[Armenia]
République d'Arménie

Arménie

(1) Situation générale

 
Capitale: Erevan
Population: 3,0 millions (2004)
Langue officielle: arménien
Groupe majoritaire: arménien (97,8 %)
Groupes minoritaires: azéri (0,6 %), kurde (0,4 %), russe (0,3 %), ukrainien (0,2 %), assyrien (0,1 %), grec, (0,1 %), etc.
Système politique: république unitaire divisée en 10 provinces
Articles constitutionnels (langue): art. 12, 14.1, 16, 40 et 41 de la Constitution du 5 juillet 1995 (version 2005)
Lois linguistiques: Loi sur la langue (1993);
Loi sur la citoyenneté (1995); Loi sur la publicité (1996); Code de procédure civile (1998); Code de procédure pénale (1998); Loi sur l'éducation (1999); Loi sur les noms commerciaux (1999); Loi sur la radio-télédiffusion (2000); Loi sur la fonction publique (2001); Loi sur les organismes publics (2001); Code des douanes (2001); Loi sur la protection des droits des consommateurs (2001); Loi sur les fondements de la législation culturelle (2002); Loi sur les actes juridiques (2002); Code criminel (2003); Loi sur la défense judiciaire (2003); Loi sur les communications postales (2004); Loi sur l'enseignement professionnel supérieur et post-universitaire (2004); Loi sur les principes fondamentaux de l'administration et de la procédure administrative (2004); Loi sur les restrictions à la vente, à la consommation et à l'usage du tabac (2004); Loi sur les étrangers (2006); Loi sur le droit d'auteur et les droits connexes (2006); Code judiciaire (2007); Loi sur les assurances et les activités d'assurance (2007); Loi sur l'enseignement général (2009); Loi sur le patrimoine culturel immatériel (2000); Loi sur les marques déposées (2010); Loi sur les indications géographiques (2010); Loi sur les cartes d'identité (2011); Règlement intérieur de l'Assemblée nationale (2016).   

1 Situation géographique et politique

Carte : Arménie La république d'Arménie est un pays de 29 800 km² d'Asie occidentale (équivalant à la Belgique), plus particulièrement en Transcaucasie (Caucase), une région de l'extrême sud-est de l'Europe et de l'Asie occidentale, située entre la mer Noire et la mer Caspienne, et divisée en deux parties par les monts du Caucase. L’Arménie est limitée au nord par la Géorgie, à l'est par l'Azerbaïdjan, au sud par l'Iran et la région autonome du Nakhitchevan (Azerbaïdjan), à l'ouest par la Turquie (voir la carte du pays). C'est une ancienne république soviétique.

L'Arménie est l'un des pays les plus enclavés au monde, non seulement parce que le pays n'a aucun accès à la mer, mais aussi parce l'Arménie est en conflit avec deux de ses voisins : la Turquie et l'Azerbaïdjan avec son enclave du Nakhitchevan. Cela signifie que les frontières avec ces deux ays sont fermées depuis plusieurs années. Quant à la frontière avec la Géorgie, elle n'est qu'ouverte que partiellement. Sur les 1000 kilomètres de frontière que compte le pays, 834 sont fermés. Il ne reste que la frontière avec l'Iran (35 km. La Russie est un important allié pour l'Arménie, mais ce pays n'a aucune frontière commune avec l'Arménie.

Bien que géographiquement située en Asie, l'Arménie est considérée comme faisant culturellement, historiquement et politiquement, partie de l'Europe. Ce pays est considéré comme un berceau du christianisme et des civilisations indo-européennes. L'Arménie est membre du Conseil de l'Europe.

Administrativement, l’Arménie est divisée en 10 provinces ou marzer (sing. marz) et une kaghak (plur. kaghakner): Aragatsotn, Ararat, Armavir, Geghark'unik, Kotayk, Lorri, Shirak, Syunik, Tavush, Vayots Dzor, Erevan (voir la carte détaillée avec les provinces). La république d'Arménie s'étend sur une superficie de 29 800 km² et sa capitale est Erevan, avec plus de 1,3 million d’habitants. C'est un pays très montagneux.

