République du Ghana
Ghana

Republic of Ghana

Capitale: Accra
Population: 22,5 millions (est. 2006)
Langue officielle: anglais (de facto)
Groupe majoritaire: akan (44 %) 
Groupes minoritaires: environ 70 langues
Langues coloniales: anglais
Système politique: république unitaire
Articles constitutionnels (langue): aucune disposition linguistique dans la Constitution de 1992
Lois linguistiques:
Loi sur les brevets d'invention (1992); Loi sur l'approvisionnement public (2003).

1 Situation générale

La république du Ghana est un État anglophone (239 460 km²) de l'Afrique occidentale baigné au sud par le golfe de Guinée (dans l’océan Atlantique) et entouré par trois pays francophones: la Côte d'Ivoire à l'ouest, le Burkina Faso au nord, le Togo à l'est.

Le Ghana se divise en 10 régions administratives décentralisées (voir la carte détaillée): le Nord (Northern Region), l'Est (East Region), l'Ouest (West Region), le Centre (Central Region), le Nord-Est (Upper-East Region), le Nord-Ouest (Upper-West Region), la Volta, l'Achanti, le Brong-Ahafo, ainsi que Accra et sa banlieue (Greater Accra). Ces régions sont elles-mêmes divisées en quelque 110 districts.

Le Ghana est «membre associé» (avec Chypre) de la Francophonie» depuis le Sommet de Bucarest de 2006 (XIe Sommet) en Roumanie. L'accès au statut de «membre associé» est réservé à des États et des gouvernements pour lesquels le français est «d'un usage habituel et courant et qui partagent les valeurs de la Francophonie». Il existe un bureau de l'Alliance française à Accra.

2 Données démolinguistiques

Ce pays de plus de 22 millions d’habitants (2005) est caractérisé, comme la plupart des États africains, par le pluralisme ethnique et linguistique. En effet, on compte au Ghana plus de 70 ethnies, dont aucune n'est numériquement dominante, puisque les Akan asante ne forment que 13,6 % de la population totale.  En fait, on compte dans le pays autant de langues que d'ethnies appartenant toutes à la famille nigéro-congolaise. Les langues ghanéennes sont représentées par deux sous-groupes linguistiques importants: le groupe kwa et le groupe gour.

2.1 Le groupe kwa

Le groupe des langues kwa rassemble quelque 75 % des locuteurs du pays et comprend les Akan, les Ga-Adangbe et les Éwé. Les Akan sont fragmentés linguistiquement entre les Asante, les Fante, les Akwapim, les Akyem, les Akwamu, les Ahanta, les Bono, les Nzema, les Kwahu et les Safwi. Les Ga-Adangbe comprennent les Ga, les Adangbe, les Ada et les Krobo (ou Kloli); le ga constitue la langue la plus importante de la capitale, Accra. Quant aux Éwé, ils sont segmentés entre les Nkonya, les Tafi, les Logba, les Sontrokofi, les Lolobi et les Likpe. Toutes ces ethnies parlent leur langue propre dont la compréhension est généralement aisées, du moins entre les locuteurs d’un même sous-groupe.

2.2 Le groupe gour

Au nord du fleuve Volta, on trouve le sous-groupe des langues gour représenté par les Gurma, les Grusi et les Mole-Dagbane. Comme pour les langues kwa, les langues du groupe gur se divisent linguistiquement en divers dialectes. Les Akan vivent dans le Sud, les Fanti sur le littoral et les Achanti sur le plateau qui porte leur nom. Quant aux Nzima et aux Ahanta, ils vivent dans le Sud-Ouest. Les plaines d'Accra, pour leur part, sont habitées par les Ga. Sur la frontière est, vivent les Éwés, dont le territoire fut divisé, contre leur gré, en 1956, entre le Togo et le Ghana; la langue éwé (eibe, ebwe, eve, efe, eue, vhe, gbe, krepi, krepe ou popo) est donc répartie de chaque côté de la frontière de ces deux pays. Le tableau qui suit présente les ethnies et les langues parlées par plus de 50 000 locuteurs (94, 6% des locuteurs)

