République du Yémen

Yémen

Al Jumhuriyah al Yamaniyah

Capitale:  Sanaa
Population: 18,7 millions (2001)
Langue officielle: arabe
Groupe majoritaire: aucun
Groupes minoritaires: arabe sanaani (41,2 %), arabe taizzi-adeni (36 %), arabe hadrami (17 %), somali (1,5 %), arabe soudanais (1,3 %), hébreu (1 %), arabe omanais (0,5 %), sokotri (0,3 %), mehri (0,3 %), malais (0,1 %), arabe mésopotamien (0,1 %), etc.

Système politique:  république islamique
Articles constitutionnels (langue): art. 2 de la Constitution du 16 mai 1991
Lois linguistiques:
aucune

1 Situation générale

La république du Yémen est un pays situé à la pointe sud-ouest de la péninsule Arabique; elle possède des façades maritimes sur le golfe d’Aden et sur la mer Rouge. Les pays frontaliers du Yémen sont l’Arabie Saoudite au nord et le sultanat d’Oman à l’est. Le Yémen couvre une superficie totale de 527 970 km² (France: 547 03 km²). Plusieurs îles font partie du territoire yéménite : l'île Kamaran en mer Rouge, l'îlot de Périm qui commande l'accès à la mer Rouge par le détroit de Bab el-Mandeb, et l'île Socotra (la plus grande des îles) dans l'océan Indien. La capitale du pays est Sanaa.

Dans le monde antique, le Yémen était connu sous le nom d’«Arabie heureuse». Yémen signifie en arabe «la droite» : le pays est, en effet, situé à droite de La Mecque, pour les fidèles musulmans qui se tournent vers la Ville sainte lorsqu’ils prient. L’actuel Yémen est né en 1990 de la réunion de la République démocratique et populaire du Yémen (Yémen du Sud) et de la République arabe du Yémen (Yémen du Nord).

Depuis la réunification du Yémen du Nord et du Yémen du Sud, le pays est divisé administrativement en 19 gouvernorats (plur.: muhafazat; sing.: muhafazah): Abyan, Adan, Ad Dali, Al Bayda, Al Hudaydah, Al Jawf, Al Mahrah, Al Mahwit, Amran, Dhamar, Hadhramaut, Hajjah, Ibb, Lahij, Ma'rib, Sa'dah, Sanaá, Shabwah et Ta'izz.

Avec un PIB par habitant compris, selon les sources entre 350 $ et 450 $ US par habitant, le Yémen était se classant au 149e rang sur les 177 pays répertoriés dans l'Indicateur de développement humain de l'ONU de 2004. Le Yémen est l'un des pays les plus pauvres de la planète et cumule une situation économique fragile avec une démographie en forte expansion. Qui plus est, le «pays de la reine de Saba» est au bord de l'effondrement.

2 Données démolinguistiques

La population du Yémen était estimée, en 2001, à 18,7 millions d'habitants. Plus d’un million de Yéménites ont émigré vers l’Indonésie, les pays du Golfe et l’Arabie Saoudite. Après que le Yémen eut pris position pour l’Irak durant la guerre du Golfe, près d’un million d’entre eux, qui travaillaient en Arabie Saoudite et dans les Émirats, ont été contraints au retour.

2.1 Les ethnies

Le Yémen compte plusieurs ethnies arabes et non arabes. On distingue les Arabes yéménites du Centre, les Arabes yéménites du Nord, les Arabes yéménites du Sud, les Arabes yéménites de la Tihama (une bande côtière de moins de 50 km de largeur), les Arabes soudanais, les Arabes omanais, les Arabes de l'île Socotra, les Arabes mésopotamiens, les Arabes palestiniens, les Arabes égyptiens, les Arabes du Golfe et les Hobyots.

