État d'Israël

2) Données historiques

L’histoire d’Israël est relativement longue dans la mesure où son origine en tant qu’ancien État hébreu date du XIe siècle avant notre ère, alors que l’État d’Israël qu’on connaît aujourd’hui a été fondé en 1948. On constate aussi que l’histoire de l’ancien Israël n’est qu’une suite d’exodes et de dominations du peuple hébreu par d’autres peuples plus puissants tels les Babyloniens, les Perses, les Grecs d’Alexandre le Grand, les Syriens, les Romains, etc.

1 L’ancien royaume d’Israël

À l’origine, les Hébreux vécurent dans une relative prospérité en Égypte jusqu’à ce que, vers 1250 avant notre ère, fuyant la domination égyptienne, ils quittèrent ce pays; à cette époque, les Juifs parlaient l’hébreu, une langue de la famille chamito-sémitique (groupe sémitique). On sait que l’ancien royaume d’Israël, lors de son apogée sous le règne du roi David, englobait le territoire actuel d'Israël ainsi qu'une partie de la Jordanie et de la Syrie. À la mort du roi Salomon en 922 (avant notre ère), le pays fut divisé en deux parties. Le nom d'Israël fut conservé par le royaume du Nord, qui prit pour capitale Samarie. Ce royaume fut détruit par les Assyriens en 721. 

Le royaume du Sud, appelé royaume de Juda, réussit à se maintenir jusqu'au VIe siècle (av. J.-C.), époque à laquelle il fut conquis par la Babylone. Le royaume d'Israël fut ensuite détruit et ses habitants déportés: ce furent les «tribus perdues» réfugiées à Babylone (587). À cette époque, l’hébreu subit une influence progressive de l’araméen — une autre langue chamito-sémitique — au point où la plupart des Juifs perdirent leur langue au profit de l’araméen, la langue de l’Empire babylonien.

En 538, le roi Cyrus le Grand conquit Babylone et fonda l'Empire perse; il autorisa les Juifs à retourner en Judée. Environ 42 000 Juifs de Babylone se préparèrent au retour dans leur pays d’origine et contribuèrent à répandre de plus en plus l’araméen dans la région. Puis, en 333, la Macédoine d'Alexandre le Grand s'imposa comme la puissance dominante de l’époque. C’est alors que la Judée devint une province de l'empire d'Alexandre, ce qui eut pour effet d’encourager les Juifs à émigrer par milliers vers la nouvelle capitale d'Alexandrie en Égypte, mais aussi vers les principales cités du monde connu, et ce, des rives de la mer Noire jusqu’aux îles grecques de la mer Égée. Ces immenses mouvements de population prirent une telle importance qu'on les désigna sous le nom de diaspora (en grec: «dispersion»). Éloignés de Jérusalem et de la Judée, la plupart des émigrants juifs adoptèrent le grec, la langue de communication commune à tout l'empire hellénique. On traduisit même l’Ancien testament en grec. Ainsi, tandis que la plupart des Juifs de la diaspora parlaient le grec, les Juifs de Judée utilisaient massivement l’araméen. L’hébreu était entré dans une sorte d’hibernation, sauf comme langue liturgique.

À la mort d'Alexandre en 323, l'empire grec fut divisé. La Judée revint d'abord à l'Égypte qui fut écrasée en 198 par la Syrie, laquelle annexa ensuite la Judée à ses territoires; les Syriens parlaient, pour leur part, un idiome s’apparentant à l’araméen. En 167, le roi Antiochos IV interdit la religion juive. En 63, la Judée devint une province romaine et, au Ier siècle de l’ère chrétienne, les Juifs, dont Jésus (ou Yeochoua) de Nazareth (né à Nazareth, selon la tradition) faisait partie, vivaient généralement un certain bilinguisme hébreu-araméen. En fait, la plupart des Juifs parlaient couramment un araméen hébraïsé, puis l’hébreu, alors que les plus instruits parlaient aussi le grec.

Sur le plan politique, les Juifs subirent plusieurs répressions qui aboutirent à une violente insurrection déclenchée par les zélotes, une faction politico-religieuse juive réputée pour sa résistance aux Romains en Judée. La révolte fut écrasée par les légions de Titus lors de la destruction du Seconde Temple de Jérusalem en 70 (apr. J.-C.). Ce fut le signal de la dispersion des Juifs et un coup fatal pour la langue hébraïque. La province romaine de Judée conserva quelque temps son nom, soit jusqu’en 135, alors que le nom de la province fut changé en Syrie-Palestine; Jérusalem devint une cité romaine interdite aux Juifs, sous peine de mort. À cette époque, les Juifs de la Judée (Palestine) ne parlaient que l’araméen, un araméen plus ou moins hébraïsé. L’hébreu perdit définitivement son caractère de langue parlée et ne subsista plus que chez une petite élite religieuse qui continua de lire et d’interpréter les textes de la Bible. Néanmoins, plusieurs parties des Saintes Écritures ne furent plus rédigés qu’en araméen. Cette période de l’histoire sonna la fin de l’ancien Israël. Bref, l’histoire de la langue hébraïque montre que le maintien de l’hébreu parlé fut lié au maintien de l’indépendance politique et que la disparition de cette langue coïncide avec la perte de leur État.

2 La longue période d’hibernation de l’hébreu

En réaction à la dispersion des membres du peuple hébreu, les rabbins bâtirent une religion — le judaïsme — adaptée à l'exil. Ceux-ci fondèrent l'unité des juifs sur leur héritage littéraire biblique, l'organisation des communautés et l'éternel espoir messianique, puis ils fixèrent les règles de la pratique religieuse. Durant six siècles, les chefs religieux codifièrent la Loi orale dont ils rédigèrent l'essentiel dans la Mishnah et la Gemara, lesquelles formèrent le Talmud. Les textes religieux furent de plus en plus rédigés en araméen afin que le peuple pût les comprendre. D’ailleurs, l’araméen était parlé, écrit et lu de l’Inde à l’Égypte, puis du Caucase jusqu’à l’Arabie. En fait, l’araméen régna sur de vastes territoires durant plusieurs siècles, soit jusqu’à la conquête arabe dont l’écriture elle-même dérive d’une forme de l’alphabet araméen.

Au VIe siècle, l'arrivée de l'islam dans la région de la Judée ne suscita pas de difficulté majeure, bien que, après la conquête arabo-musulmane de la Mésopotamie en 637, le calife Omar interdit aux juifs d'occuper une fonction politique, d'avoir des serviteurs musulmans, de porter des armes, de construire ou de réparer les synagogues, et de pratiquer le culte à haute voix. Les Juifs purent tout de même conserver une certaine autonomie. Cette époque suscita le développement d'une riche culture où se mêlèrent les enseignements en grec, en arabe et en araméen. Cependant, après la conquête arabe, les Juifs en vinrent à abandonner progressivement l’usage de l’araméen qui fut de plus en plus supplanté par l’arabe. En Europe, les Juifs avaient non seulement oublié leur langue ancestrale, mais s’étaient mis à utiliser d’autres langues, c’est-à-dire celles des pays d’accueil où ils s’étaient installés.

Toutefois, au cours des siècles qui suivirent, les Juifs se distinguèrent des autres peuples non seulement en utilisant l’hébreu comme langue liturgique, mais surtout en créant de nouvelles langues qui ont contribué à évincer l’hébreu encore davantage. Les «langues juives» ou judéo-langues les plus connues furent le yiddish et le judéo-espagnol. Il s'agit d’un phénomène d’hybridation linguistique, car toutes ces judéo-langues se sont constituées sur la base de la langue locale avec un apport lexical plus ou moins important de l’ancien hébreu.

Lors de la victoire des Turcs ottomans sur les Mamelouks égyptiens en 1517, la Palestine, où vivaient Juifs et Palestiniens, allait devenir turque et faire partie de l'Empire ottoman jusqu'à l'hiver... 1917-1918. Le pays fut divisé en quatre districts administrativement rattachés à la «province de Damas» et gouvernés depuis Istanbul. Le district de Jérusalem fut placé entre les mains de Palestiniens arabisés, descendant des Cananéens et des colonisateurs successifs. Le nom de Palestine («Filastin») perdit sa valeur officielle pour «province de Damas» (Dimashq al-Shâm), mais la population locale continua d'utiliser familièrement et officieusement Filastin. Le turc devint la langue officielle de l'administration, alors que l'arabe restait la langue de la majorité de la population locale.

2.1 Le yiddish

Le yiddish (du mot allemand Jüdisch qui signifie «juif») reste sans contredit la plus connue de ces langues. Formé au début du Moyen Âge (vers le XIe siècle), le yiddish est la langue parlée par les juifs ashkénazes, c’est-à-dire les juifs établis en Allemagne et en France depuis l’époque de Charlemagne, puis en Bohème, en Pologne, en Lituanie et en Ukraine; cette langue s’étendit également, vers le XVIe siècle, aux Pays-Bas et dans le nord de l’Italie. Notons que le yiddish s’écrit avec l’alphabet hébreu. En raison de son influence à prédominance germanique, le yiddish est considéré comme un idiome appartenant au groupe des langues germaniques. Il semble qu’environ 70 % du vocabulaire du yiddish soit d’origine allemande, 15 % d’origine slave et 5 % d’origine hébraïque.

