République de Sierra Leone

Sierra Leone

Republic of Sierra Leone

Capitale:  Freetown
Population:  4,9 millions (2003)
Langue officielle: anglais (de facto)
Groupe majoritaire: aucun 
Groupes minoritaires: mendé (29,5 %), themné (24,7 %), krio ou créole (10,5 %), limba (6,7 %), kuranko (5,4 %), kono (4,1 %), loko (2,7 %), sherbro (2,7 %), kissi (2,5 %), soussou (2,4 %), maninka (2,1 %), etc.
Langue coloniale: anglais
Système politique: république présidentielle avec forte présence militaire
Articles constitutionnels (langue): article 9, 17, 23, 75 et 90 de la Constitution de 1991
Lois linguistiques: aucune

1 Situation géographique

La Sierra Leone (qu'on devrait prononcer [si-èr-ra lé-onn]), appelée officiellement république de Sierra Leone, est un pays d’Afrique occidentale, ouvert sur l’océan Atlantique, limité au nord et à l’est par la Guinée-Conakry ( 245 857 71 740 km²) et au sud-est par le Liberia (111 370 71 740 km²). La Sierra Leone est un donc petit État couvrant une superficie de 71 740 km² (la France: 547 030 km²).

La Sierra Leone est découpée en trois provinces et une région* : les provinces du Nord (Northern), de l’Est (Easthern), du Sud (Southern) et la région de l'Ouest* (Western); voir la carte détaillée. L'ensemble est divisé en 12 districts, placés sous l’autorité de ministres résidents. Les districts sont à leur tour subdivisés en quelque 140 chefferies, contrôlées chacune par un chef et un Conseil des anciens, traditionnellement chargés de maintenir l’ordre et de faire appliquer la loi. La guerre civile a toutefois profondément perturbé le fonctionnement des administrations locales.

La Sierra Leone est une ancienne colonie britannique fondée en 1787 pour y accueillir d’anciens esclaves venus des États-Unis et des Antilles; le nom de la capitale, Freetown, symbolise le rêve de liberté des esclaves libérés au siècle dernier. Mais la ville e été vidée de ses habitants en raison de la guerre civile qui ravage le pays. Sa population est passée de 800 000 habitants à 80 000 en mai 1995. Parmi les autres villes importantes figurent Bo (26 000 habitants) et Kenema (13 000 habitants) dans le sud du pays.

2 Données démolinguistiques

En 2003, le pays comptait 4,9 millions d'habitants. Les Sierra-Léonais sont répartis en quatre provinces ayant une population plus ou moins équivalente, variant entre 19 % (Sud) et 33 % (Nord).

Province Pop. 2004 % Superficie
Est (Eastern) 1 252 300 25,3 % 15 553 km2
Nord (Northern) 1 645 600 33,3 % 35 936 km2
Sud (Southern)    965 400 19,5 % 19 694 km2
Ouest (Western) 1 070 200 21,6 %     557 km2
Total 4 933 600 100 % 71 740 km2

2.1 Les ethnies

De nombreux groupes d’origines diverses peuplent ce petit pays, dont les Mendés (29,5 %), au sud, et les Themnés (24,2 %), au nord, sont les plus importants. Suivent les Krio ou Créoles (9,5 %), des descendants des esclaves rapatriés d’Amérique et des Antilles, puis les Limba (6,7 %), les Kuranko (5,4 %), les Kono (4,1 %), les Loko (2,7 %), les Sherbro (2,7 %), les Kissi (2,5 %), les Soussou (2,4 %), les Maninka (2,1 %), etc.  Le pays compte également plusieurs immigrants: quelque 2000 Européens, 4000 Libanais et 500 Indo-Pakistanais vivent à Freetown.

