République islamique du Pakistan

Pakistan

Islamic Republic of Pakistan
Jamhuryat Islami Pakistan

 

Capitale: Islamabad
Population: 163 millions (2004)
Langues officielles: ourdou et anglais
Groupe majoritaire: aucun
Groupes minoritaires: environ 80 langues, dont le
panjabi de l'Ouest (37 %), le panjabi du Sud ou l'aaraiki (9,4 %), le sindhi (9,3 %), le pachtou du Nord (7,6 %), l'ourdou (7,1 %), le pachtou du Sud (3,9 %), le hindko (3,8 %), le pachtou de l'Est (3,6 %), le baloutchi de l'Est (1,8 %), le brahoui (1,6 %), le baloutchi du Sud (1,5 %), le pachtou du Centre (1 %), le panjabi de l'Est (1 %), l'ouzbek du Sud (0,7 %), le baloutchi de l'Ouest (0,6 %), etc.
Langue coloniale: anglais
Régime politique: république fédérale islamique composée de quatre provinces
Articles constitutionnels (langue): art. 28, 251 et 255 de la Constitution de 1973
Lois linguistiques: Code pénal (1860); Loi sur la naturalisation (1926); Règlement sur la citoyenneté du Pakistan (1952); Ordonnance sur les allocations de maternité (1958); Lois sur le blasphème du Code pénal (1997); Ordonnance sur l'administration locale du Panjab (2001); Ordonnance sur l'administration locale du Sind (2001); Ordonnance sur l'administration locale du Baloutchistan (2001, abrogée); Ordonnance sur l'administration locale de la Frontière-du-Nord-Ouest (2001); Loi sur l'administration locale du Panjab (2013).

1 Situation géographique

Le Pakistan porte le nom officiel de République islamique du Pakistan. C'est un pays d'Asie méridionale limité par l'Inde à l'est, la mer d'Oman au sud, l'Iran à l'ouest, l'Afghanistan et la Chine au nord-est. Sa superficie est de quelque 803 940  km², ce qui le place au 34e rang, après la Namibie et avant le Mozambique (France: 547 030 km²). Le Cachemire, dont les frontières sont revendiquées tant par l'Inde que par le Pakistan, est partagé entre les deux États. Avant son indépendance (1947), le Pakistan faisait partie de l'Inde (ainsi que le Bengladesh) et avait été colonisé par les Britanniques. 

Le mot Pakistan est un néologisme qui signifierait «pays des purs»: issu de l'ourdou pâk correspondant à «pur» et stân désignant le «pays» en y incluant un i de liaison. Quant au nom de la capitale fédérale, Islamabad, il signifie «la ville de l'Islam », ce qui sert de symbole identitaire pour les Pakistanais, presque tous de confession musulmane.

Le Pakistan d'aujourd'hui forme une fédération de quatre provinces et de quatre territoires.

2 La partition de 1947 et la création du Pakistan

Le 15 août 1947, l'Inde obtenait son indépendance du Royaume-Uni et Jawaharlal Nehru devenait le premier ministre de l'Union indienne.

Cependant, en vertu de l'Indian Independence Act de 1947 votée par le Parlement britannique, le transfert de souveraineté devait s'accomplir de manière séparée pour l'Inde et pour le nouvel État du Pakistan, appelé «Dominion du Pakistan». Ce dernier fut immédiatement divisé en deux régions distinctes, distantes de 1700 km de territoire indien: à l'est, le Pakistan oriental (l'ancienne province du Bengale), qui deviendra le Bangladesh; à l'ouest, le Pakistan proprement dit (appelé par opposition : «occidental»), qui comprenait le Sind, leu Panjab occidental, le Baloutchistan, les provinces frontalières du Nord-Ouest et quelques petits États princiers.

Les deux Pakistans restèrent séparés non seulement par des centaines de kilomètres de territoire indien (voir la carte), mais aussi par la langue (l'ourdou à l'ouest et le bengali à l'est) et la culture. En fait, le seul lien unificateur des deux Pakistans était l'islam. Par la suite, les musulmans de l'Inde affluèrent dans les deux Pakistans, alors que les hindouistes se réfugièrent en Inde. Quelque 11 millions d'hindous émigrèrent vers l'Inde au moment de la partition de 1947. C'est pourquoi, aujourd'hui encore, la plupart des Pakistanais s'identifient avant tout à l'islam, au Pakistan ensuite.

Puis la province de l'Est, le Pakistan oriental (l'actuel Bangladesh) se souleva contre la répression exercée par le Pakistan (occidental). Devant l'impasse, l'Inde força la libération de la province orientale du Pakistan, qui devint indépendante à son tour sous le nom de Bangladesh.

Le père fondateur du Pakistan, Muhammad Ali Jinnah (1876-1948), voulut construire un État fort, reposant sur le principe «une nation (islam), une langue (ourdou), un État (Pakistan)». Par la suite, tous les dirigeants qui lui ont succédé à la tête du pays se sont tous réclamés de l'islam et, à un degré moindre, de l'ourdou.

2.1 La république fédérale de quatre provinces

Carte du Pakistan et de ses provinces Aujourd'hui, le Pakistan forme une fédération islamique divisée en quatre provinces avec chacune son Chief Minister (ou «ministre en chef») et son assemblée législative: le Balouchistan (frontière sud-ouest avec l'Iran et l'Afghanistan), la province de la Frontière du Nord-Ouest (frontière nord-ouest avec l'Afghanistan ou North-West Frontier Province, appelé aussi Khyber-Pakhtunkhwa depuis 2010), le Panjab (frontière nord-est avec l'Inde) et le Sind (frontière sud-est avec la mer d'Oman et l'Inde). D'ailleurs, le nom de Pakistan a été formé en 1940 à partir des initiales (en ourdou) des provinces de l'époque dont on souhaitait la séparation d'avec l'Inde: Penjab, Afghania, Kashemire, Sind, Balouchistan. Quatre de ces cinq régions sont aujourd'hui des provinces pakistanaises, le Cachemire restant un territoire disputé entre l'Inde et le Pakistan, alors que l'Afghania correspond à la province de la Frontière du Nord-Ouest.

À la frontière nord-est avec la Chine et l'Inde, il convient d'ajouter aussi l'Azad-Cachemire (Azad Kashmir), territoire fédéral revendiqué par l'Inde, ainsi que, tout au nord, les Northern Areas of Pakistan («Territoires du Nord du Pakistan»). Ajoutons aussi un autre territoire au nord du Baloutchistan, une bande étroite de 50 km le long de l'Afghanistan (superficie: 27 220 km²), appelée les Federally Administered Tribal Areas (FATA), c'est-à-dire «régions tribales administrées par le gouvernement fédéral».

Ces régions tribales comptent une population de cinq millions de Pachtounes l'ethnie des talibans regroupés en 1200 tribus et clans. C'est là que se cacheraient les talibans, Al-Qaeda et Oussama ben Laden; ce dernier a finalement été trouvé et assassiné, le 1er mai 2011, dans un complexe d'Abbottabad, à environ 100 km au nord d'Islamabad, la capitale du Pakistan. Dans tout le FATA, les armes, le haschisch et l'héroïne y circulent librement. La zone est pratiquement indépendante, même si elle fait partie juridiquement du Pakistan.

Les habitants des FATA sont en général pauvres et peu instruits, réputés conservateurs et hostiles aux étrangers; le fondamentalisme musulman y est très présent. Une partie des FATA est en état constant d’insurrection.

On constate que la province du Panjab compte pour 47,5 % de la population, ce qui lui assure une prépondérance au sein de la Fédération, l'autre province importante demeurant le Sind (28,7 %).