Cette langue a fait l’objet de plusieurs appellations dont le judéo-allemand, le taytsh (qui signifie «allemand») ou la langue d’Ashkénaz («langue d’Allemagne»). Le yiddish reste encore maintenant la langue juive qui a connu la plus grande extension géographique et celle qui a été parlée par le plus grand nombre de locuteurs. Bien que le yiddish ait amorcé un déclin certain comme langue maternelle au début du XVIIIe siècle, il continua d’être utilisée et se transforma dans certaines communautés en langue liturgique. Avant la Seconde Guerre mondiale, on estimait à 11 millions le nombre de juifs parlant encore cette langue. Mais le génocide nazi a anéanti plus de la moitié des locuteurs du yiddish. Plus de 80 % des juifs du monde entier appartiennent à la communauté des ashkénazes.

2.2 Le judéo-espagnol

Le judéo-espagnol est une autre langue parlée par les juifs de la diaspora. Cependant, les juifs appartenant à cette aire linguistique proviennent de la péninsule Ibérique, de l’Afrique du Nord, de la Turquie, de la Grèce et de l’Italie. On les appelle les juifs séfarades, ce qui signifie en hébreu: «Espagne». Appelé aussi ladino ou djudezmo, le judéo-espagnol correspond à la variété espagnole parlée à la cours du roi de Castille à la fin du XVe siècle. Le 31 mars 1492, le roi Ferdinand de Castille décida de chasser tous les juifs d’Espagne qui refusaient de se convertir au catholicisme. Près de 200 00 juifs s’exilèrent au Portugal, en Afrique du Nord (surtout au Maroc), en Turquie et dans certains autres pays de la Méditerranée. Ces exilés conservèrent leur langue espagnole, mais elle évolua différemment du castillan d’Espagne, au point où, vers 1620, on put déjà parler de nouvelles langues: espanyol, djudezmo, judyo, djidyo, spanyolith, ladino, etc.

On parle aussi de judéo-français, de judéo-italien, de judéo-grec, de judéo-turc, etc. On emploie aujourd’hui le terme de judéo-espagnol pour désigner ces variétés linguistiques issus du castillan de 1492. Progressivement, les juifs installés autour des pays de la Méditerranée en vinrent à se reconnaître dans cette langue qui, malgré ses influences arabes, turques, italiennes, grecques, etc., constitue encore aujourd’hui un témoignage vivant de l’espagnol parlé aux XIVe et XVe siècles. On estime que près de 400 000 juifs parlent cette langue, dont 300 000 en Israël. Le judéo-espagnol s’est écrit avec l’alphabet hébreu, mais au cours du XXe siècle les caractères latins ont fini par l’emporter. C’est une langue qui, en raison de la concurrence de l’hébreu, est éventuellement appelée à disparaître. Toutefois, la communauté séfarade continue de se distinguer de la communauté ashkénaze par ses rites religieux. On parle parfois de deux «religions juives»: les ashkénazes et les séfarades.

3 La renaissance de l'hébreu

On sait que l'hébreu a cessé d'être utilisé comme langue orale vers l'an 200 de notre ère. Tombé en désuétude comme langue parlée, il a néanmoins continué d’être employé comme langue écrite par certains juifs instruits jusqu'au XIIe siècle, époque où il a connu une certaine renaissance littéraire. En réalité, si l’hébreu parlé était une langue morte, il n’en était pas ainsi pour la langue écrite. C’est ce qui fait dire au linguiste Claude Hagège: «L’hébreu n’était plus vivant, mais il n’était pas mort.» Depuis le début du Moyen Âge jusqu’au XXe siècle, l’hébreu a continué à servir de langue véhiculaire écrite non seulement entre les rabbins, mais aussi entre les marchands parce qu’il était couramment utilisé pour la comptabilité. Or, durant plusieurs siècles, les usagers de l’hébreu écrit ont continué à créer de nouveaux mots afin de satisfaire les besoins de la communication.

3.1 L'apport de Ben Yéhuda

À la fin du XVIIIe siècle, des intellectuels juifs ont tenté, en Allemagne, de refaire de l'hébreu une langue vernaculaire qui puisse rivaliser avec l'allemand; l'expérience s'est soldée par un échec. L'hébreu (lashon ha-kodesh) est resté une langue strictement écrite, comprise seulement par des initiés et dotée d'un vocabulaire restreint, archaïque, essentiellement à base biblique et souvent coupé des réalités modernes. Elle est lu dans le synagogues et les établissements d'enseignement spécialisés.

De jeunes juifs, considérés à l'époque comme idéalistes, commencèrent à s'installer en Palestine vers les années 1880. Parmi eux, un immigrant d'origine lituanienne, Eliezer Ben Yéhuda (1858-1922), de son vrai nom Perlman, entreprit de restaurer l'hébreu. Pendant des années, en intellectuel isolé, puis avec une équipe, il se mit à moderniser cette langue liturgique inutilisée oralement depuis 1700 ans. Évidemment, Ben Yéhuda puisa dans l’hébreu biblique pour accomplir son œuvre, mais il emprunta également des milliers de mots à l’arabe, à l’araméen ainsi qu’aux «judéo-langues».

En 1880, afin de faire le point sur ses convictions, Ben Yéhuda écrivit une lettre ouverte à l’éditeur Smolenski, intitulée «La question brûlante»,  que ce dernier publia dans le mensuel juif viennois Ha-Shahar. Il voulait attirer l’attention sur le fait que des petits peuples cherchaient à se regrouper sur des terres qu’ils revendiquaient et que, ce qui était possible pour eux, devait l’être aussi pour les Juifs:

Pourquoi en êtes-vous arrivés à la conclusion que l'hébreu est une langue morte, qu'elle est inutilisable pour les arts et les sciences, qu'elle n'est valable que pour les «sujets qui touchent à l'existence d'Israël»? Si je ne croyais dans la rédemption du peuple juif, j'aurais écarté l'hébreu comme une inutile entrave. J'aurais admis que les maskilim [partisans de l’équivalant juif de l’époque des Lumières (Haskala)] de Berlin avaient raison de dire que l'hébreu n'avait d'intérêt que comme un pont vers les Lumières. Ayant perdu l'espoir dans la rédemption, ils ne peuvent voir d'autre utilité à cette langue. Car, Monsieur, permettez-moi de vous demander ce que peut bien signifier l'hébreu pour un homme qui cesse d'être hébreu. Que représente-t-il de plus pour lui que le latin ou le grec? Pourquoi apprendrait-il l'hébreu, ou pourquoi lirait-il sa littérature renaissante?

Il est insensé de clamer à grands cris: «Conservons l'hébreu, de peur que nous ne périssions!» L'hébreu ne peut être que si nous faisons revivre la nation et la ramenons au pays de ses ancêtres. C'est la seule voie pour réaliser cette rédemption qui rien finit pas. Sans cette solution nous sommes perdus, perdus pour toujours.

[...] Il ne fait guère de doute que la religion juive sera capable de survivre, même en terre étrangère. Elle changera son visage selon l'esprit du moment et du lieu, et son destin sera celui des autres religions. Mais la nation? La nation ne pourra vivre que sur son sol, et c'est sur cette terre qu'elle renouvellera sa jeunesse et qu'elle produira de magnifiques fruits, comme dans le passé.

L’objectif de Ben Yéhuda est très clair: l’hébreu ne peut exister que s’il revit au pays de ses ancêtres. En 1881, pour réaliser ses projets, il émigra en Palestine. Ben Yéhuda fut le premier juif à parler hébreu à la maison et à élever ses enfants dans cette langue. En plus de mettre ses idées en pratique, il entreprit des appels à la population locale afin d’encourager chacun à parler l’hébreu en famille. Mais il obtint peu de succès, car dix ans après son arrivée en Palestine il ne pouvait compter que sur quatre familles de Jérusalem. En 1890, il créa la Va'ad halashon, la Commission de la langue hébraïque, qui allait devenir, en 1948, l'Académie de la langue hébraïque. Entre 1881 et 1903, quelque 30 000 juifs arrivèrent en Palestine.

Cet inlassable artisan de la renaissance de l'hébreu qu’était Ben Yéhuda fonda alors, en 1898, un réseau d'écoles hébraïques destinées à enseigner l'hébreu aux nouveaux immigrants. Entre 1910 et 1920, naquirent les premiers enfants dont les parents ne parlaient que l'hébreu à la maison, c'est-à-dire les premiers enfants juifs à ne connaître que cette langue, après cet intervalle de 1700 ans. Mais les convictions de Ben Yéhuda ne lui attirèrent pas seulement des félicitations. Il dut subir les persécutions de la part des juifs ultra-orthodoxes de Jérusalem, qui s’opposaient au sionisme et à la renaissance de l'hébreu. Alors que la Palestine était sous le régime de l’Empire ottoman, les ultra-orthodoxes proclamèrent son «excommunication» et dénoncèrent Ben Yéhuda au gouverneur turc «comme révolutionnaire». Il fut arrêté et ne dut sa libération que grâce à l'intervention du puissant baron Edmond James de Rothschild (1845-1934), ce richissime financier qui mit sur pied une organisation (le Keren Kayemet Israel ou «Fonds national juif») intervenant dans l’achat de terres, leur mise et valeur et le peuplement de colonies juives.