Ethnie Langue maternelle Affiliation linguistique Population  
Mendé mendé famille nigéro-congolaise 1 460 000 29,5 %
Themné themné famille nigéro-congolaise 1 200 000 24,2 %
Krio krio créole   472 600 9,5 %
Limba limba famille nigéro-congolaise   335 000 6,7 %
Kuranko kuranko famille nigéro-congolaise   268 900 5,4 %
Kono kono famille nigéro-congolaise   205 140 4,1 %
Fula Jalon peul  famille nigéro-congolaise   178 400 3,6 %
Loko loko famille nigéro-congolaise   137 960 2,7 %
Sherbro sherbro famille nigéro-congolaise   135 000 2,7 %
Soussou soussou  famille nigéro-congolaise   121 900 2,4 %
Maninka maninkakan de l'Est famille nigéro-congolaise   107 960 2,1 %
Kissi du Sud kissi du Sud famille nigéro-congolaise     85 000 1,7 %
Krio Fula krio créole     48 000

0,9 %

Kissi du Nord kissi du Nord  famille nigéro-congolaise     40 000 0,8 %
Yalunka yalunka famille nigéro-congolaise     33 600 0,6 %
Banta Themné themné famille nigéro-congolaise     25 000 0,5 %
Vai vai famille nigéro-congolaise    17 670 0,3 %
Banta Mendé mendé famille nigéro-congolaise     15 000 0,3 %
Krim krim famille nigéro-congolaise     11 700 0,2 %
Kru klao famille nigéro-congolaise      9 620 0,1 %
Bullom bullom so famille nigéro-congolaise      8 350 0,1 %
Gola gola famille nigéro-congolaise      8 000 0,1 %
Aku krio créole      6 000 0,1 %
Bassa bassa  famille nigéro-congolaise      5 730 0,1 %
Bomo bom (bomo)  famille nigéro-congolaise      5 680 0,1 %
Yoruba yoruba famille nigéro-congolaise      3 800 0,0 %
Limba de l'Est limba de l'Est  famille nigéro-congolaise       600 0,0 %
      4 946 610 100 %

Les allégeances tribales sont fermement ancrées en Sierra Leone. Les personnes en position d'autorité s'entourent souvent de membres de leur tribu et remplacent les autres pour la simple raison qu'ils sont de tribus différentes.

2.2 Les langues

Bien que l'anglais soit demeuré la langue officielle de l'État, les habitants de la Sierra Leone parlent bien d'autres langues qui appartiennent presque toutes à la famille nigéro-congolaise; on compte au total moins de 30 langues. Le mandé rassemble 29,8 % des locuteurs, le themné 24,7 %, le krio ou créole 10,5 %, le limba 6,7 %, le kuranko (5,4 %), le kono (4,1 %), le loko (2,7 %), le sherbro (2,7 %), le kissi (2,5 %), le soussou (2,4 %), le maninka (2,1 %), etc. Plusieurs autres langues sont également employées (voir le tableau ci-dessus). Le mendé est transcrit traditionnellement avec un syllabaire indigène très particulier, le kikakui. Il s'écrit de droite à gauche (150 caractères), mais il ne serait utilisé que par environ 500 personnes. L'alphabet latin est plus courant.

Seul le créole, appelé krio, ne fait pas partie des langues nigéro-congolaises. Parlé par au moins 10 % de la population en tant que langue maternelle, le krio est également utilisé comme langue véhiculaire par une majorité des habitants du pays: on estime que 95 % d'entre eux comprennent cette langue. C'est la langue inter-ethnique pour tous ceux qui ne parlent pas l'anglais. À base lexicale anglaise, le krio sierra-léonais a été influencé à l'origine par le yoruba et le wolof, puis par le créole de la Jamaïque.  Voici quelques exemples de krio:

TOHLOHN MAN KIN FIL AM, BOHT I NOH GO BI LEHK BOHLHED POHSIN. 
A man with a shaved head can suffer, but it's not like a bald person.
Un homme avec une tête rasée peut souffrir, mais pas autant qu'une personne chauve.

EHLIFANT HED NOHTO PIKIN LOD. 
An elephant head is not a load for a child.
Une tête d'éléphant n'est pas une arme pour un enfant.

DI GLADINEHS WE DE PAN DI HOHK, I NOH DE PAN DI FOHL.
The happiness of the hawk isn't the happiness of the chicken.
Le bonheur du faucon ne fait pas le bonheur du poulet.

Il existe un dictionnaire du krio (1980, Fyle et Jones) qui est reconnu comme la norme de l'orthographe krio. On compte trois langues véhiculaires indigènes en Sierra Leone: le mendé au sud, le themné au nord et le krio dans l'ensemble du pays. L'anglais est employé par une minorité sachant lire et écrire: la fonction publique, la justice, l'éducation et les grandes affaires. On estime que près de 700 000 Sierra-Léonais pourraient s'exprimer, dans une manière ou d'une autre, en anglais, ce qui représenterait quelque 15 % de la population. Ajoutons aussi les Libanais qui parlent sûrement l'arabe.

