Portugal

Répública portuguesa

République portugaise

Capitale: Lisbonne 
Population: 10,7 millions  (est. 2010)
Langue officielle: portugais (de jure
Groupe majoritaire: portugais (96 %)  
Groupes minoritaires: espagnol, arabe, galicien, mirandais, calo, anglais, allemand, français, tsigane, etc.
Système politique: république unitaire
Articles constitutionnels (langue): art. 7, 9, 11, 13, 15, 74 et 78 de la Constitution du 24 juillet 2004 
Lois linguistiques:
Statuts de l'Académie des sciences de Lisbonne (1978); Loi no 37 sur la nationalité (1981); Règlement sur la nationalité portugaise (1982) ; Décret du gouvernement no 11 du 7 mars (1984); Loi fondamentale no 46/86 sur le système d’éducation (1986) ; loi no 9 ou Statut du médiateur judiciaire (1991); Arrêté normatif no 63 créant le Secrétariat coordonateur des programmes d'éducation multiculturelle (1991) Loi no 7 relative à la reconnaissance officielle des droits linguistiques de la Communauté mirandaise (1999); Arrêté normatif no 35 relatif à la langue mirandaise (1999); Décret-loi no 6 sur l'enseignement fondamental (2001); Loi no 32 du 22 août sur la télévision (2003); Loi no 33 du 22 août approuvant la restructuration de la part entrepreneuriale de l'État dans le domaine de l'audiovisuel (2003); Loi no 35 du 29 juillet réglementant la loi no 99/2003 du 27 août, approuvant le Code du travail (2004); Loi no 49 du 31 août sur l'éducation (2005); Loi organique no 2 modifiant la loi 37/81 du 3 octobre (2006); Décret-loi no 237-A sur la naturalisation des étrangers (2006); Ordonnance no 1403 sur les tests diagnostiques de connaissance du portugais (2006); Arrêté no 2285 sur les examens d'anglais et de français (2009); Décret-loi no 259/2009 du 25 septembre 2009 réglementant l'arbitrage à force exécutoire et l'arbitrage obligatoire (2009); Décret-loi no 165-B/2009 du 28 juillet sur le régime juridique des centres culturels de l'Institut Camões (2009); Décret-loi no 21/2012 du 30 janvier sur l'Institut de la coopération et de la langue (2012); Décret-loi no 78/2012 du 27 mars sur la Bibliothèque nationale du Portugal (2012); Décret-loi no 234 du 30 octobre - Enseignement du portugais à l'étranger (2012).

1 Situation géopolitique

Le Portugal, officiellement désigné comme la Répública portuguesa (en français: République portugaise), est un pays de 92 391 km² (France: 543 965 km²) bordé au sud et à l’ouest par l’océan Atlantique, limité au nord et à l'est par l'Espagne (504 748 km²), le seul pays avec lequel le Portugal partage une frontière. 

Les Açores et l'île de Madère constituent deux archipels dans l'océan Atlantique et érigés en «régions autonomes» depuis 1976. L'archipel des Açores est situé à environ 1500 km à l’ouest de Lisbonne et autant au nord-ouest du Maroc, ainsi qu'à 3900 km de la côte est de l’Amérique du Nord. Quant à l'archipel de Madère, il est distant de 980 kilomètres de Lisbonne, de quelque 660 kilomètres du continent africain et  de 400 kilomètres de la Grande-Canarie aux îles Canaries et de 880 kilomètres de Santa Maria, l'île la plus proche des Açores.
La structure de la division administrative du Portugal apparaît relativement complexe. En effet, le pays est  divisé en plusieurs régions (appelées região en portugais), mais celles-ci comptent deux catégories: deux régions autonomes insulaires autonomes (les îles Açores et Madère) et cinq régions administratives continentales: 1) Région Nord; 2) Région Centre; 3) Région de Lisbonne, 4) Région d'Alentejo; 5) région de l'Algarve. Toutefois, ces régions n'ont jamais été inscrites dans la Constitution; elles sont elles mêmes divisées en sous-régions et districts. On distinguer aussi des appellations traditionnelles pour désigner les régions: Côte verte, Côte d'argent, Côte de Lisbonne, les Plaines, les Montagnes et l'Algarve. 

On compte 18 distritos («districts»): Aveiro, Beja, Braga, Bragança, Castelo Branco, Coimbra, Evora, Faro (Algarve), Guarda, Leiria, Lisbonne, Porto, Portalegre, Santarém, Setúbal, Viana do Castelo, Vila Real et Viseu. Chacun des distritos a sa capitale et est divisé en conselhos («agglomérations») eux-mêmes divisés en freguesias («paroisses»). Cependant, les limites des régions continentales ne sont pas exactement superposées à celles des districts.  La capitale du Portugal est Lisbonne (Lisboa).

Enfin, depuis les années 1960, le Portugal a perdu toutes ses anciennes colonies d’outre-mer en Afrique (Mozambique, Angola, Guinée-Bissau, Cap-Vert, São Tomé et Principe). En 1975, on sait aussi que l’Indonésie a purement et simplement annexé par la force le Timor oriental qui était sous administration portugaise; il est devenu aujourd'hui un État indépendant, le Timor Lorosae. Quant à la petite enclave chinoise de Macao (en portugais: Macau), sa rétrocession à la Chine a eu lieu le 20 décembre 1999.

2 Données démolinguistiques

En 2010, la population du Portugal était répartie comme suit:

Région

Population 2010

 Nord

3 864 661

 Centre

1 829 544

 Lisboa e Vale do Tejo

3 583 974

 Alentejo

  521 240

 Algarve

  440 777

 Açores (archipel)

  245 506

 Madère (archipel)

  235 166

 

 Portugal  (continent seul)

9 474 100

 Portugal total (avec les îles)

10 720 868

À ce nombre, il faudrait ajouter quelque 4,7 millions de Portugais ayant quitté leur pays pour s'installer à l'étranger (France, Luxembourg, Allemagne, Canada, USA, etc.).

Ce pays de 10,7 millions (est. 2010) d’habitants apparaît très homogène sur le plan linguistique. En effet, 96 % des locuteurs parlent le portugais comme langue maternelle. Toutefois, il existe plusieurs variétés dialectales de portugais, notamment l'açorien, l'algarvio, l'alentejano, le dialecte du Minho, le dialecte du Beir, le dialecte de Madère (madérien), le dialecte du Haut-Vouga et du Mondego, le dialecte de Castelo Branco et de Portalegre, le dialecte du Trás-os-Montes. Ces variétés sont aisément intelligibles entre elles.

2.1 Les dialectes portugais

Il n'est pas aisé de classer les différents dialectes portugais. Plusieurs linguistes portugais, dont Leité Vasconcellos, Manuel de Paiva Boléo, Maria Helena Santos Silva, Pilar Vasquez Cuesta, Maria Albertina Mendes da Luz et  et Luís Filipe Lindley Cintra, ont proposé des classements, mais il y a eu souvent des controverses à ce sujet. Les opposants ne remettent pas en cause l'existence de ces dialectes (et sous-dialectes), mais les bases de leurs regroupements. Le professeur Luís Filipe Lindley Cintra (Centre de linguistique de l'Université de Lisbonne) semble l'un des rares linguistes à avoir présenté un classement des dialectes portugais continentaux de façon simple et seulement en deux grandes catégories: les dialectes septentrionaux ("dialectos portugueses setentrionais") et les dialectes centro-méridionaux ("dialectos portugueses centro-meridionais"), le centre étant considéré comme une «zone de transition» entre le Nord et le Sud. Les dialectes du Nord correspondent à l'ancienne langue galaïco-portugaise; le Sud se présente comme l'héritier du «lusitano-arabe». Les dialectes du Centre, bien que plus proches de ceux du Nord que de ceux du Sud, tirent leur origine par les guerres entre les musulmans du Sud et les chrétiens du Nord, les quels propagèrent leur galaïco-portugais au sud. À cela il convient d'ajouter une catégorie supplémentaire distincte: les dialectes insulaires ("dialectos insulares") des Açores et de Madère, qui proviennent des dialectes méridionaux, notamment l'Algarve (district de Faro).

Dialectes portugais septentrionaux
 
 
Dialectes du Haut-Minho (alto-minhotos) et du Trás-os-Montes (transmontanos ou interamnenses) : (1) dialecte du Minho, vers Braga et Guimarães; (2) dialecte de Trás-os-Montes dans le Bragança.
 
 
Dialectes du Bas-Minho (baixo-minhotos), du Douro (durienses) et du Haut-Beira (alto-beirões) :  (3) dialecte du Nortenho dans la région de Porto; dialecte baixo-duriense (entre le Tâmega et le Corgo).
Dialectes portugais centro-méridionaux
 
 
Dialectes du littoral centre (do centro littoral): (4) beirão (dialecte d'Aveiro, Coimbra); (6) dialecte d'estremenho et la variété de Lisbonne, le baixo-beirões.
 
 
Dialectes du Centre intérieur et du Sud (centro-interior e sul):
(5)
dialecte du baixo-beirão; (7) dialecte de ribatejano, d'alentejano;
(8)
dialecte d'algarvio.
Dialectes portugais insulaires
 
 
Dialectes des Açores: (9) açorien.
 
 
 
Dialectes de Madère: (10) madérien.
- Limite des régions sous-dialectales ayant des caractéristiques particulières très différenciées.

Source: «Les dialectes portugais», selon Luís Filipe Lindley Cintra (1925-1991), Centre de linguistique de l'Université de Lisbonne.

Outre les nombreuses différences phonétiques et parfois morphologies entre ces dialectes, il existe aussi des divergences au point de vue lexical. C'est le dialecte estremenho (variété de Lisbonne) qui sert de portugais standard.

2.2 Les minorités nationales

Le pays ne compte donc que quelques petites minorités nationales parlant soit des langues romanes, dont le galicien (15 000), le mirandais (10 000), le calo ou gitan (10 000), soit une langue indo-iranienne comme le tsigane (500).

Rappelons que le galicien est à  l'origine de la langue portugaise. Jusqu'au XIIIe siècle, il s'agissait de la même langue. Ce n'est que vers 1500 que l'on a commencé à distinguer le galicien du portugais. Au point de vue historique, le portugais est issu du galicien, et les deux langues, qui sont demeurées relativement proches l'une de l'autre, font partie des langues romanes. Aujourd'hui, le galicien est parlé en Galice (Espagne) ainsi que dans les régions autonomes espagnoles des Asturies (50 000), de Castille-et-Léon (15 000) et d'Extrémadura (5000).

Le mirandais (en portugais: mirandês ou língua mirandesa) est une langue romane parlée dans le nord-est du Portugal par environ 10 000 locuteurs dans les villages du concelho (sorte d'arrondissement de district) de Miranda du Douro, dans trois villages du concelho de Vimioso et quelques autres des concelhos de Mogadouro, Macedo de Cavaleiros et Bragança. La presque totalité des locuteurs de langue mirandaise est concentrée dans de petits villages comptant moins de 3000 habitants. Depuis les années soixante, le nombre des locuteurs du mirandais n'a cessé de diminuer.

