Province du Baloutchistan

(Pakistan)

Province du Baloutchistan

 
Capitale: Quetta
Population: 11,9 millions (2009)
Langue officielle: ourdou
Groupe majoritaire: 
baloutchi (60 %),
Groupes minoritaires:
pachtou, brahoui, hazaragi, sindhi, panjabi, ourdou, dewari, etc.
Système politique:
l’une des quatre provinces de la République islamique du Pakistan
Articles constitutionnels (langue): art. 28, 251 et 255 de la Constitution fédérale de 1973
Lois linguistiques: 
Ordonnance sur l'administration locale du Baloutchistan (2001); Introduction au Baloutchistan des langues maternelles comme matière supplémentaire obligatoire sous réserve de la Loi sur le niveau primaire (2014).

1 Situation géopolitique

Le Baloutchistan (ou Balotchistan, selon la Constitution pakistanaise) fait partie de l’une des quatre provinces de la République islamique du Pakistan. Cette province de 347,190 km², équivalant à l'Allemagne (Pakistan: 803 940 km²), soit 44 % de la superficie du pays, est située à l'ouest du pays. Le Panjab est borné au sud par la province de Sind, à l’est par la province du Panjab, à l'ouest par l'Afghanistan (voir la carte). Sa capitale est Quetta.

Le Pakistan forme une république fédérale islamique divisée en quatre provinces avec chacune son Chief Minister («ministre en chef») et son assemblée législative: le Baloutchistan (frontière sud-ouest avec l’Iran et l’Afghanistan), la province de la Frontière du Nord-Ouest («North-West Frontier»: à la frontière nord-ouest avec l’Afghanistan), le Panjab (frontière nord-est avec l’Inde) et le Sind (frontière sud-est avec la mer d’Oman et l’Inde). Dans les faits, le Sind a été transformé en un cantonnement militaire par le gouvernement fédéral. Les militaires se comportent comme s’ils occupaient un territoire ennemi, avec cette différence que, tous les jours, ils humilient, torturent et tuent des civils innocents.

2 Données démolinguistiques

La province du Baloutchistan compte une population de près de 12 millions d'habitants, qui correspondent approximativement à 5 % de la population pakistanaise. Les Baloutches forment moins de 60 % de la population, alors que les Pachtounes (env. 20 %) et les Brahouis (moins de 20 %) constituent d'importantes minorités dans la province. Quant aux Panjabis et aux Persans, ils forment 8 %.

2.1 Le baloutchi

Les Baloutches, concentrés dans le Sud, parlent en principe le baloutchi, mais beaucoup de Baloutches parlent le seraiki, le pachtou ou le sindhi. Les Pachtous, dans le Nord et la capitale (Quetta), parlent le pachtou, ainsi que les Pathans; les Brahouis, dans les districts de Kalat et de Mastung, parlent le brahoui. On compte aussi des minorités de langue hazaragi et sindhi. Le brahoui est une langue dravidienne, mais toutes les autres langues sont d'origine indo-iranienne. La baloutchi, comme le pachtou, appartient à la branche des langues iraniennes et est apparenté à des langues comme le persan, le kurde, le pachtou et l'ossète. Il ne possède aucune affinité avec les langues indiennes ou aryennes, sauf le fait qu'il s'agit d'une langue de la famille indo-européenne.

Le baloutchi est la langue majoritaire — sans statut officiel — de la province du Baloutchistan, mais cette langue est parlée également dans la province du Panjab, dans le sud de l'Afghanistan, en Iran, au Turkménistan et en Inde. On distingue le baloutchi occidental (Baloutchistan, Afghanistan et Turkménistan), le baloutchi oriental (Baloutchistan et Panjab) et le baloutchi méridional (Baloutchistan , Afghanistan et sultanat d'Oman), pour un total de quelque 5,6 millions de locuteurs.

Chacune de ces variantes est elle-même fragmentée en de multiples dialectes locaux (voir la carte de gauche):

Baloutchi occidental 1,1 million le rakhshani sarhaddi, le rakhshani afghan, le rakhshani turkmène, le rakhshani de Panjguri, le rakhshani de Kalati et le sarawani.
Baloutchi oriental 1,8 million le baloutchi de la Côte, le baloutchi de Lashari, le baloutchi de Kechi et le baloutchi de Karachi.
Baloutchi méridional 2,7 millions le bugti, le marri-sibi, le haut-sindhi et le kasrani.

Ces dialectes ont emprunté de nombreux mots à des langues comme le persan, la pachtou, l'arabe et le turkmène. Le baloutchi s'écrit avec l'alphabet arabo-persan connu au Pakistan comme l'alphabet shahmukhi.

