Royaume du Swaziland

Swaziland

Kingdom of Swaziland
Umbuso weSwatini

Capitale: Mbabane
Population:  1,1 million (2004)
Langues officielles:  anglais et swati (de jure)
Groupe majoritaire: swati (88,5 %)
Groupes minoritaires:  zoulou (6,8 %), tsonga (1,7 %), afrikaans (1,1 %), anglais (0,6 %), nyanja (0,5 %), sotho du Sud (0,4 %), comorien (0,0 %)
Langues coloniales:  afrikaans et anglais
Système politique: monarchie à régime autoritaire
Articles constitutionnels (langue):  art. 3, 17, 22, 37 et 122 de la Constitution du 8 février 2006

Lois linguistiques: sans objet

1 Situation géographique

Le Swaziland est officiellement appelé royaume du Swaziland ou encore le Ngwane. C'est un État d'Afrique australe, enclavé entre le Mozambique, à l'est, et l'Afrique du Sud. Ce petit pays de 17 363 km² (moins grand que la Belgique), indépendant depuis 1968, s'est constitué autour de la nation swazie. C'est un pays montagneux sans façade maritime enclavé entre l'Afrique du Sud et le Mozambique. Au point de vue administratif, le Swaziland compte quatre districts: Hhohho, Lubombo, Manzini et Shiselweni. La capitale administrative du Swaziland est Mbabane (57 992 habitants), mais Lobamba est la capitale royale et législative. Les autres villes importantes sont Manzini (25 571), Big-Bend (9374), Mhlume (7661), Malkerns (7400) et Nhlangano (6540). Le roi Mswati III règne depuis 1986 sur cette dernière monarchie absolue d'Afrique. Les partis politiques sont interdits et la liberté d'expression est très restreinte.

Swaziland
Le Swaziland


Les districts

Le nom du pays (Swaziland) et celui de l'ethnie principale (les Swatis) proviennent du nom Mswati II, «le plus grand des rois guerriers swazi. Le mot Dlamini est le nom de la famille royale, ainsi qu'une façon courante d'appeler le Swaziland.

2 Données démolinguistiques

Selon les estimations du gouvernement, la population du Swaziland était estimée à 1 101 000 million d'habitants en 1999, mais à 1 143 000 en 2004. Le taux d'espérance de vie était peu élevé, soit de 38,6 ans; le pays est aux prises avec les ravages du sida, avec près de 40 % de la population swazie comme séropositive, le taux le plus élevé au monde. Le gouvernement accuse les femmes d'être les responsables de la propagation de la maladie dans le pays!

Le Swaziland est relativement homogène au point de vue ethnique et linguistique. Le pays est, en effet, peuplé à 88,5 % de Swazis, lesquels appartiennent à la branche nguni des Bantous. Les minorités ethniques sont les Zoulous, les Tsonga, les Afrikaners, les Britanniques, les Nyanja, les Sothos et les Comoriens. Le Swaziland a accueilli de nombreux réfugiés du Mozambique (peut-être 7 % de la population totale). Près de 30 % de la population a conservé les croyances traditionnelles animistes, alors que les autres sont de religion chrétienne protestante (5,5 %) et catholique (5 %) ou musulmane (10 %).

Ethnie Langue maternelle Affiliation linguistique Population  
Swazi swati langue bantoue 980 000 88,5 %
Zoulous zoulou langue bantoue   76 000 6,8 %
Tsonga tsonga langue bantoue   19 000 1,7 %
Afrikaners afrikaans langue germanique   13 000 1,1 %
Britanniques anglais langue germanique    7 500 0,6 %
Nyanja nyanja langue bantoue    5 700 0,5 %
Sothos sotho du Sud langue bantoue    4 700 0,4 %
Comoriens comorien (shingazidja) langue bantoue       600 0,0 %
Total: 1 106 500 100 %

Les langues indigènes appartiennent à la famille bantoue: le swazi (88,5 %), le zoulou (6,8 %0, le tsonga (1,7 %), le nyanja (0,5 %), le sotho du Sud (0,4 %), le comorien (0,0 %). Le swati constitue la langue nationale et l'une des langues officielles du Swaziland; il est également parlé au Mozambique et en Afrique du Sud.  Les langues «blanches» sont l'afrikaans (1,1 %) et l'anglais (0,6 %), toutes deux d'origine germanique; l'anglais est l'une des deux langues officielles. De par leur statut, le swati est la première langue officielle, l'anglais, la seconde.