Ethnie Langue maternelle Affiliation linguistique Population %
Arabes yéménites du Centre arabe taizzi-adeni langue sémitique 6 760 000 36,0 %
Arabes yéménites de la Tihama arabe sanaani langue sémitique 4 000 000 21,3 %
Arabes yéménites du Nord arabe sanaani langue sémitique 3 750 000 19,9 %
Arabes yéménites du Sud arabe hadrami langue sémitique 3 200 000 17,0 %
Somali somali langue couchitique 290 000 1,5 %
Arabes soudanais arabe soudanais langue sémitique 246 000 1,3 %
Juifs hébreu langue sémitique 200 000 1,0 %
Arabes omanais arabe omanais langue sémitique 98 000 0,5 %
Socotranais sokotri langue sémitique 70 000 0,3 %
Mahra mehri langue sémitique 58 000 0,3 %
Malais malais langue austronésienne 28 000 0,1 %
Arabes irakiens arabe mésopotamien langue sémitique 25 000 0,1 %
Arabes palestiniens arabe leventin du Nord langue sémitique 14 000 0,0 %
Iraniens farsi de l'Ouest langue indo-iranienne 14 000 0,0 %
Arabes égyptiens arabe égyptien langue sémitique 10 000 0,0 %
Arabes du Golfe arabe du Golfe langue sémitique 10 000 0,0 %
Juifs arabe standard langue sémitique 5 600 0,0 %
Juifs judéo-yéménites arabe judéo-yéménite langue sémitique 1 000 0,0 %
Hobyots hobyot langue sémitique   100 0,0 %
Total de 18 779 600 habitants

Chez les ethnies non arabes, mentionnons les Somalis, les Malais, les Iraniens et les Juifs. Un grand nombre de travailleurs yéménites ont également émigré dans les autres pays de la péninsule Arabique, mais aussi à Djibouti, au Royaume-Uni, aux États-Unis et au Canada.

2.2 Les langues

La langue numériquement la plus importante du Yémen est l'arabe sanaani parlée à la fois par les Yéménites du Nord et les Yéménites de la Tihama (41,2 %). Suivent l'arabe taizzi-adeni (36 %), l'arabe hadrami (17 %), le somali (1,5 %), l'arabe soudanais (1,3 %), l'hébreu (1 %), l'arabe omanais (0,5 %), le sokotri (0,3 %), le mehri (0,3 %), le malais (0,1 %) et l'arabe mésopotamien. Les langues suivantes sont parlées par de petites communautés linguistiques: l'arabe palestinien (ou leventin du Nord), le farsi de l'Ouest, l'arabe égyptien, l'arabe du Golfe, l'arabe standard, l'arabe judéo-yéménite et le hobyot.

Ainsi, la plupart des langues du Yémen appartiennent aux langues sémitiques, mais le somali (langue couchitique) et le malais (langue austronésienne) ne font pas partie de cet ensemble. On peut constater aussi que les langues non arabes sont parlées par des travailleurs immigrants: le somali, l'hébreu, le malais, le farsi, etc. Évidemment, beaucoup de travailleurs immigrants peuvent parler d'autres variétés d'arabe: l'arabe soudanais, l'arabe omanais, l'arabe mésopotamien, l'arabe palestinien, l'arabe égyptien, l'arabe du Golfe et l'arabe standard.

2.3 Les religions

Au Yémen, la religion est toute-puissante: c'est un État islamique régi par la Charia. D'ailleurs, l'article premier de la Constitution yéménite proclame que «la république du Yémen est un État arabe, islamique, indépendant, souverain, un et indivisible». De plus: «Le peuple yéménite fait partie intégrante de la Nation arabe et islamique.» À l'article 2, on peut lire: «L'islam est la religion de l'État.» Puis à l'article 3: «La Charia islamique est la source de toutes les législations.»

L'islam yéménite est composé de deux courants religieux principaux : le sunnisme et le chiisme. En fait, 55 % des Yéménites sont de rite chaféiste implanté surtout dans le Sud; et environ 45 % sont des adeptes du zaydisme, issu du chiisme, très implanté dans le nord du pays.  (env. 45 % de la population) et le chafiisme, issu du sunnisme et davantage implanté dans le Sud (environ 55 % de la population). On peut dire que les chiites zaydites et les sunnites chafiites rassemblent au moins 98 % de la population totale. L'apostasie de l'islam est interdite et passible de la peine de mort.