Pour la province du Baloutchistan, les «langues maternelles» sont, d'après la loi de 2014, le baloutchi, le pachtou, le brahoui, le sindhi, le persan, le panjabi et le seraiki, ou toute autre langue communiquée par le gouvernement;

3 L’ourdou comme langue officielle de la fédération

Étant donné que le Pakistan est aux prises avec de multiples tensions sécessionnistes découlant des nombreuses ethnies composant le pays, la tâche principale des gouvernements pakistanais, par ailleurs souvent contrôlés par les Ourdous, les Sindhis et les Panjabis, a toujours été de promouvoir l’unité nationale constamment menacée. C’est pour cette raison que l’ourdou a été choisi comme instrument de l’unité nationale, d’autant plus que cette langue jouissait d’un grand prestige (avec l’hindi), qui lui venait de son statut en Inde, et possédait une tradition écrite très développée. En fait, l’ourdou était déjà, au moment de la partition (avec l’Inde), une langue supra-ethnique et un véhicule linguistique perfectionné et développé.

En 1947, il était impensable de songer à un multilinguisme officiel au Pakistan étant donné le grand nombre de langues alors qu’aucune n’était majoritaire à l’échelle du pays. De plus, il était impossible de «venir à bout» des langues nationales parlées par des millions de locuteurs. La solution la plus sage a semblé de conserver l’anglais comme langue officielle, statut dont cette langue s’était fort bien acquitté jusque là. C’est pourquoi la Constitution fédérale de 1973, suspendue puis restaurée en 1985 (puis suspendue à nouveau en 2001), semble permettre le multilinguisme. En effet, l’article 28 de la Constitution fédérale déclare ce qui suit:
 

Article 28

Préservation de la langue, de l'écriture et de la culture

Sous réserve de l'article 251, tout groupe de citoyens ayant une langue, une écriture ou une culture distinctes a le droit de les préserver et d'en faire la promotion et, sous réserve de la loi, de fonder des établissements à ces fins.

Cependant, deux langues seulement sont prévues pour être utilisées à des fins officielles au plan national: l’ourdou, parlé par seulement 7,5 % de la population, et l’anglais, la langue de l’ancien colonisateur. Autrement dit, de toutes les langues nationales du pays, c’est l’ourdou qui a été choisi à des fins officielles. Ainsi, on peut lire à l’article 251 de la Constitution fédérale:
 

Article 251

Langue nationale

1) La langue nationale du Pakistan est l'ourdou, et des dispositions seront prises pour qu'elle soit utilisée aux fins officielles et à d'autres fins dans les quinze années qui suivent la date de la promulgation.

2) Sous réserve du paragraphe 1, la langue anglaise pourra être utilisée à des fins officielles jusqu'à ce que les dispositions nécessaires aient été prises pour qu'elle soit remplacée par l'ourdou.

3) Sans qu'il ne soit porté atteinte au statut de la langue nationale, une assemblée provinciale peut, par une loi, prendre des dispositions pour enseigner, promouvoir et utiliser une langue provinciale en plus de la langue nationale.

On constate que le paragraphe 3 laisse entendre qu’il est possible de rendre co-officielle une autre langue en plus de l’ourdou dans une province. Pour le moment, seule la province du Sind dans le Sud-Est a pu se prévaloir de cette disposition, puisque l’ourdou et le sindhi sont les langues co-officielles de cet État. Dans les autres provinces, l’ourdou est demeuré la seule langue officielle, bien que l’anglais ait conservé un statut non officiel plutôt enviable.

4 La politique linguistique de la province

La langue officielle du Baloutchistan est l'ourdou, bien qu'il ne soit parlé, comme langue maternelle, que par une minorité de 4,5 %. Lors que le Parlement provincial n'est pas suspendu, deux langues sont généralement utilisées: l'ourdou (écrit) et le baloutchi (oral). Les lois sont discutées en baloutchi, mais rédigées en ourdou, sinon en anglais. Bref, trois langues semblent importantes au point de vue politique : l'ourdou, le baloutchi, l'anglais et parfois le brahoui.

4.1 L'ourdou contre les langues locales

L'un des rares textes juridiques faisant allusion à la langue est l'Ordonnance sur le gouvernement local du Baloutchistan (2001). L'article 41 énonce que l'administration locale peut «encourager les langues nationales et régionales», sans n'en mentionner aucune en particulier. Les articles 52 et 55 mentionnent l'ourdou, ou toute autre langue locale, qui peut être employée dans les marchés ou abattoirs publics:  

Article 41

Culture

L'administration locale concernée peut :

a) établir et maintenir des centres d'information pour la promotion de l'éducation civique et la diffusion de l'information sur des sujets comme le développement communautaire et d'autres questions d'intérêt public;

b) fournir et maintenir des salles publiques et des centres communautaires;

c) célébrer les événements nationaux;

d)
encourager les langues nationales et régionales;

[...]