Ethnie Population % Langue maternelle Affiliation linguistique
Akan asante 3 068 000 13,6 % akan famille nigéro-congolaise
Akan-Fante 2 436 000 10,8 % akan famille nigéro-congolaise
Éwé 2 250 500 9,7 % éwé famille nigéro-congolaise
Brong 1 117 000 4,9 % abron famille nigéro-congolaise
Dagaaba du Sud 1 067 000 4,7 % dagari du Sud famille nigéro-congolaise
Dangme    833 000 3,6 % dangme famille nigéro-congolaise
Dagomba    800 000 3,5 % dagbani famille nigéro-congolaise
Dagbamba    782 000 3,4 % dagbani famille nigéro-congolaise
Gurenne    782 000 3,4 % farefare famille nigéro-congolaise
Akan-Akyem    653 000 2,9 % akan famille nigéro-congolaise
Ga amina    625 000 2,7 % ga (accra) famille nigéro-congolaise
Akan-Akwapem (Akuapim)    578 000 2,5 % akan famille nigéro-congolaise
Konkomba    532 000 2,3 % konkomba famille nigéro-congolaise
Kusasi de l'Est    437 000 1,9 % kusaal famille nigéro-congolaise
Akan-Kwawu    423 000 1,8 % akan famille nigéro-congolaise
Yorouba    330 000 1,4 % yorouba famille nigéro-congolaise
Wasa    329 000 1,4 % wasa famille nigéro-congolaise
Mossi moré    323 000 1,4 % moré (mossi) famille nigéro-congolaise
Nzema (Appolo)    273 000 1,2 % nzima famille nigéro-congolaise
Sefwi    266 000 1,1 % sehwi famille nigéro-congolaise
Anyi    266 000 1,1 % anyin famille nigéro-congolaise
Gonja    239 000 1,0 % gonja famille nigéro-congolaise
Mamprusi    229 000 1,0 % mampruli famille nigéro-congolaise
Haoussa    202 000 0,9 % haoussa famille nigéro-congolaise
Efutu awutu   191 000 0,8 % awutu famille nigéro-congolaise
Busansi bissa   176 000 0,7 % bissa famille nigéro-congolaise
Builsa buli   160 000 0,7 % buli famille nigéro-congolaise
Ahanta   151 000 0,6 % ahanta famille nigéro-congolaise
Wala waali   147 000 0,6 % wali famille nigéro-congolaise
Akan-Asen   140 000 0,6 % akan famille nigéro-congolaise
Kasem   135 000 0,6 % kasem famille nigéro-congolaise
Birifor du Sud   133 000 0,6 % birifor méridional famille nigéro-congolaise
Bimoba   125 000 0,5 % bimoba famille nigéro-congolaise
Chiripon   118 000 0,5 % chiripon famille nigéro-congolaise
Sisaala, Tumulung   112 000 0,5 % sisaala tumulung famille nigéro-congolaise
Mandinka   110 000 0,5 % mandinka famille nigéro-congolaise
Akan-Dankyira   107 000 0,4 % akan famille nigéro-congolaise
Larteh     79 000 0,3 % larteh famille nigéro-congolaise
Anufo     70 000 0,3 % anufo famille nigéro-congolaise
Nchumburu     70 000 0,3 % chumburung famille nigéro-congolaise
Banafo     65 000 0,2 % nafaanra famille nigéro-congolaise
Anum-Boso     64 000 0,2 % gwa famille nigéro-congolaise
Krache     60 000 0,2 % krache famille nigéro-congolaise
Bassari ntcham     59 000 0,2 % ntcham famille nigéro-congolaise
Akan-Ahafo     57 000 0,2 % akan famille nigéro-congolaise
Kotokoli tim     56 000 0,2 % tim famille nigéro-congolaise
Buem lelemi     52 000 0,2 % lelemi famille nigéro-congolaise
Nabra nabt     50 000 0,2 % farefare famille nigéro-congolaise
Total 21 327 500 94,6 %    
Autres langues 1 228 500  5,4 %    
TOTAL DE LA POPULATION (2006) 22 556 000 100 %    

2.3 L'akan

Parmi toutes les langues ghanéennes, l'akan (incluant ses variétés dialectales, très intelligibles entre elles) demeure la langue la plus répandue dans ce pays: elle serait parlée par plus de 50 % de la population, tant comme langue maternelle (8,3 millions ou 36,8 %) que comme langue seconde. L'akan demeure la langue numériquement la plus importante du Ghana et elle sert de langue véhiculaire dans tous les marchés et la plupart des commerces importants; elle fait aussi office de langue religieuse dans la plupart des régions. Rappelons que cette langue reste fragmentée en plusieurs variétés dialectales, chacune ayant sa propre orthographe et ses particularismes locaux.

De plus, plusieurs Ghanéens estiment que l'akan, à l'instar des autres langues nationales, est mal adapté aux exigences du monde moderne, en particulier dans les domaines scientifique, technique et économique, ce qui explique en partie les prérogatives perpétuelles de la langue anglaise, l'ancienne langue coloniale.

2.4 L'anglais

Pour ce qui est de la langue anglaise, elle demeure la langue officielle, bien qu’elle soit parlée par une très faible partie de la population, peut-être par un million de locuteurs tout au plus, lesquels l'emploient uniquement comme langue seconde, et ce, de performance très variable ou très inégale. C'est la langue de l'État, donc celle de la législation, de la justice, de l'Administration, de l'école, etc.

Le français et l'arabe constituent deux autres langues d'une certaine importance dans le pays. Le français est une langue étrangère enseignée dans certains établissements d'enseignement et de nombreux Ghanéens instruits connaissent cette langue. L'arabe est aussi appris dans les écoles islamiques connues comme  les «Makaranta».

Plus d'un cinquième de la population ghanéenne pratique les religions traditionnelles. La population chrétienne (environ 63 %) compte des catholiques, des anglicans, des méthodistes et des presbytériens; elle se concentre dans la région côtière. Les musulmans vivent essentiellement dans le Nord et ne représentent que 25 % de la population totale. 
régions septentrionales.

