[East Timor flag]
République démocratique du Timor oriental

Timor oriental

(Timor Leste)

Capitale: Dili
Population: 1,1 million (2005)
Langues officielles: portugais et tétum (depuis 2002)
Langue majoritaire: tétum (près de 80 %)
Langues minoritaires: indonésien et plusieurs langues mélanésiennes (mambai, tokodede, kemak, galoli, idate, waima'a, naueti, bunak, makasae, fatuluku, etc.)
Système politique: ancienne colonie portugaise annexée par l’Indonésie (1975); puis province indonésienne jusqu’en 1999; sous administration transitoire de l’Onu (UNTAET) jusqu'en 2002, État indépendant depuis mai 2002.
Articles constitutionnels (langue): art. 13 et 159 de la Constitution timoraise du 20 mai 2002
Lois linguistiques: Loi fondamentale sur l'éducation (2008)

1 Situation géographique

Le Timor (en malais: «orient») est une île de l'archipel indonésien située à 500 km au nord de l’Australie, entre les îles de Java (à l’est) et de Nouvelle-Guinée (à l’ouest), mais au sud des îles de Bornéo et de Sulawasi. À plus de 1000 km de Djakarta dans l’île de Java, c’est la plus grande et la plus orientale des petites îles de la Sonde avec une superficie totale de 33 615 km², ce qui correspondrait à la superficie de la Belgique ou de la Moldavie (voir la carte de la région). En raison de son passé colonial, l’île de Timor est partagée en deux territoires: l'un à l'Indonésie, l'autre un État indépendant depuis le 20 mai 2002. Le nom officiel en portugais est Timor Leste, et Timór Loro Sa'e en tétum, Loro signifiant «soleil» et Sa'e «levant», pour «soleil levant».

1) Timor oriental (superficie de 18 997 km² à l’est de l’île) ou Timor Leste en portugais, et Timór Loros'ae en tétum: auparavant sous contrôle portugais, cette partie de l’île a été annexée de force par l’Indonésie en 1975 et est devenue la province de Timor Timur avec Dili comme capitale. Après avoir été sous l’administration provisoire des Nations unies, le Timor (République démocratique du Timor Leste), est un État souverain depuis le 20 mai 2002. Le Timor oriental compte une enclave de 815 km² située au Timor occidental: le district d'Oecussi-Ambeno (appelé aussi Ocussi) bénéficiant d'un régime particulier.

2) Timor occidental (superficie de 15 850 km² à l’ouest de l’île): autrefois sous contrôle hollandais, c’est aujourd’hui la partie indonésienne appelée la province de Nusa Tenggara, avec la ville de Kupang comme capitale.

2 Données démolinguistiques

La population de toute l’île de Timor était estimée en 2005 à 2,9 millions d’habitants, dont environ 1,8 million au Timor occidental et 1,1 million au Timor oriental.

La partie occidentale (Indonésie) est habitée majoritairement par des Papous, mais aussi par une minorité d’Indonésiens; les premiers parlent des langues papoues, les autres, des langues indonésiennes, surtout le javanais.

La partie orientale (Timor Leste), quant à elle, est habitée par une minorité d’Indonésiens parlant le javanais (env. 20 %), une langue malayo-polynésienne du groupe occidental, et une majorité de Timorais (un peu moins de 80 %) de religion catholique romaine, parlant des langues malayo-polynésiennes du groupe central dont le tétum (écrit aussi tétoum, tétun ou bélu) est de loin la plus importante avec environ 300 000 locuteurs pour lesquels le tétum est la langue maternelle. Une minorité de Timorais parlant d’autres langues du même groupe central, que ce soit le mambai (80 000), le tokodede (63 000), le kemak (50 000, le galoli (50 000, l’idate (5000), le waima'a (3000), le lakalei (5000), le habun (1200), le midiki (2000), le naueti (1000), etc.

Soulignons que le makassai (no 12 : 70 000), le fatuluku (no 13 : 30 000), le makuva (no 16 : 50), le bunak (no 3 : 50 000) et l'adabe (no 19 : 1000) sont des langues papoues et non des langues austronésiennes. Le nombre des Papous dans l'île est estimé à quelque 250 000 personnes. 

2.1 Le tétum

Le tétum parlé dans l'île de Timor est fragmenté en quatre variétés:

- le tétum de Dili ou tetum prasa (signifiant « tétum des villes») parlé à Dili et ses environs (a);
- le tétum septentrional ou tétum de Terik, parlé dans la partie centrale de l'île (b);
- le tétum méridional, parlé dans la zone côtière du Sud-Ouest (c);
- le tétum oriental ou tétum de Belu, parlé dans la zone côtière de la mer du Timor (d).

Soulignons aussi la présence d'un créole à base de tétum parlé dans les environs de Dili: le nana'ek, parlé par environ 50 000 locuteurs. Cela étant dit, la plupart des Timorais, parlant d'autres langues que le tétum, connaissent le tétum de Dili et l’utilisent au besoin comme langue seconde. Le tétum de Dili sert de langue véhiculaire du Timor oriental.

Du point de vue linguistique, toutes les langues malayo-polynésiennes, celles du groupe occidental comme celles du groupe central, font partie de la grande famille austronésienne. Les langues austronésiennes comprennent également un autre groupe de langues malayo-polynésiennes orientales, dont font partie les langues mélanésiennes, polynésiennes et micronésiennes.

La répartition de la population, l’histoire coloniale, la langue et la religion ont fait en sorte que les Timorais de l’Est et les Timorais de l’Ouest forment des «sociétés distinctes» au sein de la même île. Au sein du méga-archipel indonésien peuplé de près de 200 millions d’habitants, les quelque 650 000 Timorais catholiques ne représentent qu’une goutte d’eau (0,33 %) dans cet univers musulman, car l’Indonésie constitue le plus grand pays musulman du monde.

2.2 Le portugais

En 1950, la langue portugaise était parlée par quelque 10 000 locuteurs. En 1975, au moment de l'invasion indonésienne, le Timor oriental comptait environ 700 000 habitants, mais seulement 35 000 à 70 000 savaient comment lire et écrire le portugais, contre 100 000 à 140 000 qui pouvaient le parler et le comprendre. Jusqu'en 1981, le portugais était la langue de l'Église catholique du Timor, avant d'être supplanté par le tétum. Cependant, le portugais est resté en usage comme langue des affaires dans la ville de Dili. Durant toute l'occupation indonésienne, le portugais a servi comme langue de la résistance anti-indonésienne et celle des communications externes pour l'Église catholique. Il a déjà existé un créole portugais  (Português de Bidau), mais il est aujourd'hui disparu; il était parlé autour des villes de Dili, Lifau de et de Bidau.

Le portugais est aujourd'hui une langue co-officielle avec le tétum. Selon un rapport de l'ONU de 2006, moins de 5 % de la population timoraise (environ 5000 personnes) aurait une connaissance du portugais comme langue seconde. Cependant, la validité de ces résultats a été mise en doute par les membres de l'Institut national timorais de linguistique (Timorese National Institute of Linguistics), qui soutient que le portugais serait parlé par 25 % des Timorais.

Trois principaux facteurs entravent l'adoption du portugais au Timor oriental:

(1) la partie infime de la population qui peut s'exprimer dans cette langue;
(2) la concurrence active des autres langues, notamment l'anglais;
(3) le choix des décisions politiques.