Du point de vue religieux, les Sierra-Léonais sont musulmans dans une proportion de 60 %, alors que 30 % sont animistes et 10 % chrétiens (surtout catholiques, puis protestants). Les pratiques religieuses présentent souvent de fortes tendances syncrétiques.

3 Données historiques

Le territoire de l’actuelle de la Sierra Leone a constitué le refuge de nombreux peuples, tels que les Kissi, les Sherbro et les Krim, touchés par les conflits politiques de la savane africaine. Refoulant les premiers occupants, les peuples mandingues s’y établirent au XVe siècle: ce furent d'abord les Mendés sur la côte orientale, puis les Themnés vers la frontière de l’actuel Liberia et les Soussou dans le Centre. Dès cette époque, les langues mandé, themné et soussou jouaient la rôle de véhicule de communication. En 1460, l’explorateur portugais Pedro da Sintra donna le nom de Sierra Leone (la «montagne du Lion») à la presqu’île où allait s’édifier plus tard la ville Freetown; le nom italo-portugais est dû au fait que l'auteur portugais a publié en italien son récit de voyage. Les Portugais nouèrent très tôt des relations commerciales avec les populations autochtones aux embouchures des rivières. Au XVIe siècle s’organisa la traite négrière orchestrée par les marchands européens et à laquelle participèrent les populations côtières.

3.1 La domination coloniale

En 1787, les Britanniques s'emparèrent du site de Freetown et établirent une colonie destinée à accueillir des esclaves qu'ils avaient recrutés dans leurs colonies américaines pour s'opposer aux colons révolutionnaires. Ayant fui les États-Unis et les Antilles, puis réfugiés en Angleterre, ceux-ci s’installèrent sur le territoire, où ils furent rejoints par des affranchis, rapatriés des Amériques avec l’aide de sociétés philanthropiques américaines, ou sauvés de la traite négrière après son interdiction.  Soulignons notamment l'apport, en 1792, des anciens esclaves réfugiés en Nouvelle-Écosse (Canada) après avoir combattu avec les Britanniques lors de la guerre d'indépendance américaine. Le créole (krio) se développa aussitôt en Sierra Leone.

La Sierra Leone Company, créée en 1791, administra la colonie jusqu’en 1808, date à laquelle le territoire devint une colonie de la Couronne anglaise. Au cours de cette période, l'anglais était utilisé par l'Administration coloniale, mais le mendé, le themné et le soussou continuaient d'être largement utilisé par les autochtones, en même temps que le créole importé des Antilles. Les rares écoles ne dispensaient l'enseignement qu'en anglais, sauf chez les missionnaires qui n'hésitaient pas à recourir aux langues locales pour l'évangélisation. Un étude de Philip D. Curtin révèle que les Noirs venaient, en 1848, du Bénin dans une proportion de 63,7 % (ethnies fon et yoruba) et du Biafra dans une proportion de 20,2 % (ethnies ibo et haoussa).

L’arrière-pays de Freetown ne devint un protectorat britannique qu'en 1896. Les premières élections législatives furent organisées dans le cadre de la Constitution de 1924. Un système de cabinet fut instauré en 1953 et sir Milton Margai, un Mendé, ancien médecin et chef du parti du Peuple de Sierra Leone (Sierra Leone People’s Party: le SLPP), fut nommé président, en 1954, et premier ministre, en 1960.

3.2 La Sierra Leone indépendante

Ayant obtenu son  indépendante le 27 avril 1961, la Sierra Leone reconduisit naturellement l'anglais dans son rôle de langue officielle, sans qu'il ne soit nécessaire de le proclamer dans une constitution. Puis le pays connut une grande instabilité politique, marquée par les rivalités entre les différentes communautés indigènes. La fragilité du modèle occidental d’État, associée au poids des luttes tribales, expliquerait, en grande partie, cette instabilité politique. Les événements de l’année 1967-1968 furent, à cet égard, révélateurs : en moins d’un an, la Sierra Leone avait connu déjà quatre coups d’État successifs. Demeuré premier ministre en 1962, Milton Margai fut remplacé, à sa mort, par son frère Albert Margai en 1964. Siaka Stevens, un Themné, fondateur en 1960 du Congrès de tout le peuple (l'APC: All People’s Congress) lui succéda en 1967, après que son mouvement eût remporté des élections contestées. L’armée organisa alors un coup d’État. Après un nouveau putsch militaire en 1968, Stevens revint au pouvoir. Il tenta alors une union avec la Guinée-Conakry de Sékou Touré. La Sierra Leone fut proclamée république le 19 avril 1971.

