République argentine

Argentine

República Argentina

Capitale: Buenos Aires  
Population: 40,2 millions (2009)
Langue officielle: espagnol 
Groupe majoritaire: espagnol (97 %) 
Groupes minoritaires: environ 20 langues autochtones (aymara, guarani, chiripá, choroti, chulupi, kaiwá, mapuche, mocoví, ona, pilagá, puelche, quechua, tapieté, tehuelche, toba, wichí, etc.)  
Système politique: république fédérale formée de 22 provinces, d'un territoire national et d'un district fédéral  
Articles constitutionnels (langue): article 75 de la Constitution fédérale de 1994; art. 8 de la Constitution de Santa Fe (1962); art. 36 de la Constitution de Buenos Aires (1994); art. 37 de la Constitution de Chaco (1994); art. 34 de la Constitution de Chabut (1994); art. 79 de la Constitution de Formosa (1991); article 50 de la Constitution de Jujuy (1986); art. 6 de la Constitution de La Pampa (1994); art. 23 de la Constitution de Neuquén (1994); art. 42 de la Constitution du Rio Negro (1988); article 15 de la Constitution du Salta (1998).
Lois linguistiques fédérales:  Loi nationale 23.302 créant la Commission nationale des affaires indigènes pour la protection et l’appui aux communautés aborigènes (30 septembre 1985); Loi fédérale sur l'éducation nationale (2006); Accord-cadre pour l'enseignement des langues (1998); Convention relative aux peuples indigènes de l’OIT (3 juillet 2000);
 Loi fédérale sur l'éducation (1993); Loi sur l'éducation nationale (2006).
Lois linguistiques provinciales: loi no 426 de la province de Formosa (1984) ou Loi intégrale sur les aborigènes; loi no 6.373 du 3 juillet 1986 de la province de Salta ou Loi sur la promotion et le développement des aborigènes; loi 11.078 du 4 janvier 1994 de la province de Santa Fe ou Loi sur les communautés aborigènes; loi 11.695 sur la langue des signes de 1995 de la province de Buenos Aires.

1 Situation générale

a map of Argentina La République argentine (República Argentina) est un vaste pays (2,7 millions km²) d'Amérique du Sud, qui s'étend dans la partie sud du continent, des Andes à l'océan Atlantique. L'Argentine est limitée au nord par la Bolivie et le Paraguay, à l'est par le Brésil, l'Uruguay et l'océan Atlantique, et à l'ouest par le Chili (voir la carte détaillée). Le territoire de la Terre de Feu (Tierra del Fuego), qui comprend la moitié orientale de la grande île de la Terre de Feu et plusieurs îles contiguës, dont l’île des États, fait partie de l’Argentine. Le gouvernement de ce pays revendique, depuis plusieurs décennies, les îles Malouines (Falkland en anglais; Malvinas en espagnol) et plusieurs îles de l'Atlantique-Sud (Géorgie du Sud et Sandwich du Sud). Ajoutons aussi une portion de territoire de plus d'un million de kilomètres carrés en Antarctique.

L’Argentine est une fédération formée de 23 provinces, d'un territoire national et d'un district fédéral. Les provinces sont elles-mêmes regroupées en cinq régions principales :

- le Littoral : Buenos-Aires (14 millions), Chaco (890 000), Corrientes (852 700), Entre Ríos (un million), Formosa (444 000), Misiones (878 000) et Santa Fe (2,9 millions);
- le Nord : Jujuy (551 000), Salta (952 000), Santiago del Estero (696 000) et Tucumán (1,2 million);
- le Centre : Córdoba (2,9 millions), La Pampa (280 000) et San Luis (550 000);
- les Andes : Catamarca (287 000), La Rioja (246 000), Mendoza (1,5 million), Neuquén (460 000) et San Juan (550 000);
- la Patagonie : Chubut (396 000), Río Negro (556 000) et Santa Cruz (180 000).

Buenos Aires demeure la plus grande ville du pays (plus de trois millions d'habitants), dont l'agglomération compte d’ailleurs pour près du tiers (10 millions) de la population totale de l’Argentine. Les autres grandes villes sont Córdoba (pôle industriel et universitaire de 1,2 million d'habitants), Rosario (port fluvial de 1,1 million d'habitants), La Plata (capitale de la province de Buenos-Aires avec 580 000 habitants), Mar del Plata (450 000) et Santa Fe (340 000). 

Quant au nom donné au pays (Argentine), il provient du latin argentum qui signifie «argent». L'origine de cette attribution nom remonterait aux voyages effectués par les premiers explorateurs espagnols sur le fleuve de La Plata; les survivants du naufrage d'une expédition organisée par Juan Diaz de Solis avaient rencontré des autochtones dans la région, lesquels leur auraient offert des objets en argent. Par la suite (vers 1524), la nouvelle au sujet de la légendaire Sierra del Plata, une montagne riche en argent, serait parvenue en Espagne. Ce serait les Portugais qui auraient nommé la rivière de Solis, la «rivière d'Argent» (Rio de La Plata). En 1526, les Espagnols auraient utilisé le même nom pour désigner la région. Depuis 1853, le nom officiel du pays est devenu la «République argentine».

2  Données démolinguistiques

La population argentine était estimée à 40,2 millions d’habitants en 2009), dont presque la moitié réside dans la capitale fédérale et la province de Buenos Aires. Près de 85 % de la population est d'origine européenne, ce qui signifie que l'Argentine se distingue des autres pays d'Amérique latine par la faible proportion de Métis (env. 10 %) et d’Amérindiens (env. 2 %) au sein de sa population. Les immigrants les plus nombreux ont été les Italiens, les Espagnols, les Allemands, puis des Slaves, des Français (dont beaucoup de Basques) et des Britanniques.
 

Quant aux «Indiens», ils ne compteraient pas 600 000 individus, c’est-à-dire 1,6 % de la population, mais les données statistiques ne concordent pas: elles varient entre 2,6 millions d'individus et 600 000, voire 300 000, résidant essentiellement dans les provinces du nord-ouest du pays : Quechuas, Aymaras, Guaranis, Tobas, Wichis, Araucans, Ranquels, Telhuelches, Mapuches, Onas, Uitchis, Chacos, etc. Les indigènes de l’Argentine vivent au sein de petites communautés rurales ou dans quelques villes.

2.1 L'espagnol

Du côté des langues, on estime que 91 % des Argentins parlent l’espagnol comme langue maternelle. La plupart des Argentins vont dire qu'ils parlent non pas l'espagnol, ni le castillan, mais l'argentin.  Il s'agit en réalité d'une variante latino-américaine de l’espagnol. Cette variété est apparue avec les premiers habitants de l’actuel territoire argentin; elle s'est enrichie au cours des siècles par l’influence de langues telles que le castillan, mais aussi l’andalou, le catalan, le galicien et d’autres langues européennes comme l’italien, le français, l’allemand ou le portugais. C'est pourquoi beaucoup d'Argentins préfèrent appeler leur langue l'argentin («lengua argentina») plutôt que l'espagnol. Quant au gouvernement argentin, il préfère utiliser le terme español («espagnol») dans les textes officiels.

Il existe aussi des variétés dialectales de l'espagnol parlées par certaines communautés indigènes, notamment dans el Nord-Ouest (provinces de Salta, Jujuy, Catamarca, La Rioja et San Juan). En général, il s'agit d'un espagnol fortement influencé par des langues indigènes telles l'aymara ou le quechua.

La population immigrante, pour sa part, parle surtout des langues européennes (anglais, italien, allemand, arabe, arménien, catalan, portugais, etc.). Dans la province de La Pampa, vivent quelque 2000 colons mennonites, ces immigrants germanophones arrivés depuis quelques décennies dans le pays. Ce sont les descendants de protestants réformés radicaux hollandais et suisses formés au XVIe siècle par Menno Simons (1496-1561), d’où le nom de mennonites. Les mennonites vivent complètement isolés des Argentins et exploitent des fermes collectives. Vivant dans de petites colonies agricoles, ils se caractérisent par leurs vêtements datant du XIXe siècle et l’utilisation de leur langue héritée du bas-allemand: le Plautdietsch (Plattdeutsch en allemand) fortement teinté d'influences néerlandaises et flamandes. 

2.2 Les langues autochtones

Les autochtones parlent généralement leurs langues ancestrales, mais plusieurs d’entre elles sont disparues au cours des dernières décennies. Les seules langues parlées par plus de 10 000 locuteurs sont les suivantes (incluant les variantes dialectales):

Langue Famille Nombre
Quechua famille quechua 1 482 000
Guarani paraguayen famille tupi-guarani 984 000
Mapuche famille araucan 105 000
Aymara famille aymara 41 000
Wichi famille mataco-guaicuru 26 000
Guarani de l'Est bolivien famille tupi-guarani 16 000
Toba famille mataco-guaicuru 16 000

La plupart des langues sont fragmentées en plusieurs variantes dialectales et elles ne sont guère uniformisées. Plusieurs autres langues ne sont parlée que par quelques centaines de locuteurs, voire par moins d’une centaine, et elles sont généralement en voie d’extinction.