L'aire mirandaise occupe une superficie de quelque 485 km². Le mirandais est fragmenté en trois dialectes: le mirandais central ou standard, le mirandais du Nord ou Raiano, le mirandais méridional ou Sendinês).

La plupart des locuteurs de cette langue sont bilingues (mirandais-portugais) ou trilingues (mirandais-portugais-espagnol). C'est une langue protégée par l'État en matière de droits scolaires.

2.3 Les langues immigrantes

En un quart de siècle, le Portugal est passé d'un pays d’émigration à un pays d’immigration. En effet, depuis les années 1980, les départs des ressortissants portugais vers d'autres pays ont diminué, alors que la population étrangère a considérablement augmenté. Il s'agit là d'un phénomène inédit de la part d'un pays traditionnel d'émigration.

La perte des territoires d'Afrique, après plusieurs années de guerres coloniales, a entraîné des mouvements migratoires importants. D'une part, un grand nombre de Portugais fut rapatrié vers la métropole — les "retornados" —, d'autre part, la croissance économique a créé une forte demande de travailleurs, lesquels sont venus dans un premier temps d'Europe et du Brésil, puis des pays lusophones d'Afrique (Angola, Cap-Vert, Guinée-Bissau, Mozambique et São Tomé e Príncipe).

En 1992, la population étrangère ne représentait que 1,3% de celle du pays. En 2007, elle était passé à 4,1%, soit 435 800 individus, ce nombre excluant les immigrants illégaux. Aujourd'hui, environ 500 000 personnes sont officiellement des immigrants «en règle», mais leur nombre est supérieur avec les «illégaux» (les "indocumentados"). En effet, le nombre d’immigrés en situation irrégulière est estimé à au moins 100 000.

Après la vague d'immigration des pays d'Afrique, le Portugal a vu arriver, entre 1999 et 2002, une nouvelle population d'Europe en deux groupes distincts: des Slaves (Ukraine, Russie et Bulgarie) et des «Latinos de l'Est» (Roumanie et la Moldavie). À partir de 2003, la plupart des immigrants sont venus du Brésil, de la Chine et du sous-continent indien. D'autres nationalités immigrées sont venues s'ajouter: les Croates, les Hongrois, les Nigériens, les Serbes et les Vénézuéliens. Ce sont en général des immigrants économiques, qui ont quitté leur pays d'origine afin d'améliorer leur niveau de vie; il s'agit de «migrations de main-d’œuvre» dues à des crises ou des déséquilibres économiques. Ces migrants économiques et leur famille ont acquis une présence sociale indiscutable en se concentrent dans les bidonvilles (les "barracas") et les quartiers défavorisés (les "bairros degradados") de la zone périphérique de la capitale.

Enfin, il faut mentionner une autre catégorie d'immigrants: des personnes âgées, des Occidentaux, désirant bénéficier au moment de la retraite d’un haut niveau de vie ou de meilleures conditions climatiques que dans leur pays d'origine. Cette migration est liée à un tourisme de «semi-retraités», d'individus «tournés vers la consommation» ou «passant leur vie entre deux domiciles ou plus». Ce sont surtout des Allemands, des Britanniques, des Américains, des Espagnols, des Français et des Italiens. En Général, ces Occidentaux s'installent dans l'Algarve ou à l'île de Madère.

Les vingt communautés immigrantes les plus importantes du Portugal en 2007,
comparativement à leur nombre en 1999
Groupe d'immigrants Langue parlée 1999 2007 Augmentation en pourcentage
Brésiliens (Brésil)

portugais

20 851 66 354 + 218%
Capverdiens (Cap-Vert)

créole

43 951 63 925 + 45%
Ukrainiens (Ukraine)

ukrainien (ou russe)

    123 39 480 + 31 998%
Angolais (Angola)

portugais angolais

17 721 32 728 + 85%
Bissau-Guinéens (Guinée-Bissau)

créole

14 217 23 733 + 67%
Britanniques (Royaume-Uni)

anglais

13 335 23 608 + 77%
Roumains (Roumanie)

roumain

    224 19 155 + 8 451%
Espagnols (Espagne)

espagnol

11 122 18 030 + 62%
Allemands (Allemagne-Suisse)

allemand

  9 605 15 498 + 61%
Moldaves (Moldavie)

moldave (roumain)

       3 14 053 + 468 333%
Santoméens (São-Tomé-et-Príncipe)

créole

  4 809 10 627 + 121%
Français (France)

français

 6 499 10 556 + 62%
Chinois (Chine)

chinois

 2 762 10 448 + 278%
Américains (USA)

anglais

 7 975   8 264 + 4%
Néerlandais (Pays-Bas)

néerlandais

 3 675   6 589 + 79%
Italiens (Italie)

italien

 2 700   5 985 + 122%
Mozambicains (Mozambique)

portugais mozambicain

 4 502   5 681 + 26%
Russes (Russie)

russe

   448   5 114 + 1 042%
Bulgares (Bulgarie)

bulgare

   347   5 028 + 1 349%
Indiens (Inde)

hindi (ourdou)

 1 211   4 104 + 239%

Si la plupart des «immigrants de main-d'œuvre» changent rapidement de langue maternelle pour adopter le portugais, les groupes plus aisés des Occidentaux ont une nette tendance à conserver leur langue maternelle.

3 Brève histoire du Portugal et de sa langue

Un page particulière a été prévue pour décrire l'histoire du Portugal, de son empire et de sa langue.

Plan de l'article
 

1 Les premiers peuples

1.1 Les Ibères
1.2 Les Celtes
1.3 Les Basques et les autres peuples

2 La période romaine

2.1 La latinisation des populations
2.2 Le latin populaire

3 Les invasions germaniques

3.1 La diversité des royaumes germaniques
3.2 La formation des langues romanes
3.3 Les conséquences linguistiques en galaïco-portugais

4 La période arabo-musulmane (711-1492)

4.1 Précision des notions
4.2 La conquête musulmane
4.3 L'influence de l'arabe en galaïco-portugais

5 La naissance du royaume portugais

6 La Reconquête chrétienne

6.1 Le début de la Reconquête
6.2 Le rôle du Portugal dans la Reconquête
6.3 La galicianisation

7 L'avènement de la langue portugaise

7.1 L'officialisation du portugais
7.2 La normalisation du portugais
7.3 La séparation du galicien et du portugais

8 L'empire colonial du Portugal

8.1 Les grandes découvertes
8.2 La concurrence castillane
8.3 L'expansion coloniale portugaise

9 Le déclin de l'Empire portugais

9.1 L'Union ibérique (1580-1640)
9.2 La monarchie constitutionnelle

10 La République portugaise

10.1 La dictature de Salazar
10.2 La révolution des Œillets et la politique socialiste
10.3 La Communauté des pays de langue portugaise

Cliquez ICI, s.v.p., pour accéder à la première page.

4 Le portugais comme langue officielle

La Constitution du 2 avril 1976 (révisée en 1982, 1989, 1992 et 1997) ne contenait aucune proclamation du portugais comme langue officielle, ce qui inclut les quatre révisions constitutionnelles ultérieures. Cependant, le cinquième révision constitutionnelle («Ve revisão constitucional») du 12 décembre 2001 a modifié l'article 11 en ajoutant un minuscule paragraphe 3 portant sur la langue officielle.  Il en est ainsi de la VIe révision constitutionnelle de 2004. L'article 11 de la Constitution de 2004 proclame que la langue officielle es tel portugais (paragraphe 3):

Article 11 (2004)

Symboles nationaux et langue officielle

1) Le drapeau national, symbole de la souveraineté de la République, de l'indépendance, de l'unité et de l'intégrité du Portugal, est adopté par la République instaurée lors de la révolution du 5 octobre 1910.

2) L'hymne national est «La Portugaise».

3) La langue officielle est le portugais.

Cette langue a donc cessé d'être la langue officielle dans les faits (de facto) pour le devenir par la loi (de jure), ce qui démontre aussi le peu de problèmes vécus jusqu'ici dans le domaine linguistique. Étant donné que 96 % de la population parle le portugais, toute la vie politique, sociale, éducative, économique, etc., ne se déroule qu’en portugais.

À l'article 13 de la Constitution, il est précisé que tous les citoyens sont égaux devant la loi et qu'aucune discrimination n'est tolérée pour des motifs de sexe, de race de langue, de religion, etc.:

Article 13

Principe de l'égalité

1) Tous les citoyens ont le même dignité sociale et sont égaux devant la loi.

2) Nul ne peut accorder ni recevoir de privilège ou de préjudice, ni être privé d'un droit ou être exempté d'une obligation pour des motifs d'ascendance, de sexe, de race, de langue, de territoire d'origine, de religion, de convictions politiques ou idéologiques, d'instruction, de situation économique, de condition sociale ou d'orientation sexuelle.

L'article 15 de la Constitution de 2004 précise que les «citoyens des États de langue portugaise» ayant une une résidence permanente au Portugal ont «des droits non conférés à des étrangers» (paragraphe 3) :

Article 15

Étrangers, apatrides, citoyens européens

1) Les étrangers et les apatrides qui se trouvent ou habitent au Portugal jouissent des mêmes droits et sont soumis aux obligations du citoyen portugais.

3) Aux citoyens des États de langue portugaise ayant une résidence permanente au Portugal il leur est reconnu, conformément à la loi et dans des conditions de réciprocité, des droits non conférés à des étrangers, sauf pour l'accès aux postes de président de la République, de président de l'Assemblée de la République, de premier ministre, de présidents des cours suprêmes et le service dans les Forces armées et la carrière diplomatique.

[...]

Cependant, si le Portugal n'a connu dans le passé que fort peu de problèmes avec ses minorités nationales, il doit faire face depuis quelque temps à certaines difficultés d'intégration avec les nouvelles communautés immigrantes. La tâche semble particulièrement importante avec les groupes qui ont tendance à conserver leur langue maternelle, notamment l'espagnol, l'arabe, l'anglais, le français, l'allemand, etc. 

5 La politique liée à l'immigration et la naturalisation

Depuis la révolution des Œillets du 25 avril 1974, le Portugal s'est engagé dans un processus de modernisation sur la base de trois facteurs: la normalisation internationale après une période d'isolement qui lui avait valu la perte de ses territoires d'outre-mer, un développement économique sans précédent afin de se mettre au niveau de ses partenaires européens et, enfin, d'enraciner la démocratie après quarante ans de dictature salazariste. C'est dans le cadre de cette modernisation que s'est ensuite élaborée toute la politique de l'État portugais. Or, la question de l'immigration s'inscrit dans cette règle, car elle fait partie du projet d'intégration européenne auquel a adhéré le Portugal en 1986. C'est pourquoi l'immigration est devenue rapidement un objet de controverse politique. Jusqu'alors, cette question ne préoccupait guère les Portugais, mais les problèmes d'intégration sont devenus importants lorsque les nouveaux arrivants éprouvèrent des difficultés à apprendre le portugais ou ne le parlaient que de façon insuffisante.

