Tokelau

État libre associé à la Nouvelle-Zélande

 

Capitale: aucune
Population: 1337 (2014)
Langues officielles: tokelauien et anglais (de facto)
Groupe majoritaire: tokelauien (97 %)
Groupes minoritaires: anglais (2 %), samoan (1 %)
Système politique: État autonome associé à la Nouvelle-Zélande
Articles constitutionnels (langue): aucune disposition dans la Constitution de 1948 (Tokelau Islands Act 1948
) modifiée en 1977
Lois linguistiques: sans objet

1 Situation géographique

Tokelau (Nlle-Zélande) Les Tokelau forment l'un des plus petits États du monde avec une superficie de seulement 10 km² ; seuls la principauté de Monaco et l'État du Vatican comptent une superficie plus réduite, soit respectivement 1,95 km² et 0,44 km². En fait, les Tokelau constituent un archipel de trois îles polynésiennes, Fakaofo (2,6 km²), Nukunonu (5,4 km²) et Atafu (2,2 km²), qui s'étendent sur une distance de quelque 170 km dans le Pacifique-Sud, à mi-chemin entre Hawaï et la Nouvelle-Zélande. Les États voisins sont le Kiribati au nord, les Samoa occidentales et les Samoa américaines au sud, le Tuvalu à l'ouest (voir la carte détaillée du Pacifique-Sud). Pour se situer dans l'espace, Tokelau se trouve à quelque 480 kilomètres au nord des Samoa occidentales. L'archipel n'a pas de capitale, chacun des atolls ayant la responsabilité des «services de proximité». L'île la plus au sud, Fakaofo, est située à 65 km de Nukunono et à 105 km d'Atafu, l'île la plus au nord.

L'État de Tokelau fait partie intégrante de la Nouvelle-Zélande, tout en étant doté d'un statut particulier et d'un système juridique autonome. C'est un «territoire associé à la Nouvelle-Zélande», un statut similaire à celui de l'île Niué et des îles Cook.

2 Données démolinguistiques

Les îles de Tokelau comptent plusieurs ethnies: les Tokelauiens (65,3 %), les Tokelauiens-Samoans (8,7 %), les Tokelauiens-Tuvaluans (6,9 %), les Samoans (6,7 %), les Tuvaluans (2,8 %), les Anglo-Néo-élandais (1,0 %), etc. La quasi-totalité des insulaires est d'origine austronésienne (polynésienne) dans une proportion d'au moins 97 %.

Les Tokelauiens parlent le tokelauien, les Anglo-Néo-Zélandais, l'anglais, les Samoans, le samoan. Soulignons qu'au moins 65 % des locuteurs du tokelauan (environ 4500) vivent à l'extérieur de l'archipel, soit en Nouvelle-Zélande et aux Samoa américaines. Dans l'ensemble de la population des Tokelau, le tokelauien est parlé par 93,5 des locuteurs; l'anglais par 58,9 %; le samoan par 45,5 %; le tuvaluan par 11,6 %.

En ce qui a trait à l'appartenance religieuse, les insulaires sont de confession chrétienne: 60 % appartiennent à l'Église chrétienne congrégationnaliste  (surtout à Atafu), 36 % sont des catholiques romains (Nukunonu), alors que les autres appartiennent à d'autres confessions. L'île de Fakaofo abrite les deux confessions religieuses importantes.

En raison des ressources naturelles très limitées et de la surpopulation (145 pers./km²), les insulaires ont tendance à quitter l'archipel pour s'installer à la Nouvelle-Zélande.

3 Données historiques

Nous ignorons l'histoire anciennes des populations de ce petit archipel du Pacifique-Sud. Nous pouvons présumer que la plupart des habitants des îles descendent de colons polynésiens venus par canoë de Tonga, des Samoa et des Fiji, il y a environ 1000 ans. Ces Polynésiens ont développé leur propre langue et leur culture. 

3.1 Les premières colonisations

Dans les années 1850, des missionnaires catholiques et protestants (de la London Missionary Society), introduisirent le christianisme qui fut adopté par tous les insulaires. Vers 1860, des navires péruviens cherchant de la main d'œuvre à bon marché pour travailler dans les mines du Pérou, visitèrent les trois îles des Tokelau. Les Péruviens forcèrent plus de 250 hommes valides à se rendre au Pérou, ce qui correspondait alors à la quasi-totalité de la population active masculine. Puis les maladies (variole et dysenterie) décimèrent ces travailleurs forcés. Peu d'entre eux ont pu revenir aux Tokelau. Par la suite, les habitants des Tokelau se reportèrent sur les conseils des anciens, les Taupulega, pour gouverner les îles. Sur chacune des trois îles, les familles étaient représentées individuellement au sein du Taupulega.