Ben Yéhuda procéda à une opération linguistique inédite en fabriquant une langue parlée à partir d'une langue écrite, alors que la plupart des autres nations avaient fait l'inverse. Or, cette langue écrite ne comptait que 8000 mots parce que le vocabulaire de l'hébreu n'avait pas été enrichi depuis près de deux millénaires. Parce que cet hébreu-musée était devenu inapte à véhiculer les réalités modernes, il fallait créer un nombre considérable de néologismes.

Timbre en l'honneur de Ben-Yehuda

C'est pourquoi l’une des œuvres les plus remarquable de Ben Yéhuda fut sans nul doute la rédaction d’un grand dictionnaire de la langue hébraïque. Aidé d'une équipe, il réadapta l'hébreu au monde moderne et publia enfin le Grand Dictionnaire de la langue hébraïque ancienne et moderne, appelé à l’origine le Thesaurus Totius Hebraitatis. Après avoir parcouru quelque 40 000 ouvrages, il réussit à terminer, avant sa mort (en 1922) les cinq premiers tomes (sur un total de 16) de son dictionnaire; les onze autres volumes durent être complétés par une équipe d’amis fidèles à son esprit. Fait remarquable, le Grand Dictionnaire contient, pour chacune des entrées, une traduction en allemand, en russe, en français et en anglais, ainsi qu’une indication de la racine arabe correspondante (C. Hagège, 2000). À défaut de recourir à l'hébreu ancien, il fallut utiliser le procédé de la dérivation et à l'emprunt à plusieurs langues européennes qu'on adapta phonétiquement et grammaticalement. 

Ainsi, peu avant sa mort, c’est-à-dire lors de la période du Mandat britannique qui commença en 1918, Ben Yéhuda avait réussi à faire en sorte que l'hébreu soit devenu l'une des trois langues officielles de la Palestine, avec l'anglais et l'arabe. Dès lors, l'hébreu acquit le statut d'une langue administrative et d'une langue du pouvoir politique, sans oublier la scolarisation des enfants dans un réseau éducatif totalement hébraïsé.  Nous savons aujourd’hui qu’il s’en est fallu de peu pour que l’allemand évince l’hébreu, car il était une langue de culture importante dans le monde juif. D'ailleurs, des juifs de Palestine l'utilisaient comme langue d'enseignement et, si ce n’avait été de l’issue de la Première Guerre mondiale et du discrédit qui couvrit l’Allemagne, l’allemand aurait constitué certainement l’une des trois langues officielles de la Palestine. En raison de tout ce qu'a accompli Ben Yéhuda, celui-ci est reconnu aujourd’hui comme le «père de la renaissance de l'hébreu» ou le «rénovateur de la langue hébraïque».  C’est en sa mémoire que de nombreux bâtiments et quantité de rues portent son nom en Israël. Il y eut aussi de nombreux timbres commémoratifs émis en son honneur, comme celui de la figure de gauche de l'État d'Israël.

3.2. La langue hébraïque

Cela dit, la langue hébraïque ne s'est pas imposée sans difficulté, car, en plus de l'allemand, la concurrence fut également vive avec le yiddish tout le début du XXe siècle, du moins jusqu'en 1939. C'est que de nombreux locuteurs yiddishphones utilisaient déjà cette langue et disposaient d'écoles, de journaux et d'une littérature vivante. Néanmoins, le yiddish ne put résister devant le dynamisme qui servait à promouvoir l'hébreu comme la «vraie langue juive».

Mais l'histoire n'a pas beaucoup retenu les fondements dans le choix de la langue entre les sionistes. Pour les orthodoxes, le choix de l'hébreu comme langue biblique paraissait un sacrilège; pour les nationalistes, seule la langue originelle du peuple pouvait être choisie (le yiddish?); pour les pragmatiques, il était préférable de trouver une langue qui réunissait tous les juifs de la diaspora (l'anglais?); pour les égalitaristes, le choix de l'hébreu avait l'avantage de devoir être appris par tous les juifs et d'éliminer la domination d'une langue sur les autres. Au final, c'est l'hébreu qui fut choisi. 

Entre 1919 et 1947, la population juive tripla et passa à 1,9 million. À partir de 1948, l'immigration juive prit des proportions considérables. Plus de 1,6 million de juifs sont venus trouver refuge en Israël. Cet amalgame d'hommes et de femmes provenant de plus d’une centaine de pays parlaient autant de langues diverses.

4 Les conflits-israélo-arabes

Le territoire actuel sur lequel s’est constitué l’État d’Israël est celui appelé Filastin (ou Palestine) par les Arabes et Eretz Israel (ou «Terre d’Israël») par les Juifs. Avant la Première Guerre mondiale, la Palestine était sous domination de l'Empire ottoman et comptait 590 000 habitants, dont 57 000 Juifs. Le 16 mai 1916, la Grande-Bretagne et la France conclurent des accords secrets, les accords Sykes-Picot, par lesquels elles se partageaient les terres arabes sous domination ottomane. Par le traité de Sèvres de 1920, l'Empire ottoman fut démantelé et perdit ses territoires arabes du Proche-Orient. La Société des Nations (SDN) plaça alors la Palestine (Jordanie et Israël actuels), la Syrie du Sud (Transjordanie) et l'Irak sous mandat britannique, tandis que la France obtenait le contrôle du Liban et de la Syrie. Les Britanniques furent chargés de la défense et de la sécurité du territoire palestinien, de l'immigration, du service postal, des transports et des installations portuaires. 

4.1 Le mandat britannique

Le mandataire britannique avait explicitement pour tâche de «placer le pays dans des conditions politiques, administratives et économiques qui permettront l'établissement d'un foyer national juif et le développement d'institutions d'autogouvernance. Il devait également «faciliter l'immigration juive et encourager l'installation compacte des juifs sur les terres».

Autrement dit, les Britanniques devaient tout faire pour encourager les juifs à s’installer en Palestine, car la consolidation du foyer national juif constituait l’assise même du mandat. Cependant, les devoirs de l’Administration britannique envers les Arabes étaient beaucoup plus simples: il s’agissait de «veiller à la préservation de leurs droits civils et religieux». Comme on peut s’y attendre, cette asymétrie du mandat britannique ne fut pas acceptée par les leaders palestiniens. Dès le début, les Palestiniens exigèrent de respecter les accords anglo-égyptiens qui prévoyaient la formation d’un royaume arabe indépendant recouvrant toute la région. Toutefois, les «arrangements coloniaux» entre la France et la Grande-Bretagne en décidèrent autrement, notamment du fait que les Français déposèrent en 1920 le roi Fayçal de Syrie, mettant fin ainsi au projet de royaume arabe unifié. Pendant que les Britanniques respectaient à la lettre leur engagement vis-à-vis du sionisme, les Arabes firent tout pour faire échec à cette entreprise, mais en vain. En même temps, lors de la déclaration Balfour de 1917, la Grande-Bretagne promit aux juifs, dont l’aide apportée à l’effort de guerre avait été précieuse, un «foyer national juif».

Cette notion extrêmement vague n'impliquait pas nécessairement la création d'un État, mais elle laissait entendre au moins la possibilité pour les Juifs d'y trouver asile. Cette promesse fut par la suite ajoutée dans le mandat conféré à la Grande-Bretagne par la Société des Nations en 1922.

La déclaration Balfour

Cher Lord Rothschild,

 

J’ai le plaisir de vous adresser, au nom du gouvernement de Sa Majesté, la déclaration ci-dessous de sympathie avec les aspirations sionistes, soumise au cabinet et approuvée par lui.

 

Le gouvernement de Sa Majesté regarde favorablement l'établissement en  Palestine d'un foyer national pour le peuple juif et emploiera tous ses efforts pour faciliter la réalisation de cet objectif, étant entendu que rien ne sera fait qui puisse porter atteinte soit aux droits civils et religieux des communautés non juives existant en Palestine, soit aux droits et au statut politiques dont les Juifs disposent dans tout autre pays.

 

Je vous serais obligé de porter cette déclaration à la connaissance de la Fédération sioniste.

Soutenus financièrement par la diaspora internationale, les implantations juives sur des terres rachetées à bas prix par le Fonds national juif continuèrent de se développer. Les colons juifs commencèrent à vouloir faire fructifier la «Terre promise des Hébreux». Les affrontements avec les Arabes palestiniens s'aggravèrent à mesure qu'augmentait le niveau de vie des colons juifs et que s'accroissait leur nombre. En 1927 fut créée l'Agence juive chargée de l'émigration des juifs en Palestine et dont les fonds proviennent des contributions volontaires des juifs établis ailleurs dans le monde. À partir de 1929, la violence entre les Juifs et les Palestiniens devint systématique, notamment après l’accession au pouvoir d'Adolf Hitler en Allemagne (1933), car l'immigration des Juifs européens, qui fuyaient les persécutions nazies, s'accéléra. De ce fait, la population juive de Palestine décupla au cours des années trente. Dès lors, la révolte arabe contre les Juifs s’organisa et des actions terroristes furent même dirigées contre les fonctionnaires britanniques.