5.1 La citoyenneté portugaise

L'obtention de la citoyenneté portugaise est accessible aux citoyens d’autres pays, notamment les immigrants, à partir du moment où ils satisfont aux conditions prévues par la loi. Depuis l'intégration du Portugal à l'Union Européenne ainsi que le développement du pays au cours des dernières années, les demandes d’attribution et d’acquisition de la nationalité portugaise ont sensiblement augmenté. L'une des raisons motivant l'acquisition de la citoyenneté portugais consiste à avoir la possibilité d'accéder à un système public de santé gratuite, de qualité comparable aux autres États de l'Union européenne.

La loi portugaise prévoit deux formes d'acquisition de la citoyenneté : l'acquisition dite «originaire» et l'acquisition dite «dérivée». La première constitue un droit fondamental des enfants de citoyens portugais vivant au Portugal, en territoire portugais ou dans un pays de l'Union européenne. Ce type d'acquisition de la nationalité ne concerne pas les citoyens étrangers. Cependant, l'accès à la nationalité portugaise par des ressortissant des autres États peut se faire essentiellement de quatre façons: par attribution de la nationalité originaire, selon les dispositions de l'article 1 de la Loi no 37 sur la nationalité; par l'adoption légale de la part d’un citoyen portugais; par l'acquisition volontaire sur demande; par naturalisation. L'article 6 énonce les conditions pour obtenir la naturalisation, dont l'une (l'alinéa c) est d'avoir une connaissance suffisante du portugais:

Article 6

Conditions

1)  
Le gouvernement peut accorder la nationalité portugaise, par naturalisation, aux étrangers qui satisfont à l'ensemble des conditions suivantes:

a) Être majeur ou affranchi de l'autorité parentale par une loi du Portugal;

b) Être résident en territoire portugais ou sous administration portugaise, avec permis de séjour valide pour au moins six ou dix ans, selon qu'ils sont des ressortissants de pays où le portugais est une langue officielle ou dans d'autres pays;

c) Avoir une connaissance suffisante du portugais;

d) Prouver l'existence d'un lien effectif avec la communauté nationale;

e) Détenir la responsabilité civile; 

f) Être à même de s'occuper de sa personne et assurer sa subsistance.

2) Les conditions énoncées aux alinéas b) à d) peuvent être levées à l'égard de ceux qui ont eu la nationalité portugaise, ceux qui sont de descendants de Portugais, les membres des communautés d'ascendance portugaise et les étrangers qui ont servi ou sont appelés à rendre des services importants à l'État portugais.

Les articles 19, 20, 22 et 23 du Décret-loi no 237-A sur la naturalisation des étrangers (2006) traitent également des conditions concernant la naturalisation des étrangers résidant sur le territoire portugais (art. 19), la naturalisation des enfants nés sur le territoire portugais (art. 20), la naturalisation des étrangers qui sont des descendants de ressortissants portugais (art. 22) et la naturalisation des étrangers nés sur le territoire portugais (art. 23).

5.2 La connaissance obligatoire du portugais

La condition relative à la connaissance du portugais peut être levée à l'égard de ceux qui ont eu la nationalité portugaise, ceux qui sont de descendants de Portugais, les membres des communautés d'ascendance portugaise et les étrangers qui ont servi ou sont appelés à rendre des services importants à l'État portugais. Pour les autres, le portugais est obligatoire. L'article 15 du Règlement sur la nationalité portugaise précise les éléments constituant une preuve de la connaissance du portugais:

Article 15

4) La preuve de connaissance du portugais peut être faite selon l'une des façons suivantes:

a) Un diplôme d'examen émis par un établissement public d'enseignement portugais;

b) Un document écrit, lu et signé par le requérant devant un notaire portugais, avec la mention des circonstances respectives concernant la reconnaissance de la lettre et sa signature;

c) Un document écrit, lu et signé par le requérant devant le responsable des services consulaires portugais ou le bureau de la mairie de sa résidence ou, à Lisbonne et à Porto, devant le directeur des services centraux et culturelle ou un fonctionnaire désigné par celui-ci, qui est tenu de déclarer ces faits sur ledit document, et de l'authentifier avec sa signature et le sceau officiel.

L'article 25 du Décret-loi no 237-A sur la naturalisation des étrangers (2006) reprend les éléments prouvant la connaissance du portugais en étant plus explicite.

Article 25

2) La preuve de la connaissance du portugais peut être faite par l'une des façons suivantes:

a) Un certificat de qualification émis par un établissement d'enseignement public ou privé, ou une coopérative reconnue par la loi;

b) Un certificat d'approbation du test diagnostic réalisé dans n'importe quel établissement d'enseignement prévu au paragraphe précédent, dont les modèles sont approuvés par arrêté conjoint des ministres de la Justice et de l'Éducation;

c) Un certificat d'approbation du test diagnostic prévu au paragraphe précédent émis par les services consulaires, lorsque le requérant réside à l'étranger;

d) Un certificat de portugais langue étrangère émis à l'issue du test par un centre d'évaluation du portugais langue étrangère et reconnu par le ministère de l'Éducation grâce à un protocole.

4) Dans le cas d'un mineur de moins de dix ans ou qui ne sait ni lire ni écrire, la preuve de la connaissance du portugais doit être adaptée à sa capacité à acquérir ou à démontrer sa connaissance de ladite langue.

5) Dans le cas d'un individu qui a fréquenté un établissement d'enseignement public ou un établissement privé, ou une coopérative reconnue par la loi dans un pays où la langue officielle est le portugais, la preuve de la connaissance du portugais peut être faite par un certificat de qualification émis par cet établissement d'enseignement.

6) Dans le cas prévu au paragraphe précédent, s'il subsiste un doute sur la qualité du certificat présenté comme preuve de la connaissance du portugais, le Service central de l'état civil peut demander aux autorités compétentes du ministère de l'Éducation de se prononcer sur la preuve qui, si elle n'est pas considérée comme suffisante, ne peut être présentée comme preuve de connaissance.

Précisons aussi que les citoyens lusophones, au nombre desquels sont compris les ressortissants des États de langue officielle portugaise, peuvent bénéficier de droits non reconnus à d'autres ressortissants étrangers, sauf pour ceux qui participent aux organismes de l’État ou de l'administration régionale, pour ceux qui sont en service dans les Forces armées et la carrière diplomatique. Ainsi, les immigrants originaires des pays du PALOP ("Países Africanos de Língua Oficial Portuguesa"), c'est-à-dire les «Pays africains de langue officielle portugaise», peuvent profiter de certains avantages dans le domaine de l'éducation. Le PALOP regroupe six pays lusophones d'Afrique formé en 1996: l'Angola, le Mozambique, la Guinée-Bissau, le Cap-Vert, Sao Tomé-et-Principe et la Guinée équatoriale. Ces pays, qui font aussi partie de la Communauté des pays de langue portugaise (CPLP: "Comunidade dos Países de Língua Portuguesa"), ont signé un protocole de coopération avec divers pays et organismes dans les domaines de la culture, de l'éducation ainsi que la promotion et la préservation de la langue portugaise.  Il existe également une convention de ce type avec le Brésil (langue officielle: portugais).

5.3 Les cours de portugais

Afin de faire apprendre le portugais aux ressortissants étrangers, l'État portugais a prévu à cet effet une offre de cours en langue portugaise.
Il faut dire que, jusqu'à récemment, l'offre en cours du portugais demeurait assez limitée.

Dans le cadre du programme Portugal Acolhe («le Portugal vous accueille»), il était proposé aux immigrants d’acquérir des «rudiments de portugais» ("noções básicas de portugues") dans un délai de quelque cinquante heures de cours, ce qui ne correspondait guère aux normes des autres pays de l'OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques). En général, il est plutôt proposé entre 250 et 900 heures pour apprendre une nouvelle langue dans des conditions acceptables. Au final, trois unités de formation de courte durée (50 heures chacune) sont autorisées.  Au Portugal, seuls les immigrants qui ont un emploi peuvent bénéficier de ce programme.

Le Programa Portugal Acolhe apparaît comme une stratégie indispensable pour répondre à l'intensification des flux migratoires qui ajoutent de nouveaux défis et de nouvelles possibilités dans un pays qui a toujours été caractérisée comme une zone d'émigration. L'objectif est d'assurer que les citoyens étrangers aient à leur disposition les outils nécessaires à l'exercice de la citoyenneté active, notamment en ce qui concerne l'exercice des droits et devoirs au travail. Or, l'outil indispensable commence par l'acquisition du portugais, soit la capacité d'expression et de compréhension dans cette langue, afin de pouvoir s'intégrer à part entière dans la société portugaise, notamment dans le marché du travail. D'ailleurs, l'article 16 du Décret-loi no 259/2009 du 25 septembre 2009 réglementant l'arbitrage à force exécutoire et l'arbitrage obligatoire oblige l'État à n'utiliser que le portugais dans une procédure d'arbitrage:

Article 16

Questions de procédure

4) Dans tous les actes d'arbitrage, la langue portugaise est utilisée, sans préjudice du tribunal qui autorise à l'unanimité l'ajout de documents dans une langue étrangère dans la procédure.

Les immigrants n'ont guère le choix: il leur faut apprendre le portugais s'ils veulent intégrer le marché du travail.

6 La politique linguistique en éducation

Afin de mettre en œuvre les cours de langue portugaise, le Portugal s'est doté d'une politique linguistique. On doit distinguer, d’une part, les mesures liées aux minorités nationales parlant le galicien, le mirandais, le romani (ou le gitan), d’autre part, celles reliées aux minorités immigrantes, surtout les réfugiés africains provenant des îles du Cap-Vert et de la Guinée-Bissau, sans parler des Mélanésiens du Timor Lorosae. La difficulté est de trouver des moyens permettant aux enfants de ces citoyens d’utiliser leur langue tout en apprenant la langue officielle, le portugais. 

Au Portugal, les municipalités (communes) assurent le lien entre le système d'éducation et la communauté locale. Dans ce domaine, les municipalités sont particulièrement responsables de la gestion des équipements, du personnel auxiliaire et de l'action sociale scolaire, le tout dans le cadre de l'enseignement préscolaire (maternelle), du premier cycle de l'enseignement fondamental.

