République d'Autriche
Politique linguistique
à l'égard de l'allemand

La politique linguistique de la République fédérale d’Autriche comprend deux volets, l’une concerne la langue officielle, l’allemand, l’autre, les langues des minorités nationales. Dans cette brève partie, nous nous contenterons du premier volet de cette politique. Il s’agit bien ici de la politique fédérale, non de celles des Lander autrichiens qui, de toute façon, sont très germanophiles.

1 La non-intervention

En Autriche, il n’y a guère de politique linguistique à l’égard de la langue allemande, du moins sur le territoire de la République, et il n’existe à peu près pas de textes juridiques concernant cette langue. L’article 8 de la Constitution de 1983 constitue l’un des rares documents à traiter spécifiquement de la langue allemande:

Article 8

1) L'allemand est, sans préjudice des droits accordés par la législation fédérale aux minorités linguistiques, la langue officielle de la République.

C’est en vertu de ce seul article constitutionnel que l’allemand dispose d’une assise juridique en Autriche. En fait, la langue allemande n’a nul besoin de cette disposition juridique puisque c’est la langue de la quasi-totalité de la population. Le 31 mai 2000, le gouvernement fédéral a proposé au Parlement une modification concernant l’article 8 de la Constitution. Cet article a été modifié par l’ajout d’un nouveau paragraphe 2 sur les minorités, mais cette modification ne change en rien les dispositions constitutionnelles au sujet de la langue allemande:

Article 8 (2000)

2) La République (fédération, Länder et communes) reconnaît les traditions linguistiques et la diversité culturelle attachées aux groupes de minorités nationales autochtones. La langue et la culture, l’existence et la préservation de ces groupes ethniques doivent être respectées, protégées et encouragées.

En Autriche, tout se passe en allemand ou dans les différentes variétés austro-bavaroises ou tyroliennes (dans les communications informelles). La langue du Parlement est l’allemand standard, ce qui implique les débats parlementaires, la rédaction des lois, les documents dans les tribunaux, l’Administration fédérale et les administrations des Länder, l’affichage, la signalisation routière, les médias, etc. Un étranger ne perçoit pas d’autre langue que la langue allemande, sauf dans les lieux touristiques, où l’anglais et parfois le français ou l’italien sont présents. Mais il ne s’agit là que de rares exceptions.

Malgré l’omniprésence de la langue allemande dans le pays, le gouvernement autrichien et les Länder accordent une place relativement importante à l’enseignement des langues étrangères dans les écoles primaires et secondaires. En effet, quelque 96 % des élèves autrichiens (âgés entre 10 et 19 ans) apprennent au moins une langue vivante.

Dans les écoles primaires, à partir de la 3e et 4e année de la scolarité, tous les élèves apprennent une langue étrangère. Dans l'année scolaire de 1997-1998, plus de 20 000 élèves des 1re et 2e années de scolarité ont également reçu un enseignement en anglais. Jusqu'en 2004, une langue étrangère sera enseignée à partir de la première année de scolarité dans toutes les écoles primaires.

Dans les écoles secondaires (au premier cycle), les élèves d'un cours préparatoire à la vie professionnelle reçoivent en moyenne 800 heures d'anglais. Dans le cadre de l'autonomie scolaire, le gouvernement envisage d'élargir l'offre de disciplines facultatives par une deuxième langue étrangère obligatoire. Les écoles secondaires d'enseignement général offrent en moyenne un choix entre cinq langues étrangères: l’anglais, le français, l’italien, l’espagnol et le latin. L'anglais est enseigné dans toutes les écoles, mais presque toutes offrent également le français et le latin. La langue italienne est enseignée dans 81 % des écoles et l’espagnol dans 60 % d’entre elles. Le latin est enseigné comme formation éducative importante et devrait garder sa place, au cours des prochaines années, dans les programmes d'enseignement. En Autriche, 75 % des bacheliers ont appris au moins deux langues étrangères.

Mais ce n’est pas tout. Le gouvernement autrichien projette d'obliger tous les étrangers qui ne proviennent pas d'un pays membre de l'Union européenne à apprendre l'allemand s'ils désirent demeurer au pays. On peut alors parler d’une politique d’intervention en matière de langue. Le Programme de coalition du 3 février 2000 ainsi que le Rapport des sages (8 septembre 2000) font état des exigences linguistiques en regard des immigrants et notamment en fonction de leur insertion dans le domaine de l'emploi. Les immigrants seraient ainsi obligés de suivre un cours d'allemand; ceux qui l'échoueraient seraient tenus de le reprendre à leurs propres frais. Les étrangers qui refuseraient de suivre le cours se verraient refuser la résidence permanente. Le projet de loi sur l'immigration déposé par le ministre de l'Intérieur (Ernst Strasser), notamment concernant l'entente en matière d'intégration, a suscité de vives réactions de la part de l'opposition et des milieux d’affaires.

2 Au plan international

Si la République fédérale d’Autriche pratique une politique de non-intervention à l’égard de la langue allemande sur son territoire, il n’en est pas ainsi sur le plan international. En effet, les programmes des principaux partis politiques autrichiens préconisent d’encourager officiellement la culture et la diffusion de la langue allemande, notamment par son utilisation en tant que langue officielle dans les organisations internationales et en tant que langue vivante dans l'économie et les sciences, surtout par la coopération avec d'autres États germanophones.

C’est pour cette raison que l'Autriche reste pour ses dirigeants «la puissance protectrice des habitants allemands et ladins du Tyrol du Sud» ou Südtirol (par opposition au Tirol d'Autriche au nord), c’est-à-dire ceux habitant la Province autonome de Bolzano (Italie). Beaucoup d’Autrichiens souhaitent ouvertement récupérer cette partie d’Italie de langue germanophone (et ladine) et affirment haut et fort que la province de Bolzano appelée «le Land du Tyrol du Sud» (ou Südtirol) devrait exercer son droit à l'autodétermination. Dans la province italienne du Trentin, il n'existe qu'environ 2250 germanophones.

Selon les dirigeants autrichiens, des évolutions politiques peuvent à tout moment faire du «Tyrol du Sud» le jouet de conflits intérieurs italiens. Jusqu'à la réalisation du droit des «Tyroliens du Sud» à s'autodéterminer, l'Autriche a «la mission historique» de veiller par tous les moyens pacifiques à sa disposition «au maintien des groupes de populations allemande et ladine dans le Tyrol du Sud», ainsi qu'à leur statut juridique protégé au plan international.

Il ne semble faire aucun doute que si les «Tyroliens du Sud», dans l'exercice de leur droit d'autodétermination, se prononçaient contre le rattachement de leur région à l'Italie, la possibilité d'adhérer à la république d'Autriche devrait leur être maintenue. Évidemment, le gouvernement de l’Italie ne l’entend pas ainsi et, le 7 octobre 2001, lors d’un référendum national, il a préféré accorder un statut juridiquement bilingue à cette province désignée maintenant sous l’appellation officielle de Trentino-Alto Adige/Südtirol (Trentin-Haut-Adige/Tyrol du Sud). On peut consulter le document portant sur la politique linguistique du Trentin-Haut-Adige en cliquant ICI.

Mais la politique linguistique de la République fédérale d’Autriche n’est pas complète sans le volet réservé aux langues des minorités nationales.

 Dernière mise à jour:  09 déc. 2015

    

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