République togolaise

Togo

Capitale: Lomé
Population:  6,1 millions (2005)
Langue officielle: français 
Groupe majoritaire: aucun 
Groupes minoritaires: environ 40 langues, dont l'éwé (20 %), le kabiyé (16 %), le watchi (8,3 %), le tem (4,6 %), le moba (4,3 %), le naoudem (3,3 %) et le lama (2,6 %) 
Langue coloniale: français
Système politique: république unitaire
Articles constitutionnels (langue): article 3 de la Constitution du 14 octobre 1992
Lois linguistiques: arrêté de 1984 no 14/METQD-RS/MEPD portant création d'un Comité de coordination des activités sur les langues nationales (CCALN); décret no 68-195 du 11-11-68 portant création du Comité national d'alphabétisation. 

1 Situation générale

La République togolaise est un pays de l’Afrique de l’Ouest, ouvert sur le golfe de Guinée, limité au nord par le Burkina Faso, à l’est par le Bénin et à l’ouest par le Ghana. C’est l’un des plus petits États africains avec 56 790 km², s’étirant sur 550 km du nord au sud avec une largeur n’excédant pas 130 km. Géographiquement, le Togo apparaît comme une étroite bande de terre de 90 km de large inséré avec le Bénin entre deux géants anglophones de l’Afrique occidentale: le Nigeria à l’est et le Ghana à l’ouest. La capitale du Togo est Lomé. Le pays doit son nom au petit village de Togodo signifiant «situé sur l'autre rive», aujourd'hui appelé Togoville.

Administrativement, le Togo est divisé en cinq régions (du nord au sud):  les Savanes, la Kara, le Centre, les Plateaux et la Région maritime (voir la carte détaillée). Les principales villes sont la capitale Lomé (700 000 habitants), Sokodé (51 000 habitants), Kara (30 000 habitants) et Kpalimé (30 000 habitants).

2 Données démolinguistiques

En 2005, la population du Togo était estimée à 6,1 millions d'habitants répartis une mosaïque de peuples.  La population togolaise est essentiellement rurale, avec 79% de ruraux contre 21% de citadins. On compte plus d'une cinquantaine d'ethnies différentes, dont aucune n’est majoritaire, mais les Éwés au sud et les Kabiyés au nord sont les plus représentés. Dans le Sud, vivent les ethnies du groupe kwa, notamment les Éwés (22 %) et les Ouatchis (10 %). Dans le Centre et le Nord, moins peuplés, vivent des ethnies du groupe gur, notamment les Kabiyés (13 %). Aux deux grands foyers démographiques, celui des Kabiyés-Losso au nord, celui des Éwés, des Minas et des Ouatchis au sud, s'ajoute une quarantaine de groupes différents; les deux noyaux de peuplement sont séparés par des régions centrales peu occupées. Dans l’extrême nord (Savanes), les Tamberma comptent parmi les plus anciennes populations du pays. Comme au Bénin, on trouve sur la côte des descendants d’anciens esclaves revenus du Brésil et portant des noms portugais. 

À ce grand nombre d'ethnies correspondent autant de langues, dont aucune n’a réellement réussi à s’imposer sur tout le territoire.  La quarantaine de langues parlées relèvent massivement de la famille nigéro-congolaise; elles appartiennent soit au groupe kwa (comme l'éwé), soit au groupe gur (comme le kabiyé), soit au groupe mandingue, soit au groupe ouest-atlantique (le peul). Les langues kwa (au sud) et gur (au nord) représentent à elles seules plus de 90 % des langues parlées au Togo.  

Les langues kwa se subdivisent en deux sous-groupes: gbé et agnibaoulé.  Les langues du sous-groupe gbé sont l'éwé, le kwasi, le kwin, l'aja, le fon, l'enlo, parlées par environ la moitié de la population. Quant aux langues gur, elles se subdivisent en langues lama, où l'on retrouve le kabiyé et le tem, ainsi que le lamda, parlées au total par environ le tiers de la population.   Pour ce qui est du Togo central, les langues importantes sont le kposso, l'higo, le ginyianga , le kékpéké, le gidéré , le yisébé, parlées par quelque 4 % de la population.   

Au point de vue du nombre, les langues les plus importantes sont l'éwé, parlé par 20 % de la population et le kabiyé parlé par environ 16 %, ainsi que le watchi (8,3 %), le tem (4,6 %), le moba (4,3 %), le naoudem (3,3 %) et le lama (2,6 %).  Seuls l'éwé et le kabiyé sont enseignés dans les écoles, bien que le français soit demeuré la principale langue d'enseignement. Le mina, qui est une forme simplifiée de l’éwé, sert de langue commerciale sur presque tout le territoire. 

Les seules langues n'appartenant pas à la famille nigéro-congolaise sont le haoussa (famille chamito-sémitique) parlé par 6900 locuteurs et le français (famille-indo-européenne).

Les religions pratiquées au Togo sont également multiples: la majorité est restée attachée à la religion ancestrale (59 %), mais les catholiques sont très nombreux (22 %), suivis par les musulmans (12 %) et les protestants (6%).

