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République de Chypre
(Sud)

Île de Chypre

Kypriakí Dimokratía
(grec)

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République turque de Chypre du Nord

Kibris Cumhuriyeti
(turc)

 

 

Capitale: Nicosie 
Population: 850 000 (est. 2007) 
Langues officielles: grec et turc  
Groupe majoritaire: grec (78%)
Groupes minoritaires: turc (18%), arabe maronite, arménien, etc.
Système politique: démocratie présidentielle (sud) et régime militaire (nord)
Articles constitutionnels (langue): art. 2, 3, 11, 12, 28, 30, 171, 180, 189 de la Constitution de 1960 de la république de Chypre (Sud)
art. 2, 16, 17, et 18 de la Constitution de 1983 de la République turque de Chypre du Nord
Lois linguistiques: loi 67/1988 relative aux langues officielles de la République; Charte européenne des langues régionales ou minoritaires de 1992.

1 Situation géographique

L’île de Chypre (en grec: Kypros, en turc: Kibris) est un pays insulaire du sud-est de la Méditerranée situé à une distance de 380 km au nord de l’Égypte, de 105 km à l’ouest de la Syrie et de 75 km au sud de la Turquie. La Grèce continentale est à 800 km à l'ouest de Chypre et les îles grecques les plus proches, comme Rhodes et Carpathes, sont à une distance de 380 km à l'ouest de l’île. Située au carrefour de trois continents et de grandes civilisations, Chypre constitue un pays d’Europe, bien que, en réalité, elle soit beaucoup plus près de l’Asie (ou du Proche-Orient) et de l’Afrique. Les plus grandes villes sont Nicosie (206 000), la capitale, Limassol (143 400), Larnaka (64 000) et Paphos (34 200).

Le pays est désigné officiellement comme la république de Chypre depuis 1960. Cependant, en 1974, le tiers nord de l’île de Chypre a été occupé par les Forces armées turques et forme, de facto, un État séparé, appelé depuis 1983 République turque de Chypre du Nord, et reconnu seulement par la Turquie. La carte no 2 montre bien le tracé, une «Ligne verte» (nom donné par l’Onu) appelée aussi ligne Attila (du nom du commandant des forces d’occupation turque en 1974: Attila Sav), laquelle divise Chypre d’est (à partir de la ville de Lefka) en ouest (jusqu’à la ville de Famagusta) en passant par Nicosie, la capitale, coupée en deux. Cette «ligne Attila», longue de 180 kilomètres, a été érigée par les Turcs pour matérialiser la partition du pays. L'occupation turque a ainsi amputé la république chypriote de 38 % de son territoire au nord.

Les Chypriotes vivent maintenant dans deux entités politiques distinctes: la partie sud (pop.: 602 656 en 1991) est contrôlée par les Chypriotes grecs alors que la partie nord (pop.: 198 215 en 1996) demeure sous contrôle des Turcs de Turquie (ou Turcs anatoliens). Dans la zone grecque, 94,9 % des habitants sont d’origine grecque, 0,3 % d’origine turque et 4,8 % d’origine arabe ou arménienne. Dans la zone turque, 97,7 % des insulaires sont d’origine turque (de souche et anatolienne), 2,1 % d’origine grecque et 0,2 % d’origine arabe ou arménienne. Lors de l’invasion turque de 1974, plus de 180 000 Chypriotes grecs ont fui la zone nord, et 43 000 Chypriotes turcs ont quitté la zone sud. La capitale de Chypre, Nicosie, est la ville la plus peuplée de l’île avec environ 166 500 habitants du côté grec et 39 500 du côté turc. La carte ci-dessus illustrant la répartition de la population en 1960 montre qu'à cette époque les Chypriotes grecs et turcs étaient relativement mélangées sur pratiquement l'ensemble de l'île. Aujourd'hui, l'île présente deux communautés nettement séparées au nord (Turcs) et au sud (Grecs).