Une particularité mérite d'être soulignée. En consultant la carte de l'Arménie actuelle, on constate que le pays sépare une partie du territoire de l'Azerbaïdjan au sud. En effet, la région autonome de l'Azerbaïdjan appelée le Nakhitchevan est située à l'ouest des provinces arméniennes de Vayots Dzor et de Syunik

Par ailleurs, le Haut-Karabagh, qui appartient à l'Azerbaïdjan et dans lequel habitent des Arméniens dans une proportion de 80 %, n'a pas de frontière commune avec l'Arménie. Il comprend sept régions ou provinces: Chahoumian, Martakert, Askeran, Martouni, Hadrout, Chouchi et Kashatagh

On voit ici le problème: des Azerbaïdjanais peuplent le Nakhitchevan, alors que des Arméniens habitent le Haut-Karabagh, chacune des deux populations n'ayant en principe pas de contact avec ses «frères» de l'autre côté de la frontière. 

Entre 1988 et 1992, quelque 300 000 Arméniens et 350 000 Azéris ont quitté le territoire des deux États. Le Haut-Karabagh a proclamé son indépendance de l'Azerbaïdjan en 1991, mais celle-ci n'a été reconnue que par l'Arménie. 

Enfin, la situation de l'Arménie entre l'Europe et l'Asie demeure controversée. Au point de vue strictement géographique, l'Arménie fait partie de l'Asie, mais elle fait partie culturellement de l'Europe orientale en raison de son histoire, de sa langue et de sa religion.  

2 Données démolinguistiques

En 1995, la population de l'Arménie était estimée à 3,4 millions d'habitants. La république d'Arménie regroupe des représentants de plus de 20 nationalités dont des Allemands, des Biélorusses, des Géorgiens, des Grecs, des Juifs, des Kurdes, des Polonais, des Russes, des Syriens (ou Assyriens), des Ukrainiens, des Yézides, des Tsiganes (Roms), etc. Le problème, c'est que, depuis 1989, la répartition de la population a été considérablement modifiée. En effet, l’Arménie a vécu depuis des changements politiques (l’indépendance de l’URSS), économiques et sociaux très importants. Pensons aussi à la cessation des activité de certaines grandes usines et entreprises pour des raisons écologiques, la crise du pétrole, le conflit du Haut-Karabagh, le blocus économique le long des frontières entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan, puis entre l'Arménie et la Turquie, le tremblement de terre de 1998, etc. Les changements démographiques se sont accrus depuis le début du conflit armé avec l'Azerbaïdjan en 1993. La plupart des Azéris, un peuple d'origine turque, qui représentaient 2,6 % de la population, ont fui vers l'Azerbaïdjan (fin de 1994). Inversement, l'Arménie a accueilli des vagues de réfugiés arméniens fuyant les combats dans le Haut-Karabagh dont 80 % de la population est arménienne. Le gouvernement arménien affirme que les minorités nationales constitueraient aujourd’hui quelque 3 % de la population de la République.

La répartition des ethnies se présentait comme suit en 2017:

Ethnie Population Pourcentage Langue Affiliation Religion
Arménien 2 910 000 95,9 % arménien isolat indo-européen christianisme
Yézidi 34 000 1,1 % kurde du Nord langue iranienne yézidisme
Azerbaïdjanais du Nord 15 000 0,4 % azéri du Nord langue turcique islam
Russe 11 000 0,3 % russe langue slave christianisme
Assyrien 2 700 0,0 % assyrien langue sémitique nestorien
Kurde kurmandji 2 000 0,0 % kurde kurmandji langue iranienne islam
Ukrainien 1 100 0,0 % ukrainien langue slave christianisme
Biélorusse 900 0,0 % biélorusse langue slave christianisme
Grec 900 0,0 % grec langue grecque christianisme
Juif de l'Est 800 0,0 % yiddish de l'Est langue germanique judaïsme
Géorgien 600 0,0 % géorgien langue caucasienne christianisme
Moldave 600 0,0 % moldave (roumain) langue romane christianisme
Roumain 600 0,0 % roumain langue romane christianisme
Mordve 500 0,0 % mordve (erza) langue ouralienne christianisme
Tatare 500 0,0 % tatar langue turcique islam
Udi 200 0,0 % oudi langue caucasienne christianisme
Gitan (bohémien) 50 0,0 %

lomavren

langue mixte christianisme
Autres langues 51000 1,6 % - - -
Total 2017 3 032 450 100 % - - -

Parmi ces minorités, celle des Kurdes yézidis resterait numériquement la plus importante, mais des Azerbaïdjanais, des Russes, des Assyro-Chaldéens, des Ukrainiens et des Biélorusses vivent aussi dans le même territoire. Quand on consulte les statistiques, on ne peut que constater que la proportion des membres des minorité nationales est très faible avec 4 % de la population, soit 122 450 personnes pour une population de plus de trois millions.

Par ailleurs, les aléas de l'histoire ont conduit à un éclatement de la population d’origine arménienne, car moins de la moitié des Arméniens vivent sur leur territoire historique. En effet, la diaspora arménienne compte environ cinq millions de personnes, dont 1,5 million dans les anciens États de l'URSS, un million aux États-Unis et plus de 400 000 en France, 250 000 au Liban, 150 000 en Iran, 110 000 en Syrie, et dans beaucoup d’autres pays (Chypre, Égypte, Turquie, Irak, Jordanie, Israël, Canada, Bulgarie, Honduras, etc.).

2.1 La langue arménienne

L'arménien est une langue indo-européenne isolée; on parle dans ce cas d'un isolat linguistique. Comme l'albanais et le grec, l'arménien ne peut être formellement rattaché à aucune autre langue de cette famille, bien qu'il ait subi, au cours de son histoire, certaines influences lexicales, notamment de la part du persan (iranien), du grec et du russe, ainsi qu'à d'autres langues (indo-européennes ou non). L'arménien une langue caractérisée par une longue tradition, puisqu'elle âgée de quelque 2500 ans, soit trois fois plus que le français ou l'anglais.


D'après Romaric Thomas, http://www.eglise-armenienne.com/Articles/Langue/Alphabet.htm

En 301 le roi d'Arménie se convertit, faisant de son pays le premier royaume chrétien. L'Arménie a proclamé, dès 327, le christianisme comme religion de l'État, ce qui a entraîné des conséquences sur le développement de la langue arménienne. En effet, dans le but de défendre le christianisme contre le mazdéisme (du mot mazda, «sage» en avestique, le mot mazdéisme désigne la religion des anciens Perses attestée dès le IIe millénaire avant notre ère, appelée aussi zoroastrisme, du nom du réformateur Zoroastre dans la tradition grecque), un moine du nom de Mesrop Mashhtots inventa en 401 l'alphabet arménien comprenant alors 36 lettres (38 aujourd’hui), dont 31 consonnes et 7 voyelles.

Auparavant, les Arméniens instruits écrivaient en grec ou en araméen. Durant une bonne dizaine de siècles, l’arménien a surtout subi l’influence persane. C’est ce qui explique pourquoi l'arménien classique compte près d'un millier d'emprunts à l'ancien iranien, et ce, dans de nombreux domaines (droit, administration, armée, commerce, métiers, habillement, nourriture, parties du corps, religion, etc.). L’arménien a également emprunté des mots au grec, à l’arabe, au géorgien, au turc, etc.; une bonne partie du vocabulaire demeure mystérieuse, ce qui témoignerait d'emprunts à des langues antérieures aujourd’hui disparues (hittite, louvite, assyrien, akkadien). Au XXe siècle, l'arménien subit une soviétisation qui exerça une influence importante dans la russification de la langue.

