République de Sierra Leone

Sierra Leone

Republic of Sierra Leone

Capitale:  Freetown
Population:  6,3 millions (2017)
Langue officielle: anglais (de facto)
Groupe majoritaire: aucun 
Groupes minoritaires: mendé (29,5 %), themné (24,7 %), krio ou créole (10,5 %), limba (6,7 %), kuranko (5,4 %), kono (4,1 %), loko (2,7 %), sherbro (2,7 %), kissi (2,5 %), soussou (2,4 %), maninka (2,1 %), etc.
Langue coloniale: anglais
Système politique: république présidentielle avec forte présence militaire
Articles constitutionnels (langue): article 9, 17, 23, 75 et 90 de la Constitution de 1991
Lois linguistiques: Loi sur la procédure pénale (1965); Loi sur la citoyenneté (1973); Loi sur la marine marchande (2003); Loi sur les collectivités locales (2004); Loi sur l'éducation (2004); Loi sur les marchés publics (2004); Règlement du Parlement de la Sierra Leone (2006); Loi sur la protection des réfugiés (2007); Loi sur les droits de l'enfant (2007); Règlement de la Haute Cour (2007); Loi sur la Société de radiodiffusion de la Sierra Leone (2009);  Loi sur les compagnies (2009); Accord sur le Tribunal résiduel spécial pour la Sierra Leone (2011); Statut du tribunal spécial résiduel pour la Sierra Leone (2011); Loi sur les personnes handicapées (2011); Loi sur les tribunaux locaux (2011); Loi sur le droit d'accès à l'information (2013); Loi sur les assurances (2016).

1 Situation géographique

La Sierra Leone (qu'on devrait prononcer [si-èr-ra lé-onn]), appelée officiellement république de Sierra Leone, est un pays d’Afrique occidentale, ouvert sur l’océan Atlantique, limité au nord et à l’est par la Guinée-Conakry (245 857 km²) et au sud-est par le Liberia (111 370 km²). La Sierra Leone est un donc petit État couvrant une superficie de 71 740 km², soit plus de deux fois la Belgique (32 545 km²).

La Sierra Leone est découpée en trois provinces et une région : les provinces du Nord (Northern), de l’Est (Easthern), du Sud (Southern) et la région de l'Ouest (Western); voir la carte détaillée. L'ensemble est divisé en 14 districts, placés sous l’autorité de ministres résidents. Les districts sont à leur tour subdivisés en quelque 150 chefferies (en anglais:
Chiefdoms), contrôlées chacune par un chef et un Conseil des anciens, traditionnellement chargés de maintenir l’ordre et de faire appliquer la loi. La guerre civile (1991-2002) a toutefois profondément perturbé le fonctionnement de ces administrations locales.

Le système des chefferies dans la Sierra Leone a été créé en 1896, lorsque le gouverneur Frederic Cardew a transformé la société en habilitant un ensemble de chefs de tribus pour devenir la seule autorité du gouvernement local dans le nouveau protectorat britannique. Les chefs demeuraient effectivement la seule représentation du gouvernement jusqu'à ce que la Banque mondiale ait parrainé la création d'un système de conseils locaux en 2004. Selon le système des chefferies (Chiefdoms), ces chefs sont élus pour la vie par une autorité tribale composée de notables locaux. Seulement les membres des «familles dirigeantes» peuvent être désignés à une chefferie; ces familles forment ainsi une sorte d'aristocratie créée par les Britanniques, ce qui constitue encore aujourd'hui une des conséquences du colonialisme.

Néanmoins, les chefs des chefferies exercent un énorme pouvoir dans la Sierra Leone rurale; ils sont souvent au centre de la plupart des projets de développement réalisés dans leur région. Leur soutien est donc primordial pour la réussite de n'importe quel projet dans leur sphère d'influence. Les représentants des chefferies sont les gardiens et les symboles des coutumes traditionnelles et de la culture locale, qui sont transmises d'une génération à l'autre. Les chefs sont aussi la cible favorite des attaques des partisans du monde moderne de type occidental. D'ailleurs, les chefs ont vu leur pouvoir se réduire progressivement au cours des dernières décennies, mais ils demeurent encore un facteur important dans les aspects sociaux, politiques et économiques de la Sierra Leone.

2 Données démolinguistiques

La Sierra Leone est une ancienne colonie britannique fondée en 1787 pour y accueillir d’anciens esclaves venus des États-Unis et des Antilles. Le nom de la capitale, Freetown («ville libre»), symbolisait alors le rêve de liberté des esclaves libérés au siècle dernier. Mais la ville a été vidée de ses habitants en raison de la guerre civile qui a ravagé le pays de 1991 à 2002. Sa population est passée de 800 000 habitants à 80 000 en mai 1995, pour remonter à 1,0 million en 2015. Parmi les autres villes importantes figurent Kenema (200 400 habitants), Bo (175 000), Koidu (124 600) et Makedi (124 600).

Les Sierra-Léonais sont répartis en trois provinces et une région ayant une population plus ou moins équivalente, variant entre 20 % (Sud) et 35 % (Nord).

Province Pop. 2015 % Superficie
Est (Eastern) 1 641 012 23,1 % 15 553 km²
Nord (Northern) 2 502 865 35,3 % 35 936 km²
Sud (Southern) 1 438 572 20,3 % 19 694 km²
Ouest (Western) 1 493 252 21,1 %     557 km²
Total 7 075 701 100 % 71 740 km²

À l'échelon inférieur, on trouve 14 districts, eux-mêmes subdivisés en 149 chefferies. L’unité exécutive locale est la chefferie, avec à sa tête un chef supérieur et un conseil des anciens.

2.1 Les ethnies

De nombreux groupes d’origines ethniques diverses peuplent ce petit pays, dont les Themné (23,3 %) au nord et les Mendé (30,4 %) au sud, qui sont les plus importants.

Suivent les Krio ou Créoles (10,3 %), des descendants des esclaves rapatriés d’Amérique et des Antilles; ils habitent la région de l'Ouest près de la capitale. Cependant, leur langue, le créole (krio), est utilisée comme langue véhiculaire dans une grande partie du pays.

Suivent quelques groupes au nord: les Limba (6,6 %), les Kuranko (5,3 %), les Kono (4,0 %), les Soussou (2,3%), les Loko (2,6%), les Kissi (2,3%), etc. Plus au sud, outre les Mendé, on trouve les Sherbro (2,6 %), les Maninka (2,0 %), les Krim, les Vai, les Gola, etc. Il existe aussi quelques petites communautés indigènes en voie d'extinction. 

Les allégeances tribales sont fermement ancrées en Sierra Leone. Les personnes en position d'autorité s'entourent souvent de membres de leur tribu et remplacent les autres pour la simple raison qu'ils sont de tribus différentes.

Le pays compte également plusieurs immigrants: quelque 2400 Britanniques, 40 000 Libanais et 13 000 Indo-Pakistanais qui vivent à Freetown.