Ainsi, les chiites constituent une forte minorité essentiellement présente dans les montagnes du nord-ouest du pays, le fief des houthistes, appelés aussi Ansar Allah («les partisans d'Allah») également connus sous le nom de Jeunes Croyants. Les houtihistes sont une organisation insurrectionnelle chiite en conflit avec le gouvernement du Yémen dans le cadre de la guerre du Yémen (depuis 2001). Ils se sont emparés, depuis leurs bastions des montagnes du Nord-Ouest, d'une grande partie de l'ouest du pays, notamment de l'ancien Yémen du Nord. Le nombre de ses membres armés houthistes au Yémen est estimé à 10 000. Leur révolte vient du fait qu'ils disent avoir été marginalisés par le gouvernement aux plans politique, économique et religieux dans le cadre de la réunification du Yémen (1990). C'est pourquoi ils demandent le rétablissement du statut d’autonomie dont ils bénéficiaient avant le coup d'État républicain de 1962. 

Le Yémen compte aussi une petite communauté d'ismaéliens de quelque 75 000 membres. Une petite communauté juive existe aussi. Entre 1948 et 1950, environ 50 000 juifs yéménites ont émigré en Israël : la communauté juive au Yémen compte plus de 200 000 membres dispersés dans le pays. La plupart parlent l'hébreu, mais quelques-uns parlent le judéo-yéménite.

3 Données historiques

L’Arabie du Sud, appelée Arabia Felix (l'«Arabie heureuse») par les Romains, était prospère dès le XIe siècle avant notre ère. Au temps des pharaons, les caravanes acheminaient sur le territoire du Yémen l'encens et autres marchandises convoitées de l'Orient. Les tribus commerçantes fondèrent plusieurs cités-États dont la plus fameuse, le royaume de Saba, qui s’épanouit du VIIIe siècle jusqu'au VIe siècle avant notre ère, étendit son influence jusqu’à l’Afrique. Prospérant grâce au commerce des épices, de la myrrhe et de l’encens, le royaume de Saba dut également sa richesse à l’ingénieux système d’irrigation, illustré par la grande digue (ou barrage) de Marib, édifiée dès le VIIIe siècle avant notre ère et qui ne fut définitivement détruite qu’en l'an 572 de notre ère.

Les royaumes de Saba, Maïn, Qataban, Awsan et Hadramaout furent réunis en un seul, peu avant l’ère chrétienne, par les Himyarites, dont l’expansion avait commencé à partir d’un comptoir commercial situé à Muza, sur la mer Rouge. Ils gouvernèrent le Yémen jusqu’en 525, mais dès le Ier siècle de notre ère, la découverte d’une route maritime directe vers l’Inde avait provoqué le déclin économique de l’«Arabie heureuse».

3.1 Les religions nouvelles

Après la chute de Jérusalem en 70, des juifs commencèrent à affluer dans le royaume himyarite; ils furent rejoints par des missionnaires chrétiens à partir du IVe siècle. Le royaume fut en grande partie converti au judaïsme, que l’un des derniers souverains himyarite tenta d’imposer à tous. C’est pour protéger les chrétiens persécutés que les Éthiopiens envahirent le Yémen. Celui-ci a déjà été brièvement contrôlé par le royaume d’Aksoum, de 330 à 378, il fut de nouveau placé sous domination de l’Éthiopie de 525 à 575, avant d’être occupé par les Perses sassanides.

En 628, le gouverneur perse du Yémen se convertit à l'islam, qui avait été introduit par les Bédouins; il entraîna dans sa démarche l'ensemble de son peuple et de nombreuses mosquées furent alors construites. Le Yémen fut placé sous l’autorité successive des califes omeyades, puis abbassides, et ses habitants, nombreux à servir dans les armées du calife, participèrent à l’expansion de l’islam.

3.2 Les dynasties locales

En 898, mettant à profit l’effondrement du pouvoir abbasside, l’imam Yahya ibn Husayn, qui prétendait descendre du calife Ali ibn Abu Talib, fonda une dynastie chiite. Son fondateur se réclamait de Zayd ibn Ali, que les chiites zaydites ont préféré à son frère, cinquième imam du chiisme. La dynastie zaydite se maintiendra jusqu’en 1962.

