République de Djibouti

Djibouti

Jumhuriyat Jibuti
République de Djibouti

Capitale: Djibouti 
Population: 1,1 million (2023) 
Langues officielles: arabe et français   
Groupe majoritaire: somali (48,7 %) 
Groupes minoritaires:  afar (29,5 %), arabe (15,4 %), français (2,1 %), amharique (0,3 %), hindi (0,2 %), chinois mandarin (0,1%), tigré (0,1%), tigrigna, etc.
Système politique: république unitaire
Articles constitutionnels (langue): art. 1, 3, 6 et 89 de la Constitution du 4 septembre 1992.
Lois linguistiques:
Loi n° 15-78 réglementant l'usage du terme «national» par les entreprises à caractère commercial ou industriel (1978); Arrêté n°91-896/PR/MEN portant institution d’un comité intersectoriel pour le programme d’alphabétisation (1991); Arrêté n°2003-0186/PRE portant organisation du Forum des langues et des cultures (2003);
Arrêté n°2002-0217/PRE portant organisation du symposium sur la langue somali (2002); Arrêté n° 2003-0070/PRE portant organisation du symposium sur la langue afare (2003).
Lois scolaires:
Loi n° 96/AN/00/4e L du 10 juillet 2000 portant orientation du système éducatif djiboutien (2000); Décret n°2004-0087/PR/MENESUP portant création d'un baccalauréat pour l'enseignement secondaire en langue arabe (2004); Arrêté n° 2004-0655/PR/MENESUP organisant la formation initiale des élèves-instituteurs arabisants enseignant la langue arabe à l'Enseignement de base (2004); Décret n° 2004-0087/PR/MENESUP portant création d'un baccalauréat pour l'enseignement secondaire en langue arabe (2004); Loi portant organisation du ministère de l'Éducation nationale et de l'Enseignement supérieur (2012); Loi n° 164/AN/12/6e L portant organisation du ministère de l'Éducation nationale et de la formation professionnelle (2012); Décret n° 2014-122/PR/MENSUR fixant les conditions et la procédure d'octroi des équivalences/reconnaissances des diplômes de l'enseignement supérieur (2014).
Lois à portée linguistique:
Loi organique n° 1/ AN /92 relative aux élections (1992); Code pénal (1995); Loi n°114/AN/96/3e L relatif à la protection du droit d'auteur (1996); Loi n° 40/AN/99/4e L fixant la réglementation applicable aux entreprises d'assurance (1999); Loi n° 79/AN/04/5e portant Code de la nationalité djiboutienne (2004); Loi n° 133/AN/05/5e L portant Code du travail (2005); Arrêté n° 2006-0051/PRE portant organisation de la Journée nationale des artistes et de la Journée nationale des langues maternelles (2006); Loi n° 28/AN/08/6e L portant sur la protection, la répression de la fraude et la protection du consommateur (2008); Code de commerce (2011).

1 Situation géographique

Djibouti est un État d'Afrique orientale situé à l'entrée de la mer Rouge, appartenant à la Corne de l’Afrique et limité à l'est par le golfe d'Aden, au sud-est par la Somalie, au sud et à l'ouest par l'Éthiopie et au nord par l'Érythrée. Djibouti est séparé de la péninsule Arabique (et du Yémen) par le détroit de Bab el-Mandeb, d'une largeur de 30 km. Le pays possède une façade maritime longue de 370 km, qui donne sur la mer Rouge et le golfe d’Aden; sa superficie ne dépasse pas 23 200 km² (Belgique: 30 527 km²) et sa capitale est la ville de Djibouti. La république de Djibouti est membre de la Ligue arabe.

La République de Djibouti est divisée en cinq circonscriptions administratives appelées districts: Djibouti (Jiibūti), Ali-Sabieh (Ali Sabīh), Dikhil (Dihil), Tadjoura (Tajūra) et Obock (Ubuk).

La politique du gouvernement djiboutien en matière de décentralisation a créé des Conseils régionaux aux sein des districts. Les membres de ces conseils sont choisis parmi les résidents des districts et disposent d'un large pouvoir en matière de gestion publique.

On constate que les districts sont de taille très inégale. Les districts formant la région Afar (Dikhil, Tadjoura et Obock), avec plus de 87 % de la superficie totale du pays, forment l'essentiel du territoire de la république de Djibouti; à eux seuls, les districts d'Obock et de Tadjoura en représentent plus de 60 % du pays. La région de Djibouti-Capitale, qui forme un seul district, ne compte que pour 2,5 % de la superficie du pays. 

Régions et districts  Superficie % Population

I. RÉGION D'AFAR

20 200 km² 87 % (1998)
(1) District d'Obock 5700 km² 24,5 % 3,5 %
(2) District de Dikhil 7200 km² 31,0 % 9,0 %

(3) District de Tadjoura

7300 km² 31,4 % 7,6 %

II. RÉGION DE SOMALI-ISSA

2400 km² 10,3 %  
(4) District d'Ali-Sabieh 2400 km² 10,3 % 8,4 %

III. RÉGION DE DJIBOUTI-CAPITALE

600 km² 2,5 %  
(5) District de la ville de Djibouti 600 km² 2,5 % 71,4 %

TOTAL: RÉPUBLIQUE DE DJIBOUTI

23 200 km² 100% 100 %

Le nom du pays proviendrait, soit de Dji-bouti signifiant en arabe yéménite «amène le boutre», c'est-à-dire un petit navire arabe à voiles, à l'arrière très élevé (le boutre étant utilisé par les premiers Yéménites arrivés à Djibouti), soit de Djab-outi, signifiant en langue somali «le lieu où s'est cassé l'ogre».

Djibouti est également connu sous le nom de «Pays des Braves». Les relations avec les pays occidentaux se sont renforcés depuis le 11 Septembre 2001. Dès 2002, Djibouti accueillait une base militaire américaine d'environ 4000 hommes. 

Cependant, depuis 2019, la France est la seule nation ayant une base militaire permanente à Djibouti et à avoir un accord de défense envers ce pays. Elle possède d'importantes infrastructures à Djibouti sur 418 hectares, dont la base aérienne "188 Djibouti" qui accueille les Mirage 2000D et 2000-5F de l'escadron de chasse 3/11 Corse ainsi que le 5e régiment interarmes d'outre-mer (5e RIAOM), un détachement des commandos marine. Le dispositif militaire français compte 2162 militaires, dont 750 de l'Armée de terre, 462 de l'Armée de l'air et 209 de la Marine nationale.

