République du Sénégal

Sénégal

 
Capitale: Dakar
Population: 12,1 millions (est. 2012)
Langue officielle: français 
Groupe majoritaire: aucun
Groupes minoritaires: environ 40 langues locales, dont le wolof (39,7 %), le peul (26,3 %), le sérère (10,5 %), le malinké (9,8 %), le diola (2,4 %), le soninké (2,1 %), l'arabe hasanya (1,0 %), le mandjaque (0,9 %), le kriolu (0,9 %), le balante (0,7 %), le bambara (0,5 %), l'arabe libanais ((0,4 %), etc.
Langue coloniale: français
Système politique: république unitaire
Articles constitutionnels (langue): art. 1er et 28 de la Constitution du 7 janvier 2001 
Lois linguistiques: Code de procédure pénale (1965); décret présidentiel no 71566 du 21 mai 1971; décret no 75-1027 du 10 octobre 1975 relatif à l’emploi des majuscules dans textes administratifs, modifié par le décret n° 80-770 du 24 juillet 1980; loi no 91-22 du 16 février 1991 portant orientation de l'Éducation nationale ; loi 2004-37 du 15 décembre 2004 modifiant et complétant la Loi d’orientation de l’Éducation nationale no 91-22 du 16 février 1991; décret no 2008-832 du 31 juillet 2008 portant organisation du ministère de la Culture, du Patrimoine historique classé, des Langues nationales et de la Francophonie.

1 Situation générale

Carte : Sénégal D'une superficie de 196 200 km² (l'équivalent du Kirghizistan; France: 547 03 km²), la république du Sénégal est située à l'extrême ouest du continent africain, au bord de l'océan Atlantique. Le pays est limité par l'Atlantique à l'ouest, la Mauritanie (1 million de km²) au nord, le Mali (1,2 million de km²) à l'est et la Guinée-Bissau (36 125 km²) au sud (voir la carte détaillée). À l'intérieur des frontières du Sénégal, la Gambie 11 300 km²) constitue une enclave toute en longueur dans le sud du Sénégal, à l’intérieur duquel elle pénètre profondément. La Mauritanie est un pays à la fois arabophone et francophone, le Mali un État francophone, alors que la Gambie est anglophone et la Guinée-Bissau, lusophone.

Le pays est divisé en dix régions administratives: Dakar, Diourbel, Fatick, Kaolack, Kolda, Louga, Matam, Saint-Louis, Tambacounda, Thiès, Ziguinchor (voir la carte détaillée). Chacune d’entre elles est administrée par un gouverneur et dispose d’une assemblée régionale, dont les membres sont élus.

Mentionnons aussi une région historique bien particulière, la Casamance. C'est une zone située au sud-ouest du Sénégal entre la Gambie au nord et la Guinée-Bissau au sud. Comme on le constate, la Casamance demeure partiellement séparée du reste du Sénégal par la Gambie. La Casamance, qui doit son nom au fleuve Casamance, est composée des régions administratives de Ziguinchor à l'ouest et de Kolda à l'est.

La Casamance est habitée majoritairement par les Jóola (Diola); ils parlent la la langue diola (jóola) ainsi que les variantes dialectales telles le boulouf, le fogny et le kasa. La Casamance est aussi appelée «le pays des Floups» (ou Flup ou Félipes en Guinée-Bissau), du fait que les Diola avaient érigé leur royaume dans cette région qui incluait alors la Guinée-Bissau. Depuis 1982, le Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC) réclame l'indépendance de la région.

2 Données démolinguistiques

Région Population
2001
Population
2012
Superficie
Dakar 2 411 500  2 769 900     550 km2
Thiès 1 348 600  1 529 900  6 601 km2
Diourbel    930 000  1 426 700   4 359 km2
Kaolack 1 128 100  1 231 900 16 010 km2
Kolda    834 800  1 030 450 21 011 km2
Saint-Louis    863 400     893 900 19 044 km2
Louga    559 300     787 870 29 188 km2
Tambacounda    530 300     787 800 59 602 km2
Fatick    639 100     666 400   7 935 km2
Matam -     626 830 25 083
Ziguinchor    557 600     447 360   7 339 km2
TOTAL Sénégal 9 802 800 12 199 010  196 722 km2
La population du Sénégal était estimée à 12,1 millions en 2012. Les régions de Dakar (2,7 millions), de Thiès (1,5 million), de Diourbel (1,4 million), de Kaolack (1,2 million) et de Kolda (1 million) sont les plus peuplées.

À l'exemple de nombreux pays d'Afrique, le Sénégal est caractérisé par la diversité linguistique et culturelle née de la rencontre de trois grandes civilisations: la négro-africaine, l'arabo-islamique et l’occidentale française. La civilisation négro-africaine est transmise par les nombreuses langues nationales, dont le wolof, le peul, le sérène, le diola, le malinké et le soninké. L'apport arabo-islamique, commencé vers le Ve et le VIe siècle, a amené une langue de culte, un livre sacré et un système normatif et juridique fortement codifié. Quant à l'influence occidentale française, elles est arrivée avec le commerce et la colonisation, et s’est infiltrée non seulement avec sa langue, mais aussi avec la Bible et sa littérature, son administration, son idéologie philosophique politique et juridique.

2.1 Les ethnies

En considérant la population du Sénégal (10,6 millions en 2004), on peut dire que les ethnies sont fort nombreuses dans ce pays, sans oublier qu'à l’intérieur de chacune des ethnies il peut exister des sous-groupes qui parlent des langues parfois très différents des autres sous-groupes de la même ethnie. 