2.2 Les langues

Bien que l'anglais soit demeuré de facto la langue officielle de l'État, les habitants de la Sierra Leone parlent bien d'autres langues qui appartiennent presque toutes à la famille nigéro-congolaise; on compte au total une trentaine de langues. Le mandé rassemble 30,7 % des locuteurs, le themné 24,1 %, le krio ou créole 10,3 %, le limba 6,6 %, le kuranko (5,3 %), le kono (4,0 %), le loko (2,6 %), le sherbro (2,6 %), le kissi (2,3 %), le soussou (2,3 %), le maninka (2,0 %), etc.

Ethnie Population Pourcentage Langue Affiliation linguistique Religion
Mendé 2 053 000 30,4 % mendé

famille nigéro-congolaise

islam

Themné 1 573 000 23,3 % themné

famille nigéro-congolaise

islam
Krio 697 000 10,3 % krio

créole

chrétienne
Limba 445 000 6,6 % limba famille nigéro-congolaise islam
Kuranko 358 000 5,3 % kuranko famille nigéro-congolaise religion ethnique
Kono 272 000 4,0 % kono famille nigéro-congolaise religion ethnique
Fula Jalon 189 000 2,8 % poular famille nigéro-congolaise islam
Loko 179 000 2,6 % loko famille nigéro-congolaise religion ethnique
Sherbro 179 000 2,6 % sherbro famille nigéro-congolaise religion ethnique
Soussou 159 000 2,3 % soussou famille nigéro-congolaise islam
Maninka de l'Est 139 000 2,0 % maninkakan de l'Est famille nigéro-congolaise islam
Kissi du Sud 113 000 1,6 % kissi du Sud famille nigéro-congolaise religion ethnique
Banta-Themné 60 000 0,8 % themné famille nigéro-congolaise islam
Kissi du Nord 53 000 0,7 % kissi du Nord famille nigéro-congolaise religion ethnique
Foulani 50 000 0,7 % poular famille nigéro-congolaise islam
Arabe libanais 40 000 0,5 % arabe leventin

famille afro-asiatique

islam
Yalunka 40 000 0,5 % jalonké

famille nigéro-congolaise

islam
Vai 20 000 0,2 % vai

famille nigéro-congolaise

islam
Krim kimi 17 000 0,2 % mendé

famille nigéro-congolaise

islam
Indo-Pakistanais 13 000 0,1 % hindi

langue indo-iranienne

hindouisme
Gola 13 000 0,1 % gola

famille nigéro-congolaise

islam
Krou 12 000 0,1 % klao

famille nigéro-congolaise

chrétienne
Bassa 7 300 0,1 % bassa

famille nigéro-congolaise

religion ethnique
Bullom 6 600 0,0 % bullom so

famille nigéro-congolaise

islam
Yorouba 5 400 0,0 % yorouba

famille nigéro-congolaise

chrétienne
Britannique 2 400 0,0 % anglais langue germanique chrétienne
Grec 1 000 0,0 % Dgrec langue grecque chrétienne
Bom bum 800 0,0 % mendé

famille nigéro-congolaise

religion ethnique
Limba de l'Est 700 0,0 % limba

famille nigéro-congolaise

islam
Autres 35 000 0,5 %

-

-

-

Total 2017 6 733 200

100 %

-

-

-

Plusieurs autres langues sont également employées (voir le tableau ci-dessus). Le mendé est transcrit traditionnellement avec un syllabaire indigène très particulier, le kikakui. Il s'écrit de droite à gauche (150 caractères), mais il ne serait utilisé que par environ 500 personnes. L'alphabet latin est plus courant.

Seul le créole, appelé krio, ne fait pas partie des langues nigéro-congolaises parmi la population autochtone. Parlé par au moins 10 % de la population en tant que langue maternelle, le krio est également utilisé comme langue véhiculaire par une majorité des habitants du pays: on estime que 95 % d'entre eux comprennent cette langue. C'est la langue inter-ethnique pour tous ceux qui ne parlent pas l'anglais. À base lexicale anglaise, le krio sierra-léonais a été influencé à l'origine par le yorouba et le wolof, puis par le créole de la Jamaïque. Voici quelques exemples de krio:

Tohlohn man kin fil am, boht i noh go bi lehk bohlhed pohsin. 
A man with a shaved head can suffer, but it's not like a bald person.
Un homme avec une tête rasée peut souffrir, mais pas autant qu'une personne chauve.

Ehlifant hed nohto pikin lod. 
An elephant head is not a load for a child.
Une tête d'éléphant n'est pas une arme pour un enfant.

Di gladinehs we de pan di hohk, i noh de pan di fohl.
The happiness of the hawk isn't the happiness of the chicken.
Le bonheur du faucon ne fait pas le bonheur du poulet.

Il existe un dictionnaire du krio (1980, Fyle et Jones) qui est reconnu comme la norme de l'orthographe krio. On compte trois langues véhiculaires indigènes en Sierra Leone: le mendé au sud, le themné au nord et le krio dans l'ensemble du pays.

L'anglais est la langue officielle de facto, c'est-à-dire qu'Il n'a jamais été proclamé «langue officielle» de jure, donc dans un texte juridique, voire la Constitution. Cette langue est employée par une minorité sachant lire et écrire: la fonction publique, la justice, l'éducation et les grandes affaires. On estime que près de 700 000 Sierra-Léonais pourraient s'exprimer, dans une manière ou d'une autre en anglais, ce qui représenterait quelque 15 % de la population. Par comparaison, ceux qui peuvent s'exprimer en krio sont beaucoup plus nombreux, probablement plus de 80 % des Sierra-Léonais. 

Du point de vue religieux, les Sierra-Léonais sont musulmans dans une proportion de 60 %, alors que 30 % sont animistes et 10 % chrétiens (surtout catholiques, puis protestants). Les pratiques religieuses présentent souvent de fortes tendances syncrétiques.

3 Données historiques

Le territoire de l’actuelle Sierra Leone a constitué le refuge de nombreux peuples, tels que les Kissi, les Sherbro et les Krim, touchés par les conflits politiques de la savane africaine. Refoulant les premiers occupants, les peuples mandingues s’y établirent au XVe siècle: ce furent d'abord les Mendé sur la côte orientale, puis les Themné vers la frontière de l’actuel Liberia et les Soussou dans le Centre. Dès cette époque, les langues mandé, themné et soussou jouaient la rôle de principal véhicule de communication. En 1460, l’explorateur portugais Pedro da Sintra donna le nom de Sierra Leone (la «montagne du Lion») à la presqu’île où allait s’édifier plus tard la ville Freetown; le nom italo-portugais est dû au fait que l'auteur portugais a publié en italien son récit de voyage. On devrait donc prononcer [sièr-ra lé-o-né]. Les Portugais nouèrent très tôt des relations commerciales avec les populations autochtones aux embouchures des rivières. Au XVIe siècle s’organisa la traite négrière orchestrée par les marchands européens et à laquelle participèrent les populations côtières.