2 Données démolinguistiques

La population de Djibouti était estimée en 2005 à 799 000 habitants (en 2023: 1,1 million), dont plus des deux tiers vivent dans Djibouti-Capitale. À cette population, il faudrait ajouter les quelque 300 000 réfugiés originaires de l'Éthiopie, de la Somalie ou de l'Érythrée que les conflits ethniques ont poussé à l'exode.

Groupe ethnique Population Pourcentage Langue maternelle Filiation linguistique Religion principale
Issa (Somali) 552 000 48,7 % somali groupe couchitique islam
Afar 334 000 29,5 % afar groupe couchitique islam
Arabe omanais   91 000 8,0 % arabe omanais groupe sémitique islam
Arabe yéménite   84 000 7,4 % arabe yéménite groupe sémitique islam
Français   24 000 2,1 % français langue romane christianisme
Éthiopien amhara     3 900 0,3 % amharique groupe sémitique christianisme
Indo-Pakistanais     2 200 0,2 % hindi langue indo-iranienne islam
Chinois     2 000 0,1 % mandarin famille sino-tibétaine religion ethnique
Tigré érythréen     1 900 0,1 % tigré groupe sémitique islam
Tigrigna  800 0,0 % tigrigna groupe sémitique christianisme
Autres 38 000 3,3 % - - -
Total (2023)

1 131 800

100 %

- - -

2.1 Les groupes ethniques

Le pays compte deux grandes ethnies principales aux rapports parfois difficiles: les Issa (48,7%) et les Afar (29,5%). S'ajoutent les Arabes (15,4%), les Français (2,1%), les Éthiopiens (0,3%), les Indo-Pakistanais (0,2%), les Chinois ),1%), les Tigréens (0,1%), les Tignignas, etc. Les noms des groupes ethniques (Afar, Somali, Oromo, Amhara) et des confédérations tribales (Issa) sont invariables comme noms propres, de même comme adjectifs où leur initiale est écrite en minuscule.

Les Somalis sont divisés entre trois clans distincts: les Issa, les Gadaboursi et les Issaq. Au nord du golfe, habitent les Afar, des éleveurs nomades, tandis que les Somalis, qui se répartissent en Issa (majorité), en Gadaboursi (minorité) et en Issaq, habitent le Sud. Le pays compterait aussi 8 % d'Arabes (à Djibouti-Capitale) et un faible pourcentage d'Européens (2,3 %), presque tous des Français et un certain nombre de Grecs. Plus de la moitié de la population est concentrée à Djibouti, une ville cosmopolite où se côtoient également Européens, Arabes, Éthiopiens, Yéménites, Pakistanais et Asiatiques divers.

2.2 Les langues

En ce qui a trait aux langues, les ethnies djiboutiennes pratiquent la même économie, parlent des langues du même groupe couchitique (famille chamito-sémitique) et professent la même religion musulmane. Les Afar parlent l'afar, une langue couchitique de la famille chamito-sémitique; les Issa, les Gadaboursi et les Issaq parlent le somali (appelé aussi l'issa), une autre langue couchitique. Les Arabes, pour leur part, parlent l'arabe djiboutien ou l'arabe omanais, alors que les Européens parlent généralement le français (sinon le grec).

Bien que les langues officielles soient le français et l'arabe, le français est réservé à la capitale et uniquement aux communications formelles ou officielles; le somali demeure la véritable langue véhiculaire dans tout le pays, alors que l'arabe djiboutien est la seconde langue. La langue afar semble en régression à Djibouti-Capitale au profit du somali et du français. D'ailleurs, l'afar emprunte massivement à ces deux langues. L'afar est parlé différemment à Djibouti, en Éthiopie et en Érythrée. Comme la majorité des langues africaines, l'afar n'a pas de tradition écrite et sa culture relève de l'oralité, mais cette langue peut s'écrire et il existe même une revue dans cette langue en Éthiopie (Qusba maaca : «L’Aube nouvelle»). Personne ne parle l'arabe officiel au sein de la population djiboutienne, mais c'est la langue du Coran et d'une partie de l'enseignement secondaire. 

2.3 Les religions

Près de 98 % de la population est composée de musulmans sunnites. Le christianisme n'est pratiqué en principe que par les communautés d'origine européenne, le judaïsme par les juifs, etc. De toute façon, cette question, relativement secondaire dans le cadre de cet article, ne concerne pas la langue. Djibouti se caractérise aussi par une forte concentration de sa population dans la capitale, Djibouti-Ville, soit les deux tiers des habitants, et par une croissance démographique forte, accentuée par l’immigration en provenance de l’Éthiopie et de la Somalie.

3 Données historiques

Les côtes djiboutiennes furent fréquentées dès le IIe millénaire par les commerçants arabes attirés par l'emplacement géographique du pays. Au carrefour de l'Afrique, du Proche-Orient et de l'océan Indien, Djibouti devint un important comptoir d'échanges entre les Arabes et l'Afrique au cours du Moyen Âge, que ce soit pour le trafic d'esclaves ou le commerce d'aromates. Les Britanniques furent les premiers Européens à avoir eu une politique expansionniste dans la région de la mer Rouge. Ils s'installèrent à Aden (Yémen du Sud), prise le 16 janvier 1839.

3.1 La présence française

En 1887, un protectorat britannique fut proclamé sur la Somalie britannique ("British Somaliland"). Ce protectorat fut administré par l'Empire britannique des Indes, puis par les Affaires étrangères ("Foreign Office") et enfin par les Affaires coloniales ("Colonial Office"). L'un des objectifs britanniques était d'assurer le ravitaillement en bétail de sa colonie du port d'Aden (aujourd'hui au Yémen).

En même temps, les Italiens imposèrent en 1887 leur protectorat au sultan de Majeerteen (actuel Pountland). Mais l'expansion italienne fut bloquée au nord et au sud par les colonies britanniques (le Somaliland et le Kenya) et à l'ouest par l'Éthiopie.

C'est aussi la situation géographique de Djibouti qui suscita l'intérêt des commerçants français. Dès 1839, des explorateurs français parcoururent la région. Anticipant l'ouverture du canal de Suez (qui eut lieu le 17 novembre 1867) et, souhaitant contrebalancer la présence anglaise à Aden au Yémen du Sud, la France établit en 1862, par un traité avec les sultans afar (représentés par Dini Ahmed Abou Baker), une colonie à Obock. En réalité, il s'agissait d'une concession commerciale accordée par le sultan à la France pour quelque 50 000 francs de l'époque, pas vraiment une «Somalie française».