3 Données historiques

L’origine du nom de Ghana viendrait de l’ancien empire du Ghana, mais en réalité celui-ci était situé plus au nord, dans les régions sahéliennes du Sénégal, de la Mauritanie et du Mali. Les États les plus anciens sur le territoire ghanéen furent les royaumes de Fagomba et de Mamprusi; ceux-ci furent prospères jusqu’au XIIIe siècle, puis ils furent dominés par les royaumes du Dagomba et du Gondja à partir du XIVe siècle. C'est vers cette époque que des immigrants parlant une langue akan, dont les Achanti et les Fanti, quittèrent la savane et vinrent établir leur suprématie au sud de la ligne des forêts, formant une série de petits royaumes. Dès le début du XVe siècle, ces petits États pratiquèrent le commerce avec les peuples subsahariens vivant plus au nord.

3.1 La colonisation portugaise

Les premiers Européens à pénétrer dans la région furent des explorateurs portugais, qui donnèrent à cette région le nom «Gold Coast» (Côte-de-l’Or), parce qu’ils furent impressionnés par les parures que portaient les souverains et dignitaires achanti.

Rappelons que, 1494, le pape Alexandre VI Borgia avait contraint les Espagnols et les Portugais à signer le traité de Tordesillas qui traçait les limites territoriales entre l'Espagne et le Portugal: tout ce qui serait découvert à l'ouest du méridien appartiendrait à l’Espagne et à l'est (Brésil et Afrique), au Portugal. C’est ce qui explique pourquoi ce furent d’abord les Portugais qui colonisèrent l’Afrique de l’Ouest. En réalité, l’Église catholique avait attribué aux deux puissances péninsulaires, non pas des zones de colonisation, mais des zones d'évangélisation, mais cette distinction ne résista pas longtemps aux appétits coloniaux. Les autres pays de l'Europe, notamment les Hollandais, les Anglais et les Français, furent incapables de s'opposer au traité de Tordesillas jusqu'à la fin du XVIe siècle.

C’est en 1482 que les Portugais créèrent un premier comptoir commercial à São Jorge da Mina, sur le site de l'actuelle forteresse Elmina. La région devint le premier fournisseur d'or de l'Europe avant la découverte des riches ressources de l'Amérique latine. Mais la quantité d’or trouvée par les Portugais parut décevante. Ils se tournèrent alors vers le commerce des esclaves qui leur parut plus rentable. Ils construisirent des forteresses à Elmina (Ghana), à Luanda (Angola) et à São Tomé, puis organisèrent à leur profit leurs propres réseaux de la traite négrière (jusqu’en 1863, au moment de l’abolition de l’esclavage). Le commerce des esclaves fut une plus grande source de profits pour les marchands portugais.

Ce juteux commerce éveilla la convoitise des autres puissances coloniales de l’époque, qui vinrent pour ainsi dire «à la rescousse» des Portugais. De fait, entre entre 1637 et 1641, les Hollandais réussirent à chasser les Portugais de l’Afrique occidentale en prenant leurs principales forteresses. En 1642, le territoire du Ghana appartenait aux Hollandais. Le commerce européen favorisa la domination des Achanti qui exerçaient une hégémonie incontestée sur les peuples voisins, lesquels durent leur tribut en esclaves. La colonisation portugaise a laissé des traces considérables au point de vue linguistique. Les Portugais n’ont pas transmis leur langue au Ghana, mais ils ont favorisé l’émergence des créoles à base de portugais, notamment dans les îles du Cap-Vert, la Guinée-Bissau, le Sierra Leone et les îles São Tomé-et-Principe. Le créole à base de portugais le plus célèbre est le papiamento parlé dans les Antilles néerlandaises.

3.2 La colonisation britannique

Les rivalités entre les puissances européennes pour le contrôle du commerce de l'or et d'esclaves se terminèrent à l’avantage des Britanniques, qui évincèrent progressivement leurs concurrents portugais et hollandais. Mais la traite des esclaves fut définitivement abolie par le parlement de Westminster en 1807. En 1850, la Couronne britannique fit l'acquisition des forts danois et, en 1871, les établissements hollandais lui furent également transférés. En fait, les Britanniques avaient acheté les comptoirs hollandais en 1871 pour y fonder une colonie de la Couronne, qui prit le nom de Togo britannique (Togoland) en 1874.

Cependant, les Achanti constituèrent une menace constante pour les Britanniques. Durant tout le XIXe siècle, les Achanti opposèrent une résistance farouche à la colonisation anglaise. Les frontières de la colonie du Ghana furent fixées en 1901: le territoire achanti ainsi que le nord du pays furent soumis et annexés à la colonie. Une partie du Togo allemand, peuplée par les Éwé, lui fut ajoutée en 1922. Dans les années 1920, la Gold Coast devint la colonie africaine la plus prospère. Les Britanniques imposèrent partout leur langue et leurs institutions. Néanmoins, les langues locales furent tolérées par les autorités coloniales dans les écoles primaires, bien que l’anglais restait la principale langue d’enseignement.

Les Britanniques appliquèrent deux régimes différents dans leur colonie. Alors que la plus grande partie du territoire était placée sous une «administration directe», le territoire achanti et le Nord bénéficièrent d'une «administration indirecte». En 1925, furent organisées les premières élections en vue d'instaurer un conseil législatif des chefs indigènes. Mais la vie politique ne se développa qu'après la Seconde Guerre mondiale.