Province Capitale Population (2011) Pourcentage Superficie
Panjab (n° 1) Lahore 91 379 615 47,5 %  205 344 km2
Sind (n° 2) Karachi 55 245 497 28,7%  140 914 km2
Frontière-du-Nord-Ouest / Khyber-Pakhtunkhwa (n° 3) Peshawar 26 896 829 13,9 %    74 521 km2
Baloutchistan (n° 4) Quetta 13 162 222  6,8 %  347 190 km2
Azad-Cachemire / Zone Nord Muzaffarabad    3 631 224 1,8 %   84 159 km2
Territoire fédéral de la capitale (Islamabad) Islamabad   1 151 868 0,5 %       907 km2
Territoires administrés par le fédéral (FATA) Peshawar   4 452 913 2,3 % 27 219 km2
PAKISTAN Islamabad

192 288 944

100 %

 880 254 km²

2.2 Le rôle de l'armée dans le pays
 

Depuis 1947, le Pakistan a toujours connu une forte instabilité politique et les phases de dictature militaire, souvent dirigées par l’ethnie ourdoue et/ou sindhi, ont alterné avec de trop brefs retours à la démocratie. En octobre 1999, un coup d’État militaire a porté au pouvoir le général Pervez Muscharraf (président de la République de 2001 à 2008), que le premier ministre avait auparavant cherché à limoger. Après avoir proclamé l’état d’urgence, le nouveau chef du pays a promis de «restaurer la vraie démocratie» et la «désescalade militaire» le long de la frontière avec l’Inde, tout en reconnaissant le droit à l’autodétermination des Kashmiri; le général s'est fait élire président (juin 2001) en promettant d'abandonner la direction de l'armée, mais la promesse est restée lettre morte. Lorsque Muscharraf a dirigé le Pakistan, la corruption s'est généralisée et le pouvoir judiciaire s'est affaibli. La police était illettrée, sous-payée et corrompue.

Au Pakistan, l’armée, la seule institution nationale organisée, continue de contrôler l’industrie, le commerce, l’agriculture, la bureaucratie, pratiquement tout; il s’agit d’une véritable colonisation de l'intérieur disposant de 40 % du budget national. Les militaires vivent confortablement dans des camps bien dotés en écoles, en hôpitaux et en magasins, alors que, dans le reste du pays, les Pakistanais doivent souffrir des pénuries de toutes sortes. De plus, le centralisme instauré par l'ex-général-président Muscharraf a étouffé le fédéralisme. L'hégémonie conjointe des militaires, des féodaux et des bureaucrates a opprimé la majorité des Pakistanais. Les opérations militaires se sont étendues du Baloutchistan jusqu'à la Frontière-du-Nord-Ouest. Seul le Panjab ne s'est pas plaint, sa population lui assurant la part du lion au Parlement, au cabinet, ainsi qu'au sein des forces armées et dans le milieu des affaires. 

2.3 Banditisme et groupes religieux

Le Pakistan est le pays musulman ayant la plus forte identité religieuse. Il ne faut pas oublier que ce pays a été fondé sur une base exclusivement religieuse, l'islam par opposition à l'hindouisme, après la sanglante partition de l'Inde de 1947. Le Pakistan assista à la montée en puissance de groupes religieux rivaux, chiites (20 %) et sunnites (75 %), lesquels ont réglé leurs conflits dans le sang à plusieurs reprises; ils ont toujours fait craindre une déstabilisation de cette république islamique forte de 192 millions d’habitants (2011).  Au Pakistan, les propos blasphématoires sont encore passibles d'un emprisonnement à vie et même de la peine de mort (voir les lois sur le blasphème).

De plus, le banditisme a toujours existé dans les provinces pauvres du Baloutchistan et du Nord-Ouest où il constitue, avec la contrebande, un mode de vie traditionnel. De même, les grandes propriétés agricoles du Sind ont toujours attiré les pillards, souvent avec la complicité des propriétaires, véritables féodaux, pour leur servir de miliciens afin de mieux asservir les travailleurs agricoles. En 2003, le gouvernement pakistanais a déployé plus de 100 000 soldats dans la zone tribale (FATA), sous la pression des Américains, afin qu'il se débarrasse des talibans et d'Al-Qaeda. En vain, on le sait! Les militaires se sont battus contre leurs propres concitoyens: quand les Pachtouns ont vu leurs enfants mourir, ils se sont révoltés et sont devenus de fervents militants anti-gouvernementaux. L'armée dut repartir.

2.4 Un politique autoritaire

Il y a une trentaine d'années, un dictateur pouvait encore contrôler le pays. Mais, au début de 2008, le Pakistan est devenu un ensemble hétéroclite d'insurrections nationalistes (province du Baloutchistan), d'émirats islamistes (région du Waziristan au nord-ouest du pays, peuplé de Pachtouns), de fiefs militaires et économiques (villes de Rawalpindi, Islamabad et Karachi). Toutes ces entités ne travaillent que pour leurs propres intérêts, donc pour des objectifs différents. Plus rien ne semble les unir, pas même la religion islamique.

L'ancienne première ministre, Benazir Bhutto, n'aurait rien pu faire devant une telle déliquescence de son pays; son échec aurait été inévitable et elle aurait sans doute repris le chemin de l'exil. Elle est morte «en martyre» en décembre 2007. Le Parlement pakistanais n'a que fort peu siégé depuis que le chef de l'État, le général Pervez Musharraf, l'a dissous en juin 2001. Musharraf est resté président de la République jusqu'en 2008, en pratiquant une politique autoritaire. Depuis la chute de Musharraf, Ali Zardari, veuf de Mme Benazir Bhutto, a été désigné président du Pakistan par l'Assemblée nationale. Une réforme constitutionnelle a été adoptée en avril 2010 et rendait au premier ministre la plus importante part du pouvoir exécutif. Après Pervez Musharraf, ont suivi les présidents Muhammad Mian Soomro (2008 par intérim), Asif Ali Zardari (2008-2013) et Mamnoon Hussain (depuis 2013).

3 Un ensemble ethnique hétéroclite

Ce pays de 192 millions d'habitants (en 2011) compte deux provinces importantes au point de vue de la population. En effet, les provinces du Panjab (91,3 millions d'habitants) et du Sind (55,2 millions) comptent pour 76,2 % de la population du pays.

Les ethnies numériquement les plus importantes du pays sont les Panjabis (77,5 millions), les Pachtous (26,5 millions), les Sindhis (18,1 millions), les Ourdous (11,6 millions), les Baloutches (6,5 millions), les Hindko (5,2 millions) et les Brahouis (2,6 millions). À elles seules ces groupes ethniques comptent pour 148,5 millions de personnes, ce qui représente plus de 80 % de la population. S'ajoutent alors une foule de peuples: les Dogri, les Shina, les Burig, les Kolai, les Bengali, les Marwari, les Seraiki, les Persans, les Ouzbeks, les Kohli, les Bouroushos, les Dhatki, les Dewari, les Waneci, les Pahari, les Balti, les Khowar, etc.

La plupart des peuples situés à l'est du pays, du sud au nord (le long de la frontière indienne), sont des peuples d'origine indienne ou aryenne, mais ceux situés à l'ouest, le long de la frontière iranienne et afghane sont de souche iranienne. Ainsi, les Sindhis, les Dhatki, les Koli, les Jadjali, les Marwari, les Sindhis, les Seraiki, les Panjabis, les Hindko, les Pahari, etc., sont des Aryens, alors que les autres, tels les Baloutches, les Dewari, les Waneci et les Pachtous sont des «Iraniens».

Cependant, les Brahouis habitant le Baloutchistan un peuple dravidien, probablement originaire du sud de l'Inde, là où résident presque tous les peuples dravidiens. Au nord, on trouve notamment les Bouroushos, un peuple inclassable, ainsi que de petites nations sino-tibétaines (Palula, Lassi, Gouhjali, etc.).

3.1 Le grand nombre de langues

Le Pakistan compte près de 80 langues. Les plus importantes, celles parlées par plus d'un million de locuteurs, sont pour la plupart des langues indo-iraniennes : le panjabi de l'Ouest (37 %), le sindhi (9,3 + 2,7 + 1,8 = 13,8 %), le panjabi du Sud ou aaraiki (9,4 %), le sindhi (9,3 %), le pachtou du Nord (7,6 %), l'ourdou (7,1 %), le pachtou du Sud (3,9 %), le hindko (3,8 %), le pachtou de l'Est (3,6 %), le baloutchi de l'Est (1,8 %), le brahoui (1,6 %), le baloutchi du Sud (1,5 %), le pachtou du Centre (1 %), le panjabi de l'Est (1 %), l'ouzbek du Sud (0,7 %), le baloutchi de l'Ouest (0,6 %).
 