4.2 La partition de la Palestine

En arrivant à la conclusion que les aspirations juives et arabes étaient inconciliables, la Grande-Bretagne proposa alors la partition de la Palestine: d’une part, un État juif comprenant la Galilée et une partie s’étendant au sud, d’autre part, un État arabe comprenant la Judée, la Samarie et le désert du Néguev (voir la carte). Pour sa part, la région de Jérusalem restait sous contrôle britannique. Si, de 1919 à 1948, la population juive de Palestine s'est accrue de 483 000 habitants, la population arabe avait augmenté de 558 085 habitants. Dans une déclaration à la BBC, le 23 mai 1939, Lloyd George, un ancien premier ministre de Grande-Bretagne, fit cette déclaration : «L'immigration juive a élevé le niveau de vie des Arabes en Palestine. Leurs salaires ont triplé. Leur hygiène s'est améliorée grâce aux institutions médicales et aux aménagements sanitaires réalisés par les Juifs.»

En 1946, afin de s'attirer le vote juif aux États-Unis, le président Truman des États-Unis exigea que la Grande-Bretagne laisse entrer quelque 100 000 réfugiés juifs en Palestine, ce qui violait les promesses faites. Afin de calmer la rébellion arabe, les Britanniques et imposèrent quelques restrictions à l’immigration juive et interdirent la vente de terres aux juifs sur 80 % de la Palestine. Affaiblie après la Seconde Guerre mondiale, la Grande-Bretagne dut liquider son empire; en conflit ouvert avec les juifs, elle préféra se retirer de la région en confiant le problème de l’avenir de la Palestine à l'Organisation des Nations unies.

4.3 La création de l'État d'Israël

Lors de la Seconde Guerre mondiale, les horreurs de l’holocauste en Europe provoquèrent la sympathie du monde entier pour la «cause des juifs européens». Même si la Grande-Bretagne refusait toujours d’accepter 100 000 rescapés juifs en Palestine, de nombreux survivants des camps nazis arrivèrent à entrer illégalement sur le territoire. La «question palestinienne» continua à se poser. En 1947, la Grande-Bretagne décida de renoncer à son mandat en Palestine et de remettre le problème (autrement dit : la «patate chaude») aux Nations unies. Juifs et Palestiniens se préparèrent alors à la confrontation.

- Le plan de partage

Tandis que les Juifs ne voulaient rien entendre d'un État palestinien, les Palestiniens refusaient d'accepter un État juif. En novembre 1947, les Nations unies proposèrent un «partage» de la Palestine en deux États: un État arabe et un État juif. Cet
État juif proposé regroupait une majorité de Juifs, soit 558 000 et 405 000 Arabes palestiniens. Quelque 10 000 Juifs se trouvaient alors dans l'éventuel État arabe qui comptait 99 % d'Arabes pour une communauté de 804 000 habitants. Quant à la zone internationale de Jérusalem, elle devait compter environ 100 000 Juifs et 105 000 Arabes. De plus, environ 10 000 personnes (2 %) ne se retrouvaient ni dans l'État juif ni dans la zone internationale de Jérusalem, tandis que 31 % des Arabes (soit 405 000), n'étaient ni dans l'État arabe ni à Jérusalem.

Le «plan de partage» fut accepté par les Juifs, mais refusé par les Palestiniens. Le terrorisme se développa des deux côtés, tandis que les combats entre Juifs et Palestiniens tournèrent à l’avantage des premiers.

Selon ce plan, les frontières de l'État juif devaient recouvrir la Galilée orientale, la plaine côtière et le désert du Néguev. La ville de Jérusalem devenait une zone internationale placée sous la juridiction de l'ONU. Ce partage, on le sait, fut accepté par les dirigeants juifs, mais fut refusé à la fois par les Arabes palestiniens et les États membres de la Ligue arabe. Le mandat britannique prit fin le 15 mai 1948. Le même jour, David Ben Gourion proclamait l'indépendance de l'État d'Israël. On peut lire la Déclaration d'Indépendance d'Israël, signée le 14 mai par les membres du Conseil national représentant la communauté juive du pays et le mouvement sioniste à l'étranger, en cliquant ICI, s.v.p. Dès lors, les pays arabes considérèrent cet État comme une création des États-Unis et, par voie de conséquence, les États-Unis comme un ennemi.

- Les dispositions linguistiques

Dans le texte officiel du partage de la Palestine (résolution 181), adopté le 29 novembre 1947 par l'Assemblée générale des Nations unies, le chapitre II prévoyait des dispositions linguistiques. Il s'agit des points 2, 6 et 7 :

Chapitre II

Droits religieux et droits des minorités

1. La liberté, de conscience et le libre exercice de toutes les formes de culte compatibles avec 1’ordre public et les bonnes moeurs seront garantis à tous.

2. Il ne sera fait aucune discrimination, quelle qu’elle soit, entre les habitants, du fait des différences de race, de religion, de langue ou de sexe

3. Toutes les personnes relevant de la juridiction de l’État auront également droit à la protection de la loi.

4. Le droit familial traditionnel et le statut personnel des diverses minorités ainsi que leurs intérêts religieux. y compris les fondations, seront respectés.

5. Sous réserve des nécessités du maintien de l’ordre public et de la bonne administration, on ne prendra aucune mesure qui mettrait obstacle à l’activité des institutions religieuses ou confessions ou constituerait une intervention dans cette activité et on ne pourra faire aucune discrimination à l’égard des représentants ou des membres de ces institutions du fait de leur religion ou de leur nationalité.

6. L’État assurera à la minorité, arabe ou juive, l’enseignement primaire et secondaire, dans sa langue, et conformément à ses traditions culturelles.

Il ne sera porté aucune atteinte aux droits des communautés de conserver leurs propres écoles en vue de l’instruction et de l’éducation de leurs membres dans leur propre langue, à condition que ces communautés se conforment aux prescriptions générales sur l’instruction publique que pourra édicter l’État. Les établissements éducatifs étrangers poursuivront leur activité sur la base des droits existants.

7. Aucune restriction ne sera apportée à l’emploi, par tout citoyen de l’État, de n’importe quelle langue, dans ses relations personnelles, dans le commerce, la religion, la presse, les publications de toutes sortes ou les réunions publiques.

8. Aucune expropriation d’un terrain possédé par un Arabe dans l’État juif (par un Juif dans l’État arabe) ne sera autorisée, sauf pour cause d’utilité publique. Dans tous les cas d’expropriation, le propriétaire sera entièrement et préalablement indemnisé, au taux fixé par la Cour suprême.

Évidemment, c'est l'article 6 portant sur l'éducation, qui semble le plus important. Quoi qu'il en soit, le traité n'ayant pas été accepté, cette disposition n'a donc jamais été appliquée. Il aurait fallu que chacun des futurs États ait accepté l'Autre, y compris sa minorité juive ou arabe (selon le cas).

4.4 La première guerre israélo-arabe

Puis ce fut aussitôt la première guerre israélo-arabe déclenchée par les Arabes. L’Égypte, la Transjordanie (la Jordanie actuelle), la Syrie, le Liban et l’Irak se joignirent aux groupes armés palestiniens, mais c’est Israël qui sortit victorieux du conflit, ce qui eut pour résultat d’agrandir son territoire de plus de 6000 km². La bande de Gaza resta aux mains des Égyptiens et la Cisjordanie fut annexée par la Transjordanie, qui prit alors le nom de Jordanie. Juifs et Arabes signèrent des armistices, mais les pays arabes ne reconnurent pas davantage le droit à l'existence du nouvel État juif. Durant le conflit, plus de 800 000 Arabes palestiniens durent se réfugier en Syrie, en Jordanie et au Liban; la plupart demeurèrent dans des camps de réfugiés et furent privés de toute nationalité.

Dès 1949, les dirigeants du nouvel État d'Israël provoquèrent de profonds changements. Au nom du «droit du retour», ils ouvrirent largement leurs portes aux immigrants juifs du monde entier et accordèrent la priorité à la sécurité nationale ainsi qu’au développement d'une armée moderne. La part importante du budget consacrée à la défense et l'arrivée massive des immigrants juifs engendrèrent rapidement de sérieuses difficultés économiques, mais l’aide économique et militaire des États-Unis permit au pays de se développer rapidement.

4.5 La seconde guerre israélo-arabe

En octobre 1956, eut lieu la seconde guerre israélo-arabe, provoquée cette fois-ci par la nationalisation par l’Égypte du canal de Suez. Le conflit opposa l’Égypte et Israël soutenu par la Grande-Bretagne et la France. Encore une fois, Israël triompha et, en quelques jours, s'empara de la bande de Gaza et de la péninsule du Sinaï. Contraints par les Américains et les Soviétiques, Israël finit par évacuer les territoires occupés.

