[Flag of Belize]
Belize

 

Belize

 

 

Capitale: Belmopan
Population: 249 183 habitants (est. 2000)
Langue officielle: anglais 
Groupe majoritaire: espagnol (91 %)
Groupes minoritaires: environ 10 langues autochtones et un créole (à base d’anglais)
Système politique: république unitaire
Articles constitutionnels (langue): art. 5, 6 et 19 de la Constitution du 21 septembre 1981
Lois linguistiques: Loi sur l'éduction (chap. 36); Loi sur les réfugiés (chap. 165); Loi sur la preuve (chap. 95); Loi sur les sociétés (chap. 250); Loi sur le travail (chap. 297); Loi sur les brevets (chap. 253); Loi sur l'arbitrage (chap. 125); Loi sur les serments (chap. 130).

1 Situation générale

Amérique centrale Le Belize (anciennement: le Honduras britannique) est un petit État de 22 964 km² (un peu plus petit que la Belgique), situé au nord-est de l'Amérique centrale, limité au nord et au nord-ouest par le Mexique, à l'est par la mer des Caraïbes et au sud et à l'ouest par le Guatemala dont il pourrait former une excroissance naturelle. Le mot Belize (Belice en espagnol) provient d'une langue maya et signifierait «route vers la mer».

Le Belize est divisé en six districts (du nord au sud): Corozal, Orange Walk, Belize, Cayo, Stann Creek et Toledo (voir la carte détaillée). Belmopan (8130 habitants) dans le district de Cayo est la capitale du pays, mais Belize City (68 200 habitants) reste la ville principale et le plus grand port du pays. Les autres villes d'importance sont Orange Walk (13 483 habitants), San Ignacio / Santa Elena (13 260), Dangriga (8814), Corozal (7888) et Benque Viejo (5088).

2 Données démolinguistiques

Avec une population estimée à 230 000 habitants, le Belize reste un État faiblement peuplé. La ville de Belize City regroupe le tiers de la population (70 000 habitants); les deux autres villes importantes sont Orange Walk (à peine 10 000 habitants) et Belmopan (7000 habitants), l’une des plus petites capitales du monde. Le tableau qui suit montre la population du Belize selon la répartition des districts (et des villes importantes).

2.1 Une mosaïque ethnique

Compte tenu de la faible population du pays (250 000 habitants), sa composition ethnique forme une véritable mosaïque. En effet, la population bélizienne est multiethnique et multiculturelle, ce qui constitue même un objet de fierté pour les habitants de ce petit pays, qui comprend des Mestizos (métis d'origine espagnole et amérindienne: 44 %), des Noirs appelés Créoles (30 %), des Amérindiens mayas (11 %), des Garifunas (résultat du métissage d’Africains, d’Amérindiens et d’Européens: 7 %) et d’autres tels que les colons mennonites (germanophones), les Syro-Libanais, les Chinois, les Indo-Pakistanais, etc.

Les Créoles habitent surtout dans les zones côtières. Les Mayas, pour leur part, vivent principalement dans les districts de Toledo et de Cayo, près de la frontière du Guatemala, ainsi que dans le district de Corozal (près du Mexique); ce sont les Béliziens les plus démunis et les plus pauvre du pays.

Les Mestizos habitent principalement à proximité des populations amérindiennes, à l’intérieur des terres, surtout dans les districts de Corozal, d’Orange Walk et de Cayo.

Les Garifunas (voir l'historique) sont originaires de l’île Saint-Vincent où ils s’étaient réfugiés en 1635, à la suite d’un naufrage; ils furent accueillis par les Amérindiens arawaks dont ils adoptèrent la langue, les coutumes et la culture. Ils se sont donné eux-mêmes le nom de Black Karibs ou Garifuna. En 1797, tous les Garifunas de Saint-Vincent (environ 5000) furent déportés par les Britanniques à l’île Roatàn, au large du Honduras. Les survivants (env. 40 %) se répandirent sur les côtes du Belize (surtout au sud: à Dangriga et à Punta Gorda), ainsi qu'au Honduras, au Guatemala et au Nicaragua.