3 Données historiques

Nous savons peu de choses sur l'histoire du Togo ancien. On sait que des royaumes, comme l'Atakpamé et le Notsé, existaient avant l'arrivée des Européens.  Toutefois, l'histoire moderne du Togo fut essentiellement marquée, à partir du XVIIe siècle, par le royaume du Dahomey et le royaume des Ashanti à l'ouest. Les Bassari, les Tamberma et les Kabiyés habitaient les régions montagneuses lorsque des populations arrivèrent, poussées par les événements qui déstabilisèrent l’Afrique occidentale: traite négrière, introduction des armes à feu et islamisation de la savane. Dans le Centre- Nord, les Gourma islamisés et les Kotokoli se sont installés autour de Sokodé (Région centrale); les Tyokossi se sont établis dans la région de Mango. Le centre et le sud du pays ont subi les soubresauts de la montée des Bariba du Bénin, ainsi que du royaume du Dahomey et des Ashanti du Ghana. Réfugiées dans leurs montagnes, les populations locales ont résisté aux razzias de leurs voisins. Également dans le Sud, les populations venues de l’Est (Bénin actuel et Nigeria) se sont installées en vagues successives à partir du XVe siècle, lors de l’arrivée des Portugais sur la côte. Les Éwés se sont établis dans le Sud autour de Tado, près de Notsé (sud de la région des Plateaux), au siècle suivant. Au XVIIe siècle, parce qu'ils étaient devenus trop nombreux, les Éwés se sont dispersés dans l’Ouest, jusqu'à la rive gauche de la Volta.

Du côté des Européens, à partir du XVIe siècle, les Portugais pratiquèrent un commerce actif et la traite négrière se développa au siècle suivant, autour du comptoir de Petit-Popo (actuel Anécho). Au XVIIIe siècle, les Danois venus de Christianenborg (l'actuelle Accra), s'implantèrent à leur tour; ils furent suivis, à partir des années 1780-1800, par des Hollandais et de nombreux «Brésiliens», des anciens esclaves libérés et rapatriés du Brésil ou des descendants de Portugais installés au Togo, qui participèrent aux échanges côtiers. Certains comme Francisco Felix da Souza, établi à Petit-Poto (futur chacha du Dahomey, l'actuel Bénin), firent fortune dans le commerce du tabac, du rhum, des tissus et la traite des esclaves. En 1880, le Togo tel qu'on le connaît actuellement n'existait pas. Les Anglais et les Français, occupant respectivement la «Gold Coast» (actuellement le Ghana) et le Dahomey (actuellement le Bénin), installèrent des postes douaniers à leurs frontières, d'où ils tiraient l'essentiel de leurs ressources, prélevées sur le tabac et l'alcool.

3.1 La colonisation allemande

En 1883, le chancelier allemand Bismarck décida d'imposer un protectorat sur le Togo. L'année suivante, l’explorateur allemand Gustav Nachtigal signa un «traité de protectorat» avec le chef du lac Togo, M'lapa III de Togoville, et donna son nom actuel au pays. En 1885, au congrès de Berlin, durant lequel ont été délimitées les zones d’influence économiques européennes en Afrique, la côte togolaise fut officiellement attribuée à l’Allemagne. 

Comme les autres puissances coloniales, l’Allemagne s’empressa de faire valoir ses droits sur l’arrière-pays. Puis les Allemands se lancèrent à la conquête dans une véritable course contre la montre et annexèrent en quelques années 85 000 km² de territoires. Ils fondèrent le port de Lomé et mirent en place une économie de plantations, notamment dans la région de Kpalimé, propice à la culture du cacao et du café. Mais l'arrivée des Allemands se heurta à une forte résistance de la part des Africains. Des accords furent signés avec certains royaumes, mais la révolte des Kabiyés (1890) et celle des Konkomba (1897-1898) furent matées brutalement. Toutefois, les révoltent augmentèrent en intensité au fur et à mesure que les occupants allemands s'enfonçaient à l'intérieur des territoires du Togo conquis.

L'Allemagne encouragea ses citoyens à s'installer dans la colonie togolaise — le Togoland — en leur offrant des concessions à des conditions très avantageuses. Elle fit également construire les infrastructures nécessaires à l'exploitation du Togo, comme des lignes de chemin de fer, en recourant massivement aux travaux forcés. Les Allemands en firent une Musterkolonie (une «colonie modèle») où devaient régner l’équilibre, la prospérité et la bonne gestion, mais où la langue allemande n'était pas imposée aux populations locales. Certains responsables allemands ne désiraient pas transmettre la langue et la culture allemandes, car ils considéraient que les Noirs n'étaient ni dignes ni capables de bénéficier d'une telle éducation. En 1894, le capitaine de la colonie Jesko von Puttkammer (1889-1895) déclarait :

La langue éwé est et reste un dialecte nègre sauvage, extrêmement primitif, qu'il est utile d'apprendre [...] pour pouvoir se faire comprendre avec ses travailleurs. Toutefois, la langue d'un peuple civilisé est bien supérieure aux balbutiements de tous ces Nègres, à mi-chemin entre la langue des hommes et celle des singes. 

