République de
Trinité-et-Tobago

Trinité-et-Tobago

Republic of Trinidad and Tobago

 

Capitale:  Port of Spain (Port-d'Espagne)
Population:  1,3 million (2004)
Langue officielle: anglais (de facto)
Groupe majoritaire: anglais trinidadien (94,2 %)
Groupes minoritaires: créole tobagonien (2,7 %), hindoustani caribéen (1,5 %), créole trinidadien (0,7 %), chinois (0,4 %), espagnol (0,3 %), créole français, etc.

Système politique:  régime parlementaire de type britannique
Articles constitutionnels (langue): art. 5 de la Constitution du
1er août 1976 telle que modifiée par la loi no 89 de 2000 
Lois linguistiques: Loi sur le développement de la Banque caribéenne (1969); Loi sur la citoyenneté (1976); Loi sur l'éducation (1979); Loi sur les serments (1979); Loi sur l'immigration (1995); Loi sur les jurés (1996); Loi sur les marques de commerce (1997); Loi sur le mariage (1996); Règlement sur les brevets (2000); Loi sur le service de police (2006); Loi sur la Cour pénale internationale (2006).

1    Situation géographique

La république de Trinité-et-Tobago (en anglais: Republic of Trinidad and Tobago) est un État des Caraïbes situé au nord du Venezuela dans les Grandes Antilles. Le pays est séparé de la côte vénézuélienne par le golfe de Paria. De toutes les îles des Caraïbes, Trinité-et-Tobago est donc le pays le plus méridional. Il compte une superficie de 5128 km² (cinq fois plus petit que la Belgique) et comprend deux îles distantes de 32 km: Trinité (4827 km²) et Tobago (303 km²). La capitale du pays est Port of Spain (en français: Port-d’Espagne), mais le chef-lieu de l'île de Tobago est Scarborough.

Trinité-et-Tobago est divisé au point de vue administratif en neuf comtés, trois municipalités (Port-d'Espagne, Point Fortin et San Fernando) et une «section» (Tobago): Diego Martin, San Juan, Arima-Tunapuna-Piarco, Chaguanas, Couva-Tabaquite-Talparo, Sangre Grande, Siparia, Peñal Débé et Princes Town  (voir la carte détaillée).

Trinité-et-Tobago est membre du Commonwealth depuis son accession à l’indépendance en 1960. Le système politique est grandement inspiré du parlementarisme britannique. Les principales villes sont Port-d'Espagne (Port of Spain) avec 50 076 habitants, San Fernando (30 115 habitants) et Arima (29 483 habitants).

Le pays dont son nom de Trinidad à Christophe Colomb qui débarqua sur cette île le 31 juillet 1498 et qu'il nomma ainsi en espagnol en l'honneur de la Sainte Trinité. Cependant, l'île de Tobago, dont le nom actuel est dérivé de l'anglais tobacco, fut appelée par Colomb Bella Forma («belle forme» en français), parce que de loin elle semblait «belle». Le nom espagnol de Tobago est venu plus tard et son origine demeure controversé. Le mot pourrait provenir du mot amérindien taïnos, «tabaco» ou «tabago» modifié en «tobago». Rappelons que l'île de Tobago fut au cours des siècles colonisée par les Espagnols, les Britanniques, les Français et les Hollandais. Par conséquent, les noms de lieu ont souvent été changés et mélangés entre les diverses langues colonisatrices.

2 Données démolinguistiques

Ce petit État de 1,3 million d'habitants est composé d'un grand mélange de races : Noirs ou Afro-Trinidadiens (56 %), Indiens ou Indo-Trinidadiens (38 %), Mulâtres (18 %), Asiatiques (Chinois, Japonais, Philippins, Coréens, Vietnamiens, etc.), Arabes (Libanais), Sud-Américains (appelés Hispaniques ou Latinos), Européens et quelques très rares descendants des Amérindiens caribes. En réalité, on compterait 39,5 % de Noirs, 40,3 % d'Indiens provenant du nord de l'Inde, 18,4 % de Métis, 0,6 % de Blancs et 1,2 % d'autres races (Asiatiques et Amérindiens). Environ 96 % de la population du pays est concentrée dans l'île de Trinité (1,2 million); il reste 4 % pour l'île de Tobago (env. 53 500 habitants). Les habitants de Trinité sont des Trinidadiens et ceux de Tobago des Tobagodiens, mais certains utilisent aussi le terme de Trinbagoniens pour désigner l'ensemble des insulaires des deux îles.

Il n'est guère surprenant que les confessions religieuses soient diversifiées. Elles se répartissent comme suit : 29,4 % de catholiques, 23,8 % d'hindous, 10,9 % d'anglicans, 5,8 % de musulmans, 3,4 % de presbytériens (26,7 % pour les autres confessions). Bien que, de façon générale, les relations sont plutôt harmonieuses entre les différents groupes ethniques, les rapports semblent relativement tendus entre les Afro-Trinidadiens (56 %: Noirs africains et américains) et les Indo-Trinidadiens (37,5 %: d'origine indo-pakistanaise).