Article 52

Frais, loyers, redevances, etc., devant être diffusés


Un exemplaire de la table des frais, des loyers et des redevances, le cas échéant, pouvant être perçus par règlement dans tout abattoir ou marché public, en vertu de la présente ordonnance aux fins de réglementation dans l'usage d'un tel abattoir ou marché,
le tout imprimé en ourdou et dans toute autre langue que le conseil local peut choisir, doit être placé dans un endroit visible au marché ou à l'abattoir.

Article 55

Interdiction de maintenir un marché public ou un abattoir sans permis

1)
Nul ne peut garder ouvert pour usage public un marché ou un abattoir lorsqu'un permis est suspendu ou après qu'il ait été annulé.

2) Lorsqu'un permis pour ouvrir un marché public ou un abattoir privé est sous le coup d'une suspension ou d'une annulation, l'administration locale concernée doit placer un avis de l'émission, du refus, de la suspension ou de l'annulation
en ourdou ou dans une autre langue, selon ce qui est jugé nécessaire, dans un endroit visible tout près l'entrée du lieu visé par l'avis.

Dans les tribunaux, l’ourdou et l’anglais sont les langues les plus couramment employées, mais en cas de force majeure (un justiciable ne parlant pas l’ourdou ni l'anglais), on a recours aux autres langues de la province au moyen d'interprètes ou de traducteurs, généralement en baloutchi, en brahoui ou en pachtou.  Les documents judiciaires écrits préparés par la cour sont toujours en ourdou.

Dans l’administration publique provinciale, les communications orales se déroulent généralement ourdou, mais aussi en baloutchi ou en panjabi. Les missives officielles destinées à l’ensemble de la population sont en ourdou (très rarement en baloutchi ou en panjabi). Cette situation prévaut dans dans les services municipaux et les hôpitaux. L'emploi d'une autre langue (même sans la nommer), n'est pas interdit, comme en fait foi l'Ordonnance sur les allocations de maternité (1958) encore en vigueur au sujet des femmes employées dans les maternités:

Article 14

Présentation des extraits

Un résumé des dispositions de la présente ordonnance et des règles qui en découlent dans la langue régionale doit être apposé de façon visible par l'employeur dans chaque partie de l'établissement dans lequel sont employées des femmes.

Dans le domaine de l'éducation, la situation apparaît plutôt médiocre, car les habitants de la province du Baloutchistan sont très dispersés, plus des trois quarts résidant dans de petits villages éloignés les uns des autres, sans route pavée, sans électricité ni téléphone. À cela s'ajoute une gestion financière déficiente et un détournement généralisé des fonds publics. Par ailleurs, les filles sont deux fois moins scolarisées que les garçons, sinon bien davantage dans les campagnes (jusqu'à dix fois). De plus, plus de 60 % des enseignants n'ont aucune formation professionnelle et en général ils ne possèdent qu'une formation minimale pour enseigner l'écriture et la langue ourdoue.

Dans la province du Baloutchistan, le baloutchi n'est pas enseigné, car c'est l'ourdou qui sert de langue d'enseignement. Pourtant, l'article 251.3 de la Constitution pakistanaise prévoit qu'il est possible d'enseigner, en plus de l'ourdou, une autre langue locale:

Article 251

Langue nationale

1) La langue nationale du Pakistan est l'ourdou, et des dispositions seront prises pour qu'elle soit utilisée aux fins officielles et à d'autres fins dans les 15 années qui suivent la date de la promulgation.

2)
Sous réserve du paragraphe 1, la langue anglaise pourra être utilisée à des fins officielles jusqu'à ce que les dispositions nécessaires aient été prises pour qu'elle soit remplacée par l'ourdou.

3)
Sans qu'il ne soit porté atteinte au statut de la langue nationale, une assemblée provinciale peut, par une loi, prendre des dispositions pour enseigner, promouvoir et
utiliser une langue provinciale en plus de la langue nationale.

Au début des années 1990, des nationalistes du Baloutchistan ont tenté d'instaurer le baloutchi comme langue d'enseignement au primaire dans les régions où cette langue était parlée. Cependant, le manque d'enseignants qualifiés et les conflits idéologiques sur les questions d'orthographe ont miné le projet. De plus, le projet s'est heurté à l'hostilité de la population qui considérait le baloutchi comme une langue rurale et arriérée devant l'ourdou, le persan ou l'anglais.