3 Données historiques

Les archéologues ont découvert des restes humains datés d'il y a 100 000 ans.  Mais le peuplement des plateaux du Ngwane a commencé beaucoup plus tardivement, c'est-à-dire vers la fin du XVIIe siècle.  Les Swazis, des Nguni descendants des San et des Khoisans (Bochimans) —, occupaient à l'origine la partie sud-est du littoral de l'Afrique australe, le long de la rivière Pongola (dans le Natal sud-africain). Ils se sont mêlés aux Bantous qui migraient vers le sud aux XVe et XVIe siècles et arrivaient de l’Afrique centrale.Les Swazi s'installèrent dans les montagnes de Lubombo dans l'est du Swaziland ainsi que dans le Haut-Veld de l'Afrique du Sud (province de Gauteng).

3.1 La colonisation européenne

Au milieu du XIXe siècle, les attaques des Zoulous incitèrent le roi Mswati à demander la protection de la Grande-Bretagne, ce qui eut pour effet l'arrivée au Swaziland, surtout après 1878, de nombreux colons et prospecteurs blancs. Les terres des Swazis furent progressivement accaparées par les colons boers arrivés du Transvaal, avec la complicité du souverain swazi qui y trouvait un intérêt financier personnel. À partir de 1888, les Boers (fermiers hollandais dont le nom signifiait «paysans» en néerlandais et se prononçait [bour]) reçurent le droit de s'administrer eux-mêmes. En 1889, un accord (Loi sur la juridiction étrangère de 1890) entre Britanniques et Boers confia l'administration du Ngwane (ou Swaziland) au Transvaal. De fait, à partir de 1894 et jusqu'à la guerre des Boers (1899-1902), le Swaziland devint un protectorat de la République boer du Transvaal. Les Boers implantèrent progressivement l'usage du néerlandais (écrit) et de l'afrikaans (oral) dans l'Administration. Craignant davantage l'emprise des Boers que celle des Anglais, les Swazis en appelèrent à la protection britannique.

Défaits par les Britanniques, les Boers signèrent, le 31 mai 1902, le traité de Vereeniging par lequel le Transvaal et l’État libre d’Orange devenaient des colonies de la Couronne britannique. Dès lors, les Britanniques se trouvèrent à contrôler un grand nombre de colonies: Le Cap, le Natal, le Transvaal, l'État libre d'Orange, le Griqualand, la Nouvelle République (the New Republic), le Stellaland et le Zoulouland, sans oublier le Bechuanaland plus au nord et le Swaziland à l'est.  En 1910, la Grande-Bretagne créa l'Union sud-africaine qui rassemblait toutes les anciennes colonies britanniques et les anciens États boers. Les Swazis échappèrent à l'annexion par l'Union sud-africaine, mais leurs terres demeurèrent aux mains des colons blancs (Afrikaners); ils ne détenaient que 37 % des terres du Swaziland.

La reconquête de leur territoire par les Swazis débuta en 1921 lorsque le nouveau roi, Sobhuza II, institua un organisme chargé de racheter les terres aux colons grâce à l'argent accumulé par l'imposition des travailleurs immigrés et à l'exploitation des mines. Cet organisme permit également au clan royal de renforcer son autorité. Mais, après la guerre des Boers, le Swaziland est devenu un protectorat britannique, et l'anglais remplaça le néerlandais (écrit) et l'afrikaans (oral).

