kosovodrap.gif (2006 octets)

Kosovo

Application de la politique linguistique

République du Kosovo
 

La difficulté dans toute législation portant sur les langues réside dans les contraintes liées à son application. D'abord, il faut connaître la situation linguistique de la population concernée, avec le maximum de rigueur scientifique. Or, il n'existe pas de recensement officiel de la population et de l'emploi des langues au Kosovo. De plus, la connaissance de la situation sociolinguistique permet de prendre des décisions politiques éclairées, ce qui ne peut se faire dans le cas du Kosovo. Par le fait même, il devient difficile d'élaborer une stratégie permettant de passer de la situation de départ à une situation cible. Auparavant, il faut avoir choisi les moyens tout en tenant compte des ressources disponibles, tant financières que linguistiques et humaines. On le sait, on ne fait rien sans ressources financières. Un gouvernement qui entreprend une planification linguistique doit trouver les moyens d'y affecter les sommes nécessaires pour mener les enquêtes, mettre en œuvre des travaux terminologiques ou pédagogiques, instituer et faire fonctionner les organismes de contrôle, prévoir des campagnes de sensibilisation, de persuasion, etc. Le Kosovo manque aussi de ressources humaines dans la connaissance des deux langues officielles; il manque des fonctionnaires bilingues, d'enseignants, de traducteurs, etc. Le Kosovo n'a rien de tout cela ou très peu, car les ressources financières lui font cruellement défaut.

L'élaboration effective de la Loi sur l'emploi des langues (2006) constitue sans aucun doute un instrument juridique très avancé, si on la compare avec d'autres lois du genre. Cependant, cette mise en œuvre est entravée par l'insuffisances des ressources financières, humaines et matérielles. Par ailleurs, les obligations des institutions et les droits des locuteurs des langues officielles et de celles des autres communautés minoritaires sont généralement peu appliqués au Kosovo, parce que les directives, les règlements et les lois en la matière sont en grande partie méconnus. Le gouvernement n'a pas les moyens de diffuser et de faire connaître les mesures concernant l'emploi des langues. Peu de municipalités ont pu adopter des règlements concernant l'emploi des langues. Certaines municipalités continuent de recevoir de ministères et des institutions centrales des documents officiels qui ne sont jamais traduits en serbe ou bien leur traduction est de piètre qualité. Il est rare que des cas de violation à la loi parviennent à la Commission linguistique (abolie aujourd'hui) ou au Bureau du commissaire aux langues. Enfin, il n'y a jamais eu de campagnes d'information destinées au public.

Enfin, ce sont les municipalités qui sont chargées d'appliquer la législation linguistique. Dans de nombreux cas, il arrive que les élus locaux refusent simplement d'appliquer la loi, surtout lorsque les Serbes sont majoritaires et que les albanophones sont minoritaires.

1 Le Parlement et les institutions centrales

Dans les institutions centrales, les langues officielles du Kosovo, l'albanais et le serbe, jouissent d'un statut égal. Toutes les lois adoptées par l'Assemblée du Kosovo doivent être rédigées et publiées dans les langues officielles; les deux versions font également autorité. De plus, toutes les lois promulguées doivent ensuite être traduites et publiées en bosniaque et en turc, sans oublier l'anglais pour la communauté internationale. Les documents officiels doivent être conservés et publiés dans les langues officielles.

Tout citoyen employé dans les institutions centrales a le droit d'utiliser l'une des langues officielles de son choix. Ce droit doit être appliquée par les institutions dans les débats, les réunions et les travaux. Tout citoyen a aussi le droit de s'adresser dans sa langue auprès du gouvernement central. Sur demande, les institutions centrales doivent garantir l'interprétation.

Tout citoyen du Kosovo a le droit de porter plainte dans sa langue auprès du médiateur et de recevoir de la part de ce dernier une réponses dans cette même langue.

Dans les faits, les citoyens du Kosovo peuvent employer leur langue auprès des institutions centrales, cela ne signifie pas pour autant qu'ils vont recevoir une réponse dans leur langue. Bien souvent, les documents officiels ne sont pas disponibles autrement qu'en albanais et les ministères ne disposent pas de traducteurs en nombre suffisant, non seulement en serbe, mais aussi en bosniaque et en turc.

2 Les langues en matière de justice

Le Kosovo a adopté une législation égalitaire en matière de justice en ce qui a trait à l'emploi des langues. Avant même d'aborder le problème de la langue, il faut souligner les nombreux problèmes liés à l'accès à la justice elle-même. De graves insuffisances subsistent en ce qui concerne le fonctionnement du système judiciaire au Kosovo. Or, l’absence d’accès réel à la justice et aux voies de recours internes semble toucher de façon disproportionnée les personnes appartenant aux minorités pour diverses raisons: les retards permanents des causes en cours, ainsi que le manque de ressources financières et matérielles et de personnel qualifié. Peu de Kosovars peuvent en fait avoir accès aux tribunaux, sans compter que la population manque de connaissance et de confiance dans le système judiciaire.

2.1 Des services limités pour les Serbes, les Bosniaques et les Turcs

En général, la communauté serbe du Kosovo continue d'accéder à la fois au système judiciaire Kosovo et de la Serbie, et ce, en fonction de la situation d'une communauté donnée au Kosovo. Dans les municipalités du nord, soit les communes de Mitrovicë/Mitrovica (Albanik/Leposavic, Zveçan/Zvecan et Zubin Potok), les Serbes n'ont recours qu'aux tribunaux de la Serbie, car ils n'ont aucune confiance dans le système judiciaire du Kosovo. Dans la commune de Prishtinë/Pristina, la communauté serbe utilise assez aisément les services des tribunaux municipaux, car le personnel bilingue est plus nombreux, mais ailleurs l'absence de personnel bilingue cause d'énormes difficultés. L'absence de connaissance de l'albanais peut aussi entraîner des retards considérables. De façon générale, les Serbes font appel aux tribunaux uniquement dans le cas de litiges concernant les biens et les propriétés. Ils doivent souvent faire appel à des tribunaux de la Serbie pour acquérir des documents officiels.

Les Bosniaques forment la seconde communauté en importance au Kosovo. À l'exemple des Serbes, les Bosniaques parlent peu l'albanais, ce qui entraîne un profond sentiment d'insécurité chez les membres de la communauté, sans oublier que cette méconnaissance restreint la liberté dans les affaires publiques au niveau du gouvernement central.  Dans la commune de Gjilan/Gnjilane, la communauté bosniaque peut avoir accès aux tribunaux et aux services judiciaires dans sa langue, le bosniaque. Mais il n'existe que quelques juges bosniaques au Kosovo. Partout ailleurs, les services en bosniaque sont très limités, voire inexistants, mais il leur est loisible d'utiliser le serbe, avec les difficultés que cette langue implique dans la langue écrite (alphabet cyrillique), car les Bosniaques ont recours à l'alphabet latin.

La communauté turque du Kosovo bénéficie d'un accès complet aux tribunaux municipaux, mais elle n'utilise que de façon restrictive la langue turque, faute de personnel connaissant cette langue dans le système judiciaire. Les communes de Prishtinë/Pristina et de Gjilan/Gnjilane semblent être les seules à disposer d'un personnel bilingue, notamment parmi les juges.

