Slovénie

(1) Informations générales

République de Slovénie  

 

Capitale: Ljubljana 
Population: 1,9 million (2002) 
Langue officielle: slovène  (de jure)
Groupe majoritaire: slovène (88 %)  
Groupes minoritaires: croate (2,8 %), serbo-croate (1,8 %), bosniaque (1,6 %), serbe (1,6 %), albanais (0,4 %), hongrois (0,4 %), macédonien (0,2 %), tsigane (0,2 %), italien (0,2 %), allemand (0,1 %), etc.
Système politique: république parlementaire unitaire
Articles constitutionnels (langue): art. 5, 11, 61, 62, 63, 64, 65, 80 de la Constitution de 1991 
Lois linguistiques:
Loi sur l'autonomie locale (1993); Loi sur la radiotélévision de Slovénie (1994); Loi sur l'autonomie gouvernementale (1994); Loi sur la procédure pénale (1995); Loi sur l'éducation préscolaire (1996); Loi sur les médias (2001); Loi sur l'administration publique (2002); Règlements de l'Assemblée nationale (2002); Loi sur le registre d'état civil des décès et des mariages (2003); Loi sur l'emploi public de la langue slovène (2004); Règlement relatif à l'application de la Loi sur le registre de l'état civil (2005); Loi sur la création des circonscriptions pour l'élection des députés à l'Assemblée nationale (2005); Loi instituant les municipalités et la délimitation de leurs territoires (2006); Loi sur l'école primaire (2006); Loi sur les écoles secondaires (2007); Loi sur les tribunaux (2007); Règlement de procédure de la Cour constitutionnelle (2007).

1 Situation générale

La république de Slovénie ou Republika Slovenija (en slovène), un petit pays d'une superficie de 20 253 km² (Belgique : 32 545 km²) situé dans la péninsule des Balkans, est limitée au nord par l’Autriche, au nord-est par la Hongrie, au sud-est et au sud par la Croatie et à l'ouest par l'Italie et la mer Adriatique (voir la carte). Une petite bande côtière faisant partie de l’Istrie, longue de 46,6 km, offre un débouché sur la mer Adriatique.

Slovenia

La Slovénie est divisée administrativement en 12 régions: Pomurska, Podravska, Koroška, Savinjska, Zasavska, Spodnjeposavska, Jugovzhodna Slovenija, Osrednjeslovenska, Gorenjska, Notranjsko-kraška, Goriška et Obalno-kraška. La capitale de la Slovénie est Ljubljana. Outre  Ljubljana (267 008 habitants en 1991), les plus grandes villes du pays sont Maribor (103 961 habitants), grand foyer industriel et ville touristique, et Kranj (72 299 habitants). Koper (24 704 habitants), sur la mer Adriatique, est l’unique port du pays. Cette ancienne république constituante de l'ex-Yougoslavie a proclamé son indépendance en juin 1991. 

2 Données démolinguistiques

Au recensement de 2002, la population de la Slovénie était de 1,9 million d'habitants. La population est répartie comme suit dans les 12 régions:

  Région 1991 2002 Estimation 2005 Superficie (km²)
1 Gorenjska 188 349 194 476 196 012 2 137 km²
2 Goriška 117 979 117 235 117 031 2 326 km²
3 Jugovžodna Slovenija 131 669 135 484 136 438 2 685 km²
4 Koroška 72 366 72 739 72 822 1 040 km²
5 Notranjsko-kraška 49 026 50 014 50 258 1 456 km²
6 Obalno-kraška 97 865 100 238 100 828 1 045 km²
7 Osrednjeslovenska 463 802 485 843 491 407 2 545 km²
8 Podravska 306 567 307 273 307 390 2 169 km²
9 Pomurska 121 732 120 397 120 045 1 369 km²
10 Savinjska 248 857 251 493 252 114 2 352 km²
11 Spodnjeposavska 68 490 67 873 67 710 885 km²
12 Zasavska 46 473 45 185 44 861 264 km²
 

TOTAL

1 913 355 1 948 250 1 956 916 20 273 km²

Les langues parlées en Slovénie sont relativement nombreuses, mais le slovène compte à lui seul 87,7 % des locuteurs. Les langues minoritaires les plus importantes sont le croate, le serbo-croate, le bosniaque et le serbe. En fait, il s'agit de la même langue, qui est appelée différemment. En principe, les Bosniaques, les Serbes, les Monténégrins et les Croates parlent tous le serbo-croate. Le serbo-croate des Bosniaques et des Croates s’écrit avec l'alphabet latin, alors que celui des Serbes est en alphabet cyrillique. Pour le gouvernement slovène, les Croates, les Bosniaques et les Serbes ne sont pas considérés comme des minorités puisque ce sont des langues très apparentées au slovène. 
 