En réalité, il n'existe pas d'estimations vérifiables indiquant le nombre d'usagers du portugais, mais le gouvernement croit qu'entre 15 % et 25 % de la population serait en mesure de s'exprimer dans l'ancienne langue du colonisateur. La vérité est que ce groupe concerne les individus âgés d'au moins 40 ans, en plus des élites religieuses et culturelles, politiques et économiques, qui ont été exilées ou qui ont des possibilités d'étudier à l'étranger. Les principaux dirigeants timorais actuels sont peu nombreux à pouvoir parler le portugais, et ce, à des degrés divers. Beaucoup de mots portugais sont empruntés dans la langue tétum et les autres langues maternelles autochtones. La plupart des jeunes ignorent la langue portugaise. 

3 Données historiques

Il y a plus de 3000 ans avant notre ère, la grande île de la Nouvelle-Guinée (ou Irian Jaya) était occupée par des peuples mélanésiens; à l’ouest, l’île de Timor était également habitée par des Mélanésiens, les Atoli. Puis, à partir de 2500, des Papous et d’autres Mélanésiens, particulièrement les Bélu, se sont installés par vagues successives (jusqu’en 200 avant notre ère) dans les deux îles, l’Irian Jaya et le Timor. Au début du premier millénaire, le territoire du Timor était déjà habité par plusieurs ethnies mélanésiennes dont les Atoli (ou Dawan), les Bunaq, les Famak, les Bélu, etc., ainsi que des Papous, contribuant à former une diversité ethnique dont on constate encore aujourd’hui les effets. Tandis que tout l’archipel indonésien et les Philippines commençaient à s’islamiser au XIIIe siècle, les Timorais de l’Est sont restés à l’écart de ce grand bouleversement à la fois religieux et culturel.

3.1 Le début de la colonisation portugaise

À la même époque, un groupe de missionnaires portugais s’était installé au Timor oriental. Ceux-ci avaient réussi à convertir les autochtones, les Tétum (ou Bélu), à la religion catholique; de leur côté, les Timorais de l’Ouest protégés par les Hollandais restaient musulmans. Avec les années, les missionnaires portugais avaient attiré des colons, des soldats, des marchands et des navigateurs formant une communauté assez disparate en raison du métissage entre Portugais et Timorais. Les descendants de ces métis sont à l’origine d’un groupe appelé Topasses qui, à partir du XIVe siècle, établirent leur domination sur les autres ethnies autochtones de l’île. Outre le portugais, la langue la plus utilisée devint le tétum, la langue des Bélu.

Un peu plus tard (au XVIe siècle), l’île de Timor fut divisée en deux royaumes rivaux autochtones: la partie occidentale se trouva sous la dépendance du royaume musulman de Sombay, alors que la partie orientale fut soumise au royaume catholique de Behale. Mais les rivalités entre les deux royaumes poussèrent les belligérants à rechercher l’aide militaire des puissances coloniales de l’île: les Portugais pour le royaume de Behale, les Hollandais pour le royaume de Sombay. En 1515, les deux groupes rivaux, l’un musulman, l’autre catholique, se livrèrent la guerre et les Topasses finirent par régner sur les deux parties de l’île, la religion catholique étant devenue une arme culturelle pour s’imposer sur tout le territoire. En raison de la colonisation portugaise, on peut dire que le Timor oriental est resté à l’écart de l'évolution culturelle et religieuse qui a marqué l’ensemble de l’archipel indonésien (îles de Sumatra, Java, Bali, Kalimantan, Sulawesi) et les Philippines.

3.2 La division entre le Timor occidental et le Timor oriental

En 1613, les Hollandais vinrent disputer aux Portugais la suprématie économique de la région. Quelques décennies plus tard, soit à partir de 1640, les Portugais intensifièrent leur présence politique et militaire au Timor oriental. Pendant ce temps, les Hollandais expulsaient les Portugais des îles voisines et s’installaient définitivement dans toute l’Indonésie et, en 1769, au Timor occidental, lequel dépendait alors du royaume local de Sombay. Durant trois siècles, le Portugal a maintenu sa tutelle coloniale au Timor oriental et les Pays-Bas ont fait de même au Timor occidental ainsi que dans le reste de l’Indonésie. N’oublions pas que ce qui constitue aujourd’hui l’Indonésie constituait alors une colonie hollandaise; c’est ce qui explique que le Timor occidental demeurait sous administration hollandaise. C’est seulement en 1859 que les Pays-Bas et le Portugal signèrent un traité déterminant les frontières précises entre le Timor occidental hollandais et le Timor oriental portugais. Les frontières coloniales furent reconnues et fixées, le 25 juin 1914, par la Cour internationale de justice de La Haye.

Au début du XXe siècle, les incessantes luttes entre les royaumes autochtones rivaux finirent par excéder le Portugal qui délaissa quelque peu sa colonie jusqu’au moment où, en 1932, Antonio de Oliveira Salazar, alors ministre des Colonies du Portugal, décida d’imposer au Timor une dictature fasciste, semblable à celle qui sévissait en Métropole. Les Timorais de l’Est s’opposèrent aux politiques de Salazar, mais durent subir la répression portugaise puisque le régime refusa toute décolonisation outre-mer. Au cours de la Seconde Guerre mondiale, le Timor oriental se retrouva au centre des combats opposant les Alliés aux Japonais, ceux-ci ayant envahi la région afin de préparer une offensive contre l’Australie. Salazar autorisa l’Australie à s’établir au Timor oriental, mais après de violents combats les Australiens abandonnèrent le terrain aux Japonais. Non seulement 50 000 Timorais perdirent la vie lors de l’occupation japonaise, mais toute la région se trouva totalement dévastée et détruite par les bombardements.

Après la guerre (1945), le Portugal reprit immédiatement le contrôle du Timor oriental, mais ne tenta même pas de reconstruire sa colonie et imposa de nouveau sa dictature militaire. Pendant ce temps, la guerre avait repris entre les Pays-Bas et sa colonie indonésienne. En 1949, les Pays-Bas abandonnèrent leur colonie indonésienne qui devint la République fédérale indonésienne, puis, en 1950, le président Suharto proclama la république d’Indonésie. Tout le territoire de l’ancienne colonie hollandaise fut concédé à l’Indonésie, ce qui signifiait que le Timor occidental devenait une possession de l’Indonésie, alors que le Timor oriental restait sous administration portugaise.

En 1961, les habitants du Timor oriental se soulevèrent contre le régime fasciste portugais, mais Salazar maintint son autorité jusqu’en 1968 alors que, victime d’une attaque cérébrale, il dut céder le pouvoir. Le Timor oriental tomba temporairement dans l’oubli pour la communauté internationale pendant que la guerre coloniale avec le Portugal se poursuivait.

3.3 La révolution des Œillets

Le 25 avril 1974, le Parti socialiste du Portugal, appuyé par les Forces armées très hostiles à la poursuite des guerres coloniales, renversa le régime d’extrême-droite des partisans de Salazar et porta le général Antonio de Spinola à la présidence de la République. Ce fut le signal de la révolution des Œillets qui fournit l’occasion au nouveau gouvernement du Portugal de reconnaître le droit à l’indépendance des peuples des colonies. Mais, dans les faits, le Portugal se désintéressait de ses colonies, ce qui permit au gouverneur du Timor oriental de conserver ses fonctions dans ce qui était encore la «province d'outre-mer du Portugal».

Du côté de la population timoraise, la révolution au Portugal provoqua l’émergence des partis politiques nationalistes. Trois forces politiques principales s’opposèrent:

- l’Union démocratique timoraise (UDT), un parti conservateur qui prônait une autonomie politique tout en conservant des liens étroits avec le Portugal;
- le Front révolutionnaire pour un Timor-Est indépendant (le FRETILIN), un parti de gauche qui défendait le droit à l’indépendance;
- l’Association populaire et démocratique timoraise (APODETI), un parti de droite qui défendait le rattachement à l’Indonésie.