Jusqu’au XVIe siècle, différentes dynasties chiites et sunnites s’affrontèrent pour le pouvoir au Yémen. En 1037, les Fatimides repoussèrent les musulmans zaydites au nord, avant d’être évincés par Saladin, qui réunifia le pays. Malgré ces conflits, l’économie du Yémen prospéra. Ce fut également une période faste aux plans artistique et culturel, notamment sous le règne des Rassoulides, de 1229 à 1454.

3.3 La domination ottomane

La brève incursion des Portugais qui contrôlaient l’océan Indien, au début du XVe siècle, marqua le début d’une période de conflits : les mamelouks, puis les Ottomans vinrent à la rescousse du Yémen. Ces derniers occupèrent Aden en 1538, pour étendre leur domination sur la presque totalité du pays, à l’exception du nord tenu par les chiites zaydites. En 1635, les Ottomans furent chassés par les zaydites. Ceux-ci, qui avaient fait d’Aden leur capitale, ne purent jamais imposer réellement leur autorité aux sunnites chafiites du Sud. Les Ottomans occupèrent de nouveau le Yémen en 1872 pour se protéger à la fois des wahhabites en Arabie et de Méhémet Ali (1769-1849), vice-roi d'Égypte.

En 1839, les Britanniques contrôlèrent le port d'Aden, une escale importante sur la route des Indes. En 1843, la ville, sous la dépendance de l'Empire colonial des Indes, devint une place forte. Cette installation s'avéra très importante, car elle permit à la Grande-Bretagne de signer des traités de «protection» avec de nombreux souverains ou chefs de tribu locaux. Les Britanniques finirent par contrôler les territoires qui formeront plus tard le Yémen du Sud. De son côté, le nord du Yémen resta à partir de 1849 sous la suzeraineté ottomane. En 1905, la division du pays était consacrée par un accord entre les Britanniques et les Ottomans.

Ainsi, comme on peut le constater, l'origine des deux Yémen trouve sa source dans un héritage colonial. Si le Nord a été marqué par la présence des Ottomans, le Sud a été, jusqu'en 1967, un protectorat britannique. Cet héritage colonial s'est doublé d'une différence religieuse: le Nord est majoritairement zaydite, le Sud est plutôt chaféite. Les orientations politiques des deux régimes, le Yémen du Sud et le Yémen du Nord, furent donc fondamentalement différentes.

3.4 Le Yémen du Nord

Après des années de rébellion contre la domination ottomane, le nord du Yémen se vit accorder l’autonomie par l’Empire ottoman lors du traité de Dahan en 1905. L’indépendance fut acquise après le démantèlement de l’Empire en 1918. Les imams zaydites gouvernèrent de nouveau le Yémen, qu’ils conservèrent en autosuffisance jusqu’aux lendemains de la Seconde Guerre mondiale. En 1945, le Yémen du Nord devint un membre fondateur de la Ligue arabe; il entra aux Nations unies en 1947. Sous la gouverne de l'imam Yahya, le Yémen du Nord apparut comme un pays sous-développé et arriéré, fermé à toute influence étrangère. En 1948, le chef de l’État, l’imam Yahya, était assassiné : son fils Ahmad lui succéda. Victime d’un attentat, en 1961, il décéda l’année suivante et son fils fut déposé par l’armée qui proclama la République arabe du Yémen (RAY), présidée par le colonel, puis maréchal Abdullah al-Sallal.

Cette révolution provoqua une violente guerre civile entre les royalistes, soutenus par l’Arabie Saoudite et la Jordanie, et les républicains, appuyés par l’Égypte de Gamal Abdel Nasser, qui avait envoyé 70 000 hommes au Yémen. Un accord fut conclu en 1965 entre le président égyptien et le roi Fayçal ibn Abd al-Aziz d’Arabie Saoudite afin de mettre un terme au conflit, mais seule la défaite des Égyptiens lors de la guerre des Six Jours, en 1967, entraîna leur retrait effectif du Yémen. Al-Sallal, un chiite, fut alors renversé par Abdul Rahman al-Ariani, un sunnite. La réconciliation entre les royalistes et les républicains fut scellée en 1970 sous les auspices de l’Arabie Saoudite qui reconnut officiellement la République arabe du Yémen. Après une période de conflits, le colonel Ali Abdullah Saleh accéda au pouvoir en 1978. Il engagea son pays en 1991 aux côtés de l’Irak durant la guerre du Golfe.