Parmi ces langues, le brahoui est une langue dravidienne et l'ouzbek une langue altaïque. On compte aussi un grand nombre de petites langues indo-iraniennes, quelques rares langues sémitiques, altaïques et sino-tibétaines. Citons aussi une langue rarissime, le bouroushaski, un isolat linguistique unique au monde. Parmi toutes les langues, les variétés de panjabi rassemblent près de 48 % des locuteurs du pays.

La répartition des langues par famille se présente ainsi pour l'ensemble du Pakistan :
 

Langues indo-européennes indiennes (aryennes) badeshi, bagri, bateri, goujarati, gowro, goujari, hindko, jadgali, kaboutra, kalami, kalasha, kashmiri, khetrani, khowar, koli, lahanda (ou seraiki), lasi, marwari, ourdou, pahari, panjabi, shina, sindhi, torwali, tsigane (romani), vaghri, etc.
Langues indo-européennes iraniennes baloutchi, dewari, hazaragi, ormouri, pachtou, persan farsi, wakhi, waneci, etc.
Langues altaïques turciques ouïgour, ouzbek, turc, turkmène, etc.
Langues dravidiennes brahoui
Langues sino-tibétaines balti, kalkoti, kanauri, pourik, prasuni, etc.
Langues sémitiques arabe
Isolat linguistique bouroushaski


Liste des langues parlées au Pakistan
 

Ethnie Langue maternelle Affiliation linguistique Population %

Panjabi de l'Ouest

panjabi de l'Ouest langue indo-iranienne 60 399 644 37,0 %
Panjabi du Sud panjabi du Sud (aaraiki) langue indo-iranienne 15 335 349 9,4 %
Sindhi (Sindi) sindi langue indo-iranienne 15 280 208 9,3 %
Pachtouns du Nord pachtou du Nord langue indo-iranienne 12 504 851 7,6 %
Ourdous ourdou langue indo-iranienne 11 685 583 7,1 %
Pachtouns du Sud pachtou du Sud langue indo-iranienne 6 353 000 3,9 %
Pachtouns de l'Est pachtou de l'Est langue indo-iranienne 6 000 000 3,6 %
Hindko hindko du Sud langue indo-iranienne 5 284 000 3,2 %
Shaikh (Sindhi) sindhi langue indo-iranienne 4 418 444 2,7 %
Baloutches de l'Est baloutchi de l'Est langue indo-iranienne 3 045 585 1,8 %
Rajput (Sindhi) sindhi langue indo-iranienne 2 978 518 1,8 %
Brahouis brahoui langue dravidienne 2 640 685 1,6 %
Baloutches du Sud baloutchi du Sud langue indo-iranienne 2 544 573 1,5 %
Pachtouns du Centre pachtou du Centre langue indo-iranienne 1 721 000 1,0 %
Shaikh (Penjabi) panjabi de l'Est langue indo-iranienne 1 271 000 1,0 %
Ouzbeks du Sud ouzbek du Sud langue altaïque (turcique) 1 250 933 0,7 %
Hindko  du Sud hindko du Sud langue indo-iranienne 1 100 311 0,6 %
Baloutches de l'Ouest baloutchi de l'Ouest langue indo-iranienne 1 082 801 0,6 %
Dogri gogri-kangri langue indo-iranienne 938 999 0,5 %
Goujarati goujarati langue indo-iranienne 938 899 0,5 %
Teli (Penjabi) panjabi de l'Est langue indo-iranienne 648 723 0,4 %
Shina shina langue indo-iranienne 528 146 0,3 %
Burig pourik langue sino-tibétaine 407 373 0,2 %
Kolai shina kohistani langue indo-iranienne 352 103 0,2 %
Bhotia Baltistani balti langue sino-tibétaine 326 721 0,2 %
Goujjars goujari langue indo-iranienne 300 000 0,1 %
Parkari Kachchhi koli parkari langue indo-iranienne 275 176 0,1 %
Kho khowar langue indo-iranienne 269 638 0,1 %
Bengali bengali langue indo-iranienne 250 373 0,1 %
Bagri bagri langue indo-iranienne 235 413 0,1 %
Meghwar Bhil chamari langue indo-iranienne 219 108 0,1 %
Iraniens farsi de l'Est langue indo-iranienne 218 000 0,1 %
Shaikh (Jatki) jadgali langue indo-iranienne 205 636 0,1 %
Arabes arabe standard langue sémitique 156 483 0,1 %
Penjabi penjabi de l'Est langue indo-iranienne 156 483 0,1 %
Dhatki Marwari dhatki langue indo-iranienne 146 077 0,0 %
Persans farsi de l'Ouest langue indo-iranienne 142 000 0,0 %
Wadiyara Koli koli  wadiyara langue indo-iranienne 137 596 0,0 %
Kashmiri kashmiri langue indo-iranienne 123 590 0,0 %
Wanetsi waneci langue indo-iranienne 108 224 0,0 %
Kutchi Kohli koli kachi langue indo-iranienne 100 227 0,0 %
Bouroushos bouroushaski isolat linguistique 96 832 0,0 %
Turvali torwali langue indo-iranienne 87 646 0,0 %
Hazara hazaragi langue indo-iranienne 75 000 0,0 %
Marwari du Sud marwari du Sud langue indo-iranienne 65 723 0,0 %
Marwari du Nord marwari du Nord langue indo-iranienne 60 402 0,0 %
Od od langue indo-iranienne 58 431 0,0 %
Kohistani kalami langue indo-iranienne 58 431 0,0 %
Goanais konkani goanais langue indo-iranienne 51 765 0,0 %
Bateri bateri langue indo-iranienne 30 060 0,0 %
Bhattiana bohtan (néo-araméen) langue sémitique 15 648 0,0 %
Pahari pahari-potwari langue indo-iranienne 15 648 0,0 %
Rajkoti kalami langue altaïque (turcique) 15 648 0,0 %
Sansi bhil sansi langue indo-iranienne 15 648 0,0 %
Shumashti shumashti langue indo-iranienne 15 648 0,0 %
Jat jadgali langue indo-iranienne 15 648 0,0 %
Khetrani khetrani langue indo-iranienne 15 648 0,0 %

Tsiganes arhagar

romani langue indo-iranienne 15 648 0,0 %
Dehwari dewari langue indo-iranienne 14 600 0,0 %
Britanniques anglais langue germanique 12 519 0,0 %
Palula phalura langue sino-tibétaine 11 032 0,0 %
Lassi lasi langue sino-tibétaine 10 954 0,0 %
Gouhjali wakhi langue sino-tibétaine 10 938 0,0 %
Turkmènes turkmène langue altaïque (turcique) 9 389 0,0 %
Ladakhi ladakhi langue sino-tibétaine 7 824 0,0 %
Ouïgours ouïgour langue altaïque (turcique) 7 824 0,0 %
Chinois han chinois mandarin langue sino-tibétaine 7 762 0,0 %
Zangskar zangskari langue sino-tibétaine 6 259 0,0 %
Damel dameli langue indo-iranienne 6 040 0,0 %
Bashgar kati langue sino-tibétaine 6 009 0,0 %
Kalash kalasha langue indo-iranienne 5 571 0,0 %
Ormouri ormouri langue indo-iranienne 5 508 0,0 %
Kalkoti kalkoti langue sino-tibétaine 5 101 0,0 %
Kanauri kanauri langue sino-tibétaine 4 694 0,0 %
Prasuni prasuni langue sino-tibétaine 4 694 0,0 %
Turcs turc langue altaïque (turcique) 4 694 0,0 %
Vaghri Koli vaghri langue indo-iranienne 3 662 0,0 %
Badeshi badeshi langue indo-iranienne 3 130 0,0 %
Galo kohistani langue indo-iranienne 2 770 0,0 %
Oushojo oushojo langue indo-iranienne 2 410 0,0 %
Narisati gawar-bati langue indo-iranienne 1 956 0,0 %
Total = 163 001 322 (2004)

Bien que les variétés régionales du panjabi (47,5 %), du sindhi (13,8 %), du pachtou (16,1 %) et du baloutchi (4 %) soient majoritaires dans le pays en totalisant 81,4 % des locuteurs du pays, c'est l'ourdou (7,1 %), la langue des Mohajirs, qui est devenu l'une des langues co-officielles avec l'anglais, la langue de l'ancien colonisateur. Il n'y a pas d'anglophones indigènes au Pakistan, mais juste 12 000 Britanniques. Cela dit, la plupart des élites instruites et cultivées savent parler et écrire l'anglais. De façon générale, l'anglais n'est pas une langue utilisée de façon courante dans la vie privée. Cette langue demeure surtout la clé de l'accès au poste de responsabilité, dans l'appareil de l'État, comme dans le secteur privé. Par contre, l'ourdou est beaucoup plus répandu parce que c'est une langue islamique et une langue véhiculaire entre les provinces, et celle des journaux, de la radio et de la télévision.