- Les Peuls, Toucouleurs et Sarakolés

Ces trois groupes ethniques sont présents sur l’ensemble du territoire sénégalais, mais ils sont originaires des régions les plus désertiques du pays. Ils sont à l’origine de l’islamisation des autres ethnies du pays. On distingue les Peuls, les Toucouleurs réputés pour être les grands guerriers du Sénégal et les Sarakolés

Comme le peul est une langue parlée dans une vingtaine d’États d'Afrique occidentale et d'Afrique centrale — Mauritanie, Sénégal, Mali, Guinée, Burkina Faso, Niger, Nigeria, Gambie, Tchad, Sierra Leone, Bénin, Guinée-Bissau, Soudan, Centrafrique, Côte d'Ivoire, Ghana, Togo, Cameroun —, il porte différents noms: peulh, peul, pulaar, pular, pulli, pullo, fulfuldé, fulani, foula, fulah, fulanké, bulbé, etc. Alors que les Français emploient le terme «peul» ou «poular», les Anglais utilisent «fula», «fulfulde» ou «fulfudé».

- Les Wolofs, Lébous et Sérères

Ce groupe de trois ethnies rassemble la population du nord du Sénégal où ils sont majoritaires. En grande partie musulmans, ce sont des ethnies au pouvoir depuis l’indépendance. Les Wolofs (près de 40 %) sont les plus nombreux; peuple d'agriculteurs musulmans, les Wolofs ont réussi, dès l'indépendance, à imposer leur idiome (le wolof) comme langue nationale, bien avant le français. 

Quant aux Sérères (10,5 %), ils constituent incontestablement l’élite du pays. Ils occupent les plus hauts postes dans l’administration et sont les chefs des grandes entreprises. Ce pouvoir leur donne une importance historique dans le pays. Les Sérères forment la première communauté catholique du Sénégal. C’est grâce à la communauté catholique que les Sérères sont les Sénégalais les plus instruits du pays. En raison de la médiocrité des écoles, les églises ont créé de nombreuses écoles privées catholiques aussi efficaces que prestigieuses. Le premier président, Léopold Sédar Senghor, était un Sérère. La pénétration des Sérères dans le territoire sénégalais va jusqu’à Koalack ou à Fatick, dans le Centre-Ouest.

Les Lébous (7% parmi les Wolofs) sont aujourd'hui presque entièrement «wolofisés». Peuple de pêcheurs, ce sont les premiers et principaux occupants de la presqu’île du Cap-Vert. On tend de plus en plus à les associer aux Wolofs dont ils ont adopté, à quelques mots près, la langue.

-  Les forestiers

Les petits «peuples forestiers» du Sénégal — Diolas, Balantes, Mandjaques, Mancagnes, Baïnouks, Karoninkas et Pepels — sont des ethnies habitant la Casamance, une région de forêts pluviales au sud, dans le Kolda. Les forestiers casamançais sont à majorité catholiques, mais ont une lointaine tradition animiste qu’ils tendent à vouloir préserver. Les Diolas sont divisés en de nombreux sous-groupes qui, généralement, ne se comprennent pas: les Essils (vers Thionk), les Fognys (vers Baïla), les Erings, les Bayots (au Sud), les Floups (à Oussouye), etc. Les Diolas occupent souvent des postes d'administrateurs et parfois dans les hautes sphères du pouvoir. 

La plupart des membres des Balantes viennent à l'origine de la Guinée-Bissau au sud du pays. L'écriture de la langue balante a été reconnue en septembre 2000 par le gouvernement sénégalais; le balante peut être enseigné au primaire au même titre que le wolof, le sérère, le siola, le peul et le mandingue. Dans la même région, vivent les Mandjaques, les Mancagnes, les Baïnouks, les Karoninkas et les Pepels. Ces ethnies ont souvent des noms de famille portugais en raison de leur origine bissau-
guinéenne.

- Les Mandingues et les Bambaras

Les Malinkés (9,8 %) sont des Mandingues comme les Bambara et vivent au Sénégal oriental à la frontière malienne (région du Tamacounda). Malgré leur proche parenté avec les Malinkés, les Bambara (0,5 %) sont considérés au Sénégal comme des «Niaks», c’est-à-dire des Noirs non sénégalais. Ils résident également dans la région de Tambacounda, plus spécialement à l’est du département de Kédougou. 

- Les petites ethnies autochtones

Les petites ethnies du Sénégal habitent dans des villages réputés inaccessibles, surtout dans les montagnes du Sud-Est. Mentionnons les Bassaris, les Tendas Bédiks, les Coniaguis, les Diarankés, les Niominkas, les Soninkés (2,1 %), une ethnie mandingue originaire du Mali. 

- Les étrangers (ou «Nars»)

Le Sénégal compte aussi des ethnies étrangères provenant d'autres pays à la suite de mouvements migratoires. C'est que le
Sénégal est aussi un pays d'immigration. On appelle ces ethnies des «Nars»: ils ont immigré d’Afrique du Nord et du Proche-Orient, généralement de la Mauritanie, de l'Algérie, du Maroc, de la Gambie, de la Guinée-Bissau et du Cap-Vert. Au Sénégal, les «Nars» ont une grande importance, car ils constituent la première communauté étrangère, juste avant les Français. Les deux nationalités les plus représentées sont les Libanais et les Maures de Mauritanie. On peut ajouter aussi une arrivée massive d’Algériens qui se sont installés dans la région de Dakar, ainsi qu'un certain nombre de Marocains.  En général, les «Nars» possèdent une bonne partie des petits et moyens commerces sénégalais; ils sont répandus sur l'ensemble du territoire, mais uniquement dans les grands centres urbains où ils gèrent leurs commerces. 