Ce genre de savoureux jugement de valeurs était courant à l'époque et était partagé par tous les Européens, pas seulement les Allemands, mais aussi les Britanniques, les Français, les Espagnols, les Italiens, les Portugais, etc. En matière de formation scolaire, le Togo allemand mit en place des écoles gérées par des missions catholiques et protestantes. Vers, 1910, le pays comptait 163 établissements scolaires évangéliques et 196 catholiques. Les catholiques avaient créé aussi un centre de formation pour les enseignants. Les missionnaires, tant catholiques que protestants, privilégiaient l'enseignement «en langue indigène» pour mieux convertir les «païens» à leur religion. Par exemple, la Mission de Brême assurait l'enseignement primaire entièrement en éwé, tandis que la formation supérieure était surtout dispensée en anglais, très rarement en allemand. Ainsi, dans l'ensemble, les missionnaires n'imposèrent jamais la langue allemande. L'influence de la langue allemande demeura presque nulle chez les Togolais. 

Les autorités allemandes tentèrent bien d'organiser le partage de la nouvelle colonie entre les missions chrétiennes et de n’autoriser que la présence de missionnaires de nationalité allemande, mais elles se désintéressèrent rapidement de la question scolaire. En 1913, on ne comptait que quatre écoles publiques (Regierungschulen), qui rassemblaient 341 élèves, comparativement à 348 écoles confessionnelles qui en recevaient plus de 14 000. Ce furent les seuls établissements d'enseignement où l'on enseignait en allemand. Dans les petites écoles primaires, l’enseignement en éwé est toujours resté prépondérant, concurremment à l'anglais

Dans un rapport présenté en 1903 en vue d’une évaluation officielle, les conséquences de la politique linguistique alors en vigueur furent mises en évidence:

Selon le rapport de plusieurs observateurs sur place, la colonie du Togo a jusqu’ici, bien qu’elle soit depuis près de 20 ans une possession allemande, davantage un caractère anglais qu’un caractère allemand, notamment dans les échanges avec les indigènes, où la langue anglaise est employée de façon tout à fait prépondérante non seulement dans l’activité privée, mais aussi par les autorités. [...] Dans le domaine monétaire, on a de même essentiellement recours à la monnaie anglaise.(Rapporté par P. SEBALD, Togo 1888-1914).

Parfois, des administrateurs allemands s'inquiétaient des idées véhiculées par les missionnaires. Ces derniers furent accusés de répandre des «idées subversives» du type «Liberté, Égalité, Fraternité». Des commerçants allemands exprimaient leurs crainte de la façon suivante: « Les jeunes Togolais qui ont pu faire leur éducation dans les classes supérieures du territoire anglais [...] répandent des idées démocratiques et révolutionnaires dans le Protectorat.» (cité par SEBALD, 1988). L’administration pouvait ainsi constater les «effets pervers» d'un système éducatif non contrôlé par les autorités gouvernementales. De guerre lasse, le 9 janvier 1905, le comte Graz Zech, gouverneur de la colonie (1904-1910), promulgua une ordonnance interdisant l’emploi de l’anglais: 

Dans toutes les écoles du territoire, ne sera autorisée comme enseignement de langue non indigène aucune autre langue vivante que l’allemand.

Les missions chrétiennes finirent pas s'incliner, mais la querelle au sujet de l’anglais se poursuivit jusqu’en 1914.

Après l’éclatement de la Première Guerre mondiale, une opération conjointe franco-britannique força les Allemands, retranchés à Atakpamé (capitale de la région des Plateaux), à capituler dès le mois d’août 1914. Le gouverneur allemand Herzog Adolf Friedrich zu Mecklenburg (1912-1914) dut quitter le Togo.

Les Français et les Britanniques se partagèrent l'occupation du territoire, une décision qui fut confirmée le 10 juillet 1919. Le Togo devint alors un mandat de la Société des Nations, partagé entre la France (partie nord et est appelé le «Togo français») et le Royaume-Uni (partie ouest appelé le «British Togo»). Le Togo français obtint une superficie de 56 600 km2, le Togo britannique, 33 800 km2.  Avant la guerre de 1914, le Togo avait une superficie de 90 500 km². On peut dire que le Togo est le seul pays d'Afrique à avoir vécu sous colonisation allemande, sous domination anglaise et enfin sous mandat français.

3.2 La colonisation française

Par crainte que les Togolais restent loyalistes à l'Allemagne, les Français firent en sorte de supprimer toute trace de la colonisation allemande. Tout en appliquant un régime plus souple, ils réduisirent à néant l'influence des Togolais instruits par les Allemands et interdirent l'usage de la langue allemande, notamment aux missionnaires alsaciens et lorrains. Le français devint la langue officielle du Togo et l'enseignement public se fit seulement en français.