- Les concessions commerciales

La première concession dans ce qui était appelé à ce moment-là le territoire d'Obock fut effectivement cédée en 1872 à Denis de Rivoyre. Par la suite, vint Pierre Arnoux en 1880, puis tous deux fondèrent en 1881 la Compagnie franco-éthiopienne; la même année, les explorateurs et administrateurs coloniaux Paul Soleillet et Léon Chefneux créèrent la Société française, mais elle fit faillite en 1886, alors que le lieutenant-colonel Édouard Brémond fonda les Factoreries françaises.

L'enjeu pour la France était alors de rivaliser avec les Britanniques et les Italiens et d'avoir accès à l'Éthiopie. En 1883, Léonce Lagarde fut nommé commissaire du gouvernement français à Obock. Il décida d'abandonner Obock sur la rive nord du golfe de Tadjoura pour la rive sud et de transporter à Djibouti le siège de l'administration coloniale. Nommé en 1884 gouverneur de Djibouti, Lagarde fit progressivement de la ville de Djibouti un port moderne, où s'implantèrent des Somalis et des Arabes. Au cours de cette période, les Français imposèrent leur langue nationale dans l'administration coloniale.

- La Côte française des Somalis (1896-1967)

En 1885, la France avait, de son côté, imposé un «accord» avec les «chefs issa» en plaçant un territoire sous souveraineté française (la Somalie française). En 1888, un accord territorial avec la Grande-Bretagne fixa les frontières entre les deux protectorats. La même année, le port de Djibouti devint le chef-lieu de la «Côte française des Somalis» créée en 1896. En réalité, la colonie française de Djibouti n'a jamais fait partie de la Somalie, mais elle abritait des Somalis.

En 1893, Djibouti comptait 1200 habitants, alors qu'Obock ne dépassait pas le millier d'habitants. Par le décret du 20 mai 1896, les Français créèrent une nouvelle colonie en réunissant le territoire d'Obock, les protectorats sur Tadjoura, le Gobaad, le Ghoubbet-el-Kharab, le pays des Issa avec Djibouti pour nouvelle capitale. Le décret du 20 mai 1896 devint l'acte de naissance officiel de la Côte française des Somalis et dépendances. Djibouti se transforma un port de mer important dans toute la région. En 1897, la ville de Djibouti comptait environ 6000 habitants, mais passa rapidement à 10 000 en 1898, puis à 15 000 en 1900, dont quelque 2000 Européens. 

C'est que la construction d'un chemin de fer (783 kilomètres de Djibouti à Addis-Abéba en Éthiopie) terminé en 1917 allait transformer la petite ville de Djibouti. En effet, outre de nombreux Français, la ville vit arriver des travailleurs somalis, arabes, indiens, grecs et arméniens, ainsi que des populations nomades de l’intérieur, tous attirés par les activités liées au chemin de fer, au port de Djibouti et au commerce, sans oublier l’exploitation des Salines. En 1920, Djibouti se classait en septième position par rapport aux grands ports des colonies françaises. Soulignons que le chemin de fer djibouto-éthiopien constituait alors une enclave souveraine française en Éthiopie, ce qui indiquait la faiblesse de l'indépendance éthiopienne à ce moment-là. La coopération de la France s'avéra une bonne affaire pour les Français, car le commerce du port de Djibouti devait connaître une croissance remarquable. La France possédera en Djibouti le principal centre économique de toute la région.

Depuis cette époque (1917), du moins jusqu'en 1972, le français resta la langue véhiculaire des employés des chemins de fer djibouto-éthiopiens. Même les billets étaient en français jusqu'à ce que les syndicats exigent l'éthiopianisation du chemin de fer; les Français durent partir et les Éthiopiens prirent le contrôle, mais ce fut le début de la dégringolade. Le train devint vétuste, car il ne fut jamais rénové. 

L'enseignement primaire dans les écoles publiques fut offert en français pour les garçons de Djibouti à partir de 1922.  Dans les établissements privés, l'école de la Nativité des Sœurs franciscaines de Calais éduquait les jeunes filles. Quant aux enfants djiboutiens, ils suivaient la coutume et fréquentaient les écoles coraniques ou parfois l'École franco-islamique.

- Le Territoire français des Afar et des Issa (1967-1977)

En s'appuyant tantôt sur les Afar tantôt sur les Issa, selon le principe du connu «diviser pour régner», la colonisation française amplifia même les différends entre les Afar et les Issa. En 1946, la colonie devint un Territoire français d'outre-mer (TOM). Les habitants accédèrent ainsi au statut de citoyen français, purent élire une assemblée territoriale et envoyer un représentant à chacune des assemblées métropolitaines.

Au référendum constitutionnel de 1958, le maintien du statut de TOM prôné par un entrepreneur somali-issa, Hassan Gouled Aptidon, l'emporta. Devenu président de la Ligue populaire africaine pour l'indépendance (LPAI), Hassan Gouled réussit, jusqu'à la fuite du dictateur éthiopien Mengistu Hailé Mariam et à l'attaque du Front afar, à rester «neutre» malgré une Éthiopie pro-Afar et une Somalie pro-Issa. L’agitation politique prit de l'ampleur et atteint un point culminant à l’occasion de l’escale du général de Gaulle, le 25 août 1966; le 26 au soir, la Légion étrangère intervint brutalement contre les manifestants venus acclamer le général; il y eut plusieurs dizaines de morts et de nombreux blessés. De Gaulle quitta Djibouti dès le lendemain.

Un nouveau statut du territoire fut préparé à Paris et adopté en décembre 1966 par le Parlement. En mars 1967, les électeurs djiboutiens se prononcèrent par référendum, dans une proportion de 58,3 %, pour le maintien de Djibouti au sein de la République française. En juillet 1967, le territoire de Djibouti prit le nom de Territoire français des Afar et des Issa (TFAI). Ce changement de nom reflétait les changements de soutien au régime colonial de la part des deux plus grandes communautés au pays, mais témoignait également des tensions sociales et politiques; l'armée française réprima durement les émeutes de 1966-1967. Après le référendum sur le nouveau statut de Djibouti, les Afar s’emparèrent des principaux postes administratifs du pays. 

Puis, les mouvements indépendantistes se multiplièrent. En 1975, la Somalie revendiqua la ville de Djibouti et les territoires habités par les Somalis, accélérant ainsi le processus d'indépendance. Un nouveau référendum, tenu le 8 mai 1977, donna une majorité en faveur de l'indépendance (98,8 %). Le 27 juin 1977, le nouvel État accéda à l'indépendance sous le nom de république de Djibouti.

On comprendra qu'à Djibouti la réalité coloniale fit en sorte que le français devint la langue de l'élite, ce qui a permis une promotion sociale à ceux qui savaient le français, et à l'afar et au somali, les langues nationales, de s'en tenir à un statut de seconde classe. En effet, leur maîtrise ne donnait ni droits ni privilèges.