3.2 Le Swaziland indépendant

En novembre 1963, la Grande-Bretagne promulgua la Constitution menant à l'indépendance du Swaziland et mit en en place le Conseil législatif et le Conseil exécutif; le premier Conseil législatif du Swaziland fut constitué le 9 septembre 1964. La Grande-Bretagne accepta de modifier la première Constitution qui prévoyait la mise en place de l’Assemblée et du Sénat, puis des élections en 1967. Le Swaziland indépendant héritait d'une monarchie constitutionnelle, avec un roi, un parlement et un premier ministre élus, comme en Grande-Bretagne. C'était en somme, le régime préféré des Britanniques!

Le Swaziland accéda à l'indépendance le 6 septembre 1968. Cependant, l'indépendance ne conduisit pas à la démocratie: en 1973, le roi Sobhuza II abolit la Constitution, assuma tous les pouvoirs et interdit les partis politiques. L'anglais fut reconduit dans son statut de langue officielle, mais le swati obtint un statut similaire. En tant que langue nationale parlée par près de 90 % de la population, il paraissait normal d'accorder le même statut au swati (première langue officielle). C'est depuis 1973 que le
Swaziland est gouverné par décrets royaux.

Après la mort de Sobhuza II en 1982 (après soixante ans de règne), une longue période de lutte pour la succession s'ouvrit. Il faut dire que le roi avait été polygame (quelque 70 épouses royales) et que 67 fils prétendaient au trône, tandis que ses 100 épouses convoitaient la régence. Ce n'est qu'en 1986, après de violents conflits au sein du clan royal des Dlaminis, que le prince héritier Makhosetive fut finalement couronné, sous le nom de Mswati III.


Mawati III
en costume traditionnel

Le nouveau roi apparut rapidement comme un souverain autoritaire, refusant à l'opposition démocratique et moderniste le droit de s'exprimer, et rejetant la Constitution calquée sur celle du Royaume-Uni, car «en contradiction avec les traditions swazies». Mswati III se proclama Ngwenyama («le Lion») et nomma la reine mère Ndlovukazi («lady Éléphant») parce qu'elle était la mère du roi (d'où le surnom de «Grande Éléphante»); les nombreuses épouses (une douzaine et deux «fiancées») du souverain portèrent le titre de «mères de la nation»; une femme est dite fiancée lorsqu'elle n'a pas donné d'enfant au roi. Le roi doit être polygame afin de perpétuer la dynastie. Même si le roi, à la fois chef de l'État et chef de l'armée, avait favorisé la valorisation de la langue swatie, ses méthodes arbitraires ont provoqué une vague de contestation populaire. Le système de gouvernement du Swaziland, connu sous le nom de Tinkhundla, est un mélange de style occidental et de style traditionnel, où le roi avec son conseil dispose d'un pouvoir prépondérant. Mais les Swatis restent, semble-t-il, très attachés aux traditions monarchiques.

En 1992, le roi Mswati III éleva la capitale administrative (Mbabane) au rang de ville, mais la petite municipalité de Lobamba au sud de Mbabane resta la capitale royale et législative du Swaziland.

Au milieu des années quatre-vingt-dix, la monarchie swatie dut entrer dans un lent processus de démocratisation. Les pressions extérieures et la contestation des mouvements d'opposition et des associations de défense des droits de l'Homme remirent en question cette monarchie absolue, d'autant plus que le libéralisation de l'Afrique du Sud et au Mozambique attisèrent l'impatience de la population. Mswati III promit en 1997 de procéder à une réforme constitutionnelle et de donner plus de pouvoir au peuple. La nouvelle Constitution était patiemment attendue vers 2002, mais ce ne fut que le 31 mai 2003, après un retard de sept ans, que Mswati III a finalement dévoilé le projet d'une nouvelle constitution nationale pour le Swaziland, un projet qu’il a fini par approuver le 14 novembre 2003. La nouvelle Constitution prévoit que le pouvoir du gouvernement restera fermement entre les mains de la monarchie, tout en reconnaissant le respect des droits de l'Homme, mais en ne faisant aucune allusion à une reconnaissance quelconque des partis politiques (perçues comme des «associations»). Récemment, Mswati III déclarait que «la démocratie était une mode qui ne convenait pas au Swaziland». La nouvelle Constitution ne change rien de fondamental à l’absolutisme actuel.