À l'inverse des Allemands qui n'avaient pu définir ni appliquer une politique linguistique cohérente, les Français imposèrent sans ambiguïté la langue française. Dès 1915, l'allemand fut interdit dans leur zone, puis ce fut le tour de l'anglais à partir de 1920. L'arrêté de 1922, qui organisait le secteur scolaire public et assurait le contrôle des écoles confessionnelles, imposa le français comme seule langue admise dans les écoles. L'arrêté de 1922, publié dans le Journal officiel du Togo, stipulait à l'article 5 dans cette disposition sans équivoque: «L'enseignement doit être donné exclusivement en français. Sont interdits les langues étrangères et les idiomes locaux». Les langues étrangères visées étaient l'allemand et l'anglais, les «idiomes locaux» (qui n'avaient pas droit au titre de «langue») étaient les langues togolaises. 

Les Français croyaient que, en raison du grand nombre des langues togolaises, il était inutile et impossible d'en choisir une comme «langue de communication» au détriment des autres, sans provoquer des conflits de préséance entre les ethnies. Ils croyaient surtout  que les langues africaines étaient trop «primitives» et «inaptes à l'enseignement», c'est-à-dire tout le contraire du français décrit comme «supérieur». D'ailleurs, le gouverneur Bonnecarrère déclarait sans faux orgueil: 

Notre génie national, que des juges impartiaux à l'étranger ont reconnu plus particulièrement apte à guider les peuples arriérés vers un mieux être social, matériel et intellectuel, ne saurait jeter tout son éclat si la langue nationale n'était pas généralisée.

Les autorités françaises durcirent même leur position par la suite, comme en témoigne cet arrêté de 1928 qui précisait:

Le français est seul en usage dans les écoles. II est interdit aux maîtres de se servir entre eux ou avec les élèves, en classe ou en récréation, des idiomes du pays.» (Société des Nations, 1928).

De leur côté, les Togolais n'ont pas semblé à ce moment-là porter un grand intérêt au problème de leurs langues nationales. Seules les communautés religieuses restaient préoccupés par l'enseignement en éwé dans les écoles. 

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, les Nations unies reprirent à leur compte le mandat de la SDN sur le Togo et désignèrent un conseil de tutelle chargé de contrôler l'administration française. Les partis politiques togolais travaillèrent activement à l'évolution du statut du pays mais se divisèrent en deux camps, opposés dans leurs objectifs: le Comité de l'unité togolaise (CUT) était partisan d'un État réunifié et autonome alors que le Parti togolais du progrès (PTP), qui devint le Mouvement populaire togolais (MPT), demandait l'abolition de la tutelle et réclamait une association plus étroite avec la France. Pendant ce temps, le débat linguistique avait commencé dans l’opinion publique togolaise. Dans le journal L’Écho du Togo, on a pu lire ce qui suit au sujet de l'éwé: «La culture des Éwé étant supérieure, lorsque le pays sera indépendant, tout le Togo devra avoir l’éwé comme langue nationale.» Dans l'état actuel des choses, la France, qui ne pouvait déjà pas accepter les particularités linguistiques sur son propre territoire, ne pouvait pas davantage tolérer l'émergence d'une langue africaine dans ses colonies. 

En 1956, à l’issue d’un référendum, le Togo britannique fut incorporé à la Côte-de-l’Or (ou «Gold Coast»), qui devint le Ghana au moment de son indépendance en 1957. Les Éwés refusèrent ce choix qui consacrait la partition de leur peuple, dont le territoire s’étendait avant la colonisation européenne de Notsé aux rives de la Volta. Cet éclatement nourrira par la suite des tensions périodiques entre le Ghana et le Togo.

En 1958, un nouveau référendum, organisé sous l’égide de l’ONU, permit au Togo français d’accéder à l’autonomie, en tant que république, au sein de la Communauté française. L’Union des forces du changement, qui militait pour une indépendance totale, dirigea le premier gouvernement autonome. Sylvanus Olympio, leader du parti, originaire du Sud, devint chef du gouvernement. En février 1960, il refusa l’offre du président ghanéen Kwame Nkrumah d’unir les deux pays. Le Togo devient indépendant, le 27 avril 1960, et obtient un siège à l’ONU en septembre de la même année.

3.3 Le Togo indépendant

Au début des années soixante, Sylvanus Olympio mit en place un régime présidentiel autoritaire qui suscita le mécontentement populaire. En janvier 1963, le président Olympio était assassiné, lors d’un putsch militaire auquel participait Gnassingbé Eyadéma (l'actuel chef de l'État). Nicolas Grunitzky fut alors chargé par l’armée de former un gouvernement provisoire et assuma les fonctions de président. Depuis ce temps, la violence marque la vie politique togolaise.