De son côté, le Parlement portugais promulgua une loi destinée à préparer l'élection d'une assemblée populaire dans le territoire timorais et, en octobre 1975, il fit savoir que la souveraineté du Portugal sur le Timor oriental prendrait fin en octobre 1978. Bref, le Portugal avait choisi l’option de l’indépendance du Timor oriental et se trouvait à appuyer le Front révolutionnaire pour un Timor-Est indépendant (le FRETILIN).

3.4 L’intervention armée indonésienne

Au cours du mois de novembre 1975, la guerre civile éclata au Timor oriental entre les partisans du FRETILIN favorables à l'indépendance et les partisans de l’UDT et de l’APODETI. Le FRETILIN sortit vainqueur du conflit et, après avoir obtenu le contrôle du territoire, proclama la république du Timor-Est; son ministre des Relations extérieures fut José Ramos-Horta qui se méritera le prix Nobel de la paix en 1996. Mais l’éphémère république du Timor-Est ne vécut que dix jours.

Dès la proclamation du nouveau gouvernement timorais, l’Indonésie annonça sur les ondes timoraises que des armes soviétiques, chinoises et vietnamiennes avaient été introduites clandestinement au Timor oriental pour soutenir le FRETILIN. Évidemment, la propagande indonésienne était destinée à justifier une intervention de ses forces armées au Timor, qui devaient, selon la version officielle, combattre le communisme. De fait, le 7 décembre 1975, l’armée indonésienne envahissait le territoire, ce qui entraînait le retrait immédiat de l'administration portugaise. Le Timor oriental devint officiellement la 27e province indonésienne, le 17 juillet 1976.

3.5 Le Timor oriental ou la province indonésienne du Timor Timur

Étant donné que le Timor oriental possédait de vastes réserves de pétrole et de gaz naturel, la nouvelle province indonésienne devenait rentable à plus d’un titre. D’abord, le territoire rapportait des dividendes à l’économie indonésienne; de plus, l’invasion améliorait l’image du pouvoir politique qui se faisait l’apôtre de la lutte au communisme international incarné par le FRETILIN; enfin, c’était une occasion rêvée pour les Forces armées indonésiennes de s’associer au pouvoir politique et d’en constituer une composante indissociable.

Après avoir pris possession de l’île, le président indonésien Suharto demanda aux derniers combattants de la résistance timoraise de se rendre en leur promettant une armistice. Comme la résistance était beaucoup mieux organisée qu’on l’aurait cru, les 16 000 soldats indonésiens eurent fort à faire pour mâter les «forces rebelles». L’armée d’occupation eut recours à des méthodes barbares; par exemple, se servir des Timorais ainsi que des boucliers humains, parquer la population dans des camps de concentration, brûler tout le couvert végétal de l’île, sans parler des arrestations arbitraires, des tortures, des déportations, des emprisonnements et des exécutions extrajudiciaires. Évidemment, les responsables du FRETILIN n’ont jamais survécu à leur reddition et les opérations militaires se sont poursuivies jusqu’en 1978, puis ont repris de 1983 à 1989.

Les autorités indonésiennes ont toujours affirmé officiellement ralentir les massacres, mais les liquidations ont continué au Timor oriental à un point tel que le gouvernement de Jakarta a été obligé de refaire régulièrement les statistiques démographiques officielles, car, depuis 1975, les zones occupées se seraient «vidées» de quelque 250 000 habitants (et probablement 300 000, selon l’Église catholique du Timor). D’une population estimée par l’ONU à environ 700 000 en 1975, presque 200 000 Timorais auraient trouvé la mort sous l’effet direct de l’occupation indonésienne.

De plus, depuis 1980, on estime à quelque 200 000 ou 250 000 le nombre de colons et de fonctionnaires indonésiens qui se sont installés au Timor oriental, des «transmigrants» (selon la terminologie officielle) originaires des îles indonésiennes prétendument surpeuplées de Sulawesi, de Java, de Mandura et de Bali.

En fait, ce sont surtout des Javanais qui se sont implantés au Timor afin d’exploiter les richesses du sous-sol, notamment le pétrole et le gaz naturel. Évidemment, les bénéfices du développement économique ont toujours échappé aux Timorais au profit des Indonésiens, c’est-à-dire les commerçants javanais, les militaires et les représentants gouvernementaux. Les forces de sécurité indonésiennes ont dû en même temps réprimer les manifestations autochtones et les partis indépendantistes timorais.

Pendant les années qui suivirent l’annexion forcée, le Portugal ignora le Timor, ce qui lui évitait de gérer un douloureux processus de décolonisation, et préféra considérer l’occupation indonésienne comme un fait accompli pendant que, de son côté, l’Australie revendiquait le territoire à des fins d’exploration pétrolière. Pour sa part, l’ONU déplora d’abord l’intervention armée de l’Indonésie, protesta à plusieurs reprises, adopta à l’unanimité la résolution 384 du 22 décembre 1975, mais laissa finalement tomber la question timoraise alors que les communiqués indonésiens se montraient rassurants dans la lutte anticommuniste entreprise au Timor oriental. Il faut dire que les États-Unis avaient fait pression sur l’ONU pour qu’elle ne condamne pas trop fermement l’agression indonésienne. La rébellion des Timorais s’est donc déroulée dans l’obscurité totale et, durant plus de 20 ans, le Timor est demeuré un conflit oublié par la communauté internationale, tandis que l’Indonésie a pu pratiquer impunément sa politique d’assimilation. Mais 25 ans de répression à huis clos, de famine et de résistance armée, un bilan de 250 000 morts, n'ont pas cassé les Timorais; ils ont plutôt aiguisé la détermination de ceux-ci.

4 La politique indonésienne d’assimilation

Depuis l’annexion de 1975, l’Indonésie a pratiqué une véritable politique d’assimilation qui se double d’un génocide. Afin de réussir, cette politique d’assimilation devait porter sur plusieurs aspects: l’imposition de la nationalité indonésienne, le repeuplement (politique appelée officiellement "transmigration") et le contrôle des naissances, l’interdiction et l’imposition linguistique (et religieuse), l’acculturation par l’éducation, la discrimination, etc. Toute cette politique d’assimilation est à la fois ethnique, linguistique, culturelle, religieuse et sociale.

4.1 La politique de la citoyenneté

Avant l’invasion indonésienne, tous les Timorais pouvaient se prévaloir de la nationalité portugaise. Ils manifestaient ainsi leur non-appartenance à la société indonésienne. C’est pour contrer cette attitude que l’administration indonésienne voulut imposer la citoyenneté indonésienne aux Timorais, celle-ci devenant une condition de la promotion sociale en même temps qu’un outil de discrimination.

L’acceptation de la citoyenneté indonésienne devint obligatoire pour obtenir des postes dans la fonction publique et l’éducation, les fonctionnaires et les enseignants devant être totalement soumis au régime. Inutile de dire que, sauf de rares exceptions, les Timorais ont été rapidement exclus de ces postes. En effet, des dizaines de milliers d’Indonésiens, surtout des Javanais, ont été implantés ou plutôt «transmigrés» par le gouvernement au Timor oriental et ont fini par détenir tous les pouvoirs de l’Administration et de l’éducation. Or, l’éviction des Timorais dans ces postes stratégiques impliquait aussi le non-emploi de leur langue.

De plus, la législation indonésienne a interdit à tout «étranger» de posséder une propriété au Timor. Par exemple, si les agriculteurs timorais ne demandaient pas la nationalité indonésienne, ils perdaient leurs terres qui étaient confisquées et attribuées à l’armée ou aux nouveaux colons indonésiens. En les contraignant à accepter la citoyenneté indonésienne, le gouvernement pouvait prétendre que les Timorais étaient satisfaits de leur intégration à l’Indonésie. Toutefois, comme la plupart des grands propriétaires terriens s’étaient exilés en Australie ou au Portugal et qu’ils n’avaient aucune envie de solliciter la citoyenneté indonésienne, l’État indonésien a pu ainsi récupérer "légalement" ces terres et les distribuer aux amis du régime.