Stevens instaura alors un régime de parti unique, institutionnalisé par la nouvelle Constitution de 1978. L’APC demeurant le seul parti légal, il élimina toute opposition. Cette période de parti unique fut toutefois marquée par diverses tentatives destinées à assainir la vie politique (lutte contre la corruption et le népotisme). Le régime abandonna cette politique afin de profiter de la rente assurée par l’exploitation des ressources diamantifères. À partir de 1985, la domination des «Créoles» et des Afro-Libanais, maîtres du commerce du diamant, la principale richesse du pays, tourne au pillage généralisé. En janvier 1986, Stevens se retira au profit du commandant débonnaire Joseph Saidu Momoh. Une nouvelle tentative de coup d’État échoua en mars 1987 et le nouveau président décréta «l’état d’urgence économique» en novembre. Des mesures draconiennes d’austérité furent prises.

3.3 La guerre civile

Au début de 1991, comme si ce n'était pas suffisant, le pays vit la guerre civile du Liberia voisin se propager sur son territoire. C'est que la Sierra Leone servait de refuge aux Libériens fuyant les combats. Les opposants au régime libérien forme leurs partisans en Sierra Leone pour mieux mener la rébellion et prendre le pouvoir au Liberia. Face à l'incurie qui règne au sein de l'armée de la Sierre Leone, un junte militaire prit le pouvoir en 1992. Un jeune officier de 27 ans, Valentine Strasser, accéda à la tête de l’État, mais l’armée ne parvint pas à mettre fin à la guerre civile. Entre 1991 et 1995, les combats entraînèrent d’importants déplacements de population: quelque 50 000 personnes trouvèrent refuge en Guinée.

Sous l'initiative Instigateur du brigadier Julius Maada Bio, un nouveau coup d’État écarta Valentine Strasser du pouvoir en janvier 1996 et, avec l'aide de mercenaires sud-africains, il entama de nouvelles négociations avec le Revolutionary United Front (RUF). En mars et avril de la même année, des élections multipartites portèrent à la présidence de la République Ahmed Tejan Kabbah qui bénéficiait de l'aide des «kamajors», une milice constituée de chasseurs traditionnels d'origine mendé. Mais, le 25 mai 1997, le président Kabbah fut renversé à la suite d’un putsch conduit par Johnny Paul Koroma, qui se proclama chef de l’État.

Pendant ce temps, l'homme fort du Liberia, Charles Taylor, s'organisait pour étendre son influence sur la Sierre Leone et sur ses richesses minières et conserver son influence à travers celle du président Kabbah en exil auquel il était lié personnellement. Les combats reprirent dans les provinces, tandis que les rebelles du RUF (Revolutionary United Front ) commirent des atrocités contre la population civile. Pendant la guerre de 1998, les cruautés envers les femmes et les enfants ont provoqué 20 % d’invalides au sein de la population sierra-léonaise, dont la plupart sont des enfants. Entré dans Freetown en janvier 1999, le RUF mit la capitale à feu et à sang, au prix de 6000 morts, tandis que la population s'enfuyait. En juillet, un accord provisoire de cessez-le-feu était prévu.