Après le conflit, le nationalisme arabe s'accentua et les appels à la revanche se multiplièrent de plus en plus. En 1964, l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) fut créée et, depuis 1969 jusqu'à sa mort en novembre 2004, dirigée par Yasser Arafat — de son vrai patronyme Abou Amar, Arafat étant le nom du mont où Mohamed (dans le Coran), après avoir conclu une trêve avec son ennemi, réunit ses troupes pour fondre sur lui. Les accrochages devinrent ensuite plus fréquents entre les forces israéliennes et les forces arabes.

4.6 La troisième guerre israélo-arabe

Après la fermeture du détroit de Tiran (coupant alors la navigation israélienne) par le président Nasser d’Égypte, Israël déclara, cette fois-ci, la guerre et lança, le 5 juin 1967, une offensive simultanée contre l'Égypte, la Jordanie et la Syrie. Ce fut la guerre des Six Jours, qui permit à Israël de reconquérir la bande de Gaza et de s’emparer de la péninsule égyptienne du Sinaï, de la partie arabe de Jérusalem (Jérusalem-Est) et de la Cisjordanie, sans oublier le plateau du Golan. Environ 350 000 Palestiniens durent fuir ces territoires dont l'occupation fut aussitôt condamnée par les Nations unies. Les territoires occupés devinrent un enjeu politique non seulement pour Israël, mais également pour les Palestiniens qui multiplièrent les attentats terroristes contre Israël. Les représailles israéliennes, marquées par la destruction de très nombreux villages arabes dans les territoires occupés, accrurent l'isolement d'Israël par la communauté internationale.

4.5 La quatrième guerre israélo-arabe

Puis, le 6 octobre 1973 (jour du Yom Kippour ou «fête du Grand Pardon»), l'Égypte et la Syrie déclenchèrent une attaque-surprise contre Israël afin de récupérer les territoires perdus en 1967. Après quelques semaines de combats, l’armée israélienne parvint à refouler ses adversaires, non sans avoir subi de lourdes pertes. En représailles, les pays arabes producteurs de pétrole suspendirent leurs exportations vers les États-Unis et certains pays européens afin de protester contre l'aide apportée à Israël. En 1974, Israël conclut deux accords de désengagement, d’abord avec l’Égypte, puis avec la Syrie, puis en arriva aux accords de Camp David (septembre 1978), ce qui permit à l’Égypte de récupérer la totalité du Sinaï (ce qui fut fait en avril 1982).

Toutefois, la question de la souveraineté sur les territoires palestiniens occupés, où s'étendaient les colonies juives, demeura en suspens. Condamnant l'initiative égyptienne, les pays arabes ne désarmèrent pas contre Israël. Les forces israéliennes ripostèrent en détruisant en 1981 un réacteur nucléaire irakien près de Bagdad, alléguant que l'Irak voulait produire des armes destinées à être utilisées contre l'État hébreu. En décembre de la même année, le plateau du Golan fut annexé.

En juin 1982, les troupes israéliennes envahirent le Liban pour mettre un terme à la présence de l'OLP dans ce pays. Vers la mi-août, après deux mois de combats intensifs dans Beyrouth-Ouest, l'OLP, assiégée, accepta d'évacuer ses combattants de la capitale libanaise. Les troupes israéliennes demeurèrent toutefois stationnées au Sud-Liban, où fut instaurée une «zone tampon» à la frontière.

En décembre 1987, une révolte générale embrasa les territoires palestiniens occupés par Israël. La répression par l'armée de l'Intifada (en arabe: «soulèvement») accrut le clivage entre les partisans de la paix et les défenseurs d'Israël, notamment les mouvements religieux et nationalistes sionistes. Mais les images télévisées diffusées dans le monde entier montrant des soldats israéliens brutalisant des enfants palestiniens popularisèrent la cause palestinienne défendue par Yasser Arafat.

En novembre 1988, l'OLP reconnut explicitement le droit à l'existence de l'État d'Israël et adopta la «déclaration d’indépendance de l’État de la Palestine». Le choix de cette initiative diplomatique facilita la mise en œuvre de négociations israélo-arabes et aboutit à la reconnaissance mutuelle entre Israël et l’OLP (septembre 1993) ainsi que la mise en place d’une Autorité nationale palestinienne (mai 1994-septembre 1995) dirigée par Yasser Arafat. Mais la politique du premier ministre israélien d’alors, Benyamin Netanyahou, et l’expansion considérable de la présence des colons juifs en milieu palestinien, notamment en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, entraînèrent l’interruption des négociations. Celles-ci reprirent à Camp David II (en juillet 2000) entre le président américain (Bill Clinton), le président palestinien (Yasser Arafat) et le premier ministre israélien (Ehoud Barak), mais elles aboutirent également à un échec. L’un après l’autre, les signes d’une prochaine reprise des négociations de paix israélo-palestiniennes se firent plus apparents, mais n’aboutirent jamais. C'est toujours l'éternelle impasse!

Liste des premiers ministres de l'État d'Israël

1948-1953 David Ben Gourion (1886-1973)
1953-1955 Moshe Sharett
(1894-1965)
1955-1963 David Ben Gourion
(1886-1973)
1963-1969 Levy Eshkol 
(1895-1969)
1969-1974 Golda Meir
(1898-1978)
1974-1977 Yitzhak Rabin 
(1922-1995)
1977-1983 Menahem Begin
(1913-1992)
1983-1984 Itshak Shamir
(1915- )
1984-1988 I. Shamir \ S. Perès (en alternance)
1988-1992 Yitzhak Shamir
(1915- )
1992-1995 Yitzhak Rabin
(1922-1995)
1995-1996 Shimon Perès
(1923- )
1996-1998
Benjamin Netanyahu (1949- )
1998-2000 Ehoud Barak 
(1929- )
2000-2006 Ariel Sharon (1928- )
2006-2009 Ehud Olmert
- intérim (1945-  )
2009-          Benjamin Netanyahu (1949- )

Pour réussir à obtenir la paix avec les Palestiniens, le premier ministre Ehoud Barak (1998-2000), un ancien chef d'état-major de l'armée israélienne, devait éviter de suivre les deux conseils que lui avait donnés son prédécesseur Benyamin Netanyahou (1996-1998) avant de quitter son bureau: «Tenez Arafat et Assad à la gorge» et «Ne faites pas de concessions aux Arabes; il faut créer des conflits avec eux.» Par ailleurs, de nombreux Arabes des États voisins en sont venus à croire que la paix est tout simplement impossible, car Israël ne voudra jamais en payer le prix (p. ex., revenir aux frontières de 1948). C’est pour cette raison que Walid Joumblatt , alors ministre libanais, affirmait même: «La paix est impossible et l’État hébreu est appelé un jour à disparaître.» Quoi qu’il en soit, il faudrait qu’Israël comprenne que les Palestiniens ne renonceront pas à leurs revendications s’ils n’obtiennent pas un véritable État doté de pouvoirs souverains et d’une infrastructure viable au plan économique. Ou bien on créera deux États souverains (Israël et Palestine) ou bien un État binational (avec Juifs et Palestiniens). Dans ce dernier cas, ce serait la fin de l’«État juif» fondé sur l'ethnie et la religion. De là à penser que Juifs et Palestiniens nourrissent le même rêve (la disparition de l'Autre), il n'y a qu'un pas...  

5 Les accords d'Oslo

Le 13 septembre 1993, à Washington, sur le perron de la Maison-Blanche à Washington, Yasser Arafat, le président de l’Organisation de libération de la Palestine, et Yitzhak Rabin (entre 1992-1995), alors premier ministre israélien, se donnèrent une poignée de main devant le président américain Bill Clinton. Tous deux venaient de signer des accords de paix, un premier pas vers le règlement du conflit israélo-palestinien. Comme d'habitude, ces accords resteront lettre morte.

Depuis, plusieurs traités ont été conclus entre les deux parties. Ces traités sont connus sous le terme d’accords d’Oslo. La plupart des rencontres, qui ont eu lieu en dehors des négociations de paix officielles, se sont déroulées à Oslo, grâce à M. Johan Joerger Holst, ministre des Affaires étrangères de Norvège, qui en était le médiateur.

5.1 L'autonomie provisoire

La Déclaration de principes sur les aménagements de l'autonomie provisoire du 13 septembre 1993 (Washington) donne les grandes lignes des accords entérinés pour les cinq années intérimaires de l'autonomie palestinienne. D'après cette Déclaration de principes, les négociations sur le statut permanent de la bande de Gaza et de la Cisjordanie devaient commencer la troisième année de la période intérimaire. Le statut permanent des territoires devait être effectif après cette période intérimaire de cinq ans. Depuis la signature de la Déclaration de principes, Israéliens et Palestiniens ont signé les accords et les documents suivants :

- l'Accord Gaza-Jéricho (le 4 mai 1994);
- l'Accord sur le transfert préalable de pouvoir et de responsabilités (le 29 août 1995);
- l'Accord intérimaire israélo-palestinien sur la Cisjordanie et la bande de Gaza (le 28 septembre 1995);
- l'Accord de Hébron (le 21 janvier 1996);
le mémorandum de Wye Plantation (le 23 octobre 1998);
- l'Accord intérimaire de Sharm-el Sheikh (le 4 septembre 1999);
- le Protocole sur le passage direct entre la Cisjordanie et la bande de Gaza (le 5 octobre 1999).