2.2 Les langues sénégalaises

Les Sénégalais sont répartis entre une trentaine de langues nationales, la plupart appartenant à la famille nigéro-congolaise, dont les six plus importantes sont le wolof, le peul, le sérère, le diola, le malinké et le soninké. Presque toutes les langues sénégalaises de cette famille de langues relèvent du groupe ouest-atlantique ou du groupe mandingue.

Plus de 40 % des Sénégalais parlent le wolof  (groupe ouest-atlantique), alors que 15 % au moins s'expriment en peul groupe ouest-atlantique. Ces deux langues sont parlées dans les deux tiers du territoire du Sénégal (voir la carte de gauche). 

Bien que le wolof soit la langue maternelle de près de 40 % de la population, plus de 90 % des Sénégalais parlent et comprennent le wolof, car il sert de langue véhiculaire dans tout le pays. Juste avant le français, c’est donc la langue la plus comprise par les différentes ethnies sénégalaises. Le wolof est surtout parlé au Sénégal et en Gambie, mais il a aussi le statut de langue nationale en Mauritanie. Utilisé comme langue véhiculaire notamment par les commerçants, c'est un peu comme «l'anglais de l'Afrique de l'Ouest». Le wolof s'est enrichi des apports des autres langues nationales du Sénégal, de l'arabe et du français. Le monde des affaires est largement dominé par le wolof dans les grandes agglomérations.

Dès 1971, le décret présidentiel no 71566 du 21 mai 1971 reconnaissait six langues ayant le statut de «langues nationales»: le wolof, le sérère (sereer), le peul (pulaar), le diola (joola), le mandingue (malinké) et le saralolé (soninké). Ces langues sont considérées comme suffisamment normalisées pour pouvoir être introduites à l’école, même si des travaux complémentaires et l’édition de manuels scolaires appropriés sont encore nécessaires. Ces langues ont aussi des orthographes officielles reconnues et imposées par l'État sénégalais.  Seuls le wolof, le peul, le sérère et le malinké sont parlés par plus d'un million de locuteurs. Cependant, la plupart de ces langues sont fragmentées en de nombreuses variétés dialectales, notamment le peul et le malinké.

Ethnie Population Pourcentage

Langue maternelle

Affiliation linguistique
Wolofs et Lebous 5 208 000 39,7 % wolof

groupe ouest-atlantique

Peuls, Poulars, Fula, Toucouleurs, 3 452 000 26,3 % peul

groupe ouest-atlantique

Sérères 1 376 000 10,5 % sérère

groupe mandingue

Malinkés (Malinka) 1 296 000 9,8 % malinké (malinka, mendé)

groupe mandingue

Diolas (Joolas)    318 000 2,4 % diola

groupe mandingue

Soninkés    281 000 2,1 % soninké

groupe mandingue

Maures blancs    134 000 1,0 % arabe hasanya

famille afro-asiatique (sémitique)

Mandjaques    121 000 0,9 % mandjaque

groupe ouest-atlantique

Créoles de Haute-Guinée    118 000 0,9 % kriolu (créole de Guinée-Bissau)

créole portugais

Balantes     96 000 0,7 % balante

groupe ouest-atlantique

Bambaras (Bamanakan)     70 000 0,5 % bambara (bamanankan)

groupe mandingue

Arabe libanais     61 000 0,4 % arabe libanais

famille afro-asiatique (sémitique)

Jahanques (Jahanka)     47 000 0,3 % jahanque (jahanka)

groupe mandingue

Français     47 000 0,3 % français

langue romane

Ndut     43 000 0,3 % ndut

groupe ouest-atlantique

Soussous (Susu)     37 000 0,2 % soussou (susu)

groupe mandingue

Mossi (Moorés)     37 000 0,2 % mòoré ou mossi

groupe gour

Métis capverdiens     34 000 0,2 % créole capverdien

créole portugais

Mancagnes (Mankanya)     34 000 0,2 % mancagne

groupe ouest-atlantique

Arabes saharien     28 000 0,2 % arabe hasanya

famille afro-asiatique (sémitique)

Wamei     21 000 0,1 % wamei (wamey)

groupe ouest-atlantique

Bayottes     19 000 0,1 % bayotte

groupe ouest-atlantique

Gusilay (Kusilay)     18 000 0,1 % gusilay

groupe ouest-atlantique

Bassari     15 000 0,1 % oniyan

groupe ouest-atlantique

Keraks     15 000 0,1 % kerak

groupe ouest-atlantique

Lala     14 000 0,1 % laalaa

groupe ouest-atlantique

Bandials     13 000 0,0 % bandial

groupe ouest-atlantique

Arabes syriens     12 000 0,0 % arabe syrien

famille afro-asiatique (sémitique)

Palors (Falors)     12 000 0,0 % palor

groupe ouest-atlantique

Yalunka     11 000 0,0 % yalunka

groupe mandingue

Khasonkés     10 000 0,0 % xaasongaxango (khasonké)

groupe mandingue

Bainouks (Karonés et Samiks)      9 400 0,0 % bainouk-gunyaamolo

groupe ouest-atlantique

Karons      9 600 0,0 % karon

groupe ouest-atlantique

Kwatay      7 200 0,0 % kuwaataay

groupe ouest-atlantique

Mlomps      6 200 0,0 % mlomp

groupe ouest-atlantique

Papels      6 200 0,0 % papel

groupe ouest-atlantique

Créoles anglais      6 100 0,0 % crio

créole anglais

Bédiks      4 300 0,0 % bédik

groupe ouest-atlantique

Zenaga      2 500 0,0 % zenaga

famille afro-asiatique (berbère)

Badjara      2 100 0,0 % badyara

groupe ouest-atlantique

Cassanga         500 0,0 % cassanga (kasanga)

groupe ouest-atlantique

Cobianes        400 0,0 % cobiane

groupe ouest-atlantique

Autres 57 000 0,4 % -

-

Total 13 098 700 100,0 % -

-

Certaines autre langues sénégalaises ont aussi été promues comme langues nationales à la suite d'une codification par la gouvernement: l'arabe hasanya, le balante, le mancagne, le noon, le mandjaque, l’onyan et le saafi (une variété du sérère) Ces langues ont également une orthographe officielle, mais elle ne sont pas encore enseignées dans les écoles. 