Puis la dictature militaire instaurée en 1967 par par le coup d'État d'Étienne Gnassingbé Eyadéma (soutenu par la France), un sous-officier de l'armée française, avec pour façade civile le Rassemblement du peuple togolais (1969), l’unique parti autorisé, fut confronté à plusieurs tentatives de déstabilisation, sources de tension avec les voisins, dont le Ghana. La question linguistique n'avait alors pas préoccupé réellement le président Gnassingbé Eyadéma qui maintenait ses distances avec l'ethnie éwé (parce qu'il était issu lui-même de l'ethnie kabiyé). Néanmoins, il lança la campagne pour un «retour à l'authenticité», c'est-à-dire l'adoption obligatoire de prénoms d'origine africaine. Il fallut attendre les réformes de 1975 pour poser les bases d'une école en rupture avec l'époque coloniale. Parmi les objectifs fixés, la question de la «réhabilitation des langues et des cultures africaines» apparut comme essentielle. À la lecture des journaux de l’époque, il  est clair que la revalorisation des langues africaines apparaissait comme une donnée incontournable, alors que même le concept de francophonie était associé à l’«impérialisme culturel» de l’ancienne métropole.


Gnassingbé Eyadéma
En 1986, un attentat manqué contre Eyadéma, organisé par un commando infiltré depuis le Ghana, déclencha de violentes manifestations à Lomé et une intervention de la France qui craignait une nouvelle déstabilisation du régime. Les troupes restées fidèles au président Eyadéma, composées à 70 % de Kabiyés, tentèrent à plusieurs reprises de renverser le nouveau régime, amenant le pays au bord de la guerre civile et d’un conflit avec le Ghana, accusé de protéger les opposants. En mars 1993, le président Gnassingbé Eyadéma échappait à un assassinat, où plusieurs officiers supérieurs trouvèrent la mort.

Les premiers mois de l’année 1993 furent marqués par les exactions de l’armée à l’encontre de la population de Lomé, comptant de nombreux Éwé. Elles entraînèrent un exode massif vers le Ghana (où auraient trouvé refuge 100 000 personnes) et le Bénin (130 000 personnes). Les élections législatives d’octobre 1997, boycottées par l’opposition, donnèrent au président Eyadéma une majorité absolue. Il est probable que, comme bien d'autres fois auparavant, des dizaines de milliers de défunts déjà recensés soient venus voter pour lui. Celui-ci fut réélu président de la République en juin 1998 pour un nouveau mandat de cinq ans.

Le 29 juillet 1999, les partis politiques soutenant le président et ceux de l'opposition signèrent un accord pour mettre fin à la crise politique qui sévit depuis le début des années quatre-vingt-dix. Le texte de l'accord prévoit la création d'une commission électorale indépendante et d'un code de bonne conduite précisant devoirs et droits respectifs de l'opposition et de la majorité. Le président annonça qu'il allait dissoudre l'Assemblée nationale et organiser des élections législatives pour que d'autres formations politiques puissent entrer au Parlement. Il s’engageait à respecter la Constitution et à ne pas se présenter pour un troisième mandat.  Doyen des présidents du continent africain, le général Gnassingbé Eyadéma continue, depuis plus de trois décennies, de diriger d'une main de fer le Togo qu'il terrorise. Ce n'est pas un hasard si plus de 80 % des 12 300 soldats de l'armée togolaise proviennent des régions du Nord et appartiennent à 70 % à l’ethnie kabiyée (comme le président Eyadéma); la moitié d'entre eux sont originaires du village natal du président (Pya). Et il en est de même des officiers qui appartiennent presque tous à la famille du président (son fils Ernest, ses cousins et autres membres directs de la famille). Pour beaucoup de Togolais, le pays ne vit plus en tant qu’État souverain et son président n’est plus élu depuis 1967, il est imposé par la France, mais tout le pays est contrôlé par l'ethnie kabiyé. Au cours des années quatre-vingt-dix, c'est un Français qui dirigeait l'école militaire de Pya, qui recrutait et formait des éléments issus de l'ethnie présidentielle kabiyée. Par dérision, ont dit que le Togo est l'«enfant chéri de la Françafrique». 

Malheureusement, tous les organismes internationaux continuent de déplorer la situation des droits humains au Togo. Par exemple, depuis le début de la décennie quatre-vingt-dix, Amnesty International a publié trois documents sur le Togo, dans lesquels elle a attiré l'attention des autorités togolaises, ainsi que de l'opinion internationale, sur la permanence des graves atteintes aux droits de la personne. Plusieurs organismes ont adressé des recommandations aux autorités togolaises afin qu'elles agissent de toute urgence pour empêcher que soient commises de nouvelles atteintes aux droits humains, mais rien pour le moment n'a réellement été entrepris pour mettre un terme à cette situation. On ne se surprendra pas que dans ces conditions le Togo soit l'un des pays les plus pauvres de la planète avec un PIB annuel de moins de 330 US $ par habitant (inférieur à celui de 1988). Le Togo que l'on représentait jadis, en raison de ses ressources physiques et humaines, comme la «Suisse de l'Afrique», se retrouve classé aujourd'hui au même indice de développement humain que le Bangladesh ou le Cambodge. 