3.2 Les langues nationales provinciales

Il s'agit surtout du panjabi, du sindhi, du baloutchi et du pachtou, exceptionnellement du kashmiri.

Dans la province du Panjab (82 millions), le panjabi est la principale langue parlée (75,2 %). Ensuite, il est suivi par le seraiki (17,6 %), l'ourdou (4,5 %), le pachtou (1,1 %), le baloutchi (0,6 %), le sindhi (0,1 %) et quelques autres langues minoritaires (0,9 %).

Dans la province du Sind (23 millions), la majorité de la population parle le sindhi (60 %), la langue co-officielle avec l'ourdou dans cette région. Les autres langues sont l'ourdou (21 %), le panjabi (6,9 %), le pachtou (4,1 %), le goujarat (3 %), le baloutchi (2 %), le seraiki (1 %) et quelques autres langues (2,3 %).

Dans la province du Baloutchistan (6,5 millions), le baloutchi, le brahoui et le pachtou demeurent généralement les langues d'usage, mais l'ourdou est la langue officielle. C’est une région peu peuplée, mais qui est traditionnellement réfractaire au pouvoir fédéral. Les talibans afghans et pakistanais contrôlent la frontière entre l’Afghanistan et la province; les sardar («chefs de tribus») sont en rébellion plus ou moins constante contre les autorités fédérales qui n'exercent leur contrôle que dans les villes et les ports de l'océan Indien.

Dans la province de la Frontière du Nord-Ouest ou de Khyber-Pakhtunkhwa (20 millions), le pachtou et le baloutchi sont les langues principales; les autres langues sont principalement l'hindko, le seraiki, le khowar, le panjabi et le persan. Encore aujourd'hui, certains citoyens demandent que le pachtou soit déclaré co-officiel avec l'ourdou, mais jusqu'ici cette demande est demeurée sans réponse et seul l'ourdou a acquis le statut de langue officielle. C'est une région où la présence des talibans est très forte.

3.3 Les langues des territoires fédéraux

Dans l'Azad-Cachemire (4,5 millions), territoire contrôlé par le gouvernement fédéral, c'est le kashmiri qui est principalement utilisé, même si l'ourdou reste la langue officielle. L'ourdou est parlé partout comme langue seconde, même s'il ne s'agit que de 7,1 % de la population du Pakistan qui le parle comme langue maternelle. Les autres langue sont le panjabi, le hindko, le mirpuri, le pahari, le gojri et le pachtou. Toutes les langues minoritaires sont très anciennes et restent encore très fortes à l'oral dans le pays. Ce territoire est revendiqué par l'Inde.

Dans les Régions tribales administrées par le gouvernement fédéral (FATA), dont la population totale est de 3,2 millions, le pachtou est parlé par la quasi-totalité des habitants. En effet, 99 % des résidents de ce territoire on le pachtou comme langue maternelle, contre 0,10 % pour le panjabi, 0,05 % pour le sindhi, 0,02 % pour le hindko, 0,02 % pour l'ourdou et 0,01 % pour le baloutchi. Toutes les autres langues, dont le persan, ne sont parlées que par 0,9 % des locuteurs. Les lois pakistanaises ne s’appliquent pas dans ces territoires qui sont administrés par les chefs de tribus sous le contrôle d’un «political agent». C’est la région la plus troublée du Pakistan, le refuge des talibans et des militants d’Al Qaida. Même l'armée pakistanaise n'ose pas s'aventurer à l'extérieur de ses bases militaires.

Mentionnons également les territoires du Nord, appelés Northern Areas of Pakistan (1,8 million) où il existe huit peuples différents : les Balti (balti), les Yashkuns (yashkun), les Moghals (moghal), les Kashmiris (kashmiri), les Pathans (pathan), les Ladakhis (ladakhi et ourdou) et les Turcs (shina, balti, brushiski, khawar, wakhi, ourdou, puchtou et farsi). On trouve dans cette région septentrionale une langue isolée, le bouroushaski parlé par Bouroushos et n'appartenant à aucune famille linguistique. Ce territoire est aussi revendiqué par l'Inde.

- Analphabétisme et communications

En général, c'est l'analphabétisme de leurs locuteurs qui «tue» ces langues régionales plutôt que leur statut de minoritaire. Depuis la partition de 1947, les langues écrites comme le panjabi, le pachtou, le baloutchi, le brahoui, le seraiki, etc., ont perdu beaucoup de leur importance. Par ailleurs, il existe au Pakistan une cinquantaine de petites langues, surtout dans le Nord, qui subissent la pression énorme de l'ourdou et de l'anglais. Beaucoup de locuteurs de ces langues estiment devoir les préserver, mais ils cèdent aussi devant les nécessités des nouvelles routes qui transforment l'environnement linguistique. Toute ces langues empruntent massivement des mots de l'ourdou et l'anglais. Lorsque les Pakistanais quittent leurs campagnes pour la ville, ils changent de langue, et passent  nécessairement à l'ourdou.

- La résistance du sindhi

On on peut se demander comment il se fait que, de toutes les langues régionales, seul le sindhi a acquis un prestige et un statut différent des autres langues (baloutchi, panjabi, pachtou, etc.). Le sindhi est, en effet, la seule langue régionale a avoir acquis un statut officiel reconnu à la fois par le gouvernement fédéral et la Constitution. Ceci est dû au fait que le chef du gouvernement fédéral (Zulficar Ali Bhutto), au moment de la promulgation de la Constitution de 1973, était un Sindhi et jouissait d'une popularité exceptionnelle dans tout le pays. Il était aisé pour lui de favoriser sa langue et sa province d'origine. 

Ce fait illustre qu'au Pakistan il y a une «ethnicisation» de la politique en général. Ainsi, dans la province du Sind, les Sindhis ont peur de perdre leur majorité démographique depuis l'arrivée massive des immigrants musulmans venus de l'Inde et des autres provinces pakistanaises. Les «étrangers» sont très mal acceptés et des problèmes ethniques surviennent, notamment à Karachi, la capitale du Sind. Dans toutes les autres provinces, seul l'ourdou est reconnu comme langue officielle.

 

Province

Capitale

Langues nationales

Langues officielles

Baloutchistan

Quetta baloutchi
pachtou 
brahoui
ourdou
   Panjab Lahore panjabi
 seraiki
ourdou

Sind

Karachi sindhi sindhi
ourdou

Frontière-du-Nord-Ouest

Peshawar pachtou
hindko
seraiki
ourdou
  
3.4 L'unité nationale et l'ourdou

Quant à l'ourdou, il constitue l'une des 12 langues les plus importantes du sub-continent indien avec l'hindi. L'ourdou et l'hindi ne forment en réalité qu'une seule et même langue, mais l'hindi s'écrit avec l'alphabet dévanâgari et l'ourdou avec l'alphabet arabe. Ce sont des raisons religieuses et politiques qui ont favorisé cette répartition: les Pakistanais sont musulmans et voulaient se distinguer des Indiens à majorité hindoue. 

L'ourdou utilise l'alphabet arabe ou arabo-persan, mais augmenté de 9 lettres, passant de 28 lettres à 37 afin de transcrire les phonèmes propres à l'ourdou, par opposition à l'hindi ou au persan. Son écriture arabo-persane a retenu un style penché, héritier des traditions calligraphiques indo-musulmanes.

