Si le président de l'Irak est kurde, le premier ministre, qui détient les véritables pouvoirs, est chiite. Cette situation témoigne que les rênes du pouvoir irakien sont passés d'une minorité sunnite à une majorité de Kurdes et de chiites longtemps persécutée. Depuis le départ des Américains, sunnites et chiites irakiens s’entretuent à qui mieux mieux.

Pourtant, il n'est pas plus facile à un sunnite irakien de reconnaitre un chiite irakien que, par exemple, à un catholique français de reconnaitre un protestant français. En effet, sunnites et chiites sont des Arabes qui portent les mêmes vêtements et ont la même apparence et la même tenue. Les mosquées des uns et des autres sont identiques. Si les chiites ont l'habitude de s'appelé Ali et les sunnites, Hussein (ou Omar ou Yazid), mais cela n'a rien à voir avec les apparences. Toutefois, dans les villes, les sunnites et les chiites n'habitent pas les mêmes quartiers. C'est de cette façon que s'identifient sunnites et chiites.

Bref, on compte en Irak trois grandes communautés ethnico-religieuses qui se méfient les unes des autres: les Arabes chiites, les Arabes sunnites et les Kurdes sunnites. Les premiers ont une frontière commune avec les chiites d'Iran, les seconds (Arabes sunnites) avec les sunnites de Syrie et les troisièmes (Kurdes) avec les Kurdes de Turquie, de Syrie et d'Iran. Marginalisés sous le régime de Saddam Hussein bien que majoritaires en Irak, les chiites sont aujourd'hui au pouvoir à Bagdad (derrière le premier ministre Nouri Al-Maliki, devenu vice-président depuis le 9 septembre 2014).

- Les autres communautés confessionnelles

Les Kurdes sont généralement des musulmans sunnites, mais comme ils ne sont pas arabes (mais indo-iraniens et indo-européens) ils ne s'identifient guère à leurs compatriotes arabes sunnites, qu’ils associent à l’extrémisme et au fondamentalisme musulman. Les Kurdes forment donc un troisième groupe après les chiites et les sunnites. Les Turkmènes sont également sunnites.

On compte moins de 5 % de chrétiens en Irak. Comme dans le reste de l'Irak, les chrétiens ne forment pas une communauté homogène, car ils appartiennent à des rites les plus divers. Il faut compter au moins une quinzaine de dénominations religieuses. Les Assyriens sont des communautés chrétiennes non arabisées, qui utilisent le syriaque comme langue maternelle, mais l'araméen comme langue liturgique. Ils appartiennent à l'Église apostolique catholique assyrienne de l'Orient.  Il existe aussi de petites communautés de Syriens catholiques, de Syriens orthodoxes, de Chaldéens catholiques, d'Arméniens orthodoxes, de Grecs orthodoxes, de Grecs catholiques, de Coptes orthodoxes, des catholiques romains, des protestants évangéliques, des protestants évangéliques assyriens, des adventistes du Septième Jour, etc. Tous les chrétiens, incluant les juifs, ont été persécutés par le régime de Saddam Hussein et ont été obligés de vivre dans des ghettos. La plupart vivaient dans le Nord et à Bagdad. 

Avant l'invasion américaine de 2003, la population chrétienne d'Irak était estimée à plus d'un million. La guerre confessionnelle qui s'ensuivit a fait fondre ses membres de la moitié, dont une grande partie dans la province de Ninive, car plus de 500 000 chrétiens ont choisi l'exil en raison des violences sectaires dont ils ont été victimes de la part des musulmans radicaux. Depuis la chute de sa capitale Mossoul, puis de Qaraqosh, la plus grande ville chrétienne d'Irak, environ 100 000 chrétiens auraient été chassés par l'avancée des djihadistes de l'État islamique dans le nord du pays.

Les yézidis constituent l'une des plus anciennes minorités religieuses d'Irak. D'origine kurde — ils parlent le kurde kurmanji —, les yézidis sont adeptes d'une religion pré-islamique en partie issue du zoroastrisme (culte du soleil), avec des éléments du manichéisme (réincarnation), du christianisme (baptême), du judaïsme (circoncision) et de l'islam (jeûne et polygamie). Mais ils sont considérés comme des «adorateurs du diable» tant par les chrétiens que par les musulmans. Persécutés depuis des siècles, leur nombre est estimé à moins de 500 000 adeptes. Habitant dans le Nord, entre la frontière syrienne et Mossoul, en majorité dans la province de Ninive, les yézidis sont aujourd'hui tombés aux mains des djihadistes de l'État islamique. On les croit victimes d'un nettoyage ethnique, car ils n’ont le choix que de se convertir à l'islam radical ou mourir.

Le mandéisme est une religion contemporaine, baptiste, monothéiste et gnostique, qui compte quelque 12 000 de membres. Ils se revendiquent de la religion d’Adam et de Seth. Ils vivent dans les zones marécageuses de l’Irak méridional, leurs rituels étant intimement liés au baptême. Leurs prières sont récitées en mandéen, une langue vernaculaire tirée de l’araméen oriental avec  des mots d’origine sumérienne. Avant le climat de violence qui s'est installé depuis 2003, leur nombre frôlait les 40 000.

Le judaïsme est présent en Irak depuis la prise de Jérusalem par Nabuchodonosor II en 587. Plus de 10 000 juifs auraient été exilés de la Palestine pour Babylone, lieu de la plus vieille communauté juive. Mais la population commença à décliner à partir de l'invasion mongole au XIIIe siècle, avant de connaître une brève renaissance à la fin du XIXe siècle. Durant plus de deux mille ans, les juifs ont activement contribué à la vie économique et culturelle de l'Irak. Lors de la Seconde Guerre mondiale, on estimait que le nombre des juifs d'Irak atteignait environ 120 000 membres. Puis les persécutions liées en partie au conflit judéo-arabe de 1947-1949 obligèrent certains juifs à se réfugier clandestinement dans le nouvel État d'Israël. En mars 1950, une loi irakienne dite de «dénaturalisation» permit aux juifs d'émigrer librement vers Israël. Dès 1952, il ne restait plus que quelques milliers de juifs en Irak qui allaient se heurter à une hostilité grandissante de la part des autorités et des populations musulmanes. Aujourd'hui, il ne resterait plus qu'une dizaine de juifs en Irak, tous à Bagdad.

Enfin, dans le nord du pays, les djihadistes de l'EI s'en prennent férocement à tous ceux qui ne partagent pas leur religion, non seulement les musulmans chiites (de la minorité turcomane ou non), mais également les sunnites qui n'adhéreraient pas à leurs idées. Si la haine entre sunnites et chiites concerne tout le monde musulman, le conflit avec l'État islamique va au-delà de ces vieilles querelles, car ce groupe armé veut instaurer par la force un califat qui ne souffre aucune «hérésie».

En somme, les minorités religieuses en Irak connaissent des jours difficiles en raison de la montée de l’extrémisme religieux, de l’insécurité et de l’instabilité politique. Les conditions matérielles et sociales de ces minorités ne cessent de se détériorer depuis l’invasion américaine en 2003 et encore davantage depuis la montée des djihadistes de l'EI dans le nord du pays en 2014. Un exode massif est désormais engagé.

3 Données historiques

L’Irak actuel est situé dans la région de l’ancienne Mésopotamie, l’un des berceaux de la civilisation de l’Antiquité où se sont succédé les Sumériens, les Assyriens, les Babyloniens, les Perses, les Parthes, les Grecs, les Romains, les Byzantins, etc. Puis les Arabes conquirent la Mésopotamie au VIIe siècle et fondèrent des cités fortifiées. La victoire d’al-Qadisiya, en 638, fit entrer définitivement la région, rebaptisée Iraq-al-Arabi, dans le monde arabo-musulman.

Actuellement, la plus grande partie de la Mésopotamie se trouve en Irak. Elle comprend deux zones:  la Haute Mésopotamie et la Basse Mésopotamie. La Haute-Mésopotamie, appelée Djézireh (en arabe : «île»), était la zone située au nord de Babylone (env. 100 km au sud de l'actuelle Bagdad), en partie désertique et caillouteuse, une région partagée aujourd'hui entre la Turquie, l'Irak et la Syrie, appelée aussi l'Assyrie. La Basse-Mésopotamie, ou Babylonie, était une vaste plaine marécageuse, drainée par les deux fleuves formant un delta aboutissant au Chatt al-Arab et occupant un golfe Persique. La Basse-Mésopotamie est tout entière comprise en Irak (voir la carte).

La Mésopotamie devint l’un des centres les plus brillants de la vie économique, politique, culturelle et religieuse de l’islam. À partir de la seconde moitié du IXe siècle, les révoltes politico-religieuses — celle chiites et des qarmates — se multiplièrent, tandis que les régions périphériques échappaient progressivement au contrôle de Bagdad.

3.1 La domination ottomane (1533-1918)

En 945, la dynastie iranienne des Buyides prit le pouvoir à Bagdad. Elle en fut chassée en 1055 par les Turcs seldjoukides dont le chef, Toghrul Beg, restaura le sunnisme et l’autorité du califat abbasside. Cette période prospère prit fin lors de la conquête mongole au XIVe siècle avant de passer sous la domination ottomane au XVIe siècle, ce qui laissa la Mésopotamie à l’abandon et à la merci des razzias de la part des milices bédouines. Une grande partie du territoire mésopotamien échappa au contrôle ottoman, car les Kurdes, les Bédouins et les chiites demeurèrent insoumis.
 

Au XVIe siècle la plus grande partie du territoire de la Mésopotamie fut envahie par l'Empire ottoman, qui s'étendait des Balkans jusqu'au nord de l'Afrique en passant par l'Anatolie, la Mésopotamie, la Palestine et l'Égypte. Le territoire des Kurdes devint dès lors une zone tampon entre deux empires rivaux: l'Empire ottoman et l'Empire safavide des Perses. D'une part, les Perses voulurent contrôler la Basse Mésopotamie où se trouvaient des lieux saints du chiisme et parce que Bagdad, siège de l’ancien Empire abbasside, avait une grande valeur symbolique pour eux. D'autre part, les Ottomans craignaient que l’islam chiite se propage vers l’Anatolie. C'est alors que les Ottomans eurent l'idée de se servir des Kurdes pour protéger leur frontière orientale. En revanche, tout en demeurant sous suzeraineté ottomane, les Kurdes bénéficièrent d'une grande autonome. À partir de la première moitié du XVIIe siècle, la Basse-Mésopotamie (Irak) fut gouvernée par plusieurs dynasties kurdes. Ce statut particulier allait assurer au Kurdistan près de trois siècles de paix parmi les nombreuses principautés kurdes.

Malgré quelques ingérences de temps à autre de la part du pouvoir central, le statut particulier des Kurdes fonctionna sans accroc majeur jusqu'au début du XIXe siècle, et ce, tant à la satisfaction des Kurdes que des Ottomans. Il faut dire que les Kurdes n'avaient pas vraiment le choix: ou bien ils acceptaient la domination ottomane ou bien c'était l'assujettissement à la Perse. Or, les chefs kurdes ont toujours été conditionnés dans leurs décision par le degré d'autonomie qu'ils pouvaient se voir accorder. Alors que la politique perse était d'envoyer leurs émissaires pour administrer les régions kurdes, la tutelle ottomane préférait se servir des autochtones kurdes en leur accordant une grande autonomie.

De plus, comme les Kurdes sunnites se méfiaient davantage des Perses chiites que des Ottomans sunnites, ils ont toujours préféré pencher en faveur de la Sublime Porte, nom donné à la porte d'honneur du grand vizirat à Constantinople, synonyme du gouvernement de l'Empire ottoman. Par le fait même, au cours de ces quelques siècles, le poids de l’administration ottomane suscita un fort ressentiment chez les populations chiites arabophones, ce qui allait favoriser plus tard l'émergence du nationalisme arabe.

Néanmoins, les Arabes sunnites, les Kurdes et les Arabes chiites réussirent à cohabiter en bonne intelligence avec les membres des nombreuses communautés religieuses, y compris les minorités chrétiennes. Cette tradition de tolérance était relativement fréquente dans le système multicommunautaire administré par les Ottomans.

Mais le XIXe siècle allait marquer la fin des autonomies kurdes et l’amplification de leur instrumentalisation par les grandes puissances. La centralisation des pouvoirs avait conduit l'Empire ottoman et la Perse, les deux États rivaux depuis longtemps, à poursuivre une politique commune de répression contre les principautés kurdes.

Sous l'Empire ottoman, les écoles primaires et secondaires enseignaient les sciences naturelles, les mathématiques, l'histoire et la géographie, la religion islamique, l'alphabet et la langue arabe, et, selon la région, le turc ou le persan. Dans leur formation générale, les élèves apprenaient l'arabe et le turc. Au XIXe siècle, le français et l'anglais, parfois l'allemand, furent introduits comme langues étrangères.

C'est à cette époque que Grande-Bretagne, la France et l’Allemagne commencèrent à s’intéresser à la Mésopotamie; les trois pays entrèrent en compétition pour étendre leur zone d’influence sur cette région sous domination ottomane. Les Britanniques étaient déjà présents en Égypte, en Palestine et au Koweït, mais aussi au Soudan, à Chypre, au sultanat d'Oman et au Yémen. De leur côté, les Français faisaient des affaires en Syrie et au Liban. Quant aux Allemands, désirant eux aussi, sous l'impulsion de Guillaume II, mener une "Weltpolitik" afin de se faire «une place au soleil» ("Platz an der Sonne"). Cette expansion coloniale allemande s'est concrétisée au Proche-Orient par un rapprochement entre l’Allemagne et l’Empire ottoman, dans les domaines économique, miliaire et diplomatique, les Allemands agissant comme principal allié à l'Empire ottoman en difficulté. Lors de la Première Guerre mondiale, l'Empire ottoman allait se ranger aux côtés de l'Empire allemand et de l'Empire austro-hongrois.

Le mot Irak vient du perse Eraq et signifie littéralement «basse terre», parfois appelé Bilād ar-Rafidain, littéralement «le pays des deux fleuves», en référence au Tigre et à l'Euphrate.

3.2 Les puissances coloniales

Jusqu’à la Première Guerre mondiale, le Kurdistan faisait encore partie soit de l’Empire ottoman (à l’ouest) soit de l’Empire perse (à l’est). Les pays tels l'Irak, le Koweït, la Jordanie, la Syrie, le Liban, Israël ou la Palestine n'existaient pas. C'étaient alors des vilayets ou des sandjaks appartenant à l'Empire ottoman (voir la carte de 1900).

Ce sont finalement les Britanniques qui vont réussir en quelques années à occuper la plus grande partie de la région avec la Mésopotamie et la Palestine. En Mésopotamie, les Britanniques s'étaient déjà installés au Koweït et ne tardèrent pas à monter vers le nord en raison des richesses pétrolières du Kurdistan. Ils promirent aux populations arabes qu'elles obtiendraient l'indépendance si elles se soulevaient contre les Ottomans.  
 

Le 16 mai 1916, la Grande-Bretagne et la France conclurent des accords secrets, les accords Sykes-Picot, par lesquels elles se partageaient une partie de l'Empire ottoman, notamment la «Grande Syrie» et la Mésopotamie (Kurdistan, Irak et Koweït). Cet accord, alors que le premier conflit mondial n’était pas encore terminé, résultait d'un long échange préalable de lettres entre Paul Cambon, ambassadeur de France à Londres, et sir Edward Grey, secrétaire d'État au Foreign Office. Par la suite, le lieutenant-colonel, sir Mark Sykes, pour la Grande-Bretagne, et le consul à Beyrouth, François Georges-Picot, pour la France, poursuivirent les pourparlers à Londres et arrivèrent à une entente. On raconte que Mark Sykes, contemplant une carte de la région, décrivit ainsi au premier ministre britannique, alors Herbert Henry Asquith (de 1908 à 1916), sa conception de la frontière séparant les zones française et britannique : «Je tirerais une ligne, partant de la lettre "E" dans Acre [la ville de Saint-Jean-d'Acre, aujourd'hui en Israël] et le deuxième "K" dans Kirkouk [aujourd'hui dans le nord de l'Irak].» Bref, il s'agissait d'un trait totalement arbitraire qui ne prenait en considération ni la géographie, ni la répartition ethnique, religieuse ou culturelle, ni tout simplement le gros bon sens.