Cela dit, il n’en demeure pas moins qu’en regard du droit international les Timorais étaient et sont encore considérés aujourd’hui comme des... Portugais. Par ailleurs, selon les conventions de Genève et de La Haye, la législation foncière de l’Indonésie est jugée illégale et correspond à une confiscation de fait de la propriété privée.

4.2 La politique de transmigration et de stérilisation

La politique d’indonésiation des Timorais consiste à les minoriser sur leur propre territoire. Pour ce faire, il suffisait de déplacer massivement des populations indonésiennes au Timor et de limiter sévèrement les naissances chez les femmes timoraises. Ainsi, on augmentait le nombre des Indonésiens par rapport aux Timorais.

Dans un pays composé de 13 000 îles et comptant 195 millions d’habitants, il est aisé de modifier la composition de la population et de déplacer massivement des Indonésiens. À cet effet, le gouvernement a adopté une politique dite de «transmigration» destinée à soulager les îles prétendument surpeuplées de Java, de Mandura et de Bali. Cette transmigration était dirigée vers des îles où la pression démographique est moins forte, par exemple vers le Timor oriental qui ne comptait en 1975 que 600 000 habitants. À partir de 1980, quelque quatre millions d’Indonésiens ont été «transmigrés» vers des îles moins peuplées et 40 millions d’autres devaient l’être au cours des deux décennies suivantes.

La «transmigration» des populations à destination du Timor oriental a commencé en 1980. Cependant, il est difficile de savoir combien de «transmigrants» se sont établis au Timor oriental, car l’information a été gardée secrète par les autorités. Des observateurs étrangers estiment toutefois entre 250 000 et 300 000 le nombre des «transmigrés» indonésiens au Timor oriental. Sur une population actuelle de 890 000 habitants, ce groupe représenterait environ 30 % de l’ensemble.

Par ailleurs, on sait maintenant que les paysans indonésiens «transmigrés» se sont très mal adaptées au Timor en raison de la mauvaise qualité des terres concédées et des engrais fournis, ainsi que du matériel agricole insuffisant. On sait aussi que les fonctionnaires indonésiens qui ont accepté de se rendre au Timor oriental l’ont fait parce que les salaires étaient de 20 % à 100 % supérieurs à ceux du reste du pays. Dans le secteur commercial, des milliers de commerçants, d’employés originaires de Sumatra et de Sulawesi se sont implantés au Timor, parce que les Timorais ont rarement obtenu l’autorisation d’ouvrir un commerce. Quoi qu’il en soit, en 1998, les deux principales villes du Timor oriental, Dili et Baucau, ne comptaient plus que 30 % de Timorais. Au plan sociopolitique, l’État indonésien espérait ainsi neutraliser la résistance des Timorais grâce à l’arrivée des «transmigrés» qui imposeraient alors leurs valeurs.

Afin de justifier cette «politique de transmigration» au Timor oriental, le gouvernement de Jakarta a prétendu que la province était trop sous-peuplée pour permettre un développement autonome viable. Or, après avoir perdu le tiers de sa population entre 1975 et 1980, le Timor oriental compte aujourd’hui 42 habitants au kilomètre carré, ce qui représente beaucoup plus que les îles voisines de Kalimantan (14 hab./ km²), d’Irian Jaya (3 hab./ km²) ou des Moluques (22 hab./ km²). En fait, avec ses 890 000 habitants, le Timor oriental est encore plus peuplé que plusieurs micro-États du Pacifique dont Tonga (98 000 hab. sur 748  km²), Nauru (11 000 hab. sur 213  km²) et Kiribati (82 000 hab. sur 810  km²). À titre de comparaison, près de 40 États membres des Nations unies ont des populations inférieures à celle du Timor oriental dont l’Islande, le Liechtenstein, le Luxembourg, Brunei, etc.

De toute façon, pendant que le gouvernement indonésien prétendait que la population du Timor était trop petite pour être viable, il obligeait les femmes timoraises à limiter sévèrement les naissances. D’après des informations (données de 1987) provenant d’une association de médecins indonésiens, des injections contraceptives auraient été pratiquées sur 57 % des femmes timoraises contre seulement 5 % dans le reste de l’Indonésie. Comme si ce n’était pas assez, les produits contraceptifs utilisés par les Timoraises leur ont été présentés comme étant un vaccin contre le tétanos. Or, l’Organisation mondiale de la santé n’a jamais autorisé ces pratiques alors que l’Église catholique du Timor a toujours dénoncé les procédés utilisés par les autorités indonésiennes en matière de contraception. En réalité, le gouvernement indonésien a décidé de stériliser frauduleusement les femmes timoraises.

Néanmoins, la politique indonésienne de «repeuplement» a été soutenue depuis 1980 par la Banque mondiale, bien que certains organismes humanitaires aient déjà dénoncé cette politique comme une autre forme de génocide qui, après les massacres massifs, consiste à minoriser une population sur son territoire au moyen d’une politique de transmigration et de stérilisation des femmes timoraises.

Quoi qu’il en soit, la politique de transmigration du gouvernement indonésien viole l’article 49 de la convention de Genève de 1949, signée par l’Indonésie, qui interdit toute déportation et tout transfert de population, sauf en cas de force majeure, et ce, de façon strictement provisoire:

Article 49

1) Les transferts forcés, en masse ou individuels, ainsi que les déportations de personnes protégées hors du territoire occupé dans le territoire de la Puissance occupante ou dans celui de tout autre État, occupé ou non, sont interdits, quel qu'en soit le motif.

2) Toutefois, la Puissance occupante pourra procéder à l'évacuation totale ou partielle d'une région occupée déterminée si la sécurité de la population ou d'impérieuses raisons militaires l'exigent. Les évacuations ne pourront entraîner le déplacement de personnes protégées qu'à l'intérieur du territoire occupé, sauf en cas d'impossibilité matérielle. La population ainsi évacuée sera ramenée dans ses foyers aussitôt que les hostilités dans ce secteur auront pris fin.

3) La Puissance occupante, en procédant à ces transferts ou à ces évacuations, devra faire en sorte, dans toute la mesure du possible, que les personnes protégées soient accueillies dans des installations convenables, que les déplacements soient effectués dans des conditions satisfaisantes de salubrité, d'hygiène, de sécurité et d'alimentation, et que les membres d'une même famille ne soient pas séparés les uns des autres.

4) La Puissance protectrice sera informée des transferts et évacuations dès qu'ils auront eu lieu.

5) La Puissance occupante ne pourra retenir les personnes protégées dans une région particulièrement exposée aux dangers de la guerre, sauf si la sécurité de la population ou d'impérieuses raisons militaires l'exigent.

6) La Puissance occupante ne pourra procéder à la déportation ou au transfert d'une partie de sa propre population civile dans le territoire occupé par elle.

4.3 La politique d’interdiction et d’imposition linguistique

Au Timor oriental, comme dans tout l’archipel indonésien, le bahasa indonesia (indonésien) est devenu la langue officielle bien que la majorité de la population locale parle des langues mélanésiennes différentes, notamment le tétum. En ce qui concerne la question de la langue, l’article 36 de la Constitution indonésienne proclamait ce qui suit:

Article 36

1) La langue officielle est l'indonésien.

2) Dans les régions ayant leur langue propre utilisée couramment par la population (par exemple, le javanais, le soundanais, le madourais, etc.), l'État respecte et protège ces langues.

3) Ces langues font partie de la culture vivante de l'Indonésie.