Avant le XIXe siècle, l'hindi et l'ourdou n'existaient même pas, ils se sont formés au cours du XIXe siècle dans le nord de l'Inde par des soldats et commerçants qui tentaient de trouver une langue de communication commune. D'ailleurs, à cette époque, on ne parlait que d'hindoustani en se référant à la langue commune qui allait donner naissance, à la suite de tensions de plus en plus fortes entre les communautés musulmane et hindouiste, à l'ourdou et à l'hindi. En 1947, l'ourdou est devenu la langue officielle du Pakistan, l'hindi, celle de l'Inde. Les différences entre l'hondi et l'ourdou ne sont pas seulement d'ordre de l'écriture (alphabet dévanâgari pour l'hindi et alphabet arabe pour l'ourdou), mais aussi d'ordre culturel. Elles reflètent des divergences religieuses et politiques, dans la mesure où l'ourdou est associé à l'islam et l'hindi à l'hindouisme.

Depuis la partition de 1947, les différences entre les deux langues ont tendance à s'accuser et à se transposer sur le plan lexical, notamment au niveau de la création néologique. Ainsi, l'hindi tend de plus en plus à avoir recours au sanscrit, la langue mère, pour former de nouveaux mots. De son côté, l'ourdou aurait tendance à se «purifier» et à emprunter largement au persan, lui-même largement imprégné d'emprunts arabes. Ce fonds persan est resté très longtemps productif en hindoustani sous la domination britannique, mais est délaissé de plus en plus par l'hindi depuis la partition.

3.5 Les religions

La Pakistan a été fondé en 1947 pour des motifs religieux. La Pakistan musulman s'est séparé de l'Inde hindouiste parc qu'il ne pouvait pas accepter le mélange des religions.  La Constitution fait de la loi islamique, la Charia, la loi suprême du pays. Selon l'article 2 de la Constitution, l'islam est la religion de l'État («Islam shall be the State religion of Pakistan»). Toutefois, l'article 19 garantit (en principe) la liberté de culte («Freedom to profess religion and to manage religious institutions»), que ce soit pour les hindouistes, les chrétiens, les sikhs, les parsis ou les bouddhistes. De plus, les articles 26 et 27 interdisent la discrimination en raison notamment de la religion:
 

Section 26

1) In respect of access to places of public entertainment or resort, not intended for religious purposes only, there shall be no discrimination against any citizen on the ground only of race, religion, caste, sex, residence or place of birth.

Section 27

1) No citizen otherwise qualified for appointment in the service of Pakistan shall be discriminated against in respect of any such appointment on the ground only of race, religion, caste, sex, residence or place of birth [...];

Article 26

1) Par respect à l'accès aux lieux ou centres de divertissement public, qui ne sont pas destinés uniquement à des fins religieuses, il ne doit pas y avoir de discrimination à l'égard d'un citoyen pour des motifs seulement de race, de religion, de caste, de sexe, de résidence ou de lieu de naissance.

Article 27

1) Aucun citoyen qualifié pour une désignation au service du Pakistan ne doit être victime de discrimination à l'égard de celle-ci po9ur des motifs seulement de race, de religion, de caste, de sexe, de résidence ou de lieu de naissance [...];

Le Pakistan peut être qualifié de «théocratie islamique» qui applique intégralement la Charia (loi islamique) et qui la considérant comme supérieure à toute autre loi humaine. D'ailleurs, beaucoup de musulmans pakistanais croient que leur pays devrait être gouverné par des mollahs qui conseilleraient les élus.
 

Selon les renseignements recueillis par la Library of Congress, du Département d'État des États-Unis, les statistiques qui suivent correspondent à des estimations sur le pourcentage de personnes professant des religions différentes au Pakistan. Ces estimations varient considérablement d'une source à l'autre, selon les méthodes de recherche et les bases de données utilisés. Ainsi, l'islam est la religion de 95 % des Pakistanais, mais ceux-ci sont aux trois quarts de rite sunnite (75 %), et le reste, de rite chiite (20 %). On trouve aussi des musulmans ahmadis, des hindous (7 millions), des chrétiens (3 millions), des sikhs (300 000), des zoroastriens (20 000), des bouddhistes (10 000), etc. L’ahmadisme (appelé aussi Ahmadiyyia) est un mouvement musulman réformiste et messianiste fondé par Mirza Ghulam Ahmad (1835-1908) à la fin du XIXe siècle au Panjab, alors que la région était sous domination britannique. L'ahmadisme est un mouvement vivement combattu par les sunnites majoritaires au Pakistan, car pour eux Mahomet serait le dernier prophète. C'est pourquoi l'ahmadisme a été déclaré comme «non musulman» par le Parlement pakistanais en 1974.

La plupart des chrétiens et des membres des autres confessions religieuses sont mal acceptés par les musulmans: ils sont souvent victimes de discrimination, de mauvais traitements, d'assassinats, etc., pour leur seule appartenance religieuse. Beaucoup de femmes chrétiennes ou hindoues sont enlevées, séquestrées, converties à l'islam et mariées de force à des musulmans, parfois après avoir été violées. Bien que certaines de ces femmes réussissent à porter plainte, il est extrêmement rare que les tribunaux donnent raison aux plaignantes. Dans la plupart des cas, ces femmes sont renvoyées «à leur mari», c'est-à-dire aux hommes avec qui elles ont été mariées de force. Quant aux ahmadis, ils sont particulièrement visés par les lois contre le blasphème. En somme, il ne fait pas bon de faire partie d'une minorité religieuse au Pakistan.

4 Le choix de l'ourdou comme langue officielle

Étant donné que le Pakistan est aux prises avec de multiples tensions sécessionnistes découlant des nombreuses ethnies composant le pays, la tâche principale des gouvernements pakistanais, par ailleurs souvent contrôlés par les Ourdous et les Sindhis, a toujours été de promouvoir l'unité nationale constamment menacée. C'est pour cette raison que l'ourdou a été choisi comme instrument de l'unité nationale, d'autant plus que cette langue jouissait d'un grand prestige (avec l'hindi), qui lui venait de son statut en Inde, et possédait une tradition écrite très développée. En fait, l'ourdou était déjà, au moment de la partition, une langue supra-ethnique et un véhicule linguistique perfectionné et développé.

En 1947, il était impensable de songer à un multilinguisme officiel au Pakistan étant donné le grand nombre de langues, alors qu'aucune n'était majoritaire à l'échelle du pays. De plus, il était impossible de «venir à bout» des langues nationales parlées par des millions de locuteurs. La solution la plus appropriée a été de conserver l'anglais comme langue officielle. Il y eut aussi un facteur extrêmement important qui a joué un rôle indéniable: l'ourdou avait toujours été associé à l'islam. Cette association a été façonnée tout au cours de la période coloniale britannique. Les Britanniques avaient pris soin de remplacer le persan, la langue du pouvoir moghol, par l’ourdou (aux échelons inférieurs) et l’anglais (aux échelons supérieurs) dans plusieurs régions du nord de l’Inde et de l’actuel Pakistan. L’ourdou s’est alors répandu dans les réseaux scolaires et les communications dans toute l’Inde coloniale, dont faisait partie le Pakistan actuel. Cette langue devint le principal véhicule de l'instruction dans les madrasas (établissements d'enseignement secondaire et supérieur dirigés par les autorités religieuses) et la principale langue des écrits religieux. L’ourdou est ainsi devenu le plus important symbole de l’identité musulmane et a contribué à mobiliser la communauté musulmane pour demander la création du Pakistan en 1947.

C'est pourquoi, au Pakistan, l’ourdou et l’islam constituent des composantes symboliques fondamentales de l’identité nationale. Par voie de conséquence, l'ourdou et l'islam se trouvent à s’opposer à l’expression des langues régionales du Pakistan. Cette fusion entre la langue (ourdou) et la religion (islam) a toujours été défendue par les partis politiques de droite, qui se sont constamment opposés aux identifications ethniques. En même temps, ces partis politiques se sont opposés à toute acculturation occidentale, mais n'ont jamais perçu la contradiction en perpétuant le statut de l'anglais, une langue occidentale, libérale et toute aussi symbolique (que l'ourdou).

Néanmoins, la Constitution de 1973, plusieurs fois modifiée, suspendue puis restaurée en 1985 (mais suspendue à nouveau en 2001), semble permettre le multilinguisme et par conséquent la sauvegarde des langues régionales. En effet, l'article 28 de la Constitution fédérale déclare que «tout groupe de citoyens ayant une langue, une écriture ou une culture distinctes a le droit de les préserver et d'en faire la promotion et, sous réserve de la loi, de fonder des établissements à ces fins» :
 

Article 28

Préservation de la langue, de l'écriture et de la culture

Sous réserve de l'article 251, tout groupe de citoyens ayant une langue, une écriture ou une culture distinctes a le droit de les préserver et d'en faire la promotion et, sous réserve de la loi, de fonder des établissements à ces fins.