 

Cet accord équivalait à un véritable dépeçage des territoires compris entre la mer Noire, la Méditerranée, la mer Rouge et le golfe Persique. La Mésopotamie ottomane fut découpée en plusieurs zones, dont trois dans le futur Irak:

1) Une zone rouge anglaise d'administration directe (Koweït et Mésopotamie;
2) Une zone rouge d'influence anglaise (est de Bagdad, Jordanie et Palestine);
3) Une zone bleue d'influence française, à la fois arabe et kurde (Syrie et vilayet de Mossoul);
4) Une zone bleue d'administration française (Syrie du Nord, Liban et Cicilie);

Voir aussi la carte de toute la région entre la Méditerranée et la Perse. Les États qui ont été créés après l'effondrement de l'Empire ottoman correspondent encore aux zones fixées par MM. Sykes et Georges-Picot. Le bord de la Méditerranée est devenu le Liban et la Syrie coïncide avec la zone d'influence française, tandis que les zones britanniques sont devenues la Jordanie et l'Irak. Mais cette grande région entre la Méditerranée et la Perse comprenait aussi une zone d'occupation de la part de la communauté internationale (incluant les villes d'Haïfa et de Jérusalem), la Palestine, ainsi qu'un territoire contrôlé par les Russes au nord du vilayet de Mossoul (autour de la ville d'Erzurum). Ce découpage territorial n'a jamais été bien perçu dans le monde arabe; il a fait l'objet de convoitises et reste encore aujourd'hui une terre déchirée.

De plus, l'issue de la Première Guerre mondiale allait encore changer la donne, car l'Empire ottoman, l'Empire austro-hongrois et l'Allemagne se retrouvèrent dans le camp des vaincus. Durant toute la guerre, le sud de la Mésopotamie resta sous mandat britannique, et le nord, sous mandat français, en vertu des accords Sykes-Picot. Lorsque la Grande-Bretagne se rendit compte qu'il y avait du pétrole au nord, elle dénonça ces mêmes accords, car elle avait besoin des nappes pétrolières que l’on commençait à découvrir en Mésopotamie afin d’assurer le ravitaillement de ses navires et de son armée, sans trop de frais. L’armée britannique s’était emparé du vilayet de Bassorah dès novembre 1914; au printemps 1917, le vilayet de Bagdad allait être pris; ce sera au tour du vilayet de Mossoul de tomber en novembre 1918. Au point de vue géographique, le vilayet de Mossoul constituait une région de transition entre la zone alpine représentée par les hautes chaînes du Kurdistan et la plaine désertique qui commence au sud de Mossoul pour s'étendre jusqu'au au golfe Persique.

En novembre 1917, le ministre britannique des Affaires étrangères, Arthur James Balfour (1848-1930) promit aux sionistes l’établissement d’un foyer national juif en Palestine, ce qui suscita aussitôt le mécontentement des Arabes. Les Britanniques croyaient qu'un État-tampon juif pouvait à la fois limiter l’influence française dans la région et faire obstacle à l'expansionnisme arabe.

Le tracé des frontières arrêté en 1916, tel qu’il figurait dans lesdits accords fut modifié, car le vilayet de Mossoul suscitait la controverse entre la Grande-Bretagne, la France et la Turquie. Finalement, la France céda aux Britanniques la zone bleue de la Haute Mésopotamie, car elle n'avait pas les moyens de s'opposer aux Britanniques qui purent alors étendre leur zone rouge vers le nord dans l'espoir d'y contrôler les régions pétrolières autour de Kirkouk et de Mossoul. Auparavant, les Britanniques avaient pris le contrôle des vilayets de la Basse Mésopotamie, c'est-à-dire les vilayets de Bagdad, de Bassorah et de Koweït. Les troupes britanniques dominaient alors largement la région de l'ancienne Mésopotamie avant même que la guerre ne soit terminée.

Or, le vilayet de Mossoul aurait dû revenir à la France, en vertu des accords Sykes-Picot (zone bleue), mais il fut occupé par les Britanniques au cours de diverses opérations militaires. La France finit par y renoncer en décembre 1918 et l'officialisa lors de la conférence de San Remo de 1920 (Italie). Un comité avait été formé de représentants britanniques, français, italiens, grecs, japonais et belges, afin de fixer le sort des vilayets (provinces) arabes de l’Empire ottoman. Le 24 avril 1920, le comité plaça la Palestine et la Mésopotamie sous Mandat britannique.  Finalement, l'accord de San Remo entérina et légalisa les accords Sykes-Picot avec un mandat en bonne et due forme de la Société des Nations. La France reçut le Mandat du Liban et de la Syrie, la Grande-Bretagne, le Mandat de l'Irak (agrandi de Kirkouk cédé par les Français en échange d'une participation aux bénéfices pétroliers de la région), de la Transjordanie et de la Palestine.

L'accord de San Remo de 1920 scellait le destin des vilayets (provinces) arabes de l'ancienne Mésopotamie. Ainsi, s'est dessinée pour un siècle la carte du Proche-Orient, sans tenir compte des revendications des populations qui y vivaient et en faisant fi des promesses d’indépendance faites aux Kurdes et aux Arabes pendant la guerre. Pendant que les Kurdes, qui constituaient la grande majorité de la population du vilayet de Mossoul, réclamaient l'indépendance, les Turcs considéraient ce territoire comme le leur et ne reconnaissaient pas le mandat britannique sur la région; les Turcs voulaient récupérer «leur» vilayet en entier.

En fait, les Britanniques tenaient à ce que le vilayet fasse partie du pays en raison de ses ressources naturelles (pétrole et blé), de ses frontières montagneuses assurant la sécurité et afin de faire contrepoids à la population chiite du Sud. En réalité, les Britanniques commençaient à avoir de graves problèmes avec les chiites, surtout leurs chefs religieux et leurs notables. Au final, nous pouvons affirmer que l’occupation militaire britannique a sans nul doute favorisé la création du nouvel État en Mésopotamie, l'Irak. L’occupant britannique a tracé les frontières du nouveau pays, lesquelles n’ont d’ailleurs jamais été modifiées depuis.

3.3 Le mandat britannique (1920-1932)

Au cours de la Première Guerre mondiale, le droit international public élabora une institution nouvelle: le mandat. Dans le cas présent, il s'agissait d’établir dans les territoires non turcophones de la partie asiatique de l’ex-Empire ottoman, une tutelle provisoire exercée par un «mandataire» au nom de la communauté internationale. Un mandat de la Société des Nations était un territoire prévu par l'article 22 du Pacte de la Société des Nations du 28 juin 1919:

Article 22

1) Les principes suivants s'appliquent aux colonies et territoires qui, à la suite de la guerre, ont cessé d'être sous la souveraineté des États qui les gouvernaient précédemment et qui sont habités par des peuples non encore capables de se diriger eux-mêmes dans les conditions particulièrement difficiles du monde moderne. Le bien être et le développement de ces peuples forment une mission sacrée de civilisation, et il convient d'incorporer dans le présent pacte des garanties pour l'accomplissement de cette mission.

2) La meilleure méthode de réaliser pratiquement ce principe est de confier la tutelle de ces peuples aux nations développées qui, en raison de leurs ressources, de leur expérience ou de leur position géographique, sont le mieux â même d'assumer cette responsabilité et qui consentent à l'accepter : elles exerceraient cette tutelle en qualité de mandataires et au nom de la Société.

[...]

4) Certaines communautés qui appartenaient autrefois à l'Empire ottoman, ont atteint un degré de développement tel que leur existence comme nations indépendantes peut être reconnue provisoirement, à la condition que les conseils et l'aide d'un mandataire guident leur administration jusqu'au moment où elles seront capables de se conduire seules. Les vœux de ces communautés doivent être pris d'abord en considération pour le choix du mandataire.

[...]

Ces territoires étaient en fait des colonies allemandes ou des possessions de l'Empire ottoman. Des «mandats» furent confiés à certaines puissances coloniales «victorieuses», notamment le Royaume-Uni et la France en ce qui concerne l'Empire ottoman. Au lieu de procéder à cette «mission sacrée de civilisation», le partage de l'Empire ottoman du Proche-Orient entre les mandats britanniques (Palestine et Irak) et français (Liban et Syrie) s'est effectué entre puissances impérialistes opposées et en l'absence de toute participation tant arabe que kurde, que ce soit lors de la conférence de San Remo (1920), le traité de Sèvres (1920) ou le traité de Lausanne (1923).

La France et la Grande-Bretagne se sont ainsi établies progressivement dans les anciennes provinces ottomanes entre 1920 et 1922. À la suite du traité de Sèvres (1920), la Société des Nations entérina les mandats britannique et français (voir accord Sykes-Picot de 1916) sur les territoires arabes de l'ancien Empire ottoman (Liban, Syrie, Palestine, Mésopotamie, etc.). De plus, l'article 62 du traité de Sèvres prévoyait la création d'une commission pour préparer une autonomie locale pour les régions où domine l'élément kurde:

Article 62

Une commission [...] préparera dans les six mois à dater de la mise en vigueur du présent traité, l’autonomie locale pour les régions où domine l’élément kurde, situées à l’est de l’Euphrate, au sud de la frontière méridionale de l’Arménie, telle qu’elle pourra être déterminée ultérieurement ; et au nord de la frontière de la Turquie, avec la Syrie et la Mésopotamie [...].

Il était très clair à l'article 64 du traité de Sèvres, signé par la Turquie et les puissances alliées,  le 10 août 1920, promettait aux Kurdes qui vivaient dans l’ancien Empire ottoman de leur accorder l’autonomie et, plus tard, leur pleine indépendance:

Article 64

Si dans le délai d'un an à dater de la mise en vigueur du présent traité, la population kurde dans les régions visées à l’article 62, s’adresse au Conseil de la Société des Nations en démontrant qu’une majorité de la population de ces régions désire être indépendante de la Turquie, et si le Conseil estime alors que cette population est capable de cette indépendance, et s’il recommande de la lui accorder, la Turquie s’engage, dès à présent, à se conformer à cette recommandation et à renoncer à tous droits et titres sur ces régions.

Les signataires du traité avaient même prévu un territoire au sud de l'Arménie pour la création du Kurdistan (voir la carte). Mais le traité de Sèvres ne fut jamais appliqué. Les années qui suivirent allaient être marquées par un différend entre la Grande-Bretagne et une Turquie fortement nationaliste (sous la poigne de Mustapha Kemal) concernant la légalité de la décision britannique par laquelle le vilayet de Mossoul — dont la population était majoritairement d'origine kurde — était rattaché au vilayet de Bagdad et au vilayet de Bassorah, de manière à former le nouvel État d’Irak.

Durant tout le mandat britannique, l'enseignement de l'arabe fut privilégié dans les écoles primaires. Par voie de conséquence, le turc, le persan, le syriaque et le kurde furent délaissés. L'anglais et le français furent enseignés comme langues étrangères. De peur d'alimenter le nationalisme kurde, les Britanniques ont préféré arabiser l'enseignement. 

- La monarchie irakienne

Le 23 août 1921, les Britanniques placèrent l'émir Fayçal ben Hussein (de 1921 à1933) sur le trône de l'Irak, mais le nouveau roi était sunnite, alors que ses sujets étaient majoritairement chiites et l'acceptaient mal. Qui plus est, les Britanniques avaient préféré favoriser les Arabes sunnites dans l'administration gouvernementale plutôt que les chiites. Or, ces sunnites venaient en grande partie du Hedjaz (Arabie Saoudite) et de la Syrie. Soutenus par les Britanniques, ces étrangers devinrent rapidement impopulaires auprès des Arabes chiites et des Kurdes. Dans ces conditions, le nouveau royaume dut péniblement affronter des révoltes religieuses et ethniques. Non seulement les Kurdes se soulevèrent en 1921 pour réclamer leur autonomie promise, mais les chiites du Sud se rebellèrent également. Ces révoltes furent vite mâtées par les forces britanniques, mais elles exprimaient, entre autres, le refus des Kurdes de retourner sous la domination turque ou d'être inclus dans un État arabe.

Le roi Fayçal Ier s'employa constamment à obtenir l'indépendance de l'Irak. Le 10 octobre 1922, un traité anglo-iranien ("Anglo-Iraqi Treaty") supprimait théoriquement le régime du mandat britannique, sans pour autant reconnaître la pleine souveraineté de l'Irak.

Article I

At the request of His Majesty the King of Iraq, His Britannic Majesty undertakes subject to the provisions of this Treaty to provide the State of Iraq with such advice and assistance as may be required during the period of the present Treaty, without prejudice to her national sovereignty. His Britannic Majesty shall be represented in Iraq by a High Commissioner and Consul-General assisted by the necessary staff.

Article II

His Majesty the King of Iraq undertakes that for the period of the present Treaty no gazette official of other than Iraq nationality shall be appointed in Iraq without the concurrence of His Britannic Majesty. A separate agreement shall regulate the numbers and conditions of employment of British officials so appointed in the Iraq Government.

Article IV

Without prejudice to the provisions of Articles XVII and XVIII of this Treaty, His Majesty the King of Iraq agrees to be guided by the advice of His Britannic Majesty tendered through the High Commissioner on all important matters affecting the international and financial obligations and interests of His Britannic Majesty for the whole period of this Treaty. His Majesty the King of Iraq will fully consult the High Commissioner on what is conducive to a sound financial and fiscal policy and will ensure the stability and good organisation of the finances of the Iraq Government so long as that Government is under financial obligations to the Government of His Britannic Majesty.

Article 1er

À la demande de Sa Majesté le roi d'Irak, Sa Majesté britannique s'engage sous réserve des dispositions du présent traité à fournir à l'État irakien des conseils et une assistance, qui peuvent être nécessaires pendant la période du présent traité, sans préjudice de sa souveraineté nationale. Sa Majesté britannique doit être représentée en Irak par un haut commissaire et un consul-général assisté du personnel nécessaire.

Article 2

Sa Majesté le roi d'Irak s'engage pour la période du présent traité à n'embaucher que des fonctionnaires autres que de nationalité irakienne qui ne pourront être désignés sans l'assentiment de Sa Majesté britannique. Un accord séparé doit réglementer le nombre et les conditions d'emploi des fonctionnaires britanniques ainsi nommés dans le gouvernement de l'Irak.

Article 4

Sans préjudice des dispositions des articles 17 et 18 du présent traité, Sa Majesté le roi de l'Irak accepte d'être guidée par les conseils de Sa Majesté britannique présentés par le haut commissaire sur toutes les questions importantes qui touchent les obligations et les intérêts internationaux et financiers de Sa Majesté britannique pour toute la période du présent traité. Sa Majesté le roi de l'Irak consultera entièrement le haut commissaire pour ce qui est favorable à une politique financière et budgétaire saine et assurera la stabilité et la bonne organisation des finances du gouvernement de l'Irak aussi longtemps que ce gouvernement aura des obligations financières envers le gouvernement de Sa Majesté britannique.

En réalité, ce traité entre la Grande-Bretagne et l'Irak permettait l'autonomie locale tout en donnant le contrôle britannique des affaires étrangères, financières et militaires. Le roi d'Irak demeurait entièrement sous le contrôle d'un haut commissaire britannique (art. 4). Londres pouvait en tout temps s’opposer aux décisions du gouvernement irakien. En même temps, la Grande-Bretagne pouvait imposer certaines politiques «occidentales» telles la non-discrimination pour des motifs de race, de langue ou de religion :

Article III

His Majesty the King of Iraq agrees to frame an Organic Law for presentation to the Constituent Assembly of Iraq and to give effect to the said law ; which shall contain nothing contrary to the provisions of the present Treaty and shall take account of the rights, wishes and interests of all populations inhabiting Iraq. This Organic Law shall ensure to all complete freedom of conscience and the free exercise of all forms of worship, subject only to the maintenance of public order and morals. It shall provide that no discrimination of any kind shall be made between the inhabitants of Iraq on the ground of race, religion or language, and shall secure that the right of each community to maintain its own schools for the education of its own members in its own language, while conforming to such educational requirements of a general nature as the Government of Iraq may impose, shall not be denied or impaired. It shall prescribe the constitutional procedure, whether legislative or executive, by which decisions will be taken on all matters of importance, including those involving questions of fiscal and military policy.

Article 3

Sa Majesté le Roi de l'Irak s'engage à adopter une loi organique pour la présenter à l'Assemblée constituante de l'Irak et pour donner effet à ladite loi, laquelle ne doit contenir rien qui soit contraire aux dispositions du présent traité et doit tenir compte des droits, des souhaits et des intérêts de toutes les populations qui habitent Irak. Cette loi organique doit assurer à tous une entière liberté de conscience et le libre exercice de toutes les formes de cultes, sous la seule réserve du maintien de l'ordre public et de la morale. Elle ne doit permettre aucune discrimination de quelque nature que ce soit entre les habitants de l'Irak pour des motifs de race, de religion ou de langue, et elle doit garantir le droit de chaque communauté de conserver ses propres écoles pour l'instruction de ses membres dans leur langue maternelle, tout en se conformant à des exigences pédagogiques de nature générale que le gouvernement de l'Irak peut imposer, mais qu'il ne doit pas nier ni empêcher. La loi devra prescrire la procédure constitutionnelle, législative ou exécutive, par laquelle les décisions seront prises sur toutes les questions d'importance, y compris celles portant sur des questions de politique fiscale et militaire.