Manifestement, ces dispositions n’ont jamais été appliquées au Timor, sauf l’alinéa 1 de l’article 36, qui prescrit l’indonésien comme langue officielle. En effet, l’alinéa 2 ne s’appliquait pas au Timor: «Dans les régions ayant leur langue propre utilisée couramment par la population (par exemple, le javanais, le soundanais, le madourais, etc.), l'État respecte et protège ces langues.» De fait, les autorités indonésiennes ont imposé le bahasa indonesia (indonésien) comme la seule langue véhiculaire de tous les Timorais. Les langues locales, comme le tétum, ont été tout juste tolérées par l’Indonésie dans les communications orales en public, mais l’emploi du portugais, la langue de l’ancien colonisateur, a été rigoureusement interdit dans l’île. Ironiquement, le portugais, qui par ailleurs n’a jamais été prisé par les Timorais lors de la colonisation, est alors devenu un instrument de combat utilisé contre les Indonésiens.

- L'Administration

Dans toute l’Administration, seul le bahasa indonesia (indonésien) était permis et les documents officiels portugais ont tous disparu. Étant donné que le gouvernement indonésien exigeait que tous les fonctionnaires d’origine timoraise se rallient publiquement au régime, il en est résulté que, dans la pratique, seuls les Javanais ont été employés comme fonctionnaires au Timor, ce qui a exclu par le fait même l’emploi de toute autre langue que le bahasa indonesia. Il en est ainsi dans toutes les cours de justice. Toutes les affiches des noms de rue devinrent en indonésien, du moins le terme générique jalan qui remplaça celui en portugais rua, ce qui n'empêchait pas le terme spécifique de demeurer en portugais.

- L'éducation

L'enseignement du portugais est complètement disparu en 1981. L’État indonésien a également imposé en indication un système scolaire assimilateur pour les Timorais. Parce que les enfants timorais ne parlaient que le tétum en arrivant à l’école primaire, le gouvernement a dû s’adapter et concéder un enseignement en tétum. Le programme éducatif a prévu non seulement des cours d’apprentissage de la langue indonésienne à l’intention des petits Timorais ignorant tout de cette langue, mais aussi des cours sur la culture et les coutumes indonésiennes. Aux yeux de l’État indonésien, ces «nouvelles écoles primaires» constituaient des centres de conditionnement idéologique où les élèves, tous en uniforme et au garde-à-vous, devaient entonner les chants patriotiques de leur "nouveau pays" sous les photographies des anciens présidents Sukarno et Suharto. En fait, il fallait que le gouvernement mette en place un système d’endoctrinement auprès des jeunes afin de rendre moins manifestes les mesures de répression. La plupart des enseignants provenaient de l'île de Java.

Les parents ont été également mis à contribution, car ils ont été obligés d’apprendre le bahasa indonesia tandis que les mères ont dû, en plus, apprendre les rudiments de la cuisine indonésienne lors de cours qui leur ont été spécialement destinés. La seule langue étrangère autorisée à être dispensée dans les écoles fut l'anglais.

Pour ce qui est de l’enseignement secondaire, il est resté extrêmement rudimentaire, presque inexistant, afin de ne pas favoriser l’émergence de futurs opposants au régime. Enfin, les rares étudiants timorais qui obtenaient l’autorisation de fréquenter une université indonésienne étaient sévèrement surveillés par la police.

En 1992, la dernière école à enseigner le portugais comme langue d'enseignement, le Externato de São José sous la responsabilité de l'Église catholique, dut fermer ses portes. 

4.4 La politique d’interdiction religieuse

Rappelons que 90 % des Timorais sont de religion catholique romaine, alors que l’immense majorité des 195 millions d’Indonésiens est musulmane. Or, la Constitution indonésienne garantit, du moins théoriquement, la liberté religieuse dans tout l’archipel, sauf... pour les Timorais. La pratique de la religion catholique a été interdite au Timor oriental. De plus, à l’école, non seulement enseignait-on en bahasa indonesia, mais l’imposition de cette langue s’accompagnait aussi de l’imposition de la lecture du Coran et d’une islamisation forcée.

5 Le rebondissement du conflit timorais (1996-1999)

Bien que le Timor oriental ait été envahi par les forces indonésiennes en 1975 et que les Nations unies n’aient jamais entériné l’annexion forcée du territoire, il a fallu attendre 1996 pour que la communauté internationale se souvienne du Timor oriental.

5.1 Le prix Nobel de la paix à deux Timorais

Cette année-là, à la surprise générale, le prix Nobel de la paix de 1996 a été attribué à deux militants timorais pour la cause de l’indépendance: l’administrateur apostolique du diocèse de Dili, Mgr Carlos Ximenes Belo, et le représentant permanent du FRETILIN auprès de l'Onu et vice-président du Conseil national de la résistance timoraise (CNRT), M. José Ramos-Horta. Ce prix Nobel de la paix décerné à deux militants a donné une légitimité officielle à la lutte du peuple timorais pour son droit à l'autodétermination. Toutefois, cette consécration internationale n'a pas été appréciée par le gouvernement indonésien qui, par la suite, a non seulement empêché José Ramos-Horta de s'exprimer, le 20 mars 1997, devant la Commission des droits de l'homme de l'Onu, mais a immédiatement intensifié les violations des droits de l’homme au Timor oriental.

Au cours des élections de mai 1997, le Timor oriental a connu les pires violences qu'il ait subies depuis des années. Le gouvernement indonésien a alors dépêché 6000 soldats supplémentaires sur l'île, c’est-à-dire 22 000 hommes au total. Mais il aura fallu attendre en mai 1998 la chute du vieux dictateur, le président Suharto, et l'accession au pouvoir de son dauphin, Bacharuddin Yusuf Habibie, pour qu'une évolution notable se produise quant à la situation du Timor oriental. Cela dit, on peut trouver un peu curieux que la communauté internationale ait «oublié» le Timor oriental pendant 24 ans, c’est-à-dire lorsque l'Indonésie était sous la botte des militaires, et qu'elle s'en préoccupe au moment où le People Power menace «l'ordre nouveau».

5.2 Le référendum de 1999

En juin 1998, le nouveau président Habibie, qui avait besoin de l'aide internationale pour atténuer les dégâts provoqués par la crise économique, s’est dit prêt à accorder au Timor oriental un «statut spécial» que les leaders timorais ont refusé. Le 7 février 1999, le ministre indonésien des Affaires étrangères a accepté le principe d'une consultation d'autodétermination organisée par les Nations unies auprès des Timorais. Le 5 mai suivant, sous l'égide de l'ONU, l'Indonésie et le Portugal signèrent un accord qui, en prévoyant un référendum pour le 30 août, ouvrait la voie à l'indépendance.

Les militaires indonésiens ne purent empêcher que 450 000 Timorais s’inscrivent sur les listes électorales. Le 30 août, malgré les menaces, 78,5 % des Timorais qui avaient voté refusèrent l'autonomie interne proposée par Jakarta et se prononcèrent pour l'indépendance (une participation de 98,6 %, d'après l'Onu). Dès l'annonce du résultat référendaire, le président Habibie annonça à la télévision indonésienne que son gouvernement respectait et acceptait ce verdict populaire. Il a également affirmé qu'il avait donné l'ordre à la police et à l'armée indonésiennes d'assurer la sécurité et l'ordre dans le territoire.

