Pologne

(3) La politique linguistique
à l'égard du polonais

La politique linguistique du gouvernement polonais compte deux volets: l’un est destiné à valoriser la langue officielle (le polonais), l’autre vise à protéger les langues des minorités nationales. Cependant, deux facteurs entrent en ligne de compte dans cette politique: le fait que le polonais ait subi dans le passé une certaine répression de la part des autorités soviétiques et le fait que les minorités ne comptent que pour un faible proportion de la population (soit 3 %). Ce sont là deux éléments qui ont tendance à maximiser les droits de la majorité et à minimiser ceux des minorités.

1 La langue officielle

La Constitution du 2 avril 1997 a été approuvée lors d’un référendum en octobre de la même année. L’article 27 de la Constitution de la république de Pologne proclame que le polonais est la langue officielle:

Article 27

1) La langue polonaise est la langue officielle en république de Pologne.

2) Cette disposition ne porte pas atteinte aux droits des minorités nationales prévus par les traités ratifiés.

Étant donné cette disposition fondamentale, toutes les autorités, les tribunaux et les administrations tant centrales que locales ne fonctionnent que dans la langue officielle. Le droit polonais n'envisage pas à l'heure actuelle l'emploi d'autres langues dans l'administration de l'État, même à titre de «langues auxiliaires». Il n’est pas surprenant de constater que c’est la règle de l’unilinguisme polonais qui s’applique dans les débats parlementaires, la rédaction et la promulgation des lois, les tribunaux dans les cours de première instance et les cours d’appel, etc. Toute la vie polonaise se déroule en polonais. Mais ces pratiques ne doivent pas remettre en cause les «droits des minorités nationales prévus par les traités ratifiés». C’est pourquoi il est plausible de prévoir à court terme l’élargissement des droits linguistiques des minorités au sein des administrations locales (voïvodies).

Dans le passé, les Russes ont bien essayé de réduire le polonais au rang de «seconde langue officielle» après le russe. Mais la politique de soviétisation ne semble pas avoir fonctionné en Pologne. La présence du russe en Pologne a toujours été plutôt modeste, car elle se résumait à un enseignement comme langue seconde obligatoire au primaire. Pour le reste, la société polonaise est restée massivement de langue polonaise, car 99 % de la population n'avait aucun contact avec le russe. Il n'existait même pas d'écoles russes, sauf pour les enfants des militaires et diplomates russes. Généralement, le connaissance du russe restait plutôt pauvre dams l'ensemble de la population. Paradoxalement, la présence du russe est devenue plus visible après la dissolution de l'Union soviétique en 1990, alors que les touristes et les commerçants ont commencé à venir en Pologne; un certain nombre d'inscriptions russes sont apparues dans plusieurs commerces. 

Cependant, par la suite, le pays fut littéralement envahie par l'arrivée de la langue anglaise dans le paysage polonais. Les inscriptions en langue anglaise, tant dans les commerces que dans la publicité, sont devenues omniprésentes, et la langue anglaise devint une condition nécessaire pour obtenir un emploi dans beaucoup de firmes et de sociétés étrangères, même dans l'Administration centrale de l'État (où des documents en anglais était diffusé sans traduction en polonais), ce qui n'avait jamais été le cas sous le régime soviétique. Bref, en une dizaine d'années, la langue anglaise avait pris plus d'expansion que le russe en soixante-dix ans.

2 La Loi sur la langue polonaise (8 mai 2000)

Afin de valoriser le statut du polonais, le gouvernement a pris diverses mesures pour redresser la situation en faveur de la langue officielle. Déjà, le 16 octobre 1996, le Conseil des ministres polonais (Kerm) avait manifesté son accord sur un projet de loi visant à «épurer et protéger la langue polonaise» en interdisant notamment l’utilisation exclusive de mots étrangers dans le commerce. Le 22 juillet 1999, ce projet a été approuvé, bien qu’à une faible majorité, par la Diète (ou Sejm: la Chambre basse). Le texte a été entériné officiellement le 7 octobre 1999, et la loi est entrée en vigueur le 8 mai 2000.

La Loi sur la langue polonaise est une loi portant sur la défense de la langue polonaise (article 1) en tant que composante de l’identité nationale polonaise et du patrimoine culturel contre l’usage croissant des langues étrangères en Pologne (surtout l'anglais, l'allemand et le russe). C’est pourquoi elle règle non seulement l’usage du polonais dans les contacts avec les pouvoirs publics, mais aussi l’utilisation de cette langue dans les transactions commerciales. Cependant, la Loi sur la langue polonaise, qui compte 17 articles, ne concerne pas l’emploi de la langue dans les matières religieuses et ne doit pas empiéter sur les droits des minorités nationales (article 2).