3.2 L'indépendance (1977)

La vie politique resta dominée par l’affrontement entre les deux ethnies, les Afar et les Issa. L’équilibre recherché dans le partage des pouvoirs – le président de la République Hassan Gouled Aptidon étant un Issa et le chef du gouvernement, Ahmed Dini, un Afar – resta précaire et ne résista pas à l’épreuve du pouvoir. Hassan Gouled Aptidon, le premier président de la République (réélu jusqu'en mai 1993), fut toujours appuyé par une importante présence militaire française. 

En 1972, le régime décida que la langue somalie serait écrite en alphabet latin et accéderait au rang de «langue nationale. En 1975, à Djibouti, deux membres de l’Union pour le Développement Culturel (UDC), Ahmed Abdal- lah Hamad (dit Dimis) et Djamal Addin Abdoulkader (dit Redo), adaptèrent l'afar en alphabet latin.

En 1981, Hassan Gouled Aptidon instaure un système politique dominé par un parti unique en imposant son propre parti, le Rassemblement populaire pour le progrès (RPP), comme le seul parti légal. Selon ses opposants, il fut accusé de pratiquer une politique «tribale» en favorisant les Issa, particulièrement son clan, les Mamassan, ce qui excluait les Afar. La pratique de la torture par les forces de l'ordre sur les opposants fut aussi dénoncée.

Depuis 1991, le Front pour la restauration de l'unité et de la démocratie (FRUD) a entrepris un conflit armé contre le pouvoir, mais en dépit de l'accord de paix signé en 1994 avec une faction des belligérants les problèmes persistèrent. Les combats laissèrent un pays criblé de dettes et constamment sous la menace d'une grande instabilité politique. 

Après la démission du président Hassan Gouled Aptidon, âgé de 83 ans, l’élection présidentielle du 9 avril 1999 concrétisa la victoire de son candidat et ancien chef de cabinet, Ismaël Omar Guelleh. Mais la nouvelle élite dirigeante demeura peu encline à changer les règles très inégales du jeu politique.

En 1999, lors des états généraux sur l'Éducation nationale, il s'est manifesté la nécessité de faire apprendre aux enfants les langues nationales, mais ce fut sans remettre en question le français qui demeura l'une des deux langues officielles et la langue de l’enseignement et de l’administration.

Les Afar ont continué de contrôler le nord du pays, tandis que les Somalis demeurent solidement installés dans la capitale. En attendant, le sort de Djibouti se joue autant à Paris qu’à Djibouti-Capitale. Les civils français représentent 90 % de la population européenne, la France contribue encore pour près de 60 % au produit national brut du pays. Djibouti accueille la seconde base militaire française d’Afrique. C'est le seul pays d'Afrique de l'Est, par ailleurs massivement anglophone, lié par la langue française à la Francophonie.  Djibouti est néanmoins entré dans l’ère des incertitudes, avec comme fond de scène, des conflits sanglants qui risquent de bouleverser la région encore longtemps. 

4 La politique linguistique

La politique linguistique de la république de Djibouti en est une de bilinguisme. C'est une politique qui favorise deux langues officielles qui ne sont guère parlées par la population locale. En effet, le français et l'arabe littéral sont les deux langues officielles, alors que les langues usuelles sont l'afar, le somali et l'arabe yéménite ou omanais. 

4.1 Les langues officielles

L'article 1er de la Constitution du 4 septembre 1992 proclame que les langues officielles sont l'arabe et le français :

Article 1er

1)
L'État de Djibouti est une république démocratique souveraine une et indivisible. 

2) Il assure à tous l'égalité devant la loi sans distinction de langue d'origine de race de sexe ou de religion. Il respecte toutes les croyances. 

3) Sa devise est «Unité, Égalité, Paix». 

4) Son principe est le gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple. 

5)
Ses langues officielles sont l'arabe et le français. 

Comme dans tous les cas similaires, le texte ne précise pas de quel arabe il s'agit, mais dans les faits c'est l'arabe littéral, pas l'arabe djiboutien ou un autre. Afin de prévenir les antagonismes ethniques, l'article 3 reconnaît tous les Djiboutiens comme égaux par la langue:

Article 3 

La république de Djibouti est composée de l'ensemble des personnes qu'elle reconnaît comme membres et qui en acceptent les devoirs
sans distinction de langue, de race, de sexe, ou de religion. 

L'article 6.3 interdit aux partis politiques djiboutien de s'identifier à une ethnie ou à une langue:

Article 6 

1) Les partis politiques concourent à l'expression du suffrage.

2) Ils se forment et exercent leur activité librement dans le respect de la Constitution, des principes de la souveraineté nationale et de la démocratie.

3) Il leur est interdit de s'identifier à une race à une ethnie à un sexe à une religion à une secte à une langue ou à une région. 

4) Les formalités relatives à la déclaration administrative des partis politiques à l'exercice et à la cessation de leur activité sont déterminées par la loi. 

4.2 La langue de l'État

Au point de vue des langues officielles, la langue de l'État est le français. Les lois sont généralement rédigées en français; seuls les en-têtes sont en français et en arabe. Comme il est précisé dans le texte de la Constitution, la version française prévaut sur la version arabe dans les textes bilingues:

Article 89 

La présente constitution sera soumise à référendum. Elle sera enregistrée et
publiée en français et en arabe au Journal officiel de la république de Djibouti, le texte en français faisant foi. 

Selon la Loi organique n° 1/ AN /92 relative aux élections (1992), pour être éligible à l'Assemblée nationale, il faut savoir écrire et parler couramment le français OU l'arabe: 

Article 11 

Est éligible à l'Assemblée nationale tout djiboutien âgé de 23 ans révolus, ayant la qualité d'électeur et sachant lire, écrire et parler couramment le français ou l'arabe.

De façon tout à fait exceptionnelle, le gouvernement devrait faire traduire en afar et en somali certains textes juridiques tels la Convention relative sur les droits des enfants, afin de diffuser ces droits de manière plus efficace.

4.3 La justice

Dans les tribunaux, il existe, concurremment au système calqué sur le système français et fonctionnant en français, deux autres ordres de juridiction : la Charia (en arabe classique) et le tribunal coutumier fonctionnant dans les langues nationales (arabe djboutien, afar et somali). Les articles 242 et 243 du Code pénal (1995) prévoient le recours à l'interprétariat en cas de besoin:

Article 242

Le fait, pour un interprète, en toute matière, de dénaturer la substance des paroles ou
documents traduits est puni, selon les distinctions des articles 237 et 238, de trois ans d'emprisonnement et de 1 000 000 F d'amende, ou de cinq ans d'emprisonnement et de 2 000 000 F d'amende.