District
(et villes)

Superficie
(km²)

Population
(2000)

Belize 4204 km2 68 197
Belize City (Nord)   14 434
Belize City (Sud)   34 616
Belize (rural)   14 648
San Pedro      4 499
Cayo 5338 km2 52 564
Belmopan (capitale)   8 130
Benque Viejo   5  088
Cayo Rural   26 086
San Ignacio / Santa Elena   13 260
Corozal 1860 km2 32 708
Corozal (rural)   24 820
Corozal (ville)     7 888
Orange Walk 4737 km2 38 890
Orange Walk (rural)   25 407
Orange Walk (ville)   13 483
Stann Creek 2176 km2 24 548
Dangriga     8 814
Stann Creek (rural)   15 734
Toledo 4649 km2 23 297
Punta Gorda     4 329
Toledo (rural)   18 968
TOTAL 22 964 km2 241 204

Source: gouvernement du Belize, recensement de mai 2000

Dans la campagne environnante de Belize City, vivent les colons mennonites, ces immigrants arrivés depuis quelques décennies dans le pays. Ce sont les descendants de protestants réformés radicaux hollandais et suisses formés au XVIe siècle par Menno Simons (1496-1561), d’où le nom de mennonites. Certaines de leurs croyances — refus de payer certains impôts, de se faire imposer dans les écoles une autre langue que la leur, de porter des armes, de prêter serment, — ont entraîné leur persécution dans d'autres pays, ce qui détermina de nombreux mennonites à trouver refuge dans les pays de l’Est, en Amérique et surtout au Mexique, au Paraguay et au Brésil. Le Belize semble être le dernier refuge pour trouver une patrie accueillante. Les premiers 3500 mennonites sont arrivés au Belize en 1958 et ils constituent aujourd’hui de prospères fermiers fournissant la plupart des produits alimentaires du pays. Vivant dans de petites colonies agricoles, ils se caractérisent maintenant par leurs vêtements démodés et l’utilisation de leur langue héritée du bas-allemand.

2.2 Les langues

La langue la plus parlée au Belize demeure le créole à base d’anglais, appelé le Bileez Kriol, si l’on tient compte de ceux qui le parlent comme langue maternelle (env. 24 %) et comme langue seconde (env. 46 %), ce qui donne 70 % au total. En réalité, si le critère demeure la langue maternelle, la répartition linguistique de la population est la suivante:

Langue maternelle

Locuteurs

%

Groupe linguistique

Région

Espagnol

80500

35 %

romane

Corozal, Orange Walk, Cayo

Créole

56000

24,3 %

créole

Toledo

Garifuna

13000

5,6 %

arawak

Stann Creek, Toledo

Ketchí

9000

3,9 %

maya

Corozal, Orange Walk, Cayo

Nopán

7500

3,2 %

maya

Corozal, Orange Walk, Cayo

Allemand mennonite

5700

2,4 %

germanique

Belize (district)

Yucateco

5000

2,1 %

maya

Corozal, Orange Walk, Cayo

Comme l’illustre le tableau ci-dessus, il n’existe aucun groupe linguistique majoritaire dans le pays. Néanmoins, le multilinguisme bélizien ne cause pas de problème, car il existe trois langues véhiculaires dans le pays. Toutes catégories confondues (langues maternelle et seconde), le créole est parlé par plus de 70 % de la population, l’espagnol par 60 % et l’anglais par 46 %. Bref, une majorité de Béliziens parlent à la fois le créole, l’espagnol et l’anglais, sans compter leur langue maternelle (lorsque ce n’est pas l’espagnol). De fait, beaucoup de Béliziens sont polyglottes. On peut consulter une carte linguistique des langues parlées au Belize (et au Guatemala) en cliquant ICI.

Les locuteurs de l’espagnol (env. 40 %) sont les plus nombreux; ils proviennent généralement des pays voisins, principalement des réfugiés guatémaltèques et salvadoriens. Ils habitent principalement dans les districts de Corozal, d’Orange Walk et de Cayo.

Les créolophones comptent pour près du quart de la population bélizienne. La plupart sont les descendants d’anciens esclaves, mais beaucoup ont immigré des États-Unis après 1980. Plus qu’aucune autre langue dans le pays, le Bileez Kriol fait figure de langue identitaire du Belize.