Au cours des siècles, la langue arménienne s’est fragmentée en un grand nombre de variétés dialectales. On a longtemps distingué l'«arménien classique» qu'on devait plus tard appeler grabar, c’est-à-dire la «langue des livres», par opposition à l'achkharabar, la «langue du pays», soit le grand nombre de variétés dialectales parlées, lesquelles s'écartent sensiblement de la langue littéraire, surtout à partir du IXe siècle. Jusqu'à une époque récente, ces variétés dialectales étaient divisés en deux groupes: les dialectes occidentaux (ou arménien de Turquie) et les dialectes orientaux (ou arménien de Russie). 

Mais cette division ne correspond plus aujourd’hui à une division territoriale entre l'Empire ottoman et l'Empire russe: arménien oriental, erevan, tbilisi, karabagh, shamakhi, astrakhan, dzhulfa, agulis, khvoy-salmst, urmia-maragheh, artvin, karin, mus, van, tigranakert, kharberd (charberd, erzincan, erzenka), shabin-karahissar, trabzon, hamshen, malatya, kilikien, syrien, arabkir, akn, sebaste, ewdokia (tokat), smyrna (izmir), komedia du Nord, constantinople (konstantinopel, istanbul), rodosto, crimea (krim), ashkharik. Les Arméniens appartiennent à l'Église apostolique arménienne, soit la Haïasdaniaytz Yegueghetzi, ce qui signifie: l'Église des Arméniens.

Les recherches linguistiques récentes permettent de distinguer trois groupes de variétés dialectales arméniennes (dont deux sont représentés dans le tableau ci-dessous):

Arménien de l'Ouest Arménien de l'Est Français
inchu
inch bes
t'kal
chur
otanav
angoghin
khent
tram
oto
loknal
vargian
noren
votk
payd
dun
yeghpayr
bagh
inchu / khi
vonts
g'tal
jur
inknatir
cravat
gijh
pogh
mekena
loghanal
rope
eli
vod
ped
dan
aghper
tsurd
«pourquoi»
«comment»
«cuillère»
«eau»
«avion»
«lit»
«fou»
«argent»
«voiture»
«se baigner»
«minute»
«encore»
«pied»
«bois»
«
maison»
«frère»
«froid»
1) Le groupe arménien de l’Ouest (occidental) est parlé au centre, au sud et à l'ouest de l'Arménie historique. La majorité des dialectes arméniens se trouvent dans l’ancien Empire ottoman. Il faut y ajouter les dialectes de Syrie, du Liban et de Smyrne.

2) Le groupe arménien du Nord est utilisé au nord et au nord-est de l'Arménie; ce sont aujourd'hui les variétés dialectales de l'Ararat et d'Erevan, le dialecte de Tbilissi en Géorgie, d'Astrakan au bord de la Caspienne, les dialectes de Chamakhi, du Karabagh, d'Akoulis en Azerbaïdjan, et le dialecte de Djoulfa en Iran.

3) Le groupe arménien de l’Est (oriental) était parlé auparavant dans les régions de l'Est; ce groupe comprend présentement neuf variétés dialectales: celles de Maragha, de Khoy et d'Ourmia en Iran, d'Artvin en Turquie, de Chaghakhi, de Hadrouti et de Havariki en Azerbaïdjan, de Meghri et de Kartchevan en Arménie soviétique. Actuellement, c’est cette variété d'arménien oriental, maintenant normalisée, qui est devenue la langue officielle de l’Arménie contemporaine.

L’usage de l’arménien est resté bien vivace chez les locuteurs de cette langue. Ces derniers se désignent par le nom de Hay; leur pays est l’Hayasdan, leur langue, l’hayeren.