Confrontés à une agitation nationaliste incessante, les Britanniques adoptèrent des mesures favorisant l'autonomie interne, préalable à l'établissement progressif d'un État indépendant. Quelque temps auparavant, plusieurs éducateurs ghanéens exercèrent des pressions pour recommander l'usage des langues locales à l'école. Cependant, des obstacles majeurs firent en sorte que l'anglais a plutôt vu son rôle s’amplifier à partir de 1951, au moment où des élections législatives virent la victoire du Parti de la convention du peuple (Convention People's Party, CPP), fondé en 1949 par Kwame Nkrumah. Celui-ci avait été éduqué en Grande-Bretagne et aux États-Unis; il prit la tête du gouvernement local et collabora avec les autorités britanniques pour préparer l'indépendance, qui fut proclamée en janvier 1957. Le 6 mars de la même année, le nouvel État prenait officiellement le nom de Ghana.

3.3 L’indépendance et le règne de Nkrumah

Le 1er juillet 1960, la République fut proclamée. Le dirigeant charismatique Nkrumah, surnommé par son peuple, l'Osagyefo («le Rédempteur»), fut élu président. Fier du fait que le Ghana devenait le premier pays indépendant de l'Afrique noire, Nkrumah se fit le porte-parole du panafricanisme, seul capable, selon lui, d'éviter l'éclatement de pays artificiellement créés par la colonisation.

Il souhaitait voir l'Afrique unifiée politiquement, la décolonisation n'étant que le prélude à la reconstruction économique, politique, sociale et culturelle de tout le continent. Il poursuivait un rêve: les États-Unis d'Afrique. Cependant, il ne parvint pas à faire valoir ses thèses: l'union qu'il tenta d'opérer entre le Ghana, la Guinée et le Mali fut un échec.

Kwame Nkrumah se tourna vers le socialisme calqué sur la planification des États du bloc communiste. Sa politique devait conduire le pays à la faillite. Sur le plan linguistique, un débat houleux mit en cause le Parlement, le gouvernement et les élites. Le conflit porta sur le problème de la langue nationale et opposa deux groupes distincts: ceux, d’une part, qui voulaient que le Ghana se dote d'une véritable langue nationale et, d’autre part, les opposants qui tenaient à l’anglais.
Certains voulaient favoriser le développement d'une langue nationale en s'appuyant sur les réalités linguistiques du Ghana: la majorité de la population parlait l'akan d'une façon ou d'une autre. D'autres ajoutaient que l'adoption de cette langue anéantirait le «tribalisme» et son «cortège de maux». Plusieurs prétendirent que le Ghana devait posséder sa langue nationale propre et que l'acquisition de cette langue constituerait un attribut de la souveraineté nationale.

Enfin, quelques-uns invoquèrent le rôle de l'akan comme symbole de l'unité nationale. Ainsi, le député de la circonscription de Kumasi-Nord, Asafo-Agyiei, soumit la proposition suivante: «Le Parlement estime que la langue akan devrait désormais être enseignée dans toutes les écoles du Ghana» (Parliamentary Debates, Official Report, 25 oct. 1961). Son argumentation visait à tenir compte des réalités linguistiques du Ghana où la majorité de la population parlait l'akan d'une façon (langue maternelle) ou d'une autre (langue seconde):

La langue akan est l’une des langues les plus populaires du pays. Quel inconvénient pourrait résulter du fait que l’akan soit admis comme lingua franca de ce pays? Aucun à la vérité. Son adoption rendra vaines les craintes de ceux qui entrevoient des répercussions similaires à celles qu’a connues le Ceylan [...] La langue constitue un puissant facteur d’intégration qui rapproche les diverses tribus d’un pays. C’est pourquoi, si la langue akan est adoptée comme lingua franca au Ghana, le tribalisme, avec son cortège de maux, périra de mort naturelle.

Asafo-Agyiei prenait un position sans équivoque par rapport à la question nationale en faisant allusion aux langues de la Grande-Bretagne:

Sur la question de l’introduction de l’akan comme langue officielle du Ghana, je voudrais attirer l’attention des honorables parlementaires sur le fait qu’en Grande-Bretagne même, où le gallois est parlé au pays de Galles, l’écossais en Écosse et l’irlandais en Irlande, l’anglais pur est admis comme langue officielle sur l’ensemble des îles britanniques. Dire que cela créerait des dissensions au Ghana ne correspond nullement à la vérité.
La Grande-Bretagne est plus unie que jamais en dépit de l’existence de plusieurs langues. Ceci dit, je ne doute absolument pas que la langue akan soit adoptée comme moyen d’expression par la totalité des divers groupes tribaux de ce pays.

Pour sa part, le député de la circonscription d'Akwapim-Nord, K. Asante-Sakyi, s'exprimait ainsi:

N’est-il pas grand temps pour le Ghana, à ce stade de son développement, de choisir l’une de ses langues et de l’étendre à l’échelle nationale? Allons-nous continuer de parler des langues étrangères dans nos foyers, dans les lieux publics, dans les rassemblements, et d’utiliser des interprètes pour traduire les paroles que nous adressons à nos parents et amis?