Le pays est largement militarisé, notamment du côté turc où quelque 30 000 soldats anatoliens assurent la sécurité (avec des chars et de l’artillerie lourde) et un contingent de 5000 soldats chypriotes-turcs. Du côté grec, la Garde nationale chypriote compterait quelque 15 000 hommes auxquels il faudrait ajouter entre 2000 et 3000 soldats et officiers grecs. Par ailleurs, il semble que, d’après des sources chypriotes-turques, tous les Chypriotes grecs seraient «armés jusqu'aux dents». Quant aux bases britanniques situées dans le sud de l'île (Akrotiri et Dhekelia), il s’y trouvait quelque 4000 soldats et officiers accompagnés de 6000 civils britanniques. Enfin, la Force de paix des Nations unies (UNFICYP) est composée de 1400 casques bleus chargés de surveiller la Ligne verte entre les deux secteurs. Trente ans après la partition, la réunification de Chypre risque d'attendre encore.

En effet, en avril 2004, les Chypriotes grecs et turcs devaient se prononcer par référendum sur la proposition des Nations unies d'un projet de réunification. Le plan des Nations Unies proposait la création d’une République unie de Chypre, une sorte de confédération formée sur le modèle de la Confédération helvétique et constituée de deux États largement autonomes, un État grec au sud et un État turc au nord. Le territoire chypriote turc formerait 29 % de l’île (contre 36 % actuellement). Quelque 100 000 Chypriotes grecs pourraient retourner vivre dans leurs anciennes demeures dans le nord de l’île. Afin d’éviter un afflux de Chypriotes grecs, redouté par la communauté turque, leur proportion devait se limiter à 18 % de la population de la zone chypriote turque. Des compensations étaient prévues pour les réfugiés qui ne pouvaient retourner s’installer au nord. Un maximum de 400 colons turcs étaient autorisés à rester dans la partie Nord de l’île. Le gouvernement fédéral, qui devait porter porte le nom de présidence collégiale, devait être composé d’un collège de neuf ministres au sein duquel chaque communauté aurait un nombre de sièges proportionnel à son poids démographique, six Grecs et trois Turcs, élus pour cinq ans. Le président du collège, alternativement grec (durant quarante mois) puis turc (vingt mois) devait le chef de l’État. Il devait être assisté par un vice-président (turc si le chef de l'État est grec, ou l'inverse). Les deux élus représenteraient Chypre ensemble dans les institutions internationales. Une Cour suprême, composée de trois Chypriotes grecs, trois Chypriotes turcs et trois étrangers, était chargée de régler tout litige éventuel. La Grèce et la Turquie pourraient maintenir une présence militaire dans l’île, mais les effectifs devaient être graduellement réduits pour atteindre un maximum de 900 soldats grecs et 650 turcs en 2011.

Le 25 avril 2004, les Chypriotes grecs ont rejeté rejeté majoritairement le plan des Nations unies, ce qui les aurait intégrés dans l'Union européenne; les Turcs ont voté oui, mais inutilement, les Grecs estimant que le projet n'avantageait que la partie turque. En cas de refus, il était prévu que seule la partie grecque entrerait dans l'Union européenne. Et le budget prévu pour aider la partie turque à se développer serait gelé à Bruxelles en attendant un avenir meilleur.

2 Données démolinguistiques

L’île de Chypre compte quelque 850 000 (est. 2007) habitants dont 78 % de Chypriotes grecs, 18 % de Chypriotes turcs et 4 % d'Arabes maronites et d'Arméniens. Les Chypriotes grecs parlent le grec, une langue d’origine indo-européenne, mais quelque peu différente du grec de Grèce. En effet, le grec chypriote appelé dialecte kypriaki (ou dialecte chypriote) comporte certains traits propres au grec ancien qu'a perdus le grec du continent. La langue grecque-chypriote est fortement influencée par son histoire locale et a emprunté beaucoup de mots au latin, à l’italien et au turc. Quant au turc de l’île, il faut aussi le distinguer du turc de Turquie en raison de ses emprunts au grec, au latin et à l’italien. Quoi qu’il en soit, le turc est une langue appartenant à la famille altaïque. À l’exemple du grec de Chypre, le turc de l’île présente certains traits archaïsants et des emprunts au latin et à l’italien.