Ethnie Population % Langue maternelle Affiliation linguistique Religion
Afro-Trinidadiens 750 000 56,2 % anglais langue germanique protestantisme
Indo-Trinidadiens 500 000 37,5 % anglais langue germanique protestantisme
Tobagoniens  36 000 2,7 % créole tobagonien créole protestantisme
Indo-Trinidadiens  20 000 1,5 % hindoustani caribéen (bhojpouri) langue indo-iranienne hindouisme
Franco-Trinidadiens    9 600 0,7 % créole  trinidadien créole catholicisme
Britanniques    6 900 0,5 % anglais langue germanique protestantisme
Chinois han & cantonais    6 500 0,4 % chinois han / cantonais famille sino-tibétaine bouddhisme
Hispaniques    4 100 0,3 % espagnol langue romane catholicisme
Total (2003) 1 333 100 100 %  - - -  - - -  - - -

2.1 L'anglais

Non seulement l'anglais est la langue officielle de Trinité-et-Tobago, mais c'est aussi devenu la langue maternelle de 56,2 % des Afro-Trinidadiens et de 37,5 % des Indo-Trinidadiens, comme ce l'est depuis toujours des 0,5 % de Britanniques qui demeurent dans le pays. À l'exception des Britanniques qui parlent l'anglais standard, les Trinidadiens et les Tobagoniens parlent ce qu'on appelle le Trinidad Vernacular English ou le Trinidadian English, c'est-à-dire l'anglais trinidadien ou l'anglais tobagonien (Tobagonian English). Les autres termes pour désigner cette variété d'anglais sont les suivants: English Trini, Black English, English dialect, broken English (d'anglais «cassé» ou «corrompu») ou en français anglais des Noirs.

L'anglais standard est réservé pour l'écrit et l'école, mais dans la vie de tous les jours, la langue parlée dans les îles n'est pas le créole ni l'anglais standard, mais l'anglais trinidadien. Il s'agit d'un anglais qui a massivement emprunté au français, à l'espagnol, au créole, aux langues africaines et à l'hindi. En voici quelques exemples:

Anglais trinidadien (britannique) Anglais américain Français
bacchanal big party grande fête
bath suit swim suit maillot de bain
biscuit cookie biscuit
chips  French fries frites
deputy mistress maîtresse
fête party fête
jamet prostitude prostituée
mamapoule hen-pecked husband («mari contrôlé par sa femme»)
mincemeat hamburger hamburger
obzokee awkward maladroit
patois  / patwa local dialect patois français
picong  ridiculous ridicule
sweeties candies sucreries (bonbons)
Trini terrier mongrel bâtard (chien)
wee  ours notre (le nôtre)

Attention! Les mots de l'anglais trinidadien ne sont pas toujours différents de ceux de l'anglais britannique, au contraire, mais ils sont plus souvent différents de l'anglo-américain. Il n'en demeure pas moins que cet anglais trinidadien exige une certaine adaptation pour un étranger, surtout un Nord-Américain, avant de s'y habituer, mais cela demeure toujours de l'anglais. Certes, beaucoup de mots ont été tronqués ou raccourcis, et l'accent se révèle parfois un peu différent. Par exemple, le [th] de l'anglais est généralement prononcé comme [d] doux. Le verbe to ask («demander») est prononcé [aks] (ou ax) en anglais trinidadien. Il arrive aussi que la grammaire subisse des modifications.

Bien que les insulaires aient d'abord été des sujets espagnols avant d'être sujets britanniques, c'est l'anglais qui s'est imposé à l'ensemble de la population. Fait étonnant, le créole ne s'est pas propagé partout, contrairement à la majorité des autres Antillais (Bahamas, Jamaïque, Martinique, Sainte-Lucie, etc.). L'anglais trinidadien est parlé par la quasi-totalité des Afro-Trinidadiens et 90 % des Indo-Trinidadiens.

2.2 Les créoles

À Trinité-et-Tobago, trois créoles sont utilisés : le créole tobagonien, le créole trinidadien et le «patois» trinidadien (ou «French patois»). Les deux premiers sont à base lexicale anglaise, alors que le dernier est à base lexicale française.

Le créole tobagodien est parlé dans l'île de Tobago par la majorité de la population, soit environ 65 % (36 000 locuteurs), ce qui représente seulement 2,7 % de l'ensemble du pays. Ce créole demeure inconnu des autres groupes ethniques (Indiens, Chinois, Libanais, etc.). Il reste assez proche du créole parlé à La Grenade et à Saint-Vincent-et-les-Grenadines, et légèrement intelligible avec le créole de la Jamaïque et celui des Bahamas.

Le créole trinidadien compte peut-être 9600 locuteurs, mais ce nombre semble être en diminution constante au profit de l'anglais trinidadien. C'est donc une langue très minoritaire.

Le créole français («French patois») est en voie d'extinction. Il ne serait plus parlé que dans quelques villages de pêcheurs du nord de Trinité, ainsi qu'à l'ouest de la capitale. On ignore le nombre exact des locuteurs de ce créole qui ressemble à celui de Sainte-Lucie et de la Martinique. Certains observateurs estiment qu'il y aurait encore moins de 10 000 locuteurs, mais d'autres croient que ce nombre n'atteint pas 300.