Peuples indigènes

Population

Pourcentage
(population totale)

Langue maternelle

Famille linguistique
Quechuas (de la Bolivie centrale) 1 482 000 3,6 % quechua du Sud bolivien

quechua

Paraguayiens guaranophones 984 000 2,4 % guarani paraguayen

tupi-guarani

Mapuches araucans 105 000 0,2 % mapudungun (mapuche)

araucan

Aymaras 41 000 0,1 % aymara central

aymara

Vejoz Mataco 26 000 0,0 % wichi lhamtes vejoz

mataco-guaicuru

Guarani de l'Est bolivien 16 000 0,0 % guarani de l'Est bolivien

tupi-guarani

Toba Qom 16 000 0,0 % toba

mataco-guaicuru

Mocovi 5 200 0,0 % mocovi

mataco-guaicuru

Pilaga Toba 4 100 0,0 % pilaga

mataco-guaicuru

Chorotes 3 300 0,0 % chorote

mataco-guaicuru

Brésiliens guarani mbya 3 000 0,0 % guarani de l'Est (mbya) tupi-guarani
Wichi (Pilcomayo Mataco) 2 200 0,0 % wichi lhamtes guisnay

mataco-guaicuru

Kaingang 2 000 0,0 % kaingang

macro-ge

Chane 1 500 0,0 % guarani de l'Est bolivien tupi-guarani
Chulupe 200 0,0 % nivaclé

mataco-guaicuru

Tehuelche 200 0,0 % tehuelche

isolat linguistique

Nocten Mataco 100 0,0 % Wichi Lhamtes Nocten

mataco-guaicuru

Tapiete 100 0,0 % nandeva

tupi-guarani

Vilela 30 0,0 % vilela

lule-vilela

Nombre total des indigènes 2 692 030

 6,6 %

 -

-

Population totale du pays (2009) 40 276 000

100 %

   

Du point de vue religieux, les catholiques représentent 90 % de la population. Les autres religions comprennent des protestants (3 %, des juifs (2 %) et plusieurs religions minoritaires.

3 Données historiques

Avant l'arrivée des Espagnols, l’Argentine était peuplée par quelques tribus amérindiennes, dont certaines faisaient partie de l'Empire inca. Ce fut Juan Díaz de Solís qui, le premier, débarqua au rio de La Plata en 1516 et qui commença la mise en valeur économique du territoire.

3.1 La colonisation espagnole

La véritable colonisation débuta avec l'arrivée en 1536 d'un gouverneur militaire espagnol, Pedro de Mendoza, pour l'ensemble de la région. La ville de Buenos Aires fut fondée cette année-là, mais le territoire demeura longtemps soumis à la vice-royauté du Pérou.

Déjà établis au Paraguay et au Pérou, les Espagnols peuplèrent la région de la côte atlantique. Ils pratiquèrent l’élevage du bétail et créèrent des conditions favorables à l’établissement d’une économie agricole stable. Les populations amérindiennes furent rapidement christianisées et métissées avec les occupants européens, alors que la langue espagnole occupait déjà tout le terrain. Par la suite, il n'y eu jamais de politique linguistique adoptée à ce sujet. 

Au milieu du XVIIIe siècle, la population de l’Argentine comptait près de 20 000 habitants et était considérée comme un «pays hispanophone». En 1776, le territoire occupé par ce qui est aujourd’hui l’Argentine, la Bolivie, le Paraguay et l’Uruguay fut séparé du Pérou afin de constituer la vice-royauté du Río de La Plata, dont Buenos Aires devint la capitale. Comme le territoire n'avait pas d'accès au Pacifique, tout le commerce s’orienta alors vers l’océan Atlantique. Mais le monopole commercial de l’Espagne suscita progressivement le mécontentement des populations locales, notamment chez les Métis.

En 1810, une junte insurrectionnelle encouragée par la Grande-Bretagne (qui avait déjà attaqué Buenos Aires en 1806) chassa le vice-roi. En 1816, les représentants des patriotes (ou indépendantistes) réunis en congrès à Tucumán (à 1500 kilomètres au nord de Buenos Aires) proclamèrent l’indépendance des «Provinces-Unies du Rio de La Plata». Au terme d'une violente controverse, les partisans d'une république unitaire l'avaient emporté provisoirement. Après quelques années de conflits militaires, les troupes espagnoles furent définitivement battues en 1816.

3.2 Luttes entre «unitaires» et «particularistes» (1819-1880)

L'indépendance fut proclamée le 9 juillet 1816 sous le nom de «Provinces-Unies d’Amérique du Sud». Le nouvel État, libéré du joug espagnol, allait pourtant plonger dans une nouvelle lutte, fratricide cette fois, entre les «provincialistes» et les «unitaires» partisans de l'unité nationale. Ensuite, l’histoire du pays, qui s’appelle dorénavant «Provinces-Unies du Río de la Plata», fut marquée par la lutte entre les «unitaires» (les porteños) et les défenseurs des particularismes provinciaux (les caudillos). Les habitants de Buenos Aires, les porteños, souhaitaient l’instauration d’un gouvernement centralisé; au contraire, les caudillos préféraient un régime de type fédéral. Les conflits s’amplifièrent à un point tel que les deux factions en arrivèrent à une guerre civile en 1819. La paix fut rétablie en 1820, mais le problème demeurait entier. En 1829, le général Juan Manuel de Rosas, un riche caudillo, s’imposa comme gouverneur de la province de Buenos-Aires. Il étendit son autorité aux Provinces-Unies qui furent baptisées la «Confédération argentine». Cependant, tout en prônant le fédéralisme, il imposa une dictature qui jeta les bases de l’État argentin actuel.

Le général Rosas fut renversé en 1852 par un groupe révolutionnaire conduit par un autre général, Justo Urquiza, ancien gouverneur de la province d’Entre Ríos. Le congrès de Santa Fe établit la Constitution fédérale de la République argentine en 1853. Urquiza devient le premier président de la République argentine. Mais la paix fut de courte durée, car la province de Buenos Aires refusa de souscrire à la nouvelle Constitution et, l’année suivante, proclama son indépendance. Pendant plusieurs années (sept ans), les conflits armés se succédèrent les uns aux autres, jusqu’à ce qu’une convention nationale élise un nouveau président et désigne la ville de Buenos Aires comme capitale. La province de Buenos Aires, la région plus riche et la plus peuplée du pays, finit par contrôler toute l’Argentine. En 1880, la ville de Buenos Aires fut séparée de la province et acquit les titres de «district fédéral» et de «capitale nationale».

C’est au cours de cette période que l’Argentine fit venir six millions d’immigrants, en majorité des Italiens, afin de développer les exploitations de la Pampa. Avec l’arrivée de capitaux étrangers et de nouveaux immigrants, le pays connut un développement économique considérable grâce au réseau de chemins de fer qui drainait vers les ports les productions des grandes estancias (tanneries, textiles et produits agro-alimentaires). Cet essor fit cependant troublé par des problèmes frontaliers et la guerre du Paraguay (1865-1870).

3.3 La prospérité de la période 1880-1930

L’unification du pays s’accompagna d’un renouveau économique, alors que le gouvernement se lançait à la conquête des «terres indiennes»: de la Pampa jusqu’au río Negro, lors de la guerre du Désert (1879-1880), conduite par le général Julio Argentino Roca. C’est ainsi que le pays acquit de nouvelles grandes étendues de terres pour le pâturage et l’agriculture.

Au début du XXe siècle, l’Argentine s’imposait déjà comme l’une des principales nations de l’Amérique du Sud. Elle joua un rôle de plus en plus grand au point de contribuer, en 1914, à trancher un sérieux différend entre les États-Unis et le Mexique. Mais cette puissance régionale était due aussi au fait que le pouvoir argentin était toujours demeuré aux mains des militaires. Par exemple, en 1930, l’armée intervint pour chasser le président Hipolito Irigoyen, un radical qui voulait s’opposer à la toute-puissance des propriétaires fonciers. C'est une période qui semblait mettre fin pour longtemps à la prospérité économique de l'Argentine. 

3.4 Les coups d’État militaires (1930-1983)

La grave crise économique mondiale qui débuta en 1929 eut des conséquences dramatiques en Argentine. Le chômage, la hausse du coût de la vie et l’exode rural drainant vers les villes les populations démunies suscitèrent un profond malaise social et politique. Les organisations fascistes devinrent de plus en plus actives et prônèrent ouvertement l’établissement d’une dictature. La Seconde Guerre mondiale amena indirectement le retour au pouvoir des militaires. En 1943, un groupe d’officiers nationalistes s’empara du pouvoir. Parmi les meneurs du coup d’État militaire: le colonel Juan Domingo Perón. Par crainte d’une guerre imminente contre l’Allemagne, Perón prit, en février 1944, la tête d’une junte militaire pour renverser le président Ramírez. Étant devenu une figure symbolique en Argentine, Perón fit campagne auprès de la classe ouvrière la plus défavorisée, les descamisados («sans-chemise»), et lui promit le partage des terres, des salaires plus élevés ainsi que l’introduction d’une sécurité sociale. Il fut élu président de l’Argentine, le 24 février 1946, avec 56 % des voix.

Le régime de Perón développa une doctrine nommée le «justicialisme». Celle-ci alliait avec une certaine habileté la répression, le populisme, l’attachement au catholicisme, le réformisme, le neutralisme et le nationalisme. Mais cette politique finit pas susciter de plus en plus d’opposition, car le gouvernement s’orienta vers un pouvoir totalitaire et répressif à mesure que la situation économique se dégradait. En 1950, la crise entraîna l’hostilité de l’Église catholique (qui était contre le divorce), de l’armée et des États-Unis. Renversé par un putsch militaire en septembre 1955, Perón se réfugia au Paraguay, puis en Espagne.

L'Argentine connut alors une époque troublée par les coups d’État militaires successifs de 1966 et de 1971. En 1973, les élections redonnèrent le pouvoir au Parti justicialiste de Perón (toujours réfugié en Espagne). Le président élu céda le pouvoir à Juan Perón qui mourut l’année suivante. Isabel Perón, sa troisième épouse, lui succéda. Durant son mandat, la situation politique et économique se détériora rapidement. Isabel Perón fut renversée en mars 1976 par une junte militaire conduite par le général de corps d’armée Jorge Rafael Videla. Incapable d’enrayer l’inflation, la junte instaura un régime répressif caractérisé par l'élimination systématique des opposants qui font l'objet d'enlèvements; le gouvernement militaire imposa la loi martiale et gouverna par décrets. L’argentine dut alors faire face à l’opposition de la communauté internationale, alors que la Commission interaméricaine des droits de l’homme accusait le gouvernement argentin d’«utilisation systématique de la torture et [...] autres traitements cruels, inhumains et dégradants, dont la pratique a pris un caractère inquiétant». De son côté, à Genève, la Commission argentine des droits de l’homme accusait le régime de quelque 2300 assassinats politiques, 10 000 arrestations et la disparition de 20 000 à 30 000 personnes, dont un grand nombre avaient été assassinées par la junte militaire et enterrées sans sépulture.