2.2 Des services linguistiques par défaut

Dans de nombreux cas, seule la connaissance de l'albanais permet d'accéder à la justice. Il est vrai que tout individu arrêté ou détenu et inculpé d'une infraction criminelle a le droit d'être informé sans délai, et dans une langue qu'il comprend, des motifs de son arrestation et de toute accusation portée contre lui, mais il n'est pas toujours facile de trouver un interprète sur place et sur-le-champ. Les Monténégrins parlent une langue similaire au serbe. Pour cette raison, l'accès aux tribunaux leur est facilité par rapport aux autres petites communautés. Cependant, les Monténégrins connaissent les mêmes difficultés que les Serbes dans certaines localités en raison de l'absence de traduction adéquate et des possibilités limitées d'interprétation. Les Croates ont, eux aussi, accès aux tribunaux, mais ils doivent généralement recourir à l'albanais s'ils veulent obtenir des services adéquats. Dans les communes de Prishtinë/Pristina et de Gjilan/Gnjilane, il leur est possible d'employer le croate à l'oral, puisque que cette langue sera comprise par le personnel serbe.

La communauté ashkali a accès facilement au système de justice du Kosovo, car la langue maternelle des Ashkali est l'albanais, ce qui facilite évidemment l'interaction avec les institutions centrales et locales, et ce, d'autant plus que de nombreux membres de cette communauté peuvent aussi s'exprimer en serbe. L'accès à la justice et aux services judiciaires de la part des Égyptiens est satisfaisante, d'autant plus qu'ils utilisent l'albanais comme langue maternelle ou véhiculaire. Dans la commune de Pejë/Peč où résident la plupart des Égyptiens, il y a même un juge égyptien, ce qui contribue à donner une certaine confiance aux Égyptiens.

Les Roms bénéficient d'un accès théorique au système de justice, surtout en ce qui concerne les femmes. La structure patriarcale prédominante dans cette communauté, le faible niveau d'instruction et le manque de familiarité avec le système judiciaire ont tendance à limiter considérablement les droits des femmes en cette matière. Quoi qu'il en soit, les Tsiganes connaissent surtout des problèmes avec les infractions mineures, les cas de succession ou de divorce, mais l'emploi de leur langue romani est à peu près nul, car ils ont recours à la langue albanaise.

Bien que les Gorans parlent le nachenski comme langue maternelle, ils parlent aussi l'albanais comme langue seconde et, dans de nombreux cas, ils peuvent s'exprimer en serbe, sinon en bosniaque. Ainsi, dans les communes de Dragash/Dragaš et de Prizren, les tribunaux municipaux assure la traduction en serbe pour la communauté gorane, mais plusieurs Gorans font partie du personnel judiciaire. Partout dans les autres communes, c'est l'albanais qui sert de langue admissible dans les cours de justice, mais le serbe est possible.

3 Les services publics municipaux

Les services publics au Kosovo relèvent surtout des communes et des municipalités. Conséquemment, ces services sont relativement près des citoyens, du moins bien davantage que les services dispensés par le gouvernement central de Prishtinë. Dans une recherche de l'OSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe) effectuée en juin 2008, intitulée "Implementation of the Law on the Use of Languages by Kosovo Municipalities", il ressort que les services ne sont pas tous équivalents ni de qualité égale, quand ils sont quasi ou complètement inexistants.

3.1 Les albanophones

L'accès aux différents services municipaux et à ceux du gouvernement central demeure aisé pour la plupart des albanophones, c'est-à-dire ceux qui sont majoritaires dans leur commune, leur municipalité ou leur village. Il n'en est pas ainsi pour les albanophones résidant dans les municipalités où ils constituent une minorité. Par exemple, la situation est beaucoup plus compliquée pour ceux qui vivent dans le nord du Kosovo, surtout les albanophones des municipalités de Zubin Potok, de Leposaviq/Leposavić et de Zveçan/Zvečan, qui ne reçoivent aucun service en albanais et ne recourent à peu près jamais aux services offerts par les structures imposées par les Serbes. Les petites communautés albanaises préfèrent se rendre dans le sud de Mitrovicë/ Mitrovica, plutôt que d'utiliser les services fournis par les municipalités serbophones du Nord. Cependant, dans les autres municipalités des communes où ils sont minoritaires, soit Shtërpcë/Štrpce, Novobërdë/Novo Brdo, Gnjilane/Gjilan, Prishtinë/Priština et Prizren, les albanophones reçoivent en principe des services dans leur langue, bien que ce soit de qualité inégale, voire difficile.   C'est dans la municipalité de Mamuşa/Mamushë/Mamuša (Prizren) où les services sont les plus adéquats, alors que la municipalité est majoritairement turcophone.

Dans le reste du Kosovo, les Albanais admettent qu'ils n'ont pas de difficultés à communiquer avec l'administration municipale ni de recevoir des services et des documents dans leur langue maternelle. La même expérience positive semble être vécue par les membres des communautés ashkali et égyptienne de langue maternelle albanaise, qui vivent dans les communes de Ferizaj/Uroševac, de Fushë Kosovë/
Kosovo Polje, de Klinë/Klina, d'Istog/ Istoke et de Gjakovë/Ðakovica.
Dans les municipalités à majorité albanaise du Kosovo, les procès-verbaux des municipalités ne sont jamais ou rarement disponibles en serbe, ce qui comprend les assemblées municipales, les comités politiques, les comités de médiation des collectivités, les conseils d'administration.

On peut observer le même clivage entre les Serbes de Kosovo du Nord et les Albanais du Kosovo du Sud. En général, il est plus difficile pour une minorité albanaise ou serbe d'obtenir des documents officiels de la part des municipalités ou des autorités locales.

3.2 Les Serbes et les autres nationalités

Rappelons que non seulement les Serbes sont slavophones, mais aussi les Monténégrins, les Croates, les Bosniaques et les Gorans. Les Serbes sont fortement majoritaires dans les communes de Leposaviq/Leposavić, de Zveçan/Zvecan et de Zubin Potok. Ils sont aussi majoritaires dans les municipalités des communes suivantes:

- Gnjilane/Gjilan (12/57 municipalités) : Shillovë/Šilovo, Pasian/Pasjane, Partesh/Parteš, Koretishte/Koretište, Budriga i Ultë/Donja Budriga,  Stanishor/Stanišor, Kusicë i Epërm/Gornje Kusce, Strazhë/Straža, Kmetovc/Kmetovce et Ponesh/Poneš, Ranilug/Ranillug, Klokot/Kllokot;

- Shtërpcë/Štrpce (8/16 municipalités) : Shtërpcë/Štrpce, Brezovicë/Brezovica, Vërbeshticë/Vrbeštica, Jazhincë/Jažince, Berevce/Beverc, Gotovushë/Gotovuša, Sevcë/Sevc et Sushicë/Sušice;

- Prishtinë/Priština (2/47 municipalités) : Graçanicë/Gracanica et Plemetin/Plemetina;

- Novobërdë/Novo Brdo (1/10 municipalités) : Prekovc/Prekovce;

- Pejë/Peć (2/80 municipalités) : Gorazhdevc/Goraždevac et Bellopole/Belo Polje.

Les Serbes sont présents dans plusieurs autres communes et municipalités (voir la carte), mais ils sont partout minoritaires. Dans le Nord (Leposaviq/Leposavić, Zveçan/Zvecan et Zubin Potok), ils reçoivent tous les services municipaux nécessaires en serbe. Dans les municipalités à majorité serbe du Kosovo du Nord, les procès-verbaux des organismes représentatifs des citoyens ne sont pas disponibles en albanais. Ailleurs, le serbe est une langue officielle avec l'albanais dans les communes de Gnjilane/Gjilan, de Shtërpcë/Štrpce, de Prishtinë/Priština et de Novobërdë/Novo Brdo. Les services dans cette langue, quoique de qualité inégale, sont possibles et généralement accordés. Dans les autres villes, les services en serbe sont quasi inexistants. Beaucoup de Serbes affirment avoir eu des difficultés à obtenir des documents rédigés dans leur langue maternelle. Les locuteurs serbes mettent aussi en évidence des difficultés à communiquer et de recevoir des services et des documents auprès des autorités municipales, car beaucoup de jeunes fonctionnaires ne parleraient pas le serbe. Pourtant, dans 20 communes, les fonctionnaires disent qu'ils se sentent à l'aise avec n'importe laquelle des langues officielles; certains avouent être capables de s'exprimer en serbe, mais qu'ils ne le veulent pas toujours le parler ou refusent de le faire. Les locuteurs serbes et roms interrogés ont exprimé des perceptions d'insécurité quant à leur liberté de circuler et d'employer leur langue maternelle dans les lieux publics habités par la population majoritaire des municipalités des communes telles que Gjilan/Gnjilane, Mitrovicë/Mitrovica et Klinë/Klina.