Depuis le milieu du XXe siècle, on ne distingue que deux variétés de l'arménien: l’arménien occidental et l'arménien oriental.

L'arménien occidental se basait sur la variété de Constantinople (Istanbul) et a été repris par les Arméniens du reste de l’Empire ottoman, alors que l'arménien oriental se basait sur la variété de la vallée d’Ararat (aujourd'hui en Turquie) et s’était étendu jusqu’à la communauté arménienne de Tiflis en Géorgie (aujourd'hui Tbilissi). Les Arméniens de Perse ont toujours utilisé l’arménien oriental, bien qu’il soit parlé un peu différemment. Les deux variétés de la langue arménienne sont mutuellement intelligibles pour les Arméniens, notamment à l'écrit, surtout pour ceux qui ont une certaine maîtrise de plusieurs langues étrangères.

L'arménien occidental est demeuré courant au sein des communautés arméniennes de la Turquie, du Proche-Orient, de l'Azerbaïdjan (incluant le Nakhitchevan), de l'Europe et de l'Amérique; il est aussi employé par de petites communautés en Turquie. Quant à l'arménien en oriental, il est essentiellement parlé en Arménie et dans le Haut-Karabagh en tant que langue officielle, et il est également utilisé dans les communautés arméniennes de Russie et d'Iran.

Les descriptions existantes de l’arménien portent sur les deux variantes littéraires de la langue, l'arménien occidental et l'arménien oriental, lesquels se manifestent essentiellement à l’écrit. Chacune des variantes arméniennes possède sa propre norme écrite et son alphabet, ses règles orthographiques et grammaticales, même son propre public. Selon les régions dans lesquelles on se situe, l’apprentissage de la langue est abordé différemment. En situation d'apprentissage, un seul des deux systèmes est enseigné de façon rigoureuse afin de favoriser une meilleure acquisition de la langue. Finalement, un seul système est donc appréhendé également à l’oral, et ce, dans le but d’éviter toute confusion possible et de ne pas acquérir un système hybride. Dans la langue écrite, les deux systèmes cohabitent, mais ils n'entrent jamais en contact. Bref, l’arménien occidental, parce qu'il s'est trouvé sous l'influence ottomane et turque, a conservé de nombreux turquicismes ainsi que des traces d’arabe, tandis que l'arménien oriental, surtout parlé en Arménie, a eu de nombreux contacts avec le russe et l'iranien, ce qui a favorisé l'apport des mots russes et arméniens. 

Aujourd'hui, la plupart des arménophones ont de la difficulté à comprendre l'autre version parlée en raison des différences de sonorités, des grammaires aussi différentes et des divergences dans le vocabulaire. Au cours du XXe siècle, l'arménien oriental s'est implanté en Arménie comme la langue officielle. Quant à l'arménien occidental, il est maintenant considéré comme une «langue menacée», selon la classification de l'UNESCO, parce qu'il n'est plus parlé que par une diaspora partout minoritaire, alors qu'au début du XXe siècle il était parlé par des millions de locuteurs. La situation de la langue arménienne dans la diaspora d'aujourd'hui est en grande partie due au génocide de 1915. Les établissements d'enseignement et les institutions culturelles en Turquie, qui étaient au centre de la diaspora et qui ont été détruits pendant et après le génocide, n'ont jamais été remplacés.

2.2 Les langues des minorités nationales

L’Arménie est située au carrefour des mondes turc, slave, caucasien, iranien et arabe. Les minorités nationales parlent donc des langues indo-européennes (allemand, grec, biélorusse, russe, polonais, ukrainien, kurde, etc.), chamito-sémitiques (assyrien) et caucasiennes (géorgien). Cependant, beaucoup de minorités ethniques sont avant tout des minorités religieuses et parlent l’arménien ou le russe comme langue maternelle. C’est le cas des juifs, des molokans, des assyro-chaldéens et de certains Kurdes. Les véritables minorités linguistiques d'Arménie parlent avant tout le kurde, le russe et l'araméen, puis le grec, le géorgien, le polonais, l'allemand, le tsigane, etc. On trouve également en petit nombre des Ossètes, des Bashkirs, des Estoniens, des Italiens, des Lituaniens, des Lettons, des Moldaves, des Mordves, des Kabardes, des Komis, des Tatars, des Ouzbeks et quelques autres.