6.1 L'enseignement national du portugais

L'article 7 de la Loi no 49 du 31 août sur l'éducation (2005), loi qui modifie celle de 1986, précise que l'un des objectifs de l'enseignement primaire et d'offrir l'apprentissage d'une première langue étrangère et l'initiation à une seconde, et d'accroître la sensibilisation et l'appréciation des valeurs caractéristiques de l'identité, de la langue, de l'histoire et de la culture portugaises :

Article 7

Objectifs

Les objectifs de l'enseignement fondamental sont les suivants:

d) Offrir l'apprentissage d'une première langue étrangère et l'initiation à une seconde ;

g ) Accroître la sensibilisation et l'appréciation des valeurs caractéristiques de l'identité, de la langue, de l'histoire et de la culture portugaises ;

L'article 10 de la Loi no 49 du 31 août sur l'éducation (2005) porte sur les objectifs de l'enseignement secondaire, dont des cours de langue et de culture portugaises ajustées à la nature des divers cours :

Article 10

Organisation

3) L'enseignement secondaire est organisé selon des formes différentes en considérant l'existence de cours principaux adaptés à la vie professionnelle ou pour la poursuite d'études complémentaires, qui contient toutes les composantes de formation à portée technique, technologique et professionnelle, ainsi que de langue et de culture portugaises ajustées à la nature des divers cours.

L'article 11 de la même loi impose notamment comme objectif de l'enseignement supérieur, qui comprend l'enseignement universitaire et l'enseignement polytechnique, de promouvoir et de valoriser la langue et la culture portugaises :

Article 11

Portée et objectifs

1) L'enseignement supérieur comprend l'enseignement universitaire et polytechnique.

2) Les objectifs de l'enseignement supérieur sont les suivants:

h) Promouvoir et valoriser la langue et la culture portugaises ;

 

De plus, l'article 22 de la Loi fondamentale no 46/86 sur le système d’éducation contient des dispositions concernant l'enseignement du portugais à l'étranger, notamment pour les individus qui voudraient émigrer au Portugal:  

Article 22

Enseignement du portugais à l'étranger

1) L'État doit promouvoir la diffusion et l'étude de la langue et de la culture portugaises à l'étranger par divers moyens et mesures visant en particulier son introduction dans les programmes des autres pays et la création et l'entretien de lectorats portugais, sous la direction d'enseignants portugais dans des universités étrangères.

2) Des écoles portugaises doivent être encouragées à être créées dans les pays lusophones et dans les communautés d'émigrants portugais.

3) L'enseignement de la langue et de la culture portugaises destiné aux aux travailleurs émigrants et à leurs enfants doit être dispensé au moyen de cours et d'activités de promotion dans les pays d'immigration au sein d'un régime d'intégration et de complémentarité à l'égard de leurs systèmes d'éducation.

Bref, l'État prend au sérieux son rôle de promouvoir la langue et la culture portugaises au Portugal même, puis à l'étranger. 

6.2 L'enseignement des langues étrangères

Le Portugal obliges les élèves à apprendre une langue étrangère dès le primaire. Parmi les langues enseignées, citons l'anglais, le français, l'espagnol et l'allemand; d'autres langue sont possibles dont le chinois, le russe, l'arabe. Depuis 2005, l'enseignement de l'anglais est obligatoire dès la 3e année du primaire (premier cycle). Aux 2e et 3e cycle, l'anglais est généralement choisi comme la première langue étrangère, ce qui laisse peu de place pour les autres langues, notamment le français, l'espagnol et l'allemand. L'article 7 du décret-loi no 6/2001 sur l'enseignement fondamental précise que l'apprentissage d'une seconde langue étrangère est obligatoire au 3e cycle:

Article 7

Langues étrangères

1)
Les écoles du premier cycle peuvent, en conformité avec les ressources disponibles, prévoir l'initiation à une langue étrangère en mettant l'accent sur l'expression orale.

2) L'apprentissage d'une langue étrangère commence obligatoirement au second cycle et se poursuit au troisième cycle, afin de fournir aux élèves la maîtrise d'une langue dans une gradation de l'adéquation et de l'aisance.

3) L'apprentissage d'une seconde langue étrangère est obligatoire au troisième cycle.

Cette loi de 2001 maintient l’introduction d’une première langue obligatoire (généralement l'anglais) en cinquième année de la scolarité et réintroduit l’obligation de débuter l’apprentissage d’une deuxième langue en septième année de scolarité. Cette obligation est entrée en vigueur à la rentrée de 2002. Auparavant, la deuxième langue était facultative, car les élèves avaient le choix entre une deuxième langue, une discipline artistique ou une discipline technique. La décision de rendre la deuxième langue obligatoire est plus favorable à la diversification, notamment pour le français, qui est déjà la langue la plus enseignée à ce niveau. Cette mesure permet aussi d'accorder de l'importance à la langue espagnole et, dans le sud du pays, à l’allemand qui est de plus en plus souvent exigé sur le marché du tourisme.

Pour des raisons économiques, le Portugal n’a guère la possibilité de proposer un nombre important de langues au choix des élèves et des familles. La première langue choisie par les élèves est, dans la très grande majorité, l'anglais. Le français, qui occupe la deuxième place. Il est suivi par l'espagnol, puis par l'allemand.

6.3 L'enseignement chez les minorités nationales

En ce qui a trait aux minorités nationales, c’est-à-dire les locuteurs parlant le galicien (15 000), le mirandais (10 000), le romani (500) ou le gitan (5000), il existe des écoles — plutôt généralement des classes — où les enfants appartenant à ces minorités peuvent faire leurs études primaires dans leur langue.

La résolution no 29 de 1991 du Conseil des ministres sur le Programme d'éducation pour tous ("Programa Educação Para Todos") préconise l'adoption de mesures d'intervention tendant à aider ceux qui ont des besoins pédagogiques particuliers, notamment les membres des minorités linguistiques. L’arrêté normatif (Despacho Normativo) no 104 du 16 novembre 1989 (aujourd'hui abrogé par le décret-loi no 329/98) veillait à ce que les différentes confessions aient les mêmes possibilités d'enseigner les principes fondamentaux de leur religion. Ainsi, des mesures éducatives spéciales ont été prises en faveur des enfants gitans nomades, afin qu'ils soient admis dans les différentes écoles et que les enseignants soient formés pour leur apporter une aide spécifique. Si l’on fait exception des quelques journaux et revues disponibles, ce sont là les seuls droits des minorités nationales au Portugal. 

- Le statut du mirandais

En ce qui concerne plus spécifiquement le mirandais, le Parlement portugais a adopté à l’unanimité, en novembre 1998, une loi relative au statut officiel du mirandais: il s’agit de la loi no 7/99 du 29 janvier 1999 portant sur la reconnaissance officielle des droits linguistiques de la Communauté mirandaise (district de Bragança). En vertu de cette loi, le mirandais, une variété d’asturien parlée par 7000 à 10 000 locuteurs, est reconnu avec le portugais comme co-officiel dans un territoire de moins de 500 km²; et inclut les villes de Miranda du Douro et de Sendín (à la frontière nord-est du Portugal). Le statut de co-officialité s’applique en principe dans l'administration locale, les écoles et un certain nombre d’organismes publics. 

En vertu de l’article 3 de la loi no 7/99 du 29 janvier 1999, l'État reconnaît le droit aux enfants d’apprendre le mirandais:

Article 1er

Le présent document vise à reconnaître et promouvoir la langue mirandaise.

Article 2

L'État portugais reconnaît le droit de développer et de promouvoir le mirandais en tant que patrimoine culturel, instrument de communication et soutien d’identité de la région de Terra da Miranda.

Article 3

L'État reconnaît le droit aux enfants d'apprendre le mirandais, conformément aux dispositions prévues dans la réglementation.

À l’article 4, il est précisé que «les institutions publiques placées sous la responsabilité du Conseil de Miranda del Douro pourront publier leurs documents dans leur version mirandaise». 

Cette loi a été suivie de l'arrêté no 35 du 5 juillet 1999. L'article 1er précise que l'étude du mirandais dans les établissements d'enseignement du primaire et du secondaire de la commune de Miranda de Douro est autorisée en tant que source d'enrichissement du programme scolaire:

Article 1er

Aux élèves des établissements d'enseignement primaires et secondaires de la commune de Miranda de Douro l'étude du mirandais est autorisé en tant que source d'enrichissement du curriculum scolaire.

Cependant, la disponibilité des cours en mirandais appartient aux établissements d'enseignement primaire et secondaire de la commune de Miranda de Douro, moyennant le développement de projets en vertu desquels ceux-ci visent à préserver et promouvoir la langue mirandaise (art. 2).

- La standardisation du mirandais

Le processus de standardisation de la langue mirandaise a commencé en 1995, avec la publication de la proposition de Convention orthographique mirandaise (Proposta de Convenção Ortográfica Mirandesa) et consolidé en 1999, avec la la publication de la Convention orthographique de la langue mirandaise. L'État portugais a adopté en 2002 la Convenção Ortográfica da Língua Mirandesa, dont l'objectif est d'établir des règles pour l'éventuelle adaptation des emprunts traitant le cas particulier des mots qui, en portugais, s'écrivent avec un [x]: ambidextro > ambidestro, contexto > cuntesto, dextro > destro, dextralidade > destralidade, pretexto > pretesto, sexto > sesto, sextante > sestante, texto > testo, textual > testual, etc. Le nom de «langue» est légitimé par le fait que le mirandais a été reconnu comme langue officielle par la loi no 7/99 du 29 janvier 1999

- L'enseignement du mirandais

Dans les faits, le mirandais est enseigné dans les écoles primaires et comme matière facultative au premier cycle du secondaire dans les lycées de la région. Actuellement, quelque 400 élèves mirandais apprennent leur langue maternelle à l'école, bien que ce soit une matière facultative. De plus, l'enseignement du mirandais n’est soumis à aucun organisme d'inspection et les professeurs sont laissés à eux-mêmes.

On comprendra que dans ces conditions les locuteurs du mirandais soient assez pessimistes quant à l’avenir de leur langue. Comme le mirandais est au surplus considéré comme «arriéré» par rapport au portugais, son usage social, généralement limité aux manifestations folkloriques, apparaît en nette régression. Sans un soutien important de la part de l’État portugais, cette langue semble en voie d’extinction, et ce, d’autant plus que la distance linguistique qui la sépare du portugais s’avère relativement faible.

- L'administration et  justice

Dans les localités où résident un nombre important de locuteurs du mirandais, l'État portugais s'est engagé à s'assurer à ce que ceux-ci puissent présenter, dans la mesure du possible, des requêtes en mirandais, tant à l'oral qu'à l'écrit. Ainsi, les locuteurs du mirandais peuvent, en principe, présenter des documents rédigés dans cette langue. Les autorités locales peuvent également présenter leurs documents officiels en mirandais en plus du portugais. Le gouvernement autorise aussi l'emploi du mirandais dans la toponymie locale.  Enfin, l'État portugais s'est engagé à recruter et à former du personnel en nombre suffisant afin de répondre à la demande en mirandais. En fait, dans les services publics, le portugais est la seule langue employée, sauf lorsque le fonctionnaire de service est un Mirandais. Les autorités portugaises se montrent généralement réticentes à utiliser le mirandais, même dans les indications toponymiques de la région, notamment dans la partie spécifique d’un nom de lieu.  