En mars 1981, le général Videla fut remplacé à la présidence par le maréchal Roberto Viola, lui-même destitué, en décembre 1981, par le commandant en chef de l’armée, le général Leopoldo Galtieri. En 1982, celui-ci ordonna aux troupes argentines d’envahir les Islas Malvinas (îles Malouines), une possession britannique revendiquée depuis toujours par l’Argentine. En envahissant les Malouines, la junte militaire comptait redorer son blason en unissant le pays confronté à la crise économique et les mobilisations syndicales. Mais la Grande-Bretagne envoya une force militaire d’intervention et sortit gagnante du conflit. Trois jours après la capitulation argentine, le général Leopoldo Galtieri démissionnait de la présidence de la République argentine; il avait cru que les Britanniques ne protesteraient que pour la forme, car Londres s'était bel et bien désintéressé du sort de ces îles déjà qualifiées par Samuel Johnson au XVIIe siècle «de rude inhospitalier et coûteux appendice aux possessions de la Couronne». Toutefois, la junte militaire argentine avait mal évalué la puissance militaire nettement supérieure de la Grande-Bretagne. Le bilan de l'affrontement pour les Malouines s'éleva à 904 morts, 649 Argentins, 255 Britanniques et trois Islanders. Quelques mois plus tard, la dictature argentine s'écroula, victime de la violence qu'elle avait déclenchée contre sa population. Le général Galtieri, discrédité, fut remplacé par le général de division Reynaldo Bignone.

En 1985, l’Argentine adopta une Legislación indígena (loi 23.302) qui créait la Commission nationale des Affaires indigènes pour la protection et l’appui aux communautés aborigènes. Cette loi reconnaissait les droits des autochtones en matière d’accès à la propriété de la terre et à la production agricole, forestière, minière, industrielle ou artisanale, ainsi qu’à la préservation de leurs valeurs culturelles dans les domaines de la langue, de l'enseignement et de la santé.

3.5 Le retour à la démocratie

L’Argentine renoua avec la démocratie en 1983 avec l’élection de Raul Alfonsín. La présidence d’Alfonsín fut dominée par la question du jugement des militaires responsables de tortures ou d’exécutions sous la dictature. Face aux menaces de mutineries de l’armée, le gouvernement mena une politique de conciliation avec la hiérarchie militaire. Incapable de résoudre la crise économique, le régime devint impopulaire et favorisa le retour du péronisme avec l’élection de Carlos Saul Menem (1989). Mais la politique d’austérité de Menem se révéla, elle aussi, insuffisante. Avec 30 % de la population en dessous du seuil de pauvreté, elle contribua à accentuer les inégalités sociales.

En 1991, le député Jorge R. Vanossi a présenté un projet de loi sur la langue espagnole au Parlement fédéral de l'Argentine, mais il n'a jamais été adopté, les députés ayant jugeant une telle loi tout à fait inutile et mal venue. En 1993, dans la mouvance des autonomies autochtones internationales, le gouvernement argentin adopta une loi fédérale sur l’éducation (Ley Federal de Educación) qui permit l’introduction des langues amérindiennes dans l’enseignement dans le cadre d’une éducation bilingue. En 1994, le secrétaire à la Culture, Jorge Asís, a présenté un projet de loi sur l'espagnol intitulé Ley de Preservación de la Lengua Castellana (''Loi sur la préservation de la langue castillane''). Le projet de loi Asís ayant suscité de violentes polémiques, il dut être retiré dans la controverse.

Le 10 décembre 1999, le radical Fernando De la Rúa succéda à Carlos Menem à la présidence de la République argentine.  Deux ans plus tard, il fut dans l'obligation de donner sa démission en raison de la très grave crise économique et sociale dans laquelle sa gestion catastrophique du pays avait plongé les Argentins. Mais l’Argentine resta sérieusement touchée par la crise financière internationale, notamment celle du Brésil, son premier partenaire commercial au sein du Mercosur. Confronté à une aggravation de la crise financière, le gouvernement présenta en janvier 2001 un programme d’austérité qui, rejeté par les députés, entraîna la démission de plusieurs ministres et l’éclatement de la coalition au pouvoir.

L’année 2002 vit l’Argentine s’effondrer dans une crise monétaire sans précédent. Au plan politique, la population argentine en vint à rendre tous les partis politiques responsables en bloc de la grave crise que traversait le pays en raison de leur incapacité à gouverner et de leur corruption. Pendant ce temps, la classe politique se montra surtout attachée à conserver ses parcelles de pouvoir. L’élection présidentielle de mai 2003 donna lieu à une bataille politique dont le principal protagoniste fut le Parti justicialiste (péroniste). Néstor Kirchner, ancien gouverneur de la province de Santa Cruz en Patagonie, devint, le 23 mai, président de l'Argentine au moment où le pays sortait de la pire crise économique de son histoire, avec une monnaie dévaluée d'environ 75 % par rapport au dollar et la cessation de paiements de la dette publique de 82 milliards de dollars. La relative popularité actuelle de Kirchner semble largement due au sauvetage de l'économie et à la politique du président en matière des droits de l'homme.  De plus, la volonté de la part de Kirchner de briser l’hégémonie de la Cour suprême, symbole de privilèges, lui attire la sympathie des couches moyennes et des mouvements de gauche. En juin 2005, la Cour suprême d'Argentine a déclaré inconstitutionnelles les deux lois d'amnistie, qui avaient empêché de poursuivre en justice plus de mille militaires et policiers impliqués dans la répression politique, avec atteintes aux droits de l'homme, sous la dernière dictature de 1976-1983. En mars 2006, le président Kirchner, après avoir nationalisé les postes et les télécommunications, a remis aux mains de l'État l'un des services les plus essentiels, l'accès à l'eau potable. Cette nationalisation est la dernière d'une vague de réappropriation des services publics par l'État.

En 2007, la candidate du Parti justicialiste, Cristina Fernández de Kirchner, femme du président sortant, remporta l'élection présidentielle d'octobre. Elle fut investie en décembre de la même année; elle fut réélue le 24 octobre 2011, au premier tour, avec 53,9 % des voix. Dès le mois de novembre 2012, plusieurs centaines de milliers d'Argentins sont descendus dans les rues pour protester contre la politique de la présidente Cristina Fernandez de Kirchner, prête à modifier la Constitution pour briguer un troisième mandat, mais aussi pour dire «basta» à la violence, à la corruption, à l’inflation et demander le respect de la Constitution et de la liberté.

La présidente argentine, Cristina Fernandez de Kirchner, a dénoncé la «militarisation de l’Atlantique-Sud» et le «piratage de ses ressources pétrolières» de la part du Royaume-Uni. Dans une lettre adressée au premier ministre britannique et datée du 3 janvier 2013, Mme Kirchner demandait au Royaume-Uni de négocier la restitution des îles Malouines à l'Argentine. Néanmoins, le gouvernement argentin n'a pas remis en question les Accords de Madrid, signés en 1990 par l'ancien président Carlos Menem (1989-1999) et qui cédait un million de kilomètres carrés de mer territoriale au Royaume-Uni; le gouvernement n'a pas reconsidéré non plus la Loi de protection des investissements britanniques. Et il continue de payer scrupuleusement la dette envers les banques anglaises et de subventionner les sociétés britanniques.

Le gouvernement des Kirchner – d’abord celui de Néstor, puis celui de sa femme Cristina – s'est radicalisé de plus en plus depuis la prise du pouvoir en 2003: il est devenu anti-américain et populiste, rappelant ainsi le Venezuela d’Hugo Chavez.  À la suite du décès de Néstor Kirchner, de nombreux journalistes argentins ont laissé entendre que c'est «le président» qui avait disparu, puisque celui-ci continuait à gouverner en tandem avec sa femme Cristina. En mars 2013, la présidente Cristina Kirchner a salué froidement l'élection du pape argentin François Ier (cardinal Jorge Mario Bergoglio). Alors que celui-ci était archevêque de Buenos Aires, il avait coutume de centrer ses homélies sur des thèmes brûlants, des inégalités sociales jusqu'à la traite de personnes, en passant par la corruption, ce qui lui a valu des rapport tendus avec les Kirchner.

4 La politique linguistique

Il existe deux types de politique linguistique. La première a trait à l'espagnol (ou argentin), la seconde aux langues autochtones, appelées officiellement en Argentine lenguas aborígenes (voir la carte linguistique détaillée).

4.1 La politique de non-intervention

Avec une population aussi homogène sur le plan linguistique, l’Argentine n’a pas besoin de politique linguistique. Elle n’a qu’à pratiquer la non-intervention en matière linguistique, du moins en ce qui a trait à la langue espagnole. D’ailleurs, la Constitution de 1994 ne contient aucune disposition au sujet de la langue officielle. L’espagnol a toujours été la langue officielle de facto (dans les faits) à défaut de l’être de jure (de par la loi).

En 1991, un député, Jorge R. Vanossi, avait présenté un projet de loi au Parlement fédéral. L'article 1er du projet de loi proclamait «le castillan ou l'espagnol avec ses caractéristiques dialectales d'usage perpétuel dans le territoire de la nation» comme la langue officielle:

Article 1er

La langue castillane ou espagnole avec ses caractéristiques dialectales d'usage perpétuel dans le territoire de la nation, est la langue officielle et nationale de la république argentine et les règles de la présente loi sont de juridiction fédérale.