Rappelons que près de 500 000 personnes (soit 12 % à 13 % de la population totale), dont un bon nombre appartenant aux minorités nationales, ont quitté l'Arménie depuis 1993. Comme il n’y a pas eu de recensement depuis, il faut se fier à des estimations.

La communauté assyrienne (ou assyro-chaldéenne) comptait en 1989 environ 15 000 membres, mais seulement 3000 d’entre eux parlaient l’araméen (ou néo-araméen), une langue chamito-sémitique très ancienne; les autres utilisent soit le russe (majoritairement) soit l’arménien. Ceux qui parlent l’araméen emploient l’alphabet syriaque, mais ceux qui parlent le russe ont l’alphabet cyrillique, alors que ceux qui parlent l’arménien ont recours à l’alphabet arménien. Il est possible qu'en 2002 les Assyriens ne soient plus, d'après les estimations disponibles, que 6000 ou 7000 en raison du mouvement migratoire durant la période de 1992-1995; ils vivent maintenant à Erevan (capitale), dans la province d'Ararat (village de Dimitrov surtout), et dans les provinces de Kotayk et d'Armavir

Les juifs forment une petite communauté religieuse d’environ 700 membres; ils parlent généralement le russe comme langue maternelle. Ils habitent généralement Erevan, ou les villes de Gumri (province de Shirak), Vanadzor (province de Lorri) et Dilidjan (province de Tavush).

En 1989, l’Arménie comptait au moins 84 000 Azéris (ou Azerbaïdjanais du Nord) dont la langue maternelle était l’azéri, une langue turque de la famille altaïque (avec l’alphabet cyrillique). On sait qu’ils ont presque tous quitté l’Arménie depuis 1993-1994 pour s’établir dans la république de l’Azerbaïdjan (Haut-Karabagh).

Selon les estimations les plus fiables, les Kurdes compteraient actuellement près de 30 000 individus en Arménie. D'après les deux derniers recensements officiels effectués en 1979 et 1989, on dénombrait respectivement 51 000 et 57 000 personnes, dont 55 000 étaient des adeptes de la religion yézidie. À l'origine, le yézidisme remonterait à de très anciens cultes orientaux: il s'agit d’une «religion syncrétiste» englobant des éléments juifs, chrétiens, musulmans et zoroastriens. La diminution de l’effectif kurde serait due au départ de la presque totalité des Kurdes musulmans lors de la crise qui a secoué le pays en 1988 et en 1989, et également à l'émigration de milliers de Kurdes yézidis pour des raisons socio-économiques lors de la décennie quatre-vingt-dix. La plupart ont choisi la Russie comme destination, mais d’autres ont préféré s’établir en Allemagne. La plupart des Kurdes (env. 85 %) parlent leur langue indo-européenne appartenant au groupe indo-iranien, le kurde du Nord appelé kurmanji, et emploient l’alphabet cyrillique. On compterait quelque 25 villages kurdes-yézidis dans les régions administratives d'Aragatz, d'Abaran, de Taline et d'Achtarak (marz d'Aragatsotn), ainsi que dans les régions de Hoktemberian et d'Etch-miadzine (marz d'Ararat). Un petit nombre vit à Erevan, la capitale.