La plupart des Amérindiens parlent encore leur langue ancestrale, le ketchí, le nopán ou le yucateco, mais beaucoup d’autres ne parlent que l’espagnol. Les 12 000 Garífunas du Belize ont conservé leur langue: le garífuna provient en grande partie de l’arawak, mais auquel il se mêle aussi des mots d'origine africaine (yorouba, swahili et autres langues bantoues) , française (env. 210 mots), espagnole (env. 120 mots) et anglaise (env. 50 mots). Ils sont concentrés dans les districts de Stann Creek et de Toledo, le long de la côte; la plupart d’entre eux parlent également le créole comme langue seconde, souvent l’espagnol en plus. Quant aux germanophones mennonites, ils parlent leur allemand bas-saxon, le Plautdietsch, mais écrivent en allemand standard.

Pour ce qui est de l’anglais, il est connu comme langue seconde par au moins 25 % des habitants, bien que en principe tous les Béliziens devraient le connaître parce que c’est la langue de l’école. N’oublions pas que le Belize anglophone, en partie protestant, demeure une anomalie dans une région massivement hispanophone et catholique.

Les Béliziens pratiquent la religion catholique dans une proportion de 62%, puis la religion protestante dans une proportion de 30 % (anglicans: 12 %; méthodistes: 6 %; mennonites: 4 %; adventiste du septième jour: 3 %; pentecôtistes: 2 %; témoins de Jéhova: 1%; autres: 2 %). Les autres religions représentent 8 % (hindouisme, islam, shintoïsme).

3 Données historiques

Plusieurs sites archéologiques, tels que Santa Rita, Lamanai et Caracol, montrent que les Mayas occupaient cette région depuis longtemps. Cette civilisation se développa dans les basses terres tropicales du nord de l’actuel Guatemala, mais aussi au Belize, au sud du Mexique (Yucatan) et dans une partie du Honduras et du Salvador. Le territoire habité par les Mayas occupait 400 000 km² (voir la carte maya). Après l’an 900, ce fut la période de déclin: les Mayas abandonnèrent la forêt pour fonder, sous la domination des Aztèques (Toltèques) venus du Nord, une nouvelle civilisation qui s’implanta essentiellement sur la presqu’île du Yucatan au Mexique (Chichen Itza et Uxmal). L’apogée de la civilisation maya se situa entre le VIIIe et le IXe siècle.

Les Mayas étaient ainsi éparpillés dans des cités-États (Tikal, Palenque, Uxmal, Copan, etc.) dominées par de gigantesques pyramides. Ce qu’on appelle l’empire maya n’exista jamais; chacune des cités-États formait un royaume en soi, qui se faisaient souvent la guerre. Les moeurs, les coutumes sociales, les rites religieux et les langues se ressemblaient, mais ne formaient aucune unité. Cet éparpillement à la fois géographique et social a favorisé la fragmentation linguistique, alors que les langues proviennent toutes d’une même souche. Ces langues ont tellement évolué différemment que leurs locuteurs aujourd’hui (environ deux millions) ne peuvent plus se comprendre entre eux. Les Mayas avaient développé une écriture complexe, à la fois idéographique (symboles exprimant une idée) et phonétique (symboles représentant des sons), avec des variantes régionales qui compliquent le décryptage (encore mal résolu).

Avant l'arrivée des Européens, la population de l'actuel Belize aurait compté jusqu'à 750 000 habitants (aujourd'hui: 250 000). Des plantations de maïs s'étendaient sur tout le pays. Vers 1530, les Espagnols pénètrent sur le territoire de l'actuel Belize, mais les Mayas réussirent à les contenir quelque temps. Victimes de massacres en série et de maladies importées, les autochtones furent décimées par les Espagnols. Les survivants furent déplacés vers le Guatemala limitrophe. Déçus par l'absence de minerai, les Espagnols négligèrent de coloniser la région au nord-est du Guatemala (l'actuel Belize).

3.1 Une colonie britannique

C’est dans ces conditions que les Britanniques y établirent, dès le XVIIe siècle, des exploitations forestières. Les premiers colonisateurs furent donc des pirates anglais (1650), puis des bûcherons (1660) et leurs esclaves venus de la Jamaïque. L'exploitation des riches ressources forestières du pays, à l'aide d'une main-d'œuvre esclave, permit aux Baymen (surnom des Britanniques) de se livrer au lucratif commerce de l'acajou. L'Espagne, suivie par le Guatemala plus tard, revendiqua le territoire sans s'y être jamais implantée. En 1670, un traité entre l’Espagne et la Grande-Bretagne limita l’activité des pirates anglais dans la région. L'article 17 du traité de Paris de 1763 permit aux Britanniques de poursuivre leurs exploitations forestières dans le territoire adjacent à la baie du Honduras, mais sans qu'aucune frontière précise ne soit réellement fixée:

Article 17

Sa Majesté Britannique fera démolir toutes les Fortifications, que ses Sujets pourront avoir érigées dans la Baye de Honduras, & autres Lieux du Territoire de l'Espagne dans cette Partie du Monde, quatre Mois après la Ratification du présent Traité; Et Sa Majesté Catholique ne permettra point, que les Sujets de Sa Majesté Britannique, ou leurs ouvriers, soient inquiétés ou molestés sous aucun Prétexte que ce soit, dans lesdits Lieux, dans leur occupation de couper, charger, & transporter, le Bois de Teinture ou de Campêche; Et pour cet Effet ils pourront bâtir, sans Empêchement, & occuper sans Interruption, les Maisons & les Magazins, qui sont nécessaires pour Eux, pour leurs Familles, & pour leurs Effets; Et Sa Majesté Catholique leur assure par cet Article l'entière Jouïssance de ces Avantages, & Facultés sur les Côtes & Territoires Espagnols, comme il est stipulé ci-dessus, immédiatement après la Ratification du présent Traité.

Les Britanniques importèrent des esclaves d'Afrique pour les faire travailler à leurs exploitations, mais ils durent régulièrement faire face aux prétentions espagnoles. En 1779, les Espagnols réussirent à prendre le territoire, à capturer de nombreux Baymen et leurs esclaves. Ceux-ci retournèrent dans la région en 1784. En 1797, les Britanniques déportèrent dans leur colonie du Belize, à partir de l'île Saint-Vincent, quelques milliers de Garifunas, des descendants d'esclaves africains enfuis et d'Amérindiens survivants. Lors de la bataille du Cay Saint-George (Battle of St. George's Caye) en 1798, les Baymen et leurs esclaves imposèrent une cuisante défaite aux Espagnols, Comme le territoire était enclavé dans la zone d'influence espagnole, les Anglais durent faire appel systématiquement à la Couronne britannique. En 1832, de nombreux Garifunas déportés arrivèrent des Antilles dans le pays. Après quelques révoltes des esclaves, les Britanniques leur accordèrent la liberté à partir de 1834. La Grande-Bretagne érigea officiellement en 1862 le territoire en colonie sous le nom de British Honduras (le Honduras britannique). La nouvelle colonie britannique vit ses frontières reconnues par le Mexique en 1893. Durant cette période, le pays demeura sous-peuplé, mais le statut de colonie britannique entraîna l’immigration d'Européens (mennonites), de Syro-Libanais, de Chinois et d'anciens esclaves noirs. Entre 1844 et 1917, les Britanniques firent venir 41 600 travailleurs indiens de l'Inde; la plupart sont retournés dans leur pays une fois leur contrat expiré. Mais un recensement de 1891 révélait que seulement 291 personnes vivant dans la colonie étaient nées en Inde. À partir de 1933, le Guatemala réaffirma ses revendications sur le Honduras britannique.  

Durant tout ces périodes, les Britanniques n'eurent d'autre contact avec les Mayas que guerriers. Les Mayas ont toujours continué à parler leurs langues, tandis que s'était formé chez les esclaves le créole à base d'anglais.  Quant aux Garifunas, ils ont conservé leur langue mixte dérivé des Arawaks et des langues africaines et européennes. 

3.2 L’autonomie et l’indépendance

Le Honduras britannique bénéficia d’un statut d’autonomie en 1963 au sein de la Couronne britannique. Les dirigeants béliziens commencèrent à prendre des initiatives autonomiste. La ville de Belize City perdit son titre de capitale en 1971 au profit de Belmopan; le Honduras britannique prit le nom de Belize en 1973. 

Finalement, le pays obtint son indépendance en 1981, tout en restant membre du Commonwealth. Par la suite, des troupes britanniques demeurèrent en place afin d'assurer le respect des frontières du pays. Le Guatemala, qui recherchait un accès sur la mer des Antilles, ne reconnut sa souveraineté qu’en 1991, mais l’amorce d’un retrait des troupes britanniques en 1994 a rouvert une période d’incertitude politique, car le Guatemala a recommencé à revendiquer le territoire. Après les élections de 1998, le Parti uni du Peuple forma le gouvernement et s’engagea à combattre le narcotrafic, le chômage, à construire des logements et à supprimer la TVA. Le chef de l'État est le représentant de la reine d'Angleterre au Belize.