Les Croates de Lipjan/Lipljan et les Bosniaques de Dragash/Dragaš, de Prizren et de Pejë/Peć soulignent des difficultés en rapport à l'émission de documents écrits dans leur langue, y compris les documents nécessaires pour les cartes d'identité et les certificats de décès, les rapports médicaux et les instructions, ainsi que les avis sur les panneaux-réclame dans les soins de santé, alors que les institutions n'utilisent généralement que l'albanais. Toutefois, dans les communes et municipalités de Deçani/Dečani, de Pejë/Peć et de Prizren/Prizren, les activités d'information destinées au public sont annoncées dans la langue bosniaque, et la traduction est fournie sur demande, bien que le nombre et la qualité des documents traduits ne sont pas satisfaisants. Par ailleurs, la traduction en bosniaque est toujours offerte pendant les réunions officielles des assemblée municipales. Quant aux Croates, ils utilisent souvent la langue officielle serbe pour obtenir des services publics en raison de l'absence de traduction adéquate dans les deux municipalités où ils résident. Dans la commune de Prishtinë/Pristina, particulièrement dans la municipalité de Lipjan/Lipljane, il est plus aisé pour les Croates d'employer leur langue maternelle en public, y compris dans leurs transactions avec les autorités municipales.

Les Monténégrins sont considérés comme des Serbes au Kosovo. L'accès aux services municipaux et aux services publics du Kosovo se fait en serbe. Compte tenu que le serbe et le monténégrin sont des langues compréhensibles entre elles, la communication demeure aisée. Comme pour les Serbes, les Monténégrins éprouvent certaines difficultés à apprendre l'albanais.

Environ le quart des Turcs, des Bosniaques et des Roms interrogés disent avoir éprouvé des problèmes à recevoir des services dans leur langue; il serait difficile d'obtenir des documents rédigés dans leur langue, surtout dans le cas du turc. Certains répondants affirment que la plupart des documents sont en albanais et qu'il est difficile d'obtenir leur traduction.

À ce jour, la langue romani des Roms semble manquer particulièrement de protection ou de soutien au Kosovo. Bien que les communautés rom ont traditionnellement parlé leur langue dans les différentes communes, celle-ci demeure confinée à la sphère privée. C'est pourquoi les locuteurs du romani communiquent avec les fonctionnaires municipaux soit en albanais soit en serbe. Dans les communes de Gjilan/Gnjilane, de Ferizaj/Uroševac et de Kamenicë/Kosovska Kamenica, l'accès aux services administratifs municipaux, y compris les services de l'état civil, reste satisfaisante pour les Roms. Non seulement la majorité des Roms parlent au moins l'une des deux langues officielles, sinon les deux, mais plusieurs fonctionnaires de ces municipalités sont des Roms, ce qui facilite grandement l'accès aux services offerts en albanais. La plupart des Roms vivent dans des zones albanophones. Néanmoins, dans les communes de Shtërpcë/Štrpce, de de Novobërda/Novo Brdo et de Kamenicë/Kamenica, les Roms préfèrent utiliser la langue serbe dans leur communication avec les fonctionnaires, alors que dans la commune de Ferizaj/Urosevac, l'albanais est la langue préférée.

La majorité des Turcs du Kosovo vivent dans la commune de Prizren où ils constituent environ 4 % de la population locale, mais 97 % dans la municipalité de Mamuşa/Mamushë/Mamuša;  ils sont pleinement intégrés dans la vie publique, car la plupart des Turcs sont capables de communiquer en albanais et en serbe. Bien qu'étant une petite minorité numérique, la langue turque a acquis le statut d'une langue d'usage officiel dans plusieurs municipalités des communes de Gjilan/Gnjilane, de Mitrovicë/Mitrovica, Vushtrri/ Vucitrn et de Prizren. Cependant, la communauté continue d'utiliser l'albanais ou le serbe dans ses communications avec les représentants municipaux. De façon générale, les municipalités n'ont pas de services de traduction suffisants et efficaces. Seule la municipalité de Mamuşa/Mamushë/Mamuša dans la commune de Prizren est officiellement trilingue. Sur un total de 5513 habitants, les Turcs forment 97 % de la population; les Albanais, 3 %. Si les turcophones peuvent utiliser leur langue aisément dans leur municipalité, c'est déjà plus difficile dans les organismes de la commune de Prizren, car la langue turque n'est pas toujours traitée de façon équitable.

Plusieurs problèmes persistent tels que la non-émission de certificats civils et de cartes d'identité en turc, la traduction insuffisante ou inadéquate des documents municipaux et le manque d'information sur la langue turque dans les institutions publiques. Cependant, la plupart des panneaux des rue et des affiches des bureaux régionaux sont trilingues.

Pour ce qui a trait aux Gorans, leur langue maternelle, le nachenski, est généralement ignorée de la part des autorités locales, y compris dans la commune de Dragash/Dragaš, où ils constituent une minorité non négligeable de 23,8 %. Tous les Gorans reçoivent les services qu'ils désirent en... albanais, en raison du degré élevé de leur intégration et de leur maîtrise de la langue albanaise. En fait, les Gorans utilisent l'albanais, le serbe ou le bosniaque en fonction de la commune ou de la municipalité où ils résident.

3.3 Les affiches publiques

Il faut relever aussi la question des affiches publiques, telle qu'elle est rapportée dans la Loi sur l'emploi des langues (2006). En effet, l'article 9 de cette loi impose l'emploi des langues minoritaires dans les désignations officielles des organismes municipaux. En ce sens, les panneaux officiels indiquant les noms des municipalités, des villages, des routes, des rues et autres lieux publics doivent être affichés dans les langues officielles et dans les langues qui ont le statut de langue officielle dans la municipalité. Toutefois, les autorités locales ne contrôlent pas en tous points les panneaux routiers et ne prennent pas rapidement les mesures nécessaires. Autrement dit, les panneaux n'indiquent pas tous le nom des routes, villes, villages et rues en plusieurs langues, alors que les panneaux en place dans les villes ne donnent pas tous l'orthographe exacte du nom serbe ou du nom albanais dans les zones à majorité serbe; parfois, celui-ci est rayé ou effacé. De plus, dans un certain nombre de municipalités, les transports publics et l'administration tendent à employer le nom albanais officieux des villes, villages. Bref, dans l'ensemble, le respect des règles relatives à la signalétique semble très variable et arbitraire.

4 Les obstacles à l'application de la loi

En mai 2008, une commission linguistique fut créée afin de recevoir les plaintes et veiller à la mise en œuvre du Règlement de la MINUK no 2006/51 concernant la Loi sur l'emploi des langues. Cette loi prescrit l’emploi par les autorités publiques des langues officielles albanaise et serbe à tous les échelons administratifs. De plus, au plan municipal, des langues des autres communautés du Kosovo peuvent être
utilisées auprès des autorités municipales et reconnues comme étant des langues officielles ou des langues d'usage. De façon générale, la mise en œuvre effective de la loi sur les langues est freinée par l’insuffisance des ressources financières, humaines et stratégiques.