Cependant, deux langues seulement sont prévues pour être utilisées à des fins officielles: l'ourdou, parlé par 7,1 % de la population, et l'anglais, la langue de l'ancien colonisateur. Autrement dit, de toutes les langues nationales du pays, c'est l'ourdou, la langue-symbole, qui a été choisi à des fins officielles. Ainsi, on peut lire à l'article 251 de la Constitution fédérale:
 

Article 251

Langue nationale

1) La langue nationale du Pakistan est l'ourdou, et des dispositions seront prises pour qu'elle soit utilisée aux fins officielles et à d'autres fins dans les quinze années qui suivent la date de la promulgation.

2) Sous réserve du paragraphe 1, la langue anglaise pourra être utilisée à des fins officielles jusqu'à ce que les dispositions nécessaires aient été prises pour qu'elle soit remplacée par l'ourdou.

3) Sans qu'il ne soit porté atteinte au statut de la langue nationale, une assemblée provinciale peut, par une loi, prendre des dispositions pour enseigner, promouvoir et utiliser une langue provinciale en plus de la langue nationale.

On constatera que le paragraphe 3 laisse entendre qu'il est possible de rendre co-officielle une autre langue en plus de l'ourdou dans une province. Pour le moment, seule la province du Sind dans le Sud-Est a pu se prévaloir de cette disposition. En effet, dans le Sind, l'ourdou et le sindhi sont les langues co-officielles de la province. Dans les autres provinces, seul l'ourdou bénéficie du statut de langue officielle.

En 2014, des députés avaient présenté une modification constitutionnelle de l'article 251 sur la langue nationale, afin d'en présenter sept au lieu du seul ourdou:
 

Section 2 (section non adopted, 2014)

Substitution of Article 251 of the Constitution.

In the Constitution of the Islamic Republic of Pakistan, for Article 251, the following shall be substituted, namely:

- “251 National Language

(1) The National Languages of Pakistan shall be Balochi, Punjabi, Pushto, Shina, Sindhi, Siraiki, and Urdu.

(2) The Official language of Pakistan shall be English until arrangements are made for its replacement with Urdu within fifteen years from the commencement of this Act.

(3) The Federal Government will establish a fund for the development and promotion of National languages as well as ensure that Arabic and Persian are taught as compulsory subjects at school level

 (4) Without prejudice to the status of National Languages, a Provincial Assembly may by law prescribe measures for the teaching, promotion and use of a provincial language in addition to the national languages.

Article 2 (article non adopté)

Remplacement de l'article 251 de la Constitution

Dans la Constitution de la République islamique du Pakistan, de l'article 251, le texte suivant est substitué, à savoir:

- "251, langue nationale

(1) Les langues nationales du Pakistan sont le baloutche, le panjabi, le pachtou, le shina, le sindhi, seraiki, et l'ourdou.

(2) La langue officielle du Pakistan est l'anglais jusqu'à ce que des dispositions soient prises pour son remplacement par l'ourdou dans les quinze ans à compter de l'entrée en vigueur de la présente loi.

(3) Le gouvernement fédéral mettra en place un fonds pour le développement et la promotion des langues nationales ainsi que pour assurer que l'arabe et le persan soient enseignées comme matières obligatoires au niveau de l'école.

(4) Sans préjudice du statut des langues nationales, une Assemblée provinciale peut par la loi prescrire des mesures pour l'enseignement, la promotion et l'usage d'une langue provinciale en plus des langues nationales.

Le Parlement a rejeté le projet de loi à ce sujet, car cela aurait eu pour effet de diluer l'ourdou avec l'ajout de six langues. Dans une fédération, de telles dispositions auraient certainement aidé la cause des langues locales, mais les membres du Parlement en ont décidé autrement.

5 La politique d'assimilation

La politique des gouvernements pakistanais consiste à ignorer (exception faite pour le sindhi), sans les réprimer, les langues régionales pour imposer et favoriser la seule langue suprarégionale: l'ourdou. Il n'existe pas de loi linguistique dans ce pays multilingue. L'un des très rares textes juridiques faisant allusion à la langue est le Code pénal adoptée en 1860 par les Britanniques et maintes fois modifié depuis, dont la dernière a eu lieu en 2006. L'article 153-A du Code pénal du Pakistan de 1860 (en vigueur) traite uniquement de la discrimination, pas du tout de quelconques droits linguistiques.
 

Article 153-A

Promotion d'hostilité entre des groupes différents

Quiconque :

(a) par des mots, soit à l'oral ou à l'écrit, par des signes, par des représentations visibles ou autrement, encourage, incite, tente de promouvoir ou d'inciter, pour des motifs de religion, de race, de lieu, de résidence ou des deux, de langue, de caste ou de communauté, ou pour tout autre motif que ce soit, la discorde ou des sentiments d'hostilité, de haine ou de malveillance entre les différents groupes religieux, ethniques, linguistiques, régionaux ou castes et communautés; ou

(b) commet ou incite une autre personne à commettre un acte préjudiciable au maintien de l'harmonie entre les différents groupes religieux, ethniques, linguistiques, régionaux ou des castes ou communautés ou de tout groupe identifiable comme tel pour quelque motif que ce soit et qui dérange ou est susceptible de déranger la tranquillité publique; ou

[...]

est passible d'une peine d'emprisonnement maximal de cinq ans, et également d'une amende. 

Les deux langues utilisées lors des débats au Parlement d'Islamabad sont l'ourdou (surtout) et l'anglais, mais les lois sont généralement rédigées en anglais, puis traduites en ourdou, la version anglaise faisant foi en cas de conflit d'interprétation.

Dans le province du Sind, les langues de la législature sont l'ourdou et le sindhi, mais c'est cette dernière langue qui demeure pratiquement seule utilisée. Dans les autres provinces, les parlements — quand ils ne sont pas suspendus par le gouvernement central — de Quetta, Lahore et Peshawar, l'ourdou reste l'unique langue de la législature (avec l'anglais).

5.1 Les tribunaux

Dans les tribunaux, l'ourdou et l'anglais sont les langues les plus couramment employées, sauf dans la province du Sind (en sindhi). En cas de force majeure (une personne ne parlant pas l'ourdou), on a recours aux autres langues du pays grâce à la présence d'un interprète. Soulignons que les documents judiciaires écrits préparés par la cour sont toujours en anglais (sauf dans le Sind). Dans les zones tribales appelées «Tribal areas», le système judiciaire n'est pas sous la tutelle de l'administration provinciale et les langues utilisées sont alors celles de la tribu (cas de force majeure).

Le Pakistan applique encore des lois pour contrer le blasphème (Code pénal de 1997) à l'égard du Coran, du prophète Mahomet ou de tout autre personnage religieux de l'islam : 
 

Article 295-B

Le fait de souiller un exemplaire du saint Coran

Quiconque souille volontairement, endommage ou profane un exemplaire ou un extrait du saint Coran, ou l'utilise de manière désobligeante ou à des fins illégales est passible dune peine d'emprisonnement à perpétuité.

Article 295-C

Usage de remarques désobligeantes à l'égard du saint prophète

Quiconque, par des mots, à l'oral ou à l'écrit, par une représentation visible, par une accusation, une insinuation ou une allusion malveillante, directe ou indirecte, profane le nom sacré du saint prophète (que la paix soit avec lui) est passible de la peine de mort ou d'emprisonnement à perpétuité, et sera également passible d'une amende.

Article 298

Quiconque, avec l'intention délibérée de blesser les sentiments religieux de quelqu'un, profère des paroles ou émet des sons ou fait des gestes devant cette personne ou place un objet devant cette personne, est passible de la peine d'emprisonnement maximale d'une durée d'un an, et est également passible d'une amende, ou les deux.