3.5 Le Yémen du Sud

En 1935, les Britanniques, après avoir conclu un accord avec l’imam Yahya, mettant un terme à la guérilla menée par le Nord, s’accordèrent avec l’Arabie Saoudite sur la délimitation des frontières. À leur instigation, six émirats du Yémen du Sud formèrent, en 1958, une union, qui devint en 1962 la fédération de l’Arabie du Sud, élargie à 17 États de la région. En 1967, sous la pression d’un mouvement nationaliste armé, la Grande-Bretagne accorda l’indépendance au Yémen du Sud, qui prit le nom de République démocratique et populaire du Yémen en 1970. Le Front national de libération, marxiste, devint parti unique; la plupart des biens appartenant aux étrangers furent nationalisés. Par ailleurs, des liens étroits furent établis avec l’Union soviétique.

Les différents groupes marxistes présents au Yémen du Sud continuèrent à s’opposer. Ali Nasser Mohamed, devenu président en 1980, fut renversé en 1986, ce qui provoqua une courte, mais violente guerre civile. L’ancien premier ministre Haydar al-Attas fut élu président en octobre 1986. Il engagea la démocratisation du Yémen du Nord à partir de 1989.

3.6 Conflits et unification

Les tentatives d’unification qui avaient fait suite aux conflits ayant opposé, en 1972 et en 1979, les deux républiques du Yémen demeurèrent vaines. En 1988, un accord fut conclu pour démilitariser la frontière et exploiter en commun les gisements pétroliers. L’unification s’effectua finalement le 22 mai 1990. Les deux pays se fondirent en une république du Yémen, avec Ali Abdullah Saleh comme président et Haydar al-Attas comme premier ministre.
Cette unification a d'abord été une unification voulue par le haut, la répartition du pouvoir ayant été négociée entre les régimes du Nord et du Sud, et ne procédant pas d'une élection. Les deux parlements furent fusionnés et le gouvernement mis en place comptait autant de ministres sudistes que nordistes. Les deux républiques yéménites du Nord et du Sud se sont fondues à parité institutionnelle. Bien que la réunification ait été proclamée le 22 mai 1990, la réconciliation s'est avérée difficile, les leaders sécessionnistes étant toujours actifs.

Les émeutes de la faim qui eurent lieu en 1992 et l’agitation politique obligèrent le gouvernement à reporter les élections jusqu’au 27 avril 1993. Le Congrès général du peuple (CPG), ancien parti au pouvoir en République arabe du Yémen, obtint 121 sièges; le Parti al-Islah, un nouveau parti de coalition islamique, remporta 62 sièges; le Parti socialiste du Yémen (YSP), l'ancien parti unique de la République démocratique, gagna 56 sièges.

Ces trois principaux partis formèrent une coalition au Parlement, ce qui permit au président et au premier ministre de rester au pouvoir. Cette coalition éclata en avril 1994, après la rupture entre le président Saleh et le vice-président Ali Salem al-Beidh, originaire du Sud. Ce dernier proclama la sécession du Yémen du Sud en mai, provoquant ainsi une guerre civile qui s’acheva avec la prise d’Aden en juillet, par les troupes fidèles au président Saleh. Réélu à la tête de l’État en octobre 1994, celui-ci mit fin à la présidence collégiale et forma avec le Parti al-Islah une nouvelle coalition, qui remporta à nouveau les élections d’avril 1997. En janvier 1998, le président Saleh se proclama maréchal. Le soutien renouvelé qu’il apporta à ses proches, accusés de corruption, provoqua la démission du président du Conseil, remplacé en mai 1998 par Abdulkarim al-Iryani. La situation politique intérieure souffrit également de la dégradation du climat économique et social : émeutes et pillages liés à une augmentation de 40 % des prix du pétrole en juin 1998, combats entre l'armée et diverses factions dans les régions du nord, bombardements de villages par l'armée, dynamitage du pipeline transportant le pétrole vers la mer Rouge en juillet, puis en août 1998, attentats à la bombe sur le territoire de l'ancien Yémen du Sud. À ces multiples conflits, l'État opposa une reprise en main autoritaire qui laissait peu de place au principal parti d'opposition, le Parti islamo-tribal de la Réforme.