Article 243

La subornation de
l'interprète est réprimée dans les conditions prévues par l'article 239.

Dans les causes civiles et pénales, l'arabe classique et le français sont autorisés, ainsi que la traduction dans les langues nationales.

4.4 L'administration publique

L'administration djiboutienne utilise le français dans ses formulaires et documents. L'emploi de la langue arabe n'est pas encore très fréquent. C'est pourquoi, en vertu de l'article 14 de la loi de 2001 portant organisation du ministère de l’Éducation nationale et de l’Enseignement supérieur, le gouvernement entendait «favoriser l’utilisation de la langue arabe par les services administratifs du Ministère». Dans la version de la même loi de 2012, cet article est disparu.

L'article 19 de la loi n° 79/AN/04/5e portant Code de la nationalité djiboutienne (2004) prescrit «une connaissance suffisante de l'une des langues employées en république de Djibouti:

Article 19

Nul ne peut être naturalisé s'il ne justifie de son assimilation à la communauté djiboutienne, notamment, par
une connaissance suffisante de l'une des langues employées en république de Djibouti.

On peut supposer que cette article autorise l'emploi de l'afar, du somali et de l'arabe djiboutien, en plus de l'arabe classique et du français.

L'article 41 de la loi n° 28/AN/08/6e L portant sur la protection, la répression de la fraude et la protection du consommateur (2008) oblige «l'emploi de l'une des langues officielles» dans la désignation, l'offre, la présentation, le mode d'emploi ou d'utilisation, l'étendue et les conditions de garantie d'un bien ou d'un service, ainsi que dans les factures et quittances :

Article 41

1)
Dans la désignation, l'offre, la présentation, le mode d'emploi ou d'utilisation, l'étendue et les conditions de garantie d'un bien ou d'un service, ainsi que dans les factures et quittances, l
'emploi de l'une des langues officielles de la république de Djibouti est obligatoire. Le recours à tout autre terme ou expression équivalente est permis.

2) La dénomination des produits typiques ou spécialités d'appellation étrangère ou nationale bien connue du public est dispensée de l'application des dispositions de l'alinéa précédent.

Selon le Code du travail ou la loi n° 133/AN/05/5e L portant Code du travail (2005), tout contrat d'apprentissage (art. 68) et toute convention collective (art. 256) doivent être rédigés dans la langue officielle, mais celle-ci n'est pas mentionnée :  

Article 68

Le contrat d’apprentissage est constaté par écrit à peine de nullité.

Il est rédigé dans la langue officielle en quatre exemplaires et soumis au visa des services compétents du Ministère chargé du Travail.

Si le visa est refusé, le contrat est nul de plein droit.

Si l’omission du visa est due au fait de l’employeur, l’apprenti pourra faire constater la nullité du contrat et pourra, s’il y a lieu, réclamer des dommages et intérêts.

Si l’autorité compétente pour accorder le visa n’a pas fait connaître sa décision dans les trente jours consécutifs à la réception de la demande de visa, ce dernier est réputé avoir été accordé.

Article 256

La convention collective doit être écrite en langue officielle. Elle est établie sur papier libre et signée par les représentants autorisés des parties contractantes. Elle doit être déposée au Ministère chargé du Travail ou à ses services compétents qui l'enregistrent et en délivrent récépissé.

Elle entre en application dès sa signature à moins que les parties en décident autrement.

Les modifications apportées à la convention collective initiale doivent être établies, déposées, notifiées et publiées dans les mêmes formes et conditions que ci-dessus.

Le Code de commerce (2011) impose l'usage de l'une des langues officielles :

Article L.2301-2

Dans la désignation, l'offre, la présentation, le mode d'emploi ou d'utilisation, l'étendue et les conditions de garantie d'un bien ou d'un service, ainsi que dans les factures et quittances, l'emploi de l'une des langues officielles de la République de Djibouti est obligatoire. Le recours à tout autre terme ou expression équivalente est permis.

La dénomination des produits typiques ou spécialités d'appellation étrangère ou nationale bien connue du public est dispensée de l'application des dispositions de l'alinéa précédent.

Article L.4600-3

Le syndic désigné par une juridiction compétente peut exercer, sur un territoire étranger, tous les pouvoirs qui lui sont reconnus par le présent livre aussi longtemps qu'aucune autre procédure collective n'est ouverte dans cet État.

La nomination du syndic est établie par la présentation d'une copie, certifiée conforme à l'original de la décision qui le nomme ou par tout autre certificat établi par la juridiction compétente. Il peut être exigé une traduction de ce document dans la langue officielle de l'État sur le territoire duquel le syndic veut agir.

Par ailleurs, l'affichage gouvernemental utilise les deux langues officielles avec les inscriptions en français (supérieur) et arabe (inférieur).

4.4 L'éducation  

La population djiboutienne est très largement, à 99%, de confession musulmane et le préambule de la Constitution indique que l'Islam constitue la Religion de l'Etat. On trouve, cependant, à Djibouti-ville d'autres lieux de culte.  Les langues officielles sont le français et l'arabe alors que le somali et l'afar, appartenant au groupe couchitique, représentent les principales langues maternelles du pays. Si l'enseignement des langues nationales a été adopté, sa réalisation pratique est encore discutée et les premiers manuels scolaires en langues nationales du primaire ont été élaborés.

- Les écoles primaires et secondaires

C'est dans l'enseignement que la politique de bilinguisme semble la plus apparente.  L'État favorise l'enseignement en afar et en somali à la maternelle, mais le français dès le début du primaire. L'enseignement de l'arabe classique est introduit en CM1 (classe de cycle 3) et CM2 (classe de cycle 4), ainsi qu'au secondaire, concurremment au français. L’arabe fait partie des épreuves de l’entrée en 6e, du BEPC ainsi que du BAC. Ces pratiques sont conformes à l'article 5 de la Loi n° 96/AN/00/4e L du 10 juillet 2000 portant orientation du système éducatif djiboutien (2000):

Article 5 

1) L’éducation et la formation sont dispensées dans les langues officielles et dans les langues nationales.

2) Un décret pris en Conseil des ministres fixe les modalités de l’enseignement en français, en arabe, en afar et en somali

Malgré la loi, on pourrait dire que le français demeure la langue d'enseignement unique dans les écoles djiboutiennes. L'enseignement primaire accueille un peu moins de 50 % des enfants scolarisables, mais près de 80 % des élèves ne poursuivent pas leurs études au secondaire. Parmi eux, une part importante n'a pas tiré tout le profit souhaité de ce séjour à l'école, notamment en français. Djibouti a hérité de la colonisation française son système éducatif; il a conservé, jusqu'à récemment, les caractéristiques du modèle français: examens en fin de cycles, encyclopédisme de l'enseignement, concours pour l'accès aux différents niveaux, etc. Cependant, certaines transformations semblent manifestes, particulièrement au primaire où les programmes ont été révisés afin d'y introduire des notions plus proches de la réalité djiboutienne et de faire appel à méthodes pédagogiques faisant plus activement appel à l'intelligence des élèves. 