Une mission des Nations unies en Sierra Leone (Minusil), forte d'une dizaine de milliers d'hommes, fut chargée de surveiller le désarmement des combattants et de prendre le contrôle des zones minières. En janvier 2002, plus de 47 000 combattants étaient désarmés et démobilisés. La guerre civile de Sierra Leone prit officiellement fin le 18 janvier 2002. Le 14 mai, le président sortant, Ahmad Tejan Kabbah, était réélu avec 70 % des voix. Mais la guerre civile avait fait entre 100 000 et 200 000 morts. Plus de deux millions de personnes (le tiers de la population) ont été déplacées. En raison des différents crimes commis durant le conflit, notamment des crimes contre l'humanité ainsi que des crimes de guerre, le Conseil de sécurité de l'ONU décida la création d'un Tribunal spécial pour la Sierra Leone. Enfin, malgré l'implication de la communauté internationale, le Royaume Uni a continué à jouer un rôle central tant au plan politique, que militaire et linguistique, en Sierra Leone. Le pays est pour l'instant en paix. Cependant, pour des raisons économiques, de nombreux enfants travaillent encore dans les mines de diamants, qui sont très dangereuses. La propagation du SIDA chez eux est également très importante, 16 000 de moins de 15 ans sont séropositifs.

4 La politique linguistique

Une grande instabilité politique n'est généralement guère favorable à l'élaboration d'une politique linguistique. D'ailleurs, l'anglais n'est la langue officielle que de facto, il n'est proclamé ni dans la Constitution de 1991, ni dans une quelconque loi. Seule la Constitution fait allusion à la langue anglaise: les articles 75 et 90 mentionnent l'anglais comme connaissance obligatoire dans les institutions parlementaires, mais les articles 9, 17 et 23 traitent des langues indigènes en matière éducative et judiciaire. Voyons ce qu'il en est dans les faits.

4.1 La langue de la législature

L'article 75 précise que, pour être membre du Parlement, il faut savoir «parler ou de lire la langue anglaise avec suffisamment de compétence pour pouvoir prendre une part active aux travaux du Parlement». D'ailleurs, en vertu de l'article 90, «les affaires du Parlement seront conduites en langue anglaise»:

Article 75

Subject to the provisions of section 76, any person who—

  1. is a citizen of Sierra Leone (otherwise than by naturalization); and
  2. has attained the age of twenty-one years; and
  3. is an elector whose name is on a register of electors under the Franchise and Electoral Registration Act, 1961, or under any Act of Parliament amending or replacing that Act; and
  4. is able to speak and to read the English Language with a degree of proficiency sufficient to enable him to take an active part in the proceedings of Parliament,

shall be qualified for election as such a Member of Parliament;

Article 90

The business of Parliament shall be conducted in the English Language.

Article 75

Sous réserve des dispositions de l'article 76, quiconque:

a. est un citoyen de la Sierra Leone (autrement que par la naturalisation); et
b. a atteint l'âge de vingt et un ans; et
c. est un électeur dont le nom figure au registre des électeurs, en vertu de la Loi sur la franchise et le registre électoral de 1961 ou en vertu de toute loi du Parlement modifiant ou remplaçant cette loi; et
d. est capable de parler ou de lire la langue anglaise avec suffisamment de compétence pour pouvoir prendre une part active aux travaux du Parlement,

sera qualifiée pour l'élection comme membre du Parlement;

Article 90

Les affaires du Parlement seront conduites en langue anglaise.

4.2 La langue de la justice

Étant donné que l'anglais est la langue officielle de l'État, c'est obligatoirement la langue des tribunaux. Cependant, toute personne qui ne comprend pas l'anglais a la possibilité de recourir gratuitement aux services d'un interprète:  

Article 17

(2) Any person who—

  1. is arrested or detained shall be informed in writing or in a language that he understands at the time of his arrest, and in any event not later than twenty-four hours, of the facts and grounds for his arrest or detention;
  2. is arrested or detained shall be informed immediately at the time of his arrest of his right of access to a legal practitioner or any person of his choice, and shall be permitted at his own expense to instruct without delay a legal practitioner of his own choice and to communicate with him confidentially.

Article 23

(5) Every person who is charged with a criminal offence— 

a. shall be informed at the time he is charged in the language which he understands and in detail, of the nature of the offence charged;

e. shall be permitted to have without payment the assistance of an interpreter if he cannot understand the language used at the trial of the charge:

Article 17

(2) Quiconque:

a. est arrêté ou détenu sera informé par écrit et dans une langue qu'il comprend lors de son arrestation, et dans un délai pas plus tard que vingt quatre heures, des faits et des motifs de son arrestation ou de sa détention;

b. est arrêté ou détenu sera informé immédiatement au moment de son arrestation de son droit d'accès à un conseiller juridique ou à toute personne de son choix, et il lui sera permis à ses frais de consulter sans retard un conseiller juridique de son et communiquer avec lui confidentiellement.