Dans cette perspective, une langue officielle ghanéenne constituerait un attribut de la souveraineté nationale, un élément indispensable de sa reconnaissance au plan international. Quant à C. E. Donkoh, le député de Wenchi-Ouest, souhaiterait que l'akan soit utilisée partout sans vouloir prétendre créer une situation hégémonique pour l'akan:

Nous ne nous ferons pas les avocats de l’utilisation de la langue akan uniquement parce que nous sommes des Akans, mais parce que nous savons que cette langue est dès à présent largement répandue [...] Nous nous sommes efforcés de démontrer que l’akan est une langue merveilleuse; que l’akan peut devenir notre langue nationale; que, si nous voulons construire une nation dotée d’une communauté d’esprit, il nous faut adopter l’akan comme langue nationale [...]. Cela ne conduira nullement iì interdire aux gens de parler dagbani ou n’importe quelle autre langue; mais cela nous permettra d’édifier une nation.

Cela étant dit, le député K. Asante-Sakyi désirait voir se maintenir un certain usage de l'anglais:

Je ne veux pas dire que I’akan, doive se substituer à l’anglais. Ce dernier continuera d’exister en tant que langue de travail officielle. Il restera l’instrument de nos relations commerciales internationales. La promotion de l’unité africaine se poursuivra en anglais; en effet, si nous nous adressons à un Éthiopien en akan, il nous répondra en amharique ce qui nous obligera à recourir à des interprètes : les progrès de l’unité s’en trouveront retardés. L’anglais a le statut de langue internationale, et il continuera d’en être ‘ainsi pour un bon bout de temps.

Comme on pouvait s'y attendre, les opposants firent valoir qu'il était inacceptable qu'une langue nationale domine les autres. Ceux qui ne parlaient pas l'akan ressentirent cette proposition comme une «agression» pure et simple. Ils firent valoir que le pays courrait le risque de dissensions et de déchirements. Tel était la position du député E. Ago Ackam (Dangbe-Shai):

Cette motion doit être retirée ou repoussée, car si elle venait à être adoptée il s’agirait d’un texte préjudiciable et hostile aux peuples d’origine ga et adangbe, ainsi qu’aux peuples d’autres régions qui disposent de langues riches et écrites.

Enfin, d'autres soutinrent que l'akan ne pouvait pas servir de langue nationale parce qu'il n'était pas linguistiquement harmonisé, ni codifié ni normalisé. L'argumentation la plus élaborée fut présentée par la secrétaire d’État à l’Education, Susanna Al Hassan :

La question de la langue nationale est hérissée de difficultés; certaines d’entre elles sont politiques. C’est pourquoi elle doit être abordée avec infiniment de tact et de discernement. De l’aveu général, l’akan est parlé par le groupe linguistique le plus important du Ghana; il est compris par nombre d’autres Ghanéens hors des limites de ce groupe linguistique. La difficulté majeure est inhérente ci la langue akan elle-même; par sa structure et son contenu, elle reste, à l’instar des autres langues ghanéennes, mal adaptée aux exigences de l’aire technologique moderne. Ses
idées - et par conséquent son vocabulaire - sont inadéquates dès qu’il s'agit d’exprimer les besoins et les conditions du monde moderne, en particulier pour tout ce qui touche aux questions scientifiques, techniques, et économiques.

L'élément central de l'argumentation reposait donc sur l’incapacité présente (réelle ou prétendue) de la langue akan à jouer le rôle d’une langue nationale. Finalement, pour clore le débat, le gouvernement adopta une attitude pour le moins prudente, embarrassée et temporisatrice. Il décida d'encourager le développement de toutes les langues nationales importantes:

Le gouvernement a l'intention d'encourager le développement de toutes les langues nationales les plus importantes de manière à ce que chacune d'entre elles ait des possibilités égales d'atteindre un niveau qui accroisse ses chances d'être choisie comme langue nationale lorsque le moment sera venu de prendre une telle décision.

Le projet gouvernemental resta sur les tablettes et le débat prit fin. Jamais le Parlement n'est revenu sur le sujet depuis. Les fonctionnaires ont fait ce que bon leur semblait. L'anglais demeura la seule langue officielle du Ghana, obligatoirement enseignée dans les écoles.

Le «Programme pour le travail et du Ghana vers le bonheur» qu’adopta le XIe Congrès du Convention People's Party (CPP) en juillet 1962 à Kumasi devint une sorte de «charte fondatrice» du socialisme d'État. Les paragraphes 151 et 152 traitent de la question des langues dans les écoles:  

§ 151. Dans le monde d’aujourd’hui, l’industrialisation et le progrès technique dépendent dans une très large mesure de la connaissance approfondie de l’une ou de plusieurs des principales langues internationales. D’un autre côté, le développement de la culture africaine ne manquerait pas d’être bloqué s’il n’était fondé sur l’état et l’intelligence des langues nationales. Rien n’est plus naturel pour une nation indépendante que de chercher à promouvoir l’usage d’une langue nationale qui exprime le véritable esprit, les idées et les aspirations de son peuple. Atteindre cet idéal constitue un objectif à long terme. Afin de parvenir à sa réalisation dans le long terme, le Parti et le gouvernement proposent que les langues ghanéennes deviennent des matières complémentaires dans les établissements du secondaire et dans les universités à côté des langues classiques et modernes.

§152. La sauvegarde de la culture et des institutions traditionnelles est intimement liée à l’usage des langues nationales.