En matière de justice, le gouvernement portugais s'est engagé, là où résident les locuteurs du mirandais, à rendre possible les documents, requêtes et témoignages en mirandais, et ce, même s'il y a nécessité de recourir à des interprètes et des traducteurs. Selon l'intention du gouvernement, la langue mirandaise ne doit pas être considérée comme un obstacle à la bonne administration de la justice. Dans les faits, la seule langue officielle utilisée demeure le portugais, mais il arrive que le mirandais soit employé occasionnellement et que des interprètes soient disponibles.

6.4 L'enseignement aux minorités immigrantes

Avec l’arrivée importante d‘immigrants de race noire, le Portugal a commencé à vivre ses premiers conflits raciaux. Les Portugais blancs se méfient des Noirs et la discrimination à l’égard de ces derniers était devenue à ce point considérable qu’il a fallu que le gouvernement adopte des mesures législatives pour limiter et éliminer si possible les abus. Au point de vue linguistique, la problématique réside dans l'intégration des immigrants, particulièrement dans l’apprentissage du portugais dans les écoles. Il n’est pas surprenant qu’un article de la Constitution en fasse mention. En effet, l’article 74 (par. 2, alinéa i) de ladite Constitution a trait à la langue de l’enseignement du portugais aux minorités immigrantes:

Article 74

Enseignement

1) Tous ont droit à l'éducation avec la garantie du droit à l'égalité des chances d'accès et de réussite à l'école.

2) L'application de la politique d'éducation incombe à l'État :

a) Assurer l'enseignement fondamental universel, obligatoire et gratuit;

b) Créer un système public et développer le système général d'enseignement préscolaire ;

c) Garantir l'éducation permanente et éliminer l'analphabétisme ;

h) Protéger et valoriser la langue des signes portugaise, en tant qu'expression culturelle et d'instrument pour l'accès à l'éducation et à l'égalité des chances ;

i) Assurer aux enfants des émigrants l'enseignement de la langue portugaise et l'accès à la culture portugaise ;

j) Assurer aux enfants des immigrants une aide appropriée pour qu'ils s'acquittent de leur droit à l'éducation.

De plus, la résolution no 38 de 1993 ("Resolução do Conselho de Ministros no 38/93") prescrivait des mesures favorisant la pleine intégration sociale et professionnelle des immigrants et des minorités nationales. Il s’agit de la part du gouvernement d’aider les immigrés et les minorités nationales afin de favoriser leur pleine intégration socioprofessionnelle, notamment par l'adoption de mesures en matière d'éducation, de formation professionnelle et d'intervention sociale. Une commission interministérielle pour l'intégration des immigrés et des minorités ethniques a été chargée de rendre compte des conditions de vie des immigrés, de proposer aux pouvoirs publics des mesures et stratégies en leur faveur, d'évaluer les actions et leurs résultats et de coordonner et suivre les campagnes et programmes menés sur ce terrain.

Par ailleurs, un médiateur du ministère de la Justice, le Provedor de Justiça («médiateur judiciaire»), conformément à l’article 23 de la Constitution, a été nommé, et sa fonction a été précisée par l'article 2 de la loi no 9 du 9 avril 1991 (ou Estatuto do Provedor de Justiça). La principale tâche de ce «médiateur» consiste à défendre et à promouvoir les droits, libertés et garanties des citoyens portugais.

Article 2

Champ d'action

1)  Les activités du médiateur judiciaire sont d'exercer des services publics ou des services d'exploitation des biens publics, en particulier dans le contexte de l'activité des services de l'administration publique centrale, régionale et locale, des Forces armées, des instituts publiques, des entreprises publiques ou à capitaux publics majoritaires.

2) Le champ d'action du médiateur judiciaire peut également mettre l'accent sur les relations entre les individus impliquant une relation spéciale de prédominance, dans le contexte de la protection des droits, des libertés et des garanties.

Le médiateur judiciaire est saisi des plaintes des particuliers; il intervient par voie de recommandations adressées aux autorités compétentes pour empêcher et réparer les injustices. Par exemple, après qu'un conseil municipal du nord du Portugal eut décidé d'interdire l'établissement de gitans en refusant l'installation de tout type de caravane ou de tente, le procureur général de la République et le médiateur judiciaire ont immédiatement réagi: le parquet a demandé l'annulation du règlement municipal au motif qu'il était illégal, car il allait à l’encontre, entre autres, du principe d'égalité.

- L'enseignement bilingue

Dans les faits, la politique portugaise en est une d’éducation bilingue afin de faciliter l’intégration sociolinguistique des enfants d’immigrants. La Loi fondamentale no 46/86 sur le système d’éducation prévoit les principes généraux pour la réorganisation du système d'éducation portugais, et la plupart des dispositions juridiques réglementant le système d’éducation sont basés sur cette loi.

De façon générale, l’enfant est alphabétisé dans sa langue maternelle lors du tout premier cycle du primaire (Ensino básico), qui dure quatre ans, pour passer graduellement à l’enseignement du portugais. Au cours des deux autres cycles (deux ans pour chacun), l’enseignement devient systématiquement bilingue. Ce système se poursuit au secondaire (Ensino secundario), mais le temps consacré au portugais comme langue d’enseignement devient prépondérant. Pour l’éducation supérieure, seul l’enseignement en portugais est accessible. 

L'article 8 du décret-loi no 6 sur l'enseignement fondamental prévoit une disposition concernant l'offre d'activités scolaires spécifiques pour apprendre le portugais comme langue seconde pour les élèves dont la langue maternelle n'est pas le portugais.

Article 8

Portugais comme langue seconde

Les écoles doivent offrir des activités scolaires spécifiques afin d'apprendre le portugais comme langue seconde pour les élèves dont la langue maternelle n'est pas le portugais.

Selon le décret-loi no 6/2001, l'activité d'enrichissement du programme d'études est une composante hors programme ou complémentaire ("componente extracurricular"), ainsi appelée parce qu'elle fait partie de la charge de travail exigée de l'élève chaque semaine, car cette initiative n'est pas obligatoire pour les enseignants.

7 Les médias et les langues

La presse est libre au Portugal et elle n'est pas réglementée. Le pays a connu, au cours des dernières années, la plus forte hausse hausse au plan du tirage de journaux au sein de l'Union européenne (12,5%). Cependant, le nombre de lecteurs y demeure relativement faible, car seules 73,5 personnes sur 1000 lisaient un journal régulièrement (en 2000).  Le quotidien portugais le plus important est le Diário de Noticias suivi du Correio da Manha. La revue financière et d'affaires hebdomadaire, Visão, se vend à 98 000 exemplaires. L'Expresso est le journal du dimanche le plus populaire, avec un tirage de 141 000 exemplaires. Outre les journaux étrangers, toute la presse est en langue portugaise. La langue mirandaise ne bénéficie d'aucune présence dans les médias écrits, à l'exception de quelques rares articles parus dans la presse locale et d'une colonne mensuelle publiée dans le journal portugais Publicó.

Dans les médias électroniques, le radiotélédiffuseur national, la chaîne RTP (Rádio e Televisão de Portugal: Radiotélévision portugaise), occupe le devant de la scène avec ses succursales RTP 1, RTP 2, RTP Açores, RTP Madeira, RTP Memória (programmes d'archives et d'histoire), RTP Internacional, RTP África et RTP N (information en continu). Toutes les chaînes portugaises diffusent en portugais. À la radio, il existe environ 300 stations de radio, mais elles ne sont que sept à émettre (en portugais) sur tout le territoire national. Seules quelques rares stations locales diffusent des émissions en mirandais, dont Rádio Miradum FM (Miranda do Douro).

La législation protège la production originale en langue portugaise. L'article 40 de la Loi no 32 du 22 août sur la télévision (2003) énonce que les émissions télévisées doivent être «orales ou sous-titrées en portugais»; les services de programmes de télévision de couverture nationale, sauf ceux dont la nature et la thématique s'y opposent et ces services doivent consacrer au moins 50 % de leurs émissions à la diffusion de programmes d'origine en portugais:

Article 40

Défense de la langue portugaise

1) Les émissions doivent être orales ou sous-titrées en portugais, sans préjudice de l'emploi possible de toute autre langue dans le cas des programmes qui répondent à des besoins informatifs occasionnels et à l'enseignement des langues étrangères.

2) Les services de programmes de télévision de couverture nationale, sauf ceux dont la nature et la thématique s'y opposent, doivent consacrer au moins 50 % de leurs émissions à la diffusion de programmes d'origine en portugais, à l'exclusion du temps d'antenne consacré à la publicité, au télé-achat et aux services de télétexte.

3) Nonobstant le paragraphe précédent, les télédiffuseurs doivent consacrer au moins 15 % du temps de leurs émissions à la diffusion de programmes créés à l'origine en portugais.

4) Les pourcentages visés aux paragraphes 2 et 3 peuvent être comblés jusqu'à un maximum de 25 % des programmes des pays lusophones autres que le Portugal.

5) Les opérateurs de télévision doivent s'assurer que le respect des pourcentages visés aux paragraphes 2 et 3 ne sont pas effectués dans des périodes d'audience restreinte.

Précisons que les émissions en portugais peuvent provenir des autres pays de langue portugaise (Brésil, Cap-Vert, etc.).  Les opérateurs de télévision doivent diffuser des programmes spécialement conçus pour les Portugais vivant en dehors du Portugal et aux ressortissants des pays de langue portugaise, également résidant hors du Portugal (art. 47-e). Il en est ainsi dans la Loi no 33 du 22 août approuvant la restructuration de la part entrepreneuriale de l'État dans le domaine de l'audio-visuel (2003).

En ce qui a trait au mirandais, dans la mesure où la radio et la télévision ont une mission de service public, le gouvernement portugais s'est engagé à encourager et à faciliter la création d'une station de radio et d'une station de télévision en mirandais, et à prendre les mesures appropriées afin que les émissions soient programmées en mirandais. Dans les faits, cette langue est quasi inexistante dans les médias électroniques.

8 La politique de valorisation du portugais au plan international

Fort homogène au point de vue linguistique aujourd'hui, le Portugal a longtemps été dialectophone. Jusqu'au XXe siècle, le portugais officiel n'était parlé que par l'élite, alors que les populations rurales continuaient de parler leur langue locale. Les progrès du portugais comme langue nationale ont suivi le progrès de la scolarisation, de l'urbanisation et de la démocratisation de la vie sociale. Ainsi, la diffusion du portugais comme langue normalisée pour toute la nation ne s'est achevée que dans le courant du XXe siècle.