Article 3

La langue castillane ou espagnole est d'emploi obligatoire sur tout le territoire de la nation pour la rédaction des lois, décrets et résolutions officielles; les documents publics; les actes et documents notariaux; les prestations et sentences judiciaires; les conventions, les contrats et les accords dans lesquels font partie l'État national, les États provinciaux ou les municipalités, ou dans lesquelles interviennent les ministères publics; s'il s'agit déjà d'instruments à caractère interprovincial, provincial, national ou international.

Cependant, ce projet de loi n'a jamais été adopté, les députés jugeant une telle loi tout à fait inutile et non avenue. On trouvera le texte original (Ley del idioma) et en version française (en traduction) en cliquant ICI, s.v.p.

Quelques années plus tard, en 1994, le secrétaire à la Culture, Jorge Asís, avait présenté un autre projet de loi sur l'espagnol intitulé Ley de Preservación de la Lengua Castellana (''Loi sur la préservation de la langue castillane''). L'article 1er déclarait le castillan comme langue officielle:

Article 1er

Le castillan, qui est déclaré la langue officielle de la République, est un élément fondamental de la personnalité et du patrimoine culturel de l'Argentine et il doit être protégé dans son intégrité.

Les députés argentins y ont vu dans ce second projet de loi une réaction «nationaliste» face aux dangers appréhendés de la langue anglaise; certains députés y ont vu aussi une imitation de la loi Toubon française adoptée la même année (1994). Si le projet de loi de 1991 a été rejeté dans une certaine indifférence, le projet de loi de 1994 a, au contraire, suscité de violentes polémiques en Argentine. Les politiciens ont par la suite décidé d'exclure l'État de tout rôle dans la réglementation en matière de langue pour transmettre ce type de responsabilité aux intellectuels et communicateurs. On trouvera les versions espagnole et française (en traduction) du texte en cliquant ICI, s.v.p.

À la rigueur, il paraissait acceptable que l'Académie argentine des lettres (''Academia Argentina de Letras'') demeure le seul organisme national pour agir sur la langue, et ce, d'autant plus que son activité était garantie par l'Académie royale espagnole (''Real Academia Española''), qui détient toujours l'exclusivité de l'autorité en matière d'intervention sur le castillan (espagnol). À l'exception d'une loi sur la langue des signes adoptée par la province de Buenos Aires en 1995, les politiciens argentins se sont s'est bien gardés d'adopter tout autre projet de loi linguistique.

Toute la vie sociale, politique, culturelle et économique ne se déroule donc qu’en espagnol. Ainsi, la langue de la législature est l’espagnol et il en est de même dans les cours de justice, l’administration gouvernementale et la vie économique (incluant les médias). C’est donc un pays unilingue espagnol.

4.2  L'éducation en Argentine

L'Argentine connaît deux systèmes en éducation: le système public et le système privé. C'est la Loi fédérale sur l'éducation (Ley Federal de Educación) de 1993 qui, jusqu'ici, régissait les établissements d'enseignement argentins; cette loi sera replacé par la nouvelle loi fédérale sur l'éducation de décembre 2006: Ley de Educatión Nacional, no 26.206. Les écoles privées offre un éventail énorme: on y trouve des écoles italiennes, des écoles allemandes, des écoles suisses, des écoles arméniennes, des écoles coréennes, etc. S'y ajoutent des écoles essentiellement religieuses (catholiques, adventistes, protestantes, juives, mormones, etc.). Les établissements d'enseignement privés sont autorisés par le ministère de l’Éducation. L'importance des écoles privées demeure considérable en Argentine et elles sont fréquentées par des élèves appartenant à la classe moyenne et la classe aisée. 

Le système argentin distingue différents niveaux d'enseignement:

1) le niveau initial (Educación Inicial): c'est ce qu'on appelle ailleurs la maternelle (Jardín de Infantes) dans laquelle les enfants de trois à cinq ans peuvent débuter leur scolarité préprimaire. Seule la dernière année est obligatoire. L'espagnol est la seule langue utilisée.

2) le niveau d’enseignement général de base (Educación General Básica) ou EGB: ce niveau, pour les cinq à seize ans, est divisé en trois cycles de trois ans (neuf ans au total) et porte sur l’acquisition des compétences de base. Les langues enseignées sont l'espagnol (langue d'enseignement) et l'anglais (à partir de la 3 EGB) ou le français. Il y a donc en tout dix ans d’école obligatoire (treize avec la nouvelle loi de 2006).

3) le niveau polymodal (Educación Polimodal): ce niveau (apparenté au secondaire dans d'autres pays), non obligatoire, est offert aux jeunes de 15 à 18 ans. Il correspond à un enseignement destiné à préparer les jeunes au monde du travail: questions humanistes, sciences sociales, économie de l’entreprise et gestion des opérations, sciences naturelles, production des produits et services, communication, art et conception, etc. Les langues étrangères enseignées sont l'anglais, le français, l'allemand et le portugais.

4) le niveau supérieur (Educación Superior): il comprend les écoles non universitaires de formation des enseignants, les instituts de formation technique pour tous les secteurs professionnels avec des programmes qui vont de deux à quatre ans, ainsi que tous les établissements universitaires.

On peut illustrer ce système par le schéma suivant, lequel correspond aux normes de la nouvelle Loi fédérale sur l'éducation (Ley Federal de Educación):

AUPARAVANT Loi fédérale sur l'éducation (Ley Federal de Educación)
Niveau (Nivel) Structure (Estructura) Âge (Edad)

Structure (Estructura)

Niveau (Nivel)
Préscolaire
(Preescolar)
Jardin d'enfants
(Jardín de Infantes)
- de 3 Maternelle (Jardín Maternal) Initial
(Inicial)
3 / 5 Jardin d'enfants (Jardín de Infantes)
Primaire
(Primario)
1º degré (grado) 6 1º année (año) 1º cycle (ciclo) E.

G.

B.

2º degré 7 2º année
3º degré 8 3º année
4º degré 9 4º année 2º cycle
5º degré 10 5º année
6º degré 11 6º année
7º degré 12 7º année 3º cycle
Secondaire
(Medio / secundario)
1º année (año) 13 8º année
2º année 14* (non obligatoire) 9º année
3º année 15 1º année Polymodal
(Polimodal)
année 16 année
année 17 année

- L'espagnol

En matière d'éducation, l'État central a développé une activité intense, surtout dans le cadre de la réforme éducative (''Reforma Educativa''). Dans de nombreux documents et assemblées de consultation avec des intervenants en éducation, les autorités du ministère de l'Éducation nationale ont explicité les nouvelles orientations de la politique linguistique.  Dans les grandes lignes, il est établi de diffuser à tous les habitants du pays, les hispanophones (''hispanoablantes'') et les allophones (''alófonos'') un savoir pratique de la communication orale et écrite (''comunicación verbal y escrita''), ce qui signifie en sous-entendu en castillan. Il est également prévu que l'anglais est une matière obligatoire enseigné à partir de la quatrième année de la scolarité, bien que la politique soit déclarée favorable au plurilinguisme (''plurilingüismo''). Le document officiel le plus explicite en matière d'éducation demeure, outre la Ley Federal de Educación de 1993 (qui sera remplacée par la nouvelle loi fédérale de décembre 2006), l'Accord-cadre pour l'enseignement des langues de 1998. Voici ce qu'indique le document du ministère la Culture et de l'Éducation au sujet de l'espagnol:

4. Español

Español es la denominación estándar utilizada por la mayoría de las constituciones latinoamericanas hispano-parlantes. Castellano es el término que refiere a una variedad regional del español.

En Argentina, el español es la lengua hablada por la mayoría de los habitantes del país; es la lengua de uso corriente en los documentos oficiales, en la escuela y el mundo del trabajo, y es por eso que su adquisición y manejo eficiente es condición básica de equidad y participación en la comunidad nacional. Además, es una de las dos lenguas oficiales del Mercosur, posibilita la intercomprensión con el resto de los países de América Latina, y constituye la segunda lengua vehicular en occidente, con un ritmo vertiginoso de crecimiento.

La adquisición del español en aquellos registros y variedades estandarizados que permitan una inserción social positiva en la comunidad nacional, se acompañará con el respeto y valoración de las pautas lingüísticas y culturales de su contexto familiar y social.

En nuestro país hay comunidades para las cuales el español no es lengua materna, por lo cual la integración social de sus miembros supone el aprendizaje del español como segunda lengua a través de metodologías específicas.

4. L'espagnol

L'espagnol est l'appellation standard utilisée par la majorité des constitutions latino-américaines de langue espagnole. Le castillan est le terme qui renvoie à une variété régionale de l'espagnol.

En Argentine, l'espagnol est la langue parlée par la majorité des habitants du pays; c'est la langue d'usage courant dans les documents officiels, à l'école et le monde du travail, et c'est pourquoi son acquisition et son maniement efficace est une condition fondamentale de l'équité et de la participation à la communauté nationale. En outre, l'espagnol est l'une des deux langues officielles du Mercosur; il permet l'intercompréhension avec le reste des pays de l'Amérique latine et constitue la seconde langue véhiculaire en Occident, avec un vertigineux rythme de croissance.

L'acquisition de l'espagnol dans les registres et les variétés normalisées, qui permet une insertion sociale positive au sein de la communauté nationale, doit être accompagnée du respect et de l'évaluation des règles linguistiques et culturelles dans son contexte familial et social.

Dans notre pays, il y a des communautés pour lesquelles l'espagnol n'est pas une langue maternelle, et c'est pourquoi l'intégration sociale de leurs membres suppose l'apprentissage de l'espagnol comme langue seconde au moyen de méthodologies spécifiques.

Pour le gouvernement de l'Argentine, l'espagnol est jugé nécessaire pour les communautés allophones du pays parce que, d'une part, «la langue parlée par la majorité des habitants du pays», d'autre part, «c'est la langue d'usage courant dans les documents officiels, à l'école et le monde du travail». Mais, surtout, l'acquisition de l'espagnol «permet une insertion sociale positive au sein de la communauté nationale».