Comme on peut le constater en consultant le tableau ci-dessus, il existe un grand nombre de petites langues sénégalaises parlées par moins de 100 000 locuteurs.

2.3 Le français

Le français est la langue officielle du Sénégal, mais comme aucune enquête sur le nombre de parlants français n'a été effectuée, il n'existe pas de données statistiques fiables pour déterminer le nombre réel de locuteurs du français, ni en préciser le degré de compétence chez les Sénégalais. On sait que, de façon très approximative, le français demeure une langue étrangère et qu'il ne serait parlé que par 15 % à 20 % des Sénégalais et à peine 1 % à 2 % des Sénégalaises. Il est la langue maternelle d'une minuscule élite constituant tout au plus 2 % de la population du pays. La plupart résident à Dakar. On constate aussi que le français a tendance à être utilisé de plus en plus par des minorités importantes de Sénégalais d’adoption, c'est-à-dire les Créoles originaires des îles du Cap-Vert et des arabophones libanais ou syriens, sans oublier les Guinéens, les Mauritaniens, les Gambiens et les locuteurs originaires de divers autres États d’Afrique. C'est pourquoi le français au Sénégal n’est plus perçu comme la «langue du colonisateur», mais plutôt comme une «composante du patrimoine linguistique national».

Dans les zones rurales, les Sénégalais ignorant le français sont une donnée normale. Il faut se rappeler que 55 % des jeunes Sénégalais vivent dans les régions rurales et que très peu d'entre eux fréquentent l'école, les enfants étant considérés comme des bras supplémentaires pour le travail dans les champs. C'est ce qui pourrait expliquer  que 80 % à 90 % des jeunes ne parlent pas le français. Par ailleurs, 82 % des Sénégalais vivant en milieu rural ne savent ni lire ni écrire aucune langue, y compris la leur.

3 Données historiques

Les recherches scientifiques témoignent de la présence humaine sur le territoire du Sénégal depuis des milliers d'années. L'apparition des métaux date d'au moins 500 ans avant notre ère, mais le fondation de royaumes sénégalais est plutôt récente, soit avant le VIIe siècle. L'islam est alors apparu dans la région occasionnant de nouveaux royaumes musulmans. Au IXe siècle, les Toucouleur s’installèrent dans le Fouta-Toro et la vallée du Sénégal. Le puissant royaume du Tekrour, pour sa part, domina l’est du pays à partir du XIe jusqu'au XIVe siècle. Bientôt, allait commencer la traite des Noirs.

3.1 La colonisation française

Les premiers Européens à fréquenter la région furent les
Portugais qui, en 1444, atteignirent l’embouchure du Sénégal et l'archipel du Cap-Vert. Ce fut le début des relations commerciales avec les Européens. Les Portugais s’installèrent à Gorée, une petite île à trois kilomètres au large de Dakar, qui, pendant très longtemps, constituera l'entrepôt principal de la traite négrière. Après 1600, les Portugais furent chassés par les Hollandais et les Français, ces derniers dominant vers 1700 le commerce de la région côtière. Un premier comptoir français, fortifié, fut installé en 1659 sur l'île de Ndar, à l'embouchure du fleuve Sénégal : ce fut la ville de Saint-Louis, fondé par Louis Caullier, agent de la Compagnie du Cap-Vert et du Sénégal, en hommage au roi de France, Louis XIV, alors souverain régnant. Ce comptoir devait permettre d'entreprendre la remontée du fleuve Sénégal, et ce, malgré la résistance des Toucouleurs et des Peuls. Malgré la rivalité franco-britannique et de nombreux conflits à la fin du XVIIe siècle et durant tout le XVIIIe siècle, l’influence française s’étendit dans toute la région, hormis la Gambie. Après une brève période d’occupation britannique (1758-1779 et de 1809-1814), le Sénégal redevint français. Saint-Louis resta un centre actif du commerce des esclaves durant tout le XVIIIe siècle. Autour de 1789, la ville de Saint-Louis comptait au moins 10 000 habitants répartis comme suit: 6000 Noirs (résidents permanents), 1200 Mulâtres, 3000 esclaves et quelque 600 Européens, y compris la garnison. Il y eut de nombreux mariages mixtes, car il était interdit aux Européens qui se rendaient en Afrique d’amener leur femme et leur senfants. Plusieurs commerçants et trafiquants blancs laissèrent un héritage important à leur femme et leurs enfants, qui prirent le nom d’«enfants du pays». La France n'abolit l'esclavage qu'en 1848. 

Le général Louis Faidherbe (1818-1889) fut nommé gouverneur du Sénégal en 1854. Comme le pays était divisé entre plusieurs petits royaumes rivaux, Faidherbe entreprit la réunification du Sénégal. Il repoussa les Toucouleurs à l'est du Haut-Sénégal (1855-1863), rejeta les Maures au nord du fleuve Sénégal, puis en 1858 il annexa le pays des Wolofs (à l'époque: Yolofes). De retour à Saint-Louis, il décida de relier cette ville au Cap-Vert. En 1895, le Sénégal devint officiellement une colonie française administrée depuis Saint-Louis.