Le contentieux frontalier avec l’Arabie Saoudite, portant sur des zones pétrolifères et aquifères, connut un regain de tension en janvier 1995, mais le conflit armé fut évité. Le renoncement yéménite sur les provinces perdues en 1934 au profit de l’Arabie Saoudite (Asir, Najran et Jizan), fut officialisé à La Mecque en février 1995. En revanche, en décembre 1995, l’Érythrée envahit l’île principale de l’archipel des Hanish. Ces îles, peu peuplées, contrôlaient l’accès à la mer Rouge. Le conflit de souveraineté fut soumis à un arbitrage international. En novembre 1998, l’île de la Grande Hanish fut rendue à la souveraineté du Yémen.

En septembre 1999, Ali Abdullah Saleh, le maréchal-président sortant, remporta la première élection présidentielle au suffrage universel, avec plus de 96 % des voix, à l’issue d’un scrutin boycotté par une partie de l'opposition. Si le Yémen a mis fin à ses contentieux frontaliers avec l’Arabie Saoudite (nouvel accord en juin 2000) et l’Érythrée, la situation économique en 2000 restait encore difficile et l’insécurité forte, en raison de la recrudescence des prises d’otages de touristes étrangers par des groupes islamistes. Avec l'appui des agences internationales, le gouvernement du Yémen s'est lancé dans une stratégie à long terme destinée à réduire la pauvreté et à réaliser le potentiel du pays. En 2009, les sécessionnistes du Nord, comme ceux du Sud, dénonçaient la brutalité et la corruption du régime central, qui se tient au pouvoir depuis quatre décennies. Le président Ali Abdullah Saleh est taxé d'autoritarisme, de corruption, de népotisme et de mauvaise gestion. Pendant que le Sud réclame son indépendance, une partie du Nord est en rébellion, le groupe Al-Qaeda y étant bien implanté. Le gouvernement du Yémen ne contrôle pratiquement plus le pays en dehors de la capitale; ce sont des chefs de clan et les mouvements rebelles qui commandent. Pendant ce temps, le président construit des mosquées portant son nom.

Le Yémen demeure un État fragile, constamment au bord du précipice, car l'insurrection dans le Nord sape les ressources de l'État et la grogne sécessionniste dans le Sud apporte quotidiennement son lot de victimes. Les signes de l'effondrement du régime yéménite sont multiples et visibles partout, alors que la situation risque fort de se détériorer, surtout dans les régions du Sud. En janvier 2011, des manifestations ont eu lieu pour demander la fin du régime d'Ali Abdullah Saleh.

Encouragée par la révolution tunisienne, l'opposition yéménite réclame le départ du président qui tente de modifier la Constitution afin de conserver «à vie» la fonction qu'il occupe depuis 1978. Faisant face à d'importantes manifestations populaires, Ali Abdullah Saleh dément vouloir passer le flambeau à son fils Ahmed et promet des réformes. Le caractère dictatorial et corrompu du régime d'Ali Abdallah Saleh, les velléités sécessionnistes de la population du Sud, la présence active d’une branche d'Al-Qaïda, l'action dans le Nord des houthis, des rebelles chiites, ainsi que la pauvreté de la population et le manque de ressources favorise nécessairement l'instabilité.

Après une année de manifestations, le chef de l'État a dû abandonner son poste en 2012; il a été remplacé par son vice-président, mais ce dernier a été chassé à son tour en janvier 2015 lorsque les houthistes se sont emparées du palais présidentiel. Avec l’aide de l'Iran, mais aussi d'Ali Abdullah Saleh lui-même, l'Arabie Saoudite a pris la tête d’une coalition pour faire reculer les insurgés. Le Yémen est pris dans l’étau du conflit entre l’Arabie Saoudite et l’Iran. Plus de 6000 personnes sont décédées dans ce conflit. La guerre entre les armées du Golfe et leurs alliés locaux contre la rébellion houthiste frappe l'un des pays les plus pauvres de la planète. Aujourd'hui, c’est la famine qui pousse des dizaines de milliers de Yéménites à quitter leur pays par la mer. La prochaine crise de réfugiés viendra du Yémen. Depuis le début de l’intervention militaire saoudienne de mars 2015, le nombre de personnes déplacées à l’intérieur du pays dépasse le million et demi de personnes.