Le mandataire britannique savait que le nouveau pays était aux prises avec des antagonismes ethno-religieux, notamment entre Kurdes sunnites, Arabes sunnites et Arabes chiites, sans oublier les minorités chrétiennes persécutées par les chiites.       

3.4 Les textes juridiques

Après la guerre gréco-turque de 1919-1922 gagnée par Mustafa Kemal, la Turquie avait les moyens de refuser la ratification du traité de Sèvres et de contracter un traité de paix plus avantageux, le traité de Lausanne du 24 juillet 1923, ce qui allait mettre fin à la partition du territoire de la Turquie et faire oublier l'idée d'un Kurdistan indépendant. Mustafa Kemal ne voulait absolument plus céder un centimètre du territoire anatolien. Pour lui, toutes les minorités représentaient un grave danger politique; c'est pourquoi il fallait les assimiler de gré ou de force. Quiconque n'était pas de «race turque» était dorénavant suspect.

Le traité de Lausanne de 1923, qui rendait caduc le traité de Sèvres, se trouvait à annexer la plus grande partie du Kurdistan au nouvel État turc et n'apportait plus de garantie en ce qui a trait au droit des Kurdes de s'autodéterminer. Le traité de Lausanne ignorait les droits des Kurdes, car il renvoyait tout différend entre la Grande-Bretagne et la Turquie devant une commission d’enquête de la Société des Nations. La Turquie tirait avantage du traité de Lausanne, car elle réalisait d’importants gains territoriaux au détriment de la France, mais surtout aux dépens de l’Arménie qui voyait réduire son territoire à ses limites actuelles (voir la carte spécifique). Le grand perdant fut sans contredit le Kurdistan qui ne vit jamais le jour (voir les cartes du traité de Sèvres et du traité de Lausanne).

De plus, le traité de Lausanne reconnaissait l'abolition du sultanat ottoman de 1922 et prévoyait la disparition du califat pour 1924. La Turquie actuelle accédait à son indépendance, pendant que le dernier souverain, Mehmed VI Vehid-el-Ddin (1861-1926), était déposé et la république de Turquie, proclamée le 29 octobre 1923, avec Mustafa Kemal comme président. Désormais, l’Empire ottoman n’existait plus et le nom de «Turc» allait remplacer officiellement celui d'«Ottoman».

- Les frontières contestées de Mossoul

Mais les frontières du nouveau royaume d'Irak furent rapidement contestées par l’Arabie Saoudite et surtout la Turquie qui revendiquait le vilayet de Mossoul (voir la carte détaillée). Pour la délégation turque, les Turcs et les Kurdes, deux peuples musulmans, étaient alors considérés «de même race et de même origine», ce qui signifiait qu'ils devaient faire partie de la Turquie. Même la Commission d'enquête reconnaissait que le territoire litigieux appartenait juridiquement à la Turquie, tant qu’elle n’avait pas renoncé à ses droits. Pour les Britanniques, le vilayet de Mossoul était absolument nécessaire à la survie économique du nouvel État irakien qu’ils avaient créé, en raison des puits de pétrole. Ils croyaient aussi être les seuls à pouvoir faire régner la paix entre les divers groupes ethniques, notamment entre les Kurdes, les Arabes sunnites et chiites, et les chrétiens.

La Société des Nations s'est vue dans l'obligation de créer une commission d'enquête sur le vilayet de Mossoul. La Commission comptait trois commissaires : l'attaché militaire Einar af Wirsén (Suède) en poste à Constantinople, le comte Pál de Teleki (Hongrie) et le colonel Albert Paulis (Belgique). Au moment de l'enquête de la Commission, le vilayet de Mossoul comptait près de 800 000 habitants répartis sur 87 890 km². Ladite Commission ajoutait dans son rapport que la population était d'appartenance kurde et non turque ou irakienne; la Commission poursuivait ses propos en ces termes (1925): 

Ce territoire […] n’a jamais fait partie de l’Irak. Les Kurdes forment la majorité de la population. Ils ne sont ni turcs, ni arabes et parlent une langue assyrienne […] Il n’existe pas de sentiment national irakien et, parmi les Kurdes, on trouve une conscience nationale croissante qui est nettement kurde et non irakienne […] S'il fallait tirer une conclusion de l'argument ethnique isolément, elle conduirait, à préconiser la création d'un État
Kurde indépendant, les Kurdes formant les cinq huitièmes de la population. Si une telle solution était envisagée, il conviendrait de joindre au chiffre précédent les Yézidis, Kurdes de religion zoroastrienne, et les Turcs dont l'assimilation par l'élément Kurde serait aisée. Dans une évaluation ainsi faite, les Kurdes formeraient alors les sept huitièmes de la population. Les statistiques et les cartes présentées par les deux Hautes Parties sont inexactes.

La Commission d’enquête fit savoir dans ses conclusions que la grande majorité des habitants du vilayet de Mossoul était en faveur du rattachement à l’Irak plutôt qu'au retour à la Turquie. Entre deux maux, c'est-à-dire les Turcs ou les Arabes d'Irak, il fallait choisir le moindre : mieux valait les Arabes sous le contrôle des Anglais que les Turcs sans aucun contrôle!  Mais les Arabes les plus nationalistes disaient préférer la Turquie à un Irak placé sous tutelle anglaise. Le rapport de la Commission s'est penché aussi longuement sur la répartition géographique, linguistique et religieuse des différents groupes ethniques tels les Kurdes, les Turcs, les Turkmènes (appelés Turcomanes), les Yézidis, les Arabes, les Assyriens, etc.). La Commission a même dressé des cartes précises fabriquées par le géographe hongrois, le comte Pál de Teleki (1879-1941) ,  pour démontrer le caractère mixte de la population dans les villes et l'importance des liens et des intérêts traditionnels dans les communications et le commerce. Le Conseil de la Société des Nations est arrivé à la conclusion que la Grande Bretagne, comme puissance mandataire, devait protéger la population de la région concernée pendant vingt-cinq ans, sauf si l'Irak accédait à l'indépendance avant l’expiration du délai du mandat

Quoi qu'il en soit, le rapport de la Commission d'enquête de la Société des Nations n'a pas semblé peser très lourd face à la détermination des Britanniques qui ambitionnaient de conserver absolument cette région dans l’espace du nouvel État irakien qu’ils avaient créé.  Finalement, le Conseil de la Société des Nations, au cours de sa session du 16 décembre 1925, décidait que le vilayet de Mossoul serait rattaché à l'Irak en suivant la ligne de Bruxelles (ligne provisoire fixée à Bruxelles). Le Conseil a adopté la résolution à l'unanimité, alors que le vote de la délégation britannique et l'absence de la Turquie n'étaient pas prises en considération en vertu de la règle établie par la CPJI (Cour permanente de Justice internationale). Le rapport de la Commission concluait ainsi dans le Journal officiel de la Société des Nations du mois d'avril 1926 (p. 502):

The Council,

Having regard to Articles 3 and 16 of the Treaty of Peace signed at Lausanne on July 24th, 1923;

In view of the conclusions of the report of the Commission of Enquiry: Adopting the reasons and proposals contained in the report of the Committee of the Council:

Decides:

1. (description of the proposed frontier which coincides with the provisional line fixed at Brussels;

2. The British Government is invited to submit to the Council a new Treaty with Iraq, ensuring the continuance for 25 years of the mandatory regime defined by the Treaty of Alliance between Great Britain and Iraq and by the British Government's undertaking approved by the Council on September 27th, 1924, unless Iraq is, in conformity with Article 1 [of] the Covenant, admitted as a Member of the League before the expiration of this period. As soon, as within a period of six months from the present date, the execution of this stipulation has been brought to the knowledge of the Council, the Council shall declare that the present decision has become definitive and shall indicate the measure required to insure the delimitation on the ground of the frontier line.

3. The British Government, as mandatory Power, is invited to lay before the Council the administrative measures which will be taken with a view to securing for the Kurdish populations mentioned in the report of the Commission of Enquiry the guarantees regarding local administration recommended by the Commission in its final conclusions.

4. The British Government, as mandatory Power, is invited to act, as far as possible, in accordance with the other suggestions of the Commission of Enquiry as regards measures likely to ensure pacification and to afford equal protection to all the elements of the population, and also as regards the commercial measures indicated in the special recommendations of the Commissions's report."

Le Conseil,

Vu les articles 3 et 16 du Traité de paix signé à Lausanne le 24 juillet 1923;

Compte tenu des conclusions du rapport de la Commission d'enquête : adoptant les motifs et les propositions contenues dans le rapport du Comité du Conseil :

Décide :

1. (Description de la frontière proposée qui coïncide avec la ligne provisoire fixée à Bruxelles);

2. Le gouvernement britannique est invité à soumettre au Conseil un nouveau traité avec l'Irak, qui assurera la continuation, pendant vingt-cinq ans, du régime de mandat défini par le Traité d'alliance entre la Grande-Bretagne et l'Irak, et par l'acte d'engagement du gouvernement britannique approuvé par le Conseil, en date du 27 septembre 1924, sous réserve de l'admission, avant l'expiration de cette période, de l'Irak dans la Société des Nations, conformément à l'article 1er du Pacte. Aussitôt que, dans un délai de six mois à compter de ce jour, l'exécution de cette disposition aura été portée à la connaissance du Conseil, celui-ci constatera que la présente décision est devenue définitive et avisera aux mesures propres à assurer la délimitation sur le terrain de la ligne-frontière.

3. Le gouvernement britannique, en tant que Puissance mandataire, est invité à soumettre au Conseil les mesures administratives qui seront arrêtés pour accorder aux populations kurdes visées par le rapport de la Commission d'enquête les garanties d'administration locales recommandées par cette Commission dans les conclusions finales.

4. Le gouvernement britannique, en tant que Puissance mandataire, est invité à s'inspirer aussi fidèlement que possible des autres suggestions de la Commission d'enquête en ce qui concerne les mesures propres à assurer l'apaisement, à protéger également tous les éléments de la population, en ce qui concerne les mesures commerciales visées dans les recommandations spéciales du rapport de cette Commission."

Le rapport de la Société des Nations (voir des extraits du rapport) donnait les raisons pour lesquelles le vilayet de Mossoul devait être annexé au nouvel État irakien. Les rapporteurs de la SDN soulevèrent que l’Irak «a cependant le droit moral d’exiger que, puisqu’on l’a créé, on lui donne des frontières lui permettant de vivre, tant au point de vue politique qu’au point de vue économique». Par ailleurs, le roi  Fayçal avait déclaré à la commission qu'il quitterait l'Irak et choisirait une autre voie pour refaire l'unité arabe s'il n'obtient pas Mossoul, car la perte de ce territoire priverait l'Irak d'une assise économique importante et provoquerait le chaos; c'en serait fini de l'Irak. C’est sur cette croyance que l’Irak s’est vu octroyer en 1925 la souveraineté sur le vilayet de Mossoul, devenu le Kurdistan irakien.

En 1926, la Turquie a fini par accepter la délimitation de la frontière qui la séparait de l’Irak le long d’une ligne qui coupait en deux les «régions où domine l’élément kurde», préalablement définies dans le traité de Sèvres jamais appliqué. Le vilayet de Mossoul fut donc définitivement rattaché à l'Irak. Le Royaume-Uni, l'Irak et la Turquie signèrent, le 5 juin 1926, un traité (Treaty of Angora, between the United Kingdom, Iraq, and Turkey, signé à Angora (Ankara), le 5 juin 1926) qui entérinait la plupart de la décision rendue par le comité de la Société des Nations.

Ainsi, le tracé des frontières a été créé de telle sorte que le Kurdistan se trouvait désormais écartelé entre la Turquie, la Syrie, l'Irak et l'Iran. C'était là, sans nul doute, la conséquence la plus négative du tracé de ces frontières, ainsi que la création d’un foyer supplémentaire de tensions et de conflits au Proche-Orient. Pendant ce temps, la Perse est devenue l'Iran, mais ce n'est que le 21 mars 1935 que, par décret royal, la Perse changera officiellement de nom.

- La Constitution de 1925

Le 10 juillet 1924, un projet de Constitution fut approuvé par l'Assemblée constituante irakienne. Cette constitution entra en vigueur le 21 mars 1925, mais fut modifiée dès le 29 juillet 1925. Elle ne fut publiée au Journal officiel que le 12 août 1928. Depuis lors, elle a subi plusieurs modifications jusqu'à son abrogation à la suite du coup d'État du 14 juillet 1958 et de l'abolition de la monarchie. Cette constitution énonçait que l'arabe était la langue officielle. Les seuls articles concernant la langue sont les suivants et reconnaissaient certains droits linguistiques aux différentes communautés minoritaires:

Constitution de 1925

Article 6

Les Irakiens sont égaux en droits devant la loi, quelles que soient les différences de langue, de race ou de croyances.

Article 16

Les différentes communautés ont le droit d'établir et d'entretenir des écoles pour l'instruction de leurs membres dans leur propre langue, à condition que cet enseignement soit effectué en conformité avec les programmes généraux qui peuvent être prescrits par la loi.

Article 17

L'arabe est la langue officielle, sous réserve de ce qui peut être prescrit par une loi spéciale.

À cette époque, des minorités importantes peuplaient Bagdad et Mossoul au nord, dont les Assyriens chrétiens, les Turkmènes sunnites et chiites, ainsi que les Kurdes chiites; la capitale (Bagdad) comptait également une importante minorité juive. L'Irak ne réussit pas à s'unifier comme un État-nation dans lequel les différents groupes de population auraient pu s'identifier. Le pouvoir politique fut aussitôt accaparé par les Arabes sunnites constamment soutenus par les Britanniques. Les sunnites réussirent à se maintenir à la tête du pays grâce à un appareil d'État utilisant la violence généralisée et la répression. C'est pourquoi les dirigeants sunnites virent l'intégrité de l'État qu'ils contrôlaient menacée de l’intérieur par les aspirations sécessionnistes des chiites au sud et des Kurdes au nord. Tous les rouages administratifs du nouvel État furent investis par des élites arabes sunnites, ce qui entraîna la mise à l'écart des chiites (majoritaires) et des Kurdes des sphères du pouvoir.

- Le Traité anglo-irakien de 1930

En principe, le Traité anglo-irakien du 30 juin 1930 (ou "Anglo-Iraqi Treaty"), qui abrogeait le traité de 1922, reconnut l’indépendance de l’Irak, tout en raffermissant l’alliance politique et militaire entre les deux pays.

Article 5

It is understood between the High Contracting Parties that responsibility for the maintenance of internal order in 'Iraq and, subject to the provisions of Article 4 above, for the defence of 'Iraq from external aggression rests with His Majesty the King of 'Iraq. Nevertheless His Majesty the King of 'Iraq recognises that the permanent maintenance and protection in all circumstances of the essential communications of His Britannic Majesty is in the common interest of the High Contracting Parties.

For this purpose and in order to facilitate the discharge of the obligations of His Britanic Majesty under Article 4 above His Majesty the King of 'Iraq undertakes to grant to His Britannic Majesty for the duration of the Alliance sites for air bases to be selected by His Britannic Majesty at or in the vicinity of Basra and for an air base to be selected by His Britannic Majesty to the west of the Euphrates. His Majesty the King of 'Iraq further authorises His Britannic Majesty to maintain forces upon 'Iraq territory at the above localities in accordance with the provisions of the Annexure of this Treaty on the understanding that the presence of those forces shall not constitute in any manner an occupation and will in no way prejudice the sovereign rights of 'Iraq.

Article 5

Il est entendu entre les Hautes Parties contractantes que la responsabilité du maintien de l'ordre interne de l'Irak, sous réserve des dispositions de l'article 4 ci-dessus, pour la défense de l'Irak contre les agressions extérieures, incombe à Sa Majesté le roi d'Irak. Néanmoins, Sa Majesté le roi de l'Irak reconnaît que l'entretien permanent et la protection en toutes circonstances des communications essentielles de Sa Majesté britannique sont dans l'intérêt commun des Hautes Parties contractantes.