3.1 La domination coloniale

En 1787, les Britanniques s'emparèrent du site de Freetown et établirent une colonie destinée à accueillir des esclaves qu'ils avaient recrutés dans leurs colonies américaines pour s'opposer aux colons révolutionnaires. Ayant fui les États-Unis et les Antilles, puis s'étant réfugiés en Angleterre, ces esclaves s’installèrent sur le territoire, où ils furent rejoints par des affranchis, rapatriés des Amériques avec l’aide de sociétés philanthropiques américaines, ou sauvés de la traite négrière après son interdiction. Soulignons notamment l'apport, en 1792, des anciens esclaves réfugiés en Nouvelle-Écosse (Canada) après avoir combattu avec les Britanniques lors de la guerre d'indépendance américaine. Le créole (krio) se développa aussitôt en Sierra Leone.

La Sierra Leone Company, créée en 1791, administra la colonie jusqu’en 1808, date à laquelle le territoire devint une colonie de la Couronne anglaise. Au cours de cette période, l'anglais était utilisé par l'Administration coloniale, mais le mendé, le themné et le soussou continuaient d'être largement utilisé par les autochtones, en même temps que le créole importé des Antilles. Les rares écoles ne dispensaient l'enseignement qu'en anglais, sauf chez les missionnaires qui n'hésitaient pas à recourir aux langues locales pour l'évangélisation. Un étude du professeur Philip D. Curtin révèle que les Noirs venaient en 1848 du Bénin dans une proportion de 63,7% (ethnies fon et yoruba) et du Biafra dans une proportion de 20,2% (ethnies ibo et haoussa).

L’arrière-pays de Freetown ne devint un protectorat britannique qu'en 1896. Les premières élections législatives furent organisées dans le cadre de la Constitution de 1924. Un système de cabinet fut instauré en 1953 et sir Milton Margai, un Mendé, ancien médecin et chef du parti du Peuple de Sierra Leone (Sierra Leone People’s Party: le SLPP), fut nommé président, en 1954, et premier ministre, en 1960.

3.2 La Sierra Leone indépendante

Ayant obtenu son  indépendante le 27 avril 1961, la Sierra Leone reconduisit naturellement l'anglais dans son rôle de langue officielle, sans qu'il ne soit nécessaire de le proclamer dans une constitution. Puis le pays connut une grande instabilité politique, marquée par les rivalités entre les différentes communautés indigènes. La fragilité du modèle occidental d’État, associée au poids des luttes tribales, expliquerait, en grande partie, cette instabilité politique. Les événements de l’année 1967-1968 furent, à cet égard, révélateurs : en moins d’un an, la Sierra Leone avait connu déjà quatre coups d’État successifs. Demeuré premier ministre en 1962, Milton Margai fut remplacé, à sa mort, par son frère Albert Margai en 1964. Siaka Stevens, un Themné, fondateur en 1960 du Congrès de tout le peuple (l'APC: All People’s Congress) lui succéda en 1967, après que son mouvement eût remporté des élections contestées. L’armée organisa alors un coup d’État. Après un nouveau putsch militaire en 1968, Stevens revint au pouvoir. Il tenta alors une union avec la Guinée-Conakry de Sékou Touré. La Sierra Leone fut proclamée comme république le 19 avril 1971.

Siaka Stevens instaura alors un régime de parti unique, institutionnalisé par la nouvelle Constitution de 1978. L’APC demeurant le seul parti légal, il élimina toute opposition. Cette période de parti unique fut toutefois marquée par diverses tentatives destinées à assainir la vie politique (lutte contre la corruption et le népotisme). Le régime abandonna cette politique afin de profiter de la rente assurée par l’exploitation des ressources diamantifères. À partir de 1985, la domination des «Créoles» et des Afro-Libanais, maîtres du commerce du diamant, la principale richesse du pays, tourne au pillage généralisé. En janvier 1986, Stevens se retira au profit du commandant débonnaire Joseph Saidu Momoh. Une nouvelle tentative de coup d’État échoua en mars 1987 et le nouveau président décréta «l’état d’urgence économique» en novembre. Des mesures draconiennes d’austérité furent prises.

3.3 La guerre civile

Au début de 1991, comme si ce n'était pas suffisant, le pays vit la guerre civile du Liberia voisin se propager sur son territoire. C'est que la Sierra Leone servait de refuge aux Libériens fuyant les combats. Les opposants au régime libérien forme leurs partisans en Sierra Leone pour mieux mener la rébellion et prendre le pouvoir au Liberia. Face à l'incurie qui régnait au sein de l'armée de la Sierre Leone, un junte militaire prit le pouvoir en 1992. Un jeune officier de 27 ans, Valentine Strasser, accéda à la tête de l’État, mais l’armée ne parvint pas à mettre fin à la guerre civile. Entre 1991 et 1995, les combats entraînèrent d’importants déplacements de population: quelque 50 000 personnes trouvèrent refuge en Guinée.

Sous l'initiative Instigateur du brigadier Julius Maada Bio, un nouveau coup d’État écarta Valentine Strasser du pouvoir en janvier 1996 et, avec l'aide de mercenaires sud-africains, il entama de nouvelles négociations avec le Revolutionary United Front (RUF). En mars et avril de la même année, des élections multipartites portèrent à la présidence de la République Ahmed Tejan Kabbah qui bénéficiait de l'aide des «kamajors», une milice constituée de chasseurs traditionnels d'origine mendé. Mais, le 25 mai 1997, le président Kabbah fut renversé à la suite d’un putsch conduit par Johnny Paul Koroma, qui se proclama chef de l’État.

Pendant ce temps, l'homme fort du Liberia voisin, Charles Taylor, s'organisait pour étendre son influence sur la Sierre Leone et sur ses richesses minières et conserver son influence à travers celle du président Kabbah en exil auquel il était lié personnellement. Les combats reprirent dans les provinces, tandis que les rebelles du RUF (Revolutionary United Front ) commirent des atrocités contre la population civile. Pendant la guerre de 1998, les cruautés envers les femmes et les enfants ont provoqué 20 % d’invalides au sein de la population sierra-léonaise, dont la plupart sont des enfants. Entré dans Freetown en janvier 1999, le RUF mit la capitale à feu et à sang, au prix de 6000 morts, tandis que la population s'enfuyait. En juillet, un accord provisoire de cessez-le-feu était prévu.

Une mission des Nations unies en Sierra Leone (Minusil), forte d'une dizaine de milliers d'hommes, fut chargée de surveiller le désarmement des combattants et de prendre le contrôle des zones minières. En janvier 2002, plus de 47 000 combattants étaient désarmés et démobilisés. La guerre civile de Sierra Leone prit officiellement fin le 18 janvier 2002. Le 14 mai 2002, le président sortant, Ahmad Tejan Kabbah, était réélu avec 70 % des voix. Mais la guerre civile avait fait entre 100 000 et 200 000 morts. Plus de deux millions de personnes (le tiers de la population) ont été déplacées.

En raison des différents crimes commis durant le conflit, notamment des crimes contre l'humanité ainsi que des crimes de guerre, le Conseil de sécurité de l'ONU décida en 2002 la création d'un Tribunal spécial pour la Sierra Leone (en anglais: Special Court for Sierra Leone ou SCSL). Ce tribunal faisait partie du système judiciaire sierra-léonais, même s'il recevait un important soutien international et que les huit juges étaient des juges internationaux. Il s'agit ainsi d'une juridiction hybride, car elle associait droit international et droit national sierra-léonais. Doté d’un budget initial de 75 millions de dollars et prévu pour durer seulement trois ans, le tribunal a finalement fermé ses portes en décembre 2013 après avoir dépensé 300 millions de dollars. Le 26 septembre 2013, le Tribunal spécial pour la Sierre Leone a pris sa dernière décision majeure. Sa chambre d’appel a confirmé la peine de 50 ans de prison infligée à l’ex-président libérien Charles Taylor.