4.1 Le manque de ressources financières

Le Kosovo demeure le pays le le plus pauvre de l’Europe, avec un PIB par habitant (en 2009) de 2300 $US / 1830 €. Par comparaison, la France affichait 33 000 $US / 26 300 €; le Portugal, 25 000 $US /19 900 €), les États-Unis, 38 600 $US / 30 700 €. Avec un taux de chômage de 45 % touchant principalement les jeunes (70 % des 15-25 ans), le Kosovo est confronté à de nombreux handicaps structurels : dépendance financière de l'aide extérieure, faible niveau de formation technique de la main-d'œuvre, émigration des élites, etc. Toute l'économie du pays est presque entièrement axée sur le petit commerce et les activités de construction, sans oublier les divers trafics qui abondent sur le territoire. En somme, l'économie du pays reste dépendante de l'aide internationale et des transferts financiers de la diaspora albanophone.  Faute de moyens, le réseau routier du Kosovo est délabré et de nombreux villages sont parfois privés d'électricité pendant une douzaine d'heures d'affilée. Depuis la mise en charge de l'administration par l'ONU, presque personne ne paie pour le service.

Lorsque le Kosovo faisait partie de la Yougoslavie, il était déjà le territoire le plus pauvre de la fédération, la situation s'est encore détériorée depuis. En 1989, la guerre menée par l'OTAN a détruit l'essentiel de l'industrie et de l'infrastructure sur le territoire de la Serbie et du Kosovo. Ce qui restait debout après la guerre a été pillé par la population albanophone trop contente de prendre sa revanche sur le régime yougoslave. Par la suite, l'ONU a pris l'administration en charge et a transformé de facto le Kosovo en un protectorat. Malheureusement, l'ONU a échoué à développer l'économie du territoire et à améliorer la situation de la population. Cependant, l'élite instruite du Kosovo, celle qui est employée par l'administration du Kosovo, accepte cette situation dont elle bénéficie.

Dans ces conditions, la protection linguistique risque d'être laissée pour compte, dès qu'elle entraîne des frais. Par exemple, la Commission linguistique du Kosovo manque cruellement de fonds budgétaires. Elle dispose pas d'un budget ni de bureaux adéquats pour exercer son mandat. C'est pourquoi 17 communes sur 30 n'indiquent les noms de lieu ou de rue que dans une seule des langues officielles, les autres ayant adopté des dispositions arbitraires et aléatoires. Seules les communes de Dragash/Dragaš et de Pejë/ Peć ont traduit les noms de rue et ont affichés les panneaux à la fois en albanais et en serbe, tel que l'exige l'article 9.2 de la Loi sur l'emploi des langues.

4.2 Le manque de ressources humaines

Un autre handicap vient du fait que le personnel de traduction est nettement insuffisant, en nombre comme en qualité. Non seulement les traducteurs et interprètes reçoivent de bas salaires, mais ils sont en plus mal formés, parfois simplement «sur le tas». Aucun programme d'enseignement supérieur spécialisé n'est actuellement disponible au Kosovo pour former des traducteurs et des spécialistes de la traduction, des avocats linguistes et des interprètes judiciaires ou des juristes.

On comptait en 2011, seulement 56 «moniteurs de langue» dans les communes et municipalité du Kosovo, mais seulement 31 d'entre ne possédaient alors qu'un diplôme secondaire. Dans 10 communes sur 30, aucun traducteur n'a suivi de cours spécialisé en traduction. Sur eux Trente et un des 56 moniteurs de langues embauchés par les municipalités, ont seulement l'enseignement secondaire. Beaucoup de traducteurs admettent avoir assisté à une seule session de formation ou d'un cours organisé par l'Institut d'administration publique du Kosovo, au cours des années 2005 à 2007. Au final, en 2011, une douzaine de communes sur 30 ne disposaient pas encore d'un seul traducteur (interprète). Le manque de volonté et de ressources humaines continue de prévaloir dans plusieurs municipalités du Kosovo, surtout les municipalités à majorité serbe. Le fait que peu ou pas d'individus dont la langue est le serbe ou l'albanais n'aient pu regagné leurs lieux d'origine avant la guerre du Kosovo pourrait être une explication pour laquelle plusieurs municipalités ne parviennent pas à traduire leurs documents dans l'une des langues officielles.

Au niveau du gouvernement central, le personnel linguistique s'établissait comme suit en 2005: six traducteurs dans un seul des six ministères, cinq dans deux autres et un seul dans un ministère, alors que les deux autres avaient recours au personnel linguistique de la MINUK. Il faudrait mentionner aussi les nombreuses lacunes techniques, car de sérieuses inexactitudes ont été signalées dans la traduction des lois en serbe. Quant à la traduction en bosniaque et en turc, il vaudrait mieux ne pas trop en parler.

4.3 Le manque de vision globale

Dans une situation normale, un gouvernement prend des décisions après que des spécialistes ont décrit la situation sociolinguistique avec précision. Le plus difficile consiste à déterminer les objectifs en fonction de la situation cible, c'est-à-dire la situation souhaitée. Une fois les objectifs fixés, il reste à élaborer une stratégie qui permettra de passer de la situation de départ à la situation cible. Dans le cas du Kosovo, il n'existe guère de situation cible. Le gouvernement ne semble pas trop savoir où il va, encore moins les municipalités qui, trop souvent, ignorent la portée même des lois linguistiques de leur pays. Autrement dit, le gouvernement du Kosovo n'a pas vraiment de politique linguistique.

C'est pourquoi les Kosovars ne connaissent que fort peu leurs droits et les obligations des institutions en ce qui concerne les langues officielles et celles des autres communautés; le gouvernement ne dispose pas des fonds nécessaires pour entreprendre des campagnes d'information auprès du public ou pour distribuer les instructions administratives auprès de ses employés. En fait, le gouvernement du Kosovo n'a pas rempli ses obligations comme l'exige l'article 36.2 de la Loi sur L'emploi des langues : «Dès la promulgation de la loi, le gouvernement du Kosovo doit prévoir un programme de sensibilisation du public à l'égard de celle-ci.»

Par ailleurs, la sélection dans les noms des toponymes et des noms de rue ne repose pas sur des critères objectifs ni même planifiés. De façon générale, les élus municipaux choisissent des noms de personnalités appartenant exclusivement ou presque exclusivement à la communauté majoritaire, ce qui réduit toute répartition égale des langues officielles et atteint au mieux un résultat discriminatoire pour la communauté minoritaire. Le gouvernement central est responsable du maintien des panneaux de signalisation sur les routes principales et régionales, tandis que les municipalités sont responsables des panneaux de signalisation sur les routes locales. Si le ministère kosovar des Transports et des Communications s'est assuré d'installer des panneaux bilingues sur la plupart des routes principales et régionales du Kosovo, seule la moitié des communes, soit 16 sur 30 selon l'OSCE, a pu respecter l'affichage bilingue des noms officiels des municipalités et des villages dans les deux langues officielles, ce qui est différent des noms de rue. Il ne s'agit que d'un panneau au début et à la sortie des villes.

5 L'enseignement primaire et secondaire

Rappelons que l'article 59 de la Constitution (2008) garantit aux minorités le droit de recevoir une instruction publique dans l'une des langues officielles de la république du Kosovo, selon leur choix à tous les niveaux; et de recevoir un enseignement préscolaire, primaire et secondaire d'instruction publique, dans leur propre langue. Lorsque, en raison d'un nombre insuffisant d'élèves ou d'autres raisons, l'éducation dans la langue officielle choisie ou la communauté de langue ne sont pas fournis, des alternatives doivent être garantis. Les dispositions juridiques reconnaissent en outre le droit des communautés à mettre en place l'enseignement privé et de la formation établissements et de générer des modules d'enseignement sur leur culture, histoire et traditions.