En 1902, le gouvernement colonial installa la capitale à Dakar, qui devint en même temps la capitale de toute l’Afrique occidentale française. La France favorisa l’économie sénégalaise en développant la culture de l’arachide à des fins d'exportation. À partir de 1914, le premier Africain du Sénégal put siéger au Parlement français, alors que les habitants des communes de Saint-Louis, Rufisque, Gorée et Dakar se virent attribuer la citoyenneté française. Après la Seconde Guerre mondiale, une assemblée territoriale fut créée au Sénégal; Léopold Sédar Senghor, l'un des députés au Parlement français, domina la vie politique locale de son pays. Le français avait été choisi comme langue officielle durant toute la colonisation française. En 1958, le Sénégal obtint le statut de république au sein de la Communauté française; la capitale sénégalaise est transférée de Saint-Louis à Dakar.

3.2 L’indépendance du Sénégal

Léopold Sédar Senghor

Le Sénégal obtint son indépendance le 18 juin 1960. Née en janvier 1959, la fédération du Mali, qui regroupait le Sénégal et le Soudan français (l'actuel Mali), fut dissoute en août, minée par les querelles internes. Léopold Sédar Senghor (1906-2001) présida aux destinées du Sénégal jusqu'à sa démission en 1980. Il remporta la première élection présidentielle de 1963 et fut réélu régulièrement jusqu’en 1978. Bien qu'il ait transformé le Sénégal multipartite des premières années en un État à parti unique, Senghor fut toujours considéré comme ayant un régime tolérant et démocratique. Lorsqu’il démissionna en 1980, il devenait le premier dirigeant de l’Afrique moderne à prendre sa retraite de son propre chef.

Dès lors, Abdou Diouf, son premier ministre depuis 1970, assura la présidence et rétablit le multipartisme. En 1982, le Sénégal et la Gambie s’allièrent pour former la confédération de Sénégambie, dirigée par Diouf, et le Sénégal intervint pour mater un coup d’État contre le président gambien Dawda Jawara. Durant ce temps, le Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC) se mit à réclamer l'indépendance de la région sud, la Casamance, séparée du territoire sénégalais par l'enclave de la Gambie. Cette rébellion était due au sentiment d'exclusion de la population diola (environ 80 % des 800 000 habitants de la région) dans la construction nationale; cette lutte révélait également la faillite du modèle centralisateur de l'État sénégalais. La confédération de Sénégambie, qui a lié le Sénégal et la Gambie à partir de 1982, n'a pas permis une meilleure intégration de la Casamance. D'ailleurs, cette confédération fut dissoute en 1989.  Le conflit perdure depuis.

En 1989, un autre conflit éclata à la frontière mauritanienne dans la région du fleuve Sénégal, entre éleveurs mauritaniens et agriculteurs sénégalais. L’hostilité entre les Sénégalais et les Maures entraîna des émeutes dans les deux pays marquées par des violences entre les deux communautés. Le guerre fut évitée, mais il s'ensuivit un exode massif des Sénégalais installés en Mauritanie et des Mauritaniens résidant au Sénégal.

Le régime de Abdou Diouf (1981-2000) en fut un de technocrates et suscita le mécontentement au Sénégal. La paupérisation et le chômage grandissant ont renforcé le climat d'agitation sociale et politique. Les médias indépendants se sont fait l'écho des contestations exprimées principalement dans les centres urbains. Abdou Diouf fut réélu en 1993, mais l’opposition contesta les résultats.

À la tête du Parti démocratique sénégalais (PDS), Abdoulaye Wade cristallisa les espoirs d'une population majoritairement désireuse de changement.  Abdoulaye Wade sortit vainqueur au deuxième tour de l'élection présidentielle de mars 2000, face à Abdou Diouf sur le mot d'ordre de sopi («changement» en wolof). Cette élection mettait fin à quarante ans du Parti socialiste. Il reste encore un vieux problème en suspens: le conflit de la Casamance et les relations avec la Guinée-Bissau où l'instabilité politique trouve une part importante de ses racines dans le conflit casamançais. En décembre 2001, est décédé en Normandie (à Verson) Léopold Sédar Senghor, le père de l’indépendance, ce qui suscita une grande émotion dans son pays d'origine. L’État sénégalais lui rendit des obsèques officielles et un deuil national de quinze jours fut observé. En décembre 2004, la crise casamançaise a semblé connaître un dénouement avec la signature d’un accord de paix considéré comme historique par ses signataires, c'est-à-dire le gouvernement sénégalais et le Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC). Abdoulaye Wade, 80 ans, a été facilement réélu lors de l’élection présidentielle de 2007, mais la question de sa succession alimente le débat politique actuel.

4 La politique linguistique du Sénégal

Au moment de son accession à l'indépendance, le Sénégal, comme la plupart des États africains francophones, a choisi le français comme langue officielle. Les dirigeants politiques ont ainsi privilégié la langue qui leur paraissait la plus immédiatement disponible et opérationnelle: la langue du colonisateur. 

Toute la politique linguistique écrite du Sénégal, à cette époque, tenait essentiellement de l'article 1er de la Constitution, qui faisait du français la langue officielle. Cette disposition constitutionnelle signifiait que le français devenait la langue de la présidence de la République, de l'Assemblée nationale, de l'administration publique, des cours de justice, des forces armées et policières, de l'enseignement à tous les niveaux, de l'affichage, des médias, etc. Le français prenait toute la place dans l'espace politique et socio-économique.

La politique linguistique du Sénégal peut être caractérisée par les deux volets suivants: à la fois promouvoir les principales langues nationales pour en faire des langues de culture, puis maintenir le français comme langue officielle et comme langue des communications internationales. D'ailleurs, l'article 1 (par. 2) de la Constitution du 7 janvier 2001 le reconnaît officiellement: 

Article 1er

2) La langue officielle de la république du Sénégal est le français. Les langues nationales sont le diola, le malinké, le poular, le sérère, le soninké, le wolof et toute autre langue nationale qui sera codifiée.