Dans le Préambule de la Constitution, il est spécifié que le Parlement de la république de Pologne, a pris en considération que la langue polonaise est un élément constitutif de l'identité et de la culture nationales polonaise, que l'expérience historique polonaise a démontré que des puissances étrangères d’occupation ont réprimé la langue polonaise et ont essayé de dénationaliser la Pologne, qu'il est inévitable de sauvegarder l'identité nationale dans l'environnement mondial actuel, que les secours apportés à la culture polonaise contribueront à créer une Europe unifiée et culturellement diversifiée. Ces considérations seront atteintes seulement si la langue polonaise est préservée et que la protection de la langue relève de la responsabilité de toutes les entités polonaises et de toutes les institutions publiques, aussi bien que de tous les citoyens polonais.

3 Le code linguistique

L’article 3 la Loi sur la langue polonaise édicte des principes concernant l’utilisation du polonais en tant que code linguistique. En vertu de cet article, la protection de la langue polonaise s’appuie sur les principes suivants:

Article 3

1) La protection de la langue polonaise s’appuie sur les principes suivants :

1/ Les usagers emploient la langue polonaise selon son code normatif, font des efforts pour améliorer leurs compétences langagières et entreprennent d’établir des conditions favorisant le développement optimal de la langue comme outil de communication humaine.
2/ Ils combattent la vulgarité langagière.
3/ Ils diffusent les connaissances concernant la langue et son rôle culturel.
4/ Ils respectent les expressions et dialectes régionaux et les efforts de préservation.
5/ Ils soutiennent la langue polonaise dans le monde entier.
6/ Ils soutiennent l’enseignement de la langue polonaise en Pologne et à l’étranger.

2) Tous les organismes de l’Administration publique ainsi que les institutions et organisations participant à la vie publique protégeront la langue polonaise.

3) Le ministre de l’Éducation publiera des décrets et des règlements afin de déterminer le processus des examens d’État destinés aux étrangers qui demandent une déclaration officielle de compétence en langue polonaise.

De plus, un Conseil de la langue a été institué (article 12). Il fonctionne à la fois comme un organisme consultatif et un organisme décisionnel. Il doit s’occuper des problèmes de langue, conformément à l'article 34 de la loi du 25 avril 1997 sur l'Académie polonaise des sciences. Tous les deux ans, il doit soumettre un rapport sur la protection de la langue polonaise au Sejm (Diète) et au Sénat.

En vertu de l’article 13, le Conseil de la langue peut soumettre une réglementation quant à l'utilisation de la langue polonaise en public; il adopte aussi l’orthographe officiel et des directives relatives à la ponctuation. Toute organisation scientifique et artistique, ainsi que les universités, peuvent s'adresser du Conseil pour recevoir des avis en ce qui a trait à l'utilisation de la langue:

Article 13

1) À l’initiative du ministre de l’Éducation, du ministre de la Culture, du président de l’Académie polonaise des sciences ou de sa propre initiative, le Conseil peut proposer un règlement concernant l’utilisation de la langue polonaise en public et dans les actions en justice. Le Conseil adopte également toutes les directives relatives à l’orthographe et à la ponctuation.

2) Les organisations scientifiques et artistiques, ainsi que les universités peuvent s’adresser au Conseil pour obtenir des avis concernant l’utilisation de la langue.

Toute entité polonaise, tout fabriquant ou tout distributeur de biens peut consulter le Conseil de la langue pour un avis lorsqu’ils n'ont pas ou ignorent les mots appropriés en polonais pour leurs produits ou services. Voici comment est libellé l’article 14 de la Loi sur la langue polonaise:

Article 14

1) Les organismes précisés à l’article 4 peuvent s’adresser au Conseil pour se faire conseiller en cas de doutes sérieux concernant l’utilisation de la langue eu égard à la portée de leurs activités.

2) Les fabricants, les importateurs et les distributeurs peuvent s’adresser au Conseil pour se faire conseiller s’ils n’ont pas de noms appropriés pour leurs produits ou leurs services.