Quant aux États-Unis, ils menacent de fermer la porte du marché américain au Swaziland. C'est que Washington est inquiet du non-respect du principe fondamental de justice dans le pays; non seulement les États-Unis rappellent à l’ordre la monarchie, mais remettent en cause son admissibilité à l’African Growth and Opportunity Act. Malgré des déficits budgétaires, une dette extérieure de 300 millions de dollars et de nombreux appels à des réformes démocratiques de la monarchie, la gestion et les dépenses du royaume sont souvent critiquées, notamment lors du projet en 2002 d’acheter un jet privé de 45 millions de dollars US pour le roi, ce qui équivalait environ à un quart du budget national. Le Parlement swazi a voté, le 18 octobre 2002, contre l’achat de ce jet royal, mais rien ne semble arrêter le représentant de la dernière monarchie absolue africaine, qui n’en fait qu’à sa tête avec son train de vie somptuaire. La même année, les Nations unies rapportaient que le pays avait besoin de 19 millions de dollars de toute urgence pour assurer la survie d’un quart de la population menacée par la famine, après une année de sécheresse. Plus de 500 000 Swazis, sur un million d’habitants, sont déjà touchés par un sérieux manque de nourriture. Lors de son 36e anniversaire de naissance en avril 2004, Mswati III, dans un discours en swazi, a salué le rôle «unificateur» des célébrations royales (au coût d'environ 525 000 $ US), diffusées sur la radiotélévision nationale; il a appelé ses sujets à «perpétuer la tranquillité swazie qui a fait de notre nation l'objet d'envie de la communauté internationale». Cela dit, le Fonds monétaire international (FMI) a mis en garde la monarchie swazilandaise (d'une autre âge!) contre des dépenses inconsidérées, sous peine de voir se tarir les donations financières à ce petit royaume menacé par la famine et ravagé par le sida (40% de la population swazie étant séropositive).

4 La politique linguistique

Le 26 juillet 2005, le roi Mswati III avait signé la nouvelle Constitution du royaume, qu'il avait demandée en 1996. Bien que le Parlement du Swaziland eût approuvé à l'unanimité, le 13 juin 2005, un projet de Constitution, le roi Mswati III avait retourné le document, le 5 juillet 2005, en ordonnant aux juristes de revoir plusieurs dispositions concernant la religion, la taxation de la famille royale et les droits des femmes. Après que le Parlement eût procédé aux modifications exigées, le roi Mswati III a accepté de signer la Constitution et a annoncé qu'elle entrerait en vigueur six mois plus tard. Le 8 février 2006, la nouvelle Constitution (la loi no 001) était promulguée.

La politique linguistique du Swaziland en est une de bilinguisme institutionnelle. L'article 3 de la Constitution du 8 février 2006 proclame que le swati (ou siswati) et l'anglais sont les les langues officielles du Swaziland:

Section 3

The Anthem, Flag and Languages

[...]

(2) The official languages of Swaziland are siSwati and English.

Article 3

Hymne, drapeau et langues

[...]

(2) Les langues officielles du Swaziland sont le swati et l'anglais.

Il reste maintenant à évaluer de quelle façon est pratiqué ce bilinguisme.

4.1 Le bilinguisme de l'État

Le bilinguisme se concrétise d'abord dans les Chambres du Parlement. L'article 122 de la Constitution de 2006 prévoit l'usage des deux langues officielles:

Section 122

Regulation of procedure in Parliament

Subject to the provisions of this Constitution -

(a) each chamber of Parliament may make Standing Orders with
respect to -

[...]