On peut se demander comment il se fait que ce créole soit parlé à Trinité, alors que les Français n'ont jamais colonisé l'île. C'est qu'en 1783, le roi d'Espagne, Charles III, a autorisé, dans une cédula de población («carte de peuplement»), l'arrivée de travailleurs étrangers afin de combler la main-d'œuvre manquante. Il fallait que ces étrangers soient à la fois catholiques et «amis de la Couronne d'Espagne», auxquels le roi accordait des conditions très favorables: octroi de terres, exemption d'impôt durant dix ans, etc. Beaucoup de colons français virent alors s'établir à Trinité, avec leurs familles et leurs esclaves. Le créole français s'est donc développé au cours des décennies suivantes sur l'île de la Trinité. Le créole français de Trinité est resté très proche de celui des îles françaises, mais il a développé ses propres traits, notablement dans son vocabulaire. Voici quelques exemples de proverbes en créole français («French patois»):

Créole français Français Anglais
Ravèt pa ni rezon duvan pul. La blatte n'a pas raison devant la poule. Cockroach is not in the right before the fowl.
Krab ki pa ka maché pa ka vini gra. Un crabe qui ne marche pas ne devient pas gras. A crab who doesn't walk doesn't get fat.
Sé pa pu palé larivyè mal, wòch anba ka tann. Il ne faut pas dire du mal de la rivière, les pierres pourraient entendre. One mustn't speak ill of the river, the stones below [can] hear.
Bavardage brun roux pa la, rat ka baie bal. Quand le chat n'est pas là, les rats mènent le bal. When cat isn't there, the rats have a party.

Tan bab kamarad u pwi difé, wuzé sla u.

Quand la barbe de votre ami prend feu, mettez de  l'eau sur la vôtre. When your friend's beard catches fire, put water on yours.

La présence française se manifeste encore aujourd'hui dans le pays par un grand nombre de chansons folkloriques ainsi que dans le vocabulaire de l'anglais trinidadien. En somme, l'ensemble de la population peut s'exprimer en anglais standard (occasionnellement), mais se sent beaucoup plus confortable en anglais trinidadien, qui porte encore l'empreinte, outre l'anglais britannique, du français, de l'espagnol, de l'hindoustani et de certaines influences africaines.

2.3 Les autres langues

Les autres langues les plus courantes ont l'hindoustani des Caraïbes, le chinois, l'espagnol et l'arabe.

L'hindoustani caribéen ou bhojpouri constitue une langue minoritaire à Trinité (20 000 locuteurs). C'est une langue indo-iranienne apportée par des travailleurs immigrés, après l'abolition de l'esclavage. Au cours du XIXe siècle, l’hindoustani désignait une langue qui commençait à se former dans le nord de l’Inde par des soldats et commerçants qui tentaient de trouver une langue de communication commune. À cette époque, l’hindi et l’ourdou n’existaient même pas et, lorsqu’on parlait d'hindoustani, c’était pour se référer à cette langue commune qui, à la suite de tensions de plus en plus fortes entre les communautés musulmane et hindouiste, allait donner naissance à l'ourdou et à l'hindi.

L'espagnol est parlé par environ 4100 locuteurs, surtout dans la sud de l'île de Trinité, par de petites communautés de pêcheurs. Comme l'espagnol est parlé massivement en Amérique du Sud, cette langue demeure très vivante. D'ailleurs, les hispanophones demeurent en contact fréquent avec d'autres communautés hispanophones habitant les côtes vénézuéliennes.

Le chinois compte deux variétés principales : le chinois mandarin et le chinois cantonais.

On peut citer également l'arabe (arabe libanais et arabe syrien) et plusieurs langues immigrantes telles que le filipino, le japonais, le coréen, le vietnamien, le samoan, le chamorro, etc.

Il y aurait encore quelques petites communautés amérindiennes à Trinité, mais leur nombre n'est pas recensé. Il est possible que quelques-uns parlent leur langue ancestrale. Certains mots relatifs à la flore (cassava, maïs, cacao, tabac, etc.) et à la faune (manicou et agouti) sont passés dans la langue anglaise trinidadienne. La communauté de Santa Rosa Carib semble être le dernier vestige d'un groupe organisé ayant une identité amérindienne.  Au moins 10 000 personnes résidant dans le nord-est de Trinité disent descendre des anciens Caribes; mais les locuteurs de cette langue doivent être en nombre infime; selon le gouvernement, on compterait moins de 300 personnes sachant parler leur langue ancestrale.

Parmi toutes les langues, ce sont l'espagnol, le français et l'anglais qui ont le plus laissé de traces dans la toponymie (surtout les deux premières). Pour le français, mentionnons Pointe-à-Pierre, Point Fortin, Blanchisseuse, Matelot, Grande-Rivière, Cap-de-Ville, Granville, Belmont, Patience, L'Anse-Fourmi, Bon Accord, Bacolet, Belmont, Pierreville, etc.; pour l'espagnol, Rio Claro, San Fernando, Sangre Grande, Maracas, San Juan, La Brea, Las Couevas, San Raphael, Palo Seco, etc.; pour l'anglais, Port of Spain, Plymouth, Milford, Princes Town, Freeport, New Grant, Richmond, Goldsborough, Black Rock, Colombus Point, Fort King George, etc. Il faudrait ajouter plusieurs dénominations amérindiennes: Aricagua , Arima , Aripo, Aruaca, Bejucal, Carapal, Carapo, Chacacare, Chaguaramas, Cocal, Caura , Cumana, Curepe, Guayaguayare, Mamural, Mayaro, Morichal, Paria, Tabaquite, Tacarigua, Tamana, Toco, etc.

3 Données historiques

Bien avant l'arrivée de Christophe Colomb, de nombreux peuples amérindiens vivaient à l'île de la Trinité, soit quelque 7000 ans auparavant. Au moment de la tutelle espagnole (1492), on dénombrait encore au moins 40 000 Amérindiens.  Les diverses tribus amérindiennes mentionnées par les Espagnols furent les Yaio, les Nepuyo, les Chaima, les Warao, les Carinepogoto, les Aruaca, les Shebaio, les Saluaio, etc. Beaucoup de toponymes ont conservé leurs noms d'origine dans la région: Caroni, Oropouche, Tamana, Aripo, Arima, Aripo, Paria, Arouca, Caura, Tunapuna, Tacarigua, Couva, Mucurapo, Chaguanas, Carapichaima, Guaico, Mayaro, Guayaguayare, etc. L'île de la Trinité servait de transit pour ces peuples entre l'Amérique du Sud et les Caraïbes.