Langue maternelle

Nombre Pourcentage (%)
  19911) 2002 19911) 2002
         
TOTAL 1 913 355 1 964 036 100 % 100 %
         
Slovène 1690388 1 723 434 88,3 % 87,7 %
Croate 50699 54 079 2,6 % 2,8 %
Serbo-croate 80325 36 265 4,2 % 1,8 %
Bosniaque … 31 499 … 1,6 %
Serbe 18123 31 329 0,9 % 1,6 %
Albanais 3903 7 177 0,2 % 0,4 %
Hongrois 8720 7 713 0,5 % 0,4 %
Macédonien 4525 4 760 0,2 % 0,2 %
Tsigane 2752 3 834 0,1 % 0,2 %
Italien 3882 3 762 0,2 % 0,2 %
Allemand 1093 1 628 0,1 % 0,1 %
Russe 229 766 0,0 % 0,0 %
Monténégrin ... 462 … 0,0 %
Tchèque 445 421 0,0 % 0,0 %
Ukrainien 171 399 0,0 % 0,0 %
Anglais 75 345 0,0 % 0,0 %
Slovaque 163 294 0,0 % 0,0 %
Polonais 309 267 0,0 % 0,0 %
Roumain 295 251 0,0 % 0,0 %
Turc 172 226 0,0 % 0,0 %
Chinois … 216 … 0,0 %
Français 73 206 0,0 % 0,0 %
Bulgare 131 159 0,0 % 0,0 %
Arabe … 130 … 0,0 %
Espagnol …  129 … 0,0 %
Croato-serbe 3208 126 0,2 % 0,0 %
Néerlandais 27 74 0,0 % 0,0 %
Valaque 55 45 0,0 % 0,0 %
Ruthène 49 42 0,0 % 0,0 %
Grec 29 40 0,0 % 0,0 %
Suédois 51 34 0,0 % 0,0 %
Danois 4 20 0,0 % 0,0 %
Autre langue 2260 1 588 0,1 % 0,1 %
Langue inconnue 41199

52 316

2,2 % 2,7 %
1) Données recalculées suivant la méthodologie du recensement de 2002.

Source: Bureau de la statistique de la république de Slovénie, Recensement de la population, 2002.

2.1 Les Slovènes et leur langue

  Groupe
indo-européen

  Langues  (en rouge)

  

Slave

polonais, tchèque, slovaque, sorabe
serbe, croate, slovène, bulgare, bosniaque, macédonien
russe, biélorusse, ukrainien
Romane italien, espagnol, roumain
  

Germanique 

 

danois, suédois, norvégien, islandais, féroïen
anglais, frison, allemand, néerlandais, luxembourgeois
Albanais albanais
Indo-iranien romani (tsigane)
Le slovène, la langue majoritaire du pays, est une langue slave proche du croate et du serbe, mais le slovène, contrairement au serbe et à quelques autres langues slaves, s'écrit avec l’alphabet latin (comme en croate). La langue slovène a été identifiée dès le VIe siècle, mais les Slovènes ont été coupés des autres Slaves du Sud dès le VIIIe siècle. Ils se sont convertis au christianisme et ont pu conserver leur langue sous domination bavaroise. On peut trouver des textes littéraires rédigés en slovène dès le Xe siècle et au XVe siècle.  Les Slovènes restent très attachés à leur langue qui a su conserver des formes grammaticales abandonnées depuis longtemps par les autres langues slaves (dont le duel).

Le slovène parlé est fragmenté en de nombreuses variétés dialectales, probablement une quarantaine, mais l'intercompréhension demeure relativement aisée entre slovènophones.

Celles-ci peuvent être ramenées en sept groupes de dialectes qui sont se distinguent principalement par leurs différences phonétiques et lexicales: Gorenjska, Stajerska, Primorska, Dolenjska avec Bela krajina et des parlers des régions de Kolpa, Pannonian, Carinthian et Rovte.