En avril 2012, le tribunal avait retenu cinq chefs d’accusation de crimes contre l’humanité contre Charles Taylor, cinq chefs d’accusation de crimes de guerre et un chef d’accusation d’autres violations graves du droit humanitaire international perpétrés par le Front révolutionnaire uni (RUF) de Sierra Leone.

Enfin, malgré l'implication de la communauté internationale, le Royaume Uni a continué à jouer un rôle central tant au plan politique, que militaire et linguistique, en Sierra Leone. Le pays est pour l'instant en paix. Cependant, pour des raisons économiques, de nombreux enfants travaillent encore dans les mines de diamants, qui sont très dangereuses. La propagation du SIDA chez eux est également très importante, 16 000 de moins de 15 ans sont séropositifs. Ensuite, ce fut la crise d'Ebola en 2014, l'épidémie qui a causé la mort de quelque 4000 personnes. Depuis 2016, les perspectives de croissance pour l'économie de ce pays anglophone semblent favorables, mais le gouvernement est confronté à d'énormes difficultés pour s'acquitter de ses obligations financières, telles que le paiement des salaires des travailleurs du secteur public et des partenaires privés qui dépendent de lui. Pour ce faire, le gouvernement du président Ernest Koroma a fait appel au Fonds monétaire international.

4 La politique linguistique

Une grande instabilité politique n'est généralement guère favorable à l'élaboration d'une politique linguistique. D'ailleurs, l'anglais n'est la langue officielle que de facto, il n'est proclamé ni dans la Constitution de 1991, ni dans une quelconque loi. Seule la Constitution fait allusion à la langue anglaise: les articles 75 et 90 mentionnent l'anglais comme connaissance obligatoire dans les institutions parlementaires, mais les articles 9, 17 et 23 traitent des langues indigènes en matière éducative et judiciaire. Voyons ce qu'il en est dans les faits.

4.1 La langue de la législature

L'article 75 de la Constitution précise que, pour être membre du Parlement, il faut être «capable de parler et de lire la langue anglaise avec un degré de compétence suffisant pour lui permettre de participer activement aux travaux du Parlement». De plus, en vertu de l'article 90, «les activités du Parlement doivent se dérouler en anglais»:

Article 75

Qualifications pour être membre du Parlement

Sous réserve des dispositions de l'article 76, quiconque :

a. est un citoyen de la Sierra Leone (autrement que par la naturalisation); et

b. a atteint l'âge de vingt et un ans; et

c. est un électeur dont le nom figure au registre des électeurs en vertu de la Loi sur l'enregistrement électoral et la franchise de 1961, ou en vertu d'une loi du Parlement modifiant ou remplaçant cette loi; et

d. est capable de parler et de lire la langue anglaise avec un degré de compétence suffisant pour lui permettre de participer activement aux travaux du Parlement,

doit être qualifié pour une élection en tant que membre du Parlement:

Article 90

Utilisation de l'anglais au Parlement


Les activités du Parlement doivent se dérouler
en anglais.

L'article 2 du Règlement du Parlement de la Sierra Leone (2006) respecte la disposition constitutionnelle à ce sujet :

Article 2

Langue

La procédure et les débats du Parlement doivent être en anglais.

L'article 17 de la même loi exige que toute pétition de la part d'un membre du Parlement soit en anglais ou être accompagnée d'une traduction anglaise certifiée conforme par celui qui la présente:

Article 17

Pétitions

1) Toute demande au Parlement doit être présentée sous la forme d'une pétition et chaque pétition doit être présentée par un membre qui appose son nom au début de celle-ci.

[...]

Toute pétition doit être en anglais ou être accompagnée d'une traduction anglaise certifiée conforme par celui qui la présente. Aucune lettre ou autre document ne peut être attaché à une pétition, ni aucun effacement ni aucune rectification interlinéaire ne doivent être fait à ce sujet.

De fait, les lois sont discutées en anglais, puis adoptées et promulguées en anglais, jamais dans une langue africaine. 

4.2 La langue de la justice

L'anglais est également langue officielle des tribunaux. Les articles 17 et 23 de la Constitution sont conformes en prescrivant l'usage exclusif de l'anglais tout en autorisant à un justiciable qui ne comprend pas l'anglais d'avoir la possibilité de recourir gratuitement aux services d'un interprète:  

Article 17

Protection contre l'arrestation ou la détention arbitraire

2) Quiconque:

a. est arrêté ou détenu doit être informé par écrit et dans une langue qu'il comprend lors de son arrestation, et dans un délai pas plus tard que vingt quatre heures, des faits et des motifs de son arrestation ou de sa détention;

Article 23

Disposition pour assurer la protection de la loi

5) Quiconque est accusé d'un acte criminel :

a. doit être informé au moment où il est inculpé dans une langue qu'il comprend et en détail de la nature de l'infraction dont on l'accuse;

e. doit avoir l'autorisation de recourir sans frais aux services d'un interprète s'il ne comprend pas la langue employée à son procès;

En vertu de la Loi sur la procédure pénale (1965), il semble que la connaissance de l'anglais ne soit pas un motif de disqualification pour les membres d'un jury à la condition de comprendre la «langue habituelle du lieu où se déroule le procès»:

Article 178

Récusation motivée


La récusation motivée est autorisée selon l'un des motifs suivants:

d) que le juré ne comprend pas l'anglais, mais cela ne doit pas constituer un motif de disqualification, si le juré comprend la langue habituelle du lieu où se déroule le procès, à moins que la cour n'ait jugé utile de l'ordonner.

D'ailleurs, la Loi sur les tribunaux locaux (2011) en arrive au même fait: il faut maîtriser la langue ethnique dominante de la chefferie.

Article 5

Qualifications pour la nomination de président d'un cour locale

Nul ne peut être qualifiée pour être président ou vice-président de la cour à moins:

a) qu'il maîtrise la langue ethnique dominante de la chefferie;
b) qu'il ait résidé dans la chefferie pendant une période continue d'au moins cinq ans;
c) qu'il soit compétent et expérimenté dans les coutumes et les traditions de la chefferie;
d) qu'il na jamais été reconnu coupable d'une infraction impliquant une fraude ou une malhonnêteté.

Article 6

2) Nul ne peut être nommé greffier de cour, greffier aux finances ou huissier, à moins qu'il sache lire et écrire en anglais.

Cependant, pour être désigné comme greffier, il faut savoir lire et écrire en anglais, car le procès-verbal doit être rédigé en anglais, même si les témoins se sont exprimés dans la langue locale. Autrement dit, l'usage de sa langue maternelle n'est pas un droit, car le juge n'est pas tenu de comprendre un accusé ou un témoin dans sa langue maternelle.  C'est donc la règle du gros bons sens qui prévaut, mais il ne s'agit pas d'un droit à la langue: c'est un droit à l'interprétariat.