Pour ce faire et afin de faciliter la réalisation des obligations de Sa Majesté britannique en vertu de l'article 4 ci-dessus, Sa Majesté le roi d'Irak s'engage à accorder à Sa Majesté britannique, pour la durée de l'Alliance, des lieux pour les bases aériennes qui seront choisis par Sa Majesté britannique à ou à proximité de Bassorah et d'une base aérienne devant être choisie par Sa Majesté britannique à l'ouest de l'Euphrate. Sa Majesté le roi de l'Irak autorise de plus Sa Majesté britannique à maintenir des forces sur le territoire d'Irak dans les localités ci-dessus, conformément aux dispositions de l'annexe du présent traité, étant entendu que la présence de ces forces ne constitue en aucune manière une occupation et ne sera en aucun cas porter atteinte aux droits souverains de l'Irak.

Ce traité rédigé en un langage diplomatique ne rendait pas l'Irak réellement souverain. D'une part, la Grande-Bretagne remplaçait son haut commissaire par un simple ambassadeur. D'autre part, la tutelle britannique demeurait encore omniprésente.

Dans les faits, la Grande-Bretagne se libérait de certaines charges du mandat tout en conservant certains bénéfices. Les Britanniques s'étaient rendus compte que l'Irak serait un pays ingouvernable et que le «mandat» allait devenir pour eux source d'incessants ennuis. Il valait mieux pour leurs intérêts politiques, économiques et militaires, se débarrasser de cette charge en signant avec l'Irak un traité qui leur donnerait des avantages importants avec peu d'inconvénients. Évidemment, le traité ne contenait aucune disposition concernant les minorités. Il est même probable que le haut commissaire britannique n'en avait jamais entendu parler. Pourtant, à Genève, la Société des Nations avait reçu une abondante série de pétitions, de plaintes et de craintes qui provenaient de toutes les régions de l'Irak. Cette situation allait créer un climat explosif favorisant l’extension du nationalisme et la mobilisation des masses contre la domination britannique.

- La Déclaration de 1932

Devant le Conseil de la Société des nations, l'Irak s'est engagé unilatéralement en mai 1932 à protéger ses minorités dans une «Déclaration» officielle. En réalité, la déclaration irakienne sur les minorités a été élaborée par un comité spécial prévu lors de la Résolution du 28 janvier 1932 du Conseil de la Société des Nations. Le 5 mai 1932, l'Assemblée des représentants a adopté cette déclaration à l'égard des Kurdes et des autres minorités. Bien que l'arabe soit déclaré la langue officielle, l'article 4 de la Déclaration reconnaissait l'égalité de tous les ressortissants irakiens sans distinction de race, de langue ou de religion:

Article 4

1) Tous les ressortissants irakiens seront égaux devant la loi et jouiront des mêmes droits civils et politiques sans distinction de race, de langue ou de religion.

2) Le système électoral assurera une représentation équitable aux minorités de race, de religion ou de langue en Irak.

3) La différence de race, de langue ou de religion ne devra nuire à aucun ressortissant irakien en ce qui concerne la jouissance des droits civils et politiques, notamment pour l'admission aux emplois publics, fonctions et honneurs, et pour l'exercice des différentes professions et industries.

4) Il ne sera édicté aucune restriction au libre usage pour tous les ressortissants irakiens d'une langue quelconque, soit dans les relations privées ou de commerce, soit en matière de religion, de presse ou de publications de toute nature, soit dans les réunions publiques.

5) Nonobstant l'établissement par le Gouvernement irakien de la langue arabe comme langue officielle, et nonobstant les dispositions spéciales que le Gouvernement irakien prendra en ce qui concerne l'emploi des langues kurde et turque, dispositions prévues à l'article 9 de la présente Déclaration, des facilités appropriées seront données à tous les ressortissants iraquiens de langue autre que la langue officielle, pour l'usage de leur langue, soit oralement, soit par écrit, devant les tribunaux.

Pour un pays arabe, c'était là à l'époque une avancée considérable dans les droits accordés aux minorités. L'article 5 de la Déclaration énonçait les mêmes principes : 

Article 5

Les ressortissants irakiens appartenant à des minorités de race, de religion ou de langue jouiront du même traitement et des mêmes garanties en droit et en fait que les autres ressortissants irakiens. Ils auront notamment un droit égal à maintenir, diriger et contrôler à leurs frais ou à créer à l'avenir des institutions charitables, religieuses ou sociales, des écoles et autres établissements d'éducation, avec le droit d'y faire librement usage de leur propre langue et d'y exercer librement leur religion.

Quant à l'article 8 de la Déclaration, il prévoyait une protection réelle dans le système d'enseignement public, puisqu'il garantissait aux ressortissants irakiens dont la langue maternelle n'est pas la langue officielle de recevoir une instruction dans leur langue maternelle tout en recevant un enseignement obligatoire en arabe:

Article 8

1) Dans le système d'enseignement public dans les villes et les districts dans lesquels réside une proportion considérable de ressortissants irakiens dont la langue maternelle n'est pas la langue officielle, le Gouvernement irakien prendra des dispositions pour des installations adéquates afin de s'assurer que, dans les écoles primaires, l'instruction soit donnée aux enfants de ces ressortissants dans leur propre langue ; il est entendu que la présente disposition ne doive pas empêcher le gouvernement irakien de rendre obligatoire l'enseignement de la langue arabe dans lesdites écoles.

2) Dans les villes et les districts dans lesquels il existe une proportion considérable de ressortissants irakiens appartenant à des minorités raciales, religieuses ou linguistiques, ces minorités se verront assurer une part équitable dans le bénéfice et l'application des sommes qui pourraient être attribuées par les fonds publics de l'État, les budgets municipaux ou autres à des fins éducatives, religieuses ou charitables.

Enfin, selon l'article 9 de la Déclaration, le gouvernement irakien s'engageait à ce que le kurde soit une langue officielle dans les régions où les Kurdes étaient présents, au même titre que la langue arabe:

Article 9

1) L'Iraq s'engage, en ce qui concerne les livas de Mossoul, d'Arbil, de Kirkouk et de Souleimaniyeh, à ce que la langue officielle, à côté de l'arabe, soit le kurde dans les kazas où la population prédominante est de race kurde.

Toutefois, dans les kazas de Kifri et de Kirkouk du liva de Kirkouk, où une partie considérable de la population est de race turcomane, la langue officielle sera, à côté de l'arabe, soit le kurde, soit le turc.

2) L'Iraq prend l'engagement que dans lesdits kazas, les fonctionnaires devront, sauf exception justifiée, posséder la langue kurde ou, le cas échéant, la langue turque.

3) Bien que dans lesdits kazas, le critère pour le choix des fonctionnaires soit, comme dans le reste de l'Iraq, la capacité et la connaissance de la langue plutôt que la race, l'Iraq s'engage à ce que les fonctionnaires soient choisis, comme jusqu'à présent, autant que possible parmi les ressortissants iraquiens originaires de ces kazas.

Les mots «livas» et «kazas» indiquaient des divisions administratives (voir les termes administratifs). La Déclaration reflétait les règles traditionnelles du régime de la protection des minorités de la Société des Nations: la non-discrimination, la liberté de religion, l'utilisation des langues minoritaires, etc., mais pas du tout l'idéologie du pan-arabisme. L'autonomie locale des Kurdes n'a jamais été proclamée dans cette déclaration, bien que la Grande- Bretagne l'ait garantie devant le Conseil.

3.5 L'indépendance de l'Irak (1932)

L’indépendance de l’Irak ne fut reconnue que le 3 octobre 1932, lorsque le pays fut admis à la Société des Nations. Cette admission resta formelle, car le
Traité anglo-irakien du 30 juin 1930 (ou "Anglo-Iraqi Treaty") était prévu pour une durée de vingt-cinq ans :

Article 11

This Treaty shall be ratified and ratifications shall be exchanged as soon as possible. Thereafter it shall come into force as soon as 'Iraq has been admitted to membership of the League of Nations. The present Treaty shall remain in force for a period of twenty-five years from the date of its coming into force. At any time after twenty years from the date of the coming into force of this Treaty, the High Contracting Parties will, at the request of either of them, conclude a new Treaty which shall provide for the continued maintenance and protection in all circumstances of the essential communications of His Britannic Majesty. In case of disagreement in this matter the difference will be submitted to the Council of the League of Nations. In faith whereof the respective Plenipotentiaries have signed the present Treaty and have affixed thereto their seals.[...]

Article 11

Le présent traité sera ratifié et les ratifications seront échangées dès que possible. Par la suite, il entrera en vigueur dès que l'Irak aura été admis comme membre de la Société des Nations. Le présent traité restera en vigueur pour une période de vingt-cinq ans à compter de la date de son entrée en vigueur. À tout moment, après vingt ans à compter de la date d'entrée en vigueur du présent traité, les Hautes Parties contractantes devront, à la demande de l'une d'elles, conclure un nouveau traité prévoyant le maintien et la protection en toutes circonstances des communications essentielles de Sa Majesté britannique. En cas de désaccord à ce sujet, le différend sera soumis au Conseil de la Société des Nations. En foi de quoi les plénipotentiaires respectifs ont signé le présent traité et ont apposé leurs sceaux. [...]

De plus, l'article 5 de l'Annexe au Traité d'alliance supposait le libre déplacement des troupes britanniques sur le territoire irakien, où étaient établies deux bases de la Royal Air Force :
 

Annexure To Treaty of Alliance

Clause 5.


His Britannic Majesty undertakes to grant whenever they may be required by His Majesty the King of 'Iraq all possible facilities in the following matters, the cost of which will be met by His Majesty the King of 'Iraq.

1. Naval, military and aeronautical instruction of 'Iraqi officers in the United Kingdom.

2. The provision of arms, ammunition, equipment, ships and aeroplanes of the latest available pattern for the forces of His Majesty the King of 'Iraq.

3. The provision of British naval, military and air force officers to serve in an advisory capacity with the forces of His Majesty the King of 'Iraq.

Annexe au Traité d'alliance

Article 5


Sa Majesté britannique s'engage à accorder, à chaque fois qu'elles peuvent être exigées par Sa Majesté le roi d'Irak, toutes les facilités possibles dans les matières suivantes, dont le coût sera pris en charge par Sa Majesté le roi d'Irak.

1. La formation navale, militaire et aéronautique des officiers irakiens au Royaume-Uni.

2. La fourniture d'armes, de munitions, d'équipements, de navires et d'avions des derniers modèles disponibles pour les forces de Sa Majesté le roi d'Irak.

3. La fourniture d'officiers britanniques de la marine, de l'armée et de l'aviation afin de servir à titre consultatif pour les forces de Sa Majesté le roi d'Irak.

L’agitation contre le mandat britannique perdura malgré l'indépendance de l'Irak. Non seulement les Kurdes réclamèrent leur indépendance, mais les chiites se soulevèrent afin de protester contre leur éviction du pouvoir par les sunnites.  Le poids de la Grande-Bretagne continua de se faire sentir, notamment dans les affaires pétrolières, ce qui suscita la grogne et les sentiments antibritanniques chez les nationalistes arabes, surtout que le gouvernement colonial promettait une implantation juive en Palestine.

En 1945 et 1946, les Kurdes, qui ne se retrouvaient pas dans un État se définissant comme «arabe», se soulevèrent tout en recevant le soutien de l’Union soviétique. Les Britanniques, craignant que les Soviétiques ne prennent le contrôle des champs pétrolifères du Nord, intervinrent militairement.

 En avril 1947, les royaumes hachémites d’Irak et de Transjordanie signèrent un traité d’amitié et d’alliance prévoyant un soutien militaire et diplomatique mutuel. Aussitôt après la création d’Israël en mai 1948, les armées des deux pays attaquèrent le nouvel État. Défaits, l’Irak et la Transjordanie se résolurent à signer un armistice début 1949.

Le 24 février 1955, la signature du pacte de Bagdad conclu avec la Grande-Bretagne, la Turquie, le Pakistan et l’Iran constitua un système de défense contre le bloc soviétique. Après la crise de Suez, l’influence britannique en Irak s’estompa au profit des États-Unis. Le 14 février 1958, en réaction à la création de la République arabe unie (RAU) liant l’Égypte et la Syrie, l’Irak et la Jordanie se fédérèrent en une union arabe appelée «Fédération arabe d'Irak et de Jordanie» dont le roi Fayçal II devint le dirigeant. Mais le 21 août 1958, la fédération fut dissoute après seulement cinq mois d'existence, lorsque l'Irak s'en est retiré après le coup d'État qui mit fin à la monarchie.

3.6 La république d'Irak (1958)

En effet, le 14 juillet 1958,  le général Abdul Karim Qasim (ou général Kasem), soutenu par les nassériens (Égypte) et les communistes (URSS), renversa la monarchie irakienne.  Le roi Fayçal et le prince héritier furent massacrés au cours du soulèvement, alors que le premier ministre Nuri al-Saïd (pro-britannique) fut pourchassé et lynché par la foule. Le lendemain, le nouveau gouvernement, qui avait proclamé la République, annonça la dissolution de l’Union arabe et le rapprochement avec la République arabe unie. En mars 1959, l’Irak se retira du pacte de Bagdad. La même année, alors qu'il est étudiant en droit, Saddam Hussein participa à un attentat manqué contre le général Kassem; condamné à mort par contumace, Saddam Hussein s'exila en Égypte.

Le général Kasem occupa le poste de premier ministre et de ministre de la Défense. Il fit adopter un nouveau drapeau en 1959. Les couleurs de ce drapeau, le noir, le blanc et le vert, représentaient le panarabisme, mais le soleil jaune évoquait la minorité kurde, alors que l'étoile rouge autour du soleil symbolisait la minorité assyrienne. Ce fut le seul drapeau de l'histoire irakienne à porter un symbole représentant la minorité kurde. Néanmoins, le général Kasem persécuta et massacra la population kurde:  4500 villages furent détruits sous ses ordres.

- La dictature d'un général

Le général Kasem exerça un pouvoir si dictatorial qu'il finit par être renversé par un groupe d’officiers du Parti Bass et exécuté le 8 février 1963, soit neuf jours après un nouveau coup d'État. Le Parti Baas prit le pouvoir et interdit le Parti communiste irakien, pourchassa et emprisonna ses membres et sympathisants. C'est le maréchal Abdel Salam Aref qui devint président de l'Irak, le 20 novembre 1963.  Le maréchal s'installa au pouvoir et fit arrêter et éliminer plusieurs têtes dirigeantes du Parti Baas soupçonnées de comploter contre lui; Saddam Hussein fut arrêté et emprisonné. Pendant ces années de détention, il sera torturé et interrogé par la police du régime en place.

Abdel Salam Aref mourut en 1966 dans un accident d'hélicoptère dans le sud de l'Irak; son frère, Abdul Rahman Aref, le remplaça à la tête de l'État. Durant les années qui suivirent, diverses dictatures se succédèrent les unes aux autres, avec comme trame de fond une politique de panarabisme, qui ne pouvait que déplaire aux Kurdes.

Après le renversement du régime de Kasem, un autre drapeau fut adopté en juillet 1963. Les étoiles vertes désignaient la proposition d'alliance avec l'Égypte et la Syrie, qui avaient toutes deux un drapeau comportant ces étoiles. Puis les trois étoiles devinrent le symbole du Parti Baath : unité, liberté et socialisme. En 1966, Saddam Hussein s'évada de prison et devint sous-secrétaire du commandement régional du Parti Baas. Après avoir passé un an à préparer le renversement du gouvernement d'Abdul Rahman Aref, Hussein, à la tête d'une armée de révolutionnaires, passa à l'action.

- L'arrivée de Saddam Hussein et la question kurde

Le 17 juillet 1968, Saddam Hussein prit place sur le premier char d'une colonne qui montait à l'assaut du palais présidentiel, où le régime d'Abdul Rahman Aref vivait ses dernières heures. Quelques jours plus tard, Saddam Hussein limogea le premier ministre et le ministre de la Défense, puis prit la tête des services de sécurité. Il occupa la fonction de vice-président du Bureau révolutionnaire.

En 1970, le nouveau régime irakien, croyant régler la question kurde, accorda une autonomie politique aux Kurdes. Ce furent les accords du 11 mars 1970, alors que les Arabes et les Kurdes parvinrent à s’entendre sur une autonomie accordée, dans un délai fixé à quatre ans, aux gouvernorats peuplés majoritairement de Kurdes. L'article 14 des accords prévoyait «l'autonomie du peuple kurde dans la région formée par l'unification des gouvernorats et unités administratives habités par une majorité kurde, conformément au recensement officiel qui aura lieu».  Les autres articles précisaient que le kurde serait la langue officielle et la langue d'enseignement dans les régions peuplées en majorité par les Kurdes, et que le recrutement de Kurdes dans l'administration et l'armée constituerait une part «équitable» des budgets de développement pour les régions kurdes, la nomination d'un vice-président kurde, et leur participation au pouvoir législatif en fonction du pourcentage de la population en Irak. Enfin, le PDK pouvait reprendre ses activités et publier son journal Al-Taakki.