Le slovène demeure aujourd'hui l'une des plus petites langues slaves en terme de locuteurs : plus de deux millions de locuteurs seulement. On estime que près de 500 000 personnes parlent le slovène à l'étranger, notamment près de ses frontières en Italie (dans le Frioul-Vénétie Julienne: les régions de Gorizia et d'Udine et la ville de Trieste), en Autriche (Carinthie et Styrie) et en Hongrie (Szlovénviék et Porabje), mais aussi en Europe de l'Ouest (Allemagne et Suède), en Argentine, au Canada et aux États-Unis. Signalons que le slovène et le slovaque partagent le même nom dans leur langue respective: slovenski. Cependant, alors que Slovénie se dit Slovenija (en slovène), Slovaquie se dit Slovensko (en slovaque).

Étant donné que les Slovènes ont été isolés assez tôt des autres langues slaves du Sud, leur langue a conservé de cet isolement relatif certains traits archaïsants, dont le plus frappant est sans doute l'existence du nombre duel jusque dans la conjugaison des verbes, en plus du singulier et du pluriel. C'est la plus grande particularité du slovène, car ce nombre est inexistant habituellement dans les langues européennes modernes, même s'il était utilisé en ancien. On sait que le duel est employé dans certaines langues pour désigner le nombre deux et que le pluriel commence à partir de trois. Par exemple, en slovène, on dira kava («un café»), kavi («deux cafés) et kave (plusieurs cafés»).

Masculin: Moški lep («beau»)
Féminin: Ženski lepa («belle»)
neutre: Srednji lepo («bel objet»)
La langue slovène possède trois genres: le masculin, le féminin et le neutre. Contrairement à l'anglais, les objets ne sont pas forcément neutres. Les noms se terminant par une consonne ou -i et -u (mots étrangers) sont généralement masculins. Les mots féminins se terminent en -a, alors que les mots neutres se terminent généralement en -e ou en -o. 

À l'instar de la majorité des autres langues slaves (à l'exception du bulgare et du macédonien), le slovène un système de déclinaisons. Tous les noms, adjectifs, pronoms et nombres se déclinent en six cas : le nominatif, l'accusatif, le génitif, le datif, le locatif et l'instrumental. 

Le slovène a toujours été écrit en alphabet latin et de façon relativement proche de la prononciation. L’alphabet actuel, appelé la gajica, compte trois lettres munies de signes diacritiques, datant de 1850.

Comparativement au français, le slovène compte trois lettres de plus (appelées les šumniki) et quatre lettres de moins (q, w, x et y). Le slovène utilise trois lettres inconnues au français : le [š], le [ž] et le [č]. Ces šumniki, correspondant à un accent circonflexe inversé [ˇ] au-dessus d'une lettre, font partie d’un ensemble de cinq lettres communes aux langues slaves. Les deux autres lettres, le [ć] et le [đ], ne font pas partie de l’alphabet slovène, mais elles peuvent néanmoins se trouver dans les noms propres (surtout les noms de famille) en raison de l’histoire commune avec l'ex- Yougoslavie. Si le slovène n'utilise que le [š], le [ž] et le [č], les autres langues slaves de l'ancienne Yougoslavie les utilisent toutes. Le signe diacritique [ˇ] est appelé hatchek (< «hácěk» en tchèque) en français, caron en anglais et strešica en slovène.

Rappelons la prononciation de certaines lettres:

Lettre prononciation Exemple
č [tch] tchèque
c [ts] tsar

š

[ch] château

ž

[j] (devant a) jambe - gendre

h

[ch] allemand / jota espagnole Bach (all.)

g

[g] gare

u

[ou] fou

o

[ò] (ouvert) pomme -port

2.2 Les minorités nationales

La Slovénie ne considère comme «minorités nationales» (comprendre «minorités historiques») que les communautés italienne, hongroise et tsiganes (roms). L'article 5 de la Constitution de 1991 ne mentionne que les «communautés nationales italienne et hongroise». Toutes les autres minorités sont considérées comme des minorités «immigrantes». Les minorités italienne et hongroise ne comptent respectivement que 3762 et 7713 locuteurs. La minorité italienne est concentrée dans le sud-ouest près de l'Italie, alors que la minorité hongroise est installée au nord-est près de la Hongrie (voir la carte).