- Les langues étrangères

L'Accord-cadre pour l'enseignement des langues de 1998 propose, dans le cas des communautés allophones, de «concevoir une organisation de la diversité linguistique et culturelle, permettant la participation effective des communautés linguistiques à travers les apprentissages formels de l'école», de «favoriser la pluralité linguistique et culturelle», de «favoriser l'interculturalité en facilitant la communication et l'intercompréhension avec les personnes parlant cette langue dans les différentes communautés d'origine étrangère»:

c. Concebir una organización de la diversidad lingüística y cultural que permita la participación efectiva de las comunidades lingüísticas a través de los aprendizajes formales de la escuela.

d. Favorecer, entonces, la pluralidad lingüística y cultural, respetando el rol social de cada lengua a través de la promoción de procesos de enseñanza, aprendizaje y adquisición efectivos.

e. Facilitar la enseñanza del español como segunda lengua a lo largo de los niveles del sistema educativo argentino (Educación Inicial, Educación General Básica y Educación Polimodal) en los casos de comunidades que no tengan al español como lengua materna.

f. Recuperar, conservar y difundir el patrimonio lingüístico y cultural de las comunidades aborígenes asignando los recursos de investigación, educativos y tecnológicos adecuados.

g. Favorecer la interculturalidad facilitando la comunicación e intercomprensión con los hablantes de las distintas comunidades de origen extranjero que habitan el país.

h. Establecer los criterios generales para la enseñanza de tres niveles de Lenguas Extranjeras a lo largo de todo el sistema educativo argentino (Educación Inicial, Educación General Básica y Educación Polimodal)

c. De concevoir une organisation de la diversité linguistique et culturelle permettant la participation effective des communautés linguistiques au moyen des apprentissages formels de l'école.

d. De favoriser par la suite la pluralité linguistique et culturelle, en respectant le rôle social de chaque langue par la promotion de processus d'éducation, d'apprentissages et d'acquisitions efficaces.

e. De faciliter l'enseignement de l'espagnol comme langue seconde tout au long des niveaux du système d'éducation argentin (Éducation initiale, Éducation générale de base et Éducation polymodale) dans les cas de communautés qui n'ont pas l'espagnol comme langue maternelle.

f. De récupérer, conserver et diffuser le patrimoine linguistique et culturel des communautés aborigènes en assignant les ressources nécessaires à la recherche et les technologies éducatives adéquates.

g. De favoriser l'interculturalité en facilitant la communication et l'intercompréhension entre les locuteurs parlant la langue des différentes communautés d'origine étrangère, qui habitent le pays.

h. D'établir les critères généraux pour l'enseignement de trois niveaux des langues étrangères tout au long du système d'éducation argentin (Enseignement initial, Enseignement général de base et Enseignement polymodal).

Pour la réalisation des dispositions prévues dans les cycles de base pour l'enseignement des langues étrangères les provinces du pays doivent promouvoir l'introduction progressive de programmes disposant, d'une part, d'un un minimum de deux niveaux d'enseignement des langues étrangères, dont un qui doit être en anglais (EGB); d'autre part, d'un autre niveau d'enseignement dans une des langues étrangères adoptées dans l'enseignement général de base ou un niveau d'une autre langue étrangère (enseignement polymodal).  Les options sont les suivantes :

a) au moins un niveau d'anglais comme langue des communications internationales et de deux niveaux dans une autre langue étrangère choisie;
b) au moins deux niveaux d'anglais et un niveau dans une autre langue étrangère choisie;
c) au moins trois niveaux d'anglais.

En fonction des choix présentés, les provinces et la Ville de Buenos Aires doivent garantir l'enseignement progressif des langues étrangères à partir de la septième année de l'enseignement général de base (EGB).

- Les langues indigènes

La Constitution du pays n’avait jamais fait mention des particularités ethniques du peuple argentin et particulièrement des populations indigènes (voir la carte linguistique détaillée). Une modification constitutionnelle mineure a apporté des dispositions à ce sujet en 1994. L’article 75 (paragraphe 17) de la Constitution reconnaît maintenant la «préexistence ethnique et culturelle des peuples indigènes argentins». C’est un peu court, car aucune mesure n’a suivi pour appliquer cette disposition. Mais une commission nationale des Affaires indigènes a été instituée en vue de garantir le droit à un «enseignement bilingue et interculturel»: «Garantizar el respeto a su identidad y el derecho a una educación bilingue e intercultural», dans le but d’actualiser le paragraphe 17 de l’article 75 inséré dans la Constitution nationale:

Constitución Nacional

Artículo 75

17) Reconocer la preexistencia étnica y cultural de los pueblos indígenas argentinos.

Garantizar el respeto a su identidad y el derecho a una educación bilingüe e intercultural; reconocer la personería jurídica de sus comunidades, y la posesión y propiedad comunitarias de las tierras que tradicionalmente ocupan; y regular la entrega de otras aptas y suficientes para el desarrollo humano; ninguna de ellas será enajenable, transmisible ni susceptible de gravámenes o embargos.

Asegurar su participación en la gestión referida a sus recursos naturales y a los demás intereses que los afecten. Las provincias pueden ejercer concurrentemente estas atribuciones.

Constitution nationale

Article 75

17) Reconnaître la préexistence ethnique et culturelle des peuples indigènes argentins.

Garantir le respect de leur identité et de leur droit à une éducation bilingue et interculturelle; reconnaître la personalité juridique de leurs communautés, et la possession ainsi que la propriété communautaire des terres qu'ils occupent traditionnellement; et régulariser la remise des autres propriétés adéquates et nécessaires pour leur développement humanitaire; aucune de celles-ci ne sera vendue, transmise ou soumise à des charges ou des embargos.

Assurer la participation des indigènes dans les questions liées à leurs ressources naturelles et aux autres intérêts qui les concernent. Les provinces peuvent conjointement exercer ces attributions.

L’article 34 de la loi fédérale no 24.195 sur l’éducation (Ley Federal de la Educación) d’avril 1993 vise à promouvoir des programmes de langues et de cultures indigènes («de lenguas y culturas indígenas») en vue de faciliter l’intégration des autochtones dans la société argentine:

Articulo 34

El Estado Nacional promoverá programas, en coordinación con las pertinentes jurisdicciones, de rescate y fortalecimiento de lenguas y culturas indígenas, enfatizando su carácter de instrumento de integración.

Article 34

L'État national assure, en coordination avec les juridictions pertinentes, la promotion des programmes de sauvegarde et de renforcement des langues et cultures indigènes en soulignant leur valeur comme instrument d'intégration.

L'Accord-cadre pour l'enseignement des langues de 1998 donne des renseignements importants quant à la politique des langues autochtones:

5. Lenguas aborígenes

Existe una estrecha relación entre lengua, cultura e identidad personal y social, donde la identidad se reconoce en el sentido de pertenencia a un grupo con el cual se tienen lazos objetivos y simbólicos, entre ellos la lengua, que constituye uno de los más poderosos factores de cohesión social.

El reconocimiento de las lenguas aborígenes como factor de cohesión grupal, y de su incidencia en el aprendizaje en la escuela, se plantean hoy como necesidades insoslayables en contextos de nuestro país lingüísticamente complejos. Esto implica la implementación de la alfabetización inicial en lengua materna para los hablantes que no tienen al español como primera lengua, para lo cual es necesario impulsar su recuperación y desarrollo sostenido, lo que redundará en el desarrollo de relaciones armoniosas entre las diferentes comunidades lingüísticas de nuestro país.

5. Les langues autochtones

Il existe une relation étroite entre la langue, la culture et l'identité personnelle et sociale, où l'identité est reconnue au sens d'appartenance à un groupe avec lequel il y a des liens objectifs et symboliques, entre autres, la langue qui constitue l'un des plus puissants facteurs de cohésion sociale.

La reconnaissance des langues autochtones comme facteur de cohésion collective, et de leur incidence dans l'apprentissage à l'école, se pose aujourd'hui comme des nécessités incontournables dans le contexte de notre pays complexe au point de vue linguistique. Ceci implique la mise en oeuvre de l'alphabétisation initiale dans la langue maternelle pour les locuteurs parlant leur langue et qui n'ont pas l'espagnol comme première langue; c'est pourquoi il est nécessaire de promouvoir le rétablissement des langues autochtones et leur développement soutenu, ce qui favorisera l'expression de relations harmonieuses entre les différentes communautés linguistiques de notre pays.

Comme partout en Amérique latine, l'objectif n'est pas vraiment de conserver une langue autochtone donnée, mais de faciliter l'intégration à la société hispanophone (ou «culture nationale») grâce à une alphabétisation plus «rentable» dans la langue maternelle. L'élève devrait ensuite passer plus facilement à l'espagnol une fois rendu au secondaire. Évidemment, l’éducation bilingue ne fonctionne que dans un sens unique: seuls les enfants autochtones sont soumis à un tel «avantage».

En réalité, il existe une distorsion entre les principes énumérés ici et leur transposition dans les écoles. Effectivement, on compte de nombreuses écoles destinées aux autochtones (quelques centaines). Conformément à la pratique dans toute l’Amérique latine, il s’agit d’écoles où l’on pratique l’éducation bilingue et interculturelle. Pour la majorité des autochtones, ces écoles laissent à désirer parce qu’elles ne correspondent pas à leurs besoins, mais surtout elles ne respectent pas la «culture indigène». L’éducation dispensée ne tient généralement pas compte de la «culture indigène» et ne l’intègre pas à la «culture nationale». Jusqu’à maintenant, les écoles argentines n’ont fait qu’uniformiser les cultures avec le résultat que les cultures dites inferiores («inférieures») ont toujours été subordonnées à la «culture nationale». Or, aujourd’hui, les autochtones réclament le respect de leur culture et ils ne veulent plus être victimes de discrimination sociale et de l'indifférence des gouvernements qui sous-estiment, voire méprisent, la culture aborigène. Les autochtones voudraient mettre d’abord l’accent sur leur propre culture, ce qui impliquerait qu’on intègre la culture nationale à leur culture, non l’inverse.