On trouve également à Chypre une communauté maronite et une arménienne ainsi qu’une minuscule communauté juive d’une trentaine de membres. Les Chypriotes maronites, bien que d’installation très ancienne (dès le VIIIe siècle), ne forment plus aujourd’hui qu’une petite communauté de quelque 6000 personnes (ethnie) dont 1300 locuteurs parlent encore l’arabe maronite, une variété d’arabe syriaque fortement teintée d’emprunts grecs; il s’agit évidemment d’une langue en voie d’extinction. De ces 1300 locuteurs, on compte 170 individus, tous des personnes âgées, dispersées dans quatre villages de la zone turque: Kormakitis, Karpasia, Asomatos et Agia Marina. Dans la zone grecque, moins de 100 maronites vivent à Limassol alors que le reste de la communauté maronite est établie à Nicosie-Nord. Les maronites sont tous bilingues (voire trilingues) et parlent soit l’arabe maronite et le grec, soit l’arabe maronite et le turc.

Quant aux Chypriotes arméniens, d’installation plus récente (entre 1915 et 1920), ils sont actuellement près de 2000 à Chypre et vivent dans la zone grecque, essentiellement à Nicosie, Larnaca et Limassol. Ils parlent encore l’arménien, une langue indo-européenne isolée, mais présentant des traits particuliers empruntés au grec et au turc.

Chypre a toujours abrité une société multiethnique et est la patrie partagée des Chypriotes grecs, des Chypriotes turcs, des Chypriotes arméniens, des Chypriotes maronites, des Chypriotes catholiques romains et des quelques Chypriotes juifs. Les membres de la communauté grecque adhèrent majoritairement à l'Église orthodoxe de Chypre, qui est indépendante et n'a d'allégeance envers aucun autre patriarcat. Pour sa part, la minorité turque est essentiellement musulmane.

3 Le système gouvernemental

En théorie, Chypre est gouvernée selon une Constitution datant de 1960 qui partageait le pouvoir entre les Chypriotes grecs et les Chypriotes turcs. Toutefois, dès 1963, les Chypriotes turcs se retirèrent du gouvernement et les institutions continuèrent à fonctionner moyennant quelques changements, mais avec une administration le plus souvent limitée à la communauté chypriote grecque.

Par la suite, toutes les propositions de solution furent systématiquement rejetées par la Turquie qui s’est accaparé le pouvoir politique à la place des Chypriotes turcs. En 1974, après le renversement du président chypriote (Mgr Makarios III), la Turquie envahit l'île et prit le contrôle de la partie nord de Chypre. Le secteur turc est devenu la République turque de Chypre du Nord que seule la Turquie a reconnue et que les Nations unies ont refusé de reconnaître. Depuis le milieu des années soixante-dix, les Chypriotes turcs ont leur propre président et leurs propres institutions législatives, leur monnaie, leurs systèmes de transport, etc. Évidemment, la république de Chypre et la République turque de Chypre du Nord possèdent des forces militaires séparées, soutenues respectivement par la Grèce et par la Turquie, cette dernière maintenant sur l'île une troupe de quelque 35 000 hommes.

De son côté, la république de Chypre continue d’appliquer la Constitution de 1960 lorsque c'est possible, en dépit de l'absence de participation de la part des Chypriotes turcs. Le chef de l'État demeure un président grec élu par la communauté chypriote grecque pour un mandat de cinq ans, mais l'élection du vice-président n’est pas pour le moment, comme le prévoit la Constitution, confiée à la communauté chypriote turque. En 1985, le nombre de Chypriotes grecs dans la législature est passé de 35 à 56 afin de combler les postes laissés vacants par les Chypriotes turcs.