La même année, le gouvernement de Nkrumah choisit neuf langues ghanéennes qui furent enseignées parallèlement à l'anglais et au français: l'akuapem-twi, l'asante-twi (achanti), le dagbani, le dangbe, l'éwé, le fanti, le ga, le kasem et le nizima. En même temps, une mesure gouvernementale oblige les que les débats des conseils municipaux et locaux se déroulent dorénavant dans l'une ou l'autres des langues ghanéennes. C'était une façon pour le gouvernement de Nkrumah de réduire l'influence du monopole de la langue anglaise.

Cela étant dit, l'Administration gouvernementale continua d'utiliser l'anglais comme langue véhiculaire, notamment par le parti CPP. Par exemple, L'Evening News publiait en anglais et de façon occasionnelle des articles en pidgin, en fante, en twi ou en haoussa; le Ghanaian Times et l’hebdomadaire The Spark étaient entièrement rédigés en anglais. Seule la radio faisait grandement usage des langues ghanéennes. L'idéologie panafricaine du Parti incitait même à recourir à d'autres langues étrangères, comme le français  (L’Étincelle) et le portugais  (Fazilha). 

Quelques années après sa prise du pouvoir, Nkrumah fut de plus en plus contesté pour sa gestion et ses méthodes autoritaires. À la fin de 1963, Nkrumah commença à limiter le pouvoir judiciaire, puis un régime à parti unique fut instauré en 1964. Alors que le président Nkrumah se trouvait en visite officielle en Chine, il fut renversé par un coup d’état militaire, le 24 février 1966. Il trouva refuge en Guinée-Conakri, mais ses partisans ghanéens furent arrêtés, les techniciens soviétiques et chinois qu'il avait fait venir, furent expulsés du pays. Né en 1909, Nkrumah s'est éteint au début des années 1970 à l'âge de 63 ans. Le souvenir de Kwame Nkrumah est resté très vivace au Ghana. Plus de vingt-cinq ans après sa mort, Nkrumah sert encore de référence politique, économique, sociale et philosophique, à un tel point que l'actuel président, Jerry Rawlings, semble avoir du mal à se frayer «une actualité honorable» dans la presse de son pays.

Néanmoins, le régime de Nkrumah resta très favorable à l’officialisation de l’anglais. Le gouvernement a décidé d'utiliser l'anglais comme langue d'enseignement dès la deuxième année du primaire. Les langues locales ont été reléguées au second plan en tant que matières d'enseignement. De plus, on a alors estimé préférable d'enseigner, parallèlement à l'anglais, d'autres langues étrangères comme le français et le portugais.

3.4 L'après-Nkrumah

Durant trois années, le Ghana fut dirigé par un Conseil de libération nationale. En 1969, le pouvoir fut transféré, en vertu d'une nouvelle constitution, à un gouvernement civil dirigé par Kofi Busia, qui fut renversé par un nouveau coup d'État militaire en 1972. Le nouveau chef d’État, le colonel Ignatius Acheampong suspendit la Constitution, interdit toute activité politique et limita la liberté de la presse et les activités syndicales. Le contrôle militaire fut quelque peu allégé en 1974 et un conseil consultatif civil des affaires politiques, ainsi qu'un conseil de planification économique furent créés. Acheampong fut forcé de démissionner en 1978 pour laisser la place au général Frederick Akuffo; ce dernier fut chassé un an plus tard par un jeune lieutenant de l'aviation, Jerry Rawlings, qui prit le pouvoir. Acheampong et Akuffo furent accusés de corruption et exécutés. En septembre, Rawlings se retira en faveur d'un président civil élu, Hilla Limann. Mais la situation économique ne cessant de se dégrader, Rawlings reprit le pouvoir par un coup de force, le 31décembre 1981. À la même époque, les journaux continuèrent d'être tous rédigés en anglais, mais ils publiaient à l'occasion des articles en langues ghanéennes; une revue parut même en français. Cependant, la radio fit largement usage des langues du pays, car elle était plus près de la population locale. Dans les actes officiels, seul l'anglais eut droit de cité. D’ailleurs, la Constitution obligeait les membres du Parlement à parler, lire et comprendre l’anglais.

De 1981 à 1992, le capitaine Jerry Rawlings dirigea autoritairement le pays. En avril 1992, une nouvelle Constitution fut approuvée par référendum, lequel instituait un régime pluraliste. Réélu président en janvier 1993, Rawlings proclama la IVe République. Lors des élections générales de décembre 1996, Rawlings fut réélu à la présidence de la République et son parti, le Congrès démocratique national, remporta la majorité absolue des sièges à l'Assemblée nationale. Ces élections, les premières au cours desquelles les Ghanéens pouvaient se prononcer sur la politique d'un gouvernement parvenu au terme de son mandat, furent jugées libres et équitables par les observateurs internationaux, et ont marqué un pas vers la démocratie dans le pays. Depuis, Jerry John Rawlings continue depuis d'exercer un pouvoir fort. Heureusement, l'élection du Ghanéen Kofi Annan comme secrétaire général des Nations unies a contribué à offrir du Ghana une bonne image à l'étranger.

Depuis ce temps, des régimes militaires s'y sont succédé, avec le résultat que les problèmes linguistiques ont été relégués à l'arrière-plan des préoccupations politiques. L'actuel président du Ghana est John Kuoffor, élu en janvier 2002, puis réélu en janvier 2005. Le 7 janvier 2009, il faut remplacé par John Evans Atta Mills (né le 21 juillet 1944) du National Democratic Congress (NDC).