4.2 La législation de 2014

Toutefois, en 2014, le gouvernement provincial du Baloutchistan a changé sa politique et a fait adopter une loi linguistique en éducation intitulée Introduction au Baloutchistan des langues maternelles comme matière supplémentaire obligatoire sous réserve de la Loi sur le niveau primaire (2014). L'article 2 de la loi mentionne les langues maternelles concernées: le baloutchi, le pachtou, le brahoui, le sindhi, le persan, le panjabi et le seraiki ou toute autre langue telle que communiquée par le gouvernement:

Article 2

Définitions

Dans la présente loi, à moins que le contexte ne s'y oppose:

(a) «Éducation primaire» signifie l'enseignement jusqu'à la 5e classe;

(b) «Langues maternelles» désigne le baloutchi, le pachtou, le brahoui, le sindhi, le persan, le panjabi et le seraiki ou toute autre langue ordonnée par le gouvernement;

L'article 3 énonce que l'enseignement des langues maternelles est obligatoire comme matière supplémentaire dans les les établissements d'enseignement au niveau primaire:

Article 3

Enseignement

1) Sans préjudice du statut de la langue nationale, les langues maternelles doivent être utilisées comme matière supplémentaire obligatoire dans les établissements d'enseignement au niveau primaire.

2) Le gouvernement peut, par avis dans le Journal officiel, déterminer la langue maternelle comme matière supplémentaire obligatoire pour l'enseignement dans un district :

À la condition que le gouvernement décide quelle est la matière supplémentaire obligatoire ainsi que l'évaluation dans la ville de Quetta.

Dans son article 4, la loi de 2014 rend obligatoire l'emploi de manuels scolaires dans les langues maternelles:
 

Article 4

Fourniture de livres

Le gouvernement doit fournir des manuels scolaires pour l'enseignement primaire dans les langues maternelles prescrites dans chaque district.

De plus, l'article 5 de la loi de 2014 prévoit que le gouvernement doit prendre des mesures pour que les langues maternelles fassent partie intégrante de la formation initiale des enseignants:

Article 5

Renforcement des qualifications des enseignants

1) Le gouvernement doit habiliter les enseignants à offrir une instruction dans les langues maternelles prescrites.

2) Le gouvernement doit prendre des mesures pour que les langues maternelles fassent partie intégrante de la formation initiale des enseignants et pour que chaque stagiaire en enseignement ait le droit de choisir une langue maternelle.

Dans les quelques universités de la province, seul l'ourdou et l'anglais servent de langue d'enseignement. Seule l'Université du Baloutchistan à Quetta, la capitale provinciale, offre des cours de langue et de littérature baloutches.

Non seulement le gouvernement a répondu par cette loi de 2014 aux nombreuses demandes de la population du Baloutchistan en valorisant le baloutchi, mais il a pris fait et cause pour les principales langues locales de la province, ce qui inclut le brahoui, le pachtou et quelques autres langues. De plus, la loi rend également obligatoire d'offrir aux enfants des groupes ethniques la possibilité de recevoir leur instruction dans leur langue maternelle. Les enfants parlant le baloutchi, le pachtou, le brahoui, le sindhi, le persan, le panjabi et le seraiki ont dorénavant le droit de recevoir un enseignement de niveau primaire dans leur langue maternelle respective.

Une fois que la loi a été adoptée par le Parlement provincial, le gouvernement a chargé le ministère de l'Éducation (Education Department) du Baloutchistan de prendre les dispositions nécessaires en ce qui concerne la mise en œuvre de la loi. Le Bureau d'approbation des manuels scolaires du Baloutchistan (Balochistan Textbook Board) a pris l'initiative de revoir les anciens manuels qui ont été préparés en 1990 lorsque Akbar Bugti (1927-2006) était «ministre en chef» du Baloutchistan. Avec le soutien des experts locaux, les abécédaires précédents en baloutchi, en brahoui et en pachtou ont été revus, modifiés et réimprimés afin que l'enseignement dans ces langues puisse commencer dans la province pour l'année scolaire 2015. Il s'agit là d'une politique linguistique unique au Pakistan, car aucune autre province du pays n'avait encore osé recourir à cette pratique au Pakistan.