3.1 La colonisation espagnole (1532-1797)

Lors de son troisième voyage, Christophe Colomb débarqua à Trinité — qu'il nomma Trinidad en espagnol en l'honneur de la Sainte Trinité — le 31 juillet 1498; Tobago fut découverte en même temps, et elle fut nommée par Colomb Bella Forma («belle forme» en français). Après avoir navigué le long de la côte, Colomb atteignit le golfe de Paria et se crut au paradis terrestre, tout en ignorant que la côte qu'il voyait (le Venezuela) était un continent. L'Espagne prit possession de l’île de Trinidad et, en 1532, y nomma un gouverneur. Par la suite, les populations autochtones furent décimées par la maladie et le travail imposé ou furent exilées, puis des esclaves noirs les remplacèrent. Les Amérindiens survivants furent graduellement assimilés. Pendant la période espagnole, l'économie de Trinidad compta un grand nombre de plantations de canne à sucre et de cacaotières.

En 1783, le roi d'Espagne Charles III autorisa l'arrivée de travailleurs étrangers à Trinité pour qu'ils puissent combler la main-d'œuvre manquante. Il fallait que ces étrangers soient des «amis de la Couronne d'Espagne» et des catholiques, auxquels le roi accordait des conditions très favorables comme l'octroi de terres, des exemptions d'impôt durant dix ans, etc. De nombreux colons français vinrent alors s'établir à Trinité, avec leurs familles et leurs esclaves. C'est à ce moment que le créole français s'est développé sur l'île, ainsi que la langue française qui devint la langue véhiculaire. Bien que la Trinité soit une possession espagnole, l'île demeura, jusqu'à la fin du XVIIIe siècle, une colonie à prédominance française. C'est ce qui fera dire plus tard à l'historien trinidadien et futur premier ministre (de 1962 à 1981) de son pays, Eric Eustace Williams — puis appelé le «Father of the Nation» —, d'affirmer au sujet de la Trinité : «Spain reigns, but France governs» (litt.: «L'Espagne règne, mais la France gouverne»).

Le régime espagnol permit le développement de l'île devenue, pour les grandes puissances militaires occidentales (France, Angleterre, Espagne, Hollande), un enjeu de premier ordre, ainsi qu'un carrefour des grandes routes commerciales et une escale technique appréciée aux portes du Venezuela. Grâce aux planteurs français l'économie sucrière de l'île connut un essor considérable et attisa suffisamment de convoitise pour que l'Angleterre en prenne le contrôle à partir de 1797, et ce, jusqu'à l'indépendance de Trinidad et Tobago en 1962. En effet, au XVIIe siècle, l’île subit les assauts des Hollandais et des Français. Lors de la Révolution française, nombreuses sont les familles françaises qui, fuyant Haïti et d’autres îles des Antilles, vinrent s’installer sur l’île de la Trinité.

Après sa découverte par Christophe Colomb, l'île de Tobago (Bella Forma) resta isolée et habitée seulement par les Amérindiens caribes. À partir de 1642, Tobago fut colonisée par des marchands hollandais (Nieuwe Walcheren) qui s'y établirent, puis par les Français en 1662 jusqu'en 1717, alors qu'elle fut saccagée et laissée déserte par les Espagnols; son nom de Tobago provient d'une altération du mot espagnol tobacco. Les Britanniques occupèrent l'île en 1737, qui devint en 1748 neutre, mais elle fut reconquise en 1763 et redevint anglaise. Puis, Tobago fut à nouveau occupée par les Français de 1783 à 1815, pour rester ensuite définitivement anglaise.  Au cours de son histoire, l'île de Tobago aurait changé une bonne trentaine de fois de souveraineté, passant alternativement entre les mains des Hollandais, des Espagnols, des Français et des Britanniques. En 1791, plus de 90 % des 15 000 résidants de Tobago étaient des Africains travaillant comme forçats.

3.2 La colonisation britannique (1797-1962)

En 1797, l'île de la Trinité fut conquise par les Britanniques, mais ce ne fut qu'en 1802, lors du traité d'Amiens, que l'île leur fut définitivement concédée. Les Britanniques y amenèrent de nouveaux esclaves qui développèrent un autre créole à base lexicale anglaise (le créole trinidadien et le créole tobagodien). Lorsque l’esclavage fut aboli en 1838, il fallut faire appel à de nouveaux travailleurs. À partir de 1845, plus de 150 000 Indiens musulmans et hindous furent amenés sur l’île de la Trinité pour y remplacer les esclaves travaillant autrefois sur les plantations; ils y implantèrent leur langue, généralement l'hindoustani.  L'immigration indienne ne s'acheva qu'en 1917. Quant à l'île de Tobago, elle demeura successivement, rappelons-le, sous tutelle espagnole, britannique, hollandaise et française jusqu’en 1814 (fin des guerres napoléoniennes), date à laquelle la France dut céder l’île à la Grande-Bretagne. Tobago fit alors partie de la Windward Islands Colony (la colonie des îles-du-Vent) jusqu’en 1889, date à laquelle elle fut rattachée à Trinité afin de garantir une plus grande stabilité financière pour la petite île qui devint alors une annexe de la colonie de Trinité.