8.1 La diffusion du portugais

En réalité, le Portugal semble avoir développé davantage des ambitions au plan de la diffusion internationale de sa langue. D’ailleurs, trois articles de la Constitution traitent de cette question, soit les articles 7, 9 et 78 :

Article 7

Relations internationales

4)
Le Portugal maintient des liens d'amitié et de coopération privilégiés avec les pays de langue portugaise.

Article 9

Tâches fondamentales de l'État

Les tâches fondamentales de l'État sont les suivantes:

e) Protéger et renforcer le patrimoine culturel du peuple portugais, défendre la nature et l'environnement, préserver les ressources naturelles et assurer un bon aménagement du territoire ;

f) Assurer l'enseignement et l'évaluation permanente, défendre l'usage et promouvoir la diffusion internationale de la langue portugaise ;

g) Promouvoir le développement harmonieux de tout le territoire national, en tenant compte notamment du caractère ultrapériphérique des archipels des Açores et de Madère;

Article 78

Avantages et création culturelle

1) Tous ont droit aux avantages et à la création culturelle, ainsi qu'au devoir de préserver, défendre et valoriser le patrimoine culturel.

2) Il appartient à l'État, en collaboration avec tous les agents culturels :

a) D'encourager et assurer l'accès pour tous les citoyens aux moyens et instruments d'action culturelle, ainsi que corriger les déséquilibres existant dans le pays dans ce domaine ;

b) De soutenir les initiatives qui stimulent la création individuelle et collective dans ses multiples formes et expressions, ainsi qu'une plus grande circulation des œuvres et des biens culturels de qualité ;

c) De promouvoir la sauvegarde et le développement du patrimoine culturel en rendant vivifiant l'élément de l'identité culturelle commune ;

d) De développer les relations culturelles avec tous les peuples, surtout ceux de langue portugaise, et assurer la défense et la promotion de la culture portugaise à l'étranger ;

e) D'articuler la politique culturelle et les autres politiques sectorielles.

Mais la Loi no 49 du 31 août sur l'éducation (2005) va plus loin que les dispositions constitutionnelles. En effet, l'article 25 de la loi 49 oblige l'État notamment à «promouvoir la diffusion et l'étude de la langue et de la culture portugaises à l'étranger», encourager «la création d'écoles portugaises» et offrir des cours pour «l'enseignement de la langue et de la culture portugaises pour les travailleurs émigrants et leurs enfants»:

Article 25

Enseignement du portugais à l'étranger

1) L'État doit promouvoir la diffusion et l'étude de la langue et de la culture portugaises à l'étranger par l'entremise de divers moyens et de diverses mesures visant, entre autres, à leur introduction dans les programmes des autres pays, ainsi que la création et l'entretien des lectorats portugais, sous la direction des enseignants portugais dans les universités étrangères.

2) La création d'écoles portugaises doit être encouragée dans les pays de langue portugaise portugais et dans les communautés d'émigrants portugais.

3) L'enseignement de la langue et de la culture portugaises pour les travailleurs émigrants et leurs enfants est assuré par des cours et des activités de promotion dans les pays d'immigration en régime d'intégration ou de complémentarité relativement aux systèmes respectifs d'éducation .

4) Les initiatives d'association d'entités portugaises et étrangères, publiques et privées, seront encouragées et soutenues par l'État, lorsqu'elles contribuent à la réalisation des objectifs énoncés dans le présent article.

Cependant, le Portugal a aussi adopté un décret-loi portant exclusivement sur l'ennseignement du portugais à l'étranger : le décret-loi no 234/2012 du 30 octobre. L'article 2 du décret-loi décrit les objectifs de l'enseignement du portugais à l'étranger :

Article 2

Objectifs

1) L'enseignement du portugais à l'étranger est destiné à affirmer et à diffuser la langue portugaise dans le monde comme une grande langue de communication internationale et à promouvoir la culture portugaise.

2) L'enseignement du portugais à l'étranger est également destiné à offrir l'apprentissage de la langue, de l'histoire, de la géographie et de la culture nationale, en particulier les communautés portugaises.

L'article 4 du décret-loi no 234/2012 énonce les responsabilités de l'État portugais en la matière:

Article 4

Responsabilité de l'État

1) Il incombe à l'État, en conformité avec les principes visés à l'article précédent :

a) La promotion et la diffusion de l'enseignement et de l'apprentissage du portugais comme langue maternelle et non comme langue seconde ni comme langue étrangère;

b) La promotion et la diffusion de l'étude de l'histoire, de la géographie et de la culture portugaises;

c) La qualification et l'amélioration de l'enseignement et de l'apprentissage de la langue et de la culture portugaises dans le monde.

2) Pour s'acquitter pleinement de cette responsabilité, l'État doit mettre en place et développer la coopération avec les organisations de la société civile, en particulier avec les institutions ou associations ayant des fonctions culturelles et éducatives, ainsi que des partenariats avec des établissements d'enseignement étrangers et les organisations internationales.

Quant à l'article 5 de la loi, il décrit en détails les formes d'intervention de l'État : le développement d'initiatives diplomatiques; la promotion de cours et d'activités en régime de complémentarité relativement aux systèmes d'éducation du pays concerné; la promotion et la diffusion de l'enseignement de la langue, de l'histoire, de la géographie et de la culture portugaise; le recrutement, l'embauche et les contrats du personnel enseignant; la formation et le soutien à la formation du personnel enseignant;la production de ressources didactiques et pédagogiques spécifiquement destinées à l'enseignement de la langue, de l'histoire, de la géographie et la culture portugaise à l'étranger, notamment dans les systèmes d'enseignement à distance, etc.

8.2 L'Institut Camões

L'Institut Camões, un institut pour la coopération et la langue, est une institution publique qui a été créée le 15 juin 1992 au Portugal, sous la juridiction du ministère portugais des Affaires étrangères, lequel est chargé d'assurer l'orientation, la coordination et l'exécution de la politique culturelle du pays à l'étranger, mais surtout de la diffusion de la langue portugaise.

La mission de l'Institut est de promouvoir la langue et la culture portugaises à l'étranger. La loi portugaise confère au Camões un statut de personne morale de droit public, dotée d’autonomie administrative et patrimoniale. L'Institut travaille en collaboration avec d'autres instances compétentes de l'État, principalement avec le ministère de l'Éducation et de la Culture. Des accords de coopération pédagogique peuvent être signés par le gouvernement portugais et d'autres gouvernements étrangers (France, Allemagne, Japon, Maroc, Inde, Chine, etc.). Le siège central de l'Institut se trouve à Lisbonne.

En 2012, le Portugal a adopté une loi importante, le décret-loi no 21/2012 du 30 janvier sur l'Institut de la coopération et de la langue (2012). En fait, cette loi décrit avec précision l'Institut Camões, c'est-à-dire l'Institut pour la coopération et la langue, les objectifs et les fonctions de l'Institut, le rôle du conseil d'administration, celui du Conseil consultatif de la langue et de la culture portugaises ("Conselho Consultivo para a Língua e Cultura Portuguesas"), celui des centres culturels portugais ("Centros culturais portugueses"), les dépenses et les revenus, etc.

L'article 3.3 du décret-loi no 21/2012 du 30 janvier sur l'Institut de la coopération et de la langue (2012) énonce les objectifs de l'Institut Camões, qui sont fort nombreux. Ils démontrent éloquemment les préoccupations du Portugal pour propager sa langue dans le monde entier: 

Article 3

Objectifs et fonctions

3) Les fonctions du Camões, I. P., sur la promotion extérieure de la langue et de la culture portugaises sont les suivantes :

a) Assurer la représentation du pays dans la négociation d'accords culturels et leurs programmes de coopération, coordonner la participation des départements de l'État ayant des responsabilités dans les domaines de la culture, de l'éducation, de l'enseignement supérieur, de la jeunesse, du sport et des médias ;

b) Établir des programmes d'aide à la création de chaires et de départements universitaires de portugais ou de structures équivalentes dans des universités étrangères ainsi que des écoles et à la contractualisation locale d'enseignants;

c) Promouvoir, coordonner et développer l'organisation de cours de langue portugaise et d'autres contenus culturels, soit dans un système avec présence soit au moyen des technologies de l'information et de communication ;

d) Élaborer, en coopération avec les universités portugaises ou étrangères, des systèmes d'évaluation et de certification des compétences pédagogiques et didactiques pour l'enseignement et/ou l'apprentissage du portugais et des compétences communicatives en portugais ;

e) Établir des partenariats et soutenir la réalisation d'études et de recherches sur la présence et le statut de la langue et de la culture portugaises, en particulier dans la perspective de sa diffusion internationale;

f) Concevoir, promouvoir, proposer, soutenir et mener à la production d'œuvres et de projets pour la diffusion de la langue et de la culture portugaises à l'étranger ;

g) Stimuler, soutenir et promouvoir des projets qui favorisent la diffusion et l'échange international des formes d'expression artistique, notamment dans les grands salons et dans les événements internationaux ;

h) Établir des lignes directrices et des domaines prioritaires d'intervention dans les centres culturels portugais à l'étranger, ainsi qu'en proposer la création;

i)  Accorder des bourses, des subventions ou d'autres aides liées à des accords culturels ou à des programmes de diffusion de la langue et de la culture portugaises, conformément au règlement interne ;

j) Coordonner les activités des chargés de cours de la langue et de la culture portugaises ;

l) Développer et coordonner l'activité de formation des enseignants dans les domaines de la langue et la culture portugaises ;

m) Mettre au point des mécanismes nécessaires pour la consolidation du réseau d'enseignement auprès des établissements d'enseignement étrangers, y compris par la création de centres de langue portugaise ;

n) Promouvoir la conclusion d'accords de coopération culturelle et en surveiller la mise en œuvre ;

o) Éditer du matériel de diffusion de la langue et de la culture portugaises dans différents supports ;

p) Coordonner le travail des enseignants de la langue et de la culture portugaises à l'étranger et promouvoir l'interaction entre les différents niveaux et types d'enseignement ;

q) Assurer la qualité de l'enseignement de la langue et de la culture portugaises à l'étranger en fournissant un soutien scientifique et pédagogique ;

r) Encourager l'enseignement du portugais comme langue maternelle et langue étrangère dans les programmes et les systèmes d'éducation, notamment dans les pays avec des communautés de langue portugaise.

 

Quant à l''article 13 du Décret-loi no 165-B/2009 du 28 juillet sur le régime juridique des centres culturels de l'Institut Camões (2009), il prescrit la maîtrise de la langue portugaise et de la langue du lieu de travail pour postuler un emploi dans un centre culturel de l'Institut Camões.