Le ministère de l'Éducation, de la Science et de la Technologie (MEST) a élaboré en 2005 les objectifs prioritaires  suivants:

• Appliquer le nouveau programme national et le respect des programmes interculturels;
• Augmenter la durée de la scolarité chez les jeunes;
• Améliorer l'enseignement préscolaire et l'enseignement supérieur en langue slave;
• Favoriser à l'égalité des sexes;
• Améliorer la formation des enseignants;
• Assurer la garantie d'une éducation de qualité dans la langue maternelle de toutes les communautés;
• Accorder une place aux langues bosniaque et turque, ainsi qu'aux Roms/Tsiganes, aux Ashkali et aux Égyptiens dans les nouveaux programmes ainsi que dans les programmes de formation des enseignants.

5.1 L'enseignement auprès des Serbes

En matière d'éducation, la plupart des enfants serbes font partie d'un système d'éducation parallèle au Kosovo. En effet, c'est moins la législation kosovar qui s'applique que l'esprit autonomistes des Serbes qui prévaut dans les enclaves serbes. Rappelons que la plupart des Serbes du Kosovo vivent dans des enclaves plus ou moins à l'abri de la majorité albanaise. Ces enclaves sont situées principalement au nord du Kosovo, dans les communes de Leposaviq/Leposavić, de Zveçan/Zvečan et de Zubin Potok/Zubin Potok, ainsi que dans la commune nord de Mitrovicë/Mitrovica. Il existe d'autres petites enclaves dans les municipalités de Shtërpcë/Štrpce, de Novobërdë/Novo Brdo, de Ranillug/Ranilug et de Kllokot/Klokot (commune de Gnjilane/Gjilan), de Graçanicë/Gračanica (commune de Prishtinë/Priština) et de Mamuşa/Mamushë/Mamuša (commune de Prizren), sans oublier la commune d'Obiliq/Obilic. Très peu de Serbes vivent en dehors de ces enclaves, protégées par la KFOR (Force de paix au Kosovo), car il serait à peu près impossible d'avoir accès à un enseignement en serbe. Lors des transports scolaires, des escortes de la KFOR peuvent accompagner les enfants serbes jusqu'à leur école ou ce sont des équipes de bénévoles serbes qui veillent à la sécurité des enfants. Les Serbes craignent le harcèlement des Albanais durant le déplacement des enfants vers les écoles.

Parallèlement au système d'éducation des albanophones, la république de Serbie a conservé son propre système d'éducation dans les enclaves serbes du Kosovo, ce qui comprend les programmes scolaires, le système de retraite des enseignants, l'assurance médicale, les salaires et les allocations sociales. Ce système parallèle en éducation témoigne de la part des Serbes de la méfiance qu'ils ont à l'égard des albanophones, de leur fierté pour une instruction qu'ils estiment supérieure, et aussi de la persistance des tensions ethniques avec la communauté albanaise. En 2005, les Serbes contrôlaient 98 écoles pour 23 178 élèves fréquentant le système parallèle serbe (voir les tableaux 1 et 2).

Ces écoles accueillent moins d'élèves par classe que les écoles albanaises et organisent le transport scolaire offert gratuitement. Si l'enseignement dans le nord du Kosovo peut être comparable à celui dispensé en Serbie, il n'en est pas ainsi dans les autres enclaves isolées des communes de Shtërpcë/Štrpce, de Novobërdë/Novo Brdo, de Gnjilane/Gjilan, de Prishtinë/Priština et de Prizren. En effet, la situation de ces écoles serbes reste problématique, car elles sont inaccessibles pour les autorités serbes, sans compter que ces établissements manquent de personnel qualifié. Certains rapports d'évaluation de l'UNICEF (2005) révèlent qu'il existerait de graves lacunes chez les enseignants serbes du centre et du sud du Kosovo.

Un autre problème touche les enfants serbes : l'accès aux écoles secondaires et aux études supérieures. Si tous les enfants serbes terminent l'école primaire, ils ont du mal à accéder à l'enseignement secondaire en raison du nombre limité de ces écoles dans les enclaves du Centre et du Sud. Bien souvent, les élèves qui veulent poursuivre leurs études secondaires ou supérieures doivent s'exiler dans le Nord ou en Serbie, ce qui occasionne des frais très importants en matière de logement. C'est pourquoi beaucoup de parents serbes considèrent que les études post-primaires sont inaccessibles pour leurs enfants. 

Les écoles serbes sont avant tout destinées aux enfants serbes. Mais certains parents appartenant à des communautés minoritaires, tels les Roms, les Bosniaques et les Gorans, préfèrent envoyer leurs enfants dans des écoles serbes parce qu'ils croient que cet enseignement est supérieur à celui dispensé en albanais. Ajoutons aussi que le serbe demeure une langue plus accessible aux Monténégrins, aux Croates, aux Bosniaques et aux Gorans que l'albanais.

Dans les communes du nord du Kosovo, soit Leposaviq/Leposavic, Zveçan/Zvecan et Zubin Potok/Zubin Potok, la communauté albanaise reçoit l'enseignement primaire dans sa langue en vertu des programmes d'études du Kosovo, y compris les disciplines spécifiques de la communauté. L'enseignement en albanais au secondaire n'est disponible qu'au sud de la rivière Ibër/Ibar, là où se séparent géographiquement les communautés serbes et albanaises. Cependant, les municipalités à majorité serbe du nord du Kosovo ne prennent jamais en charge le transport des élèves albanais du Kosovo.

Il n'existe pas d'école particulière pour les Croates et les Monténégrins. Ces communautés sont considérées comme des Serbes, et ils ont accès à des écoles serbes.

5.2 L'enseignement auprès des minorités albanaises

N'oublions pas que les albanophone peuvent, eux aussi, constituer une minorité dans certaines communes ou municipalités. Il en a été fait mention précédemment en ce qui concerne les communes de Zubin Potok, de Leposaviq/Leposavić et de Zveçan/Zvečan, ainsi que dans la partie sud de Mitrovicë/Mitrovica, la ville étant séparée en deux par l'Ibar, les Serbes au nord, les Albanais au sud. Les régions serbes ne sont pas contrôlées par le gouvernement kosovar, mais par la république de Serbie.

Dans la commune de Leposaviq/Leposavić, il n'y a que 400 Albanais répartis dans trois villages: Koshutovë/ Košutovo, Bistricë e Shalës/Šaljska Bistrica et Cerajë / Ceranje. Toutes les écoles n'enseignent que la langue serbe, y compris aux albanophones. Dans la commune de Zubin Potok, plus de 450 Albanais vivent dans le village de Çabër/Cabra où l'on compte une école primaire de langue albanaise. Les élèves qui veulent poursuivre leurs études au secondaires doivent se rendre dans la commune de Mitrovicë/Mitrovica ou la commune de Prishtinë/ Priština. Les quelque 600 albanophones de la commune de Zveçan/Zvečan résident dans les villages de Boletin/Boljetin, de Lipë/Lipa et de Zhazhë/Žaža. À l'exception d'une seule école primaire albanaise (avec 75 élèves), tout l'enseignement est offert en serbe et tombe sous l'autorité du ministère serbe de l'Éducation. Les principaux problèmes vécus par les membres de cette communauté sont l'absence d'une école secondaire pour les élèves albanophones, qui doivent se rendre dans la municipalité de Mitrovicë/ Mitrovica du Sud, ainsi que l'absence de moyens de transport gratuit pour les élèves du primaire.