Encore au XIXe siècle, le créole français resta la langue véhiculaire de la main-d'œuvre agricole de l'île de la Trinité; il était parlée non seulement par les esclaves noirs qui l'avaient apporté, mais il était appris et employé par les travailleurs importés de l'Inde après l'abolition de l'esclavage. Le créole français réussit à maintenir ce rôle jusqu'au début du XXe siècle, alors qu'il commença à être remplacé par le créole anglais trinidadien. Évidemment, l'Administration continua de fonctionner en anglais pendant que les autres langues entraient en concurrence: le français, l'espagnol, l'hindoustani et le chinois mandarin ou cantonais. Quant au créole français, il était utilisé par les Trinidadiens, surtout dans les villages situés dans la chaîne de montagnes Cerro del Aripo, au nord de l'île. Cependant, il commença à être mal perçu en tant que «français corrompu», même par ses propres locuteurs. Ce créole régressa au profit du créole trinidadien à base lexicale anglaise et de l'anglais trinidadien. 

3.3 L'indépendance (1962)

Trinité-et-Tobago fit partie de l’éphémère fédération des Indes-Occidentales entre le 22 avril 1958 et le 31 mai 1962. Le 31 août 1962, le pays devint un État indépendant, membre du Commonwealth. Il rejoignit l’Organisation des États américains en 1967 et, en 1968, avec d’autres pays anglophones des Caraïbes, forma le CARIFTA (Caribbean Free Trade Area) qui, en 1973, fut remplacé par le CARICOM (Caribbean Common Market ou Marché commun caraïbéen). L'anglais fut reconduit comme langue officielle (de facto).

Le Parti national du peuple (PNM: People’s National Movement), au pouvoir depuis l’indépendance du pays, en 1962, resta très soutenu, jusqu’en 1986, par la communauté noire et les milieux d’affaires.

 De 1962 à 1981, le dirigeant de ce parti fut le premier ministre Eric Eustace Williams. Au début des années 1970, le pays dut faire face à une grave crise économique et sociale. De violentes émeutes eurent lieu à Trinité en avril 1970. Cette situation se compliqua davantage lorsqu’une partie de l’armée fit une brève tentative de mutinerie. L’état d’urgence fut déclaré et maintenu jusqu’en juin 1972.

En 1973, le premier choc pétrolier entraîna une hausse rapide des revenus du pétrole de Trinité et le pays devint l'un des principaux exportateurs de pétrole du continent américain. Au début de l’année 1975, le taux de chômage atteignit 17 % et celui de l’inflation 23 %. Au mois de mars et avril de cette même année, des grèves dans les industries du pétrole et du sucre, soutenues par les ouvriers des transports et de l’électricité, paralysèrent l’économie et coûtèrent au pays près de 200 millions de dollars. Le premier ministre Williams, le «Father of the Nation», fut accusé de ne pas avoir su gérer la crise. L’inflation diminua quelque peu l’année suivante, mais le chômage resta élevé. Williams continua à assurer ses fonctions après les élections de septembre 1976, sous une nouvelle constitution qui faisait du pays une république membre du Commonwealth.

À la mort de Williams, en 1982, le ministre de l’Agriculture, George Chambers, fut nommé premier ministre et dirigeant du PNM. Lors des élections de 1986, la National Alliance for Reconstruction, le principal parti d’opposition, soutenu par la communauté indienne, remporta 33 sièges sur 36 à la Chambre des représentants, et Arthur Napoleon Raymond Robinson fut nommé premier ministre.

En juillet 1990, plus de 100 militants musulmans firent exploser le quartier général de la police, s’emparèrent du Parlement et, lors d’une tentative de coup d’État, gardèrent plusieurs jours en otage Robinson, ainsi que d’autres membres du gouvernement. En décembre 1991, le  Mouvement national populaire (Movimiento Nacional del Pueblo ou People's National Movement: PNM) remporta les élections, et Patrick Manning fut nommé premier ministre. Basdeo Panday lui succéda en novembre 1995, tandis que Robinson devint président en mars 1997. En novembre 1996, une plus grande autonomie fut accordée à Tobago. En décembre 2000, le Congrès national unifié (United National Congress : UNC), le parti que Basdeo Panday avait fondé en 1989, remporta les élections législatives. Il détenait 19 sièges à la Chambre des représentants, contre 16 pour le Mouvement national populaire (PNM), et un seul pour l’Alliance nationale pour la reconstruction (National Allaince for Re-Construction: NAR).

À Trinité-et-Tobago, le partage des pouvoirs est resté structuré selon des critères raciaux, les Noirs investissant plutôt les activités politiques et culturelles, tandis que les Indiens, voués à l'exploitation agricole, développent plutôt l'économie trinidadienne. Malgré les discours officiels, on constate que l'histoire récente du pays reste profondément marquée par la recherche d'une identité sociale qui est aussi un enjeu de lutte entre les différents groupes composant la population. Rappelons aussi que les luttes opposant les Indiens hindouistes et les musulmans se sont très peu décomposées depuis le début de l'immigration. La compétition économique entre Afro-Trinidadiens et Indo-Trinidadiens est devenue à la longue une rivalité raciale.