- La promotion des langues

L'État djiboutien a décidé de promouvoir les langues nationales ainsi que l'arabe. D'abord, il faut prévoir un programme d'alphabétisation. L'article 1er de l'Arrêté n°91-896/PR/MEN portant institution d’un comité intersectoriel pour le programme d’alphabétisation (1991) avait pour but de réduire le taux d'analphabétisme:

Article 1er 

 

Il est institué auprès du ministre de l’Éducation nationale un Comité intersectoriel dont le rôle est de :

 

- mobiliser les ressources et l’appui nécessaires pour la mise en œuvre des recommandations de la Conférence "Éducation pour tous" de Jomtien, notamment dans le domaine de l’alphabétisation des adultes;


- coordonner les activités d’éducation de base qui visent à
réduire le taux d’analphabétisme en organisant un système de partenariat entre le Ministère de l’Éducation Nationale responsable du programme d’alphabétisation, les autres départements ministériels concernés, ainsi que les organisations internationales qui œuvrent pour la promotion de l’éducation de base;


- faciliter par la mobilisation et la sensibilisation, l’accès des femmes et des jeunes filles à l’éducation de base en réduisant les facteurs économiques et socioculturels qui font obstacle à leur instruction.

 

L'Arrêté n°2003-0186/PRE portant organisation du Forum des langues et des cultures (2003) créait un «Forum des langues et des cultures»:

Article 1er

Un Forum des langues et des cultures sera organisé du 24 au 26 mars 2003 à Djibouti, sous la tutelle de l’Institut des langues du CERD. 

Afin de faciliter les communications entre les personnes émettrices par la voie des médias et les personnes réceptrices, il parut nécessaire de standardiser les mots et les expressions les plus utilisés par les médias. À cette fin, le gouvernement djiboutien a organisé des symposiums sur les langues nationales, l'afar et le somali. Le symposium sur l’afar s’est tenu en mars 2003 à Djibouti. Il s’est fixé pour objectif principal la standardisation de 3000 mots et des expressions couramment utilisés à travers les activités survenues de par le monde.

L'Arrêté n°2002-0217/PRE portant organisation du symposium sur la langue somali (2002) créait un symposium sur la standardisation et de l’harmonisation de la langue somalie:

Article 1er

Un symposium sur la standardisation et de l’harmonisation de la langue somali sera organisé du 23 mars au 5 avril 2002 au Palais du peuple, sous la tutelle du ministre de la Communication et de la Culture.

Quant à l'Arrêté n° 2003-0070/PRE portant organisation du symposium sur la langue afare (2003), il portait sur la langue afare:

Article 1er

 

Un symposium sur la standardisation et l’harmonisation de la langue afare sera organisée du 19 février au 20 mars 2003 au Palais du peuple, sous la tutelle conjointe du ministre de la Communication et de la Culture et du ministre de la Justice, des Affaires pénitentiaires et musulmanes, chargé des Droits de l’homme.

 

Quant à l'Arrêté n° 2006-0051/PRE portant organisation de la Journée nationale des artistes et de la Journée nationale des langues maternelles (2006), il porte sur la Journée internationale de la langue maternelle :

Article 3

La Journée internationale de la langue maternelle a été déclarée par les États membres de l'UNESCO en reconnaissance de la valeur vitale des langues et les périls qui menacent dangereusement l'existence des langues du monde. Elle a été proclamée par l'Assemblée générale de l'UNESCO en novembre 1999.

Eu égard au fait que l'on classe le Somali et l'Afar dans la catégorie des langues menacées et donc a préserver, la célébration annuelle de la Journée internationale de la langue maternelle en république de Djibouti nous offre une précieuse opportunité de rappeler la valeur unique des langues maternelles du peuple de Djibouti comme l'aspect central et fondamentale de notre histoire et notre héritage.

Elle sera célébrée chaque année le 21 février.

La langue arabe n'est pas laissée pour compte. Le Décret n°2004-0087/PR/MENESUP portant création d'un baccalauréat pour l'enseignement secondaire en langue arabe (2004) prévoit un baccalauréat pour l'enseignement secondaire en arabe:

Article 1er

 

À compter de la session d'examen du juin 2004, il est créé un baccalauréat de l'enseignement secondaire en langue arabe, examen national sanctionnant la fin des études de l'enseignement secondaire

 

Article 2

 

L'examen, qui confère le grade de bachelier de l'enseignement du secondaire, est organisé par le Service de l'évaluation et d'orientation du ministère de l'Éducation nationale et de l'enseignement supérieur.

 

Un centre d'examen est ouvert chaque année à Djibouti. La date de l'examen est fixée par le ministre de l'Éducation nationale et de l'Enseignement supérieur.

 

Le jury est présidé par un professeur d'université ou par un Inspecteur de l'enseignement moyen et secondaire, nommé par le ministre de l'Éducation nationale et de l'Enseignement supérieur.

 

Les membres du jury sont nommés par le ministre de l'Éducation nationale et de l'Enseignement supérieur.

L'Arrêté n° 2004-0655/PR/MENESUP organisant la formation initiale des élèves-instituteurs arabisants enseignant la langue arabe à l'Enseignement de base (2004) prévoit un examen terminal comprend des épreuves écrites:

Article 4

 

L'examen terminal comprend des épreuves écrites :

 

1) Une Épreuve consistant en des questions posées sur un ou des textes traitant de philosophie, d'histoire ou de sociologie de l'éducation, ou de pédagogie générale, ou de psychologie.

Durée : deux heures. Note : sur 20. Coefficient : 3.

 

2) Une Épreuve de Français adapté au contenu du programme de formation consistant en des questions posées sur un texte visant à apprécier les compétences du candidat dans la compréhension du texte, du vocabulaire employé, de la grammaire et de la conjugaison dans la perspective de comprendre et de se faire comprendre en français.

Durée : deux heures. Note : sur 20. Coefficient : 3.

 

3) Une Épreuve d’arabe consistant en des questions posées sur un texte littéral où le candidat fera montre de sa maîtrise de la langue arabe et des règles qui la régissent (analyse, synthèse, rhétorique, grammaire, conjugaison, orthographe).

Durée : trois heures. Note : sur 20. Coefficient : 3.