4 L’emploi obligatoire du polonais

L’article 4 de la Loi sur la langue polonaise précise les modalités concernant son emploi comme langue officielle. Selon ces dispositions, le polonais doit être employé par tous les organismes gouvernementaux polonais, ainsi que par les collectivités locales, les institutions publiques, les bureaux d’affaires, les entités professionnelles, sociales et coopératives, bref, tous les organismes qui font affaires avec le public:

Article 4

La langue polonaise sera employée comme langue officielle dans :

1/ les organismes constitutionnels polonais;
2/ les administrations autonomes locales et les institutions connexes, dans le cadre de leurs tâches publiques;
3/ les organismes locaux de l’administration publique;
4/ les institutions publiques;
5/ les organismes, les institutions et les bureaux subordonnés aux organismes énumérés aux paragraphes 1/ et 3/, qui sont responsables de l’exécution des tâches et responsabilités assignées par les organismes dont ils relèvent, de même que dans les organismes d’État, dans le cadre de leurs tâches publiques;
6/ d’autres organismes d’autonomie gouvernementale, ainsi que dans des entités à caractère social, professionnel, coopératif et autres, dans le cadre de leurs tâches publiques.

D’ailleurs, l’article 5 précise que toutes «les entités qui exécutent des tâches publiques sur le territoire de la république de Pologne le feront dans la langue polonaise, sauf disposition contraire d’un règlement spécial».

Mais ce sont les articles 7 et 8 qui revêtent une importance considérable pour les entreprises étrangères installées en Pologne, car ces dispositions concernent la langue des entreprises commerciales. L’article 7 de la Loi sur la langue polonaise oblige tout individu ayant une résidence permanente en Pologne et toute personne morale ou toute succursale fonctionnant légalement sur le territoire de la république de Pologne à employer le polonais dans toutes les transactions commerciales. Cela signifie que les offres, annonces, listes de prix, modes d’emploi, manuels d’entretien, certificats de garantie, factures, reçus, accusés de réception et informations doivent être rédigés en polonais; il en est ainsi des descriptions des marchandises étrangères, des services, des offres et de la publicité employés dans ces transactions. Voici cet article 7 de la Loi sur la langue polonaise:

Article 7

1) Sur le territoire de la république de Pologne, on emploiera la langue polonaise pour toute activité de nature légale entre entités polonaises, ainsi que dans les cas où une des parties est polonaise. Plus spécifiquement, ce paragraphe s’applique aux noms des biens et des services, aux annonces, aux instructions d’utilisation, aux renseignements sur la propriété des biens et des services, aux conditions de garantie, aux factures et aux reçus.

2) Aux fins de la présente loi, est considérée comme une entité polonaise :

1/ toute personne résidant en permanence dans la république de Pologne;
2/ une personne morale ou une succursale sans statut juridique qui est exploitée sur le territoire de la république de Pologne.

3) Il est interdit d’utiliser des expressions étrangères dans les activités de nature légale en république de Pologne, à l’exception des noms de personnes.

4) Les descriptions étrangères de biens et de services, les soumissions et les annonces utilisées dans les activités de nature légale, telles que précisées à l’article 7, paragraphe 1, doivent également être accompagnées d’une version polonaise.

5) Les obligations, telles que spécifiées aux paragraphes 1, 3 et 4 seront contrôlées et revues par le Bureau d’inspection commerciale et le Bureau de protection de la concurrence et des consommateurs.

En somme, l’utilisation exclusive des langues étrangères est interdite, sauf pour la désignation des marques de commerce (déposées). Tous les contrats conclus avec les pouvoirs publics polonais et les entreprises publiques polonaises doivent être également rédigés en polonais; lorsque des contrats avec des partenaires commerciaux étrangers sont conclus en Pologne, ils doivent aussi être rédigés en polonais. Ainsi, des versions multilingues sont autorisées, mais en cas d’absence de disposition concernant la version ayant priorité en cas de différend, la version polonaise l’emporte sur les autres. L’article 7 est très clair: «Il est interdit d’utiliser des expressions étrangères dans les activités de nature légale en république de Pologne, à l’exception des noms de personnes.»

L’article 8 prévoit qu’aucune transaction écrite en une langue étrangère ne constitue un acte juridique légal et que toute infraction en ce sens constitue une violation de l’article 74 du Code civil:

Article 8

1) Si une entité polonaise est partie à un accord à être exécuté dans la république de Pologne, ledit accord doit être conclu en langue polonaise.