4 La politique linguistique

La dernière Constitution (1992) du Ghana ne contient aucune disposition linguistique, ni sur la langue officielle ni sur une quelconque langue nationale ghanéenne. Les dispositions constitutionnelles n'obligent plus les membres du Parlement à parler, lire et comprendre l'anglais; il n'en est plus fait mention. Mais l'anglais reste l'unique langue de la législation.

Pourtant, aucune loi n'a été adoptée en ce sens. L'anglais demeure la règle: il est institutionnalisé en tant que langue du pouvoir, de l'Administration de l'État, des grands centres économiques et des médias officiels. Les cours de justice et de nombreuses administrations locales fonctionnent dans les langues véhiculaires à l'oral parce qu'on ne peut faire autrement.

Il existe certaines rares dispositions linguistiques dans des lois ordinaires, mais aucune loi linguistique. Dans la Loi sur les brevets d'invention (Patents Act) de 1992, la protection accordée par la loi (art. 26) ne vaut que si le texte est rédigé en anglais ou accompagné d'une traduction en anglais:

Patent Law, 1992

Section 26

Provisional protection of published international application

1)
The reliefs specified in section 59 of this Law may be requested in respect of acts committed before the grant of the patent but after the date of international publication under Article 21 of the Treaty, provided that the said international publication was effected
in English.

2) Where the international publication was effected in a language other than English the provisions of subsection (1) of this section shall apply, provided the applicant had transmitted
an English translation of the said international publication to the infringer and only in respect of acts committed by the infringer after he had received the translation.

Loi sur les brevets d'invention de 1992

Article 26

Sécurité temporaire des publications internationales

1)
L'exonération mentionnée à l'article 59 de la présente loi peut être demandée à l'égard des actes commis avant l'émission du brevet d'invention, mais après la date de la publication internationale en vertu de l'article 21 du Traité, à la condition que que ladite publication internationale ait été rédigée
en anglais.

2) Lorsque la publication internationale a été rédigée dans une autre langue que l'anglais, le paragraphe 1 s'applique à la condition que le requérant ait transmis
une traduction anglaise de ladite publication internationale à un tiers et seulement dans le respect des actes commis par ce dernier après qu'il ait reçu ladite traduction.

La Loi sur l'approvisionnement public (Public Procurement Act) de 2003 énonce que tous les appels d'offres doivent être élaborés et présentés en anglais:

The Public Procurement Act, 2003

Section 33.

Language


The prequalification documents, invitation documents and other documents for invitation of proposals, offers or quotations shall
be in English.

Section 51.

Language of tenders

1)
Tenders shall be formulated and submitted
in English.

2) Supporting documents and printed literature furnished by the tenderer may be in another language if they are accompanied by an accurate translation of the relevant passages in English.

3) Where there is a translation, the translation shall be used to interpret the tender.

Loi sur l'approvisionnement public de 2003

Article 33

Langue


Les documents de présélection, d'invitation et autres documents pour l'appel de propositions, d'offres ou de cotations doivent
être rédigés en anglais.

Article 51

Langue des offres

1)
Les offres doivent être élaborées et présentées
en anglais.

2) Les pièces justificatives et les documents imprimés fournis par le soumissionnaire peuvent être dans une autre langue s'ils sont accompagnés d'une traduction exacte en anglais des passages pertinents.

3) Lorsqu'il existe une traduction, celle-ci doit être employée pour expliquer l'offre.

Ces exemples démontrent que l'anglais est la langue de l'Administration ghanéenne. 

4.1 L'éducation

Dans les écoles, quelques langues ghanéennes à fonction véhiculaire sont enseignées au primaire, mais pas les langues maternelles locales. Au total, il y a neuf langues soutenues par le gouvernement: l'akan, le dagaare, le dagbani, le dangme, le ga, l'éwé, dagbane, le gonja et le kasemle, le nzema. Le Bureau des langues du Ghana (''Bureau of Ghana Languages'') publie du matériel pédagogique et des manuels dans ces langues.

Lors des quatre premières années du primaire, la langue ghanéenne la plus répandue au plan local est généralement employée comme moyen d'instruction, pendant que l'anglais est étudié comme discipline. On peut dire que l'enfant ghanéen reçoit une sorte d'éducation bilingue transitoire. À partir de la cinquième année, l'anglais remplace la langue ghanéenne comme moyen d'instruction et la langue ghanéenne est alors traitée comme une simple matière scolaire dans l'horaire.  Autrement dit, la première langue de l'élève sert de moyen transitoire pour l'instruction scolaire, car le but ultime est de parvenir à une certaine aisance en anglais, la langue officielle. Par conséquent, tout Ghanéen qui fréquente l'école doit apprendre l'anglais en plus de sa langue maternelle ou plus généralement la langue locale dominante.

Classes Langues ghanéennes Anglais
1re - 4e Toutes les matières de base anglais (matière)
5e Langue et culture ghanéenne, musique et

danse, et sciences intégrées,

mathématiques
anglais

études environnementales

religion, éducation morale
6e Langue et culture ghanéenne, musique et

danse,
anglais

études environnementales

religion, éducation morale

sciences intégrées, mathématiques
Secondaire Langue et culture ghanéenne

Langue seconde

Langue ghanéenne
Toutes les matières de base

Cette nouvelle politique a suscité de nombreuses critiques de la part d'universitaires, de politiciens, d'éducateurs, de dirigeants traditionnels et de la population en général. Quelque 55 % de la population est encore analphabète; 53 % des enfants de 12 à 17 sont scolarisés. Pour résumer, moins de 20 % de ceux qui ont terminé leur primaire passent au cycle secondaire.