4 La politique linguistique du Togo

La politique linguistique du Togo n'est pas très élaborée, et les textes juridiques sont peu nombreux. Outre la Constitution de 1991, mentionnons  la loi n° 88-20  (sur l'adaptation et la rénovation de l'apprentissage), la loi n° 88-16 modifiant la loi n° 83-20 du 20 juin 1993, le décret n° 90-68/PR sur le Fonds national d'apprentissage, de formation et de perfectionnement professionnels et l'arrêté n° 89/014/ portant création d'un Comité de coordination des activités sur les langues nationales (CCALN) du ministère de l'Enseignement technique, de la Formation professionnelle et de l'Artisanat (METFPA) et le décret no 68-195 du 11-11-68 portant création du Comité national d'alphabétisation. 

La Constitution de 1991 ne comptait qu'une disposition à caractère linguistique. Il s'agit de l'article 3 qui déclarait que le français est la langue officielle: «[...] La langue officielle de la République togolaise est le français.» En 1992, une nouvelle constitution fut promulguée le 14 octobre 1992 à la suite du référendum du 27 septembre 1992. Nous reproduisons l'article 3 au complet, bine que la disposition sur le français comme langue officielle n'apparaisse que dans une seule phrase au paragraphe 6:

Article 3

1) L'emblème national est le drapeau composé de cinq bandes horizontales alternées de couleurs verte et jaune. Il porte à l'angle supérieur gauche une étoile blanche à cinq branches sur fond carré rouge.

2) La fête nationale de la République togolaise est célébrée le 27 avril de chaque année.

3) Le sceau de l'État est constitué par une plaque de métal en bas relief de forme ronde de 50 millimètres de diamètre et destiné à imprimer la marque de l'État sur les actes. Il porte à l'avers pour type, les armes de la République, pour légende,

«Au nom du Peuple togolais.»

4) Les armoiries de la République togolaise sont ainsi constituées :

- Écu d'argent de forme ovale et à la bordure de sinople, en chef l'emblème national, deux drapeaux adossés et devise sur banderole ; en coeur de sable les initiales de la République togolaise sur fond d'or échancré ; en pointe, deux lions de gueules adossés.

- Les deux jeunes lions représentent le courage du peuple togolais. Ils tiennent l'arc et la flèche, moyen de combat traditionnel, pour montrer que la véritable liberté du peuple togolais est dans ses mains et que sa force réside avant tout dans ses propres traditions. Les lions debout et adossés expriment la vigilance du peuple togolais dans la garde de son indépendance, du levant au couchant.

5) L'hymne national est «Terre de nos aïeux».

6) La langue officielle de la République togolaise est le français.

4.1 La politique de la langue officielle

Le français, en tant que langue officielle, est utilisé principalement dans le domaine politique (Exécutif, Parlement, etc.), dans l’administration, l'éducation, les médias et le commerce. Il faut comprendre que la politique linguistique à l'égard du français en est une de non-intervention. Elle consiste à perpétuer les pratiques utilisées par l'ancien colonisateur.

Au Parlement, les lois sont rédigées et promulguées seulement en français; les débats se déroulent en français, même s'il n'est pas interdit d'employer l'éwé et le kabiyé. Dans les Tribunaux, la seule langue écrite admise est le français. Dans les communications orales, les langues nationales comme l'éwé et le kabiyé sont admises devant le juge qui rend sa sentence en français et peut recourir à un ou plusieurs interprètes.

Dans l’Administration publique, les langues togolaise sont employées dans les communications orales avec les fonctionnaires parlant la ou les mêmes langues, mais cette pratique ne constitue pas un droit. Puisque le français est la langue de l’État, c’est cette dernière langue qui obtient ce droit d’être utilisé. Toutefois, des documents peuvent occasionnellement avoir une version dans certaines langues nationales (éwé et kabiyé). 

En ce qui a trait à l’éducation, deux langues nationales (éwé et kabiyé) coexistent avec le français dans les écoles maternelles. Dans les écoles primaires du pays, l’enseignement est dispensé en français, mais aussi en éwé et en kabiyé en tant que matière d'enseignement. Pour le reste, le français est la seule langue d’enseignement jusqu'à l'université. Par décret gouvernemental, l’enseignement de la langue seconde est obligatoire pour les élèves du secondaire et ceux-ci doivent choisir entre l’anglais, l’arabe, l’allemand et l’espagnol.

La vie économique se déroule dans les langues nationales pour les communications orales, notamment en éwé et en kabiyé. Dès que la langue écrite entre en jeu, seul le français assure la communication: affichage, publicité, étiquetage, modes d’emploi, etc. Bref, le bilinguisme constitue une pratique normale dans ce pays et personne ne remet pour le moment cette pratique en question.