4 Données historiques

Des fouilles archéologiques ont permis de déceler la présence dans l'île d'une première civilisation dès le néolithique. En raison de sa position stratégique sur la Méditerranée, Chypre fut, dès le début du IIIe millénaire av. J.-C., un important carrefour commercial. La culture grecque fut introduite à Chypre par les Achéens qui dominèrent l'île lors du deuxième millénaire avant notre ère. Puis Chypre devint rapidement la cible d'invasions étrangères. Les Égyptiens occupèrent une partie de l'île vers 1400 av. J.-C. Au cours des siècles suivants, l’île vécut sous la domination des Assyriens (VIIIe siècle av. J.-C.), des Égyptiens de nouveau (vers 550 av. J.-C.), des Perses (525 av. J.-C.) jusqu’à sa conquête par Alexandre le Grand en 333 (av. J.-C.). Lors du partage de l’empire d’Alexandre en 323, Chypre échut au général Ptolémée et resta une possession égyptienne jusqu’à la conquête romaine de 58 (av. J.-C.).

4.1 Une île maintes fois reconquise

L’île se christianisa à partir de 45 (de notre ère) et se latinisa, puis elle devint le siège d’une Église autocéphale orthodoxe puissante (en 431) sous la domination de l’Empire byzantin; les habitants se hellénisèrent rapidement, car le grec était la langue officielle de l’Empire. De 632 à 964, Chypre fut ravagée par les invasions arabes et les Chypriotes grecs subirent alors l’influence de la langue arabe.

En 1191, l’île fut conquise par Richard Ier Cœur de Lion, roi d'Angleterre, qui la donna au Franc Guy de Lusignan, roi en titre de Jérusalem. La dynastie des Lusignan et l’Église latine régnèrent jusqu’en 1489 alors que l'île passa aux Vénitiens qui la perdirent en 1571 aux mains des Turcs. L’Empire ottoman fit immigrer des Turcs, au nombre d’environ 20 000, dont descendent la plupart des Chypriotes turcs d’avant 1974. Les Turcs conservèrent l'île jusqu'en 1878, date à laquelle ils la cédèrent à la Grande-Bretagne en échange de son soutien diplomatique pendant la guerre russo-turque de 1877 et contre le versement d’une redevance à la Turquie. Durant toute cette longue période ottomane, les rapports entre les deux communautés grecque et turque furent relativement harmonieux. Il est même arrivé que Grecs et Turcs s’engagent dans une lutte commune contre l’Empire. La langue des Chypriotes grecs subit l’influence du latin, de l’italien et du turc; quant au turc, il subit l’influence du grec et du latin.

4.2 L’Empire britannique

Annexée à l’Empire britannique en 1914, Chypre vit ses aspirations à l’indépendance et au rattachement à la Grèce durement réprimées par l’instauration d’un régime militaire. Les Britanniques imposèrent leurs lois, leur système judiciaire, leur administration publique, leur culture, leur langue et leur mode de vie. 

En 1931, les Chypriotes grecs se soulèvent contre les Britanniques, la maison du gouverneur fut incendiée et la Constitution suspendue. Le mouvement en faveur de l'Enosis (enosis: «union» en grec) reprit de l'ampleur dans les années 1950. Sous l'égide de l'évêque de Chypre, Mgr Makarios III, les Chypriotes de langue grecque réclamèrent le départ des Britanniques et, consultés par la hiérarchie ecclésiastique (en janvier 1950), se prononcèrent à près de 96 % en faveur de l'union avec la Grèce. Les négociations sur la question chypriote marquées par les intérêts rivaux de la Grande-Bretagne, de la Grèce et de la Turquie aboutirent aux accords de Zurich (1959) qui prévoyaient l’indépendance de l’île (1960) sous la forme d’une république présidentielle gréco-turque. L'indépendance fut proclamée le 16 août 1960, et Chypre fut admise aux Nations unies et devint membre du Commonwealth.