- La communauté nationale italienne

La zone de peuplement de la communauté nationale italienne comprend les régions ethniquement mixtes des localités suivantes de trois municipalités côtières, qui profitent de l'étroit accès de la Slovénie à la mer Adriatique :

1) La municipalité de Koper/Capodistria avec les localités de Ankaran/Ancarano, Barizoni/Barisoni, Bertoki/Bertocchi, Bošamarin/Bosamerino, Cerej/Cerei, Hrvatini/Crevatini, Kampel/Campel, Kolomban/Colombano, Koper/Capodistria, Prade/Prade, Premančan, une partie de la localité de Spodnje Škofije/Val-marin, Šalara/Salara et Škocjan/San Canziano;

2) La municipalité de Izola/Isola avec les localités d’Izola/Isola, de Dobrava pri Izoli, Jagodje, Livada et Polje pri Izoli;

3) La municipalité de Piran/Pirano avec les localités de Piran/Pirano, Portorož/Portorose, Lucija/Lucia, Strunjan/Strugnano, Seča/Sezza, Sečovlje/Sicciole, Parecag/Parezzago et Dragonja.

Population par appartenance ethnique dans les municipalités (recensement de 2002) – Italiens

  Municipalité Année 2002
1 Koper/Capodistria   712
2 Piran/Pirano   698
3 Izola/Isola   430
  Sous-total de la zone ethniquement mixte 1 840
4 Ljubljana   107
5 Nova Gorica     56
6 Sežana     19
7 Maribor     15
8 Tolmin     10
  Autres municipalités    211
  Sous-total hors de la zone ethniquement mixte    418
  TOTAL 2 258

Source : Rapports rapides, n° 93/2003, Bureau de la statistique de la république de Slovénie

Ces municipalités mixtes à double identité, à la fois italophone et slavophone, ne causent aucun problème aux populations locales qui profitent aussi de la proximité de la ville italienne de Trieste, située à seulement quelques kilomètres au nord-est.

- La communauté nationale hongroise

Les membres de peuplement la communauté nationale hongroise résident dans cinq municipalités de la région de Prekmurje (Lendava, Dobrovnik, Moravske Toplice, Šalovci et Hodoš):

1) La municipalité de Hodoš/Hodos avec les localités de Krplivnik/Kapornak et Hodoš/Hodos ;

2) La municipalité de Moravske Toplice avec les localités de Čikečka vas/Csekefa, Motvarjevci/Szentlászló, Pordašinci/Kisfalu, Prosenjakovci/Pártosfalva, Središče/Szerdahely ;

3) La municipalité de Šalovci avec la localité de Domanjševci/Domonkosfa ;

4) La municipalité de Lendava/Lendva avec les localités de Banuta/Bánuta, Čentiba/Csente, Dolga vas/Hosszúfalu, Dolgovške gorice/Hosszúfaluhegy, Dolina/Völgyifalu, Dolnji Lakoš/Alsólakos, Gaberje/Gyertyános, Genterovci/Göntérháza, Gornji Lakoš/Felsölakos, Kamovci/Kámaháza, Kapca/Kapca, Kot/Kót, Lendava/Lendva, Lendavske gorice/Lendvahegy, Mostje/Hidvég, Petišovci/Petesháza, Pince/Pince, Pince marof/Pincemajor, Radmožanci/Radamos, et Trimlini/Hármasmalom ;

5) La municipalité de Dobrovnik avec les localités de Dobrovnik/Dobronak et Žitkovci/Zsitkóc.

Population par appartenance ethnique dans les municipalités (recensement de 2002) – Hongrois

  Municipalité Année 2002
1 Lendava/Lendva 3 917
2 Dobrovnik   616
3 Moravske Toplice   351
4 Šalovci   169
5 Hodoš/Hodos   159
  Sous-total de la zone ethniquement mixte 5 212
  Autres municipalités 1 031
  Sous-total (hors de la zone ethniquement mixte) 1 031
  TOTAL 6 243

Source : Rapports rapides, n° 93/2003, Bureau de la statistique de la république de Slovénie

- La communauté tsigane (rom)

Quant à la communauté tsigane (rom), elle ne bénéficie pas du statut «de minorité nationale», car elle est considérée comme une «minorité ethnique» dotée de caractéristiques ethniques spécifiques telles que la langue, la culture et autres particularités ethniques. Les quelque 3800 Tsiganes sont répartis dans plus de 35 municipalités, notamment Novo Mesto, Murska Sobota, Puconci, Kočevje, Maribor et Ljubljana.  Lors du recensement de 2002, le Bureau de la statistique a comptabilisé 3246 habitants qui se sont déclarés Tsiganes (Rom) et 3834 ont indiqué être «de langue maternelle romani» (tsigane). Malgré les données officielles recueillies lors du recensement, on estime qu’entre 7000 et 10 000 Tsiganes vivent en république de Slovénie, en grande majorité à Prekmurje, Dolenjska, Posavje et Bela krajina.