4.2 La politique des langues nationales

La politique linguistique togolaise ne serait pas complète sans le volet portant sur les langues nationales. Comme instruments juridiques, citons l'arrêté de 1984 no 14/METQD-RS/MEPD portant création d'un Comité de coordination des activités sur les langues nationales (CCALN) et le décret no 68-195 du 11-11-68 portant création du Comité national d'alphabétisation. Contrairement au «volet langue française», cette politique sur les langues nationales se révèle interventionniste.  Elle a débuté au cours des années soixante-dix. Voici le point de vue officiel du ministère de l'Éducation nationale en 1973: 

Au Togo, l’argument utilisé pour assurer la suprématie du français, l’argument de la diversité de nos dialectes, n’est que pure mystification [...]. Notre pays, certes, compte une quinzaine de parlers locaux, dont l’apprentissage serait lent a réaliser, mais, dans l’ensemble, le Togo à une vocation «éwéphone» et «témophone», car ces deux langues regroupent de grands ensembles et sont parlées en principe respectivement de Lomé à Blitta, et de Blitta à Dapango.  (Ministère de l'Éducation nationale,1973).

La politique du Ministère privilégiait deux langues: l'éwé et le tem. Si le choix de l'éwé dans le sud du pays semblait aller de soi, le choix du tem dans le nord paraissait presque arbitraire. Le tem, une langue utilisée par les commerçants musulmans de l'ethnie kotokoli, jouait effectivement le rôle de langue véhiculaire le long des axes routiers dans le Nord, mais cette langue n'était guère employée dès qu'on s’éloignait des centres commerciaux. Le choix de deux langues, dont l'une était originaire du Sud (l'éwé), l'autre (le tem) du Nord, reposait sur des considérations d'ordre politique. Imposer partout la seule langue éwé aurait pu être perçu comme une hégémonie linguistique du «Sud favorisé» sur le «Nord délaissé», ce qui aurait été refusé par les dirigeants politiques, le président Gnassingbé Eyadéma étant originaire du Nord. Or, le président Eyadéma avait exigé, comme objectif prioritaire «le rééquilibrage entre le Sud favorisé et le Nord délaissé durant la période coloniale». 

Le problème qui se posait était que ce choix des deux langues mettait nécessairement au rancart les autres langues nationales. L'unité nationale, au nom de l'intérêt supérieur de la nation, fut alors invoqué par le ministère de l'Éducation nationale: 

Bien entendu, l’idéal serait d’enseigner toutes les langues locales du premier degré au quatrième degré, mais le souci de l’unité nationale nous impose ces deux langues: l’éwé et le tem (kabrê).

Dans cette déclaration, on peut lire, entre parenthèses, le mot kabrê. Or, le kabrê est une autre façon d'écrire kabiyé, la langue du groupe ethnique du même nom, dont est originaire le président Eyadéma. Il est apparu plus facile de proposer le terme de kabrê plutôt que celui de tem associé à la langue des Kotokoli, lesquels lors de la colonisation allemande furent des alliés des militaires pour soumettre les groupes kabiyés. Quoi qu'il en soit, les artisans de la réforme éducative proposèrent que l’éwé et le tem soient enseignés sur l’ensemble du territoire togolais selon le schéma suivant:

- Zone 1 (Sud): première langue, l’éwé; seconde langue, le tem;
- Zone 2 (Nord): première langue, le tem; seconde langue, l’éwé.

La zone 1 s’étend de Lomé à Blitta (couvrant la Région maritime, la Région des Plateaux et une partie de la Région centrale) où l’enseignement de l’éwé était prévu dès la première année du primaire, puis celui du tem, à partir de la sixième année. Dans la zone 2 (de Blitta à Dapango: une partie de la Région centrale, la Kara et les Savanes), le tem devenait la première langue et l’éwé la seconde. Toutefois, dans une première étape, le français devait être maintenu comme langue d’enseignement, alors que les deux langues togolaises étaient introduites comme «matières d'enseignement» (disciplines). Dans la seconde étape, l’enseignement devait être dispensé en éwé et en tem, et le français devait acquérir le statut de «langue étrangère». 

La réforme scolaire fut promulguée en 1975, mais le tem avait été entre-temps remplacé par le kabiyé, la langue de l'ethnie du général-président du Togo. Comme le kabiyé était aux prises avec plusieurs variétés dialectales, la variante de la région de Pya (à 10 km de Kara, capitale de la Kara), le village natal du président, fut retenue comme norme standard. En 1978, l'éwé et le kabiyé firent leur apparition dans les écoles, mais l'essentiel de la réforme ne fut jamais appliqué. 

Le français est toujours demeuré l'unique «langue d'enseignement», alors que les deux langues nationales sont restées des «matières d'enseignement». De plus, l'introduction de la «seconde» langue nationale (éwé dans le Nord et kabiyé dans le Sud) n'a jamais été réalisée. De plus, la «première» langue (éwé dans le Sud et kabiyé dans le Nord) n'est assurée que dans un nombre restreint de classes du primaire. 

Il faut dire que l'enseignement de l'éwé et du kabiyé se heurte au problème du faible niveau de connaissances linguistiques des enseignants. Bien que la place des langues nationales à l’école demeure encore marginale, la formation des enseignants se poursuit, de même que la production de manuels scolaires.  Aujourd’hui, les objectifs fixés par le ministère de l'Éducation ne visent plus à remplacer le français en tant que langue d’enseignement, mais de généraliser l’apprentissage des deux langues à l’ensemble des élèves et dans la totalité des cours du primaire.