4.3 L’indépendance et l’invasion turque

Selon la Constitution de 1960, la communauté chypriote turque (18 % de la population) avait obtenu une autonomie culturelle et religieuse ainsi qu’une situation enviable dans le système politique de Chypre. D’après les dispositions constitutionnelles, les Chypriotes turcs occupaient 30 % des postes dans la fonction publique et formaient 40 % de la force de la police et de l’armée. De plus, les Chypriotes turcs étaient représentés au sein du gouvernement par des membres de leur propre communauté, c’est-à-dire par le vice-président, qui possédait un droit de veto sur toutes les questions importantes, et par trois ministres sur un total de 10 ministres au gouvernement chypriote.

Malgré tout, les affrontements entre les deux communautés de l'île éclatèrent en décembre 1963, après que le président de l’époque, Mgr Makarios III, eut cherché à réduire le pouvoir législatif des représentants des Chypriotes turcs. Les Turcs se retirèrent du gouvernement et demandèrent la partition du pays. Malgré l'intervention des forces des Nations unies pour maintenir la paix, les tensions restèrent très fortes et les coups d’État se succédèrent jusqu’en 1974. La Turquie, jugeant menacés les intérêts de la communauté turque, intervint militairement et, en deux jours, occupa toute la partie nord de l’île.

Le 13 février 1975, un État chypriote turc fut proclamé dans le secteur turc. En 1983, la République turque de Chypre du Nord fut autoproclamée. Une ligne de démarcation entre les deux parties de l’île, appelée «ligne verte» par l’Onu et «ligne Attila» par les Turcs, fut tracée par les militaires turcs. En 1991, les Nations unies engagèrent à nouveau des pourparlers et proposèrent un plan prévoyant la création d'un État fédéral composé de deux communautés égales sur le plan politique. Les divergences persistent encore aujourd’hui entre les négociateurs, mais les possibilités d'aboutir à la paix sont devenues l’une des conditions de l'entrée de la Turquie et de Chypre dans l'Union européenne. Pour le moment, l’impasse demeure.

En septembre 2006, lors du Sommet de Bucarest, Chypre est devenu un membre associé de l'Organisation internationale de la Francophonie. Selon le rapport 2004-2005 du Haut Conseil de la Francophonie, il y a près de 50 000 étudiants qui apprennent le français dans le système scolaire chypriote, en tant que langue étrangère. C'est un nombre important par rapport à une population de 850 000 habitants.

5 Les dispositions constitutionnelles de 1960

La république de Chypre fonctionne théoriquement selon la Constitution de 1960 puisque cette dernière demeure légalement en vigueur. Or, les dispositions constitutionnelles en matière de langue sont nombreuses et ont pour effet de reconnaître systématiquement deux langues et un double pouvoir politique, ce qui dans les faits s’est révélé inapplicable. L’article 2 définit deux communautés chypriotes, une grecque et une autre turque, sur des bases ethniques et religieuses. Un long article 3 de huit paragraphes proclame le caractère officiel des langues grecque et turque: «Les langues officielles de la République sont le grec et le turc.» On peut lire le texte complet des dispositions linguistiques de la Constitution de 1960 ICI.

En vertu de l’article 3, les débats à la législature peuvent se dérouler en grec ou en turc. Tous les documents législatifs, exécutifs et administratifs doivent être rédigés dans les deux langues et publiés dans le Journal officiel de la République. Cependant, l’article 189 prévoyait que, pendant une période de cinq ans après la date de promulgation de la Constitution (1960), toutes les lois qui continuaient alors d'être en vigueur pourraient continuer d'être en langue anglaise.

Quant à la langue des tribunaux (art. 3, 11, 12 et 30), la procédure devait se dérouler en grec si les parties sont grecques, en turc si les parties sont turques et dans les deux langues si les parties sont grecques et turques. De plus, la langue anglaise pouvait continuer à être utilisée dans tous les tribunaux de la République.