8.3 L'Académie des sciences de Lisbonne

L'Académie des sciences de Lisbonne (Academia das Ciências de Lisboa) est l'organisme consultatif du gouvernement portugais en matière linguistique. L'Académie compte deux grandes catégories de recherches: celle des sciences (mathématiques, chimie, physique, etc.) et celle des lettres (littérature, philologie, linguistique, etc.). C'est pourquoi l'Académie se préoccupe aujourd'hui des questions linguistiques. Selon l'article 6 des Statuts de l'Académie des sciences de Lisbonne, celle-ci coordonner son action avec l'Académie brésilienne des lettres et les institutions culturelles des autres pays de langue portugaise et des noyaux portugais à l'étranger. Il appartient à ladite Académie de proposer au gouvernement ou aux institutions scientifiques et services culturels des mesures jugées appropriées pour assurer et promouvoir l'unité et l'expansion de la langue portugaise.
Article 6

En ce qui concerne l'unité et l'expansion de la langue portugaise, l'Académie vise à coordonner son action avec l'Académie brésilienne des lettres et les institutions culturelles des autres pays de langue portugaise et des noyaux portugais à l'étranger.

Paragraphe unique. Il appartient à l'Académie de proposer au gouvernement ou aux institutions scientifiques et services culturels des mesures jugées appropriées pour assurer et promouvoir l'unité et l'expansion de la langue portugaise.

Or, les activités de l'Académie des sciences de Lisbonne rayonnent à travers le monde, particulièrement dans les pays lusophones, car les décisions de l'Académie assurent le prestige des formes préconisée en matière de langue portugaise.

Cette politique de valorisation du portugais comme langue internationale se veut le prolongement de l’ancienne politique coloniale du Portugal. On ne dénombre aujourd’hui que deux pays où le portugais est la langue maternelle de la grande majorité de la population, le Portugal et le Brésil, ainsi que cinq pays d’Afrique, sans compter quelques îlots symboliquement lusophones en Asie, tel Macao (Chine).

Une anecdote mérite d'être soulignée: il s'agit de l'effigie du championnat d'Europe de 2004. Les députés socialistes portugais avaient réagi avec vigueur, car ils n'avaient pas semblé pas apprécier le choix du nom de la mascotte de l'Euro 2004, Kinas. Selon eux, elle aurait dû s'appeler Quinas («écusson» en français), puisque la lettre K ne fait pas partie de l'alphabet portugais et ne doit être utilisée que dans les mots étrangers. Pour les socialistes, ce choix constituait une attaque à la «dignité de la langue portugaise et des symboles nationaux».

Dès le 18 décembre 1971, une convention internationale avec le Portugal liait l'Académie brésilienne des lettres (Academia Brasileira de Letras) dont le but était de maintenir la parité orthographique et lexicale avec la langue portugaise du Portugal. En vertu de l’entente, le portugais brésilien devait demeurer aligné sur la forme de prestige préconisée par l'Académie des sciences de Lisbonne (Academia das Ciências de Lisboa). Pour beaucoup de Brasileiros, la langue portugaise du Brésil n'a jamais pu devenir tout à fait autonome.

8.4 L’accord orthographique de 1990

Depuis 1990, de nombreux accords de coopération scientifique et technique ont été signés entre le Portugal et le Brésil, ce qui a donné lieu à plusieurs commissions communes de terminologie. Le traité le plus important concerne l'Accord orthographique sur la langue portugaise de 1990 — Acordo Ortográfico da língua Portuguesa — qui a pris en compte les différences linguistiques afin de réduire les difficultés liées à la tendance naturelle à la différenciation et de préserver les intérêts de la langue portugaise dans les pays lusophones.

À la suite des délibérations entre les délégations de l'Angola, du Cap-Vert, de la Guinée-Bissau, du Mozambique et de São Tomé et Príncipe, ainsi que des observateurs de la Galice (Espagne), les États signataires — la République populaire d'Angola, la République fédérative du Brésil, la république du Cap-Vert, la république de Guinée-Bissau, la république de Mozambique, la république du Portugal et la République démocratique de São Tomé et Príncipe — ont convenu des dispositions qui suivent (l’accord comptant quatre articles).

L’article 1er ne fait que proclamer l’adoption de l’accord orthographique de 1990, mais l’article 2 énonce que les États signataires prendront les mesures nécessaires en vue d'élaborer un vocabulaire orthographique commun de la langue portugaise en ce qui concerne les terminologies scientifiques et techniques.

Article 2

Les États signataires doivent prendre, par l'entremise des institutions et organismes compétents, les mesures nécessaires en vue de l'élaboration, jusqu'au 1er janvier 1993, d'un vocabulaire orthographique commun de la langue portugaise, aussi complet que souhaitable et normalisé que possible en ce qui concerne les terminologies scientifiques et techniques.

Selon l’article 3, l'Accord devait entrer en vigueur le 1er janvier 1994, une fois que seront déposés les instruments de ratification de tous les États signataires auprès du gouvernement de la république du Portugal. Pour diverses raisons, la date butoir a été reportée en mai 2015, car en janvier 1994 seuls le Portugal, le Brésil et le Cap-Vert avaient ratifié l'accord. Quant à l’article 4, il oblige les États signataires à prendre les mesures appropriées pour assurer le respect effectif de la date d'entrée en vigueur établie à l’article précédent. Le document fut signé par les sept États, à Lisbonne, le 16 décembre 1990.

Le traité est accompagné d’annexes décrivant les points orthographiques et/ou grammaticaux sur lesquels porte l’accord: alphabet, h initial et final, homophonie, séquences consonantique, voyelles atones, voyelles nasales, accentuation des oxytons/paroxytons, accent grave, tréma, trait d’union, apostrophe, minuscules et majuscules, divisions syllabiques, etc.

Il subsiste des différences relativement importantes entre le portugais européen et le portugais brésilien.

Norme portugaise) Accord orthographique
acção («action») ação
acto («acte») ato
afecto («affection») afeto
aspecto («aspect») aspeto
infecção («infection») infeção
óptimo («grand») ótimo
recepção («réception») receção
intersecção («intersection») interseção
asséptico («aseptique») assético
Egipto («Égypte») Egito
Norme brésilienne Accord orthographique
lingüiça («saucisse») linguiça
pingüim («pingouin») pinguim
freqüência («fréquence») frequência
qüinqüênio («quinquennat») quinquênio
assembléia («assemblée») assembleia
idéia («idée») ideia
européia («européen») europeia
abençôar («bénir») abençoar
enjôo («nausée») enjoo
vôo («vol») voo

Ces différences concernent principalement les accents, c'est-à-dire les signes accompagna nt les voyelles et les consonnes pour en modifier la consonance (accent aigu, accent circonflexe, cédille, tréma, tilde). Mentionnons aussi les lettres «muettes»: les Portugais écrivent objecto («objet»), mais prononcent [ob-je-to]; ils devront donc écrire comme les Brésiliens objeto. Par contre, les Brésiliens devront oublier l'emploi du tréma dans freqüência qui devra s’écrire frequência. Ils perdent d'autres accents jugés inutiles, par exemple l’accent de idéia, qui devient ideia comme c'est le cas au Portugal. 

Cela étant dit, l’Acordo Ortográfico da Língua Portuguesa n'a pas fait que des heureux, y compris au Portugal. Des campagnes de presse ont tout fait pour discréditer le traité.
Les mêmes événements se sont produits au Brésil, car beaucoup craignent de perdre le caractère brésilien de la langue portugaise. L'accord orthographique aurait dû entrer en vigueur le 1er janvier 1994, mais à cette date seuls le Portugal, les Brésil et le Cap-Vert avaient ratifié l'accord. La date-butoir a été reportée en mai 2015 en raison des difficultés d'application, notamment en Angola et au Mozambique. Les partisans de l’Accord considèrent que l'accord renforce la langue portugaise dans le monde en réduisant son hétérogénéité, fruit de sa dispersion géographique entre trois continents. Avec cet accord, le Brésil et le Portugal pourraient enfin mettre en commun leurs efforts concernant la promotion du portugais, surtout en Afrique où les différences sont en encore plus grandes.

8.5 La Communauté des pays de langue portugaise

En 1996, le Portugal ainsi que sept de ses anciennes colonies ont fondé la Comunidade dos Países de Língua Portuguesa (CPLP), la Communauté des pays de langue portugaise. Les pays membres étaient les suivants: outre le Portugal, l'Angola, le Brésil, le Cap-Vert, la Guinée-Bissau, le Mozambique et Sao Tomé-et-Principe. Après son indépendance, le Timor oriental a rejoint l’organisation comme 8e pays membre. La CPLP veut promouvoir la langue portugaise ainsi que la culture commune qui unit les pays membres. Plus particulièrement, les pays lusophones désirent collaborer dans le domaine de l'éducation, mais chercheront aussi à renforcer les liens culturels, politiques et économiques. La CPLP a son siège social à Lisbonne.

Grosso modo, les pays de la CPLP veulent encourager la diffusion et l'enrichissement de la langue portugaise, accroître les échanges culturels dans l’espace lusophone, renforcer la coopération entre les pays de langue portugaise dans le domaine de la concertation politique et diplomatique, encourager le développement d'actions de coopération interparlementaire, développer la coopération économique, dynamiser et approfondir la coopération dans le domaine universitaire, de la formation professionnelle et dans les différents secteurs de la recherche scientifique et technologique, mobiliser des efforts et des ressources en appui solidaire aux programmes de reconstruction et de réhabilitation, promouvoir la coordination des activités des institutions publiques et entités privées, associations de nature économique et organisations non gouvernementales œuvrant au développement de la coopération entre les pays lusophones, etc. 

- La Déclaration constitutive des pays de langue portugaise  

Deux documents ont été signés par les États de la CPLP: la Déclaration constitutive des pays de langue portugaise (du 17 juillet 1996) et les Statuts de la Communauté des pays de langue portugaise, également du 17 juillet 1996.

La Déclaration constitutive a institutionnalisé la Communauté des pays de langue portugaise (CPLP). L'article 3 de la Charte de la Communauté des pays de langue portugaise exprime clairement les objectifs de ces sept pays :

1) concertation politique et diplomatique entre ses membres en matière de relations internationales, principalement dans le but d'affirmer sa présence (de la CPLP) dans les congrès internationaux ;

2) la coopération, particulièrement dans les domaines économique, social, culturel, juridique, technique et scientifique;

3) la mise en oeuvre de projets destinés à promouvoir et à diffuser la langue portugaise.

- Les statuts des pays de langue portugaise (CPLP)

La Déclaration constitutive est accompagnée des Statuts de la CPLP, qui comptent 22 articles.  Seul l'article 3 traite de la langue portugaise, les autres articles concernent le fonctionnement de la CPLP. Voici les objectifs tels qu'énoncés par l'article 3:

a) la concertation politique et diplomatique entre ses membres en matière de relations internationales, nommément en vue de renforcer leur présence aux fora internationaux;

b) la coopération, nommément dans les domaines économique, social, culturel, juridique, technique et scientifique;

c) la matérialisation de projets visant à la promotion et à la diffusion de la langue portugaise.