4 La politique linguistique

Aux prises avec de nombreux problèmes politiques, économiques, frontaliers, sociaux, etc., il serait surprenant que le Yémen ait pu développer une politique linguistique élaborée. On peut tout résumer en citant l'article 2 de la Constitution du 16 mai 1991: «L'islam est la religion de l'État et l'arabe, sa langue officielle.» L'article 27 prévoit bien une disposition antidiscriminatoire, mais il s'agit en général de vœux pieux qui se concrétisent rarement dans la réalité:

Article 27

Tous les citoyens sont égaux devant la loi. Ils sont égaux quant à leurs droits et leurs devoirs publics. Il n'y aura aucune discrimination entre eux basée sur le sexe, la couleur, l'origine ethnique, la langue, la profession, le statut social ou la religion.

On peut croire que l'État fera tout en son pouvoir pour assurer cette égalité en offrant des chances égales aux plans politique, économique, social et culturel.

4.1 La langue de l'État

L'arabe classique est la langue de la législation; c'est dans cette langue que sont rédigées les lois, puis discutées et promulguées. C'est également la langue des tribunaux, mais il est possible de recevoir l'aide d'un interprète si le justiciable ignore la langue officielle. Enfin, l'arabe est aussi la langue de l'Administration. Les documents écrits ne sont diffusés qu'en arabe et les fonctionnaires ne sont tenus de connaître que cette langue.

4.2 L'éducation

L'arabe demeure la seule langue d'enseignement dans les établissements publics, et ce, du primaire jusqu'à l'université. Le CALES, le Centre de langue arabe et des études orientales, dispense des cours d'arabe de haut niveau: ces derniers permettent aux étudiants d’approfondir leurs connaissances d’un domaine précis tel que les dialectes et la culture yéménite, l’histoire de l’art, l’histoire, la calligraphie, etc. 

Au Yémen, le taux d'alphabétisation demeure l'un des plus bas de tout le monde arabe: 26 % pour les femmes et 53 % pour les hommes, avec une moyenne nationale de 38 %. Quelque 76 % des jeunes commencent leurs études primaires, mais seulement 31 % poursuivent au secondaire. Seulement 4 % des jeunes ont accès à l'université. Dans les zones rurales, le taux d'analphabétisme atteint même plus de 70 % chez les femmes. Le gouvernement reconnaît lui-même que l'éducation yéménite est en piteux état. La mauvaise qualité de l'éducation primaire entraîne en partie un faible accès au niveau secondaire. Soixante pour cent des enseignants ne disposent que d'une instruction minimale (le niveau secondaire). Les efforts pour augmenter la qualité de l'enseignement primaire font face à des obstacles sérieux, dont des équipements matériels inadéquats, de graves pénuries de manuels et d'enseignants (surtout dans les campagnes), un manque de participation de la part des communautés locales, etc.

Le ministère de l'Éducation nationale prescrit un enseignement de l'anglais langue seconde dès le primaire. Malheureusement, l'enseignement est souvent fait dans des salles de classe surchargées, et ce, avec une pénurie de manuels et de démonstrations pratiques. Le résultat de cet enseignement laisse souvent à désirer, car beaucoup d'élèves accusent une faiblesse chronique dans l'apprentissage de l'anglais et un manque flagrant de compréhension. Or, le British Council (Conseil britannique) et d'autres établissements similaires peuvent inviter des spécialistes à donner des cours aux étudiants universitaires en anglais. Il arrive régulièrement que les études universitaires des jeunes Omanais soient compromises en raison de leur méconnaissance de la langue anglaise. Comme partout dans la société, la ségrégation des sexes est appliquée à l'université.

Les écoles publiques dispensent leur enseignement religieux exclusivement pour la religion musulmane, aucunement pour les autres confessions religieuses. Cependant, presque tous les non-musulmans peuvent recevoir leur instruction dans des écoles privées; ils sont considérés comme des étrangers. 