Un autre problème relève de la pénurie du personnel enseignant. En général, la politique linguistique des provinces argentines se limitent à l’éducation bilingue pour les autochtones. Le système d’éducation a prévu deux types de personnel afin de répondre aux besoins des enfants autochtones. Étant donné la pénurie d’enseignants diplômés (normalement unilingues espagnols) dans les zones rurales et éloignées où se trouvent les autochtones, les gouvernements ont comblé les postes d’enseignants par des «auxiliaires» ou «collaborateurs» bilingues (les auxiliares bilingües). Ces auxiliaires bilingues, payés moins cher que les «vrais enseignants», sont toujours d'origine indigène. Leur tâche est d’accompagner les enfants durant les premières années de leur éducation scolaire. Leur rôle est considéré comme d'importance vitale pour l'adaptation des enfants dont la langue maternelle n’est pas l'espagnol. On compte en principe un ou deux auxiliares bilingües par école, mais leur nombre peut varier à la baisse en fonction des budgets accordées par les provinces. Il arrive souvent que des écoles n’aient aucun auxiliaire disponible dans tout le réseau argentin. Dans ces cas relativement fréquents, parfois généralisés dans certaines provinces, les enfants autochtones ne reçoivent pas l'éducation bilingue à laquelle ils ont droits. 

De plus, les «vrais enseignants» unilingues espagnols répugnent à aller travailler, dans des conditions jugées mauvaises, dans les zones rurales éloignées. La plupart d’entre eux cherchent avant tout des postes disponibles près des grands centres ou des capitales provinciales. 

Dans l’état actuel des choses, l’école ne semble pas rendre les services qu’elle devrait rendre aux autochtones. Rares sont les enfants indigènes qui accèdent au secondaire (en espagnol); généralement, ils abandonnent leurs études très tôt. Si la non-fréquentation scolaire est de 6,9 % pour l’ensemble des non-indigènes, elle est de 56 % pour les indigènes. Les spécialistes expliquent ce piètre résultat scolaire en raison des nombreuses contradictions entre les deux cultures au moment des premiers apprentissages. Au lieu de servir de lieu d’intégration, l’école ne fait que marginaliser la plupart des élèves.

Il faut aussi souligner que même l’éducation bilingue n’est pas disponible dans toutes les provinces. Dans plusieurs provinces, la plupart des enfants autochtones suivent encore leurs cours entièrement en espagnol. Et l’État a tendance à ignorer les problèmes liés à l’alphabétisation des indigènes. Il faut dire qu’il existe en Argentine des populations autrement plus importantes et influentes que les autochtones, notamment les Allemands et les Italiens. Mentionnons aussi les juifs et les communautés syro-libanaises. À cet égard, l’État permet l’enseignement de toute autre langue que l’espagnol dans les écoles privées à la condition que l’enseignement de l’espagnol demeure obligatoire.

Ajourons que, depuis l'année scolaire 2001-2002, les parents mennonites d'Argentine ont l'obligation d'apprendre l'espagnol à leurs enfants d'âge scolaire, avec d'un manuel fourni par le gouvernement de la province de La Pampa. On compte neuf écoles pour 300 enfants. Le maître d'école est un mennonite qui ne connaît guère l'espagnol. Il apprend à ses élèves répartis en quatre niveaux à lire et à écrire en allemand standard. 

5 La Convention relative aux peuples indigènes et tribaux

Le gouvernement de l’Argentine a signé, le 3 juillet 2000, la Convention relative aux peuples indigènes (ou Convención sobre pueblos indígenas y tribales) de l’Organisation internationale du travail (OIT). Ce document d’une grande importante implique 14 États, dont l’Argentine, la Bolivie, le Paraguay, le Pérou et, en Amérique centrale, le Guatemala, le Costa Rica, le Honduras et l’Équateur.

La Convention reconnaît aux peuples indigènes le droit de jouir pleinement des libertés fondamentales, sans entrave ni discrimination (art. 3). Les dispositions de cette convention doivent être appliquées sans discrimination aux femmes et aux hommes de ces peuples. Les gouvernements des États signataires doivent mettre en place des moyens par lesquels les peuples autochtones pourront, à égalité avec le reste de citoyens de leur pays, participer librement et à tous les niveaux à la prise de décisions dans les institutions électives et les organismes administratifs et autres qui sont responsables des politiques et des programmes qui les concernent (art. 6). L’article 7 reconnaît aux populations concernées le droit de contrôler leur développement économique, social et culturel propre. Les États doivent aussi tenir compte des coutumes et du droit coutumier de ces populations (art. 8). L’article 20 de la Convention oblige les gouvernements à «prendre des mesures spéciales pour assurer aux travailleurs appartenant à ces peuples une protection efficace en ce qui concerne le recrutement et les conditions d'emploi». Les gouvernements doivent faire tout ce qui est en leur pouvoir pour éviter toute discrimination entre les travailleurs appartenant aux peuples intéressés.

La partie VI de la Convention est consacrée à l’éducation, donc indirectement à la langue. L’article 26 est très clair sur la possibilité des autochtones d’acquérir leur instruction à tous les niveaux:

Article 26

Des mesures doivent être prises pour assurer aux membres des peuples intéressés la possibilité d'acquérir une éducation à tous les niveaux au moins sur un pied d'égalité avec le reste de la communauté nationale.  

Le paragraphe 3 de l’article 27 reconnaît «le droit de ces peuples de créer leurs propres institutions et moyens d'éducation» et que des ressources appropriées leur soient fournies à cette fin. C’est l’article 28 qui semble le plus important en cette matière:

Article 27

1) Lorsque cela est réalisable, un enseignement doit être donné aux enfants des peuples intéressés pour leur apprendre à lire et à écrire dans leur propre langue indigène ou dans la langue qui est le plus communément utilisée par le groupe auquel ils appartiennent. Lorsque cela n'est pas réalisable, les autorités compétentes doivent entreprendre des consultations avec ces peuples en vue de l'adoption de mesures permettant d'atteindre cet objectif.

2) Des mesures adéquates doivent être prises pour assurer que ces peuples aient la possibilité d'atteindre la maîtrise de la langue nationale ou de l'une des langues officielles du pays.

3) Des dispositions doivent être prises pour sauvegarder les langues indigènes des peuples intéressés et en promouvoir le développement et la pratique.

Les États appuieront l'élaboration de programmes scolaires correspondant à la réalité des peuples autochtones et mobiliseront les ressources techniques et financières nécessaires à leur bonne application. Quant à l’article 31, il précise que «mesures de caractère éducatif doivent être prises dans tous les secteurs de la communauté nationale, et particulièrement dans ceux qui sont le plus directement en contact avec les peuples intéressés, afin d'éliminer les préjugés qu'ils pourraient nourrir à l'égard de ces peuples». Dans ces perspectives, il est précisé que «des efforts doivent être faits pour assurer que les livres d'histoire et autres matériels pédagogiques fournissent une description équitable, exacte et documentée des sociétés et cultures des peuples intéressés».Comme il se doit, les États signataires de la Convention reconnaîtront et établiront des mécanismes pour assurer l'exercice de tous les droits des peuples autochtones, en particulier en ce qui concerne l'éducation, la langue et la culture.

En ce qui a trait à l’Argentine, il reste encore à appliquer les dispositions de la Convention. Ce n’est pas une mince affaire quand on sait que le pays est aux prises avec d’autres problèmes socio-économiques d’importance considérable impliquant 98 % de la population.

6  Les législations provinciales 

Rappelons-nous que l’Argentine est une république fédérale formée de 22 provinces et qu’elles ont le pouvoir d’adopter dans leur législature respective des lois protégeant ou non leurs minorités autochtones. Quelques-unes des ces législatures l’ont fait, dont les provinces de Buenos Aires (1994), Chaco (1994), Chubut (1994), Formosa (1991), Jujuy (1986), La Pampa (1994), Neuquén (1994), Río Negro (1988) et Salta (1998). On peut y jeter un bref coup d’oeil.

6.1 La province de Buenos Aires (1994)

La province de Buenos Aires (307 571 km²) est la plus importante de toute l’Argentine, car elle compte 14 millions d’habitants. La législature de la province a adopté en 1994 une disposition constitutionnelle en 1994. Il s’agit de l’article 36 (paragr. 9) intitulé «Des indigènes» (De los indígenas):

Articulo 36

9) La Provincia reivindica la existencia de los pueblos indígenas en su territorio, garantizando el respeto a sus identidades étnicas, el desarrollo de sus culturas, y la posesión familiar y comunitaria de las tierras que legítimamente ocupan.

Article 36

9) La province revendique l'existence de peuples indigènes sur son territoire en garantissant le respect de leurs identités ethniques, le développement de leurs cultures et la possession familiale et communautaire des terres qu'ils occupent légitimement.

Or, une telle disposition d’ordre si général ne va pas bien loin dans l’étendue des droits dans la mesure où elle ne prescrit aucune application. Il s’agit d’une considération vague et imprécise qui soulève forcément des difficultés quand il faut trouver des applications concrètes. De plus, cette disposition ne concerne pas vraiment la langue.

6.2 La province de Chaco (1994)

La province de Chaco (99 633 km² est située au nord de l’Argentine et compte une population de 890 000 habitants (1995). La Constitution de la province de Chaco semble plus éclairante, car l’article 37 du texte juridique donne apparemment plus de détails en ce qui concerne les droits des indigènes:

Articulo 37

1) La provincia reconoce la preexistencia de los pueblos indígenas, su identidad étnica y cultural, la personería jurídica de sus comunidades y organizaciones; promueve su protagonismo a través de sus propias instituciones; la propiedad comunitaria inmediata de la tierra que tradicionalmente ocupan y las otorgadas en reserva. [...]