En résumé, les accords d'Oslo représentent l'ensemble des accords conclus entre Israël et les Palestiniens pour fixer le calendrier et les règles de la mise en place progressive de l'autonomie en Cisjordanie et à Gaza, ainsi que les conditions des négociations finales sur les questions restées en suspens. Les Palestiniens demandaient qu’on applique le droit international et qu’en conséquence Israël se retire des territoires occupés depuis 1967. En échange de cette promesse (non tenue), les Palestiniens acceptaient un compromis historique: la reconnaissance de la légitimité du contrôle israélien sur 78 % de la Palestine traditionnelle, c’est-à-dire l’État d’Israël dans ses frontières de l’armistice de1948.

5.2 L'expansion des colonies juives

Or, depuis les accords de paix d’Oslo, le contrôle israélien sur le territoire palestinien s’est renforcé et le nombre de colons juifs a augmenté de 54 % malgré la promesse d'Israël de «geler» la colonisation des terres conquises après la guerre de 1967; en Cisjordanie seulement, le nombre de colons a bondi de 100 500 à plus de 190 000, une augmentation de 90 %. En 2008, le nombre des colons s'élevait à 285 000 répartis dans 140 colonies juives. Qu'a fait, de son côté, le Hamas après les accords d'Oslo? Il a envoyé des jeunes gens se faire exploser dans les cafés! Bref, cette politique de colonisation est en violation de l’article 49 (Déportations, transferts, évacuations) de la IVe Convention de Genève, qui se lit comme suit:

Les transferts forcés, en masse ou individuels, ainsi que les déportations de personnes protégées hors du territoire occupé dans le territoire de la Puissance occupante ou dans celui de tout autre État, occupé ou non, sont interdits, quel qu'en soit le motif.

Toutefois, la Puissance occupante pourra procéder à l'évacuation totale ou partielle d'une région occupée déterminée, si la sécurité de la population ou d'impérieuses raisons militaires l'exigent. Les évacuations ne pourront entraîner le déplacement de personnes protégées qu'à l'intérieur du territoire occupé, sauf en cas d'impossibilité matérielle. La population ainsi évacuée sera ramenée dans ses foyers aussitôt que les hostilités dans ce secteur auront pris fin.

La Puissance occupante, en procédant à ces transferts ou à ces évacuations, devra faire en sorte, dans toute la mesure du possible, que les personnes protégées soient accueillies dans des installations convenables, que les déplacements soient effectués dans des conditions satisfaisantes de salubrité, d'hygiène, de sécurité et d'alimentation et que les membres d'une même famille ne soient pas séparés les uns des autres.

La Puissance protectrice sera informée des transferts et évacuations dès qu'ils auront eu lieu.

La Puissance occupante ne pourra retenir les personnes protégées dans une région particulièrement exposée aux dangers de la guerre, sauf si la sécurité de la population ou d'impérieuses raisons militaires l'exigent.

La Puissance occupante ne pourra procéder à la déportation ou au transfert d'une partie de sa propre population civile dans le territoire occupé par elle.

Ce non-respect des dispositions de la Convention de Genève s’est toujours fait avec l’appui inconditionnel des États-Unis. C'est pourquoi les Palestiniens soupçonnent les États-Unis de ne pas être des «courtiers honnêtes» parce qu’ils se sont révélé «trop favorables» à l'égard d’Israël. En effet, la politique israélienne a toujours été systématiquement et aveuglément adoptée par les Américains, sans considération suffisante des positions et des besoins des Palestiniens.

5.3 La poigne forte

De plus, l’élection d’Ariel Sharon au poste de premier ministre — le «faucon» qui a entraîné Israël dans une guerre interminable avec le Liban, qui a été mêlé au massacre de 800 réfugiés dans les camps de Saba et Chatila, qui a fait construire des villes juives en Cisjordanie —  ne pouvait que radicaliser Juifs et Palestiniens. En Israël, il existe une théorie de la «poigne forte», selon laquelle les gouvernements de droite, avec leur discours musclé et intransigeant, sont les plus aptes à pouvoir apporter la paix dans ce pays. Cependant, le principe de «la sécurité d’abord, la paix ensuite» peut avoir pour effet de modifier profondément les règles du jeu, de telle sorte que les risques d’explosion deviennent plus élevés que les chances de paix. En effet, l'ancien premier ministre Ariel Sharon a refusé de reprendre les négociations là où elles s’étaient arrêtés avec le gouvernement d’Ehoud Barak (1998-2000). Il croyait que sa mission était de garantir la sécurité de l'État d'Israël et de liquider les terroristes (arabes). Mais dès qu'il liquidait un réseau, il en apparaissait un autre. Selon beaucoup d'observateurs, Sharon était convaincu qu'il possédait la vérité et il n'écoutait personne. Arafat faisait de même! Le Hamas également!

De leur côté, les Américains, qui connaissent bien l’histoire de l’État d’Israël — dont l’expansion des colonies juives et la sauvagerie des colons — et l’ont toujours appuyé aveuglément depuis cinquante ans, préfèrent ignorer les faits, car ils n’ont, sauf erreur, jamais fait quelque effort que ce soit pour défendre les droits humains des Palestiniens. La raison paraît évidente: toute intervention effective des États-Unis signifie non seulement des pressions exercées sur Israël, mais surtout aller à l’encontre du puissant lobby juif dont l'influence est prépondérante au Congrès américain.

5.4 L'effondrement du processus de paix

Depuis le 29 septembre 2000, les relations israélo-palestiniennes sont entrées dans une phase d'effondrement du processus de paix. La deuxième Intifada palestinienne a éclaté en laissant les deux parties profondément ébranlées et en menant à la débâcle toute négociation sur le statut permanent de la Palestine. La répression israélienne a atteint des sommets avec des attaques aériennes et terrestres, utilisant missiles, chars et avions de combat. Le premier ministre Sharon avait même traité le leader Yasser Arafat «d'assassin, de chef terroriste et d'ennemi farouche», pendant que les ministres extrémistes appelaient ouvertement à la «liquidation» du président palestinien. L’objectif d’Israël semblait évident; il s’agissait d’abord d’affaiblir le président palestinien et ensuite de lui imposer (ou à son éventuel successeur) un accord de longue durée rêvée: non pas la paix, mais une situation temporaire destinée à durer indéfiniment, parce que les Palestiniens «n’auront pas d’autres choix», selon Ariel Sharon.

Cet ancien premier ministre d'Israël espérait ainsi, après s'être débarrassé de l'Autorité palestinienne et de Yasser Arafat, faire accepter sa «solution à long terme» qu'il préconisait depuis 1998: quelques «bantoustans» palestiniens autogérés, enserrés dans un carcan de colonies juives, dont le réseau n'a cessé de s'étendre depuis la signature des accords d'Oslo de 1993. Ces colonies juives sont le «cancer de la Palestine» et elles sont au cœur du conflit israélo-palestinien. Les Nations unies les considèrent illégales et les Palestiniens ragent de voir leur futur État indépendant se rétrécir à mesure que s'élèvent de nouvelles implantations occupées par des «extrémistes juifs». C'est exactement ce que veut Israël, c'est-à-dire s'organiser pour que les Palestiniens gèrent éventuellement leurs propres affaires, sans aucune forme de souveraineté. On peut se demander pourquoi un Israélien accepte d'habiter au cœur d'un territoire arabe et musulman, dans une enclave protégée par des soldats, des barbelés et des murs de béton. Pour des motifs à la fois religieux, politiques et expansionnistes où le fanatisme religieux n'est jamais très loin.   

Sur le terrain, l'armée israélienne utilisait tous les moyens de répression, tels que blindés, hélicoptères et même des F-16, ainsi qu'un blocus sévère, pour écraser les Palestiniens. Comme le soulignait l'historien israélien Zeev Sternhell: «Seul un esprit malade peut espérer que l'occupation des territoires entraîne la fin de la guérilla et de la terreur.» Comment stopper ce cycle infernal? Les Palestiniens comme les Israéliens ont regardé du côté des États-Unis, mais le président américain (alors George W. Bush) ne semblait pas trop s’émouvoir. L'un des proches conseillers du président aurait même déclaré: «Laissez-les saigner ("Let them bleed"), au bout d'un moment, ils deviendront plus raisonnables.» Puis George W. Bush a trouvé le moyen de qualifier Ariel Sharon d'«homme de paix». Pour les Arabes du monde entier, Sharon était considéré comme un «criminel de guerre» au même titre que Slobodan Milosevic au Kosovo. Ils se sont demandé pourquoi l'ex-président de la Yougoslavie avait été traduit devant le Tribunal international, et pas Sharon! L’échec des accords d’Oslo pour le monde arabe semble avoir été ressenti comme une catastrophe bien plus apocalyptique que la destruction, le 11 septembre 2001, des tours jumelles du World Trade Center pour les Américains et le reste du monde.