4.3 Les langues des médias

Le ministère de l'Information contrôle toute la radiodiffusion par la Société publique de radio et de télévision (la Public Corporation for Radio and Television). Le gouvernement contrôle aussi la plupart des journaux et des imprimeries; les journalistes sont souvent poursuivis pour leurs articles jugés trop politiques et certains sont victimes d'intimidations et de poursuites judiciaires visant à les empêcher de rendre compte des sujets «sensibles» tels que la coopération avec les États-Unis dans la lutte contre le terrorisme, la corruption et les violations des droits de l'homme. Cela dit, bien que censure soit très présente au Yémen, notamment à la télévision et à la radio, elle est beaucoup moins forte que dans la plupart des autres pays de la péninsule Arabique... à la condition que le pouvoir central ne soit pas remis en question.  En raison du haut taux d'analphabétisme dans le pays, la radio et la télévision constituent des sources d'information essentielles au Yémen. Les stations émettrices du sultanat d'Oman et de l'Arabie Saoudite peuvent aussi être captées.

La langue des médias reste sans contredit l'arabe classique. Les journaux tels que Al Motamar, Al Shmoa, Al Thawra, Al Wahdawi, Al Ayyam, Al Gumhuryah, Al Mathak, Al Sahwa, Al Shoura, etc., paraissent tous en arabe. Seuls les hebdomadaires Yemen Observer et le Yemen Times sont publiés en anglais.

Les médias électroniques sont normalement diffusées en arabe classique, la langue véhiculaire des Yéménites. On compte quelques stations locales à Ta'izz (1963), Al Mukalla (1967), Al Hodeida (1969) et Sayyun (1973). La radio du Yémen a des émissions en langue anglaise sur FM, MW et SW, de 21 h à 22 h et elles sont répétées le lendemain matin de 9 h à 10 h. Il existe aussi à Aden, dans le sud du pays, une émission en français, qui s’intitule «Ici, le Yémen», sur Radio-Aden, tous les soirs, de 20 h05 à 20 h 35. Pour la télévision, il existe deux canaux nationaux: le Canal 1 (à l'origine, l'ancienne station de télévision du Nord) qui a commencé à émettre le 26 septembre 1975, et le Canal 2 (l'ancienne station de télévision du Sud), qui fonctionne depuis le 11 septembre, 1964. Le Canal 1 diffuse quotidiennement des bulletins de nouvelles en anglais à 23 h et le Canal 2 à 21 h.

En somme, à l'exemple d'autres pays arabophones, la république du Yémen pratique une politique de valorisation de l'arabe officiel (classique) aux dépens des langues locales pour lesquelles il s'agit en fait d'une politique de non-intervention. Dans ces conditions, il n'est pas surprenant de constater que certaines minorités, tant ethniques que religieuses, disent souffrir de discrimination en raison de leur appartenance ethnique, linguistique ou religieuse, surtout dans le domaine du travail et dans le secteur public. Dans la pratique, l'arabe officiel et, dans une moindre mesure, l'anglais dans le Sud, restent des langues véhiculaires pour les nombreuses ethnies du pays. La politique linguistique demeure donc très simple: elle correspond à la non-intervention.

Dernière mise à jour: 21 déc. 2016
 

 

Bibliographie

ENCYCLOPÉDIE MICROSOFT ENCARTA, 2004, art. «Yémen», pour la partie historique.

SAINT-PROT, Charles. L'Arabie heureuse; de l'antiquité à Ali Abdallah Saleh le réunificateur du Yémen, Paris, Éditions Éllipses, coll. «L'Orient politique», 1997, 221 p.

SÉNAT FRANÇAIS. «Yémen : l'Arabie heureuse en mouvement», Paris, 31 janvier 2004, 295 Ko,
[http://www.senat.fr/ga/ga35/ga35.html].

SIMEONE-SENELLE, Marie-Claude. «The Negation in some Arabic Dialects of the Tihama of the Yemen», dans Ninth Symposium on Arabic Linguistics, Georgetown University, mars 1995, Éditions Mushira EID, Amsterdam/Philadelphia, 1996, p. 207-221.

SIMEONE-SENELLE, Marie-Claude. «The Modern South Arabian Languages» dans The Semitic Languages, Londres, Éditions Hetzron R., 1997, p. 378-423.

L'Asie