À l'intention des personnes handicapées, l'article 41 de la Loi sur les personnes handicapées (2011) impose l'usage de la langue des signes et du braille dans les services juridiques:

Article 41

Règlement sur les services juridiques gratuits

2)
Les Règles du Comité de la cour doit prévoir une réglementation pour :

(a) pour l'exemption à l'égard des personnes handicapées du paiement des frais relatifs aux affaires ou aux cas visés au paragraphe 1; et

(b) pour l'offre
d'une interprétation dans la langue des signes, pour des services de braille et d'une aide physique avec guides aux personnes handicapées chaque fois qu'elles sont au tribunal.

Le texte ne précise pas quelle est la langue qui sert de relais, mais ce ne peut être que l'anglais, et certainement pas une langue africaine.

En 2002, le Conseil de sécurité de l'ONU avait décidé la création d'un Tribunal spécial pour la Sierra Leone (en anglais: Special Court for Sierra Leone ou SCSL) afin de poursuivre les responsables des différents crimes commis durant la guerre civile, notamment des crimes contre l'humanité ainsi que des crimes de guerre. L'Accord sur le Tribunal résiduel spécial pour la Sierra Leone (2011) reconnaissait que l'anglais était la langue du tribunal:  

Article 17

Disposition des actifs


À la fin des travaux du Tribunal résiduel spécial, les biens hérités du tribunal spécial ou acquis par le tribunal résiduel spécial deviennent la propriété du gouvernement de la Sierra Leone.

EN FOI DE QUOI, les représentants dûment autorisés de l'Organisation des Nations unies et du gouvernement de la Sierra Leone ci-après ont signé le présent accord en deux exemplaires originaux
en langue anglaise.

Il en est ainsi dans le Statut du tribunal spécial résiduel pour la Sierra Leone (2011) bien que le recours à un interprète soit autorisé si un accusé ne comprend ni ne parle la langue utilisée au tribunal, l'anglais:

Article 17

Droits de l'accusé

4) Conformément au présent statut, lors de la mise en accusation portée contre un accusé, celui-ci a droit aux garanties minimales suivantes, en pleine égalité:

(f) recevoir l'assistance gratuite d'un interprète s'il ne comprend ni ne parle la langue utilisée au Tribunal résiduel spécial;

Article 25

Langue de travail

La langue de travail du tribunal résiduel spécial
est l'anglais.

En septembre 2013, le Tribunal spécial pour la Sierre Leone a pris sa dernière décision majeure et a cessé ses activités.

4.3 L'administration publique

L'Administration sierra-léonaise fonctionne un peu comme dans les tribunaux. L'anglais est la langue officielle, mais les communications orales peuvent se faire en anglais (lorsque le citoyens connaît cette langue), mais surtout en mendé dans le Sud et en themné dans le Nord, mais le plus souvent en krio parce que c'est la langue la plus utilisée au pays entre les ethnies. Encore une fois, il ne s'agit pas d'un droit linguistique accordé par l'État, mais d'une pratique découlant des nécessités de la vie.

L'article 16 de la Loi sur les collectivités locales (2004) admet l'usage d'une langue indigène locale pour les délibérations au sein des conseils locaux, mais le procès-verbal doit être en anglais:

Article 16

Utilisation des langues

1)
Sous réserve du paragraphe 2, un conseil local peut mener ses délibérations
en anglais ou dans toute autre langue habituelle aux communautés dans la localité.

2) Le procès-verbal des réunions et autres dossiers d'un conseil local doivent être
en anglais
.

La Loi sur la citoyenneté (1973) exige qu'un requérant doit posséder une connaissance adéquate d'une langue actuellement utilisée en Sierra Leone ou encore une langue indigène et en usage actuel:

Deuxième annexe (articles 7 et 8)

1) Sous réserve des dispositions du paragraphe 2, les qualifications pour la naturalisation d'un étranger qui en fait la demande et dont l'un ou l'autre des parents est une personne d'origine négro-africaine nègre sont les suivantes:

(c) qu'il possède une connaissance adéquate d'une langue actuellement utilisée en Sierra Leone;

Troisième annexe (section 8.3)

1) Sous réserve des dispositions de l'article 8, les qualifications pour la naturalisation de toute personne qui en fait la demande et dont aucun des parents n'est une personne d'ascendance négro-africaine sont les suivantes:

(b) qu'elle possède une connaissance adéquate d'une langue indigène et en usage actuel en Sierra Leone;

Si la Constitution interdit la discrimination à l'égard des femmes et des groupes ethniques, elle limite l'acquisition de la citoyenneté aux personnes «de descendance patrilinéaire négro-africaine». Cette limitation nie la citoyenneté, par exemple, aux membres de la communauté libanaise et aux Européens parce qu'ils ne sont pas de race noire. L'Administration en Sierra Leone poursuit aussi la tradition de la «fidélité ethnique», restée un facteur important dans l'attribution des postes au sein du gouvernement et des forces armées. À cet égard, les plaintes de discrimination ethnique (et forcément linguistique) sont courantes. Quand on n'appartient pas à l'ethnie mendé ou themné, les chances sont moins grandes.

Selon la Loi sur la protection des réfugiés (2007), au cours de la procédure dans le statut de réfugié, le demandeur a le droit d'être pleinement informé par l'agence d'exécution, dans une langue qu'il comprend, et le cas échéant par un interprète fourni gratuitement par l'Agence, du fonctionnement de la procédure et de ses droits, mais les documents de voyage doivent être en anglais ou en français:

Article 13

Droits et devoirs des demandeurs d'asile au cours de la procédure dans le statut de réfugié

1) Au cours de la procédure dans le statut de réfugié, le demandeur a :

(a) le droit :

(i) d'être pleinement informé par l'agence d'exécution, dans une langue qu'il comprend, et le cas échéant par un interprète fourni gratuitement par l'Agence, du fonctionnement de la procédure et de ses droits;

PROGRAMME
(DOCUMENT DE VOYAGE)

Paragraphe 1

1) Le document de voyage visé à l'article 28 de la présente convention doit être similaire au modèle ci-joint.

2) Le document doit être rédigé dans
au moins deux langues, dont l'anglais ou le français.

ANNEXE

Spécimen de document de voyage

Le document doit être sous forme de brochure (environ 15 x 10 cm).

Il est recommandé qu'il soit tellement imprimé que tout effacement ou toute altération par voie chimique ou autre puisse être facilement détecté et que les mots «Convention du 28 juillet 1951» soient imprimés en répétition continue sur chaque page,
dans la langue du pays émetteur.

Au plan commercial, l'article 134 de la Loi sur la marine marchande (2003) exige que tous les documents soient rédigés dans la langue anglaise, tandis que les marins doivent posséder une connaissance suffisante de l'anglais pour comprendre les ordres :

Article 134

Emploi
de la langue anglaise

1) Sauf disposition contraire de la présente loi, toute la correspondance, les documents, les formulaires ou autres écrits
doivent être rédigés dans la langue anglaise et, dans le cas d'un contrat d'équipage, d'un carnet de bord officiel et d'une feuille d'appel, selon la forme prescrite, sauf qu’une autre version linguistique d’un document peut être annexée à la version anglaise.