 

4) Une Épreuve consistant en des questions posées sur un texte  traitant de la pensée islamique et de l'histoire de l'Islam et visant à apprécier les connaissances des candidats ayant trait à l'éducation islamique.

Durée : deux heures. Note : sur 20. Coefficient : 2.

 

Pour ces épreuves, toute note sur 20 inférieure à 5 est éliminatoire.

 

La qualité et la correction de l'expression écrite, y compris l'orthographe, seront évaluées sur cette épreuve.

 

L'examen terminal comprend des épreuves orales :

 

1) Une Épreuve consistant en un exposé devant un jury en réponse à des questions posées sur un texte de présentation d'une séance de langue arabe ; questions ayant trait au contenu, d'une part, et aux aspects pédagogiques et didactiques, d'autre part.

 

Préparation : une heure.

Exposé : quinze minutes.

Note : sur 20. Coefficient : 3.

 

2) Une Épreuve consistant en un exposé devant un jury en réponse à des questions posées sur un texte de présentation d'une séance d'éducation islamique.

Durée : deux heures. Note : sur 20. Coefficient : 3.

Le ministère de l'Éducation nationale dispose d'un Bureau du développement de la langue arabe et des langues nationales, lequel est notamment chargé de mettre en œuvre et suivre la politique de valorisation de la langue arabe, de promouvoir l’introduction des langues nationales dans le système éducatif et de favoriser l’usage de la langue arabe par les services administratifs du Ministère.

 

Au sujet de l'enseignement professionnel, la Loi n° 164/AN/12/6e L portant organisation du ministère de l'Éducation nationale et de la formation professionnelle (2012) prévoit des examens en langue française au baccalauréat, sauf ceux en arabe: 

Article 13

Le service du baccalauréat est chargé de l'organisation du baccalauréat en langue française.

Article 14

Le service arabe est chargé de l'organisation de tous les examens et concours en langue arabe.

Article 15

Le service des autres examens et concours est chargé des examens de l'enseignement fondamental et des examens de l'enseignement professionnel en langue française. Il assure également l'organisation de tous les concours de recrutement ainsi que les concours professionnels en partenariat avec le ministère chargé de la Fonction publique.

Article 47

Le service des langues maternelles est chargé de l'élaboration et de la mise en œuvre des activités de promotion des langues maternelles dans le système éducatif. 

 - L'enseignement supérieur

L'enseignement supérieur comprend l'Université de Dibouti, l'Institut universitaire de technologie industrielle et l'Institut universitaire de technologie tertiaire. L'Université de Djibouti est une université publique créée le 7 janvier 2006 par le décret gouvernemental n° 2007-0167/PR/MENESUP2. Elle compte cinq facultés: la Faculté de droit, d'économie et de gestion (FDEG), la Faculté des sciences (FS), la Faculté des lettres, langues et sciences humaines (FLLSH), la Faculté d'ingénieur (FI) et la Faculté de médecine (FM). La plupart des cours se donnent en français, mais plusieurs peuvent être en arabe. 

Le Décret n° 2014-122/PR/MENSUR fixant les conditions et la procédure d'octroi des équivalences/reconnaissances des diplômes de l'enseignement supérieur (2014) exige que les documents d'équivalence des diplôme soient libellés en français ou en arabe:

Article 10

Les demandes d'équivalence de tous grades universitaires, titres, diplômes, sanctionnant des études ou formations supérieures sont adressées au Ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche accompagnées d'un dossier comprenant les pièces justificatives et documents suivants : [...]

11) un document officiel attestant que le demandeur de l’équivalence de diplôme a séjourné régulièrement durant sa scolarité dans le pays où il a préparé le diplôme objet de la demande d'équivalence.

Tout document libellé dans une langue autre que le français ou de l'arabe, doit être accompagné d'une traduction intégrale dans l'une de ces langues, assurée, soit par l'autorité compétente du pays ayant délivré le diplôme, visée éventuellement par les services de l'ambassade de la république de Djibouti, soit par un interprète assermenté.

La présentation des documents originaux est obligatoire lors du dépôt de la demande d'équivalence. Toute demande incomplète sera rejetée.

La Loi portant organisation du ministère de l'Éducation nationale et de l'Enseignement supérieur (2012) a créé un «Bureau du développement de la langue arabe et des langues nationales», lequel est notamment chargé de promouvoir l'arabe et les langues nationales:

Article 13

Le Secrétariat général comprend :

- La Direction générale de la pédagogie
- La Direction générale de I' Administration centrale
- Quatre bureaux rattachés directement au Secrétaire général :

§ Le bureau du développement de la langue arabe et des langues nationales ;
§ Le bureau de suivi de la coopération internationale ;
§ Le bureau des relations publiques ;
§ Le bureau d'ordre et des archives ;

Article 14

Le Bureau du développement de la langue arabe et des langues nationales est notamment chargé :

- De mettre en œuvre et suivre la politique de valorisation de la langue arabe ;
- De promouvoir
l'introduction des langues nationales dans le système éducatif ;
- De favoriser
l'utilisation de la langue arabe par les services adinistratifs du Ministère.

 Le Bureau a du travail sur les planches, car l'enseignement des langues nationales laissent encore grandement à désirer.

- Les difficultés

Bien que l'enseignement soit d'assez bonne qualité, le Ministère note lui-même certaines insuffisances, notamment en ce qui a trait aux manuels scolaires mal adaptés, aux conditions matérielles médiocres et au manque de qualification de nombreux enseignants, sans oublier les nombreux retards dans le paiement des salaires. La majorité d'entre eux, soit 62,5 %, sont titulaires d’un diplôme pédagogique, mais 37,4 % sont des contractuels qui n’ont reçu aucune formation professionnelle. Par ailleurs, l'enseignement de la langue anglaise est en train de faire une percée importante dans les établissements privés, notamment dans les «cours du soir». Par le fait même, il faut constater une baisse des effectifs dans ces établissements d'enseignement du français et de l'arabe.

L'un des problèmes des élèves djiboutiens provient du fait qu'ils ne se trouvent guère dans une environnement francophone à la fin de leurs études. Le monde du travail n'est pas le français, il n'existe que fort peu de livres en français (hormis les manuels scolaires) et la presse française demeure rare. De plus, il n'y a pas beaucoup de francophones avec qui parler. Le français demeure davantage un véhicule de l'unité nationale qu'une langue de la vie quotidienne, car ce sont l'afar et le somali, qui demeurent les langues populaires. Néanmoins, ces langues s'imprègnent du français, comme l'affirmait l'ambassadeur français Dominique Decherf lors de son arrivée à Djibouti en 2007:   

Ensuite, depuis que je suis arrivé à Djibouti, je constate un phénomène qui ne trompe pas, qui est la pénétration du français dans les langues nationales. Il s’insinue dans l’afar et imprègne le somali. On le regrette et, bien entendu, il faut défendre les langues nationales, mais c’est aussi la marque que toutes ces langues sont des langues vivantes, c’est la contrepartie de l’appropriation du français par tous les Djiboutiens.