4 La politique linguistique

Actuellement, la république de Trinité-et-Tobago est régie par la Constitution de 1976, puis modifiée par la loi no 89 de 2000. Aucune disposition particulière ne précise une quelconque langue officielle. En réalité, l'anglais n'est la langue officielle que dans les faits (de facto), certainement pas par une loi (de jure). Il s'agit là d'une pratique courante parmi ces petits États des Antilles.  Cependant, quelques lois ponctuelles peuvent faire allusion à la langue anglaise dans une disposition particulière prévue à cet effet. Ce sont les suivantes: Loi sur le développement de la Banque caribéenne (1969); Loi sur la citoyenneté (1976); Loi sur l'éducation (1979); Loi sur les serments (1979); Loi sur l'immigration (1995); Loi sur les jurés (1996); Loi sur les marques de commerce (1997); Loi sur le mariage (1996); Règlement sur les brevets (2000); Loi sur le service de police (2006); Loi sur la Cour pénale internationale (2006).

4.1 La langue de l'État

L'anglais standard est la langue de l'État. C'est celle qu'on utilise en principe lors des réunions du Cabinet et dans les débats parlementaires, de même que dans la procédure judiciaire et dans l'Administration. Dans la pratique, l'anglais trinidadien est fréquemment employé dans les communications orales. Dans les communications écrites, seul l'anglais standard est admis.

Dans les cours de justice, la procédure se déroule en anglais, mais la sentence est prononcée obligatoirement en anglais. L'articles 5 de la Constitution de 1976, modifiée en 2000, énonce ce qui suit au sujet de la langue des tribunaux:

Article 5

Protection des droits et libertés

1) Sauf si le présent chapitre et l'article 54 le précisent expressément, aucune loi ne peut abroger, abréger, transgresser ou autoriser l'abrogation, la réduction ou la transgression de l'un ou l'autre des droits et l'une ou l'autre des libertés retenues et proclamées par la présente loi.

2) Sans qu'il ne soit porté atteinte au paragraphe 1, mais sous réserve du présent chapitre et de l'article 54, le Parlement ne peut: [...]

g) priver une personne du droit de recourir à un interprète dans le cadre de procédures dans lesquelles elle est impliquée ou dont elle est partie ou témoin devant une cour, une commission, un conseil ou tout autre tribunal, si elle ne comprend pas ou ne parle pas l'anglais;

Plus précisément, un accusé ou un témoin peut avoir recours gratuitement à un interprète s'il ne comprend pas l'anglais. De même, quiconque est arrêté ou détenu a le droit d'être informé, dans une langue qu'il comprend, des motifs de son arrestation ou de sa détention. L'article 11 de la Loi sur les serments (1979) autorise le recours à un interprète dans une cour de justice si une partie ou un témoin ne comprend pas bien la langue anglaise:

Article 11

Dans toute cause ou affaire, civile ou pénale dans une cour de Trinité-et-Tobago dans laquelle, en raison de l'incapacité d'une partie ou d'un témoin de bien comprendre la langue anglaise, les services d'un interprète sont employés; celui-ci doit être assermenté pour chaque cause ou chaque affaire.

Les articles 4 et 10 de la Loi sur les jurés (1996) précisent bien qu'il faut connaître l'anglais pour faire partie d'un jury:

Article 4

1) Toute personne est qualifiée pour être juré si:

(d) elle est capable de lire et écrire l'anglais et de le comprendre quand on lui parle;

Article 10

1)
Dans l'année 1976 et ensuite tous les deux ans, le directeur général de la sélection doit dresser pour chaque agent d'inscription une liste des noms de toutes les personnes résidant dans sa zone d'enregistrement, qui sont qualifiées pour agir comme jurés.

2) Dans l'exercice de son pouvoir en vertu du paragraphe 1, le directeur général de la sélection est autorisé et demande:

(a) de faire une enquête rapide pour les personnes qui sont qualifiées afin de siéger comme jurés et, en particulier, par tous les moyens légaux, prendre les moyens de vérifier si ces personnes peuvent lire et écrire l'anglais et de le comprendre quand on lui parle;

En vertu de l'article 25 de la Loi sur l'immigration (1995), il est prévu un interprète si, lors d'une enquête concernant l'immigration, une personne ne parle pas l'anglais:

Article 25

Enquêtes

(1)
Une enquête doit être menée en la présence de la personne concernée lorsque c'est possible.

3) Si une personne interrogée dans une enquête ne comprend pas ou ne parle pas la langue dans laquelle se déroule la procédure en cours, le président peut ajourner l'audience à sa discrétion et, dans la mesure du possible, obtenir l'assistance d'un interprète pour ladite personne.

4) L'interprète visé au paragraphe 3 doit être une personne physique familière avec la langue comprise par la personne interrogée lors de l'enquête et la traduction doit lui être fournie sans frais.

Dans l'administration, ce sont les  Indo-Trinidadiens qui contrôlent les services auprès de la population. Mais les Forces armées et la police demeurent sous le contrôle des Afro-Trinidadiens. Quelque Indo-Trinidadiens affirment qu'ils sont exclus des postes de la fonction publique en raison de la discrimination raciale.