3.2 Les tutelles britannique et néo-zélandaise

En 1877, l'archipel passa sous protectorat britannique en 1877, mais ce statut ne devint officiel qu'en 1889 sous le nom de Union Islands (les îles de l'Union). Les îles furent annexées en 1916 et firent partie de la colonie des îles Gilbert et Ellice. Le gouvernement britannique transféra le contrôle administratif des Tokelau à la  Nouvelle-Zélande en 1925. Mais il n'y eut jamais de présence administrative officielle aux Tokelau. La Loi de Tokelau (Tokelau Act) de 1948 officialisa la souveraineté de la Nouvelle-Zélande sur l'archipel en redonnant le nom de Tokelau. Dès cette époque, les lois de la Nouvelle-Zélande ne s'appliquaient pas aux Tokelau, sauf s'il en était expressément mentionné. Dans la pratique, les lois néo-zélandaises ne s'appliquèrent qu'avec le consentement des représentants de l'archipel. Les trois îles demeurèrent relativement autonomes et purent conserver leur culture, leur langue et leur statut particulier.

3.3 Vers l'autonomie

Depuis les trois dernières décennies, les Tokelau ont même augmenté leur autonomie. Le Tokelau Amendment Act de 1996 a conféré à l'Assemblée générale locale (le General Fono) et au Conseil exécutif une grande partie des pouvoirs de la Nouvelle-Zélande, incluant celui de lever des impôts. Les fonctions de l'Assemblée générale sont mises en œuvre par une délégation composée à partir des trois Taupulega. En juin 2004, les pouvoirs de l'Assemble générale ont été transférés aux trois conseils villageois qui ont pris désormais en charge tous les services publics de leur île. L'archipel bénéficie également d'un système judiciaire local ainsi que de services publics. Ceux-ci emploient environ 200 personnes, parmi lesquelles beaucoup travaillent à l'extérieur, notamment aux Samoa occidentales. En réalité, le gouvernement local est pratiquement le seul employeur des Tokelau; du moins, toutes les familles comptent au moins un de leur membres comme fonctionnaire. Des navires et des télécommunications locales permettent à l'archipel d'être reliéé. Les comunications avec la Nouvelle-Zélande sont quasi inexistantes.

4 La politique linguistique

Il n'existe ni dans la Constitution ni dans aucune une loi de disposition quelconque sur la question linguistique. En effet, la Constitution de 1948 modifiée en 1977 ne contient pas de disposition sur la langue. Dans les faits (de facto), le tokelauien et l'anglais sont les langues officielles. Cela dit, il n'existe pas de politique linguistique officielles, c'est la non-intervention.

Les élus locaux ne parlent que le tokelauien, sauf lorsqu'ils doivent s'adresser au gouvernement de la Nouvelle-Zélande. Toute la vie officielle ne se déroule qu'en tokelauien, que ce soit dans les bureaux gouvernementaux ou les tribunaux. Beaucoup de gens ne parlent pas l'anglais et tous parlent le tokelauien, ce qui explique que cette langue soit utilisée partout.

Le tokelauien est également utilisé dans les trois écoles des îles, une dans chacune des îles. L'enseignement est dispensé dans la langue nationale, sauf pour les cours de langue seconde en anglais. La plupart des Tokelauiens poursuivent leurs études secondaires aux Samoa occidentales ou en Nouvelle-Zélande. Dès lors, il faut savoir l'anglais, ce qui est loin d'être le cas de tous les insulaires. Pour le postsecondaire, les jeunes ont le choix entre la Nouvelle-Zélande ou à l'Université du Pacifique-Sud (University of the South Pacific) aux îles Fidji. Quant aux enseignants, ils sont généralement formés en anglais aux Samoa occidentales, mais parfois en Nouvelle-Zélande, dans des établissements spécialisés.

Les Tokelau sont pauvres en médias. Il n'y a pas de journaux locaux, ni de stations de télévision. Chacune des trois îles dispose d'une petite station radiophonique diffusant des informations en tokelauien portant sur la navigation et la météo. Il est possible de capter, par ondes courtes, des stations étrangères, notamment des Samoa occidentales.

Le petit archipel des Tekolau abrite un peuple unique au monde, qui a réussi à tirer son épingle du jeu au point de vue linguistique en raison de son insularité et de son isolement. En réalité, c'est l'isolement qui a réussi à maintenir contre vents et marées cette minuscule société de quelque 2000 âmes. Le bilinguisme institutionnel n'est qu'une façade, la plupart des Tokelauiens pouvant s'exprimer difficilement en anglais. L'avenir de cette société est pour le moment relativement assuré, tant et aussi longtemps qu'elle restera à l'écart du monde moderne.

Dernière mise à jour: 28 déc. 2015

Bibliographie

MacGREGOR, G. Ethnology of Tokelau Islands, Honolulu, Bulletin no 146, Bernice P. Bishop Museum, 1937.

PASSFILED, K.D. A Report of a Survey of the Marine Resources of Fakaofo Atoll, Tokelau, Nouméa (Nouvelle-Calédonie, 1998.


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