C'est le premier président du Sénégal, Léopold Sédar Senghor qui avait jadis choisi pour son pays une politique d'éducation bilingue comprenant le français, d'une part, et les six langues nationales, d'autre part. Dans son décret de mai 1971, il exposait les motifs de son choix:

Tout d'abord remplacer le français, comme langue officielle et comme langue d'enseignement, n'est ni souhaitable, ni possible. Si du moins nous ne voulons pas être en retard au rendez-vous de l'An 2000. En effet, il nous faudrait au moins deux générations pour faire d'une de nos langues nationales, un instrument efficace pour l'enseignement des sciences et des techniques. Et à condition que nous en eussions les moyens financiers et humains, c'est-à-dire des savants et des techniciens assez qualifiés. Or, en cette seconde moitié du XXe siècle, quarante à cinquante ans de retard, cela ne se rattrape pas.

4.1 Le français comme langue de l'État

Le français est la langue de l'État sénégalais. C'est la raison pour laquelle, selon l'article 28 de la Constitution, tout candidat à la présidence de la République doit savoir écrire, lire et parler couramment la langue officielle:

Article 28

Tout candidat à la présidence de la République doit être exclusivement de nationalité sénégalaise, jouir de ses droits civils et politiques, être âgé de 35 ans au moins le jour du scrutin. Il doit savoir écrire, lire et parler couramment la langue officielle.

- La justice

L'un des rares textes juridiques concernant la justice est le Code de procédure pénale de 1965, modifié en 2009. Seuls les articles 255, 325 et 393 traitent de la langue en matière de justice:

Article 255

[...]

Il doit être fait appel à un interprète si l’accusé ne parle ou ne comprend pas la langue française.

Article 325

Dans le cas où l’accusé, les témoins ou l’un d’eux ne parlent pas suffisamment la langue officielle ou s’il est nécessaire de traduire un document versé aux débats, le président nomme d’office un interprète âgé de vingt et un ans au moins, et lui fait prêter serment de remplir fidèlement sa mission.

[...]

Article 393

Dans le cas où le prévenu ne parle pas suffisamment la langue française ou s’il est nécessaire de traduire un document versé aux débats, à défaut d’un interprète assermenté, le président désigne d’office un interprète, âgé de vingt-et-un ans au moins, et lui fait prêter serment de remplir fidèlement sa mission.

[...]

En principe, le français est la seule langue admise dans les tribunaux, mais il est possible de faire appel à un interprète. Si le juge assermenté ne comprend pas la langue du justiciable, il a recours à un interprète ou à défaut il utilise les services du représentant local de l’état civil. Toutefois, les plaidoiries des avocats et les jugements sont énoncés en français.

Dans les cours des quartiers et des villages, le règlement de certains conflits mineurs est assuré dans la langue nationale locale par les chefs de quartier, les chefs de village et/ou l’autorité religieuse de la localité, selon les règles du droit coutumier. Ainsi, dans les régions de Dakar, de Kaolack, de Fatick, de Thiès, de Louga et dans une bonne partie de la région de Saint Louis, le wolof est généralement employé comme langue véhiculaire courante. Dans la partie nord du pays et au sud du pays, le peul, le malinké ou le diola peut être utilisé. Le bambara est largement pratiqué dans la région de Tambacounda. Il arrive que le français soit jugé trop protocolaire, voire méprisant, pour les populations locales. C'est pourquoi certaines langues locales sont employées par les justiciables, mais les avocats et la cour utilisent néanmoins le français.

- L'Administration

Lors des communications orales dans la vie quotidienne entre l'Administration et les citoyens, le français est généralement concurrencé par la langue véhiculaire locale, y compris entre les fonctionnaires eux-mêmes. Ainsi, que ce soit un représentant de la santé, de l'agriculture ou de l'élevage, encore plus en milieu rural, la langue véhiculaire locale est normalement employée, soit le wolof, le peul, le malinké ou le diola. Si l'agent du gouvernement ne parle pas la langue locale, il se fait accompagner d'un interprète qui traduit de la langue nationale connue par l'agent au parler du village, et vice-versa. Néanmoins, le recours au français peut être privilégié lorsque le fonctionnaire veut symboliser l’autorité qu’il représente, car le français lui permet de créer une distance entre lui et le citoyen. son public. Un citoyen qui parle le français peut utiliser cette langue pour se valoriser ou pour bénéficier d’une attention plus grande de la part du représentant de l'État. Bref, les communications orales se font généralement dans l'une ou l'autre des six langues nationales reconnues: d'abord le wolof, mais aussi le peut (poular), le diola, le malinké, le sérère ou le soninké.

Toute la documentation écrite est rédigée en français, mais il existe généralement des traductions (approximatives) dans les six langues nationales. Le Sénégal n'est pas le seul pays au monde où les textes, les lois et les institutions sont écrits dans une langue — le français — que la majorité des citoyens ne peut lire ni comprendre.

- La politique à l'égard du français

Le Sénégal est l'un des rares États africains à avoir légiféré sur le français écrit. En effet, le décret no 75-1027 du 10 octobre 1975 relatif à l’emploi des majuscules dans textes administratifs, modifié par le décret n° 80-770 du 24 juillet 1980 porte sur l'emploi de la majuscule dans les textes administratifs écrits.