Au début des années 1990, la Slovénie a accueilli plus de 60 000 réfugiés chassés par la guerre de la Bosnie-Herzégovine. En Slovénie, les langues indo-européennes appartiennent à des groupes linguistiques divers: slaves, germaniques, romans, albanais, indo-iraniens (tsigane). À ces langues il faut ajouter le hongrois, une langue de la famille ouralienne. Les plus importantes minorités, en terme de nombre de locuteurs, parlent le croate, le serbe, le bosniaque et l'albanais. Pour les autorités slovènes, les Croates, les Serbes et les Bosniaques parlent tous la même langue (le serbo-croate), et sont même associés à la majorité slovène.

La Slovénie ne possède pas de religion d’État. La liberté de culte est garantie par la Constitution. Quelque 57 % des habitants se sont déclarés catholiques. Les autres sont orthodoxes, protestants ou musulmans.

3 Données historiques

Le premier État slovène fut créé en 623 et il exista jusqu’à la fin du VIIIe siècle pour être finalement intégré à l’Empire franc, puis au Saint-Empire romain germanique au sein duquel ils furent christianisés. De 1335 à 1918, à l'exception d'un bref intermède entre 1809 et 1814, les Slovènes furent gouvernés par les Habsbourg sous l’Empire austro-hongrois. La province de Slovénie comprenait alors la Carinthie, la Carniole et la Styrie (actuellement des régions rattachées à l’Autriche), à l'exception d'une frange littorale rattachée à la république de Venise. 

Pendant les guerres napoléoniennes, la région fut annexée par la France qui en fit les provinces de l’Illyrie de 1809 à 1814. Cette brève période de gouvernement libéral fut à l'origine du nationalisme des Slovènes et des Slaves du Sud, qui allait triompher à la fin de la Première Guerre mondiale en 1918 avec la formation du royaume des Serbes, des Croates et des Slovènes, rebaptisé «royaume de Yougoslavie» ou «pays des Slaves du Sud» en 1929.  À la fin de la Première Guerre mondiale, des territoires slovènes furent rattachés à l'Italie, ce qui correspondait à quelque 500 000 Slovènes devenus italiens. Devenus minoritaires, les Slovènes d'Italie furent soumis à une dure répression linguistique de la part de Mussolini qui interdit le slovène et italianisa les noms de famille.

En 1945, la Slovénie intégra la République fédérale socialiste de Yougoslavie, ce qui eut pour effet de faire renaître l'identité slovène. Des écoles et des universités furent instituées. La Slovénie est la seule république de l'ex-Yougoslavie à avoir toujours eu une population relativement homogène avec une majorité sans équivoque (les Slovènes). Très fortement influencée par son héritage austro-hongrois, la Slovénie a toujours constitué un cas particulier. Déjà à l’époque de Tito, c’est en Slovénie que le niveau de vie était le plus élevé.

Mais la domination serbe était bien réelle. Les années quatre-vingt suscitèrent un mécontentement de plus en plus vif de la part de la république de Slovénie à l’égard de la fédération yougoslave. En effet, les Slovènes ont toujours dénoncé le transfert permanent des ressources de leur république relativement développée vers les régions plus pauvres de la Yougoslavie, sans que ces transferts soient politiquement payés de retour par les autres républiques. Depuis longtemps, ils considéraient leur propre république comme le centre de la richesse industrielle en Yougoslavie. C’est pourquoi les Slovènes en sont venus à croire que le rapprochement avec l'Europe occidentale serait beaucoup plus profitable que le maintien au sein de la fédération yougoslave, d’où une volonté plus grande d'autonomie, puis de revendication indépendantiste. 