5.5 Le Hamas au pouvoir

De leur côté, les nombreux attentats terroristes des Palestiniens révoltés exercent à long terme une action déstabilisante sur la population israélienne qui peut de moins en moins les comprendre tout en braquant les dirigeants israéliens dans une politique consistant à taxer tous les Arabes et les musulmans de «terroristes». Pour les Juifs, Arafat était un leader corrompu dont l'ego a cloué le cercueil du processus de paix. Bref, on est entre humains! Avec le retrait de la vie politique d'Ariel Sharon en raison d'une grave hémorragie cérébrale (4 janvier 2006) dont il a été victime, la donne a forcément changé en Israël. Même le parti qu'il a fondé, le Kadima, a été remis en question, ce qui accentuait l'incertitude au Proche-Orient, déjà alimentée par les doutes sur la tenue des législatives du 25 janvier 2006 dans les territoires palestiniens. Or, contre toute attente, ce n'est pas le parti d'Arafat (le Fatah) qui a remporté les élections, mais le Hamas, le parti islamiste plus radical. C'est justement parce que le Fatah de Yasser Arafat, dont Mahmoud Abbas a hérité, était corrompu jusqu'à l'os que les Palestiniens de Gaza (les Gazaouis) ont voté pour le Hamas qui, parallèlement à ses activités terroristes, s'était implanté dans la population grâce à des organisations caritatives. Cette victoire a encore modifié la politique au Proche-Orient. La reprise d'éventuels pourparlers de paix avec Israël est apparue encore plus improbable, car le Hamas demeure voué à la lutte armée et prône la destruction de l'État d'Israël. La bande de Gaza est devenue une rampe de lancement contre l'État hébreu!

Dans ce petit territoire que se disputent les Israéliens et les Palestiniens, les morts vont continuer de s'accumuler de décennie en décennie. Les affrontements meurtriers qui se produisent chaque jour depuis le mois de septembre 2000 rendent quasiment impossible le règlement du plus ancien conflit ouvert de la planète.

5.6 Le mur de Sécurité

Comme si la situation n'était pas encore assez sombre, les autorités israéliennes ont érigé en 2004 le «mur de Sécurité» destiné à «protéger l’État hébreu et les colonies juives de Cisjordanie», ce qui a eu pour effet d'annexer une zone de 975 kilomètres carrés, grignotant encore le territoire palestinien. L'ONU a condamné le geste d'Israël, de même que la la Cour internationale de justice de La Haye.

Dès lors, les habitants de Cisjordanie et de Gaza furent enfermés derrière des clôtures, des miradors et des caméras de surveillance, et sont devenus les «citoyens de l’Autorité Palestinienne». La carte de gauche reproduit approximativement le «mur de Sécurité» (en bleu); les zones en vert montrent la partie de la Cisjordanie qui reste sous occupation militaire israélienne. Les zones en jaune (Cisjordanie palestinienne) demeurent toujours haute surveillance de l'armée israélienne.

Le mur suit des lignes sinueuses afin d'enclaver le plus possible de colonies juives en Cisjordanie: la plupart des colonies doivent rester du côté occidental du Mur de façon à ce qu'elles soient éventuellement annexées à Israël. C'est aujourd'hui la plus grande prison à ciel ouvert de la planète! On en est rendu à croire qu'Israël veut rendre la vie des Palestiniens tellement insupportable qu'ils finiront pas vouloir d'eux-mêmes quitter leur terre. Les Palestiniens parlent de cette «clôture» ou «barrière» comme du «mur de séparation raciale» ("jidar al-fasl al-'unsuri"). En construisant ce mur, le gouvernement israélien étend encore davantage ses colonies sur la base du principe selon lequel «ce qui est construit aujourd'hui, nous le garderons demain».

Bien qu'elles soient contraires à la loi internationale, y compris à des dizaines de résolutions des Nations unies, il n'existe aucun mécanisme pour empêcher ce genre d'entreprise. Si pour les Israéliens, l'unique objectif du mur est la sécurité des citoyens israéliens, il n'en est pas ainsi pour les Palestiniens: c'est une stratégie manifeste pour annexer une partie de la Cisjordanie, celle contenant la quasi-totalité des colons juifs, ce qui ferait encore reculer les frontières d'un hypothétique État palestinien.

5.7 La montée de l'extrême-droite

Les élections israéliennes de février 2009 ont vu la montée d'un parti d'extrême-droite, d'idéologie néo-nazie, le Parti Israel Beitenou («Israël notre maison») dirigé par l'ultranationaliste d'origine russo-moldave Avigdor Lieberman. Celui-ci prône la suppression des droits civils des Arabes israéliens, l'expulsion des Palestiniens de Galilée et le nettoyage ethnique des Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza, afin de favoriser les colonies juives tout en confinant les Palestiniens dans les «réserves», sortes de «bantoustans» qu'on trouvait du temps de l'apartheid en Afrique du Sud. Pour l’historien israélien Zeev Sternell, spécialiste du fascisme européen: «Lieberman est le plus dangereux politicien de notre histoire.»

Comme si ce n'était pas suffisant, entre 2009 et 2012, Avigdor Lieberman est devenu ministre des Affaires étrangères et vice-premier ministre de son pays, sous la gouverne du premier ministre Benjamin Netanyahu. Lieberman préconisait ouvertement l'expulsion des Arabes israéliens pour créer un État juif ethniquement homogène. En tant que ministre des Affaires étrangères, il a déclaré: «Je veux sauver Israël. Cet État a besoin d'un propriétaire et d'un patron, car nous sommes dans la situation shakespearienne de "to be or not to be".» Et son idéologie été très fortement acceptée en Israël. Il s'agit d'une politique sournoise : ce n'est plus nécessaire d'entreprendre des actions violentes ni d'envoyer des chars dans les «territoires»; il suffit de poursuivre les «implantations» de colonies juives, sans tambour ni trompette, lesquelles colonies morcelleront de plus en plus l'espace vital palestinien. En 2013, il y avait quelque 350 000 colons en Cisjordanie. Le nombre de colons juifs en Cisjordanie est devenu si important qu'il est devenu presque impossible d'envisager la création d'un État palestinien indépendant. Pour les sionistes religieux orthodoxes, la Cisjordanie ne peut appartenir qu'aux Juifs. Le conflit israélo-palestinien est devenu religieux plus que territorial. Autant les sionistes religieux considèrent qu'il n'y a guère de place pour une Palestine indépendante en terre d'Israël, autant le Hamas estime qu'il n'y a pas de place en Palestine  pour un État juif.

L'idéologie politique des sionistes religieux reflète maintenant en grande partie la mentalité des jeunes du pays et, dans l'ensemble, elle reçoit l'approbation de la majorité de la population. On peut croire aussi qu'il s'agit là du résultat d'un endoctrinement efficace destiné à endormir les Israéliens. Au plan politique, Benjamin Netanyahou a polarisé la société entre conservateurs et libéraux, mais aussi entre Juifs et Arabes. À la veille du scrutin de mars 2015, il a joué la peur auprès de l'électorat juif en brandissant l'épouvantail du «vote arabe» se précipitant sur les urnes. Avec les Palestiniens, le premier ministre Netanyahou a rompu les liens. En effet, il a promis qu'il n'y aurait pas d'État palestinien sous sa direction, revenant ainsi sur sa position de 2009 où il avait accepté le principe de deux États indépendants vivant côte à côte.

Dans ce monde mouvant du Proche-Orient, Israël demeure l'une des sociétés les plus dynamiques, car son économie est en pleine expansion grâce aux nouvelles technologies et à une classe entrepreneuriale énergique. Toutefois, la société israélienne reste, après la société américaine, la plus inégalitaire des pays développés. La pauvreté a doublé en dix ans et frappe particulièrement les Arabes et les juifs ultra-orthodoxes. Le coût élevée de la vie et la corruption minent le pays, tandis qu' avec la question palestinienne aucune amélioration n’est en vue.

Bref, tous ces événements n'annoncent rien de bon pour l'avenir immédiat de cette région du monde. C'est le terrorisme d'un côté (pour les Arabes), la sécurité de l'autre (pour Israël). On tourne en rond, comme un chat qui mord sa queue! Mais la guerre continue sûrement de profiter à certains groupes... depuis plus de soixante ans qu'elle dure! C'est pourquoi personne dans ce pays ne souhaite trouver une solution au conflit!

6 Les points litigieux du conflit

Les enjeux demeurent considérables, tant pour les Israéliens que pour les Palestiniens. Il y va de la survie des deux peuples. Or, les points litigieux sont importants et concernent l’entité palestinienne, les frontières politiques, le sort des colonies juives, le sort des réfugiés de 1948 et le statut de Jérusalem-Est.