En réalité, si Saddam Hussein a lui-même négocié et signé ces accords, c'est parce qu'il n'avait pas l'intention de les appliquer: il voulait simplement gagner du temps avec les Kurdes afin de «régler» le problème à sa façon. De fait, tout traîna en longueur à un point tel que les Kurdes finirent par se soulever contre le gouvernement. Mais les révoltes kurdes furent finalement réprimées dans le sang en 1975 par les Forces armées irakiennes. Les populations kurdes furent déplacées hors des zones les plus sensibles du Kurdistan irakien. Le silence des États-Unis fut considéré comme une trahison de l’Occident dans les milieux kurdes qui se rallièrent alors au système socialiste, en partie maoïste, parce que l'URSS apportait son soutien à Bagdad.

C'est alors que Saddam Hussein déclencha une «campagne nationale pour l'éradication de l'illettrisme» destinée à combattre l'analphabétisme. L'école devint obligatoire, gratuite et laïque tant pour les garçons que pour les filles. En moins de dix-huit mois, le nombre des enseignants passa à 62 000, alors que trois fois plus de filles se sont scolarisées. Même l'Unicef dut reconnaître que l'Irak avait éliminé l'analphabétisme et scolarisé massivement les Irakiens. Évidemment, la seule langue enseignée dans les écoles publiques était l'arabe classique, le kurde étant interdit.

3.6 Le régime de Saddam Hussein (1979-2003)

Le 16 juillet 1979, Saddam Hussein fut élu secrétaire général du commandement régional du Baas, président du conseil de commandement de la Révolution CCR et, devenu général, il succéda au président al-Bakr. Il imposa rapidement un pouvoir personnel : rompant avec le Parti communiste, il procéda à des purges massives au sein du Parti Baas – un parti nationaliste arabe, laïc et socialiste, dont tous les dirigeants sont originaires de la ville de Tikrit – et renoua avec les monarchies pétrolières du Golfe ainsi qu’avec les pays occidentaux.

Le pouvoir de Saddam Hussein s'est donc constitué au départ autour de l'idéologie baasiste, relativement laïque et républicaine, puis s'est resserré autour du clan, de la ville de Takrit, d'où sa famille élargie était issue. Ce système clanique s'est appuyé sur une terreur permanente, considérant l'islam sunnite comme une composante essentielle de la culture arabe, tout en forçant les dirigeants religieux à s'abstenir de toute ingérence dans les affaires politiques.

Mais la révolution de 1979 en Iran constituait une menace directe pour Saddam Hussein et le Parti Baas sunnite. C'est pourquoi l’Irak se rapprocha de l’Arabie Saoudite afin d'assurer leur sécurité réciproque, tandis que la répression s’abattait de nouveau sur les chiites d’Irak, pourtant majoritaires. En septembre 1980, le président Saddam Hussein, lui-même musulman sunnite, fit déporter 30 000 chiites irakiens qui menaçaient son autorité.

Quelques jours plus tard (le 22 septembre), il déclencha une guerre contre l’Iran; ce fut une guerre des Arabes contre les Iraniens, c'est-à-dire des sunnites contre les chiites, en même temps une guerre stratégique pour le contrôle du golfe Persique.  Débutait ainsi une longue et meurtrière guerre qui allait durer huit années, durant laquelle le gouvernement irakien en profita pour réprimer les chiites du Sud, notamment les «Arabes des marais», et les Kurdes qui avaient pris le contrôle des zones frontalières. La guerre Irak-Iran entraîna vers la mort un million de personnes et rendit l'Irak redoutable au plan militaire. 

- La répression contre les Kurdes

En 1988, après l'accord de cessez-le-feu mettant fin à la guerre entre l’Iran et l’Irak, le régime de Saddam Hussein voulut encore mâter la rébellion kurde, recourant cette fois-ci aux armes chimiques. Des milliers de Kurdes périrent, et des centaines de villages kurdes furent détruits par les troupes irakiennes.  Un nouveau drapeau fut adopté en janvier 1991. Saddam Hussein décida de placer les mots Allahu Akbar («Allah est plus grand») entre les étoiles. Le texte aurait été rédigé de la main même de Saddam Hussein; c'était une tentative de gagner le soutien des pays musulmans lors de la guerre avec le Koweït. Plusieurs années plus tard (entre 2003 et 2005), la coalition américano-britannique allait trouver 288 charniers contenant quelque 300 000 cadavres de personnes exécutées par le régime.

En 1990, l’envahissement du Koweït par l’Irak de Saddam Hussein aussi maréchal, chef suprême des forces armées, secrétaire général du Parti Baas et président du Conseil de commandement de la Révolution entraîna une guerre internationale dirigée par les États-Unis et le début de la fin pour Saddam Hussein qui allait subir, durant une douzaine d'années, un régime de sanctions économiques strict et une série de frappes militaires. 

À la libération du Koweït et la débâcle de l'armée irakienne s'ajouta le soulèvement des chiites et des Kurdes (mars 1991). Contre toute attente, Saddam Hussein parvint à rétablir la situation au prix d'une terrible répression. Les populations kurdes d'Irak furent de nouveau la cible de l’armée irakienne. L'exode massif des Kurdes fuyant les bombardements entraîna la réaction des pays occidentaux qui créèrent, au nord de l'Irak, des «zones refuges» sous mandat de l'Organisation des Nations unies. 

Par la suite, le Kurdistan irakien est devenu le champ de tir des aviations tant turque qu'iranienne et irakienne, qui détruisirent des centaines de villages, tandis que des dizaines de milliers de paysans kurdes durent fuir les zones pilonnées par l'artillerie lourde de la Turquie, de l’Iran et de l’Irak. Puis Saddam Hussein continua d’imposer son pouvoir personnel, les conflits avec les Kurdes n’ayant jamais été réglés, l’embargo décrété par l’Onu n’ayant rien donné, sauf d'appauvrir davantage la population civile irakienne.

Pendant ce temps, Saddam Hussein mena une forte politique d'arabisation dans la région kurde. Quelque 100 000 Kurdes furent chassés de Kirkouk. Leurs maisons furent occupées par des «colons» arabes. On les appela les «Arabes à 10 000 dinars», parce que le régime donnait cette somme pour les inciter à s'installer au Kurdistan irakien. C'était aussi une façon pour Saddam Hussein de renforcer son pouvoir dans le pays. Évidemment, l'arabisation s'est étendue aux autre minorités linguistiques comme les Turkmènes, les Azéris, les Iraniens, les Assyriens, les Louri, les Chaldéens, les Arméniens, etc.

- La guerre du Golfe de 2003

Au lendemain des attentats du 11 septembre 2001 contre le World Trade Center (New York) et le Pentagone (Arlington, Virginie), Saddam Hussein fut soupçonné d'avoir trempé dans cette affaire : il était l'un des rares chefs d'État à ne pas avoir condamné ces attentats. L'Irak fut alors désigné par le gouvernement américain comme un «dangereux ennemi de l'Occident», un pays faisant partie de «l'axe du mal» et soupçonné de développer, en collaboration avec des groupes terroristes internationaux, des armes de destruction massive. Le 20 mars 2003, commençait la seconde guerre du Golfe, destinée cette fois à renverser le régime du président Saddam Hussein. 

Ce dernier tentait depuis des années de s'ériger en leader et défenseur du monde musulman. Il faisait tout pour dépeindre l'Amérique comme le «Grand Satan» et, pour un homme qui n'était pas particulièrement pratiquant, il faisait ériger des mosquées et accordait des privilèges aux dirigeants musulmans sunnites de son pays, en jouant la carte religieuse.  Il s'organisait pour islamiser ses discours à des fins politiques. Il se posait comme Saladin, un Kurde de Takrit, en grand vainqueur de l'Occident.

Saddam Hussein disposait en principe de 425 000 soldats qu'il disait prêts à combattre contre les 285 000 soldats occidentaux (américains, britanniques et australiens). Il estimait être sûr de vaincre les Américains et comparait les envahisseurs occidentaux aux «hordes mongoles qui ont envahi Bagdad au XIIIe siècle»; il pouvait alors ordonner à son peuple de défendre le territoire irakien coûte que coûte. Dans un message télévisé, le président Saddam Hussein proclamait, le 1er avril 2003, que dans cette guerre «Dieu nous a offert une grande occasion, une adversité par laquelle il veut tester notre foi et notre allégeance à Dieu».

3.7 L'occupation américaine (2003-2011)

Tous ces beaux discours n'ont pas empêché les Américains d'entrer dans Bagdad le 9 avril 2003, sans rencontrer de grandes résistances de la part des Irakiens, pendant qu'un fort contingent de Bagdadis mettait la capitale à sac. Le régime de Saddam Hussein, l'un des plus répressifs de l'histoire, s'écroula dans les heures qui suivirent. L'armée américaine est entrée dans Bagdad dans la troisième semaine d'une campagne qui avait duré un mois. Les historiens mettront des années à expliquer le peu de résistance de l'armée irakienne et, surtout, de la Garde républicaine, une «élite» qui n'a certainement pas été à la hauteur de sa réputation. Le 9 avril 2003, jour de la chute du régime de Saddam Hussein, allait représenter un tournant radical dans l’histoire de l’Irak depuis sa création par les Britanniques en 1921. Avant l'invasion américaine, le gouvernement irakien, qui avait été jusqu'alors omniprésent et centralisateur, disparut brutalement, ce qui a laissé aussitôt un vide juridique, idéologique et administratif difficile à combler.

Après leur invasion, les Américains ont décidé de favoriser la majorité chiite, qui avait été sous Saddam Hussain, privée du pouvoir au profit des sunnites. Le nouveau gouvernement irakien a vite monopolisé le pouvoir au profit de la seule communauté chiite; les chiites attendaient leur tour depuis soixante-quinze ans. Ils ont fait comme les sunnites avant eux: exclusion des autres confessions, favoritisme et corruption.  Par voie de conséquence, les sunnites irakiens ont vu leurs conditions sociales se détériorer ; ils se sont vus traités comme des citoyens de seconde zone. La répartition des pouvoirs est l'un des grands problèmes en Irak.

- La Loi sur l'administration de l'État de 2004

Les États-Unis ont alors voulu démocratiser l'Irak, ce qui correspondait à une tâche herculéenne dans un pays qui n'a jamais connu la démocratie et où 40 % de la population était alors illettrée. Les Américains instaurèrent l'Autorité provisoire de la coalition (en anglais: la "Coalition Provisional Authority") comme gouvernement. Cette «autorité» a administré le pays du 21 avril 2003 au 28 juin 2004, moment de sa dissolution et de son remplacement par le «gouvernement intérimaire irakien» (en anglais: "Iraqi Interim Government"). C'est sous ce gouvernement que fut adoptée la Loi sur l'administration de l'État de l'Irak sous la période transitoire (2004), qui remplaçait la Constitution irakienne de 1970, bien que cette loi ne fût pas qualifiée de «constitution».

Selon l'article 2 de la Loi sur l'administration, c'était une loi provisoire qui demeurait en vigueur entre le 30 juin 2004 et le 31 décembre 2005 au plus tard. L'article 4 de la Loi sur l'administration définissait l'Irak comme une République fédérale, démocratique et pluraliste dans laquelle les compétences étaient partagées entre Bagdad et les régions et gouvernorats, selon des bases géographiques et historiques et non pas sur les bases ethniques ou sectaires:

Article 4

Le système de gouvernement en Irak doit être républicain, fédéral, démocratique et pluraliste, et les pouvoirs sont partagés entre le gouvernement fédéral et les gouvernements régionaux, les gouvernorats, les municipalités et les administrations locales. Le système fédéral doit être fondée sur des réalités géographiques et historiques ainsi que sur la séparation des pouvoirs, et non sur l'origine, la race, l'origine ethnique, la nationalité ou la
confession religieuse.

Cette loi constituait un véritable succès pour les Kurdes. En effet, l'article 53 de la Loi sur l'administration énonçait que «le gouvernement du Kurdistan est reconnu comme le gouvernement officiel des territoires qu’il administrait avant le 19 mars 2003, qui se trouvent sur les gouvernorats de Dohouk, d'Erbil, de Souleimaniyeh, de Kirkouk, de Ninive et de Diyala ». Il s’agit donc d’une reconnaissance officielle des institutions kurdes, qui continueront à gouverner leur région de façon autonome jusqu’à l’adoption de la Constitution permanente (2005):

Article 53

a) Le gouvernement régional du Kurdistan est reconnu comme le gouvernement officiel des territoires qu’il administrait avant le 19 mars 2003, qui se trouvent sur les gouvernorats de Dohouk, d'Erbil, de Souleimaniyeh, de Kirkouk, de Ninive et de Diyala. Le terme «gouvernement régional du Kurdistan» doit se référer à l'Assemblée nationale du Kurdistan, au Conseil des ministres du Kurdistan et à l'autorité judiciaire régionale dans la région du Kurdistan.

b) Les frontières des 18 gouvernorats resteront sans changement pendant la période transitoire.

c) Tout groupe d'au plus trois gouvernorats à l'extérieur de la région du Kurdistan, à l'exception de Bagdad et de Kirkouk, ont le droit de former des régions en leur sein. Les mécanismes de formation de ces régions peuvent être proposés par le gouvernement intérimaire irakien et doivent être présentés et examinés par l'Assemblée nationale élue pour les fins de promulgation. En plus d'être approuvée par l'Assemblée nationale, toute loi proposant la formation d'une région donnée doit être approuvée lors d'un référendum par les citoyens des gouvernorats concernés.

De plus, les Kurdes voyaient enfin leur langue reconnue en tant que langue officielle pour l’ensemble de l’Irak. C’était la première fois qu’un État souverain adoptait le kurde comme langue officielle. De fait, la Constitution irakienne de 1970 avait bel et bien reconnu le kurde comme langue officielle, mais uniquement dans les provinces kurdes. Or, l'article 9 de la Loi sur l'administration de l'État de l'Irak sous la période transitoire reconnaissait le kurde, au même titre que la langue arabe, comme deux langues officielles et deux langues de travail pour l’ensemble de l’Irak:

Article 9

La langue arabe et la langue kurde sont les deux langues officielles de l'Irak. Le droit des Irakiens d'éduquer leurs enfants dans leur langue maternelle, comme le turkmène, le syriaque et l'arménien est garanti dans les établissements publics d'enseignement, conformément aux directives pédagogiques, ou dans toute autre langue dans les établissements d'enseignement privés. La portée de l'expression «langue officielle» et les moyens d'appliquer les dispositions du présent article sont définies par la loi et doivent comporter :

(1) La publication du Journal officiel dans les deux langues ;

(2) La parole et l'expression dans les domaines officiels, comme l'Assemblée nationale, le Conseil des ministres, les tribunaux et les conférences officielles, dans l'une ou l'autre des deux langues ;

(3) L'examen et la publication des documents officiels et de la correspondance dans les deux langues ;

(4) L'ouverture d'écoles qui enseignent les deux langues, conformément aux directives pédagogiques ;

(5) L'utilisation des deux langues dans toute question visée par le principe d'égalité (comme les billets de banque, les passeports et les timbres);

(6) L'utilisation des deux langues dans les institutions et organismes fédéraux dans la région du Kurdistan.

Cette loi représentait un compromis entre le Conseil de gouvernement et l’autorité d’occupation, bien que l'État irakien lui-même ait été pratiquement inexistant entre ce moment et 2005. Néanmoins, les principales dispositions de la Loi sur l'administration de l'État de l'Irak sous la période transitoire du 8 mars 2004 allait être reprises plus ou moins intégralement dans la Constitution de 2005.

Après plusieurs mois passés dans la clandestinité, l'ancien président de l'Irak, Saddam Hussein, fut arrêté par l'armée américaine à Tikrit, dans la nuit du 13 au 14 décembre 2003 lors de l'opération "Red Dawn" («Aube rouge»).

- Le gouvernement intérimaire irakien (2004-2005)

Le gouvernement intérimaire irakien fut formé le 1er juin 2004 par la force multinationale présente en Irak comme gouvernement provisoire pour gérer le pays jusqu'à la constitution du gouvernement de transition. Ce gouvernement intérimaire s'est vu transmettre la souveraineté sur l'Irak le 28 juin 2004. Il devait diriger le pays jusqu'à des élections démocratiques prévues au plus tard le 31 janvier 2005.

Selon la résolution n° 1546 adoptée par le Conseil de sécurité de l'ONU à sa 4987e séance du 8 juin, le gouvernement intérimaire devait établir un «partenariat» avec la Force multinationale, laquelle pouvait prendre «toutes les mesures nécessaires» (art. 10) pour faire régner la paix et la sécurité. Le gouvernement pouvait aussi demander le départ des troupes étrangères.