Article 23

(5) Quiconque st accusé d'un acte criminel:

a. sera informé à temps dans une langue qu'il comprend et en détail de la nature du crime dont on l'accuse;

e. aura la permission de recourir gratuitement aux services d'un interprète s'il ne comprend pas la langue employée à son procès;

Autrement dit, l'usage de sa langue maternelle n'est pas un droit, car le juge n'est pas tenu de comprendre un accusé ou un témoin dans sa langue maternelle.  C'est donc la règle du gros bons sens qui prévaut, mais il ne s'agit pas d'un droit à la langue: c'est un droit à l'interprète.

4.3 L'Administration

L'Administration sierra-léonaise fonctionne un peu comme dans les tribunaux. L'anglais est la langue officielle, mais les communications orales peuvent se faire en anglais (lorsque le citoyens connaît cette langue), en mendé dans le Sud, en themné dans le Nord et le plus souvent en krio parce que c'est la langue la plus utilisée au pays entre les ethnies. Encore une fois, il ne s'agit pas d'un droit linguistique, mais d'une pratique découlant des nécessités de la vie.

Par ailleurs, si la Constitution interdit la discrimination à l'égard des femmes et des groupes ethniques, elle limite l'acquisition de la citoyenneté aux personnes «de descendance patrilinéaire négro-africaine». Cette limitation nie la citoyenneté, par exemple, aux membres de la communauté libanaise et aux Européens parce qu'ils ne sont pas de race noire. L'Administration en Sierra Leone poursuit aussi la tradition de la «fidélité ethnique», restée un facteur important dans l'attribution des postes au sein du gouvernement et des forces armées. À cet égard, les plaintes de discrimination ethnique (et forcément linguistique) sont courantes. Quand on n'appartient pas à l'ethnie mendé ou themné, les chances sont moins grandes.

4.4 L'éducation

Autour de l'an 2000, environ 52 % des enfants étaient inscrits dans les écoles primaires, tandis que ce pourcentage atteignait seulement 17 % pour le secondaire. L'Université de la Sierra Leone, qui inclut le Fourah Bay College (1827) et la Njala University College (1963) avait environ 4700 inscriptions. Le taux d'alphabétisation était de 51 % pour les hommes, contre seulement 23 % pour les femmes.

En principe, la langue d'enseignement dans les écoles publiques de la Sierre Leone est l'anglais, du primaire jusqu'à l'université. L'article 9 de la Constitution de 1991 précise au paragraphe 3 que «le gouvernement devra promouvoir l'études des langues indigènes ainsi que l'étude et l'usage des sciences modernes, des langues étrangères, de la technologie, du commerce et des affaires»:

Article 9

(1) The Government shall direct its policy towards ensuring that there are equal rights and adequate educational opportunities for all citizens at all levels by— 

[...]

(3) The Government shall promote the learning of indigenous languages and the study and application of modern science, foreign languages, technology, commerce and business.

Article 9

(1) Le gouvernement conduira sa politique dans l'assurance qu'il y ait des droits égaux et des occasions éducatives opportunes pour tous les citoyens à tous les niveaux ;

[...]

(3) Le gouvernement devra promouvoir l'études des langues indigènes ainsi que l'étude et l'usage des sciences modernes, des langues étrangères, de la technologie, du commerce et des affaires.

 

Pour ce qui est des langues «indigènes», elle se limitent au mendé et au themné qui, dans leur région respective, peuvent être enseignés comme matière facultative du primaire jusqu'à la fin du secondaire. Dans les faits, peu d'enseignants peuvent le faire et, de toute façon, il n'y a que fort peu de manuels disponibles.

De façon générale, les enfants dans les écoles publiques primaires ne disposent à peu près pas de manuels, ni même de crayons. Dans de nombreux villages des campagnes, les écoles ont été détruites ou sérieusement endommagées, pillées et saccagées; c'est pourquoi beaucoup d'enfants ont reçu une instruction très rudimentaire. Les enseignants ne donnent leurs cours qu'avec fort peu de ressources; il n'est pas rare que deux ou même trois classes partagent une pièce comprenant un seul tableau, dont une partie est utilisée par chaque classe; les locaux sont pourtant remplis d'élèves enthousiastes qui font leur apprentissage en écoutant attentivement leur maître et en et répétant exactement ce qu'il dit; n'oublions pas que l'anglais est une langue étrangère pour tous les élèves et qu'ils ne comprennent pas cette langue à leur entrée au primaire.  Au secondaire, la langue étrangère la plus enseignée est le français en raison de la proximité des pays francophones.