4.3 Les difficultés d'application

Malgré un grand pas en avant, il subsiste un certain nombre de problèmes reliés à cette décision d'instaurer les langues maternelles régionales dans les écoles primaires. Le défaut le plus important dans la loi a été de rendre les langues maternelles en tant que «matière supplémentaire obligatoire» et non pas d'en faire des «langues d'enseignement». Cette distinction est fondamentale, car la langue d'enseignement demeure encore l'ourdou, voire l'anglais en plus, dans les écoles primaires, ce qui continue d'entraver le processus d'apprentissage rapide de la langue maternelle chez les enfants dont la langue n'est pas l'ourdou, c'est-à-dire la très grande majorité d'entre eux.

Une autre difficulté majeure réside dans les manuels scolaires associés à une matière dite «supplémentaire», ce qui implique des coûts additionnels à des parents déjà pauvres. S'il a été relativement facile d'analyser et de refaire les manuels anciens parus en baloutchi, en pachtou et en brahoui, il n'en est pas ainsi pour d'autres langues telles le panjabi, le seraiki, le persan, etc. Évidemment, les manuels n'ont pu être prêts pour la rentrée scolaire de septembre 20015. De plus, certaines écoles n'ont reçu que fort peu de manuels en baloutchi, en pachtou ou en brahoui. On devine le résultat: des milliers d'enfants dans des centaines d'écoles primaires dans les différents districts du Baloutchistan ont été privés de recevoir un enseignement dans leur langue maternelle.

Un autre défi attendait le système d'éducation provincial. La plupart des enseignants locaux n'ont pas été correctement formés pour enseigner à leurs élèves dans leur langue maternelle. Bien qu'un processus ait été lancé pour la formation des enseignants, la province a manqué de ressources financières et en personnel de sorte que fort peu d'enseignants ont eu la chance de recevoir une formation adéquate. Si des milliers d'enseignants devaient enseigner aux enfants dans leur langue maternelle, le résultat a été annulés, car trop d'enseignants sont restés sans formation.

Un autre problème a été signalé dans les districts et les écoles. S'il était relativement aisé de choisir la langue maternelle dans les zones unilingues (surtout en baloutchi, en brahoui et en pachtou), tel n'a pas été le cas dans les régions multi-ethniques. Les autorités locales n'ont pas été capables de trouver une formule appropriée et réaliste pour identifier les langues maternelles dans les différents districts scolaires.

4.4 Le statut des langues locales

En fait, le baloutchi, le bahoui et le pachtou demeurent des langues réservées aux communications informelles. Dans les mosquées, l'arabe est la langue de la récitation et de l'adoration, tandis que les prêches des imans sont donnés normalement dans les langues locales pour des fins de compréhension dans les communautés locales. Dans la vie politique et la vie sociale, ce sont l'ourdou et l'anglais qui assurent leur dominance. 

La situation est différente dans les médias électroniques, surtout à la radio. Les stations de radio diffusent des émissions quotidiennes en baloutchi, en brahoui, en pachtou et en hazaragi, mais les émissions télévisées sont plus rares dans ces langues, l'ourdou ayant tendance à dominer. Dans les médias écrits, il existe des journaux en ourdou, en pachtou, en baloutchi et en brahoui, mais en général les journaux sont publiés surtout en ourdou ou en anglais.

Comme ailleurs au Pakistan, l’ethnie ourdoue a exercé un rôle politique prépondérant depuis l'indépendance (1947). Il en a découlé une expansion considérable de l’ourdou comme langue nationale au point où même l’anglais a reculé. De toutes les langues du Pakistan, seul l’ourdou a progressé et plusieurs langues nationales – baloutchi, pachtou, panjabi, seraiki – ont été délaissées, particulièrement dans l’écriture. Dans la province du Baloutchistan, la langue numériquement la plus importante, le baloutchi, a été reléguée aux communications informelles et privées. Il n'existe aucun statut à l'égard du baloutchi, pas plus que pour le brahoui ou le pachtou. Les timides efforts de valorisation du baloutchi semblent dérisoires dans la mesure où ils sont nettement insuffisants pour assurer sa promotion et son utilité dans les fonctions de prestige.

Bref, la politique d'assimilation du gouvernement fédéral semble avoir réussi également dans la province du Baloutchistan. Depuis que le Pakistan existe, l'État fédéral a violé à maintes reprises les droits des citoyens, à plus forte raison lorsqu’ils sont minoritaires. Il n'a pas réussi ni désiré les protéger. Les groupes de défense des droits des communautés officiellement désignées comme «minorités» sont privés de leurs droits les plus élémentaires. Au Baloutchistan, la langue principale, le baloutchi, n'est pas encore menacée de disparition, mais elle possède tous les attributs pour y arriver.  

Dernière mise à jour: 04 févr. 2016
 

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En ligne:
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