Les acadianismes

«Le monde acadien et son reflet
dans les particularités lexicales du français acadien»

Le terme acadianisme désigne un régionalisme employé dans le français acadien (Nouveau-Brunswick, Nouvelle-Écosse, Île-du-Prince-Édouard, Québec). Il convient de ne pas confondre un acadianisme avec un québécisme (régionalisme employé au Québec) ou un canadianisme (régionalisme employé par les francophones du Canada).

Le texte qui suit est un extrait de l'article «Le monde acadien et son reflet dans les particularités lexicales du français acadien» de Jaromir Kadlec, professeur à l'Université Palacky Olomouc, en République tchèque. Les intertitres ont été ajoutés.

- Les archaïsmes

Dans le lexique du français acadien, on peut donc rencontrer beaucoup d'archaïsmes :

- abric, abrique: «abri»,
- abrier, abriller, abriquer
: «couvrir»,
-
aveindre, aouindre, aoueindre : «retirer un objet placé haut ou loin»,
- bailler, bayer
: «donner»,
- baliage
: «balayage»,
- bènaise, bénaise, benaise
: «content»,
-
coquemar, coquemard : «bouilloire»,
-
courte-haleine : «asthme»,
-
déconforter : «se décourager»,
-
hardes : «vêtements», dérivé du verbe esharber (esherber): «butter et sarcler les champs»,
-
hucher : «crier»,
-
présent : «cadeau»,
-
si ça adonne : «si l'occasion se présente»

Le français acadien a conservé plusieurs substantifs français formés à l'aide du suffixe -ance. Par exemple accoutumance: «habitude»;  souvenance : «souvenir» ou usance : «usage». Certains archaïsmes (baillarge : «orge» ) sont attestés en France encore au début du XXe siècle.

- Le français populaire

Dans le français acadien, il est possible de découvrir également plusieurs expressions du français populaire :

- balier : «balayer»,
- clairté
: «clarté»,

Et surtout les dialectismes de l'Ouest :

- aiguail, égail, aigail : «rosée»,
-
apiloter, apilotter, appiloter, piloter : «mettre en tas»,
-
bâsir, basir : «disparaître»,
-
s'écarter : «s'égarer»,
- éloise:
«éclair d'orage»; il existe aussi le verbe éloiser : «faire des éclairs d'orage» (il éloise),
-
embourrer
: «envelopper», «couvrir»,
- s'émoyer, s'émoigner
: «s'informer»,
-
éparer, épârer, eparer : «étendre», «répandre»,
-
friper, fripper : «lécher»,
- migaillère, mégaillère
: «ouverture d'une jupe»,
-
noucle, nouc, nouque : «nœud»,
- plaise, plaize
: «plie»,
-
salange : «saumure»,
- sargaillon, sergaillon
: «personne malpropre, mal habillée»,
-
zire : «provoquer le dégoût»; les adjectifs zirable  («dégoûtant») et zireux («qui montre du dégoût») ont été dérivés du verbe zire.

Et ceux du nord-ouest de la France :

- bedas : «verrat»,
- bouillée
: «touffe de petites plantes», «bonne quantité de.. »,
-
clairdiller, clardiller, clardeiller : «reluire»,
- chancre
: «crabe»,
- se ouêtrer, se voitrer
: «faire la sieste»,
-
rousine, rosine : «résine» ; l'expression anglaise rosin a aidé à conserver le mot rousine dans le français acadien,
-
subler : «siffler».

Souvent, il est impossible de décider s'il s'agit d'un archaïsme ou d'un dialectisme (dialectalisme). Par exemple le mot charcois, charcot: «carcasse de phoque» est considéré en France comme un archaïsme, tandis que dans les régions de Poitou et de Saintonge il est couramment employé. Presque la moitié des acadianismes empruntés aux dialectes français est originaire de l'ouest de la France d'où est venue la majorité des premiers colons. Seuls 15 % à 20 % des acadianismes sont originaires du nord-ouest de la France, 10 % du Centre et 5 % des acadianismes ont été empruntés aux dialectes parlés dans le nord et dans l'est de la France.