Lorsque le pouvoir communiste se désagrégea en Europe de l'Est, la Slovénie organisa les premières élections pluralistes et lança un appel à l'indépendance: près de 90 % de la population vota en faveur de l'indépendance lors du référendum organisé le 23 décembre 1990. La Slovénie – aussitôt suivie de la Croatie – déclara unilatéralement, le 25 juin 1991, son indépendance de la fédération yougoslave. Il s'ensuivit une guerre de dix jours au cours de laquelle les forces slovènes réussirent à tenir en échec l'armée fédérale yougoslave dominée par les Serbes. Le 15 janvier 1992, la Communauté européenne (aujourd'hui l’Union européenne) reconnut l'indépendance de la Slovénie, puis de la Croatie et de la Bosnie-Herzégovine.

Depuis sa reconnaissance en 1992, la république de Slovénie a entrepris des réformes économiques et adhéré à plusieurs organisations internationales. Le pays a accueilli également les réfugiés des républiques voisines, déchirées par la guerre. Le 14 mai 1993, la Slovénie devenait membre du Conseil de l’Europe. En septembre 1999, la Slovénie obtenait un poste d'observateur au sein de la Francophonie et, le 1er mai 2004, le pays adhérait à l'Union européenne. 

4 La question de la citoyenneté slovène

La république de Slovénie est un pays de transit pour les immigrants se dirigeant vers l'Europe du Nord et l’Europe de l'Ouest, mais elle a dû également faire face à un afflux de réfugiés et de d’immigrants économiques cherchant à se fixer sur le territoire. On comprendra aisément que la nouvelle république indépendante ait peut-être manqué à la fois d’une politique articulée et des structures nécessaires pour faire face à une telle évolution. D’ailleurs, en 1993, les autorités slovènes ont fait appel à une mission d'experts du Conseil de l'Europe pour les conseiller en matière de politique d'immigration, et l'on peut espérer que cela aura permis d'arrêter des principes clairs, permettant à l'ensemble des groupes résidant légalement sur le sol slovène de s'intégrer à la société.

Lorsque la Slovénie est devenue indépendante en 1991, toute personne résidant en permanence et vivant en Slovénie à cette date était en droit d'obtenir la nationalité. La population immigrée de Slovénie ayant obtenu la nationalité de cette manière représente environ 10 % de la population totale. Il y a eu quelques appels, émanant de partis à tendances nationalistes, en faveur d'une modification de la Loi sur la nationalité et d'un réexamen des naturalisations accordées aux personnes n'étant pas d'origine ethnique slovène. Les sondages d'opinion révèlent que le public paraissait, dans l'ensemble, favorable à une politique plus restrictive. Un certain nombre de critiques ont été formulées mettant en cause le caractère excessivement discrétionnaire des pouvoirs de l'administration en matière de naturalisation et le peu de voies de recours possibles contre les décisions de refus.

Après 1991, quelque 130 000 anciens citoyens de l’ex-Yougoslavie, particulièrement des Croates, des Bosniaques et des Serbes, sans oublier de nombreux Tsiganes, ont été rayés des registres de l’État. Depuis ce temps, environ 90 000 auraient quitté la Slovénie ou trouvé refuge à l’étranger. Les quelque 40 000 autres ont résidé dans le pays «en toute illégalité». N’étant  pas considérés comme des citoyens slovènes, ils n’ont pas eu droit à l’éducation dans les écoles de l’État, ni à la sécurité   sociale, ni à la santé, ni à l’emploi, ni à la retraite, ni à la propriété, ni à aucun des droits sociaux et politiques. Bref, tous ces citoyens de l’ex-Yougoslavie ont été exclus de la société slovène. Le problème est particulièrement grave pour les Tsiganes qui ne possédaient aucune pièce d’identité officielle.

Les pressions exercées sur la Slovénie ont fait en sorte que le gouvernement a préparé une nouvelle loi sur la nationalité afin de rétablir les droits des «non-citoyens», du moins de permettre à certains d’entre eux de devenir des citoyens à part entière, et d’accorder à d’autres des permis permanents de résidence ou des visas. Or, la loi qui devait être adoptée en décembre 1998 a été retardée. Depuis lors, les autorités slovènes ont continué de refuser les demandes de résidence et de visas à des«non-citoyens». Pire, elles en ont même déporté certains qui avaient perdu leur statut de résident. Évidemment, ces mesures ont fait douter de la bonne volonté du gouvernement de réellement protéger les droits de ces tous ses citoyens. En fait, il faut considérer qu’en Slovénie, seuls les Slovènes, les Hongrois et les Italiens sont des citoyens à part entière.

Dernière mise à jour: 14 déc. 2015
 

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