5.3 La chasse aux indépendantistes

À l’encontre de la parole du président indonésien, le Timor oriental a été mis à feu et à sang aussitôt par des milices pro-indonésiennes ne dépendant pas du gouvernement mais jouissant d'une impunité totale et farouchement déterminés à ignorer l'écrasante victoire de l’option indépendantiste au référendum. Évidemment, l’armée indonésienne n’est jamais intervenue pour rétablir l’ordre. Puis, dans une démonstration de force sans précédent, les milices indonésiennes se sont emparées du centre de Dili, la capitale, ont lancé une chasse sanglante aux indépendantistes, et s'en sont pris aux fonctionnaires nationaux et internationaux de la mission des Nations unies au Timor oriental (UNAMET), accusée d'avoir favorisé les indépendantistes et biaisé le scrutin. La capitale, Dili, a été brûlée, pillée et dévastée à 90 %. Sur la base des estimations de l'Onu, quelque 500 000 Timorais auraient été déplacés par les Forces indonésiennes dont 200 000 vers le territoire indonésien du Timor occidental. C’est énorme quand on sait que la population totale (incluant les Indonésiens) lors du vote était estimée à 890 000 personnes. Après plusieurs jours de tueries et de pillages, l’Onu a réussi à envoyer une première force d’interposition de 5000 Casques bleus afin d’imposer une forme de paix. Pour les Timorais, la présence de près de 4000 soldats supplémentaires de l'INTERFET sur le territoire est le seul garant du retour de la paix. La capitale en ruine est devenue un vaste camp de réfugiés, un bidonville aussi hétéroclite qu'improvisé. Le Timor doit repartir à zéro!

Il faut comprendre que le projet du président indonésien allait à l’encontre des vues et des intérêts d'une armée qu’il ne contrôlait pas. Celle-ci considérait la perte du Timor oriental comme une défaite et elle croyait aussi que cet acte politique serait perçu comme un encouragement pour d'autres régions troublées de l'archipel, qui n’hésiteraient pas à revendiquer un changement de statut. C’est pourquoi beaucoup d’observateurs ont accusé l’ONU d’avoir été naïve d’organiser un référendum selon les normes des pays démocratiques, alors que la vie politique indonésienne, depuis au moins 30 ans, était dominée par la corruption et le trafic d'influence.

Cela dit, le Parlement du plus grand pays musulman du monde a élu, le 20 octobre 1999, un nouveau président de la République, M. Abdurrahman Wahid, un modéré, ce qui est considéré par la communauté internationale comme une victoire contre l'autoritarisme pratiqué pendant plus de trente ans par le régime du général-président Suharto.

6 Un territoire sous l’administration transitoire des Nations unies

Le 20 septembre 1999, le Timor oriental devenait un territoire sous l’administration provisoire des Nations unies (UNTAET). Dans un premier temps, l’entrée des troupes onusiennes dirigées par l’Australie devait vraisemblablement permettre au Timor oriental de concrétiser le résultat du référendum à plus ou moins long terme. À ce moment, l'ONU devait prendre en charge le Timor oriental, la situation étant devenue critique. L'administration civile, les écoles, le système judiciaire et les services de santé avaient cessé de fonctionner, et des centaines de milliers de réfugiés avaient besoin d'une aide immédiate. Les Indonésiens (80 % du personnel administratif) avaient quitté le Timor oriental en brûlant les archives; techniciens, infirmiers et médecins, enseignants, employés municipaux, etc., ne reviendront plus. Le Conseil de sécurité des Nations unies a donné son feu vert (24 octobre 1999) à l’envoi de quelque 9000 Casques bleus, de 200 observateurs militaires, d’une force de police civile de 1640 personnes et à la mise en place de l’Administration transitoire de l’Onu au Timor oriental durant la période (deux à trois ans) qui devait conduire ce territoire à l’indépendance. S'y ajoutait un nombre indéterminé de fonctionnaires civils qui avaient la tâche d'administrer la quasi-totalité des services publics du Timor oriental, désertés alors par les Indonésiens.

Au plan juridique, il restait deux conditions pour concrétiser le projet d’indépendance du Timor oriental. D’abord, il fallait que le Parlement indonésien abroge la loi d’annexion de 1976, ce qui a été fait le 20 octobre 1999 par l'Assemblée consultative du peuple, laquelle a également ratifié un décret entérinant les résultats du référendum du 30 août. Pour l’Indonésie, c’était la dernière étape vers l'indépendance de l'ancienne colonie portugaise qui devra passer par une période transitoire de deux à trois ans sous administration onusienne. Il fallait également que le Portugal, considéré toujours comme la «Puissance administrante», abroge l’article 293 de la Constitution relatif au Timor oriental:

Artigo

1) Portugal continua vinculado às responsabilidades que lhe incumbem, de harmonia com o direito internacional, de promover e garantir o direito à autodeterminação e independência de Timor Leste.

2) Compete ao Presidente da República e ao Governo praticar todos os actos necessários à realização dos objectivos expressos no número anterior.

Article 293

1) Le Portugal continue à assumer les responsabilités qui lui incombent, conformément au droit international, visant à promouvoir et à garantir le droit à l'autodétermination et à l'indépendance de Timor oriental.

2) Il appartient au président de la République et au gouvernement d’appliquer toutes les mesures nécessaires à la réalisation des objectifs indiqués au paragraphe précédent.

Dotée d'un mandat pouvant aller jusqu'à trois ans, l'UNTAET demeura en charge de toutes les fonctions gouvernementales dans ce pays de quelque 800 000 habitants. Le mandat de l'UNTAET était prévu jusqu'au 31 janvier 2001, mais il était renouvelable. La nouvelle administration devait, aussi rapidement que possible, compter dans ses rangs du personnel timorais. L'un des domaines les plus urgents a été de mettre en place un système judiciaire provisoire et une police civile. Pendant un certain temps, c'est la loi indonésienne qui demeura en application au Timor oriental à l'exception «des domaines où elle est en contradiction avec les normes internationales». La roupie indonésienne, peu populaire, est restée durant quelque temps la monnaie officielle, puis le Fonds monétaire international, après avoir envoyé une mission afin d'aider le pays à mettre sur pied de nouvelles structures financières, a réussi à imposer le dollar américain à la place de l’escudo portugais.

En ce qui a trait à la langue, l’UNTAET a dû décider d’une langue d’enseignement. Le plus simple était de recourir au bahasa indonesia qui, en raison des 24 ans d’occupation indonésienne, était devenu la langue véhiculaire de toute la jeune génération. Afin de ne pas heurter le nationalisme des Timorais, c’est le bahasa malaisien (malais de Malaysia) qui a été choisi du fait que cette langue avait l’avantage d’être très proche du bahasa indonésien tout en étant différente. Néanmoins, en février 2000, les dirigeants timorais ont imposé le portugais comme «langue officielle» et le tétum comme «langue nationale». En cela, les Timorais sont cohérents avec la Charte adoptée en 1998, qui précisait ce qui suit au sujet de la future langue officielle d’un Timor indépendant:

c) En tant que pays dont la langue officielle sera le portugais, le Timor oriental entretiendra des relations avec les pays d'Afrique, d'Amérique latine et d'Europe qui partagent la même langue et en outre il s'efforcera de renforcer la CPLP – la Communauté des pays de langue portugaise – ainsi que de promouvoir des relations avec les communautés et les pays de la région Asie-Pacifique.