2) El Estado les asegurará:

- La educación bilingüe e intercultural;
- La participación en la protección, preservación, recuperación de los recursos naturales y de los demás intereses que los afecten y en el desarrollo sustentable;
- Su elevación socio-económica con planes adecuados;
- La creación de un registro especial de comunidades y organizaciones indígenas.

Article 37

1) La province reconnaît la pré-existence des peuples indigènes, leur identité ethnique et culturelle, la personnalité juridique de leurs communautés et organisations; elle promeut son développement par le biais de ses institutions propres; la propriété communautaire immédiate de la terre qu'ils occupent traditionnellement et celles accordées dans les réserves. [...]

2) L’État leur assurera:

- l'éducation bilingue et interculturelle;
- la participation dans la protection, la préservation, la récupération des ressources naturelles et des autres intérêts qui les concernent, ainsi le soutien dans leur développement;
- son élévation socio-économique avec des programmes adéquats;
- la création d'un registre spécial des communautés et organisations indigènes. 

Outre les principes généraux dans l’attribution des droits aux autochtones, il faut retenir que la province est prête à reconnaître le droit à une «éducation bilingue et interculturelle» et à créer un «registre spécial des communautés et organisations indigènes». En fait, ici aussi, le texte manque de précision, car aucune modalité d’application n’est prévue à ce sujet. Rien à signaler en matière linguistique, sauf pour le principe de l’éducation bilingue.

6.3 La province de Chubut (1994)

C’est une petite province (224 686 km2) de 440 000 habitants et située au sud-est du pays (en Patagonie) où la population amérindienne est plus importante. C’est pourquoi la législature provinciale a prévu des dispositions en matière d’éducation bilingue:

Articulo 34

1) La Provincia reivindica la existencia de los pueblos indígenas en su territorio, garantizando el respeto a su identidad.

2) Promueve medidas adecuadas para preservar y facilitar el desarrollo y la práctica de sus lenguas, asegurando el derecho a una educación bilingüe e intercultural.

3) Se reconoce a las comunidades indígenas existentes en la Provincia:

- La posesión y propiedad comunitaria sobre las tierras que tradicionalmente ocupan; [...]
- La propiedad intelectual y el producido económico sobre los conocimientos teóricos y prácticos provenientes de sus tradiciones cuando sean utilizados con fines de lucro. [...]

Article 34

1) La province revendique l'existence des peuples indigènes sur son territoire en garantissant le respect de leur identité.

2) Elle promeut des mesures adéquates pour préserver et faciliter le développement et la pratique de ces langues, en assurant le droit à une éducation bilingue et interculturelle.

3) Il est reconnu aux communautés indigènes résidant dans la province:

- la possession et la propriété communautaire sur les terres qu'ils occupent traditionnellement; [...]
- la propriété intellectuelle et celui produit économique sur les connaissances théoriques et pratiques provenant de ses traditions quand ils seront utilisés avec des fins de profit. [...]

Ici aussi, les dispositions constitutionnelles énoncent des principes très généraux dont il est difficile d'identifier les modalités d'application dans les faits.

6.4 La province de Formosa (1991)

À la frontière nord, près du Paraguay, se trouve la petite province de Formosa (72 066 km²) comptant 444 000 habitants. L’État provincial n’a pas prévue de mesures spécifiques ayant trait à la langue. L’article 79 de la Constitution de 1991 énonce que les autochtones ont droit à la reconnaissance de leur «identité ethnique et culturelle»... pourvu que cela ne viole pas d'autres droits reconnus par cette constitution: «La Provincia reconoce al aborigen su identidad étnica y cultural, siempre que con ello no se violen otros derechos reconocidos por esta Constitución». L’État s’engage aussi à «assurer le respect et le développement social, culturel et économique de ses peuples» autochtones («el respeto y desarrollo social, cultural y económico de sus pueblos»).

Pour mieux comprendre les implications de cette disposition, il faut consulter la loi no 426 de 1984 intitulée Loi intégrale sur les aborigènes (Ley Integral del Aborígen) adoptée par la législature de la province de Formosa. Il s’agit ici d’une sorte de Loi sur les Indiens, comme il en existe Canada. Il peut arriver que des articles traite de la langue. Ce n’est pas une loi linguistique comme il en existe dans certains pays européens ou au Canada. Ce type de loi n’existe pas en Argentine. L’article 1 de la Loi intégrale sur les aborigènes précise que cette loi a pour but «la préservation sociale et culturel des communautés aborigènes, la défense de leur patrimoine et de leurs traditions, l'amélioration de leurs conditions économiques, leur participation effective dans le processus de développement national et provincial, et leur accès à un régime juridique qui leur garantit la propriété de la terre et d'autres ressources productives à parité de droits avec les autres citoyens». Il est précisé à l’article 3 que «dans aucun cas on autorisera l'usage de la force et de la coercition comme moyen de provoquer l'intégration des communautés aborigènes, ni recourir à des mesures tendant à une assimilation qui ne tient pas compte des sentiments et des intérêts des aborigènes». 

L’article 5 prévoit que, dans toute procédure impliquant des aborigènes, «les juges tiendront compte aussi de leurs usages et coutumes». Le tribunal doit accorder le bénéfice du doute à tout aborigène lorsque sa condition culturelle entre en cause. Toutefois, rien ne concerne la langue de la procédure. Comme il est d’usage dans la plupart des pays d’Amérique latine, le juge demande les services d’un interprète.

Seul l’article 21 de la Loi intégrale sur les aborigènes traite spécifiquement de la langue dans le chapitre intitulé «En el área educación» (Dans le domaine de l’éducation). La loi précise bien que le ministère de l’Éducation en collaboration avec le Conseil général de l'éducation doivent élaborer:

a) un enseignement bilingue (castillan - langues aborigènes);
b) des programmes spécifiques en formulant des contenus pédagogiques conformes à la vision et l'histoire des aborigène;
c) des campagnes d'alphabétisation;
d) un programme d'application du système d’enseignants auxiliaires aborigènes au cycle primaire.
e) un système encourageant de bourses à l’intention des aborigènes qui leur permette d'accéder au cycle secondaire et tertiaire;
f) des programmes nécessaires pour la formation d'enseignants aborigènes;
g) des programmes provinciaux d'études primaires et secondaires dans les matières considérées pertinentes dans certains domaines spécifiques qui tiennent compte de la culture, la vision du monde et l'histoire aborigène;
h) des moyens matériels et juridiques permettant aux enfants aborigènes, dans la mesure des besoins, de poursuivre une éducation secondaire bilingue.

6.5 La province de Jujuy (1986)

Cette province de 53 291 km² et de 5551 000 habitants est située près de la frontière bolivienne, au nord-ouest du pays. L’article 50 de la Constitution de 1986 n’accorde qu’une vague disposition aux autochtones:

Articulo 50

La Provincia deberá proteger a los aborígenes por medio de una legislación adecuada que conduzca a su integración y progreso económico y social.

Article 50

La province devra protéger les aborigènes au moyen d'une législation adéquate qui les conduise à son intégration et au progrès économique et social.

Bref, rien en ce qui concerne les droits linguistiques.

6.6 La province de La Pampa (1994)

La province de La Pampa (143 440 km²) ne compte que 280 900 habitants; cette province du Centre (près de Buenos Aires) n’a prévu qu’une seule disposition à l’article 6 (par. 2) dans sa constitution de 1994 et celle-ci est on ne peut plus générale:

Articulo 6

La Provincia reconoce la preexistencia étnica y cultural de los pueblos indígenas.

Article 6

La province reconnaît la préexistence ethnique et culturelle des peuples indigènes.

6.7 La province de Neuquén (1994)

Il en est ainsi dans la Constitution de la province de Neuquén (94 078 km²), une province de l’Ouest qui compte une population de 460 400 habitants. L’article 23 ne traite que des concessions et de l’utilisation des terres accordées aux indigènes; rien en ce qui a trait à l’éducation ou à la langue.

6.8 La province de Río Negro (1988)

La province de Río Negro (203 013 km²) de 556 700 habitants est située juste à l’est de la province de Neuquén, au centre du pays. L’article 42 de la Constitution de 1988 ne traite pas davantage de la langue, mais le texte mentionne au moins la reconnaissance de la culture indigène et garantit «l'égalité dans les droits et les devoirs», sans préciser de quels droits et devoirs.

6.9 La province de Salta (1998)

Cette province de 154 775 km² et de 952 200 habitants, située à l’extrémité nord de l’Argentine est la dernière à avoir légiféré en matière des droits autochtones. L’article 15 reconnaît « la pré-existence ethnique et culturel des peuples indigènes qui résident sur le territoire de Salta», de même que la personnalité juridique de ses communautés propres pour fonctionner au sein des instances administratives et judiciaires («la legitimación para actuar en las instancias administrativas y judiciales»). Enfin, l’état provincial reconnaît également «le droit à une éducation bilingue et interculturelle» («el derecho a una educación bilingüe e intercultural»). Il reste à savoir ce que signifient ces doits dans les faits.

Pour ce faire, il suffit de consulter la loi 6.373 du 3 juillet 1986 (Ley de promoción y Desarrollo del Aborígen: Loi sur la promotion et le développement des aborigènes), adoptée par la législature de la province de Salta. L’article 28 de la Loi sur la promotion et le développement des aborigènes porte sur l’éducation. L'Institut provincial des aborigènes (Instituto Provincial del Aborígen) doit poursuivre les objectifs suivants:

a) promouvoir un système éducatif qui profite à tous les niveaux de la population aborigène;
b) régionaliser l'enseignement en prenant comme cadre de référence la culture aborigène de telle sorte que les programmes d’études correspondent aux caractéristiques et modalités de la région;
c) coordonner avec les organismes responsables la formation d'enseignants spécialisés en éducation aborigène en créant des centres spéciaux;
d) favoriser des campagnes intensives d'éducation aux adultes aborigènes afin de réduire les taux d'analphabétisme et de promouvoir l'éducation bilingue;
e) faciliter les transferts directs des élèves d'un établissement éducatif à un autre de façon à éviter le décrochage ou l’abandon scolaire;
f) diffuser les connaissances anthropologiques sur les cultures aborigènes en utilisant les moyens de communication dont dispose l’État provincial;
g) permettre, par un système de bourses adéquat, l'accès à l’éducation de chaque groupe ethnique au niveau secondaire, tertiaire et universitaire, ainsi qu’aux carrières d’enseignants.