4 La politique linguistique

Le Belize n’a pas développé «sur papier» une politique linguistique élaborée. La Constitution de 1981 ne traite même pas de l’anglais comme langue officielle. Seuls trois articles portent sur la langue et uniquement dans le domaine judiciaire. Pour le reste, seules quelques lois non linguistiques comptent de façon occasionnelle certaines dispositions concernant l'anglais: la Loi sur l'éduction (chap. 36), la Loi sur les réfugiés (chap. 165), la Loi sur la preuve (chap. 95), la Loi sur les sociétés (chap. 250), la Loi sur le travail (chap. 297), la Loi sur les brevets (chap. 253), la Loi sur l'arbitrage (chap. 125) et la Loi sur les serments (chap. 130). Tous les textes de loi ont été puisés dans les Lois refondues du Belize (Substantive Laws of Belize), l'édition révisée de 2000.

4.1 La langue de l’État

L’anglais est la langue de l’État. C’est en anglais se sont rédigées et promulguées les lois du Belize. Toutefois, les débats parlementaires, s’ils se déroulent en principe en anglais, peuvent également être entendus en créole et en espagnol. L’anglais est aussi la langue des documents officiels, des documents administratifs et des publications de toutes sortes. C’est la langue des activités économiques, de l’affichage public et commercial, des modes d’emploi, des contrats, etc., ainsi que des médias en général. Néanmoins, dans la plupart des bureaux de l’Administration, toute communication orale peut aussi bien se dérouler en anglais qu’en espagnol ou en créole. La langue écrite reste toujours l’anglais standard.

4.2 La justice

La Constitution du 21 septembre 1981 précise les mesures à adopter en matière de justice ou plus précisément en matière d’arrestation. Voici ces dispositions (art. 5, 6 et 19):

Article 5

[...]

2) Quiconque est arrêté ou détenu aura le droit:

a) d'être informé, dans une langue qu'il comprend, rapidement et, dans tous les cas, dans les quarante-huit heures suivant l'arrestation ou la détention, des raisons de son arrestation ou de sa détention;

Article 6

3) Quiconque est accusé d'un acte criminel:[...]

f) aura la permission de recourir gratuitement aux services d'un interprète s'il ne comprend pas la langue employée à son procès;

Article 19

1) Lorsqu'une personne est détenue en vertu d'une loi qui autorise, en période d'urgence, le recours à des mesures raisonnablement justifiables pour les besoins de la situation qui prévaut alors au Belize, la disposition suivante s'applique, à savoir:

a) cette personne sera, dans des délais raisonnables et, dans tous les cas, dans les sept jours suivant le début de sa détention, informée, dans une langue qu'elle comprend, des raisons de sa détention et recevra un exposé écrit en anglais précisant les détails de l'accusation; [...]

Dans la pratique, le juge entend les parties en cause aussi bien en anglais qu’en espagnol et en créole. De toute façon, tous les juges parlent généralement les trois langues véhiculaires du pays. La Loi sur la preuve exige que le témoignage ne soit transmis à l'accusé que dans une langue qu'il comprend:

Article 104

Interprétation des éléments de preuve dans une cause criminelle

1)
Dans toute cause criminelle ou matière dans laquelle le témoignage est donné dans une langue non comprise par le défendeur ou l'accusé, le témoignage ne doit lui être transmis que dans une langue qu'il comprend.

2) Si le tribunal estime qu'un document non nécessaire soit entièrement traduit, il peut ordonner que le seul contenu de celui-ci soit traduit ou expliqué.

3) Tout interprète doit être assermenté pour traduire, conformément avec les dispositions de la Loi sur les serments.

D'après la Loi sur les serments, l'interprète ou le traducteur soit prêter serment en anglais selon une formule prescrite. Au final, toute sentence (ou tout verdict) doit être rendue en anglais, la langue officielle (de facto).

4.3 La vie publique

Bien que l'anglais ne soit pas proclamé langue officielle, le nom de cette langue apparaît de façon ponctuelle dans un certain nombre de lois. Ainsi, l'article 28.1 de la Loi sur les réfugiés énonce qu'un document sur les réfugiés doit être rédigé dans au moins l'une des deux langues suivantes, l'anglais ou le français:
 

Article 28.1

Paragraphe 1

1)
Le document de voyage visés à l'article 28 de la présente Convention doit être similaire au modèle annexé.