(iv) conduct of debates or other proceedings in that
chamber in one or both official languages;

Article 122

Règlement de procédure au Parlement

Conformément aux dispositions de la présente Constitution:

(a) Chacune des Chambres du Parlement peut émettre des ordonnances permanentes dans le respect :

[...]

(iv) de la conduite des débats ou d'autres procédures relatives à cette chambre dans l'une ou les deux langues officielles;

Effectivement, les procès-verbaux et les débats se déroulent en swati et en anglais, mais le swati est davantage utilisé. Toutefois, les parlementaires ont tendance à discuter en swati à partir de la version anglaise des lois.

Les tribunaux admettent l'usage des deux langues officielles. Les procès se déroulent en swati, mais il est possible de recourir à une langue non officielle si un individu ne comprend pas la langue de la procédure (art. 17, 22 et 37):

Section 17

Protection of right to personal liberty

2)
A person who is arrested or detained shall be informed as soon as reasonably practicable, in a language which that person understands, of the reasons for the arrest or detention and of the right of that person to a lawyer chosen by that person.

Section 22

Right to fair hearing

2) A person who is charged with a criminal offence shall be-

(b) informed as soon as reasonably practicable, in a language which that person understands and in sufficient detail, of the nature of the offence or charge;

[...]

(g) permitted to have, without payment, the assistance of an interpreter if that person cannot understand the language used at the trial.

Section 37

Declaration of emergency

8) Where a person is detained or restricted by virtue of a power exercised in the absolute discretion of any authority and conferred by any such law as is referred to in section 38(1), the following shall apply, that is to say -

a) that person shall, as soon as reasonably practicable and in any case not more than seventy two hours after the detention or restriction, be furnished with a statement in writing in a language that the person understands specifying in sufficient detail the grounds upon which that person is detained or restricted;

Article 17

Protection du droit à la liberté personnelle

2) Quiconque est arrêté ou détenu sera informé, aussitôt qu'il est raisonnable de le faire, et dans une langue qu'il comprend, des motifs de son arrestation ou de sa détention, et du droit qu'il a de prendre un avocat de son choix.

Article 22

Droit à une audition juste

(2) Quiconque est accusé d'un délit est:

(b) informé, aussitôt qu'il sera raisonnable de le faire, dans une langue qu'il comprend suffisamment, de la nature de l'infraction ou de l'accusation;

[...]

(g) pourra, gratuitement, requérir l'aide d'un interprète s'il ne peut comprendre la langue employée au procès.

Article 37

Déclaration en cas d'urgence

8)
Là où une personne est détenue ou limitée en vertu d'un pouvoir exercé dans la discrétion absolue d'une autorité et conférée selon une loi mentionnée à l'article 38 (1), la disposition suivante s'applique, c'est-à-dire:

a) Cette personne pourra, aussitôt qu'il sera raisonnable de le faire, et dans tous les cas pas plus de soixante-douze heures après sa détention ou sa restriction, être pourvue d'une déclaration par écrit dans une langue qu'il comprend des détails suffisants pour lesquels elle est détenue ou restreinte;

Les services gouvernementaux sont offerts en swati et en anglais. La plupart des documents administratifs sont offerts dans les deux langues, surtout ceux destinés au grand public. Il existe des documents uniquement en version unilingue anglaise. Par exemple, la monnaie présente des inscriptions unilingues anglaises. Les affaires du gouvernement sont normalement discutées en anglais.