2004 Mitrovica-Nord Mitrovicë-Sud Total
Serbes 13 402 300 13 702
Albanais 2 100 62 012 64 112
Autres 850 600 1 459
Total 16 352 62 912 80 264
La commune de Mitrovicë/Mitrovica comptait en 2011 quelque 71 600 habitants, contre 80 000 en 2004. Plus de 2000 albanophones vivaient dans l'enclave serbe de la partie nord de la ville. Seuls 300 Serbes résidaient dans l'enclave albanaise du Sud. Il pourrait y en avoir beaucoup moins en 2011. Tous les Serbophones et les Roms fréquentent les écoles serbes administrées par le ministère de l'Éducation de la Serbie; ce sont des écoles dites «parallèles». 

Quant aux albanophones de Mitrovica-Nord, ils ont accès aux écoles primaires régies par le ministère de l'Éducation, de la Science et de la Technologie du Kosovo.

5.3 L'enseignement auprès des enfants bosniaques

Les Bosniaques constituent la seconde minorité linguistique en importance au Kosovo. Ils sont concentrés dans les municipalités de Dragash/Dragaš (4000), d'Istog/Istok (1650), de Pejë/Peć (3300) et de Prizren (21 975), mais certains groupes résident à Mitrovicë/Mitrovica, à Gjakovë/Dakovica, à Deçan/Dečani et à Skenderaj/Srbica (voir la liste). Les enfants bosniaques fréquentent des écoles bosniaques, albanaises ou serbes. Dans la municipalité de Vitomiricë/Vitomirica (commune de Pejë/Peć), les écoles sont ethniquement mélangées avec les Roms, les Ashkalis et les Égyptiens; les cours sont dispensés en albanais pour les enfants albanais et en bosniaque et en albanais pour les enfants bosniaques.

En raison de la similitude de leurs langues, les Bosniaques sont davantage intégrés dans les communautés serbes qu'albanaises, et s'organisent pour avoir accès à des services serbes, y compris le système d'éducation. Les élèves bosniaques qui fréquentent les écoles serbes considèrent que ce système assure une meilleure instruction, mais ils estiment aussi que le programme ne tient pas compte de leur sensibilité et qu'il est inadapté à leur spécificité culturelle (musulmane). Ils ne disposent pas de manuels provenant de la Bosnie-Herzégovine, qui seraient mieux adaptés à leurs besoins. On comptait en 2005 onze écoles croates au primaire, mais aucune au niveau du secondaire (voir le tableau 1). Disposer d'une école croate ne signifie pas qu'on y enseigne exclusivement en croate, mais cette langue demeure néanmoins privilégiée. Dans plusieurs municipalités, les enfants des petites communautés bosniaques reçoivent leur enseignement en albanais, parce que le programme d'études en bosniaque n'est pas disponible.

5.4 L'enseignement auprès des enfants tsiganes/roms

On ne compte que 1068 enfants tsiganes/roms ((voir le tableau 1) fréquentant une école au Kosovo. Or, ces enfants sont confrontés à des problèmes sociaux importants. Historiquement, les Roms ont été victimes de discrimination dans toute l'Europe, y compris au Kosovo. Ils ont eu un accès limité aux services publics, notamment en éducation, de sorte que leur taux d'alphabétisation demeure très faible, ce qui les a exclus des activités économiques et les a laissés extrêmement pauvres. Cette condition sociale généralisée liée à la pauvreté a empêché les enfants roms de fréquenter l'école, alors que les abandons sont très fréquents, notamment chez les filles. Il n'existe aucune donnée précise sur les enfants roms, en particulier sur le nombre d'enfants qui abandonnent ou restent à l'école. De fait, les enfants de la communauté rom ont tendance à abandonner l'école très tôt à l'adolescence, surtout chez les filles, en raison des contraintes économiques, des traditions (par exemple, le mariage précoce), l'exclusion et la fourniture intermittente de manuels scolaires, etc.

Toutefois, certains documents fournissent quelques indices quant à la situation des enfants roms. On sait que beaucoup de Roms n'ont accès à l'instruction que par des cours de rattrapage ou par des écoles privées gérées par des organisations non gouvernementales.  Dans bien des cas, les écoles de rattrapage sont dans l'obligation de fermer leur porte en raison  de difficultés financières.

La plupart des Roms qui fréquentent l'école reçoivent leur instruction en albanais ou en serbe, jamais en romani, ce qui défavorise la fréquentation scolaire. Dans les municipalité des communes d'Obiliq/Obilic et de Gjilan/Gnjilane, les enfants fréquentent l'école serbe où le serbe est la langue d'enseignement, alors que dans la municipalité de Prizren, ils reçoivent leur instruction principalement en albanais ou en bosniaque. Beaucoup de parents n'encouragent pas leurs enfants d'aller à l'école, ce qui occasionne une faible niveau d'instruction pour les membres de cette communauté, qui souvent croupissent dans la misère.

En général, l'absence de cours en romani et de professeurs qualifiés constituent des obstacles majeurs et menacent la communauté rom qui risque à plus long terme de perdre sa langue maternelle. En attendant le développement d'un programme en romani, des parents demandent que le ministère de l'Éducation et les municipalités recrutent des enseignants du romani en république de Macédoine, où la langue romani est enseignée.

5.5 L'enseignement auprès des enfants turcophones

La population turcophone est concentrée dans les communes et municipalités de Gjilan/Gnjilane (1250), de Mitrovicë/Mitrovica (2000), de Prishtinë/Priština (2000), de Prizren (9000), et de Vushtrri/Vucitrn (1000). Les Turcs du Kosovo sont généralement bien intégrés dans les communautés albanaises. Dans les communes de Prizren et de Prishtinë/Priština, les enfants turcs ont accès à l'éducation en turc, mais dans les autres municipalités cet accès est fort limité, pour ne pas dire inexistant, à l'exception de la municipalité de Mamuşa/Mamushë/Mamuša où les élèves turcs fréquentent les écoles primaires et secondaires dans leur langue maternelle. Dans la municipalité de Janjevë/Janjevo (commune de Lipjan/Lipljan), les Turcs doivent suivre le programme d'études en albanais, bien qu'ils aient exprimé leur intérêt de recevoir leur introduction dans leur langue maternelle.

La situation des enfants turcs en matière d'éducation apparaît légèrement meilleur que celle des autres minorités, car ils reçoivent des bourses d'études du gouvernement de la Turquie.  On compte quelque 20 écoles turques au Kosovo, dont onze écoles primaires et cinq écoles secondaires, pour un total de 2 951 élèves (voir le tableau 2). Des cours de langue turque sont disponibles à la Faculté d'éducation de Prizren et à la Faculté de philologie de Prishtinë/Priština.

Pour les turcophones, les manuels scolaires du primaire sont élaborés au Kosovo par des enseignants turcs, mais les manuels du secondaire sont tous importés de la Turquie; ils ne font évidemment aucune référence au Kosovo ni à la communauté turque du Kosovo. Suite à une plainte de la communauté turque du Kosovo et à des recommandations de la Turquie, le ministère kosovar de l'Éducation a introduit depuis 2007 des changements dans les manuels scolaires afin de favoriser une représentation plus objective de la communauté turque du Kosovo, laquelle était toujours présentée comme une minorité occupante de l'empire ottoman.

Dans la pratique, il n'y a que très peu de représentants des communautés minoritaires bosniaques ou turques en fonction dans les directions d'école. Le système d'éducation prévoit une formation générale pour les enseignants du turc et du bosniaque en tant que langue maternelle, mais la formation dans les matières spécialisées n'est disponible qu'en albanais.