C'est sous ce gouvernement que l'Irak adopta un nouveau drapeau provisoire avec une calligraphie kufique, une écriture créée dans la ville de Kufa, près de Nadjaf, typique des chiites. Les couleurs sont toujours celles du drapeau de la libération arabe et représentent l'oppression (le noir) surmontée par la lutte sanglante (le rouge) pour être remplacée par un brillant avenir (le blanc). Les trois étoiles symbolisent encore le Parti Baas sous l'ancien régime de Saddam Hussein. Le gouvernement était dirigé par un président kurde et un premier ministre chiite.  

D'avril 2005 à mai 2006, le pouvoir en Irak fut détenu par le «gouvernement de transition» dirigé par le chiite Ibrahim al-Jaafari. Le président intérimaire était un Kurde (Jalal Talabani) favorable à la séparation de l'Irak en trois entités distinctes, ce qui ne pouvait être considéré comme acceptable par la minorité sunnite, alors que les chiites proposaient une position intermédiaire en un État fédéral.

Un nouveau gouvernement de transition fut instauré à la suite des élections de janvier 2005 afin de préparer la constitution du premier gouvernement définitif en Irak. Dans un contexte de violence, la nouvelle Constitution irakienne fut ratifiée le 15 octobre 2005. Les éléments importants de la Constitution sont, entre autres, les suivants:

- Islam : C'est la religion officielle de l'État et l'une des sources de législation; la constitution respecte l'identité islamique de la majorité de la population irakienne, mais garantit la liberté totale de toutes les autres religions et de leurs pratiques.

- Présidence du pays : l'Irak a un président unique et deux vice-présidents, afin que les trois grandes communautés soient représentées à la présidence.

- Kurdes : le Kurdistan bénéficie du statut de région autonome, tandis que les autres provinces pourront préparer un gouvernement local, en attendant que cette question soit réglée par un gouvernement élu.

- Langues officielles : l'arabe et le kurde sont les deux langues officielles de l'Irak, mais les minorités turkmène, syriaque et arménienne, chaldo-assyrienne ont le droit d'utiliser leurs langues dans leurs établissements scolaires.

Puis une nouvelle élection générale s'est tenue le 15 décembre pour élire les 275 membres du Conseil des représentants de façon permanente. Le gouvernement de transition a lui-même laissé la place au gouvernement al-Maliki en avril 2006.

Saddam Hussein fut finalement exécuté par pendaison le 29 décembre 2006 à Bagdad, pour «crimes contre l'humanité» à la suite à une procédure judiciaire expéditive et dirigée par les autorités américaines. Sa mort mit fin à toutes les poursuites qui avaient été engagées contre lui, en particulier le «procès Anfal», où il devait être jugé pour génocide contre la population kurde et accusé d'être responsable de la mort de quelque 180 000 personnes en 1987-1988.  

Le 22 janvier 2008, le Parlement irakien adopta, par 110 voix contre 50, un nouveau drapeau: la version de 2004 sans les trois étoiles.  L'inscription «Allahu Akbar» («Dieu est le plus grand)», initialement écrite en vert par Saddam Hussein sur la partie centrale du drapeau, est remplacée par le même texte mais rédigée en graphie kufique, une forme d'écriture arabe ancienne.

Les trois étoiles symbolisant le Parti Baas au pouvoir sous l'ancien dictateur ont été éliminées. Dans cette version de 2008, toutes les références à l'ancien régime de Saddam Hussein ont été supprimées. Sa durée était prévue pour une année, le temps que les députés s'entendent pour choisir un drapeau définitif.

Pendant ce temps, avec la bénédiction de Washington, les congrégations évangéliques américaines ont envoyé des missionnaires en Irak afin de détourner les musulmans de ce qu'ils considèrent comme une fausse religion, sinon démoniaque, et de les convertir. L'Administration américaine a clamé haut et fort que la «libération» (comprendre «invasion») était nécessaire pour instaurer la démocratie. En octobre 2006, les députés irakiens ont adopté la loi sur le fédéralisme. Ce texte ouvre ainsi la voie à la constitution d'entités ethno-confessionnelles.

- Le retrait des Américains (2011)

Avant son élection à la présidence des États-Unis, Barack Obama s'était dit prêt à retirer les troupes américaines de l'Irak à l'été 2010. Le 18 décembre 2011, le dernier convoi de militaires américains quittait le pays pour entrer au Koweït. Seuls quelque 400 soldats sont restés pour protéger l'ambassade des États-Unis à Bagdad. Les Américains ont englouti dans cette opération plus de 900 milliards de dollars US (725 milliards d'euros) et ont sacrifié la vie de 4500 de leurs militaires, sans parler des 30 000 blessés, ainsi que celle d'environ 110 00 civils irakiens. Plus de 500 000 enfants seraient morts de maladie et de malnutrition des suites de la guerre. Pour les Américains, la facture était salée, non seulement en termes de vies humaines perdues ou de trésor public dilapidé, mais la crédibilité de Washington est devenue nulle au sein des populations qui auraient eu besoin de l'assistance et de l'expertise américaines. Dans les années qui ont suivi la chute de Saddam Hussein en 2003, une vague d'assassinats a frappé l'élite intellectuelle du pays, ce qui a coûté la vie à quelque 300 universitaires irakiens.

Il est légitime de se demander si l'invasion de l'Irak valait le coup, tant pour les Irakiens que pour les Américains.  Pour ces derniers, certainement pas. Quant aux Irakiens, ils évidemment échappé à un dictateur, dont le mode normal dans la résolution des conflits était la guerre à l'étranger et les massacres à l'intérieur. Cependant, après huit années d'enfer, c'est à nouveau la loi du plus fort qui règne dans ce pays. La majorité chiite refuse de partager le pouvoir et les groupes armées sunnites ne demandent pas mieux de reprendre les combats si leur communauté est de nouveau mise à l'écart.

Au final, non seulement la démocratie n'a pas progressé en Irak, mais le pays a sombré dans l'anarchie. Une nouvelle dictature va émerger sur les ruines laissées par les États-Unis. Pendant longtemps, l'Irak demeurera l'un des pays les plus corrompus de la planète, une avant-dernière place que le pays partage avec la Birmanie.

- Les conséquences de l'occupation

Il est vrai que l’Irak s’est un peu démocratisé, et les Irakiens sont plus libres qu'auparavant. Par contre, le pays est plus divisé que jamais entre ses trois composantes ethniques et religieuses. En effet, l'Irak est gouverné par un parti pro-iranien issu de la majorité arabe chiite, l'Alliance nationale irakienne. Or, les chiites marginalisent la minorité sunnite, pendant que les Kurdes vivent dans une quasi-indépendance dans la Région autonome du Kurdistan irakien.  Les Kurdes peuvent difficilement être blâmés de vouloir se libérer du fardeau d’une société de loin moins fonctionnelle que la leur, avec laquelle ils ne s’identifient guère. 

Partout ailleurs, dans le pays, la violence est endémique. Le quart de la population vit dans la misère. Quant au statut des femmes en Irak, il a régressé considérablement, car l’insécurité continuelle a eu pour résultat de compromettre gravement le bien-être physique des femmes et de limiter leur vie quotidienne. Il était prévu que le lendemain de l'engagement américain en Irak serait chaotique, mais peu d'observateurs croyaient que la violence s’installerait à demeure et avec une telle ampleur. Le sectarisme a fini par imprégner toutes les structures de l'État et alimente une lutte de pouvoir dont les premières victimes sont toutes les petites minorités qui sont aujourd'hui très fragilisées. 

En plus des pertes humaines, les conflits ont détruit une grande quantité de musées, de bibliothèques et de sites archéologiques, qui renfermaient des témoins irremplaçables du passé. À cause de la guerre, l'Irak a subi un net recul aux plans de la culture et de l'éducation. La bonne réputation des universités irakiennes attirait de nombreux étudiants de la région proche-orientale; de nombreux étrangers venaient étudier en Irak, que ce soit de la Jordanie, de la Syrie, du Yémen ou de la Mauritanie. La guerre a tout détruit.

De plus, la corruption de l'administration publique est omniprésente dans le pays. Un système de détournement des biens publics est organisé entre les différentes factions au pouvoir. La corruption complique et empoisonne la vie des Irakiens, surtout s'ils sont incapables de payer des pots-de-vin, que ce soit pour pour accéder à un emploi public, pour s’enrôler dans l’armée ou simplement pour obtenir un service comme un passeport ou pou remplir un formulaire. Dans le nouvel Irak, tout se vend. Les Irakiens semblent avoir perdu tout espoir dans la capacité de leur gouvernement à gérer la reconstruction et à assurer les services de base. L'administration du pays est devenue si catastrophique que le spectre de l’éclatement du pays plane désormais partout. L'Irak pourrait même devenir le théâtre des ambitions hégémoniques de la part de l’Iran, de la Turquie et de l’Arabie Saoudite, qui ne demanderaient pas mieux que de dépecer ce territoire à leur avantage.

Bref, le modèle conçu et mis en place par les Américains traduit une incompréhension profonde des réalités sociales et économiques de l'Irak. Plutôt que de consolider le pays, le nouveau système a attisé les clivages confessionnels et ethniques, il a favorisé la parcellisation du territoire et il a fourni un terreau fertile à la prolifération des mouvements terroristes, transformant ainsi l’Irak en nouvelle terre de djihad. Il n’y a pas en Irak de projets transcendant les idéologies communautaires et concernant l’ensemble de la population irakienne. Le pays n’est plus administré que sous la forme de communautés, de clans, de confessions et de factions. Les partis politiques qui détiennent le pouvoir sont incapables de s'entendre sur quoi que ce soit, même d'adopter des lois nécessaires, ce qui engendre une situation politique constamment bloquée. Le blocage est total entre des pouvoirs qui ne peuvent engager quelque réforme que ce soit et qui sombrent dans la corruption généralisée.

3.8 La menace djihadiste

Comme si ce n'était pas suffisant, l'Irak doit faire face à un autre problème: l'avancée de l'EILL ("État islamique en Irak et au Levant"). Ce groupe terroriste lourdement armé a proclamé le 29 juin 2014 l'instauration d'un califat qui engloberait au minimum la partie sunnite de l’Irak, la Syrie et une partie du Liban. Parti de la Syrie, l'EILL se réclame d’un sunnisme salafiste hostile aux chiites et d’un combat djihadiste international tout en ayant comme objectif de supprimer les frontières actuelles des pays concernés.

Au début du mois d'août 2014, les djihadistes de l'État islamique ont avancé rapidement vers le nord-est et ont occupé les provinces pétrolières et gazières de Ninive, de Saladin et d'Anbar. Ils se sont emparés ensuite de Qaraqosh, la plus grande ville chrétienne d'Irak (près de Mossoul). L'étape ultime est la prise de Bagdad. Pour le moment, les combattants djihadistes contrôlent une grande partie du territoire sunnite irakien au nord-ouest.

Cette avancée en Irak pourrait être une réponse des sunnites devant la difficulté de se faire entendre par des moyens politiques. L'EIIL a provoqué un mélange de soulagement et de crainte chez les populations sunnites. D'une part, ils se sont crus libérés du joug des forces gouvernementales irakiennes (à majorité chiite), d'autre part, ils craignent de se faire appliquer les mêmes «recettes» déjà éprouvées en Syrie. Le principe est simple : qui ne se soumet pas à leur loi mérite le châtiment, voire la mort. Les exactions (viols, mutilations, exécutions, etc.) des djihadistes sunnites de l'État islamique dans le nord de l'Irak sont telles que la communauté internationale craint un génocide dans la région.

- La politique de destruction

Les combattants djihadistes de l’EIIL ont comme politique de réduire en poussière tous les monuments historiques non conformes à leur idéologie : mausolées des saints et personnalités pieuses, églises, mosquées et tombeaux des prophètes, pièces archéologiques, etc. Or, certains monuments contiennent des pièces de valeur inestimable, car ils représentent la civilisation assyrienne mésopotamienne. Ainsi, les djihadistes ont entrepris en mars 2015 de réduire en poussière la cité antique de Nimrud, dans le nord de l’Irak. Ce joyau patrimonial vieux de 3000 ans a été attaqué au bulldozer, suscitant des réactions indignées de la part de la communauté internationale. Classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, qui a décrit sa destruction comme un «crime de guerre», Nimrud fut une «très grande capitale» de l’Empire assyrien, qui a dominé tout le Proche-Orient, de l’Iran jusqu’à la Méditerranée, de 800 à 700 ans avant notre ère. En détruisant ainsi le patrimoine irakien, les djihadistes remettent en cause les anciennes cultures préislamiques et cherchent à imposer leur vision extrêmement rigoriste de l’islam, car cette religion interdit toute représentation de dieux. Or, sur la forteresse de Nimrud, ce sont des dieux qui étaient représentés. Toutefois, au-delà de l’idéologie religieuse, l’attaque de la cité de Nimrud est aussi motivée par des considérations pécuniaires. En effet, on sait qu'il existe un trafic d’œuvres d’art assez important et que les militants de l’État islamique sont parmi les revendeurs.

Le Conseil de sécurité de l'ONU a été mis en alerte par les pays occidentaux qui désirent stopper l'avancée des combattants djihadistes en Irak. Pour stopper l'avancée de l'EI, les États-Unis ont engagé des frappes aériennes avec l'aide d'avions français, australiens, britanniques, canadiens, danois, belges et néerlandais. Avec la participation de l'Arabie Saoudite, des Émirats arabes unis, de la Jordanie et du Bahreïn, les Américains ont mis en œuvre des frappes aériennes en Syrie depuis le 23 septembre 2014. Cet engament militaire pourrait durer plusieurs années. L'EIIL pourrait disposer de quelque 30 000 combattants et a décapité plusieurs otages occidentaux, mais leur plus grand plaisir, c'est d'égorger des chiites et les décapiter, après avoir violé leurs femmes. Les rapports et les descriptions ne manquent pas sur les atrocités commises par ces fous d'Allah: crimes de guerre, crimes contre l'humanité, opérations de nettoyage ethnique exécutées principalement contre des minorités religieuses, etc. Tortures, meurtres, massacres: tous les moyens sont bons pour instaurer la peur et forcer les conversions et faire disparaître les idolâtres irrécupérables aux yeux des islamistes. Seules les femmes, soumises à l'esclavage sexuel, bénéficient d'un sursis.

- Les minorités religieuses irakiennes

Depuis 2013, plus de 3,2 millions d’Irakiens ont été chassés de leur foyer en moins de deux ans par les violences, qui ont fait près de 19 000 morts dans la population civile. Les djihadistes sont en grande partie responsables de cet état de fait; ils ont même réintroduit l’esclavage dans ce pays du Proche-Orient. Telles sont les principales conclusions d’un rapport de l’Organisation des Nations unies (ONU) dévoilé en janvier 2016. De plus, il faut mentionner aussi des violences interethniques entre chiites et sunnites, ainsi que contre les chrétiens. Les territoires contrôlés ou visés par l’EIIL ("État islamique en Irak et au Levant") sont majoritairement sunnites, mais les djihadistes commettent des attentats dans les zones chiites. Pour ce qui est des minorités musulmanes, comme les yazidis, elles sont particulièrement ciblées par la répression religieuse. Quant aux minorités chrétiennes, elles ne peuvent ni quitter le pays ni se réfugier ailleurs en Irak, parce qu’elles ne sont pas les bienvenues. Le risque que la communauté chrétienne disparaisse de l’Irak est tout à fait probable et inquiétant. Enfin, il existe de moins en moins de minorités religieuses en Irak; il n’y a plus de juifs et de moins en moins de chrétiens. En somme, l'Irak connaît une accélération de son appauvrissement social au plan de la diversité.

- L'implication kurde

Quant aux Kurdes, qui ont longtemps été persécutés par le régime de Saddam Hussein, ils se trouvent devant un nouvel ennemi, le groupe armé de l'État islamique. Pour les cinq millions de Kurdes, cette crise représente à la fois une menace et une occasion unique de se donner le pays dont ils rêvent depuis des décennies. En effet, avec la peur, le vieux rêve d'indépendance kurde a refait surface. Toutefois, personne ne sait comment se terminera cette guerre. Pendant ce temps, en raison de la situation dramatique qui risque de perdurer, les Turkmènes sunnites et chiites se sont organisés en milices armées et ont fait appel à la Turquie pour leur venir en aide.

Il ne faudrait pas croire que les djihadistes sunnites de l'EIIL sont motivés uniquement par des facteurs «religieux». Ce qui est beaucoup plus important que la religion, c'est le contrôle du territoire et la richesse provenant du pétrole. Les combattants djihadistes se sont emparés des biens et des avoirs laissés par les Irakiens expulsés comme «butin de guerre» afin d'exploiter eux-mêmes à leur profit les richesses naturelles de la région.