Une université à Djibouti a été créée lors de la rentrée scolaire de 2000-2001 avec l'ouverture, le 14 octobre 2000, du Pôle universitaire de Djibouti, un établissement regroupant en son sein l'ensemble des formations supérieures de l'Éducation nationale. Les diplômes sont délivrés par les universités françaises, ce qui garantit ainsi aux candidats la possibilité de poursuite d'études supérieures de second et de troisième cycle à Djibouti ou à l'étranger. 

4.5 Les médias

Depuis quelques années, le pluralisme politique et syndical a favorisé l'exercice des libertés publiques. Tout citoyen peut publier un journal qu'il soit de nature politique, culturelle, artistique, sportive ou professionnelle. Par ailleurs, la presse étrangère est librement diffusée à Djibouti. Les seuls journaux francophones sont Agora et La Nation (bi-hebdomadaire). L'accès à l'information a lieu grâce à la radio nationale qui diffuse dans quatre langues (français, arabe, afar et somali), mais aussi à la télévision nationale qui s'est développée ces dernières années, ainsi que la libre réception des programmes télévisés par antennes paraboliques. Les émissions et les films sont généralement en français, mais des bulletins d'information et des émissions religieuses sont diffusés en arabe, en somali et en afar. En raison de la présence de militaires américains (env. un millier) sur une ancienne base française (le camp Lemonnier), Voice of America (VOA), le service de diffusion internationale par radio et télévision du gouvernement américain, émet en arabe et en anglais, bien que le français soit la deuxième langue officielle du pays.

En outre, les programmes pour enfants diffusés par les médias proviennent de sources aussi bien nationales qu'internationales; ce qui permet à l'enfant djiboutien d'avoir accès aux autres cultures tout en restant enraciné dans sa culture à la fois africaine et musulmane. Les journaux djiboutiens paraissent massivement en français, une minorité en arabe. L'unique cinéma de la capitale diffuse uniquement des films en français.

4.6 Les entreprises et le monde du travail

À Djibouti, les entreprises utilisent diverses langues dont le français, l'anglais et l'arabe.  L'article 1er de la Loi n° 15-78 réglementant l'usage du terme «national» par les entreprises à caractère commercial ou industriel (1978) traite du mot «national» dans les raisons sociales, ce qui suppose l'emploi du français:

Article 1er

L'usage d'une raison sociale comportant l'emploi du mot " national" est réservé aux seuls établissements publics constitués dans les conditions prévues par les lois vigueur.

L'article 30 de la Loi n° 40/AN/99/4e L fixant la réglementation applicable aux entreprises d'assurance (1999) impose l'emploi du français devant la Commission des recours arbitraux:

Article 30

Représentation

Les parties peuvent agir en personne devant la Commission des recours arbitraux à la condition d'utiliser la langue française. Elles peuvent aussi se faire représenter par tout mandataire de leur choix à condition que celui-ci utilise la langue française.

C'est peu, mais relativement important dans la mesure où le français semble être la seule langue mentionnée dans le monde des affaires. 

 
Quant au paysage linguistique, on peut remarquer que les inscriptions françaises sont très présentes. Elles sont suivies par celles en anglais, puis parfois par celles en langue arabe, mais en ce cas les inscriptions sont bilingues (français-arabe).

Le bilinguisme de Djibouti est pour le moins inégalitaire. Le français est plus officiel que l'arabe, et de loin. Il est vrai que, contrairement au français, l'arabe littéral n'est parlé par personne dans le pays, à l'exception des religieux, des enseignants et quelques autres spécialistes de la communication. Il semble que le statut officiel de l'arabe tienne plus du symbole que des nécessités de la vie quotidienne. Le français, pour sa part, a conservé ses acquis. On peut donc affirmer que la politique linguistique djiboutienne correspond à un bilinguisme déséquilibré. Ce n'est pas un modèle dont pourraient s'inspirer d'autres États qui promeuvent le bilinguisme.

De plus, les langues nationales sont restées à peu près oubliées dans cette politique. On ne peut même pas parler d'une politique de valorisation des langues nationales, puisqu'une telle politique n'a jamais été véritablement entamée. Le seul événement qui a eu lieu concerne un symposium sur la langue somalie (voir l'arrêté n° 2002-0217/PRE portant organisation du symposium sur la langue somali) et une autre sur l'afar (voir l'arrêté n° 2003-0070/PRE portant organisation du symposium sur la langue afare) Pour le reste, le français accapare toute la place. Lors de la période coloniale, les Français étaient très fiers de la francisation de ce petit territoire. Contre toute attente, il est resté francophile. Ce n'est pas pour rien que la France, depuis des décennies, continue d'apporter une aide économique au pays. Djibouti reste également la plus importante des bases militaires françaises sur le continent africain. Bref, Djibouti demeure, selon les mots du président djiboutien Ismaïl Omar Guelleh un «îlot de francophonie dans un océan anglo-arabophone».

Dernière mise à jour: 17 avr. 2024

Bibliographie

CAPRILE, Jean-Pierre. «Situation respective du français et des langues africaines en Afrique centrale», dans Les relations entre les langues négro-africaines et la langue française, Paris, Conseil International de la langue française, 1977, p. 108-137.
 
COUBBA, Ali. Djibouti: une nation en otage, Paris, L'Harmattan, 1993, 353 p.

COUBBA, Ali. Le mal djiboutien: rivalités ethniques et enjeux politiques, Paris, L'Harmattan, 1996, 174 p.
 
HALAOUI, Nazam, Danielle BOUHAJEB, Anne DUPUY, Anne-Marie BUI DO. Les langues des États francophones : législations, politiques et situations, Talence, ACCT, CIFDI, 1994; vol. III: «États francophones d’Afrique noire» (Bénin à Côte d’Ivoire).
 
NATIONS UNIES. Rapports initiaux des États parties devant être présentés en 1993: Djibouti, Genève, Haut Commissariat aux droits de l'homme, 3 août 1998, CRC/C/8/Add.39. 

MANESSY, Gabriel. Le français en Afrique noire, Mythe, stratégies, pratiques, Paris, 1994, Éditions L’Harmattan, 245 p.

 
 

Carte Afrique
L'Afrique

   
 
Accueil: aménagement linguistique
dans le monde