2) Un accord conclu et rédigé en langue polonaise peut être accompagné de sa ou de ses versions en langue(s) étrangère(s). Sauf convention contraire, la version polonaise a préséance en cas d’interprétation future.

3) Si un accord conclu ne respecte pas les paragraphes 1 et 3 du présent article, il enfreint le Code civil, clause 74, article 1, paragraphe 1, et clause 74, article 2 : aucun accord écrit dans une langue étrangère n’a valeur légale, tel que le spécifie la clause 74, article 2, du Code civil.

L’article 10 de la Loi sur la langue polonaise prévoit que tout avis et toute information provenant des bureaux, établissements de l’État ainsi que des transports publics seront rédigés en langue polonaise. Toutefois, les noms et les textes en langue polonaise peuvent être accompagnés d’une version traduite dans une langue étrangère:

Article 10

1) Tout avis et toute information destinés aux bureaux, aux établissements publics et aux transports publics seront rédigés en langue polonaise.

2) Les noms et les textes en langue polonaise pourront aussi être accompagnés de leurs versions traduites en langues étrangères sur demande d’un ministre responsable pour les cas et dans les limites qu’il précisera.

Cependant, l’article 11 prévoit des exceptions à ces mesures. Ainsi, les articles 5 à 7 ainsi que les articles 9 et 10 ne concernent pas les noms personnels, les journaux en langue étrangère, les magazines, les livres, les logiciels, les activités éducatives et scientifiques des universités et écoles ayant une langue d’instruction étrangère, de même que les écoles de langues et les enseignants en langue étrangère. Mais l’article 9 de la Loi sur la langue polonaise précise que la langue polonaise sera employé pour l'éducation et les fins d'examen, ainsi que dans la rédaction des thèses de tous les types d'écoles publiques et privées, les universités d'État et les universités privées, de même que pour tout autre établissements d’enseignement, à moins que des dispositions particulières ne soient prévues à cet effet.

5 Les établissements scolaires

Les premières modifications du système d'enseignement furent introduites tout de suite après les changements politiques et économiques de 1989. La réforme favorise un système scolaire plus homogène comprenant trois degrés: l’école primaire de six ans, le collège de trois ans (gimnazjum) et le lycée de trois ans ou, alternativement, l’école professionnelle de deux ans avec la possibilité de continuer jusqu’au baccalauréat (en deux années de formation professionnelle complémentaire). L’éducation préscolaire n’est pas obligatoire et elle dépasse à peine 40% pour les enfants âgés de trois à cinq ans.

En ce qui à la langue d'enseignement, le système polonais ne prévoit officiellement que des cours dispensés en polonais. Juridiquement parlant, il n’existe pas en Pologne d’écoles autres que polonaises. Conformément à l’article 70 de la Constitution, l'enseignement public est gratuit et obligatoire jusqu’à 18 ans. Il se compose d'un cycle primaire de huit années, puis d'un cycle secondaire. Les adolescents ont ensuite le choix entre un cycle d'enseignement général préparant à l'entrée à l'université ou un cycle d'enseignement professionnel. Le taux de scolarisation reste très élevé, tant au primaire (avec 99,96 % de fréquentation) qu’au secondaire (avec 97,1 %). Par conséquent, on peut croire que tous les enfants et adolescents sont scolarisés, peu importe leur origine ou leur appartenance linguistique. D’ailleurs, la Loi sur l'enseignement de 1991 et les directives du ministère de l’Éducation (1992) en matière d'activités éducatives prévoient des mesures destinées à préserver l'identité nationale, ethnique et linguistique des élèves issus des groupes minoritaires. Cet enseignement ferait l’objet d’un suivi constant de la part des autorités polonaises.

Rappelons que, durant presque tout le régime communiste, la doctrine officielle prétendait qu'il n'existait absolument pas de groupe minoritaire en Pologne. Un processus est présentement en cours pour réviser les manuel scolaires et l’enseignement de l’histoire. Il semble que les nouveaux manuels n’ignoreront plus la présence des minorités nationales et encourageront plutôt le multiculturalisme et la tolérance à l'égard des autres.