Encore ici, le Portugal se montre très préoccupé de la diffusion de sa langue à travers le monde. De fait, le Portugal, pratique une politique d’internationalisation linguistique.

9 Les régions autonomes des Açores et de Madère

Le Portugal compte deux régions autonomes, les archipels des Açores et de Madère. Les Açores constituent un archipel de neuf îles (et de plusieurs îlots) au milieu de l'océan Atlantique, soit à environ 1200 km à l'ouest du continent européen; sa superficie est de 2335 km².

Quant à Madère, c'est un archipel situé à 1000 km au sud-est de Lisbonne, donc plus près du Maroc, avec une superficie totale des terres de 794 km².

Plus au sud, on trouve l'archipel des Canaries, appartenant à l'Espagne, situé à quelque 150 km des côtes africaines.

Conformément à l’article 6 de la Constitution, le Portugal demeure un État unitaire, y compris avec ses deux régions autonomes: 

Artigo 6

1) O Estado é unitário e respeita na sua organização e funcionamento o regime autonómico insular e os princípios da subsidiariedade, da autonomia das autarquias locais e da descentralização democrática da administração pública.

2) Os arquipélagos dos Açores e da Madeira constituem regiões autónomas dotadas de estatutos político-administrativos e de órgãos de governo próprio.

Article 6

1) L'État est unitaire et respecte dans son organisation les principes de l'autonomie des collectivités locales et de la décentralisation démocratique de l'administration publique. 

2) Les archipels des Açores et de Madère constituent des régions autonomes dotées de statuts politiques et administratifs et d'organes de gouvernement qui leur sont propres.

Selon l’article 225, le régime politique et administratif propre aux archipels des Açores et de Madère est «fondé sur les caractéristiques géographiques, économiques, sociales et culturelles de ces régions et sur les aspirations historiques autonomistes des populations insulaires». Mais c’est le troisième paragraphe qui doit retenir notre attention:

Artigo

Regime político-administrativo dos Açores e da Madeira

1) O regime político-administrativo próprio dos arquipélagos dos Açores e da Madeira fundamenta-se nas suas características geográficas, económicas, sociais e culturais e nas históricas aspirações autonomistas das populações insulares.

2) A autonomia das regiões visa a participação democrática dos cidadãos, o desenvolvimento económico-social e a promoção e defesa dos interesses regionais, bem como o reforço da unidade nacional e dos laços de solidariedade entre todos os portugueses.

3) A autonomia político-administrativa regional não afecta a integridade da soberania do Estado e exerce-se no quadro da Constituição.

Article 225

Régime politico-administratif des Açores et de Madère

1) Le régime politico-administratif propre aux archipels des Açores et de Madère est fondé sur les caractéristiques géographiques, économiques, sociales et culturelles de ces régions et sur les aspirations historiques autonomistes des populations insulaires.

2) La vie des régions vise la participation démocratique des citoyens, le développement socio-économique et la promotion et la défense des intérêts régionaux, ainsi que le renforcement de l'unité nationale et des circuits de solidarité entre les tous les Portugais.

3) L'autonomie politique et administrative régionale ne porte pas atteinte à la souveraineté de l'État et s'exerce dans le cadre de la Constitution. 

Cela signifie que les deux archipels doivent respecter toutes les dispositions constitutionnelles du Portugal, y compris en matière de langue.

9.1 Les Açores

L’archipel des Açores (capitale: Ponta Delgada) est constitué de neuf îles et de plusieurs îlots, au milieu de l'océan Atlantique, à environ 1200 km à l'ouest du Portugal. L’archipel compte quelque 240 000 habitants. Presque tous les habitants des Açores parlent le portugais comme langue maternelle; c’est également la langue officielle. 

Dans l’archipel des Açores, la politique linguistique est la même qu’au Portugal. Toute la vie politique, judiciaire, culturelle et économique se déroule dans cette seule langue à l’exception des classes d’accueil destinées aux quelques enfants d’immigrants. Depuis 1975, il s’est développé dans cet archipel un mouvement autonomiste et indépendantiste, mais quoi qu’il arrive à ce sujet le portugais demeurera la seule langue d’usage.

On peut consulter une page spécifique consacrée à la politique linguistique des Açores en cliquant ICI, s.v.p.

9.2 L'archipel de Madère

L’archipel de Madère (capitale: Funchal) est situé à 1000 km au sud-est de Lisbonne, face au Maroc, et compte une population de 263 000 habitants qui parlent presque tous le portugais comme langue maternelle. 

Conformément à la Constitution qui soumet l’archipel aux mêmes obligations, le portugais est la langue officielle. Toute la vie politique, judiciaire, culturelle et économique se déroule dans cette seule langue à l’exception des classes d’accueil destinées aux quelques enfants d’immigrants. Comme aux Açores, l’archipel manifeste également des velléités autonomistes, lesquelles n’ont rien à voir avec la langue.

Il est possible de consulter une page spécifique consacrée à la politique linguistique de Madère en cliquant ICI, s.v.p.

10 La décolonisation du Timor oriental

Bien que le Timor oriental, cette ancienne colonie portugaise, ait été envahi par les forces indonésiennes en 1975, les Nations unies n’ont jamais entériné l’annexion forcée du territoire et, au point de vue du droit international, le Portugal demeure toujours la «Puissance administrante». Le 5 mai 1999, sous l'égide de l'Onu, l'Indonésie et le Portugal ont signé un accord qui, en prévoyant un référendum pour le 30 août, ouvrait la voie à l'indépendance: 78,5 % des Timorais ont refusé l'autonomie interne proposée par le gouvernement de l’Indonésie.

Par la suite, le Timor oriental a été mis à feu et à sang aussitôt par des milices pro-indonésiennes ne dépendant pas du gouvernement mais jouissant d'une impunité totale, et qui ont refusé de reconnaître l'écrasante victoire au référendum en faveur de l'indépendance. Dans une démonstration de force sans précédent, les milices indonésiennes se sont emparés de Dili, la capitale, et ont lancé une chasse sanglante aux indépendantistes tout en détruisant 90 % de la ville. Après plusieurs jours de tueries, de déportations et de pillages, l’Onu a réussi à envoyer une force d’interposition de 8500 Casques bleus (INTERFET) afin d’imposer une forme de paix. Le 20 septembre 1999, le Timor oriental devenait un territoire sous administration provisoire des Nations unies.

Il restait au Portugal, considéré alors comme la «Puissance administrante», à abroger l’article 293 de la Constitution relatif au Timor oriental:

Artigo 293

Autodeterminação e independência de Timor Leste

1) Portugal continua vinculado às responsabilidades que lhe incumbem, de harmonia com o direito internacional, de promover e garantir o direito à autodeterminação e independência de Timor Leste.

2) Compete ao Presidente da República e ao Governo praticar todos os actos necessários à realização dos objectivos expressos no número anterior.

Article 293 [abrogé]

Autodétermination et indépendance du Timor oriental

1) Le Portugal continue à assumer les responsabilités qui lui incombent, conformément au droit international, visant à promouvoir et à garantir le droit à l'autodétermination et à l'indépendance du Timor oriental.

2) Il appartient au président de la République et au gouvernement d’appliquer toutes les mesures nécessaires à la réalisation des objectifs indiqués au paragraphe précédent.

La révision constitutionnelle de 2001 n'avait pas encore modifié cette partie de la Constitution portugaise, le Timor oriental étant un État souverain depuis le 20 mai 2002. Cependant, la révision constitutionnelle de 2004 a supprimé cette partie de la Constitution. On peut consulter la page Web consacrée au Timor oriental (Timor Leste).

En somme, le Portugal ne maltraite pas ses minorités, notamment sa petite minorité mirandaise. Il ne lui accorde que des droits réduits visant à faciliter son intégration sur les plans linguistique, éducatif, social et politique. Il faut dire que les minorités nationales au Portugal sont en très petit nombre et qu’il serait probablement illusoire de leur donner des droits linguistiques importants, qui impliqueraient des frais disproportionnés à leur nombre réel.

Si l’on s’en tient au domaine de l’éducation et de l'intégration des immigrants, le Portugal a fait des efforts que très peu de pays dans la même situation seraient prêts à faire. Pensons à des pays aussi démocratiques que le Luxembourg et l’Islande où des problèmes identiques se font encore attendre. Au Portugal, ce sont là les seuls problèmes relatifs à la question linguistique. L’État s’en tire assez bien dans la mesure où l'on accepte qu’il ne s’agit là que d’une politique d’enseignement bilingue destinée à faciliter l’insertion sociale et non la conservation de la langue maternelle. En ce sens, c'est une politique qui se rapproche de celle des États-Unis d'Amérique.

Par ailleurs, l'État portugais poursuit des objectifs d'internationalisation de la langue portugaise, notamment en Afrique, là où il existait des colonies portugaises. La sauvegarde et l'expansion du portugais dans le monde sont des constantes dans la politiques linguistique du Portugal contemporain, comme quoi son empire colonial a laissé des traces profondes.

Dernière mise à jour: 10 janv. 2014
 

Bibliographie

DIRECÇÃO REGIONAL DE EDUCAÇÃO. The Education System in Portugal, Lisbonne, 1997, 
[http://www.eurydice.org/Eurybase/files/PTEN/PTEN17.htm].

EUROMOSAIC. Le mirandais au Portugal, Barcelone, Institut de Sociolingüística Catalana, sans date,
http://www.uoc.es/euromosaic/web/document/mirandes/fr/i1/i1.html

LECLERC, Jacques. Langue et société, Laval, Mondia Éditeur, coll. "Synthèse", 1992, 708 p.  

MOTA, Maria Antónia et Maria Fernanda Bacelar do Nascimento. «Le portugais dans ses variétés» dans Revue belge de philologie et d'histoire, no 79, Bruxelles, 2001, p. 931-952.

SOMBRA SARAIVA, José Flávio. CPLP Comunidade dos Países de Língua Portuguesa, Brasilia, Instituto Brasileiro de Relações Internacionais (IBRI), 2001, 203 p.

TURCI, Érica. «A formação de Portugal e da língua portuguesa» [La formation du Portugal et de la langue portugaise] dans UOL Educação,  Lisbonne, août 2008.

VASCONCELLOS, José Leite. Esquisse d'une dialectologie portugaise, Lisbonne, édiction en fac-similé, Instituto Nacional de Investigação Científica, 1987, 3e édition.

YACOUB, Joseph. «La péninsule Ibérique» dans Les minorités dans le monde, Paris, Desclée de Brouwer, 1998, p. 289-306.

   

Açores  -  Madère - Galice (Espagne)