La peine de mort pour les coupables de blasphème contre le prophète Mahomet fut introduite en 1986 (article 295-C du code pénal pakistanais). Étant donné le flou juridique de la formulation, les minorités sont les personnes les plus souvent accusées de blasphème par les chefs religieux. De plus, il est relativement aisé d'utiliser ce genre de texte pour faire peur ou faire taire les opposants. D'ailleurs, les lois relatives au blasphème sont appliquées de manière arbitraire par la police et les autorités judiciaires, généralement sur la base de plaintes ayant pour origine des querelles personnelles.

Certains observateurs font observer que les ahmadis, un mouvement réformiste musulman messianiste, n’ont pas le droit d’ériger des lieux de culte ni d’organiser ouvertement des événements. Tel est l'article 298-B du Code pénal pakistanais:
 

298-B: Détournement d'épithètes, de descriptions et de titres, réservés à certains personnages ou lieux saints

(1) Quiconque faisant partie du groupe Qadianis ou des Lahoriens (qui s'appellent eux-mêmes «ahmadis» ou par tout autre nom) qui, de façon orale ou écrite, ou par une représentation visible:

(a) fait référence ou s'adresse à une personne autre qu'un calife ou un compagnon du saint prophète Mahomet (que la paix soit avec lui) en tant que «Ameerul-Mumineen», «Khalifat-ul-Muslimeen», «Sahaabi» ou «Razi Allah Anho»;

(b) fait référence ou s'adresse à une personne autre qu'une épouse du saint prophète Mahomet (que la paix soit avec lui) en tant que «Ummul-Mumineen»;

(c) fait référence ou s'adresse à une personne autre qu'un membre de la famille (Ahle-bait) du saint prophète Mahomet (que la paix soit avec lui) en tant que «Ahle-bait»; ou

(d) fait référence à son nom de culte comme «Masjid», le nomme ou l'appelle ainsi;

est passible d'une peine d'emprisonnement maximale de trois ans, et est également passible d'une amende.

2) Toute personne membre du groupe des Qadianis ou du groupe des Lahoriens (qui s'appellent eux-mêmes «ahmadis» ou tout autre nom) qui, par des mots, à l'oral ou à l'écrit, ou par une représentation visible, fait référence au mode ou à la forme de l'appel à la prière suivie de sa foi comme «azan» ou récite l'azan tel que le font les musulmans, est passible d'une peine d'emprisonnement maximale de trois ans, et est également passible d'une amende.

En effet, les ahmadis peuvent être inculpés d’avoir fait des appels à la prière, d'avoir prêché leur foi en public, d'appeler leur lieu de culte «mosquée», d'employer une terminologie religieuse, de prononcer des salutations islamiques en public, de citer le Coran et de chercher à convertir des gens ou de produire du matériel religieux. Comme il fallait s'y attendre,  les ahmadis sont une «importante cible» des poursuites intentées pour blasphème. Les ahmadis qui présentent une demande de passeport doivent signer une déclaration selon laquelle le fondateur du mouvement ahmadiyya est un «faux prophète» ou un «imposteur», afin d'empêcher les membres de ce mouvement d'obtenir des passeports les présentant comme musulmans. En outre, il leur est interdit de se rendre en Arabie Saoudite à des fins de pèlerinage.

5.2 L'Administration publique

Si l'anglais accapare beaucoup de fonctions dans la législature et dans le domaine judiciaire, il n'en est pas de même dans l'Administration publique auprès des citoyens. Les communications orales se déroulent généralement en ourdou, rarement en anglais, souvent dans la langue maternelle des habitants d'une région, particulièrement en panjabi, en baloutchi, en saraiki, en pachtou, etc. Les missives officielles destinées à l'ensemble de la population sont bilingues (anglais-ourdou), sauf pour les Pakistanais du Sind, qui les reçoivent toujours en sindhi et en ourdou. L'article 14 de la Ordonnance sur les allocations de maternité (1958) demeure l'un des rares textes juridiques mentionnant l'emploi d'une langue régionale:
 

Article 14

Présentation des extraits

Un résumé des dispositions de la présente ordonnance et des règles qui en découlent
dans la langue régionale doit être apposé de façon visible par l'employeur dans chaque partie de l'établissement dans lequel sont employées des femmes.

Les ministères de l'Agriculture et de l'Intérieur sont multilingues, c'est-à-dire que les fonctionnaires fédéraux communiquent oralement dans la langue maternelle des habitants d'une région donnée. Cette situation se répète dans les administrations provinciales, municipales et les hôpitaux dans tout le pays. Il faut dire que l'analphabétisme est assez répandue au Pakistan et qu'il est illusoire de procéder autrement. Ce «portrait» de la langue des services gouvernementaux paraît totalement différent dans la province du Sind puisque les Sindhis ne communiquent que dans la langue nationale locale; même le gouvernement central d'Islamabad se plie à cette réalité dont les dispositions constitutionnelles sont précises à ce sujet.

Par ailleurs, la Commission asiatique des droits de la personne (Asian Human Rights Commission - AHRC) mentionne que les listes électorales au Pakistan sont divisées en fonction des groupes religieux. Ainsi, Freedom House, une organisation non gouvernementale indépendante qui aide au développement des libertés dans le monde, révélait en 2012 que 10 des 342 sièges de l'Assemblée nationale étaient réservés aux «minorités non musulmanes» et qu'au Sénat 4 sièges sur 100 étaient réservés aux minorités religieuses. Il devient alors aisé de discriminer les groupes qui ne font pas l'affaire des autorités religieuses. 

5.3 L'éducation

Dans le domaine de l'éducation, les langues locales ont tendance à être ignorées, sauf à la maternelle, parce qu'il est impossible de faire autrement. De plus, selon le gouvernement fédéral, il n'existerait aucune demande populaire concernant l'enseignement primaire des langues régionales. La plupart des parents exigeraient que leurs enfants apprennent d'abord l'ourdou et l'anglais. Les écoles anglaises sont réservées à une élite destinée surtout à la fonction publique.

Il est vrai que l'analphabétisme dans les langues régionales est chronique au Pakistan. Étant donné les conditions minables dans le secteur de l'éducation en général et l'absence d'infrastructures efficaces, de livres, de matériel pédagogique et surtout de ressources financières, étant donné le grand nombre des langues au Pakistan et étant donné que la langue officielle est l'ourdou, la seule possibilité actuelle est laissée à l'ourdou. De toute façon, il semble que, dans la plupart des cas, seuls les volumes en ourdou et en anglais soient disponibles. De plus, selon le gouvernement pakistanais, la population n'aurait jamais demandé (?) de débat public sur la question de l'enseignement des langues régionales. Tout au plus, fait-on savoir, dans les officines fédérales, que les langues régionales pourraient être enseignées comme matière culturelle, mais l'ourdou doit toujours rester la langue du «patriotisme pakistanais», un peu comme le rôle joué par l'anglais aux États-Unis. Ajoutons aussi que l'enseignement primaire n'est pas obligatoire au Pakistan, si bien que le pays a le triste privilège d'être l'un des rares États au monde à voir la fréquentation scolaire reculer. Seulement 51 % des Pakistanais de plus de 10 ans ont déjà fréquenté l’école et 63 % de ceux-ci n’ont pas terminé leur primaire.

Durant tout le primaire, l'ourdou demeure la seule langue d'enseignement, mais au secondaire l'anglais vient s'ajouter sans supplanter l'ourdou qui, pour sa part, devient subordonné à l'anglais dans les universités. Évidemment, dans la province du Sind, les parents ont le choix d'envoyer leurs enfants dans les écoles ou l'enseignement est dispensé en sindhi ou en ourdou; la plupart des Sindhis choisissent le sindhi jusqu'à la fin du primaire pour passer à l'anglais et à l'ourdou au secondaire. Mais les Panjabis, les Pachtous ou les Baloutches qui habitent le Sind choisissent l'ourdou. Dans les écoles primaires dont l'enseignement se fait en sindhi, l'ourdou demeure obligatoire comme langue seconde.