5.6 L'éducation des Ashkali et des Égyptiens

Les communautés ashkali et égyptiennes vivent principalement dans les communes de Prishtinë/Priština, de Prizren/Prizren et Pejë/Peć. Étant donné que les membres de cette communauté parlent l'albanais comme langue maternelle, ils ont accès à l'instruction dans les écoles albanophones. De fait, il n'existe aucune école dévolue aux Ashkali (2366 élèves) ou aux Égyptiens (900 élèves). À l'instar des Roms, il n'existe pas de matière ou de discipline spécifique pour ces nationalités, car leurs membres sont considérés comme des albanophones. 

Les initiatives actives pour veiller à l'intégration scolaire des minorités plus vulnérables que sont les Roms, les Ashkali et les Égyptiens ne sont en place que dans quelques municipalités, soit moins d'une dizaine au total. Pourtant, la nécessité d'une intervention soutenue pour assurer l'intégration scolaire des élèves roms, ashkali et égyptiens est reconnue dans une stratégie indispensable par le ministère de l'Éducation, de la Science et de la Technologuie (MEST).

Les trois communautés roms, ashkali et égyptiennes sont les nationalités les moins instruites de tout le Kosovo. On les identifie souvent par les lettres RAE, qui renvoient à "Roma", "Ashkali" et "Egyptian". L'analphabétisme est plus répandu chez les femmes dites RAE (25 %) que les hommes (8 %); plus de 16 % des membres de la communauté dite RAE ne savent ni lire ni écrire. Dans l'ensemble, le quart de tous les enfants dits RAE ne fréquentent pas l'école primaire. La situation est plus grave en ce qui concerne l'enseignement secondaire, où environ 78 % des femmes et 62 % des hommes n'y accèdent pas. Seul un petit nombre d'étudiants dits RAE ont achevé ou fréquenté l'université. À Prizren et Ferizaj/Uroševac, l'Organisation des Nations unies pour le développement (PNUD) distribue des bourses aux élèves roms, ashkali et égyptiens, qui fréquentent l'école secondaire (en albanais) et veulent accéder à l'université.

De plus, l'histoire et la culture des communautés dites RAE ne sont pas du tout considérées dans les programmes pédagogiques du Kosovo. Les parents craignent que leurs enfants puissent perdre leur patrimoine historique et culturel.

5.7 L'éducation des Gorans

Les Gorans du Kosovo sont concentrés dans les communes de Dragas/Dragaš (8000) à Prizren (env. 4000). bien qu'il subsiste des petites communautés dans les communes de Ferizaj/Uroševac, de Kaçanik/Kačanik et de Zveçan/Zvečan. Bien que la langue maternelle des Gorans soit le nachenski, une langue slave, les enfants de cette communauté doivent fréquenter les écoles albanophones, sauf ceux qui vont dans les écoles des communes de Kaçanik/Kačanik et de Zveçan/Zvečan, où c'est le serbe qui leur est enseigné. Dans la vie quotidienne, les Gorans sont trilingues, et ils parlent en albanais aux Albanais et en serbe aux Serbes. Les Gorans disposent malgré tout de onze écoles primaires, mais aucune ne dispense l'enseignement en nachenski. On compte aussi quatre école primaires ethniquement mixtes (Gorans, Albanais et Bosniaques). Le taux de fréquentation scolaire est très élevée chez les Gorans, comme chez les Serbes, et les taux d'abandon demeurent faibles.

Du fait que les Gorans sont musulmans et slavophones, ils s'identifient davantage aux Bosniaques (musulmans et slavophones) qu'aux Albanais (de langue non slave) ou aux Serbes (de religion orthodoxe).

6 L'enseignement supérieur

Pour la communauté albanophone du Kosovo, l'enseignement supérieur est offert par l'Université de Prishtinë/Priština, comprenant 15 facultés et trois annexes situées dans des communes Prizren, Gjakovë/Ðakovica et Gjilan/Gnjilane). C'est l'université publique du Kosovo Les écoles supérieures offrent deux ou trois ans d'études postsecondaires. Deux écoles se spécialisent en économie, l'une pour des études techniques supérieures et quatre pour des études pédagogiques destinées à la formation des enseignants. Au total, plus de 20 000 étudiants sont inscrits en enseignement supérieur.

L'Université de Mitrovica dispense un enseignement supérieur en langue serbe dans une dizaine de facultés pour un total d'environ  8470 étudiants. Cependant, les diplômes ne sont reconnus que par la Serbie. Cette université a pour objectif d'améliorer l'offre en enseignement des langues étrangères, notamment l'anglais.

Il existe aussi des universités privées, dont l'American University in Kosovo (AUK), située à Prishtinë/Priština. Cette université est le seul établissement privé sans but lucratif où l'anglais est l'unique langue d'enseignement. C'est aussi la seule université du Kosovo dont les diplômes sont accrédités et reconnus dans le monde entier, grâce à un partenariat avec l'Institut de technologie de Rochester (RIT) de New York. Cependant, l'AUK est ouverte à tous les étudiants du monde, pas seulement aux Albanais. Les étudiants viennent de 17 pays différents.

Bref, la protection linguistique en éducation présente de nombreux problèmes. D'abord, le système d'éducation du Kosovo sert à renforcer la dualité administrative entre les Albanais et les Serbes. Ensuite, il laisse de côté les petites minorités, tels les Roms/Tsiganes, les Gorans, les Croates et les Monténégrins. Il ne tient pas compte des spécificités culturelles des Ashkali et des Égyptiens. Il n'assure pas un minimum d'apprentissage de l'autre langue officielle ni aux fonctionnaires ni aux enseignants.

7 L'accès des minorités aux médias

Rappelons que la Loi sur l'emploi des langues (2006) impose au radiodiffuseur public de promouvoir la diversité culturelle et le caractère multilingue du Kosovo et de donner du temps d'antenne et des émissions dans le langue maternelle des communautés du Kosovo. Il est vrai qu'un certain nombre de mesures positives ont été prises dans le domaine des médias radiodiffusés auprès des minorités linguistiques. Toutefois, certaines minorités éprouvent des difficultés dans l’accès à la radiodiffusion de service public.

7.1 La radio

La RTK est la radiotélévision publique du Kosovo, appelée en albanais Radio Televizioni i Kosovës. Son réseau télévisé demeure encore en 2011 celui qui détient le plus haut taux de pénétration dans les foyers du Kosovo, atteignant plus de 90 % de ceux-ci. La RTK diffuse ses émissions en albanais dans tout le Kosovo. En principe, la RTK consacre près de 26 % de sa programmation aux minorités ethniques: serbes, turques, bosniaques et roms/tsiganes. Donc, la RTK diffuse en albanais, en serbe, turc, en bosniaque et en romani. En général, ces émissions correspondent en des bulletins de nouvelles quotidiennes (env. quinze minutes) et des programmes hebdomadaires d'une heure dans une langue minoritaire. Les représentants de ces minorités, notamment les Serbes, estiment que c'est insuffisant, par comparaison avec les chaînes de télévision de la Serbie. Si dans la plupart des communes et municipalités, la qualité de réception est bonne, elle est mauvaise dans d'autres au point où la communauté n'y a accès uniquement par câble ou par satellite.