- Les expressions maritimes


Les Acadiens utilisent encore plus que les Québécois les expressions maritimes dans un sens plus général. Il s'agit par exemple des mots
suivants:

- abrier : «couvrir»,
- amarre
: «corde»,
- amarrer
: «attacher»,
- baille
: «cuve»,
- balise
: «arbuste qui indique le tracé d'une route en hiver»; le verbe baliser  («indiquer le tracé d'une route en hiver») est aussi attesté,
-
bord : «chambre», «côté»,
- borgo, borgot : «
buccin», «corne de brume»; le verbe borgoter, borgotter, bargoter, bergoter ou beurgotter a le sens de «crier».
- caler
: «s'enfoncer»,
- gaboter, caboter
: «aller de part et d'autre»,
- haler
: «tirer»,
- paré
: «prêt»,
- roulis de neige
: «congère».

Certaines expressions maritimes (amarrer, haler, borgot, gaboter) sont employées dans un sens plus large même aujourd'hui dans les villes portuaires françaises.

- Les changements de sens
 

Certains mots n'ont pas la même signification en France et en Acadie. On peut citer, par exemple, les substantifs buvard: «ivrogne», marionnettes : «aurore boréale», passe-pierre : «plantain maritime», saignée : «ouverture béante dans la glace», train : «bruit», violon : «mélèze».

- Les emprunts à l'anglais

Le français acadien a emprunté logiquement plusieurs mots à l'anglais. Certains mots ont une prononciation et une orthographe différentes de celles de l'anglais.

- back : «en direction de»,
-
béler : «vider» (< to bail en anglais),
- bocouite, boqouite, buckouite
: «sarrasin» (< buckwheat en anglais),
-
fider, feeder : «nourrir» (< to feed en anglais),

- peddler, pedler
: «colporter» (to peddle en anglais),
- sévèrer
: «arpenter» (to survey en anglais),
- stoque
: «petit tas de gerbes» (stook en anglais).

Dans le français acadien, on peut remarquer plusieurs calques d'origine anglaise. Il est possible d'indiquer le substantif assaye : «procès en cours de justice» (trial en anglais) ou l'expression surveiller la télévision : «regarder la télévision».

- Les emprunts aux langues amérindiennes

Dans le français acadien, il existe aussi des emprunts aux langues amérindiennes :

- couimou : «oiseau plongeon»,
- escaouette
: «danse exécutée par les quêteurs de la Chandeleur»,
- mocauque, môcôque, mocôque
: «terrain marécageux propice à la croissance des airelles», «fruit de l'airelle»,
-
machcoui, maskoui, machecoui, mashcoui, mashquoui : «écorce du bouleau blanc»,
- madouèce, madouesse
: «porc-épic»,
- mascouèche, marchouèche, machecouèche
: «raton laveur»,
- nagame
: «porte-bébé, dans lequel la femme porte son enfant au dos»,
- ouarouari, warwari
: «grand bruit»,
- poulamon
: «poisson de petite taille ressemblant à la morue»,
- taweille, taweye, tawoueille, taoueille
: «Amérindienne», «femme acariâtre».

La majorité de ces mots a été empruntée à la langue des Micmacs. Plusieurs toponymes acadiens (Bouctouche, Scoudouc, Kouchibougouac, Memramcook) sont également d'origine amérindienne.

- Les néologismes

Certains néologismes ont été créés dans le français acadien (refoul : «mascaret», aboiteau : «clapet qui s'ouvre à marée descendante et se ferme à marée montante»), mais leur nombre est largement inférieur aux néologismes québécois parce que les Acadiens ne disposent pas, à la différence des Québécois, d'une institution chargée de la formation des néologismes (Office québécois de la langue française).

Dernière révision en date du 15 déc. 2015

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