7 La république du Timor Leste 

Le 30 août 2001, les Est-Timorais ont voté massivement lors des premières élections démocratiques. La participation à ce scrutin, destiné à élire une Assemblée constituante, a atteint 93 %, selon les premières estimations de l'ONU qui administrait et assurait la sécurité du territoire depuis 1999. Les Timorais ont voté pour l'Indépendance dans une proportion de 78,5%, pour l'autonomie, 21,5%. Le Fretilin, le mouvement qui a lutté pendant près d'un quart de siècle en faveur de l'indépendance vis-à-vis de l'Indonésie, a remporté facilement le scrutin du 30 août. L'Assemblée constituante de 88 membres (dont 55 pour le Fretilin) avait trois mois pour préparer la Constitution, puis se transformer en Parlement. Ce scrutin marque la première étape du processus constitutionnel devant aboutir à l'indépendance formelle de la République démocratique du Timor Leste (ce qui signifie «le pays du soleil se levant»), le nom du futur État choisi par la population. Des élections présidentielles devraient se tenir en mars ou avril 2002. L'indépendance pourrait être alors proclamée le même jour que l'élection du président. En fait, l'Assemblée constituante a proposé à l'ONU que le Timor oriental devienne indépendant le 20 mai 2002. Cette date correspondra au 28e anniversaire de la fondation du premier parti du Timor oriental, l'Association sociale démocratique timoraise (ASDT), à l'origine du Fretilin.

La Constitution de la république du Timor Leste est entrée en vigueur le 20 mai 2002. Il s'agit d'un texte d'une soixantaine de pages comptant 168 articles, une œuvre de l'Assemblée constituante élue le 30 août 2001. Selon cette constitution, la République démocratique du Timor Leste est un État démocratique, souverain et unitaire. Le président élu le 14 avril 2002, Xanana Gusmão, remplit le mandat prévu par la Constitution. Le gouvernement est responsable de la politique générale du territoire et dirige l'administration publique. Le premier ministre est désigné par le parti politique qui a le plus grand nombre de suffrages aux élections législatives. Il est ensuite nommé par le chef de l'État après consultation du Parlement. Le Timor Leste est le 191e État admis à l'ONU, le 27 septembre 2002. 

7.1 Les langues officielles

En vertu de l'article 13 de la nouvelle Constitution, il y a maintenant deux langues officielles, le tétum et le portugais: 

Artigo 13

Línguas oficiais e línguas nacionais

1) O tétum e o português são as línguas oficiais da República Democrática de Timor-Leste.

2) O tétum e as outras línguas nacionais são valorizadas e desenvolvidas pelo Estado.

Article 13

Langues officielles et langues nationales

1) Le tétum et le portugais sont les deux langues officielles de la République démocratique du Timor oriental.

2) Le tétum et les autres langues nationales sont encouragées et développées par l'État.

L'article 8 de la Constitution énonce que l'État doit maintenir des liens privilégiés avec les pays dont la langue officielle est le portugais :
 

Artigo 8

Relações internacionais

3) A República Democrática de Timor-Leste mantém laços privilegiados com os países de língua oficial portuguesa.

Article 8

Relations internationales

La République démocratique du Timor oriental maintient des liens privilégiés avec les pays dont la langue officielle est le portugais.

Cependant, la réintroduction du portugais demeure problématique. D’une part, cette langue n'est parlée aujourd’hui que par environ 10 % de la population (l’élite), d’autre part, au Timor oriental comme partout dans les anciennes colonies portugaises d’Asie, le portugais semble plus ou moins condamné. À long terme, après une période de normalisation accompagnée de conflits probables, c’est le tétum qui devrait prendre la relève, mais cette éventualité n’est certainement pas pour demain, la langue n’étant pas prête à assurer la transition, y compris dans l’enseignement. En effet, les normes d'écriture ne sont pas encore définies et il existe plusieurs formes dialectales de tétum; par comparaison avec le portugais ou l'anglais, cette langue n'est pas suffisamment adapté aux technologies modernes.

7.2 L'éducation

Presque tous les bâtiments scolaires ont été détruits (environ 90 %); avant le départ des Indonésiens, il y avait environ 900 écoles primaires et secondaires. C'est un travail de reconstruction qui devait s'étendre sur plusieurs années. De plus, la pénurie d'enseignants aggravait encore les problèmes liés au système d'enseignement. La plupart des enseignants étaient indonésiens et ont quitté le Timor après l'annonce des résultats du référendum sur l'indépendance. Sur la base des statistiques de décembre 1998, seulement 6 % du total des professeurs primaires (timorais et indonésiens) possédaient les qualifications minimales requises pour leur fonction. Lors de l'indépendance, les enseignant sont dû faire ce qu'ils ont pu, mais il a fallu assurer une formation au plus grand nombre, notamment en tétum et en portugais. Au début, les activités pédagogiques ont dû se dérouler à la fois en tétum, en indonésien, en portugais ou en anglais. En 2000, l'UNICEF a lancé un «Programme national de formation des professeurs», lequel a comme objectif de former des éducateurs au niveau de l'enseignement primaire, afin qu'ils puissent ensuite transmettre leur formation à leurs collègues dans les divers districts du pays. Par ailleurs, à la demande du CNRT (Conseil national de la Résistance timoraise), le gouvernement portugais a lancé des cours de recyclage de professeurs en langue portugaise. Pour sa part, l'Église catholique du Timor prônait l'adoption du portugais en éducation. Comme l'indonésien représentait la langue de l'occupant, il fut rejeté par le gouvernement, mais parce que c'était la langue de l'enseignement depuis longtemps; l'impression de manuels scolaires en indonésien fut acceptée comme une solution temporaire, avec la mention «malais» plutôt que bahasa indonesia (dont il constitue une variante). On s'attendait à ce que cette situation temporaire puisse durer au moins cinq ans.

Conformément à la Loi fondamentale sur l'éducation (2008), le portugais fut introduit au cours de l'année scolaire 2001-2002 pour la première année du primaire comme langue seconde, le tétum servant de langue véhiculaire.

Article 8

Langues du système éducatif

Les langues d'enseignement du système éducatif timorais sont le tétum et le portugais.

Article 35

Principes dans la planification des programmes

8) L'enseignement et l'apprentissage des langues officielles doivent être structurés de telle sorte que tous les autres éléments du programme d'études de l'enseignement primaire et secondaire contribuent systématiquement au développement des capacités dans la compréhension et la production d'énoncés, à l'oral et à l'écrit, en portugais et en tétum.

Article 57

Éducation et établissements d'enseignement intégrés dans le système d'éducation

1) À partir de l'année 2010, ne peuvent faire partie du système d'éducation du Timor oriental que les établissements d'enseignement et de formation qui utilisent comme langues d'enseignement les langues officielles du Timor oriental.

Chaque année scolaire a vu augmenter le nombre des élèves recevant une instruction en portugais. En même temps, les enseignants durent recevoir une formation pour enseigner le portugais. Des Portugais vinrent assurer cette formation aux professeurs du Timor. Au fur et à mesure que le portugais est enseigné dans les écoles, l'indonésien disparaît d'autant, selon le principe du vase communiquant, l'indonésien faisant place au portugais. Au début, la majorité des manuels de classe furent imprimés au Portugal. Tous les enseignants ont reçu un «porte-documents pédagogique» avec plusieurs livres destinés à aider les enseignants dans l'enseignement du portugais.

En même temps, des cours destinés aux adultes furent prévus à l'intention des fonctionnaires, des policiers, des pompiers, des employés des banques, etc.

7.3 Les langues de l'État timorais

Le nouvel État a dû choisir une langue de travail entre les employés de l'État. Pour des raisons pratiques, c'est le bahasa indonesia (ou indonésien) et l'anglais qui serviront de véhicule aussi longtemps que cela paraîtra nécessaire. Selon l'article 159 de la Constitution de mai 2002:

Artigo 159

Línguas de trabalho

A língua indonésia e a inglesa são línguas de trabalho em uso na administração pública a par das línguas oficiais, enquanto tal se mostrar necessário.

Article 159

Langues de travail

L'indonésien et l'anglais sont les langues de travail dans la fonction publique, côte à côte avec les langues officielles, aussi longtemps qu'il paraîtra nécessaire.