Les Russes constituaient une minorité non négligeable de quelque 50 000 personnes en 1989. D'après des statistiques gouvernementales de 2001, il est probable que les russophones ne soient plus maintenant que de 12 000 à 13 000. Ils forment encore une minorité relativement puissante, d’autant plus que la plupart des autres minorités préfèrent employer le russe pour les communications interethniques. Il en est ainsi des quelque 8000 Ukrainiens, ainsi que des Polonais et autres ethnies slaves.

Lors du recensement de 1989, on comptait 8341 Ukrainiens en Arménie. La plupart (5341) vivaient dans diverses régions (Abovyan, Vayk, Stepanavan, Kapan, Hoktemberyan, Hrazdan, Charentsavan, Echmiadzin, Sevan, Akhuryan, Ararat, Masis, Meghti, Vardenis, etc.) mais environ 3000 à Erevan. Soulignons que ces données du recensement officiel ne reflètent guère la situation réelle. On estime que moins que la moitié des Ukrainiens, soit environ 3500, sont demeurés en Arménie après 1992-1995. La majorité des Ukrainiens (environ 70 % à 80 %), et presque tous les jeunes, ne parle plus l'ukrainien. Les Ukrainiens sont en voie d'être tous linguistiquement assimilés, mais cette assimilation passe par le russe, pas par l'arménien. Durant le régime soviétique, il suffisait de connaître le russe (pas l'arménien ni l'ukrainien) pour accéder à un régime économique plus élevé. 

On compte plus de 4000 Grecs dans le pays; ils résident surtout dans la ville de Erevan (capitale), ainsi que dans la province de Lorri (villes d'Alaverdi et de Stepanavan). Les Géorgiens comptent à peine plus d'une centaine de personnes; ils vivent surtout à Erevan, mais certains aussi (environ 20 personnes ) à Vanadzor (province de Lorri). Les Allemands sont encore moins nombreux: 56 des 97 familles allemandes (en 1998), soit environ 430 personnes, habitent Erevan, 13 Vanadzor, 2 à 3 Gumri, Hoktemberyan, Abovian, Garni, Burakan et Airum. Les autres minorités sont encore plus petites. Certaines d'entre elles n'atteignent qu'un tout petit nombre de personnes (parfois moins de 10); il semble évident que ces minuscules communautés ne peuvent disposer de leurs propres organisations nationales.

Parmi les quelque trois millions d'habitants que compte l'Arménie, plus de 97 % de la population est d'origine ethnique arménienne, et 92,6 % se déclarent de confession chrétienne orthodoxe. L'Arménie constitue de fait le pays de la région du sud du Caucase (Transcaucasie) le plus homogène au plan ethnique et religieux. 

2.3    La diaspora arménienne

En 1998, on estimait à quelque huit millions le nombre des Arméniens dans le monde. Plus de 3,5 millions d'entre eux vivaient dans la république d’Arménie et 1,5 million étaient répartis entre la Géorgie, l’Azerbaïdjan, l’Ukraine, la Russie et d'autres ex-républiques soviétiques de l’Asie centrale. Ainsi, quelque 2,2 millions d'Arméniens constitueraient la «grande diaspora». Ce sont les États-Unis et la France qui comptent le plus grand nombre d’Arméniens depuis que ces derniers ont quitté massivement le Liban. Bien que la «grande diaspora» ne tienne généralement pas compte des communautés d'Europe orientale, cette communauté est estimée à près de 800 000 personnes réparties en Turquie, Bulgarie, Roumanie, Moldavie, Grèce et Chypre. Quant à la communauté arménienne de Turquie, elle a fortement diminué, comme celle du Proche-Orient. On croit qu'elle atteint environ 400 000 membres, avec une forte concentration a Istanbul (120 000 personnes). En somme, il y a plus d'Arméniens hors de l'Arménie que qu'à l'intérieur. 

Dernière révision: 02 juin 2024
 

Arménie
 

(1) Situation générale (2) Données historiques
(3) La politique à l'égard
de la langue officielle

 

(4) La question
des minorités nationales

 
(5) Bibliographie Loi sur la langue

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