4.2 Les langues de l'éducation 

Devenu chef de l'État sénégalais en 1960, Léopold Sédar Senghor a multiplié les déclarations officielles soulignant la nécessité de recourir aux langues nationales de son pays. Il s'est mis lui-même à la tâche en participant pendant 20 ans aux travaux des différentes commissions chargées d'élaborer les alphabets officiels et les terminologies sénégalaises. Le Sénégal est probablement le seul État au monde à avoir eu à sa tête à la fois un linguiste et un poète. C'est grâce à Senghor si les six langues les plus importantes du Sénégal ont été codifiées et se sont dotées d'un alphabet. En 1971, le décret présidentiel no 71566 du 21 mai retenait six langues promues au rang de «langues nationales»: le wolof, le peul, le sérère, le diola, le malinké et le soninké.

Dans la pratique, l'enseignement des langues nationales n'a pu commencer qu'en 1978 et il s'est limité aux deux premières années du primaire; en 1980-1981, on n'en comptait encore qu'une quinzaine de classes, toutes en wolof, à une exception près: une classe expérimentale de sérère avait été permise par le ministre de l'Éducation «pour calmer certains esprits inquiets de la prééminence accordée au wolof».

L'école sénégalaise compte trois étapes: l'alphabétisation dans la langue maternelle, l'enseignement du wolof et l'enseignement du français. L’enseignement du français débute à l’âge de six ou sept ans pour les écoles publiques laïques et à l’âge de trois ans pour les écoles privées confessionnelles catholiques et protestantes. Le français est la langue d’enseignement pour toute la durée des études. Dans les langues étrangères, le choix se fait au secondaire entre l'anglais (en majorité), l'arabe l'espagnol et l'allemand. L'anglais est aussi enseigné dans plusieurs centres de langues privés, qui voient le jour chaque jour à Dakar et dans les grandes villes.

Par une simple observation des faits, on constate que les autorités sénégalaises ne songent pas du tout à remettre en question le statut privilégié du français, qui sert probablement leurs propres intérêts. On s'est acheminé vers un enseignement trilingue qui consistait d'abord à alphabétiser l'enfant dans sa langue maternelle, puis à lui enseigner le wolof, c'est-à-dire la langue nationale dominante, avant de passer au français pour le reste des études. Mais les résultats sont demeurés médiocres.

Dans cette perspective, les langues sénégalaises ne seraient, selon l'hypothèse de Pierre Aumont, «qu'un moyen pédagogique supplémentaire destiné à améliorer l'enseignement du français». Plusieurs indices permettent de croire que telle est effectivement la politique linguistique des autorités sénégalaises:

1) L'alphabétisation des enfants en français a donné jusqu'ici de piètres résultats.

2) Toutes les études démontrent que seule l'alphabétisation en langue maternelle est efficace.

3) Le wolof est déjà employé comme langue véhiculaire par au moins 80 % de la population et est donc tout indiqué comme langue importante à l'école.

4) La plupart des travaux terminologiques portent sur le wolof.

5) La majorité des parents n'approuvent pas que l'on enseigne à l'école une langue (sa langue maternelle) que l'on parle déjà.

6) Quatre-vingt-six pour cent des Sénégalais analphabètes veulent apprendre le français pour obtenir une bonne situation.

7) L'État ne peut se passer du français au point de vue administratif, commercial, technologique et scientifique.

8) Un enseignement intensif des langues sénégalaises entraînerait une réforme complète et trop coûteuse du système d'enseignement.

9) Les recherches terminologiques en wolof ne sont pas achevées: doivent être élaborés quantité de manuels et grammaires scolaires, dictionnaires monolingues, études sociolinguistiques sur les variétés du wolof.

10) Les recherches terminologiques dans les autres langues sont à peine amorcées.

Pour toutes ces raisons, la perspective d'introduire comme langue d'enseignement, exception faite des écoles primaires, l'une des six langues nationales, voire les six, paraît bien lointaine. Jusqu'à maintenant, toute la politique de valorisation des langues nationales a porté exclusivement sur l'éducation; il faut avouer que les résultats sont encore bien maigres, même si des progrès considérables ont été faits depuis une vingtaine d'années. 

Plus tard, la loi no 91-22 du 16 février 1991 portant orientation de l'Éducation nationale définit, en des termes relativement imprécis, les principes généraux de l'Éducation nationale:
 

Article 6

1) L'éducation nationale est sénégalaise et africaine: développant l'enseignement des langues nationales, instruments privilégiés pour donner aux enseignés un contact vivant avec leur culture et les enraciner dans leur histoire, elle forme un Sénégalais conscient de son appartenance et de son identité.

2) Dispensant une connaissance approfondie de l'histoire et des cultures africaines, dont elle met en valeur toutes les richesses et tous les apports au patrimoine universel, l'Éducation nationale souligne les solidarités du contient  et cultive le sens de l'unité africaine.

3) L'Éducation nationale reflète également l'appartenance du Sénégal à la communauté de culture des pays francophones, en même temps qu'elle est ouverte sur les valeurs de civilisation universelle et qu'elle inscrit dans les grands courants du monde contemporain, par là, elle développe l'esprit de coopération et de paix avec les hommes.

Bref, la politique linguistique est axée à la fois sur le français et les langues nationales, mais ces langues ne reçoivent pas toutes le même statut dans les faits.

Par ailleurs, le gouvernement sénégalais a annoncé que, au plus tard en 2003, l'ensemble des dispositifs sera mis en place pour que les langues nationales soient réellement introduites à l'école. En attendant, un plan d'action a été élaboré qui pose les premiers jalons de cette introduction des langues nationales dans le système éducatif sénégalais. On parle de neuf langues nationales codifiées qui devraient être bientôt enseignées dans le système formel de l'éducation. L'introduction des langues nationales dans l'école fondamentale de base fait partie des objectifs du Programme décennal de l'éducation et de la formation (PDEF).