Emploi

Africains

Chinois

Indiens

F

M

Total

F

M

Total

F

M

Total

Forces armées

-

2 025

2 025

-

-

-

-

205

205

Législateurs, fonctionnaires et directeurs

6 387

6 025

12 412

335

1 130

1 465

7 048

9 394

16 442

Professionnels

2 877

4 287

7 164

34

34

68

2 553

4 996

7 549

Techniciens et associations professionnelles

19 006

12 604

31 610

301

19

320

12 003

11 021

23 024

Membres du clergé

27 662

7 316

34 978

167

102

269

23 195

7 798

30 993

Travailleurs des services et commerces

31 107

21 600

52 707

202

311

513

22 653

12 101

34 754

Agriculteurs, forestiers et pêcheurs

999

4 129

5 128

-

34

34

1 975

9 923

11 898

Artisans

10 259

48 254

58 513

34

103

137

5 070

35 258

40 328

Travailleurs d'usine et de machinerie

4 984

18 819

23 803

33

-

33

4 784

26 536

31 320

Métiers des secteurs primaires

53 259

47 409

100 668

-

35

35

30 346

55 656

86 002

Total

156 540

172 468

329 008

1 106

1 768

2 874

109 627

172 888

282 515

Pour obtenir la citoyenneté trinidadienne, il faut, selon l'article 7 de la  Loi sur la citoyenneté (1976), posséder une connaissance suffisante de la langue anglaise :

Article 7

1) Sous réserve du présent article, le Ministre peut accepter qu'une personne majeure et admissible, dont est applicable le présent article, d'être enregistré en tant que citoyen de Trinité-et-Tobago, si cette personne a fait une demande d'enregistrement telle que prescrite au Ministre et à sa satisfaction :

(a) qu'elle est de bonne moralité;

(b) qu'elle possède une connaissance suffisante de la langue anglaise ainsi que de ses obligations en tant que citoyen de Trinité-et-Tobago;

Dans la Loi sur le service de police (2006), il est prévu qu'un candidat doit avoir réussi un examen portant sur la connaissance de l'anglais:

Article 3

Qualification pour le poste de stagiaire

1)
Tout candidat à un poste de stagiaire est soumis à la réglementation no 4:

(g) il doit réussir dans cinq matières aux examens CXC, y compris celui en anglais, celui en connaissance générale des catégories I, II ou III, ou en connaissance de base de la catégorie I dans les cinq matières, ou les cinq matières CME de niveau O, y compris l'anglais, les catégories A, B ou C dans les cinq matières ou avoir fait la preuve d'avoir atteint un niveau équivalent ou supérieur de l'enseignement;

L'article 25 de la Loi sur les marques de commerce (1997) stipule qu'un marque de commerce doit être en anglais ou être accompagnée d'une traduction:

Article 25

Translittération et traduction

2)
Lorsqu'une marque de commerce contient un ou plusieurs mots dans une autre langue que l'anglais, le contrôleur peut demander une traduction exacte de ceux-ci, ainsi que le nom de la langue avec le nom et la traduction et, s'il l'exige, avec l'approbation et la signature, tel qu'il est mentionné ci-dessus.

Selon le Règlement sur les brevets (2000), une requête concernant l'obtention d'un brevet doit être rédigée en anglais ou être accompagnée d'une traduction:

Article 4

Langue des documents et des traductions


Les requêtes doivent être en anglais, ainsi que tous les documents faisant partie d'une requête, présentées au contrôleur en vertu de la loi ou du présent règlement et rédigées dans une autre langue que l'anglais doivent être confirmées par le traducteur que sa traduction est au meilleur de ses connaissances comme étant complète et fidèle.

Article 20

6)
Lorsque la requête précédente est dans une autre langue que l'anglais, le requérant doit, dans les six mois à compter de la date de la requête mentionnée ci-dessus, fournir une traduction en anglais de ladite requête.

Ces quelques considérations concernant la langue anglaise démontrent que la langue anglaise occupe une rôle primordial à Trinité-et-Tobago.

4.2 L'éducation

En vertu de la Loi sur l'éducation (1979), le discrimination est interdite dans le domaine de l'accès à l'éducation, notamment pour des questions de langue. L'article 7 est précis à cet égard:

Article 7

Nul ne peut se voir refuser l'admission dans une école publique en raison de sa religion, de sa race, de son statut social ou de sa langue, ou de celui ou celle de ses parents.

Le système d'éducation en Trinité et Tobago est modelé sur le système britannique. Il compte des écoles publiques et des écoles privées. Dans les écoles publiques du gouvernement, les écoles confessionnelles dispensent une éducation en anglais standard au primaire et au secondaire jusqu'à la 12e année.  Les écoles primaires sont destinées aux enfants âgés entre 5 et 12 ans, et les écoles secondaires (collèges d'enseignement général) aux élèves âgés de 12 à 20 ans. Il existe aussi quelques écoles primaires et secondaires privées. Dans le secteur primaire, il y avait un total de près de 170 000 élèves pour l'année 1998-1999. L'éducation universitaire est dispensée par l'Université des Antilles. La Banque royale de l'Institut d'affaires et de technologie de Trinité-et-Tobago a formé une alliance avec l'Université du Nouveau Brunswick (au Canada) et offre un certain nombre de programmes de diplômes, qui vont du journalisme à l'éducation, en passant par l'infirmerie et aux cours par correspondance. La seule langue d'enseignement admise est l'anglais standard. Les langues secondes enseignées dans les écoles sont surtout l'espagnol, le français et le portugais.

De plus, des millions de dollars ont été dépensés chaque année par les étudiants dans l'éducation continue; ce phénomène a donné naissance à des établissements offrant des cours alors qu'ils ne sont pas qualifiées pour les donner, si bien que le gouvernement a été obligé de faire des mises en garde auprès du public. Une autre initiative du gouvernement concerne les centres d'apprentissage, basés dans les communautés lointaines, qui ont été lancés pour «rendre l'éducation et la formation accessibles à autant de citoyens que possible».

4.3 Les langues des médias

Tous les journaux du pays sont édités en anglais. Les plus importants sont The Trinidad Guardian, The Trinidad & Tobago Express, Newsday, The Independent, Catholic News, etc. Le Tobago a un journal hebdomadaire qui est publié le jeudi, Tobago News.