2) Tous les panneaux écrits déplacés à bord d'un navire sierra-léonais doivent être en langue anglaise.

Article 135

Connaissance de l'équipage de l'anglais

1) Lorsque, de l'avis du directeur général, l'équipage d'un navire sierra-léonais se compose ou compte des personnes qui ne comprennent pas les ordres qui leur ont été confiés dans le cadre de leurs obligations en raison de
leur connaissance insuffisante de l'anglais et de l'absence d'accord adéquat pour transmettre des ordres dans une langue dont elles ont une connaissance suffisante, la Direction générale doit informer le capitaine de son avis et le navire ne doit pas prendre la mer jusqu'à ce que le directeur général soit convaincu que la situation a été
régularisée.

En vertu de la Loi sur les marchés publics (2004), un appel d'offres international aux soumissionnaires implique la publication des documents en anglais:
 

Article 48

Invitation à soumissionner

4)
Un appel d'offres international dans lequel la participation des soumissionnaires étrangers est demandée doit impliquer
la publication en anglais de l'invitation à soumettre des soumissions, ou à demander une soumission préalable; si cette procédure a lieu, conformément à l'article 21 et à l'appel d'offres, les documents contractuels doivent également être disponibles en anglais et ils doivent être présentés dans les cas suivants:

(i) lorsque la valeur estimée de l'acquisition dépasse les seuils fixés dans la première annexe; ou
(ii) lorsqu'il n'y a pas de réponse à une procédure d'appel d'offres nationale.

La Loi sur les compagnies (2009) est très claire en ce qui concerne l'usage de l'anglais. À défaut d'un document en anglais, une traduction certifiée conforme est exigée:

Article 320

Dispositions générales sur les revenus annuels

3) Sauf lorsque la compagnie est une société privée, les revenus annuels doivent inclure:

(b) une copie du rapport des vérificateurs au bilan et, si ce bilan est dans une autre langue que l'anglais, il doit lui être annexée également une traduction en langue anglaise, certifiée selon la procédure prescrite, pour être une traduction exacte.

Article 485

Documents à remettre à la Commission par des entreprises exerçant leurs activités dans la Sierra Leone

Toute entreprise constituée à l'extérieur de la Sierra Leone qui, au début de la présente loi, a un siège social dans la Sierra Leone et toute entreprise qui, après l'entrée en vigueur de la présente loi, établit un lieu d'activité dans la Sierra Leone, dans un délai de trois mois à partir du début de la présente loi ou dans un délai d'un mois à compter de la création du lieu d'affaires, doit remettre à la Commission des mesures d'autorisation :

(a) une copie certifiée conforme de la charte, des statuts ou des mémorandums et des articles de l'entreprise, ou tout autre instrument constituant ou définissant la constitution de la société et, si le document n'est pas rédigé en anglais, une traduction certifiée conforme à celui-ci;

Article 486

Bilan de l'entreprise exerçant ses activités dans la Sierra Leone

2) Si le bilan
n'est pas rédigé en anglais, il lui sera annexée une traduction certifiée conforme.

Enfin, la Loi sur les assurances (2016) compte sur les mêmes exigences pour l'anglais ou, à défaut, d'une traduction certifiée:

Article 43

Comptes et déclarations présentés par des assureurs étrangers dans leur pays de domicile

2)
Si un document au paragraphe 1 est dans une autre langue que l'anglais, le document doit être accompagné d'une traduction certifiée en anglais.

Article 44

Certificat que l'assureur étranger a respecté les exigences et la loi dans le pays de domicile

2)
Si un certificat est
dans une autre langue que l'anglais, une traduction certifiée en anglais doit accompagner l'original
.

En somme, tant qu'il s'agit de communications avec les citoyens indigènes, une langue locale peut suffire, mais si le contexte concerne le monde des affaires, l'anglais demeure incontournable.

4.4 L'éducation

Le système d'éducation de la Sierra Leone est divisé en quatre niveaux: 1) l'enseignement primaire de six ans; 2) l'enseignement secondaire inférieur de trois ans; 3) trois années d'enseignement secondaire supérieur ou professionnel; 4) quatre années d'études universitaires ou post-secondaires (tertiaires).

- L'enseignement à la maternelle

L'enseignement appelé «préprimaire» (jardins d'enfants ou maternelle) n'est pas obligatoire dans ce pays. Néanmoins, la Loi sur l'éducation (2004) oblige le gouvernement à soutenir l'enseignement préprimaire qui doit être l'instruction offerte aux élèves âgés de trois à six ans dans les jardins d'enfants ou dans les écoles maternelles, notamment afin d'élargir et d'enrichir leur usage de la langue et de leur donner d'autres compétences dans la communication:

Article 5

Éducation préprimaire

1) L'enseignement préprimaire doit être l'instruction offerte aux élèves âgés de trois à six ans dans les jardins d'enfants ou dans les écoles maternelles.

2) Bien qu'elle soit facultative et ne fasse pas partie du système formel, l'éducation préprimaire continue d'être soutenue par le gouvernement en raison de son utilité dans la préparation des enfants à l'enseignement primaire,

(a) afin d'élargir et d'enrichir leur usage de la langue et de leur donner d'autres compétences dans la communication;

(b) afin de favoriser leur acculturation dans les valeurs et les mœurs de leur société;

La loi ne précise pas de quelle langue il s'agit, ce peut être l'anglais ou la langue maternelle.

- L'enseignement primaire

La guerre civile en Sierra Leone a entraîné la destruction de 1270 écoles primaires; en 2001, 67 % de tous les enfants d'âge scolaire n'étaient pas scolarisés. La situation s'est heureusement améliorée depuis lors, car le taux de scolarisation des écoles primaires a doublé entre 2001 et 2005 et la reconstruction de nombreuses écoles depuis la fin de la guerre. Bien que le nombre d'enfants dans l'enseignement primaire ait considérablement augmenté depuis la fin de la guerre civile, il y avait encore en 2007 de 25 % à 30 % du nombre total de ces enfants qui ne fréquentaient pas l'école. En 2010, ce taux était tombé à 14 %. Le niveau de scolarité des filles est inférieur à ce niveau en partie en raison des croyances culturelles dans certaines régions de la Sierra Leone qui ne soutiennent pas l'éducation des filles.

En principe, la langue d'enseignement dans les écoles publiques de la Sierre Leone est l'anglais, du primaire jusqu'à l'université. L'article 9 de la Constitution de 1991 précise au paragraphe 3 que «le gouvernement doit promouvoir l'apprentissage des langues indigènes ainsi que l'étude et l'application de la science moderne, des langues étrangères, de la technologie, du commerce et des affaires»:

Article 9

Objectifs pédagogiques

1) Le gouvernement doit orienter sa politique de sorte qu'il existe des droits égaux et des possibilités éducatives adéquates pour tous les citoyens à tous les niveaux,

a. en veillant à ce que chaque citoyen ait la possibilité d'être instruit au meilleur de ses capacités, de ses aptitudes et ses préférences en fournissant des installations scolaires à tous les niveaux et dans tous les aspects de l'enseignement primaire, secondaire, professionnelle, technique, collégiale et universitaire;

b. en sauvegardant les droits des groupes vulnérables, tels que les enfants, les femmes et les handicapés dans des établissements d'enseignement sécuritaires; et

c. en fournissant les structures nécessaires, les finances et les installations de soutien pour l'éducation dans la mesure du possible.