4 La politique linguistique de Saddam Hussein

Le gouvernement irakien de Saddam Hussein n’avait d’autre politique que celle de l’arabisation intensive. Cette politique consistait à imposer simplement l’unilinguisme arabe par tous les moyens... surtout militaires. D’ailleurs, la Constitution ne reconnaissait que l’arabe dans l’ensemble du pays, sauf dans la région kurde où le kurde était théoriquement co-officiel avec l’arabe. 

4.1 Les dispositions constitutionnelles de 1990

En 1970, l’Irak a adopté une constitution provisoire qui a été plusieurs fois modifiées depuis. La plus récente Constitution provisoire datait de 1990. Elle proclamait toujours l’islam comme religion d’État (art. 4), garantissait la liberté de religion (art. 25) et prohibait toute discrimination raciale, religieuse ou linguistique (art. 19 de la Constitution de 1990):

Article 19

1) Les citoyens sont égaux devant la loi, sans discrimination quant au sexe, à la race, à la langue, à l’origine sociale ou à la religion.
2) La loi garantit les chances égales à tous citoyens.

L’article 26 de la Constitution (1990) garantissait même la liberté d'opinion, de publication, de réunion, de formation de partis politiques, de syndicats et de sociétés diverses. Quant à l’article 5, il portait sur les nationalités irakiennes dont on reconnaissait deux composantes principales:

Article 26

1) L’Irak est une partie de la nation arabe.
2) Les citoyens irakiens sont composés de deux nationalités principales: la nationalité arabe et la nationalité kurde.
3) Cette Constitution reconnaît les droits nationaux des citoyens kurdes et les droits légitimes de toutes les minorités dans l'union irakienne.

En ce qui a trait aux langues, la Constitution irakienne de 1990 reconnaissait dans son article 7 l’arabe comme langue officielle du pays mais aussi le kurde dans la région kurde:

Article 7

1) L’arabe est la langue officielle.
2) Le kurde est, en plus de l’arabe, la langue officielle dans la région kurde.

Enfin, en vertu de l’article 17 de la Constitution, l’État devait lutter contre l'analphabétisme et garantissait à tous les citoyens le droit à l’instruction gratuite aux niveaux primaire, secondaire et universitaire; l'État devait aussi rendre obligatoire l'instruction primaire, accroître l’instruction technique et professionnelle dans les villes et les régions rurales, et encourager particulièrement l’«éducation du soir» afin de permettre aux masses populaires de combiner la science et le travail. De plus, l'État garantissait la liberté de recherche scientifique, encourageait et récompensait l'excellence et l’initiative dans toutes les activités intellectuelles, scientifiques et artistiques, ainsi que tous les aspects de «l'excellence populaire».

4.2 La politique linguistique d'arabisation

La politique linguistique tait très simple: c'était l'arabisation. De fait, seul l’arabe était utilisé au Parlement national (Bagdad), dans les cours de justice, les écoles, l’administration publique, etc. Si l'on fait exception de la zone kurde protégée par l'aviation américaine et britannique, Saddam Hussein pratiquait une politique d'arabisation intensive et radicale. 

Dans les villes de Mossoul et de Kirkouk au nord, plus de 250 000 Kurdes furent chassés de leurs maisons et remplacés par des Arabes chiites; ces Kurdes vivent aujourd'hui dans des camps de réfugiés. Des quartiers kurdes furent rasés, des moquées démolies, des villages voisins bombardés. Même les noms kurdes sur les tombes des cimetières furent effacés et remplacés par des inscriptions arabes. Dans les villes qui n'étaient pas sous le contrôle des Kurdes, il n'était pas possible pour un Kurde d'acheter une voiture, une maison ou une terre. Il était strictement interdit de parler kurde en public. Selon un rapport de l'Alliance internationale pour la justice, tout était absolument interdit aux habitants non arabes de Kirkouk: si les Kurdes refusaient de changer d'identité ethnique, ils n'avaient pas droit à un emploi, un héritage, une maison, au téléphone et à l'instruction pour leurs enfants, ni de quitter leur quartier sans autorisation. En fait, les Kurdes devaient se dire «arabes» s'ils voulaient survivre. 

Du côté des médias, non seulement ceux-ci n'étaient diffusés qu’en arabe, mais ils étaient totalement inféodés à la tutelle de l’État irakien. En effet, les journalistes irakiens étaient tous fonctionnaires du ministère de l'Information et étaient obligatoirement membres du Parti Baas. Ils avaient pour principale fonction de diffuser la position des autorités de Bagdad. Pas question de critiquer le président Saddam Hussein, le Conseil de commandement de la Révolution, le Parti Baas, le gouvernement ou l'Assemblée nationale: les contrevenants étaient passibles de lourdes peines de prison. Quant aux journalistes étrangers, ils étaient impérativement accompagnés d'un fonctionnaire du ministère de la Culture et de l'Information – en réalité un agent des services de renseignements – qui limitait strictement leurs mouvements. La population, pour sa part, ne pouvait posséder d'antennes paraboliques et était, de fait, privée de tout contact avec l'extérieur.

5 La politique linguistique actuelle

Déjà, sous l'occupation américaine, les élèves des écoles avaient cessé subitement d'entonner des hymnes à la gloire du «grand dirigeant». Beaucoup d'enfants furent déconcertés d'autant plus que les enseignants n'expliquaient pas toujours pourquoi le rituel avait changé. Le soldats américains sont venus dans les écoles pour demander aux professeurs de retirer les portraits du dictateur, qui étaient accrochés dans toutes les classes et figuraient à la première page de tous les manuels scolaires. La nouvelle administration, sous contrôle américain, a exigé le retrait des cours d'éducation physique, qui étaient des outils de propagande en faveur du Parti Bass et désignaient les trois «ennemis éternels» de l'Irak: Israël, les États-Unis et l'Iran.  

5.1 La Constitution de 2005 et le bilinguisme

Les électeurs irakiens ont ratifié, par près de 79 % des voix, le projet de Constitution qui dotait leur pays d'un régime parlementaire et fédéral, mais des responsables sunnites ont qualifié de frauduleux les résultats du référendum du 15 octobre 2005. Sur l'ensemble du territoire, le «oui» l'a emporté avec 78,5 % des suffrages, contre 21,4 % pour le «non», ont annoncé les responsables de la commission électorale. L'issue du référendum a été jugée digne de foi par une représentante des Nations unies en Irak et par les responsables de la commission électorale. Plusieurs provinces chiites et kurdes ont approuvé le texte à plus de 95 %. Toutefois, dans la province d'Anbar, où les sunnites sont majoritaires, le texte qui instaure le fédéralisme a été rejeté par près de 97 % des voix. Certains Irakiens sunnites estiment que la nouvelle Constitution, d'inspiration américaine, est imposée par une occupation militaire étrangère et sont contre le fédéralisme. De façon générale, les sunnites craignent que le fédéralisme ne leur laisse que des régions pauvres en pétrole. C'est pourquoi ils privilégient un État au pouvoir centralisé, avec un contrôle direct sur les réserves de pétrole dans tout le pays.  De plus, les sunnites craignent que l'Irak soit façonné sur le modèle de l’Iran à majorité chiite. Ces disparités illustrent certainement le caractère multi-ethnique et multiconfessionnel de l'Irak.

- L'islam comme religion d'État

Au plan religieux, l’Irak est multiforme. Cette réalité est aujourd'hui inscrite dans la Constitution, dont l’article 3 proclame que «l’Irak est un pays aux multiples ethnies, religions et confessions»:

Article 3

L'Irak est un pays aux multiples ethnies, religions et confessions. Il est un membre fondateur et actif de la Ligue arabe ; il applique sa charte, et il fait partie du monde islamique.

L'article 2.2 de la Constitution déclare que l'État garantit pleinement les droits religieux à la liberté de croyance et de culte religieux de tous les individus comme les chrétiens, les yézidis, et les mandéens-sabéens:

Article 2

2) La présente Constitution garantit l'identité islamique de la majorité du peuple irakien et elle garantit pleinement les droits religieux à la liberté de croyance et de culte religieux de tous les individus comme les chrétiens, les yézidis, et les mandéens-sabéens.

Par voie de conséquence, tout Irakien est libre de croire ou de ne pas croire, de choisir une religion et de la pratiquer sans restriction de la part de l’État. Toutefois, la portée de ces dispositions est tempérée par le statut prépondérant reconnu à l’islam comme «religion officielle de l’État et l'une des sources de la législation»:

Article 2

1) L'islam est la religion officielle de l'État et l'une des sources de la législation :

a. Il est interdit de de promulguer des lois contraires aux préceptes établies de l'islam.
b. Il est interdit de de promulguer des lois contraires aux principes de la démocratie.
c. Il est interdit de de promulguer des lois contraires aux droits et aux libertés fondamentales énoncés par la présente Constitution

L'Irak n'est pas un État laïc qui se tiendrait à égale distance de toutes les religions et n’en encouragerait officiellement aucune. Tout en reconnaissant la liberté religieuse, l'État privilégie et protège l'islam qui, de plus, est «l'une des sources de la législation». Cela signifie que la loi islamique, la Charia, établit une hiérarchisation dans les normes juridiques et leur élaboration par l'État. En d’autres termes, le pouvoir législatif doit s’assurer de la prééminence des sources islamiques dans l'élaboration des lois et de leur conformité à l’islam.

Malgré la liberté de religion, la conversion d’un musulman à une autre religion demeure interdite. Mais un non musulman peut changer librement de religion, que ce soit vers l’islam ou vers l’une des nombreuses autres religions.

- Les dispositions linguistiques

Les nouvelles dispositions sur la question linguistique ne peuvent qu'être plus positives pour l'ensemble des communautés qui habitent ce pays. L'article 4 de la Constitution de 2005 édicte ce qui suit:

Article 4

1) L'arabe et le kurde sont les deux langues officielles de l'Irak. Le droit des Irakiens d'instruire leurs enfants dans leur langue maternelle est garanti, comme le turkmène, le syriaque et l'arménien, dans des établissements d'enseignement publics, conformément aux directives éducatives, ou en toute autre langue dans des établissements d'enseignement privés.

2) La portée du terme de langue officielle et les moyens d'appliquer les dispositions du présent article seront définis conformément à la loi qui doit inclure :

a) La publication du Journal officiel en deux langues;

b) Les discours, communications et manifestations dans leurs formes officielles, telles que le Conseil des représentants, le Conseil des ministres, les tribunaux et les conférences officielles, dans chacune des deux langues;

c) La reconnaissance et la publication des documents et correspondances officiels en deux langues;

d) Les écoles publiques qui enseignent les deux langues, conformément aux directives d'enseignement;

e) L'usage des deux langues dans toute disposition décrétée en vertu du principe de l'égalité comme les billets de banque, les passeports et les timbres.

3) Les institutions et agences fédérales dans la région du Kurdistan doivent employer l'arabe et le kurde.

4) Le turkmène et le syriaque sont deux autres langues officielles dans les unités administratives au sein desquelles elles représentent une densité d'occupation.

5) Chaque région ou gouvernorat peut adopter une autre langue locale comme une langue officielle complémentaire si la majorité de sa population en décide lors d'un référendum général.

L’arabe et le kurde sont maintenant les deux langues officielles de l’Irak. Il en résulte que le kurde est devenu la cinquième langue officielle au Proche-Orient, après l'arabe, le farsi (iranien ou persan), le turc et l’hébreu.

De plus, les autres minorités (chaldo-assyrienne et turkmène) ont le droit d’utiliser leur langue dans leurs établissements d'enseignement et les entités administratives locales.  Les sunnites avaient demandé que seul l'arabe soit la langue officielle de l'Irak et le kurde, la langue officielle pour le Kurdistan, ce que refusaient les Kurdes. De plus, les Kurdes ont réussi à obtenir que soient mentionnées les autres langues, telles que le turkmène et le syriaque, et le droit de ces minorités de faire instruire leurs enfants dans leur langue maternelle.

Quant à l'article 125, il garantit des droits administratifs, politiques, culturels et éducatifs aux diverses nationalités, telles que les Turkmènes, les Chaldéens, les Assyriens et tous les autres composants du pays:

Article 125 :

La présente Constitution garantit les droits administratifs, politiques, culturels et éducatifs aux diverses nationalités, telles que les Turkmènes, les Chaldéens, les Assyriens et toutes les autres composantes du pays. Il en sera prévu ainsi conformément à la loi.

Le Kurdistan conserve son statut d'autonomie dans le cadre d'une fédération, alors que les autres provinces du pays pourront élaborer un éventuel gouvernement local, en attendant que cette question soit réglée par un gouvernement dûment élu. L'islam continue d'être la religion officielle de l’État et l’une des sources de législation, tout en garantissant la liberté totale de toutes les autres religions et de leurs pratiques.

5.2 Les problèmes dans l'emploi des langues

Rappelons qu'en vertu de la Constitution de 2005 l'Irak est devenu officiellement bilingue sur tout le territoire, non seulement au Kurdistan. Au Parlement fédéral, l'arabe et le kurde sont utilisés lors des débats parlementaires et dans la rédaction et la promulgation des lois. Ainsi, la publication du Journal officiel est assurée dans les deux langues, de même que l'examen et la publication des documents officiels. Au sein du gouvernement, les deux langue sont également admises. L’administration et la justice doivent utiliser les deux langues dans leur fonctionnement.  C'est pourquoi les billets de banque, les passeports et les timbres doivent être en arabe et en kurde. Toute région ou tout gouvernorat peut adopter une autre langue locale comme langue officielle supplémentaire, si la majorité de la population en décide ainsi lors d'un référendum général.

Abstraction faite que les portraits de Saddam Hussein soient disparus, l'État irakien n'est pas encore parvenu à appliquer le bilinguisme officiellement reconnu par la Constitution. Depuis 2005, aucune des dispositions sur le bilinguisme n’as été mise en œuvre, à l'exception de la Région autonome du Kurdistan. Les tribunaux ne sont pas accessibles en une autre langue que l'arabe, sauf dans la région autonome du Kurdistan. Les décisions de la Cour suprême fédérale irakienne et les débats parlementaires ne se font qu'en arabe. La politique de la double attribution des toponymes, soit en arabe et en kurde, n'est appliquée que dans les trois provinces d'Erbil, de Souleimaniyeh et de Dohouk. Quoi qu'il en soit, il n'existe aucun organisme pour créer pour normaliser les toponymes ou noms géographiques au niveau national. La monnaie et les timbres n'apparaissent qu'en arabe et, lorsqu'ils sont bilingues, c'est en anglais.

Cette inadéquation entre les préceptes de la Constitution et la réalité n'est pas étrangère au fait que les minorités ne participent pas à la vie politique du pays. Non seulement les sunnites ont été écartés du pouvoir au profit des chiites, mais également toutes les minorités nationales. Les nouvelles autorités fédérales semblent ignorer que l'Irak est un pays multi-ethnique et multiconfessionnel. Or, le partage des pouvoirs et le respect des droits des minorités constituent l'une des composantes essentielles pour construire et développer un pays. Toute politique linguistique qui ne tient pas compte de cette réalité est vouée à l'échec.

L’Irak a toujours été un pays unilingue arabe dirigé de main de maître, sauf dans la région kurde laissée à elle-même depuis la guerre du Golfe de 1991. La reconnaissance des langues des minorités nationales n’est restée que formelle dans la Constitution, sauf pour le kurde dans leur région autonome, mais les petites langues telles l’azéri, le syriaque, le farsi, le turkmène, l’arménien, etc., attendent encore leur tour.

5.3 Le système d'éducation irakien

L’actuel système d’éducation en Irak a été mis sur pied par les Britanniques dans les années 1920. Peu d'enfants fréquentaient alors les écoles publiques. Lorsque l’Irak est devenu une république en 1958, seule 20 % de la population pouvait lire et écrire. Ce pourcentage a certes beaucoup augmenté depuis, grâce aux efforts du gouvernement qui a fait construire des écoles et encouragé les études. Entre 1976 et 1986, le nombre d'élèves du primaire a augmenté de 30 %, alors que le nombre d'enseignants du primaire a augmenté de 40 % au cours de cette même période. Au niveau secondaire, le nombre d'élèves a augmenté de 46 %. Le nombre des élèves inscrits dans les écoles primaires et secondaires en Irak était la plus élevée dans cette région du Proche-Orient.  Avant la guerre, le gouvernement avait fait des progrès considérables dans la réduction de l'extrême concentration des établissements d'enseignement primaire et secondaire dans les principales villes, notamment à Bagdad. L'enseignement professionnel, qui avait été notoirement insuffisantes en Irak, a reçu une attention considérable officielle dans les années 1980. En même temps, le nombre d'étudiants qui désiraient poursuivre des études supérieures dans les années 1980 avait aussi considérablement augmenté. Sous le régime de Saddam Hussein, l'enseignement n'était offert qu'en arabe, sauf dans les régions kurdes.