L’apprentissage des langues étrangères est important en Pologne et est obligatoire dès le primaire. Cet enseignement au primaire bénéficie d'horaires réduits correspondant à une initiation d'environ une à deux heures par semaine. Une première réforme a été introduite dans l'enseignement des langues étrangères dès 1989; elle a octroyé le même statut à toutes les langues étrangères en abolissant ainsi le statut privilégié de la langue russe.  Après l’anglais, l’allemand et le russe, le français reste la quatrième langue étrangère. Dans des établissements d'enseignement secondaire, 10,3 % des étudiants suivent des cours de français (19,6% dans les lycées), mais dans les écoles primaires de province et dans les collèges techniques, ils ne sont que respectivement 1,4% à 1,5%. Toutefois, à la suite de la décision du gouvernement polonais de supprimer l'enseignement obligatoire du russe dans les écoles, les autorités ont procédé à la création de collèges de formation d'enseignants en français. Le ministère de l'Éducation prévoyait qu’en l'an 2000, grâce à l'activité de ces collèges, il y aura assez de professeurs pour que les élèves et les étudiants puissent choisir librement le français comme première ou deuxième langue étrangère. Dans six lycées (Poznan, Cracovie, Katowice, Wroclaw, Gdynia et Varsovie), il est possible de suivre des cours dans des classes bilingues polonais/français.

6 Les médias

Du côté des médias écrits, les quotidiens nationaux tels que Dziennik ("Le Journal"), Gazeta Wyborcza ("La Gazette électorale"), Rzeczpospolita ("La Res publica"), Trybuna ("La Tribune"), Puls Biznesu ("Le Pouls des affaires"), Fakt (tabloïde) et Super Express (tabloïde) sont tous publiés en polonais. Il en est ainsi des hebdomadaires : Wprost ("Sans détours"), Polityka ("Politique"), Newsweek Polska, Przeglad ("La Revue"), Tygodnik Powszechny ("L’Hebdomadaire universel"), Gazeta Polska ("La Gazette polonaise"), sauf pour The Warsaw Voice (anglophone) et Les Échos de Pologne (francophone). 

Par ailleurs, il existe un grand nombre de publications et de journaux produits par différentes minorités de Pologne. En principe, toute minorité nationale et ethnique a le droit de publier son propre magazine en polonais ou dans sa langue, la totalité ou la quasi-totalité des coûts étant défrayés par l’État. Les Allemands (Schlesisches Wochenblatt, Masurische Storchenpost et Hoffnung), les Ukrainiens (Nad Buhom je Narwoju et Nasze Sowo), les Lemks ou Ruthènes (Zahroda), les Biélorusses (Czanopis et Niwa), les Lituaniens (Auszra), les Tatars (Rocznik Tatar ó W Polskich), etc., ont leurs propres journaux. Toutes les minorités du pays disposent de leurs journaux dans leur langue respective. Le nombre des périodiques subventionnés par l'État s'établit comme suit selon les langues: allemand (9), biélorusse (6), ukrainien (6), cachoube (5), lemk ou ruthène (4), lituanien (2), tsigane (2), yiddish (2), slovaque (1) et tchèque (1).

En ce qui concerne les médias électroniques, la Loi sur la radiodiffusion du 29 décembre 1992 a prévu des exigences linguistiques. L'article 15 prescrit un quota d'émissions en polonais de 33 %:

Article 15

1) Les communicateurs de télévision doivent réserver au moins 33 % de leur temps de transmission trimestrielle aux programmes à l'origine produits en polonais, ce qui exclut les nouvelles, la publicité, le téléshopping, les événements sportifs, les services de télétexte et les compétitions.

2) Les communicateurs de radio et de télévision doivent réserver au moins 33 % de leur temps de transmission trimestrielle consacré aux compositions vocales et musicales pour des oeuvres réalisées en polonais.

3) Les communicateurs de télévision doivent réserver plus de 50 % de leur temps de transmission trimestrielle pour des oeuvres européennes, ce qui exclut les nouvelles, la publicité, le téléshopping, les événements sportifs, les services de télétexte et les compétitions.

4) Le Conseil national détermine, par règlement, une portion inférieure des programmes mentionnés aux paragraphes 1 et 3 pour les services des programmes de radio et de télévision pour :

1. les communicateurs pendant la première année de transmission de leur service de programme,

2. les services de programmes thématiques, pour lesquels le nombre des programmes disponibles mentionnés aux paragraphes 1 et 3 sont insuffisants,

3. les services de programme transmis exclusivement dans leur intégralité par satellite ou par câble sont disponibles contre le paiement d'honoraires, ce qui exclut les honoraires mentionnés aux chapitre 7 et les honoraires de base exigés par les opérateurs de satellite ou de réseau de câble,

- dans le respect dû au besoin d'assurer qu'une proportion des programmes produits à l'origine en polonais et des oeuvres européennes soit maintenue.