Selon un fascicule (diffusé en 1991) de la Direction de la formation permanente, de l'action et de la recherche pédagogique (DIFOP), l'éwé et le kabiyé seraient enseignés au primaire dans plus de 60 % des établissements d'enseignement primaires et dans un tiers des collèges. Le taux d'analphabétisme se situerait à 44 % pou les hommes et à 68,9 % pour les femmes, avec une moyenne nationale de 56,4 %. Les mêmes problèmes se sont perpétués depuis des décennies, à savoir la pénurie d'enseignants compétents, l'insuffisance du matériel didactique, l'hétérogénéité des classes, les mauvaises conditions de travail, l'attitude négative de certains enseignants, parents et élèves, etc., à l'égard du système éducatif. Les parents qui le peuvent envoient leurs enfants dans les écoles privées où l'on enseigne uniquement en français.  

Cette situation n'empêche pas l'éwé de se répandre dans tout le Sud en tant que principale langue véhiculaire au détriment du français. De plus, le taux global de scolarisation atteindrait les 71%, ce qui le placerait parmi les plus élevés d'Afrique. Mais la situation varie d'une région à l'autre. À Lomé, le taux de scolarisation est de 93 %, mais, dans la Région maritime et celle des Plateaux, 55 % des enfants sont scolarisés, alors que le taux est de 20 % à 25% seulement dans la région des Savanes (au nord).  

4.3 Les médias

Toutes les langues togolaises ont droit de cité et beaucoup d'entre elles sont utilisées par les médias, surtout par la radio. La loi n° 90-025 du 30 novembre 1990 sur la presse a favorisé l'apparition de la presse indépendante. Le quotidien gouvernemental est Togo Presse. La presse d'opposition esr représentée par La Tribune des Démocrates, bihebdomadaire. La plupart des autres titres sont hebdomadaires, bimensuels ou mensuels. Parmi ceux-ci, on peut noter Crocodile, Forum Hebdo, Carrefour, L'Éveil du peuple, Kpakpa Désenchanté (journal satirique), proches des partis d'opposition; ainsi que Le Patriote, Le Démocrate, Le Dérangeur, proches du président. Le premier quotidien privé indépendant du Togo, Les Echos du matin a commencé à paraître en janvier 2000. Ainsi, la presse écrite est très massivement francophone.

L’espace radiophonique est ouvert avec de nombreuses radios privées : Radio Nostalgie FM ; Radio Tropic FM ; Radio Évangile. La présence des langues nationales, surtout l'éwé et le kabiyé, est omniprésente. La télévision reste encore peu ouverte aux langues nationales. La télévision d’État TVT émet sur l’ensemble du pays, surtout en français, avec quelques émissions en éwé et en kabiyé. Depuis 1995, Media Plus, un canal «à péage» diffuse à Lomé des programmes de plusieurs télévisions étrangères (en français, anglais, portugais, allemand, arabe).

La politique linguistique du Togo n'est pas exempte d'ambiguïté, comme dans bien d'autres pays africains. Par rapport au français, langue officielle, c'est la non-intervention qui consiste à perpétuer les pratiques française du temps de la colonisation. En même temps, l'État togolais préconise une politique interventionniste des langues nationales en matière d'éducation, mais celle-ci s'est révélée très modeste dans les faits. Deux langues nationales seulement ont été choisies, l'une en vertu du nombre de ses locuteurs (l'éwé), l'autre (le kabiyé) en tenant compte de l'appartenance ethnique du général-président togolais. De plus, cette politique d'introduction de ces deux langues nationales, qui se fait au détriment des autres langues, ne consiste qu'à introduire l'éwé et le kabiyé en tant que matière d'enseignement. Pour le reste, il n'existe pas de politique linguistique, si ce n'est la non-intervention en matière de justice, d'éducation ou d'économie. Pour résumer la situation, on pourrait parler de politique linguistique de non-intervention équivalant à une valorisation de la langue officielle (le français) et de politique sectorielle limitée à l'éducation (l'éwé et le kabiyé).

Dernière mise à jour: 28 avr. 2010
 

Bibliographie

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CORNEVIN, R., Le Togo: des origines à nos jours, Paris, 1988, Académie des sciences d’outre-mer, 556 p.
 
ENCYCLOPÉDIE MICROSOFT ENCARTA, 2004, art. «Togo», pour la partie historique.
 
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LANGE, Marie-France. «Le choix des langues enseignées à l’école au Togo: quels enjeux politiques?» dans Politique africaine, Paris, no 27, 1987, p. 74-86. 
 
MANESSY, Gabriel. Le français en Afrique noire, Mythe, stratégies, pratiques, Paris, 1994, Éditions L’Harmattan, 245 p.
 
MENTHON, Jean de. À la rencontre du Togo, Paris, Éditions de L'Harmattan, 1993, 271 p. 
 
TOULABOR, Comi M. «Les mots sont fatigués ou la désillusion démocratique au Togo» dans Politique africaine, Paris, 1996, no° 64, p. 62-72.

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