Dans les circonstances actuelles, il est plus probable que c’est la langue anglaise qui, avec la dollarisation de l’économie, risque de progresser. Dans les faits, la jeune génération timoraise ne parle que le tétum et l'indonésien, et elle rêve d'apprendre l'anglais, promesse d'emploi. Pour le moment, l'anglais n'est connu que par moins de 1 % de la population. On devine bien que l’officialisation du portugais est une décision politique d’identification, mais il est possible que son implantation à long terme risque de rester un vœu pieux. Les chances seraient plus grandes, à long terme, de faire prédominer le tétum. Un fait est certain: l'indonésien (bahasa indonesia) est appelé à disparaître dans un délai d'une dizaine d'année après l'indépendance pour être remplacé par le portugais. Cependant, le portugais demeurera toujours une langue seconde.

7.4 Les médias

Les émissions radiophoniques sont dans une phase de transition. Après l'occupation indonésienne, des services temporaires organisés par l'Onu ont remplacé ceux mis en place par l'Indonésie. La radio s'adressait aux Timorais en anglais, en portugais, en tétum et en indonésien. Ce sont les mêmes langues qui servent de véhicule dans les communications orales auprès des Timorais, que ce soit la Radio Nacional, la Radio Falintil/Voz de la Esperanza ou la Radio Timor Kmanek (RTK), représentant l'Église catholique, ou les autres stations maintenant disponibles. En terme de durée d'émissions, il paraît plus utile de diffuser en tétum et en indonésien parce que presque tout le monde connaît ces deux langues.

Si la radio atteint 90 % de la population, la télévision ne rejoint que la région immédiate de la capitale, Dili. Les émissions de la Televisão de Timor Leste (TVTL) sont en quatre langues, mais surtout en portugais et en anglais pour des raisons d'approvisionnement en matière d'images. Des bulletins d'informations sont présentés en tétum et en indonésien.

La presse écrite n'est pas encore riche en journaux; il ne dispose que d'un seul quotidien et il est en portugais: le Timor Hoje. Tous les journaux étrangers accessibles au Timor sont en anglais (East Timor News, Moreover, etc.).

8  La Communauté des pays de langue portugaise

En 1996, le Portugal ainsi que sept de ses anciennes colonies ont fondé la Comunidade dos Países de Língua Portuguesa (CPLP), la Communauté des pays de langue portugaise. Les pays membres étaient les suivants: l'Angola, le Brésil, le Cap-Vert, la Guinée-Bissau, le Mozambique, le Portugal et Sao Tomé-et-Principe. Après son indépendance, le Timor oriental a rejoint l’organisation comme 8e pays membre, soit le 31 juillet 2002. La CPLP veut promouvoir la langue portugaise ainsi que la culture commune qui unit les pays membres. Plus particulièrement, les pays lusophones désirent collaborer dans le domaine de l'éducation, mais chercheront aussi à renforcer les liens culturels, politiques et économiques. La CPLP a son siège social à Lisbonne.

Grosso modo, les pays de la CPLP veulent encourager la diffusion et l'enrichissement de la langue portugaise, accroître les échanges culturels dans l’espace lusophone, renforcer la coopération entre les pays de langue portugaise dans le domaine de la concertation politique et diplomatique, encourager le développement d'actions de coopération interparlementaire, développer la coopération économique, dynamiser et approfondir la coopération dans le domaine universitaire, de la formation professionnelle et dans les différents secteurs de la recherche scientifique et technologique, mobiliser des efforts et des ressources en appui solidaire aux programmes de reconstruction et de réhabilitation, promouvoir la coordination des activités des institutions publiques et entités privées, associations de nature économique et organisations non gouvernementales oeuvrant au développement de la coopération entre les pays lusophones, etc. 

- La Déclaration constitutive des pays de langue portugaise  

Deux documents ont été signés par les États de la CPLP: la Déclaration constitutive des pays de langue portugaise (du 17 juillet 1996) et les Statuts de la Communauté des pays de langue portugaise, également du 17 juillet 1996.

La Déclaration constitutive a institutionnalisé la Communauté des pays de langue portugaise (CPLP). L'article 3 de la Charte de la Communauté des pays de langue portugaise exprime clairement les objectifs de ces sept pays :

1) concertation politique et diplomatique entre ses membres en matière de relations internationales, principalement dans le but d'affirmer sa présence (de la CPLP) dans les congrès internationaux ;

2) la coopération, particulièrement dans les domaines économique, social, culturel, juridique, technique et scientifique;

3) la mise en oeuvre de projets destinés à promouvoir et à diffuser la langue portugaise.

On peut consulter une version française de la Déclaration constitutive des pays de langue portugaise en cliquant ICI.

- Les statuts des pays de langue portugaise (CPLP)

La Déclaration constitutive est accompagnée des Statuts de la CPLP, qui comptent 22 articles.  Seul l'article 3 traite de la langue portugaise, les autres articles concernent le fonctionnement de la CPLP. Voici les objectifs tels qu'énoncés par l'article 3:

a) la concertation politique et diplomatique entre ses membres en matière de relations internationales, nommément en vue de renforcer leur présence aux fora internationaux;

b) la coopération, nommément dans les domaines économique, social, culturel, juridique, technique et scientifique;

c) la matérialisation de projets visant à la promotion et à la diffusion de la langue portugaise.

On peut consulter une version française du texte complet des Statuts de la Communauté des pays de langue portugaise en cliquant ICI.

 

Dans un avenir plus ou moins rapproché, le Timor oriental pourra se reconstruire et appliquer sa charte, la Magna Carta, adoptée en 1998. Selon cette charte, un Timor oriental démocratique restera fidèle aux principes d'égalité et de droits humains tels qu’ils sont stipulés dans les conventions des Nations unies et dans la Déclaration universelle des droits de la personne. De son côté, le président du Conseil national de la résistance timoraise (CNRT) a promis d’instaurer un système démocratique de type occidental avec des institutions ouvertes et une économie diversifiée.

Cependant, l’expérience d’autres cas similaires au Timor oriental — la colonisation, la répression et la dictature — a démontré qu’une population ainsi conditionnée durant des décennies éprouve d’énormes difficultés à parvenir à la démocratie. Il pourrait être possible que le Timor retombe dans la dictature, dirigée cette fois-là par des Timorais. On n’a qu’à penser à ce qui s’est produit dans les anciennes colonies anglaises et françaises d’Afrique, sans parler du Kosovo. C’est pourquoi les Nations unies avaient été chargées de mettre sur pied des institutions démocratiques avant que l’indépendance ne soit officiellement promulguée. On peut quand même émettre des réserves sur la future démocratisation du Timor oriental, tout en espérant qu'elle se réalise.

Quoi qu’il en soit, il était temps que le plus grand territoire non autonome sur la liste de la décolonisation de l’Assemblée générale des Nations unies ait trouvé une issue, car après 40 ans le cas du Timor oriental constituait l’un des plus grands échecs de cette décolonisation amorcée dans les années soixante. Il n'en demeure pas moins que de nouvelles institutions, parfois embryonnaires, ont commencé à fonctionner en 2001 : plus de 10 000 fonctionnaires ont été recrutés, 1000 policiers et un premier bataillon de la nouvelle force de défense ont reçu une formation de base, 4 tribunaux se sont ouverts et 80 % des enfants ont été scolarisés. Un président, doté de pouvoirs limités, a été élu démocratiquement, une constitution a été élaborée, l’Assemblée constituante a opté pour un régime semi-présidentiel et un gouvernement a été mis en place. Ces événements sont déjà exemplaires en soi, le Timor étant parti de tellement loin. De plus, l'adhésion du Timor-Leste à la Communauté des pays de langue portugaise (CPLP), le 31 juillet 2002, renforcera les liens avec les pays de langue portugaise. 

Dernière mise à jour: 01 déc. 2016

Bibliographie

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