Un billet unilingue anglais de 5 emalangeni

4.2 L'éducation bilingue

L'école n'a jamais été gratuite au Swaziland. L'admission dépend toujours du paiement des frais de scolarité. Beaucoup d'enfants doivent quitter l'école, parfois durant une année complète, en raison du manque d'argent de leurs parents. Certains enfants y retournent lorsque les moyens financiers de leurs parents sont (temporairement) réglés; il arrive que des enfants viennent à l'école à tour de rôle, avec un frère (ou une soeur) fréquentant l'école pendant une année pour rester à la maison l'année suivante, tandis qu'un autre frère (ou soeur) retourne à l'école. Les problèmes de fréquentation scolaire semblent avoir empiré avec le ravage du sida. Selon l'UNICEF, la pandémie qui frappe le Swaziland ferait annuellement quelque 20 000 nouveaux orphelins. D'ici 2010, la population des orphelins du sida devrait atteindre 120 000, sur une population nationale de près d'un million d'habitants, ce qui est énorme. Après l'indépendance en 1968, le taux de scolarité dans les établissements primaires et secondaires a augmenté, puis au cours des années quatre-vingt ce taux a chuté constamment, ce qui est directement imputé au sida. Aujourd'hui, 65 % des enfants ont accès à l'école primaire, 44 % au secondaire, pour une alphabétisation de 97 %. Or, au début des années quatre-vingt-dix, 90 % des enfants (en âge d'aller à l'école) étaient inscrits à l'école primaire. La baisse est donc dramatique.

Le programme d'études des écoles est basé en grande partie sur le système britannique. Dans les écoles primaires publiques (au nombre d'environ 540), le swati reste la langue d'enseignement, l'anglais une matière. Au secondaire (au nombre d'environ 180), le processus est inversé, car l'anglais devint une langue d'enseignement, le swati une matière. Plus de 5500 étudiants suivent des cours dans les différentes institutions d’enseignement postscolaire du pays, dont 3700 à l’Université du Swaziland. Les autres sont inscrits dans des établissements tels que le Collège de technologie du Swaziland (Swaziland College of Technology: SCOT), le Gwamile VOCTIM, le Centre de formation industrielle de Manzini (Manzini Industrial Training Centre: MITC), le Centre de formation en technique agricole de Nhlangano (Nhlangano Agricultural Skills Training Centre: NASTC) et différents autres instituts de formation de professeurs et le Nursing College pour les infirmières. Dans les universités, seul l'anglais est enseigné, sauf dans les disciplines à caractère linguistique. Autrement dit, une bonne connaissance de l'anglais est nécessaire pour poursuivre des études universitaires ou l'équivalent. De façon générale, les langues secondes les plus enseignées au secondaire sont le portugais, le français et l'afrikaans.

Dans les écoles privées, le système est différent. Les programmes d'études sont adaptés pour permettre aux enfants étrangers de poursuivre leurs études en anglais lorsque leurs parents quitteront le Swaziland. La langue d'enseignement est l'anglais, alors que le français et le swati sont appris en tant que langues secondes. 

Dans l'ensemble éducatif, la connaissance de l'anglais dans les études est nécessaire pour se trouver un emploi.  Le ministère de l'Éducation cautionne cette exigence. La maîtrise de l'anglais est tellement indispensable que sa méconnaissance handicape sérieusement les étudiants. Dépendant étroitement des capitaux anglais et des relations commerciales avec la République Sud Africaine, l’économie swazilandaise est essentiellement tributaire de la langue anglaise. Le problème, c'est qu'il faut avoir terminé ses étude secondaires pour bien maîtriser l'anglais, ce qui exclut la majorité des Swazilandais. La plupart réussissent à baragouiner l'anglais bien plus qu'ils ne le parlent réellement. D'ailleurs, on estime que 20 % des diplômés maîtriseraient mal l'anglais à la fin de leurs études. Pourtant, les Swazilandais préfèrent lire en anglais qu'en swati. Il faut dire qu'il n'y a pas grand-chose à lire dans la langue nationale (pas de journaux, ni de magazine). Seuls des manuels scolaires existent en swati, car une loi exige que ceux-ci soient disponibles jusqu'à la fin du secondaire.

Certains croient que les difficultés en anglais proviennent des différences radicales entre le swati et l'anglais. Le swati est  une langue très imagée et très descriptive, contrairement à l'anglais. Par exemple, le mot anglais West («ouest») se traduit en swati par une périphrase du type «là où le soleil disparaît». Les chiffres et les nombres présentent un problème réel. Par exemple, le nombre 2975 se dit en swati Tinkhulungwane netimbili nemakhulu nemfica nemashumi nesikhombisa nasihlanu, ce qui signifie mot à mot «les milliers qui sont deux et les centaines qui sont neuf et les dizaines qui sont sept et cinq». 