2) Le gouvernement doit s'efforcer d'éradiquer l'analphabétisme et, à cette fin, diriger sa politique éducative vers la réalisation,

a. de programmes gratuits d'alphabétisation des adultes;

b. d'un enseignement de base obligatoire aux niveaux primaire et secondaire; et

c. d'un enseignement secondaire supérieur gratuit dans la mesure du possible.

3) Le gouvernement doit promouvoir l'apprentissage des langues indigènes ainsi que l'étude et l'application de la science moderne, des langues étrangères, de la technologie, du commerce et des affaires.

L'article 2 de la Loi sur l'éducation (2004) prévoit qu'on puisse introduire un enseignement des langues indigènes (en anglais: "indigenous languages") de façon à améliorer la compréhension des élèves:

Article 2

Système d'éducation

2) Le système visé au paragraphe 1 doit être conçu :

(a) pour améliorer rapidement l'alphabétisation en Sierra Leone et améliorer les possibilités d'instruction pour les femmes et les filles, les habitants des régions rurales et ceux qui sont désavantagés dans l'acquisition de l'éducation formelle;

(b) pour rendre possible l'acquisition de connaissances et de compétences précieuses et pertinentes pour l'emploi et le travail indépendant;

(c) pour améliorer et élargir l'enseignement de l'anglais, du français, des mathématiques, des sciences naturelles et de la technologie;

(d
) pour élargir considérablement les installations et les programmes d'enseignement des matières techniques et professionnelles;

(e) pour introduire dans le programme de nouvelles matières telles que les langues indigènes et les études sur la Sierra Leone qui donneront et amélioreront u
ne compréhension appropriée et positive de la Sierra Leone;

Il en est ainsi à l'article 41 dans la Loi sur les droits de l'enfant (2007), alors que le paragraphe 2 énonce que «tout enfant doit avoir la possibilité d'apprendre au moins une langue indigène de la Sierra Leone à partir du niveau primaire» :

Article 41

Obligation d'inculquer la fierté culturelle et nationale

1)
Un enfant doit être élevé et éduqué pour être fier de sa culture et de son identité nationale.

2) Tout enfant doit avoir la possibilité d'
apprendre au moins une langue indigène de la Sierra Leone à partir du niveau primaire.

Dans les faits, l'enseignement des «langues indigènes» se limite au mendé et au themné qui, dans leur région respective, peuvent être enseignés comme matière facultative du primaire jusqu'à la fin du secondaire. Or, peu d'enseignants ont les compétences nécessaires pour peuvent le faire, car non seulement ils ont été formés pour enseigner l'anglais, mais de toute façon il n'y a fort peu de manuels disponibles dans les langues indigènes.

Pire, les enfants dans les écoles publiques primaires ne disposent à peu près pas de manuels, ni même de crayons. Dans de nombreux villages des campagnes, les écoles ont été détruites ou sérieusement endommagées, pillées et saccagées. C'est pourquoi beaucoup d'enfants ont reçu une instruction très rudimentaire. Les enseignants ne donnent leurs cours qu'avec fort peu de ressources; il n'est pas rare que deux ou même trois classes partagent une pièce comprenant un seul tableau, dont une partie est utilisée par chaque classe; les locaux sont pourtant remplis d'élèves enthousiastes qui font leur apprentissage en écoutant attentivement leur maître et en répétant exactement ce qu'il dit; n'oublions pas que l'anglais est une langue étrangère pour tous les élèves et qu'ils ne comprennent pas cette langue à leur entrée au primaire. 

En plus de l'anglais comme langue d'enseignement, la Loi sur les personnes handicapées (2011) énonce que «les établissements d'enseignement doivent s'efforcer d'introduire dans leurs institutions la langue des signes et le braille»:

Article 16

Cours devant être mis en place dans les établissements publics d'enseignement

1)
Les établissements d'enseignement doivent s'efforcer d'introduire dans leurs institutions
la langue des signes et le braille.

L'enseignement dans la langue des signes et du braille n'est possible que dans certaines écoles urbaines. Quant à la langue des signes, il s'agit forcément de la langue des signes anglais.

De plus, le fait de vivre en milieu urbain ou non explique également lʼabsence de scolarisation : 55 % des enfants vivant en zone rurale et ne possédant pas d'école à une distance inférieure à 45 minutes ne ne sont pas scolarisés, contre 13 % des écoliers urbains ayant une école accessible en moins de 15 minutes. Lʼabsence d'une école à cycle complet peut également susciter un retrait précoce de lʼécole, car cette situation concernait en 2011 quelque 38 % des écoles primaires et 28 % des élèves.

Enfin, malgré lʼabolition des frais de scolarité au primaire depuis 2001, la scolarisation continue d'avoir un coût indirect en raison des frais associés aux uniformes, à la papeterie et autres fournitures, aux transports, sans oublier parfois des frais scolaires illégaux.

- L'enseignement secondaire

Le taux de fréquentation scolaire est de 40 % au secondaire pour les garçons et de 33 % pour les filles. La langue d'enseignement est l'anglais, mais la langue étrangère obligatoire est le français en raison de la proximité des pays francophones (Sénégal, Guinée, Mali, Côte d'Ivoire, Burkina Faso). Les examens des écoles secondaires dans les écoles financées par le gouvernement (et de nombreuses écoles privées) sont coordonnés par le West African Examinations Council. Il s'agit notamment de l'examen du certificat d'éducation de base et de l'examen de certificat d'école secondaire de l'Afrique de l'Ouest .

- L'enseignement tertiaire

Il existe deux universités en Sierra Leone: l'Université de la Sierra Leone, fondée en 1827 par Fourah Bay College; et l'Université de Njala, qui a été fondée en tant que station expérimentale agricole de Njala en 1910 et est devenue une université en 2005. Il existe un collège de formation des enseignants à Bo. De plus, l'Evangelical College of Theology, fondé en 1964, est accrédité par l'Université de la Sierra Leone et le Comité d'éducation tertiaire pour le diplôme et le baccalauréat. Au niveau tertiaire, tout l'enseignement est offert uniquement en anglais.

4.5 Les médias

Si l'éducation ne se porte pas très bien en Sierra Leone, il en est ainsi pour la presse, du moins pour la liberté d'expression. Le gouvernement a décidé de transformer en loi les Public Emergency Regulations (ou Règlement d'urgence publique), qui ont servi dans le passé à emprisonner des journalistes. Cette mesure, selon Reporters sans frontières (RSF), constitue une menace pour la liberté d’expression. Le règlement contiendrait plusieurs dispositions entrant directement en contradiction avec celles du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIRDCP), dont la Sierra Leone est signataire. Entre autres dispositions, le paragraphe 10.1 de la loi, intitulé Publication de reportages semant la confusion, prévoit que «nul ne doit publier de reportage ou de déclaration susceptible de provoquer l’inquiétude ou le découragement, ou d’être préjudiciable à la sécurité publique, à la tranquillité publique ou au maintien de l’ordre public». Quiconque viole les dispositions de cet article serait passible d’un an d’emprisonnement.