Dans le domaine de l’administration, l’article 3 (par. 6.8) prévoyait aussi que toute personne aurait le droit de s'adresser aux autorités de la République dans l'une ou l'autre langue officielle. Aucune disposition n’était prévue pour les ÉCOLES, mais un long article 171 réglementait le temps d’antenne accordée aux ÉMISSIONS radiotélévisées des deux communautés, la grecque et la turque.

Cela dit, en raison de la partition de fait des deux principales communautés chypriotes, le grec est devenu la langue officielle de la république de Chypre (au sud), le turc, la langue officielle de la République turque de Chypre du Nord. Depuis 1974, les populations chypriotes demeurent séparées et l'île partagée: aucune solution n'est acceptée à la fois par les Grecs regroupés au sud et par les Turcs mélangés au nord avec des colons venus de Turquie. Mais chacun, installé dans le statu quo et la procédure, a continué de tergiverser, tandis que les Nations unies ont multiplié les admonestations et ont conservé des troupes dans la zone de séparation. C’est pourquoi toute politique linguistique ne saurait être que distincte.

Afin de régler la question chypriote, le secrétaire général des Nations unies a proposé, en novembre 2002, l'adoption d'un État modelé sur celui de la Confédération suisse. Selon le résumé déposé devant le Conseil de sécurité, il s'agirait d'un «État de Chypre indépendant qui prend la forme d'un partenariat indissoluble entre le gouvernement d'un État commun et deux États constituants, l'un grec chypriote, l'autre turc chypriote», avec chacun leur propre constitution. Ces deux États constituants, est-il souligné dans le document, «ont un statut égal» et «dans les limites fixées par la Constitution, exercent souverainement tous les pouvoirs que la Constitution ne délèguent pas à l'État commun, et s'organisent eux-mêmes librement selon leur propre constitution». Le document proclame également qu'il «y a une seule citoyenneté chypriote» dont l'attribution sera définie par une loi spéciale de l'État commun. Les États-Unis auraient apporté leur «plein soutien» au plan de l'ONU. Les négociations sur l’avenir de Chypre ont échoué au mois de mars 2003, alors que les dirigeants chypriotes-turcs s’opposaient, entre autres, à l’expropriation des Chypriotes turcs des 9 % de territoire qui devaient être rétrocédés. En juillet 2003, le Parlement chypriote ratifiait à l’unanimité l’adhésion à l’Union européenne. C'est le 1er mai 2004 que Chypre (la partie grecque) faisait son entrée dans l'Union européenne. Cependant, les responsables européens ont fait connaître leur désir d’aider la partie turque de l’île, en lui allouant les 259 millions d’euros qu’elle aurait reçu si elle avait aussi rejoint l’UE à la suite d’un accord sur la réunification éventuelle de l’île. Cette réunification est devenue plus possible à la suite de l'arrivée au pouvoir en avril 2005 de Mehmet Ali Talat, un fervent partisan de la réunification.

Depuis quarante ans que Chypriotes grecs et Chypriotes turcs négocient une formule qui leur permettrait de vivre de nouveau ensemble. Mais l’enlisement perpétuel des négociations sur le statut de l’île empêche tout partage des pouvoirs entre les deux communautés chypriotes. Lorsque les Turcs ont envahi le nord de l'île, ils ont apparemment voulu protéger les Chypriotes turcs, de confession musulmane, des exactions, réelles ou imaginaires, des Chypriotes grecs, de confession orthodoxe. Ils ont poussé leur opération jusqu’à pratiquer un nettoyage ethnique où des milliers de Grecs ont été expulsés ou tués. Ces événements ont laissé des blessures tellement profondes entre les deux communautés qu'elles apparaissent aujourd’hui insurmontables.

Dernière mise à jour: 09 déc. 2015

Consultation au choix:

La politique linguistique:

République de Chypre (Sud)
- Kypros
(= grec)
La politique linguistique:

République turque de Chypre du Nord - Kibris (= turc)

Bibliographie

Europe

Accueil: aménagement linguistique dans le monde