6.10 La province de Santa Fe (1962)

La province de Santa Fe (133 007 km²) est importante, surtout en raison de sa population qui compte plus de 2,9 millions d’habitants; le Santa Fe est situé au nord-est, entre le Cordoba et l’Entre Rios (près de l’Uruguay). La Constitution de la province a été adoptée en 1962. L’article 8 proclame que «Tous les habitants de la province sont égaux devant la loi». L’article 22 énonce des considérations générales sur la culture:

Articulo 22

La Provincia promueve, estimula y protege el desarrollo y la difusión de la cultura en todas sus formas, tanto en sus aspectos universales como en los autóctonos, y la investigación en el campo científico y técnico. [...]

Article 22

La province promeut, stimule et protège le développement et la diffusion de la culture dans toutes ses formes, tant dans ses aspects universels comme qu’autochtones, ainsi que la recherche dans le domaine scientifique et technique. [...]

Les articles 109 à 113 traient de l’éducation, mais aucune clause de la Constitution ne mentionne la question des langues dans la province. Par exemple, l’article 109 précise que l'État provincial doit fournir des établissement d'enseignement préscolaire, primaire et secondaire, que l'éducation primaire est obligatoire et «de caractère essentiellement national» («La educación elemental es obligatoria e integral y de carácter esencialmente nacional»), que l'instruction dispensée dans les établissements officiels est gratuite à tous les degrés (de la maternelle à l’université). Les autres articles portent sur diverses considérations générales reliées à l’éducation.

Par contre, la loi 11.078 du 4 janvier 1994, c’est-à-dire la Ley de Comunidades Aborígenes (Loi sur les communautés aborigènes) mentionne la question de la langue. Les articles 2 et 3 donnent, ce qui est rare en Argentine, des définitions sur les mots ou expressions «communauté aborigène» et «aborigène».

Articulo 2

A los fines de ésta Ley se entenderá por comunidad aborigen al conjunto de personas que se reconozcan como tales, con identidad, cultura y organización propia, conserven normas y valores de su tradición, hablen o hayan hablado una lengua propia y tengan un pasado histórico común, sea que convivan nucleados o dispersos, en zonas rurales o urbanas.

Articulo 3

1) Se considerará aborígen a toda persona perteneciente a las etnias que habiten el territorio provincial, sean de origen puro o mestizo.

2) También se considerará aborígen a toda persona que, independientemente de su residencia habitual, se defina como tal y sea reconocida por su familia, el asentamiento o comunidad a la cual pertenezca, en virtud de los mecanismos que la comunidad instrumente para su admisión.

Article 2

Aux fins de la présente loi, «communauté aborigène» s’entend comme l'ensemble des personnes reconnues comme telles avec leur identité, culture et organisation propres, qui conservent des normes et des valeurs conformes à leurs traditions, parlent ou ont parlé une langue propre et ont un passé historique commun ou qui vivent concentrés ou dispersés dans des zones rurales ou urbaines.

Article 3

1) Est considérée comme aborigène toute personne appartenant aux ethnies qui habitent le territoire provincial, qu’ils soient d'origine pure ou métisse.

2) Sera considérée également comme aborigène toute personne qui, indépendamment de sa résidence habituelle, est défini comme tel et est reconnu par sa famille, la réglementation ou la communauté à laquelle il appartient, conformément aux mécanismes que la communauté utilise pour l’admission de ses membres.

L’article 26 de la Loi sur les communautés aborigènes précise de façon formelle les langues protégées par la loi: «Les cultures et les langues toba et mocoví sont reconnues comme des valeurs constitutives du patrimoine culturel de la province.» Le mocoví est une langue de la famille mataco-guaicuru parlée par près de 4000 locuteurs dans le nord-est de la province de Santa Fe; le toba est une langue de la même famille (mataco-guaicuru) parlée par quelque 15 000 locuteurs dans le sud-est de la province. 

L’article 27 semble le plus important, car il précise quel type d’instruction les autochtones doivent recevoir : une éducation bilingue et interculturelle.

Articulo 27

Se establece como prioritaria la adecuación de los ser vicios educativos en áreas de asentamiento de las comunidades aborígenes, de tal manera que posibiliten el acceso de dicha población a una educación de carácter intercultural y bilingüe en los distintos.

Article 27

Il est établi comme prioritaire l'adéquation des services éducatifs dans les secteurs réglementés chez les communautés aborigènes, de telle sorte que ces services permettent l'accès de cette population à une instruction à caractère interculturel et bilingue dans ce qui leur est distinctif.

Enfin, l’article 28 décrit les mesures que devra prendre le ministère de l'Éducation de la province aux fins d’enseignement destiné aux autochtones:

a) doter les communautés aborigènes d’infrastructures éducatives de base en conformité avec la situation géographique de celles-ci;
b) mettre en oeuvre des programmes spécifiques qui tiennent compte à la fois de la vision du monde et de l’histoire des peuples toba et mocoví;
c) planifier des programmes de qualification permanente pour le personnel enseignant et les éducateurs aborigènes afin d'obtenir une meilleure compréhension de la culture, de l'histoire et de la réalité socio-économique de ces communautés;
d) permettre la formation d'enseignants aborigènes grâce à des programmes spécifiques et adéquats pour les fonctions qu'ils exerceront;
e) faire participer les familles aborigènes dans la description des connaissances et des habiletés qu’on désire faire acquérir aux enfants aborigènes;
f) mettre en oeuvre des programmes d'alphabétisation pour les adultes aborigènes en prenant en considération leur langue et leur culture. [...]

 

La situation linguistique en Argentine n’est pas très différente des autres pays de l’Amérique du Sud. Les communautés autochtones sont généralement concentrées dans les zones rurales éloignées des grands centres et disposent de services réduits par apport au reste de la population. En ce qui a trait à la politique linguistique, rares sont les États qui se préoccupent adéquatement de leurs populations autochtones, autrement que par des textes juridiques symboliques, visant davantage à calmer l’opinion publique internationale que de favoriser les citoyens les plus pauvres de leur pays. 

L'une des caractéristiques des politiques linguistiques relève de leur étrange ressemblance. En effet, toutes les politiques linguistiques des provinces argentines suivent en principe le même modèle, celui de l'État fédéral. Dans pratiquement tous les cas, les textes juridiques se contentent d'énumérer de grands principes sur la reconnaissance des populations autochtones, toujours appelées indigènes ou aborigènes. L'autonomie n'est pas reconnue formellement, mais il existe des situations où les communautés autochtones sont tellement isolées qu'elles ne sont pas embêtées par les gouvernements et vivent par conséquent dans une relative liberté d'action. 

Quant aux politiques linguistiques, elles sont toutes limitées à la fameuse éducation bilingue, parfois affublée du qualificatif interculturelle. Cette politique ne s'applique évidemment qu'aux seuls autochtones qui assument à part entière l'«interculturalité» (ou interculturalisme), c'est-à-dire l'intégration de leurs communautés dans un environnement où l'espagnol est la langue commune de la vie publique. 

Par ailleurs, même dans les constitutions ou les lois provinciales, le mot langua ou lenguas (langue/langues) demeure rare, généralement inexistant. Sauf dans une seule loi de la province de Salta (cf. la Loi sur les communautés aborigènes), jamais une quelconque langue n'est mentionnée. On se contente de mentionner le respect des «langues et des cultures indigènes», comme si c'était suffisant. Si on veut résumer les politiques linguistiques de la République argentine, une fédération, on doit admettre qu'il s'agit de politiques très restrictives associées à des politiques strictement sectorielles, dans la mesure où elles sont limités aux écoles primaires.  Encore faut-il que les États provinciaux s'acquittent de leurs devoirs, ce qui n'est pas toujours le cas lorsque les budgets sont révisés à la baisse. Dans ce cas, ce sont toujours les autochtones qui écopent des restrictions.   

On peut affirmer aussi que l'État fédéral ne se soucie guère de ses autochtones qui ne comptent que pour moins de 2 % de la population du pays. L'Argentine continue, depuis des siècles, à ignorer ses premiers habitants. Il ne semble pas que cette politique soit appelée à changer dans un proche avenir. En ce sens, il s’agit d’une politique linguistique de non-intervention destinée à liquider lentement les peuples autochtones du pays. Pour les provinces, ce sont des politiques sectorielles quand elles sont appliquées. Bref, l'Argentine a encore beaucoup de chemin à parcourir, mais elle n'est pas le seul pays dans ce cas. 

Dernière révision en date du 25 nov. 2016
 

 

Bibliographie

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[http://www.cidh.oas.org/Default.htm].

ENCYCLOPÉDIE MICROSOFT ENCARTA, 2004, art. «Argentine», pour la partie historique.

GAUTHIER, François, Jacques LECLERC et Jacques MAURAIS. Langues et constitutions, Montréal/Paris, Office de la langue française / Conseil international de la langue française, 1993, 131 p.

LECLERC, Jacques. La guerre des langues dans l'affichage, Montréal, VLB Éditeur & Jacques Leclerc, 1989, 420 p.

MUÑIZ-ARGÜELLES, Luis. «Les politiques linguistiques des pays latino-américains», Colloque international La diversité culturelle et les politiques linguistiques dans le monde, Québec, Commission des états généraux sur la situation et l’avenir de la langue française au Québec, 24 et 25 mars 2001

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YACOUB, Joseph. «Amérique du Sud australe» dans Les minorités dans le monde, Paris, Desclée de Brouwer, 1998, p. 814-819. 

 
 
 
 

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