Les chiffres sont évocateurs : 35 % de la population Sénégalaise seulement est alphabétisée. On peut donc considérer que l'illettrisme touchent plus de 70 % de la population. Ce sont évidemment les femmes qui rendent ces chiffres si bas puisque 45 % de hommes sont alphabétisés (presque un sur deux) alors que chez les femmes ce chiffre et de 20 % (une sur cinq). En effet, les jeunes filles ont souvent moins de chances de se voir envoyées à l'école. Encore une fois, ces différences s'estompent fortement en région urbaine.

Précisons aussi que les établissements d'enseignement de la maternelle utilisent les langues nationales, mais les établissements privés n'utilisent que le français.  Dans tous les établissements d'enseignement, la communication écrite n'est assurée qu'en français dans l’administration scolaire. Dans les cours des écoles primaires et secondaires, le wolof prend généralement la place au français pendant les récréations et les conversations hors de la classe.

Dans les universités, le français demeure la langue générale de l'enseignement, mais le wolof est tout fréquent dans les cafétérias, les couloirs et les bureaux de l’administration locale.

4. 3 Les médias

Les médias écrits sont dominés par la langue française, surtout les quotidiens et les grands journaux du pays. La grande majorité des journaux sont publiés en français, très rarement en wolof (Sopi, Dan doole, Taxaw, etc.). Il existe un journal mensuel bilingue wolof/peul dont le titre est Sofa.

Toutefois, la radio est massivement en wolof et dans quelques langues nationales. Il en existe aussi en anglais, en arabe et en portugais. Des émissions de radio sont fréquemment diffusée en wolof, sérère, peul, malinké (mandingue), soninké et diola. Ce sont même les langues les plus retenues à la radio. Le wolof est certainement la langue la plus utilisée dans les médias. Quoi qu'il en soit, la chaîne internationale est presque entièrement en langue française et la chaîne nationale fait également une très large place au français. Si on s’intéresse aux radios privées, on peut dire qu’aujourd’hui au moins 70 % des émissions sont transmises en wolof.

Pour ce qui est de la télévision, il faut admettre que le français continue de dominer à la télévision. Les informations sont transmises en français et en wolof (15 min par jour) et quinze minutes hebdomadaires pour les autres langues nationales. Les émissions culturelles sont généralement animées en français. Seules les émissions de folklore traditionnel sont en langues nationales, mais elles sont sous-représentées. On trouve quelques rares films en wolof; ceux-ci sont produits par des nationalistes qui luttent pour leur identité culturelle et linguistique, mais ils sont sous-titrés en français.

De plus, le domaine de l'édition est presque entièrement en français. Seules quelques rares publications apparaissent dans les langues nationales. II s’agit le plus souvent d’ouvrages de vulgarisation ou d’alphabétisation. Néanmoins, il existe une importante production
littéraire en langue nationale écrite en caractères arabes.

Quant à croire que l'une des langues sénégalaises remplacera un jour le français, c'est une autre histoire! D'abord, il faudrait que tout le système d'enseignement soit «sénégalisé» ou «wolofisé», ce qui n'est pas fait. Ensuite, il faudrait choisir l'une des langues nationales (probablement le wolof) pour en faire un instrument de communication dans l'administration, le commerce, les affaires, au travail, dans les sciences, au Parlement, etc. Or, rien ne laisse croire, bien au contraire, que les autorités sénégalaises veulent aller jusque-là.

Quels que soient les efforts entrepris sur le plan de l'éducation, le français ne deviendra jamais une langue véhiculaire nationale pour les Sénégalais. Le wolof a déjà supplanté le français sur ce plan et son expansion semble maintenant irréversible. On apprend le français au Sénégal parce que c'est le seul moyen efficace de se faire une place dans le système. 

À la lumière de ces observations, la politique linguistique du Sénégal semble être la suivante: harmoniser à long terme la coexistence des langues sénégalaises et du français pour assurer à la fois la paix sociale et le développement économique du pays. Le jour où le wolof permettra d'accéder au pouvoir, le français ne deviendra utile que pour les relations internationales. En ce cas, les perspectives d'avenir du français seraient réduites à celle d'une langue seconde. Mais le Sénégal n'en est pas là: sa décolonisation linguistique vient à peine de s'amorcer.

De plus, le pays n'est pas venu à bout de certaines incohérences. En tant que pays musulman, il semble incroyable que l'État n'accorde que si peu de place à l'arabe, malgré son autorité historique et son influence et son statut symbolique. Il reste aussi étrange de voir un pays où le wolof est parlé à tous les niveaux et dans toutes les circonstances, malgré le statut officiel du français. Toutes ces pratiques témoignent des contradictions et des ambiguïtés de la réalité linguistique du Sénégal.

Dernière mise à jour: 28 avr. 2013
 

Bibliographie

CALVET, Maurice et DUMONT, Pierre. Le français au Sénégal : Interférences du wolof dans le français des élèves sénégalais, 1969, Bulletin de l’IFAN, tome 31, série B. 1.

DAFF, Moussa (1998), L’aménagement linguistique et didactique de la coexistence du français et des langues nationales au Sénégal, 1998, DiversCité Langues, vol. III, 
[http://www.uquebec.ca/diverscite].

DUMONT, Pierre. Le français et les langues africaines au Sénégal, Paris, Karthala et A.C.C.T., 1983, 380 p.

LECLERC, Jacques. Langue et société, Laval, Mondia Éditeur, coll. "Synthèse", 1992, 708 p.

MARUT. Jean-Claude. «Ligne dure face à la Casamance» dans Le Monde diplomatique, Paris, octobre 1998, p. 4.