- La situation actuelle

Une étude de 2010 sur la portée du système d'éducation en Irak indiquait que, malgré des améliorations considérables depuis 2003, l'ensemble du système d'éducation nécessitait des investissements substantiels pour surmonter l'héritage du conflit irakien. Non seulement, l'Irak manque d'écoles en nombre considérable, mais environ 70 % des écoles existantes manquent d'eau potable et de latrines. Les équipements concernant les laboratoires de sciences, les bibliothèques, etc., sont dans un état de délabrement ou sont non fonctionnels. Toutes les écoles situées dans les zones dangereuses sont fermées. L'absentéisme des enseignants et celle des filles a atteint un niveau élevé, en raison de la menace à la sécurité des enfants. Plus de 20 000 enseignants ont été déplacés pour des raisons de sécurité. Bref, le système d'éducation en Irak est dans un état de délabrement avancé. Malgré les défis quotidiens sans fin, le système d'éducation continue néanmoins de fonctionner.

En Irak, le système d’éducation est placée sous le contrôle de l’État fédéral et demeure très centralisé. Le processus de décision relève de trois juridictions: d'une part, les autorités locales qui sont responsables de la maternelle et de l’enseignement primaire, d'autre part, le ministère de l’Éducation qui est chargé de l’enseignement secondaire, ainsi que de la formation générale, professionnelle et enseignante. Il faut ajouter aussi le ministère de l’Éducation supérieure et de la Recherche scientifique, lequel est responsable de l'administration des universités.

Le degré d'alphabétisation était de 79 % en 2012. En 2010, plus de 78 % des enfants avaient terminé leur école primaire, mais ce taux tombe à  61,3 % pour le secondaire.

- L'enseignement primaire

L’enseignement préscolaire est d'une durée de deux ans et scolarise les enfants à partir de l’âge de quatre ans.
 

Matières

Nombre de séquences hebdomadaires
par année

 

1re

2e

3e  

4e  

5e  

6e  

Éducation islamique

4

4

4

4

4

4

Arabe et calligraphie

11

11

11

11

7

7

Anglais

-

-

-

-

4

4

Mathématiques

6

6

6

6

5

5

Instruction civique

-

-

-

3

1

1

Histoire

-

-

-

-

2

2

Géographie

-

-

-

-

2

2

Éthique et éducation sociale

1

1

1

1

-

-

Science

4

4

4

3

3

3

Éducation agricole

-

-

-

1

1

1

Éducation technique

2

2

2

2

1

1

Éducation physique

3

3

3

2

2

2

Musique et chants patriotiques

1

1

1

1

1

1

Éducation familiale

-

-

-

-

1

1

Nombre total de séquences hebdomadaires

32

32

32

34

34

34

L’enseignement primaire dure six ans et compte deux cycles : le cycle intermédiaire et le cycle préparatoire. Le cycle intermédiaire dure trois ans, pour les élèves âgés de 12 à 14 ans. Le cycle préparatoire est également d'une durée de trois ans; il est conçu pour préparer les élèves au marché du travail ou à l’université.  Comme l'indique la tableau ci-dessous, l'arabe est enseigné au primaire à tous les enfants, y compris aux membres des minorités nationales, en tant que langue d'enseignement et l'anglais comme langue étrangère à partir de la 5e année. On constate que l'enseignement de l'arabe, avant la 5e année, occupe une grande part de l'enseignement hebdomadaire avec 11 heures sur 32. Le programme diffère quelque peu au Kurdistan.

Conformément à l'article 4 de la Constitution de 2005, l'arabe et le kurde sont identifiés comme les deux langues officielles de l'Irak.

En outre, les autres langues, comme le turkmène, le syriaque et l'arménien, sont en principe assurées d'être enseignées dans les établissements scolaires publics, mais pour le moment aucune école n'enseigne dans ces langues minoritaires.  

- L'enseignement secondaire

Le cycle intermédiaire de l’éducation secondaire dure trois ans. À ce stade, une place importante est accordée à l’enrichissement de la langue et à la formation générale à raison de 6h/semaine pour l'arabe et au moins 5 h/semaine pour l'anglais. Au secondaire,  les élèves suivent aussi des cours d'éducation scientifique, de mathématiques, de chimie, de physique, de biologie, y compris un entraînement militaire. Tous les élèves suivent le même programme d’études. L’enseignement professionnel préparatoire a comme mission de préparer les élèves à exercer des professions ou à étudier à l’université.

Il n’existe pas d’établissement d'enseignement privé aux niveaux primaire et secondaire. La durée de la scolarisation universitaire dans laquelle les étudiants sont admis à la fin de leurs études secondaires s’échelonne entre trois et six ans.

- L'enseignement supérieur

La durée de l’enseignement universitaire, dans laquelle les étudiants sont admis à la fin de leurs études secondaires, peut s’échelonner entre trois et six ans. Les étudiants sont admis dans des collèges et dans des universités afin de poursuivre leurs études dans divers domaines de spécialisation tels les arts, les sciences, la médecine, l’ingénierie, etc. Certains programmes de cinq ans conduisent à un baccalauréat en architecture, en chirurgie dentaire, en pharmacie, en médecine et en chirurgie vétérinaire. Les programmes qui mènent au baccalauréat en médecine ou en chirurgie sont d’une durée obligatoire de six ans.

Dans toutes les universités du pays, plus d'une vingtaine, les cours ne sont offerts qu'en arabe et en anglais.  

- Les écoles «ethniques»

L'un des problèmes les plus importants en éducation concerne les écoles «ethniques», celles destinées aux minorités nationales. Ces minorités sont soumises à des restrictions linguistiques graves qui ont nécessairement un impact de leurs droits à la liberté d'expression. Les Turkmènes, par exemple, l'une des plus importantes minorités, ne peuvent recevoir une enseignement dans leur langue dans les écoles malgré les garanties constitutionnelles (art. 125). Il en est ainsi des Chaldéens et des Assyriens. Dans la plupart des cas, le déni des droits linguistiques a un effet néfaste sur la survie des petites langues minoritaires. Toutes ces langues risquent de se voir inscrire dans les langues en voie de disparition par l'Unesco.

Or, il faudrait que le ministère de l'Éducation prépare de nouveaux programmes dans toutes les matières pour chacune des langues «ethnique» dans les écoles primaires, qu'il élabore des programmes pour apprendre l'arabe comme langue seconde au secondaire, qu'il révise les programmes d'enseignement de l'histoire et de la religion afin d'encourager la promotion du pluralisme et l'acceptation des autres, qu'il ouvre de nouvelles écoles et facilite l'ouverture d'écoles ethniques privées, notamment au secondaire. Les autorités centrales ne semblent pas prêtes à adopter des mesures pour redresser la situation. Quand on sait que le gouvernement fédéral interdit de poser des enseignes commerciales en d'autres langues que l'arabe, il faut admettre que, pour le moment, les droits constitutionnels des petites minorités ne sont guère respectés.

Rappelons que les anciennes lois discriminatoires à l'égard des minorités, qui ont été adoptées sous l'ancien régime, sont demeurées en vigueur. Afin d'abroger ces lois, il est devenu nécessaire d'en adopter de nouvelles afin de mieux protéger les minorités. Dans l'état actuel, le Parlement est incapable d'adopter quoi que ce soit. C'est pourquoi la situation des minorités se détériore de jour en jour en Irak, parce que celles-ci ne bénéficient pas d'une protection juridique adéquate. Ainsi, le nombre de ceux qui émigrent à l'étranger augmente continuellement.

5.4 La situation des médias

Sous le régime de Saddam Hussein, les médias étaient limités et entièrement contrôlés par l'État. Il existait un réseau de nouvelles appelé «Agence irakienne de nouvelles», qui fonctionnait uniquement comme porte-parole du régime. Tout support autre que ce réseau était formellement interdit, alors que les antennes paraboliques étaient illégales, bien que certains individus ou organismes aient pu parfois contourner cet interdit. À l'époque, il n'y avait que cinq journaux, une chaîne de télévision et quatre stations de radio appartenant au gouvernement irakien.

Après l'occupation américaine de 2003, l'interdiction des antennes paraboliques fut levée et, dès le mois de juin, étaient apparus, selon un rapport de la BBC, 20 stations de radio, 15 à 17 stations de télévision et plus de 200 journaux irakiens. L'Agence irakienne de nouvelles a continué à fonctionner, mais est devenue un organisme indépendant, en concurrence avec l'agence Aswat al-Iraq, l'Anadolu Ajansi de Turquie, l'Associated Press des États-Unis, la Deutsche Presse-Agentur d'allemagne, l'Informatsionnoye Telegrafnoye Agenstvo Rossii–Telegrafnoye Agenstvo Suverennykh Stran (ITAR-TASS) de la Russie, Reuters de la Grande-Bretagne et la Xinhua News Agency de la Chine.

Du côté de la presse écrite, les quotidiens ayant le plus grand tirage sont tous publiés à Bagdad en arabe: Al Mada, Al Mutamar, Al Sabah et Al Zaman. Il existe au total plus d'une trentaine de journaux, dont quelques-uns au Kurdistan: Rozhnama, The Hewler Globe (Erbil), Hawlati, Awene, Xebat, Shock Magazine, Mangish, etc.

Les stations de radio sont nombreuses et la plupart diffusent en arabe, mais quelques-unes le font en kurde, en anglais ou dans ces deux langues, et une seule diffuse en arabe et français (Radio Monte Carlo Doualiya). Pour la télévision, on compte au moins 25 stations qui diffusent surtout en arabe, mais l'anglais et le kurde sont aussi très présents. Des émissions sont diffusées en assyrien et en turkmène.    

5.5 Le monde des affaires

En Irak comme ailleurs dans le monde, l'anglais est perçu comme la langue de la modernité, beaucoup plus que l'arabe ou le kurde. On peut affirmer que, pour les petits commerçants et les affaires locales, l'arabe et le kurde sont normalement employés. Ainsi, l'article 12 du Règlement d'accréditation des entités politiques (2008) impose la publication des accréditation des entités politiques dans au moins deux langues, l'arabe et le kurde:

Article 12

1) La IHEC (Haute Commission électorale indépendante) informera l'entité politique que la IHEC a accepté sa demande en publiant sur le site électronique de l'IHEC puis en apposant sur le tableau d'affichage du bureau électoral, pour qui la présentation a été produite, ainsi si que sur le tableau d'affichage du Bureau national électoral à Bagdad.

2) En cas de refus, IHEC informera l'entité politique à ce sujet par la publication de la décision sur le site électronique de l'IHEC et dans trois quotidiens pendant trois jours au moins et dans les deux langues, l'arabe et le kurde.

Par contre, l'article 8 du Règlement d'exécution des contrats administratifs (2008) oblige que ceux-ci soient rédigés en arabe, en kurde et en anglais si c'est possible:

Article 8

Préparation de l'élaboration du contrat :

1) Tous les ministères et les organismes qui ne sont pas affiliés à un ministère doivent organiser leurs contrats en coordination avec les services techniques et financiers, et les organismes bénéficiaires; ces contrats doivent comporter des dispositions reliées aux conditions ou aux invitations d'appel d'offres en précisant que des conditions supplémentaires convenues entre les parties garantissent la sécurité de mise en œuvre selon les modèles de contrats émanant du service des contrats publics du ministère de la Planification et de la Coopération au développement.

7) A. Les contrats doivent être rédigés en arabe, en kurde et en anglais si c'est possible.

B. Le document d'appel d'offres détermine la version qui prévaut en cas de divergence d'interprétation.

Depuis l'intervention américaine, l'anglais est de plus en plus utilisé dans le domaine des affaires.

L'Irak a été en état de guerre durant plus de vingt-deux ans, sans répit : guerre contre l'Iran de 1980 à 1988, guerre économique contre le Koweït de 1988 à 1990, guerre menée par les États-Unis pour l'expulser du Koweït en 1990-1991, et guerre de sanctions de l'ONU depuis 1990. Dans ces conditions, le patriotisme est de rigueur. La guerre de la part des États-Unis n'a pas arrangé les choses, d'autant plus que les Arabes irakiens estimaient qu'il s'agissait d'une «guerre injuste». Pourtant, dans le passé, Washington n'a jamais eu le moindre scrupule à soutenir Saddam Hussein (dans les années 1980) et d'autres dictateurs tels que Marcos aux Philippines, Suharto en Indonésie, le shah en Iran, Somoza au Nicaragua, Batista à Cuba, Trujillo à Saint-Domingue, Pinochet au Chili, Mobutu au Congo-Kinshasa, etc.

Dans certaines circonstances, les États-Unis s'accommodent très bien des dictateurs quand cela les arrange! Ceux qui croient que les États-Unis voulaient intervenir en Irak pour restaurer la démocratie sont bien naïfs. Certains stratèges sont plutôt convaincus que l'objectif était plutôt de perpétuer la domination des USA dans le monde en contrôlant le plus longtemps possible à leur profit les réserves de pétrole irakiennes.

À l'heure actuelle, les Irakiens ont bien d'autre préoccupations que la protection des minorités. Le gouvernement irakien a commis beaucoup d'erreurs. Non seulement il s'est enfoncé dans une politique sectaire contre les sunnites en les excluant des postes dans la fonction publique et l'armée, mais il a utilisé la répression à leur égard en recourant à des milices chiites extrémistes, ce qui a conduit des anciens militaires du Parti Baas à se rallier au groupe État islamique au point où certains sunnites préfèrent la «protection» des djihadistes à celle de leur propre gouvernement.

Au nord, les Kurdes, bien armés, vivent dans une quasi-indépendance. Ils ont développé leur propre autonomie aussi loin qu’ils le pouvaient tout en gérant leurs abondantes ressources pétrolières pour leur profit.  Si l'on en croit les rumeurs, les Kurdes ne tiennent pas à participer au pouvoir à Bagad; leur participation se limiterait à des activités parlementaires. Depuis leur quasi-indépendance de 1991 et la constitution de l'État fédéral en 2005, les Kurdes se sont prêtés au jeu; ils ont participé non seulement à la création de l'État fédéral, mais aussi à son fonctionnement. Aujourd'hui, rien ne va plus, les Kurdes étant à bout de patience, car rien ne bouge au Parlement fédéral. Il n'est pas certain que le Kurdistan irakien soit prêt à sauver l'Irak de la désintégration. Pour le moment, les Kurdes, profitant de l'affaiblissement du gouvernement de Bagdad, se positionnent afin de garantir l'intégrité de leur État et de leur souveraineté.

Dans l'ouest du pays, la minorité sunnite milite pour ne plus être exclue au sein de l'appareil de l'État et de l'armée, tout en écoutant les représentants les plus extrémistes du groupe armé État islamique. Ils risquent de vivre des jours sombres dans leur portion la plus démunie du pays, car ce sont les djihadistes de l'EI qui prendraient le pouvoir pas les sunnites irakiens.

Les minorités ethniques (Turkmènes, Arméniens, etc.) et religieuses (chrétiens, yézidis, etc.) revendiquent une représentation politique, tant au point de vue local que nationale.

Les chiites ont repris les rênes du pouvoir, mais ils sont plus ou moins apparentés à la révolution islamique iranienne. À Bagdad et dans le Sud, les imans de la majorité chiite, longtemps réprimée et exclue du pouvoir, prennent déjà le contrôle des communautés. En fait, les chiites, majoritaires ont entrepris de coloniser à leur profit l'État central redevenu autoritaire. En même temps, les chiites craignent la prise du pouvoir par les djihadistes de l'EI, financés par les monarchies du Golfe, qui veulent la restauration du Califat.

Dans le futur, sans reconnaissance de la spécificité des chiites comme des sunnites, mais aussi des Kurdes, des Turkmènes et des Assyriens, sans tout cela, il n'y aura jamais de coexistence pacifique dans ce pays miné par les guerres et les conflits ethniques. Le régime de Saddam Hussein avait contenu les velléités des différentes communautés ethno-confessionnelles par son autoritarisme, tout en poursuivant pendant des années des discriminations et des répressions, engendrant des haines confessionnelles qui s'imposent violemment aujourd'hui. On dirait que la mosaïque irakienne semble se développer sur fond de «guerre sainte». Il s'agit aussi d’une crise politique profonde qui a poussé les communautés exclues du pouvoir à privilégier des solutions militaires.

Dernière mise à jour: 25 nov. 2016

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