Au secondaire, tout l'enseignement est dispensé en anglais; le français ou toute autre langue ghanéenne peut être enseigné sur une base facultative comme langue étrangère. Au Ghana, membre associé de l’Organisation internationale de la Francophonie depuis 2006, le nombre de ceux qui apprennent le français semble en hausse constante au secondaire: de 850 221 en 2008, il est passé à 383 875 en 2001. L'enseignement est en principe obligatoire au collège; il s’impose progressivement «comme un outil incontournable de communication régional et international», selon Thomas Tshiggfrey, chef de projet à l’ambassade de France au Ghana. Dans le cadre de la lutte contre la pauvreté, ce pays a adopté en 2006 un Action Plan for French, qui crée un poste budgétaire dédiée à la promotion du français, puisque l’intégration régionale passe maintenant par son apprentissage. Soulignons que le Ghana est entouré exclusivement de pays francophones : la Côte d'Ivoire à l'ouest, le Burkina Faso au nord, le Togo à l'est. C'est ce qui explique l’intérêt pour le français, cet intérêt étant exprimé par les plus hauts responsables du pays ainsi que par les chefs d’entreprises et les jeunes qui postulent à des emplois dans des pays voisins.

Beaucoup d'élèves s'orientent ensuite vers l’enseignement technique, comme le Lycée technique, l'Institut polytechnique, etc., où l'enseignement sera en anglais. Très rares sont les Ghanéens qui accèdent à l’université ou au Gbewaa Training College. L'enseignement supérieur est assuré en anglais par l'université du Ghana (fondée en 1948) à Accra, par l'Université de la science et de la technologie (fondée en 1951) à Koumassi et par l'université de Cape Coast (1962). Le taux de scolarisation dans l’enseignement supérieur est de 1,5 %.

Il existe aussi des English-Arabic Schools, c'est-à-dire des écoles anglo-arabes, installées dans le nord-est du Ghana, principalement à Bawku et à Pusiga (95 % des écoles anglo-arabes). Ces écoles sont des établissements privés fondés par un «maître coranique» (un «malam») qui combine l'enseignement coranique à un enseignement calqué sur le modèle de l’école publique reconnue par le ministère de l'Éducation. En contrepartie, l'État assume les salaires d'une partie du personnel enseignant et une faible part des équipements. Les jeunes musulmans scolarisés peuvent poursuivre leurs études islamiques en fréquentant des Madaris informelles qui se sont ouvertes dans plusieurs villes du nord du pays. Lorsque les musulmans désirent accéder à l’enseignement supérieur, ils doivent alors partir pour l’étranger, soit au Nigeria (Kano, Katsina, Sokoto), en Égypte (Alahzar) ou en Arabie Saoudite (Université de Médine).

En ce qui concerne l'enseignement supérieur, les universités ghanéennes ont fait le choix de promouvoir le français sur leur campus avec notamment une université publique qui a conçu le projet de devenir une université bilingue.

4.2 Les médias

Du côté des médias, les radios locales sont les seules institutions du pays à utiliser massivement les langues ghanéennes. On compte environ six langues employées dans les stations de radio nationale et à la télévision. Il s’agit de l'anglais, de l'akan, du dagbani, de l'éwé, du ga et du haoussa (une langue véhiculaire). La situation linguistique dans le secteur commercial et des services favorise l’anglais, mais on relève la présence d'un certain nombre de langues du Ghana dans certaines fonctions écrites, par exemple les variétés du dagaar, du dagbani, du fante et le ga, utilisés dans les communications internes et les lettres.

De façon générale, le discours politique perpétue le respect des valeurs britanniques avec comme résultat qu'il demeure complètement étranger aux communautés locales. Dans cette perspective, la démobilisation politique est devenue la règle générale. La population considère l'État comme une clique privilégiée, irréelle, isolée dans sa langue anglaise, hors de la portée du commun des mortels. Comme exemple de non-intervention, il est difficile de faire mieux. Pendant ce temps, l'akan devient de plus en plus la langue véhiculaire de tout le pays.

Dernière mise à jour: 24 déc. 2015

Bibliographie

ENCYCLOPÉDIE MICROSOFT ENCARTA, 2004, art. «Ghana», pour la partie historique.

HAYNES, Jeff. «The PNDC and Political Decentralization in Ghana, 1981-91» dans Journal of Commonwealth and Comparative Politics, London, vol. 29, no. 3, novembre 1991, p. 283-307.

LECLERC, Jacques. Langue et société, Laval, Mondia Éditeur, coll. "Synthèse", 1992, 708 p. 

SARFOH, Joseph A. Population, Urbanization, and Rural Settlement in Ghana: A Bibliographic Survey, New York, Greenwood Press, 1987, 128 p.

VERLET, Martin.«Langue et pouvoir au Ghana sous Nkruma» dans Politique africaine, no 23, Paris, Karthala, septembre 1986,
p. 79-83.

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