Néanmoins, la Loi sur le droit d'accès à l'information (2013) reconnaît aux citoyens le droit à l'information qui peut être demandée par écrit, même dans une langue locale, mais en ce cas l'agent d'information publique à qui la demande est faite doit prendre des dispositions pour une traduction de la demande en anglais:

Article 3

Soumission et formulaire de demande

1) Une demande d'information en vertu de l'article 2 doit:

(a) être faite par écrit;
(b) décrire les informations demandées; et
(c) fournir une adresse, qui peut être un courriel, à des fins de correspondance.

5) Nonobstant le paragraphe 3, une demande peut, si le requérant est incapable de communiquer en anglais, être faite dans une autre langue locale utilisée au Sierra Leone; et dans ce cas, l'agent d'information publique à qui la demande est faite doit prendre des dispositions pour une traduction de la demande en anglais.

Article
11

1) En plus des éléments énumérés dans son schéma de publication, toute autorité publique doit également :

(a) publier tous les faits pertinents tout en formulant des politiques importantes ou en annonçant les décisions qui concernent le public;

3) Tous les documents doivent être disponibles en tenant compte de la nécessité d'atteindre les personnes handicapées, du coût, de la langue locale et de la méthode de communication la plus efficace dans la région; et l'information devrait être facilement accessible et être disponible gratuitement ou à un prix coûtant, en tenant compte du moyen utilisé.

- Les médias écrits

Comme il fallait s'y attendre, la langue des médias écrits est l'anglais, que ce soit dans Afro Times, Awoko, Concord Times, The Daily Mail, Freedom Now, Front Line, Independent Observer, New Shaft, Rockel Times, Sierra News, Standard Times, The Herald Guardian, The Mirror, The New Citizen, The Telegraph, etc.

Il n'existe pas de journaux dans les langues africaines, hormis le For di People ("For the People", en anglais), un journal sierra léonais de langue créole (krio) basé à Freetown. Ce journal a été fondé en 1983 par Paul Kamara. Évidemment, M. Kamara et d'autres membres du personnel ont été menacés et emprisonnés à de nombreuses reprises dans l'histoire du journal.

On peut citer notamment un cas de diffamation séditieux de haut rang à la suite d'une suggestion selon laquelle la condamnation de fraude du président Ahmad Tejan Kabbah en 1968 l'aurait rendu constitutionnellement inapte pour exercer ses fonctions. 

- Les médias électroniques

La situation est différentes pour les médias électroniques. En effet, l'article 10 de la Loi sur la Société de radiodiffusion de la Sierra Leone (2009) précise que la Sierra Leone Broadcasting Corporation doit diffuser des programmes dans les langues sierra-léonaises, en anglais et dans les autres langues étrangères qui peuvent être choisies:
 

Article 10

Fonctions de la Société

1)
L'objet pour lequel la Société est créée est de fournir de l'information, de l'éducation, du divertissement et de refléter toutes les nuances d'opinion dans toute la Sierra Leone.

2) Sans préjudice de la portée générale du paragraphe 1, la Société :

(e) doit acquérir des bandes pour des canaux spécifiques en utilisant des noms qui n'incluent pas la Société de radiodiffusion de la Sierra Leone, mais qui sont clairement identifiés comme appartenant à la Société de radiodiffusion de la Sierra Leone;

(f) doit prévoir et entretenir des archives de diffusion pour les documents susceptibles d'avoir un intérêt historique et de mettre ce matériel sur l'Internet;

(g) doit diffuser
des programmes dans les langues sierra-léonaises, en anglais et dans les autres langues étrangères qui peuvent être choisies;

De plus, la Loi sur les personnes handicapées (2011) énonce que chaque station de télévision doit fournir un ou des sous-titres dans la langue des signes dans tous les bulletins d'information et les programmes éducatifs ainsi que dans tous les programmes couvrant des événements d'importance nationale:

Article 38

Installations supplémentaires pour personnes handicapées

1)
Chaque station de télévision doit fournir
un ou des sous-titres dans la langue des signes dans tous les bulletins d'information et les programmes éducatifs ainsi que dans tous les programmes couvrant des événements d'importance nationale.

La Radio nationale (SLBS: Sierra Leone Broadcasting Service) diffuse en anglais, mais certains bulletins d'informations sont mendé, en themné et en créole (kriol). La BBC diffuse également en anglais, mais plusieurs stations locales, tells que Radio Democracy et Kiss FM utilisent le kriol, le mendé et le themné. RFI 1 Afrique et RFI 2 diffusent en anglais et en français. Pour sa part, la Télévision nationale (SLBS) produit ses émissions en anglais, mais certains bulletins sont en trois autres langues: le kriol, le mendé et le themné. L'anglais est une langue mieux connue en ce qui concerne les affaires internationales. Cependant, beaucoup de citoyens de la Sierra Leone n'ont actuellement pas accès aux téléviseurs; par conséquent, les médias ne jouent pas un rôle important dans la culture de ces gens-là.

Aux prises avec d'importants conflits inter-ethniques et la guerre civile, la Sierra Leone n'a pas le temps d'élaborer une politique linguistique complexe. En fait, c'est la non-intervention dans son application la plus étroite. L'État ne fait absolument rien au point de vue juridique, ni d'ailleurs dans la pratique. Il s'est contenté de poursuivre la politique coloniale en laissant l'anglais comme langue officielle de facto, car aucun texte de loi n'existe pour proclamer ce statut. L'État sierra-léonais n'a apparemment aucune politique éducative en ce qui a trait à la langue anglaise ni aux langues africaines. Il n'interdit rien, mais ne fait rien. Une telle attitude n'est pas surprenante dans un contexte de corruption généralisée. Forcément, les petites communautés sont marginalisées. Il est possible que, dans les années à venir, un gouvernement élabore une politique plus «indigéniste», mais pour le moment on ne voit pas comment elle pourrait se concrétiser.

Dernière mise à jour: 21 août 2017
 

Bibliographie

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CURTIN, Philip D. The Atlantic Slave Trade: a Census, Madison (USA), University of Wisconsin, 1969.

EHRET, Rebecca. «Language Attitudes and the Linguistic Construction of Ethnic Identity: The Case of Krio in Sierra Leone» dans Languages Choices: Conditions, Constraints and Consequences, Amterdam/Philadelphie, Éditions Martin Pütz / J. Benjamins,  1997.

ENCYCLOPÉDIE MICROSOFT ENCARTA, 2004, art. «Sierre Leone», pour la partie historique.

UNITED BIBLE SOCIETIES. «Gud Yus fo Olman: Di Nyu Testament [The New Testament in the Krio Language of Sierra Leone, West Africa]», Freetown, The United Bible Societies, 1987.

WEST, Richard. Back to Africa: A History of Sierra Leone and Liberia, New York, Holt Rinehart and Winston, 1970.