De plus, l'article 18 semble exiger que les communicateurs doivent assurer la qualité appropriée de la langue polonaise dans leurs services de programme et s'opposer à tout caractère de vulgarité:

Article 18

7)
Les communicateurs doivent assurer la qualité appropriée de la langue polonaise dans leurs services de programme et s'opposer à tout caractère de vulgarité. 

Par ailleurs, l'une des obligations de la radio et la télévision publique est d'inclure la diffusion de la connaissance du polonais ainsi que la production de programmes éducatifs et assurant un accès à ces programmes aux citoyens de descendance polonaise et des Polonais résidant à l'étranger:

Article 21

1a)
Les obligations de la radio et la télévision publique provenant de la mise en oeuvre de la mission mentionnée au paragraphe 1 incluent en particulier:

1. la production et la transmission de services de programmes nationaux et régionaux, des programmes des services pour la réception à l'étranger en polonais et en d'autres langues ainsi qu'en d'autres services de programme répondant aux besoins démocratiques, socioculturels des sociétés locales,

[...]

8. la diffusion de la connaissance du polonais,

9. la production de programmes éducatifs et assurant un accès à ces programmes aux citoyens de descendance polonaise et des Polonais résidant à l'étranger.

Article 25

1)
La radio et la télévision publique des organismes de diffusion peuvent produire et transmettre des services de programme en polonais et en d'autres langues pour des récepteurs situés à l'étranger.

[...]

Les chaînes nationales publiques sont TVP (programme 1 et 2) et TVP3. Quant aux chaînes TVN, TVN24, Polsat et Canal +, ce sont des chaînes privées. Ces chaînes de télévision et les radios publiques telles que les Polskie Radio diffusent en polonais, mais certaines (Radio Koszalin, Radio Wroclaw, Radio Rzeszów , Radio Bialystok , Radio Katowice, Radio Szczecin, Radio Opole, etc.) d'entre elles diffusent des émissions dans les langues maternelles des minorités nationales et ethniques: cachoube, ukrainien, ukrainien, biélorusse, lituanien, grec, allemand. Néanmoins, il existe beaucoup d'émissions offertes en polonais tout en étant destinées aux différentes minorités nationales. 

7 Les poursuites judiciaires et les amendes

Ce n’est pas tout. Des poursuites judiciaires sont prévues pour ceux et celles (individus et entreprises) qui ne se conformeraient pas à ces dispositions. Le paragraphe 1 de l’article 15 se lit comme suit:

Article 15

1) Toute entité qui, dans le cadre d’une transaction légale, utilise exclusivement des noms de produits ou de services, des soumissions, des annonces, des instructions d’utilisation, des renseignements concernant des biens et des services, des conditions de garantie, des factures et des reçus dans une langue étrangère, sans version polonaise, peut être condamnée à une amende.

Le législateur a prévu des amendes en cas d’infractions (paragraphe 2); comme on le constatera, ces amendes peuvent être assez élevées:

2) Conformément aux dispositions du paragraphe 1, l’amende ne peut pas excéder 100 000 zlotys [environ 24 900 $ US] et sera versée au compte en faveur du Fonds de soutien à la créativité créé en vertu de l’article 111 de la Loi sur le droit d’auteur et ses règlements connexes du 4 février 1994 (Répertoires des lois, no 24, article 83, et no 43, article 170, de même que de 1997, no 43, article 272, et no 88, article 554).

Il est peu fréquent qu'une loi linguistique impose des pénalités financières, mais la Pologne ne craint pas de le faire.

La politique pratiquée en faveur de la langue officielle apparaît à première vue coercitive et peu respectueuse des droits linguistique s des minorités. Mais il n'est en rien, car cet aspect ne constitue qu'une partie de la politique linguistique polonaise. En effet, celle-ci est développée en deux volets: la valorisation du statut du polonais et le respect des langues des minorités nationales. Si le gouvernement a pris diverses mesures pour redresser la situation en faveur de la langue officielle, il n'a pas pour autant négligé les langues minoritaires.

   

Consulter une version française (en traduction) de la Loi sur la langue polonaise

   

Dernière mise à jour: 13 déc. 2015


1) Données démolinguistiques

 
Pologne
2) Données historiques

 

3) Politique linguistique
à l'égard du polonais
 

4) Politique linguistique
à l'égard des minorités nationales

 

5) Bibliographie