Les langues paléo-sibériennes

Les langues paléo-sibériennes sont parlées dans les contrées asiatiques de la Sibérie, surtout sur la côte est. Ces langues sont parfois appelées paléo-asiatiques ou encore langues hyperboréennes. Ce sont de très vieilles langues, parfois millénaires (d'où le terme grec palaios: «ancien»), sans liens de parenté évidents entre elles. Autrement dit, les langues paléo-sibériennes ne constituent pas une famille linguistique proprement dite, mais un ensemble disparate de langues regroupées selon des critères d'ordre géographique. En réalité, on réunit sous le terme paléo-sibériennes des langues qui n’appartiennent pas aux familles ouralienne, altaïque, eskimo-aléoute, etc. Plus précisément, il s'agirait de quatre petites familles de langues isolées et sans grands rapports linguistiques, qui composent les langues paléo-sibériennes:
 


Source: d'après Proel, Promotora Española de Lingüística,
Lenguas del Mundo (Lenguas Amerindias)

1) La famille tchouktchi-kamtchatkienne (ou chukotko-kamchatkan), parfois connue sous le nom de famille luoravetianne, pour désigner les langues de la péninsule du Tchoukotka et de la péninsule de Kamtchatka à l'extrémité orientale de la Russie. Les langues dites tchouktchi-kamtchatkiennes comprennent le chukchi et son proche parent, le koriak, ainsi que l'itelmen (aussi connu comme le kamchadal) et l'alioutor. Le chukchi est parlé par quelque 10 000 locuteurs, le koriak par 3500 et l'itelmen par une centaine d'individus, surtout âgés sur la côte ouest de la péninsule de Kamtchatka. L'alutor compte environ 200 locuteurs au nord-est de la péninsule de Kamchatka.

2) La famille yukaghir compte deux variétés mutuellement inintelligibles: le yukaghir du Nord (ou tundre) peut-être 150 locuteurs) et le yukaghir du Sud (ou kolyma) avec respectivement 150 et 50 locuteurs. Ces langues en voie de disparition sont parlées en Yakoutie et dans la péninsule de Kamtchatka.

3) La famille ket ou yeniseienne (vallée de Yenisei) ne compte plus qu'une seule langue, le ket, appelé aussi l'ostiak (entre 500 à 900 locuteurs) parlé dans le centre la Sibérie. Le ket était apparentée à des langues paléo-sibériennes aujourd'hui disparues comme l'arin, l'assan et le kott.

4) La famille nivkh comprend seulement le nivkh ou guilliak (gilyak) réparti en quelques variétés dialectales; cette langue est parlée par quelque 400 locuteurs dans le bassin inférieur de l'Amour et dans une partie du nord de l'île de Sakhaline.

Contrairement à ce que peut laisser voir la carte ci-dessus, les langues paléo-sibériennes ne forment pas des aires continues là où elles sont parlées. Par exemple, le Kamtchatka regroupe des Koriaks, mais aussi des Itelmen (Kamtchadales), des Chinois, des Coréens, des Russes et des Toungouzes. C'est un peu partout pareil: ces peuples cohabitent avec d'autres ethnies où ils sont supplantées par le russe et de nombreuses langues altaïques (comme le turc, l'azéri, le turkmène, l'ouzbek, etc.). En matière de cartographie, il aurait été plus juste d'indiquer par des points (comme pour l'alioutor) les villages où les langues paléo-sibériennes sont employées.

Au total, les langues paléo-sibériennes comptent moins de 23 500 locuteurs, probablement environ 15 000. Plusieurs de ces langues ne comptent plus que quelques centaines de locuteurs, voire quelques dizaines: par exemple, 150 pour le youkaghir, langue de la Sibérie arctique à l'est de la Léna, peut-être 500 pour le ket, dans le bassin du Lenisséi. Seul le chukchi est parlé par un nombre suffisant de locuteurs (plus de 10 000). Ces vestiges linguistiques d'un passé lointain seront disparus d'ici une ou deux générations tout au plus.

Dernière mise à jour: 01 janv. 2016

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