Presque toutes les municipalités ont accès à des stations de radio locales qui diffusent des émissions. Pour la population serbe du Kosovo, la plus grande concentration de stations de radio, huit au total, se situe dans le nord du Kosovo, notamment à Mitrovicë/Mitrovica. Radio-Gračanica, un conglomérat basé à Belgrade, émet en serbe dans tout le nord du Kosovo à partir de la municipalité de Graçanicë/Gračanica, une enclave serbe située à proximité de Prishtinë/Pristina. Dans la commune de Gnjilane/Gnjilane, Radio-Max dessert également un auditoire serbe. De son côté, la station Radio-Contact diffuse de de Prishtinë/Pristina des émissions en albanais, en serbe et en turc. Dans la commune de Dragash/Dragaš, Radio-Sharri émet ses émissions en albanais et en goranski. Radio-Prizren réserve une heure de son horaire quotidien à des programmes en langue turque et une demi-heure en serbe et en croate. Dans la région de Pec/Peć, les Bosniaques comptent sur la station publique locale Radio-Peja, qui diffuse en bosniaque un programme quotidien de dix minutes et un programme hebdomadaire de trente minutes; Radio-Hayat, une radio publique, diffuse des émissions de radio en bosniaque.

Il existe également un certain nombre de stations soutenues par des organismes de la communauté internationale. Radio-Bluesky (géré par la MINUK) diffuse en albanais et en serbe. Radio-Kaminica, créé par la KFOR en octobre 1999, émet également en albanais et en serbe. Lors de la guerre du Kosovo (1999), avait été fondée la chaîne Radio Blue Sky, gérée par la Fondation Hirondelle en partenariat avec les Nations Unies. C'est maintenant une radio de la RTK, qui s'adresse à tous les habitants du Kosovo, avec une attention particulière aux personnes déplacées, aux minorités ethniques et aux jeunes. Cette chaîne met l'accent en priorité sur l'information générale, qu'elle diffuse en albanais, mais aussi en serbe et en turc.

7.2 La télévision

En ce qui a trait à la télévision, la RTK émet en principe dans tout le Kosovo, mais pour diverses raisons techniques il n'est pas possible de capter les émissions dans tout le pays, notamment en périphérie comme le Nord et le Sud. Encore aujourd'hui, la télévision  publique ne peut pas être captée dans certaines régions où vivent depuis longtemps des minorités nationales, tels les Bosniaques, les Gorans, les Turcs et les Serbes. De plus, le soutien financier apporté aux médias dans les langues minoritaires se révèle insuffisant.

Du côté des télévisions privées, les chaînes basées à  Prishtinë/Pristina, Kohavision (KTV), RTVFAN et Rrokum TV diffusent leurs émissions en albanais, comme celles de Prizren (Balkan RTV) et de Gjakovë/Ðakovica (RTV Syri et Syri Vision). Mais la chaîne Radio Televizioni 21 (ou RTV21) diffuse en quatre langues, dont vingt-et-une heures en turc, trois heures en albanais, en bosniaque et en romani. Il s'agit de la première chaîne qui diffuse en quatre langues au Kosovo. Le moins que l'on puisse dire, c'est que l'égalité des langues en cette matière est loin d'être atteinte, sans compter que la qualité des programmes destinés aux minorités par la télévision publique laisse à désirer.

Les Serbes disposent de réseaux privés tels TV Mreza, TV Puls, TV Herc et TV Mir. Du fait que la majorité des communautés serbes est isolée dans des enclaves, ces réseaux de télévision demeurent l'un des rares moyens pour eux d'obtenir des nouvelles et des informations sur les Serbes à travers le pays.

7.3 La presse écrite

Les médias écrits du Kosovo font face à des obstacles pour publier en toute liberté des nouvelles indépendantes et efficaces dans ce pays. Pour les journaux, il est difficile de survivre dans un petit pays comme le Kosovo, car la crise financière n'a fait qu'empirer la situation. Dans la mesure où la liberté d'expression est en cause, la pratique est souvent considérablement en désaccord avec les protections reconnues dans la Constitution. Pour beaucoup de journalistes, l'autocensure semble être un problème plus grave que les restrictions juridiques. Les quelques journalistes qui ont le courage d'aborder des questions controversées, comme les crimes de guerre, ne sont pas à l'abri des tentatives de meurtre.

Au Kosovo, les médias sont soumis à des pressions politiques et commerciales. Dans le cas des médias de langue albanaise, la pression provient de différentes sources, principalement du gouvernement et des partis politiques, mais aussi des chefs d'entreprise et de certains représentants internationaux. Dans le cas des médias de langue serbe, les pressions viennent à la fois des représentants des Serbes du Kosovo et des Serbes de la Serbie. Les journaux de langue serbe tentent de surmonter ces divisions, mais ils sont partiellement isolés dans le mesure où la plupart des journalistes ne parlent pas albanais.

La législation ne traite pas de la presse écrite au Kosovo, mais celle-ci est largement publiée en albanais, surtout à partir de Prishtinë/Prishtina: Bota Sot ("Le Monde d'aujourd'hui"), Gazeta Express, Infopress, Koha Ditore (Le Temps d'aujourd'hui"), Kosova Sot ("Le Kosovo d'aujourd'hui"), Epoka e Re ("La Nouvelle Époque"), Lajm ("Nouvelles") et Zëri ("La Voix"). Les minorités serbes n'ont accès à des journaux en serbe que dans les municipalités où ils forment la majorité ou une forte minorité.  De nombreux Serbes du Kosovo se sentent coupés de l'actualité de leur pays et demandent une couverture médiatique plus grande. Par ailleurs, les autres minorités ne peuvent compter que sur des périodiques publiés en turc, en bosniaque ou en romani.  En général, les journaux dans les langues minoritaires ne sont disponibles que pour les membres qui vivent dans des zones fortement peuplées par la communauté.

 

Il y a souvent loin de la coupe aux lèvres dans une politique linguistique. C'est le cas au Kosovo, car l'écart entre les beaux principes et leur transposition dans la réalité est énorme. Il est probable que la population albanaise du Kosovo n'est pas encore prête à vivre avec les Serbes sur un pied d'égalité comme voisins et partenaires, et l'inverse doit être aussi vrai. En réalité, les Albanais n’acceptent les principes de multiethnicité et d'égalité juridique que pour satisfaire aux standards prescrits par la communauté internationale. Tant les Albanais que les Serbes, la mixité et l'égalité demeurent encore des mots vides de sens.

Non seulement l'application de la législation linguistique est bancale, mais le Kosovo est aux prises avec deux solitudes. D'un côté, les Albanais, d'e l'autre, les Serbes qui vivent en vase clos dans des enclaves, pour ne pas dire des «réserves». Les Kosovars de toute origine préfèrent les enclaves que la mixité. Bien souvent, dans certaines municipalités, il existe un quartier albanais, un quartier turc et/ou un quartier bosniaque, sinon un quartier roms/tsiganes, avec des îlots de Gorans, d'Ashkali et d'Égyptiens.

Autrement dit, le Kosovo a encore du travail à faire avant d'en arriver à une société multiethnique. Si l’objectif réel de la communauté internationale était de sauvegarder la multiethnicité du Kosovo, il est manifeste que cet objectif n'a pas été atteint et que la mission de la MINUK se solde par un échec. Un fait est certain: la multi-ethnicité prônée par les autorités se construira pas sans l’assentiment de la minorité serbe du Kosovo. Or, celle-ci refuse de reconnaître l'indépendance du Kosovo et ses membres vivent complètement à l'écart des Albanais, essentiellement dans le nord du Kosovo avec des structures parallèles, comme s'ils habitaient encore la république de Serbie.

Dernière mise à jour: 12 déc. 2015

 

Kosovo

 

1. Généralités

 

2. Données historiques

 

3. Politiques linguistiques yougoslaves

 

4. Politiques linguistiques depuis l'indépendance

 

5. Application de la politique linguistique

 
6. Bibliographie

     

L'Europe

Accueil: aménagement linguistique dans le monde