6.1 L’entité palestinienne

Israël accepte théoriquement la création d’une entité palestinienne — et même un État — constituée de parcelles sans continuité territoriale à Gaza et en Cisjordanie, mais réclame sa «démilitarisation», un contrôle de son espace aérien et de la vallée du Jourdain, bref un mini-État (ou un semblant d'État) au pouvoir partiel dans les domaines de la défense, des affaires étrangères, de l'économie, de l'eau, etc. 

Autrement dit, le gouvernement veut imposer aux Palestiniens une sorte de «bantoustan» qui n’aura aucune légitimité à long terme. Cependant, les Palestiniens, pour leur part, veulent créer un véritable État souverain, sans aucune restriction, et viable au plan économique. En fait, Israël voudrait bien perpétuer indéfiniment le régime d’autonomie actuellement en vigueur, alors que l’Autorité palestinienne a toutes les apparences d’un État, sans en avoir les compétences. Dans l'état actuel des choses, les Palestiniens sont très loin d'obtenir un État et le gouvernement israélien leur a même fait savoir qu'ils ne l'auront pas.

6.2 Les frontières

Israël exclut un retour aux frontières politiques de juin 1967 qu’exigent les Palestiniens et veut annexer les zones de Cisjordanie où ont été construites les principales colonies juives de peuplement. Les Israéliens craignent que la Cisjordanie deviennent comme Gaza et soient sous l'emprise du Hamas. Le fait que cette région soit sous le contrôle d'un leader modéré, Mahmoud Abbas, n'offre pas de garantie solide, car l'Autorité palestinienne est un gouvernement faible qui pourrait bien être renversé par des éléments extrémistes. Pour la majorité des Israéliens, céder la Cisjordanie est devenu un trop gros risque.

6.3 Les colonies juives

Israël veut annexer les grands blocs de colonies où vivent près de 80 % des quelque 200 000 colons implantés en Cisjordanie, ce qui représente 20 % des terres saisies aux Palestiniens; seules les colonies isolées seraient évacuées. Les Palestiniens, pour leur part, demandent que toutes les colonies, au nombre d’environ 150, soient démantelées ou placées sous la souveraineté du futur État palestinien.

Or, Israël n'acceptera jamais de se retirer des territoires occupés, de démanteler ses colonies, en plus de recevoir des millions de réfugiés. Le but est de rendre non viable tout futur État palestinien.

6.4 Les réfugiés de 1948

Les Palestiniens veulent que l’État hébreu admette la responsabilité du problème des réfugiés et reconnaisse le «droit de retour» aux trois millions et demi de ces réfugiés établis dans les territoires occupés, en Jordanie, en Syrie et un demi-million au Liban. 

Israël est opposé à tout retour en masse des réfugiés qui transformerait «l’État juif» en un «État binational». Il propose leur indemnisation par la communauté internationale et admet le retour en Israël de quelques milliers d’entre eux dans le cadre du «regroupement des familles». Bref, l’immense majorité des réfugiés palestiniens devrait définitivement rester dans les pays voisins. Pour Israël, c'est le futur État palestinien qui devrait accueillir les réfugiés désirant bénéficier d'un droit de retour.

6.5 Le statut de Jérusalem

Israël, qui a annexé la partie orientale de la ville (Jérusalem-Est) en 1967 et y a installé plus de 180 000 de ses ressortissants, refuse de façon catégorique que la Ville sainte soit coupée à nouveau en deux et prétend que «Jérusalem restera à jamais unifiée sous sa souveraineté et capitale éternelle de l’État hébreu», sur laquelle les Palestiniens n'auraient aucun droit de souveraineté. 

Quant aux Palestiniens, ils exigent que Jérusalem-Est devienne la capitale de leur futur État. D’ailleurs, Yasser Arafat, alors qu'il était président de l’Autorité palestinienne, avait déclaré: «Le dirigeant arabe qui abandonnerait Jérusalem n’est pas encore né.»

Pour le moment, Israël voudrait non seulement éviter tout partage de son sol, mais aussi éliminer toute trace de Palestiniens. De leur côté, beaucoup de Palestiniens sont convaincus que les Juifs sont des étrangers imposés par l'Occident en terre arabe et qu'ils doivent être chassés du Proche-Orient. Si les Palestiniens avaient accepté de liquider leurs terroristes, en échange d'un État, l'ancien leader Arafat aurait risqué la guerre civile chez lui. Si Israël avait accepté un État palestinien et avait rendu les territoires occupés, l'ancien premier ministre Sharon aurait dû affronter une guerre civile chez lui. En tout cas, les interventions militaires israéliennes n'ont pas mis un terme au terrorisme palestinien!

Pourtant, il reste bien trois solutions:

1) continuer à occuper le territoire palestinien, et les pires violences continueront des deux côtés;
2) négocier pour permettre l’existence de deux États indépendants et libres;
3) créer un État unitaire géré entièrement par un nouvel État d'Israël en sacrifiant son caractère juif.

La solution du conflit israélo-palestinien exige plus que des mesures antiterroristes! Dans l'état actuel des choses et compte tenu des piètres résultats depuis plus d'un demi-siècle, l'éternelle impasse israélo-palestinienne laisse croire que tous les intervenants impliqués sont de formidables incompétents, voire des individus complètement stupides. On peut croire aussi qu'ils sont passablement intelligents et qu'ils ont surtout de très grands intérêts à perpétuer le conflit. D'un côté, on a affaire à une force occupante qui bafoue en toute impunité le droit international depuis trop longtemps : l'État d'Israël se contrefiche des civils lorsqu'il «se défend». De l'autre, on trouve des leaders palestiniens corrompus et/ou fanatisés par des actions autodestructrices. Résultat: plus d'un demi-siècle d'immobilisme! La situation est continuellement bloquée par un dialogue de sourds, qui entraîne des attentats suivis de répressions, tandis que la religion sert de prétexte pour exercer la loi du talion. On sait, depuis l'Antiquité, que la guerre profite toujours à quelqu'un! Plus le Hamas persiste à vouloir détruire Israël, plus les Israéliens sont sur le pied de guerre. Plus les Israéliens tuent des Palestiniens, plus ceux-ci se radicalisent. En conséquence, les citoyens israéliens ont tendance à donner le pouvoir aux représentants de la droite intégriste, alors que les Palestiniens vont resserrer les rangs autour de leurs leaders les plus radicaux. En réalité, tout dans ce conflit est une question de pouvoir entre roitelets : celui des dirigeants israéliens et celui des dirigeants palestiniens. C'est un pouvoir de caciques sur des populations muselées, tant israéliennes que palestiniennes.

En somme, aucune solution au conflit israélo-palestinien ne pourra provenir ni des Israéliens ni des Palestiniens. Il serait néanmoins possible qu'un gouvernement américain, soumis à des pressions de plus en plus intenses, puisse éventuellement imposer un règlement au Proche-Orient, indépendamment des objections israéliennes. Durant les quatre années de son premier mandat, le président des États-Unis, Barack Obama, a tout fait pour relancer le processus de paix, mais il s'est heurté à l'intransigeance du gouvernement israélien de Netanyahu sur la question de la création d'un État palestinien. Lors de sa visite en Israël en mars 2013, le président américain a laissé entendre aux Palestiniens de cesser d'exiger l'arrêt de la colonisation et de négocier sur cette base. Pour toutes sortes de raisons politiques et morales, les États-Unis ne pourront pas laisser tomber Israël, surtout avec l'arrivée au pouvoir de Donald Trump qui a déjà apporté un soutien inconditionnel à Israël. Pendant ce temps, Israël multipliera les nouvelles constructions en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, sans se rendre compte qu'il court ainsi à sa perte.

Quoi qu'il en soit, la communauté internationale doit à tout prix s'occuper de soigner la «plaie» que constitue le conflit israélo-palestinien et qui empoisonne le corps entier de l'humanité. Solutionner le conflit israélo-palestinien suppose des compromis douloureux de la part des deux belligérants, mais l'absence de solution risque d'être plus douloureuse encore. Avant d'en arriver là, les petits caciques en profitent! C'est tout ce qui compte dans un pays devenu ingouvernable, alors que tout parti politique au pouvoir doit composer avec une foule de petits partis d'extrême-droite. Dans la situation actuelle, Israël devra faire face à un dilemme insoluble. S'il persiste à demeurer un État juif, il devra imposer sa volonté aux Palestiniens, éventuellement majoritaires sur l'ensemble du territoire. Ce serait alors la fin de la démocratie israélienne. Par contre, s'il veut demeurer démocratique, Israël sera dans l'obligation d'abandonner son caractère juif et devenir multiethnique et multiconfessionnel. Pour les religieux dits modérés, la seule issue réside dans une Palestine intégrée dans un Grand Israël dans lequel les droits politiques seraient accordés progressivement aux Arabes. Il reste «la solution à deux États», un politique que l'administration de Donald Trump ne semble pas prête à suivre, ce qui perpétuera l'immobilisme. 

Dernière mise à jour: 24 avr. 2017
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