Les médias

Si l'éducation ne se porte pas bien en Sierra Leone, il en est ainsi pour la presse, du moins pour la liberté. Le gouvernement a décidé de transformer en loi le Règlement d’urgence publique, qui a servi dans le passé à emprisonner des journalistes. Cette mesure, selon Reporters sans frontières (RSF), constitue une menace pour la liberté d’expression. Le règlement contiendrait plusieurs dispositions entrant directement en contradiction avec celles du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIRDCP), dont la Sierra Leone est signataire. Entre autres dispositions, le paragraphe 10 (1) de la nouvelle loi, intitulé Publication de reportages semant la confusion, prévoit que «nul ne doit publier de reportage ou de déclaration susceptible de provoquer l’inquiétude ou le découragement, ou d’être préjudiciable à la sécurité publique, à la tranquillité publique ou au maintien de l’ordre public». Quiconque viole les dispositions de cet article serait passible d’un an d’emprisonnement.

Cela dit, la langue des médias écrits est l'anglais, que ce soit dans Afro Times, Awoko, Concord Times, The Daily Mail, For di People (For the People en anglais), Freedom Now, Front Line, Independent Observer, New Shaft, Rockel Times, Sierra News, Standard Times, The Herald Guardian, The Mirror, The New Citizen, The Telegraph, etc.

La situation linguistique des médias électroniques est différente. La Radio nationale (SLBS: Sierra Leone Broadcasting Service) diffuse en anglais, mais certains bulletins d'informations sont mendé, en themné et en créole (kriol). La BBC diffuse également en anglais, mais plusieurs stations locales, tells que Radio Democracy et Kiss FM utilisent le kriol, le mendé et le themné. RFI 1 Afrique et RFI 2 diffusent en anglais et en français. Pour sa part, la Télévision nationale (SLBS) produit ses émissions en anglais, mais certains bulletins sont en trois autres langues: le kriol, le mendé et le themné.

Aux prises avec d'importants conflits inter-ethniques et la guerre civile, la Sierra Leone n'a pas le temps d'élaborer une politique linguistique complexe. En fait, c'est la non-intervention dans son application la plus étroite. L'État ne fait absolument rien au point de vue juridique, ni d'ailleurs dans la pratique. Il s'est contenté de poursuivre la politique coloniale en laissant l'anglais comme langue officielle, alors que personne ne parlait cette langue. L'État sierra-léonais n'a apparemment aucune politique éducative en ce qui a trait à la langue. Il n'interdit rien, mais ne fait rien. Une telle attitude n'est pas surprenante dans un contexte de guerre civile et de corruption généralisée. Forcément, les petites communautés sont marginalisées. Il est possible que, dans les années à venir, un gouvernement élabore une politique plus «indigène», mais pour le moment on ne voit pas comment elle pourrait se concrétiser.

Dernière mise à jour: 26 avr. 2013
 

Bibliographie

BUREAU OF DEMOCRATY. Sierra Leone Country Reports on Human Rights Practices, 2002, Human Rights and Labor (31 mars 2003).

CURTIN, Philip D. The Atlantic Slave Trade: a Census, Madison (USA), University of Wisconsin, 1969.

EHRET, Rebecca. «Language Attitudes and the Linguistic Construction of Ethnic Identity: The Case of Krio in Sierra Leone» dans Languages Choices: Conditions, Constraints and Consequences, Amterdam/Philadelphie, Éditions Martin Pütz / J. Benjamins,  1997.

ENCYCLOPÉDIE MICROSOFT ENCARTA, 2004, art. «Sierre Leone», pour la partie historique.

UNITED BIBLE SOCIETIES. «Gud Yus fo Olman: Di Nyu Testament [The New Testament in the Krio Language of Sierra Leone, West Africa]», Freetown, The United Bible Societies, 1987.

WEST, Richard. Back to Africa: A History of Sierra Leone and Liberia, New York, Holt Rinehart and Winston, 1970.