4.3 Les médias

Depuis 1986, Mswati III règne en monarque absolu sur le pays. Le roi nomme les membres du gouvernement, les juges ainsi qu'une partie des députés. Évidemment, les médias n'échappent pas à son contrôle. L'autocensure est généralisée et les sujets tabous nombreux. Il est strictement interdit aux journalistes de critiquer le roi et, lors des conférences de presse officielles, les questions sont choisies à l'avance par les conseillers du roi. La presse publique diffuse uniquement les nouvelles contrôlées et validées par le ministère de l'Information. Il arrive que le gouvernement interdise la publication de certains journaux sous prétexte qu'ils nuisent aux intérêts du Swaziland, à la sécurité publique, l'ordre, la santé ou la moralité.

Tous les journaux importants sont publiés en anglais; c'est le cas du Times of Swaziland, du Swazi News et du Swaziland Today. Le gouvernement a bien tenté de faire tirer une édition swatie du Times of Swaziland (Tikhatsi TemaSwati), mais ce fut un échec en raison de la faiblesse des ventes.

Les médias électroniques diffusent davantage en swati qu'en anglais. L'État gère trois stations de radio, avec une en swati, une en anglais et une autre bilingue consacrée aux nouvelles et aux informations. La STVA diffuse ses émissions télévisées en swati et en anglais. Beaucoup d'émissions produites à l'extérieur sont présentées uniquement en anglais. Il est possible de capter des émissions en provenance d'Afrique du Sud en anglais, mais aussi en swati (province de Mpumalanga) et en zoulou (province de Kwazulu-Natal). Soucieux de son image à l'étranger, le gouvernement du Swaziland a lancé une nouvelle chaîne télévisée câblée afin de prouver que le régime respecte les droits humains tend vers un système démocratique. Le canal S est censé offrir aux médias étrangers une «source impartiale d'informations sur le Swaziland». La chaîne doit notamment aider à développer les investissements étrangers et le tourisme dans le pays. L'une des 12 épouses du roi Mswati III y anime une émission artistique hebdomadaire.

Le Swaziland a développé une certaine politique de bilinguisme qui consiste à promouvoir la langue nationale (le swati) sans pour autant abandonner la langue coloniale (l'anglais). Cet aspect de la politique linguistique semble avoir plus ou moins réussi dans la mesure où le swati reste une langue subordonnée et ne semble avoir trouvé la place qui lui revient en tant que «première langue officielle».

Pour ce qui est des minorités nationales, la politique linguistique en est à ses balbutiements. Il est vrai que la langue nationale est parlée par 88,5 % de la population, mais les minorités sont néanmoins laissées à elles-mêmes. Il existe forcément une discrimination sur toutes les langues autres que le swati: elles sont absentes des tribunaux, des écoles et des médias. La problème n'est pas linguistique, car ces communautés ne demandent pas d'imposer l'usage de leur langue, mais d'ordre socio-économique. Bref, le Swaziland pratique une politique de bilinguisme institutionnel pour les langues officielles, mais la non-intervention en matière de langues non officielles.

Dernière révision: 24 décembre, 2015

Bibliographie

ENCYCLOPÉDIE ENCARTA 2004, art. «Swaziland», pour la partie historique.

FEBRUARY, Vernon. The Afrikaners of South Africa, New York, Ed. Paul International, 1991.

GERVAIS-LAMBONY, Philippe. L’Afrique du sud et les États voisins, Paris, Arman Colin, coll. «U Géographie», 1998, 240 p.

HALL, James. «Swaziland : English requirement prompts controversy» dans News from Africa, Nairobi, février 2003.

NHLAPO, J. M. Nguni and Sotho. A practical plan for the unification of the South African Bantu languages, Cape Town (Afrique du Sud), The African Bookman, 1945, 167 p.

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