Dans les médias électroniques, l'anglais est également le véhicule des communications, mais l'emploi d'autres langues est permise. Outre la radio nationale (National Broadcasting Service: NBS), le pays compte plusieurs autres stations: 730 Radio Trinidad (San Fernando), 93 FM GEM Radio Network (Port of Spain ), 96.1 WEFM (Port of Spain), Hott 93 (Port of Spain), NBN - National Broadcasting Network Service (Port of Spain), Radio 103 FM (Port of Spain), Radio 104 (Port of Spain), Radio 90.5 (Port of Spain), etc. Comme certaines stations espèrent atteindre des groupes ethniques spécifiques, elles n'hésitent pas à utiliser ces langues, notamment dans l'anglais trinidadien, l'espagnol, l'hindoustani, le créole trinidadien ou tobagodien, le chinois, etc.

Les chaînes de télévision diffusent généralement en anglais standard: TTT (channels 2 &13, 9 & 14); CCN TV-6 (channels 6 & 18); AVM Television (channels 4 & 16). La BBC diffuse aussi des émissions en anglais.

5 La politique linguistique de l'espagnol

Depuis 2004, le gouvernement de ce petit État a entrepris une politique linguistique pour le moins surprenante: remplacer l'anglais par l'espagnol. Cette nouvelle politique serait motivée par le désir du gouvernement de s'aligner sur les marchés essentiels de son économie en Amérique latine. En encourageant les milieux d'affaires à adopter la langue du Venezuela, le plus grand producteur pétrolier de l'hémisphère, le pays espère renforcer ses propres industries. De plus, la république de Trinité-et-Tobago est située au centre géographique du libre-échange des Amériques, un bloc économique de 800 millions de consommateurs, dont la majorité parle l'espagnol.

Dès le mois de septembre 2005, les enfants devaient suivre des cours obligatoires d'espagnol. Le gouvernement a décidé aussi de faire apprendre l'espagnol aux fonctionnaires. L'objectif est que 30 % d'entre eux connaissent cette langue d'ici cinq ans. Mais le grand objectif, c'est le milieu des affaires. À l'heure actuelle, l'espagnol n'est parlé que par environ 1500 individus sur une population de 1,3 million d'habitants(2004). Néanmoins, l'espagnol est désormais désigné comme la première langue étrangère de Trinité-et-Tobago.

Évidemment, il est trop tôt pour prédire ce qu'il adviendra de cette politique d'hispanisation à l'endroit d'une société anglicisée depuis des générations. N'oublions pas que l'influence britannique est bien intégrée dans cette société et il serait surprenant qu'une telle influence disparaisse du jour au lendemain. Les chances de réussite en matière d'hispanisation semblent plutôt minces. Tout au plus, on pourra bilinguiser ou trilinguiser davantage la population, déjà aux prises avec l'anglais et le créole.
 

La politique linguistique de Trinité-et-Tobago ressemble à plusieurs pays des Antilles (Barbade, Jamaïque, La Grenade, etc.). C'est une politique de non-intervention qui consiste à perpétuer les pratiques en vigueur lors du colonialisme britannique. Les affaires publiques se déroulent en anglais, mais le peuple continue de parler son créole local ou son anglais local. Le gouvernement n'a jamais tenté d'introduire officiellement l'usage des langues locales au Parlement, dans l'enseignement et dans les médias. À court terme, on ne voit pas comment Trinité-et-Tobago, par ailleurs géographiquement si près de l'Amérique du Sud, pourrait changer de politique, laquelle est fondée en pratique sur un certain bilinguisme anglais standard-anglais trinidadien et l'unilinguisme officiel. 

Dernière mise à jour: 19 déc. 2015
 

 

Bibliographie

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DAVIES, Elizabeth. «Hola! Trinidad drops English and learns to speak Spanish» dans The Independent, Londres, 1er septembre 2005.

ENCYCLOPÉDIE MICROSOFT ENCARTA, 2004, art. «Trinité-et-Tobago», pour la partie historique.

GAUTHIER, François, Jacques LECLERC et Jacques MAURAIS. Langues et constitutions, Montréal/Paris, Office de la langue française / Conseil international de la langue française, 1993, 131 p.

HAYNES, Martin. Trinidad and Tobago Dialect, Haynes, 1985.

ORGANIZACIÓN DE LOS ESTADOS AMERICANOS. La situación de les Derechos Indígenas en las Américas, Georgetown, 2000

OTTLEY, Carlton R. Creole Talk of Trindad and Tobago, Victory Commercial, 1981.

OVIDE, Stephanie. Creole-English/English-Creole (Caribbean), New York, Hippocrene Books, 1996, 268 p.

RICHARDS, Peter. «Les programmes d'éducation continue poussent comme des Champignons à Trinidad et Tobago», Inter Press Service, UNESCO 2002,
[http://www.unesco.org/education/efa/fr/know_sharing/grassroots_stories/trinidad.shtml].

UNITED NATIONS. Second Periodic Reports submitted by States Parties under articles 16 and 17 of the Covenant Addendum Trinidad and Tobago, Genève, Economic and Social Council, Commissioner for Human Rights, E/1990/6/Add.30, 2 octobre 2000.

WINFORD, Donald. Predication in Caribbean English Creoles, Philadelphie, Benjamins Ed., 1993.

 

YACOUB, Joseph. «Les minorités en Amérique latine et aux Caraïbes» dans Les minorités dans le monde, Paris, Desclée de Brouwer, 1998, p. 781-805. 

 

L'Amérique du Sud et les Antilles

 
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