Au début des années 1990, le gouvernement provincial du Baloutchistan a tenté d'implanter un enseignement primaire en baloutchi, en pachtou et en brahoui. On s'est rendu compte qu'on manquait de professeurs sachant écrire ces langues, qu'on ne disposait pas de manuels scolaires (sauf en ourdou et en anglais), que la plupart des membres de l'Assemblée législative du Baloutchistan ne savaient même pas écrire leur propre langue maternelle. Sauf pour des cas exceptionnels comme pour le sindhi, les langues régionales ne sont jamais enseignées, bien que ce soit légalement possible en vertu de l'article 251-c de la Constitution fédérale de 1973, qui prévoit qu'il est possible d'enseigner, en plus de l'ourdou, une autre langue locale: «Sans qu'il ne soit porté atteinte au statut de la langue nationale, une assemblée provinciale peut, par une loi, prendre des dispositions pour enseigner, promouvoir et utiliser une langue provinciale en plus de la langue nationale.»  
 

Article 251

1) La langue nationale du Pakistan est l'ourdou, et des dispositions seront prises pour qu'elle soit utilisée aux fins officielles et à d'autres fins dans les 15 années qui suivent la date de la promulgation.

2)
Sous réserve du paragraphe 1, la langue anglaise pourra être utilisée à des fins officielles jusqu'à ce que les dispositions nécessaires aient été prises pour qu'elle soit remplacée par l'ourdou.

3)
Sans qu'il ne soit porté atteinte au statut de la langue nationale, une assemblée provinciale peut, par une loi, prendre des dispositions pour enseigner, promouvoir et utiliser
une langue provinciale en plus de la langue nationale.

Selon la SPARC (Society for the Protection of the Rights of the Child), une organisation non gouvernementale spécialisée dans la défense des droits des enfants, le système scolaire pakistanais souffrirait de la formation insuffisante des enseignants, de l’absentéisme du personnel et des élèves, de la rareté et de la mauvaise qualité des écoles, ainsi que du surpeuplement des classes.

Par ailleurs, le gouvernement fédéral possède ses propres écoles, notamment pour des services publics comme les chemins de fer, les douanes, les télécommunications, le police, etc. Ces écoles enseignent à la fois en ourdou et en anglais.

Il existe aussi au Pakistan des établissements privés appelés English medium, dispensant un enseignement uniquement en anglais. Ces écoles sont très coûteuses (dix à quinze fois plus cher) pour les parents qui envoient leurs enfants dans ces écoles. Les familles modestes, qui considèrent l'anglais comme indispensable, font de grands sacrifices pour envoyer leurs enfants dans ces écoles. Les familles riches envoient leurs enfants étudier à l'étranger ou à l'International American School, ce qui coûte plus de 10 000 $ US par année. 

5.4 La vie économique

Du côté de la vie économique, la situation paraît relativement complexe. Comme il n'existe aucune réglementation à ce sujet, les Pakistanais vaquent à leurs affaires régionales dans leur langue maternelle, selon les régions et les provinces: sindhi, baloutchi, pachtou, panjabi, etc. Cependant, dès qu'on se situe à l'échelle nationale, l'ourdou et l'anglais occupent toute la place. Il en est ainsi de l'affichage public des services gouvernementaux, des banques, des corporations et autres organismes ou sociétés commerciales. Dans les quatre provinces, les raisons sociales des sociétés locales peuvent être bilingues: anglais-ourdou, anglais-panjabi, anglais-sindhi, anglais-pachtou, anglais-baloutchi (plus rarement). En fait, l'anglais et l'ourdou demeurent les deux grandes langues de la vie économique du pays.

Toutefois, l'anglais reste perçu comme le véhicule des valeurs occidentales libérales et l'ourdou comme la langue islamique et nationaliste par excellence, tandis que les langues vernaculaires ou régionales sont associés à l'identité et aux nationalismes ethniques. Cela étant dit, les milieux islamistes et les classes dominés tendent de plus en plus à s'approprier l'anglais dans lequel ils voient la langue de l'ascension sociale dans le monde moderne.

5.5 Les médias

Du côté des médias, les grandes langues du pays disposent de radios locales diffusant dans la plupart des grandes langues régionales en plus de l'ourdou et de l'anglais: sindhi, baloutchi, panjabi, pachtou, saraiki, hindko, brahoui, etc. La Pakistan Television Corporation (ou PTV), la société de télévision du Pakistan, six canaux nationaux, principalement en ourdou et en anglais. De 6 h à 18 h, PTV News émet des bulletins d'information en ourdou, en anglais, en arabe et en kashmiri. Des bulletins de nouvelles sont aussi diffusés en panjabi (de Lahore), en sindhi (de Karachi), en pachtou et en hindko (de Peshawar) et en baloutchi, en pachtou et en brahoui (de Quetta). Il existe des stations privées de télévision telles PTV Bolan, qui diffuse principalement en baloutchi, et Sindh TV, en sindhi

La situation est plus problématique dans les médias écrits. Seuls les journaux écrits en ourdou ou en anglais sont suffisamment répandus dans le pays. Les journaux écrits, par exemple en panjabi ou en baloutchi, sont le plus souvent des traductions ou des copies conformes des journaux nationaux ou encore des magazines locaux. Tous les grands journaux nationaux n'apparaissent qu'en ourdou ( Daily Khabrain, Daily Jang, Daily Khabrain, Daily Jang, Nawa-i-Waqt, Daily Ausaf, Daily Jasarat, etc.) ou en anglais (The Nation, Pakistan Times, Pakistan Today, The News, etc.).

Depuis 1947, l'ethnie ourdoue a exercé un rôle politique prépondérant au Pakistan. Il en a découlé une expansion considérable de l'ourdou comme langue nationale au point où c'est l'anglais qui a même reculé. De toutes les langues du Pakistan, seul l'ourdou a progressé et plusieurs langues nationales (baloutchi, pachtou, panjabi, seraiki) ont été délaissées, particulièrement dans l'écriture. Si l'on fait exception du sindhi, toutes les langues locales ont périclité au profit de l'ourdou, la situation dans le monde scolaire étant particulièrement troublante à cet égard.

C'est là l'effet d'une politique linguistique destinée à supplanter définitivement les langues régionales pour des motifs religieux. Il est pour le moins surprenant, par exemple, que les 77 millions de Panjabis,  les 26 millions de Pachtous, les 18 millions de Sindhis, les 6,5 millions de Baloutches,  les 5,2 millions de Hindko (5,2 millions), etc., acceptent si facilement la dévalorisation sociale de leur langue. En d'autres termes, il s'agit d'une politique d'assimilation plutôt bien réussie, puisque les locuteurs de ces langues en viennent à considérer que leurs langues régionales sont moins importantes et qu'il est préférable d'utiliser l'ourdou (surtout) et l'anglais dans toutes les manifestations officielles du pays. La politique de l'État fédéral qui consiste à évincer les langues régionales dans tous les domaines de prestige (administration, écoles, journaux écrits, police, armée, etc.) est une façon de réduire l'identité des groupes ethniques et, par le fait même, d'unifier un pays multilingue et massivement musulman, la religion servant de symbole identitaire pour tous les Pakistanais. Il ne faut pas oublier non plus que le Pakistan demeure une construction artificielle, ce qui expliquerait la quantité importante, depuis l'indépendance (1947), de régimes autoritaires et de coups d'État militaires. Comme on le sait, les lois pour contrer le blasphème au Pakistan continuent d'être utilisée par des religieux extrémistes dans le but de faire taire leurs détracteurs. Si un pays comme le Pakistan continue de persécuter les minorités comme les musulmans chiites, les musulmans ahmadiyya et les chrétiens, il est sur la bonne voie pour faciliter la tâche des groupes extrémistes, tel l'État islamique qui attire les jeunes musulmans dans ses rangs. Quand un musulman pakistanais voit agir l'État islamique faire à grande échelle ce qui est fait dans sa communauté à une plus petite échelle, les chances qu'il soit attiré par les terroristes deviennent d'autant plus élevées.

Par ailleurs, la situation actuelle laisse croire que le Pakistan s'orientera davantage vers une société de plus en plus islamisée tout en cherchant encore le modèle qui lui permettrait de supprimer la violence caractérisant son histoire, afin de s'engager dans un avenir pacifique et plus prospère. Pour le moment, on pourrait dire que le Pakistan est un pays constamment en guerre contre ses propres concitoyens. Heureusement, malgré la loi martiale et les assassinats politiques, la plupart des Pakistanais n’ont pas abandonné leur rêve de démocratie.

Pakistan

 


Baloutchistan
 

Panjab
 

Sind
 

Frontière du Nord-Ouest
 

Dernière mise à jour: 25 nov. 2016
 

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