2) Le document doit être rédigé dans au moins deux langues, dont l'une en anglais ou en français.

On peut se demander pourquoi cette loi fait référence à l'anglais et au français, alors que le Belize est un État anglophone. C'est que la Loi sur les réfugiés fait appel à la Convention relative au statut des réfugiés du 28 juillet 1951, une convention de l'Organisation des Nations Unies, dont les textes certifiés conformes et remis à tous les États membres de l'ONU furent rédigés en anglais et en français.  

Quant à la Loi sur les sociétés, plus particulièrement les entreprises d'outre-mer qui ont établi une place d'affaires au Belize, l'article 251 de cette loi précise que ces entreprises doivent déposer un exemplaire conforme de leur charte, statut, acte constitutif ou tout autre instrument similaire en langue anglaise ou, si ce n'est pas le cas, d'en fournir une traduction certifiée conforme dans cette langue:

Article 251

Documents et autres pour être envoyés au registraire par des sociétés d'outre-mer faisant des affaires au Belize

1)
Les entreprises d'outre-mer qui, après le jour désigné, établissent une place d'affaires au sein du Belize, doivent, dans un délai d'un mois à compter de la fondation de la place d'affaires, remettre au registraire à des fins d'enregistrement:

(a) un exemplaire conforme de leur charte, statut, acte constitutif ou contrat de la société, ou tout autre instrument constituant ou définissant la constitution de leur société et, si l'instrument n'est pas rédigé en anglais, une traduction certifiée conforme ce celui-ci;

L'article 14 de la Loi sur les brevets oblige les personnes morales ou physiques à présenter leurs documents en anglais:

Article 14

Langue des documents


Toute requête doit être rédigée en anglais.

Il en est ainsi dans la Loi sur l'arbitrage (art. 29-c):
 

Article 29

Documents nécessaires


Toute partie qui cherche à faire respecter une convention doit produire:

(a) l'original dûment authentifié ou un exemplaire certifié conforme de ladite convention; et

(b) la convention d'arbitrage original ou un exemplaire certifié conforme de celle-ci;

(c) lorsque la sentence ou la convention est dans une langue étrangère, une traduction de celle-ci certifiée par un traducteur assermenté ou officiel, ou par un agent diplomatique ou consulaire.

Enfin, la Loi sur le travail stipule que l'employeur est tenu par le commissaire du travail de présenter un résumé de ladite loi dans une langue connue des travailleurs dans des endroits bien en vue:

Article 62

Résumés de la loi devant être portés à la connaissance des travailleurs

1)
Le commissaire du travail doit, le cas échéant, faire des résumés concis de la présente loi devant être imprimés en anglais et dans une langue connue des travailleurs, et mettre ces résumés à la disposition des employeurs et des travailleurs concernés.

2) Lorsque c'est nécessaire, l'employeur peut être convié par le commissaire à afficher ces résumés dans une langue connue des travailleurs dans des endroits bien en vue.

L'expression «une langue connue des travailleurs» ("a language known to the workers") laisse sans doute la place au créole parlé par la très grande majorités des Béliziens.

4.4 Les langues de l’éducation

En tant que langue officielle de l’État, l'anglais est la langue d'enseignement dans les écoles. C’est la Loi sur l’éducation (Education Act) du 31 décembre 2000, qui régit le système éducatif. Mais la loi ne précise pas dans quelle langue doit se dispenser l’enseignement. L’article 24 de la Loi sur l'éduction énonce qu’on ne refusera aucun citoyen bélizien en raison de son appartenance religieuse, ethnique ou linguistique:

Article 24

Scolarité

1) Aucun citoyen ou résident permanent du Belize ne peut se voir refuser son admission à une école en raison de la religion, de la race, de l'ethnie, de la langue ou de l'appartenance politique.

2) Nul ne peut se voir refuser son admission dans une école en raison de son sexe, sauf si ces écoles sont historiquement non mixtes.

En principe, les enfants reçoivent leur instruction en anglais dès la première année du primaire. L’objectif est de leur faire apprendre cette langue de telle sorte qu’ils puissent la parler correctement et l’écrire. Cependant, cet enseignement se semble pas très efficace, car rares sont les jeunes qui finiront par parler l’anglais pour devenir bilingues. Or, le taux d'alphabétisation est de 98 % au Belize, et il apparaît comme l'un des plus élevés d'Amérique latine. Pourtant, seule une minorité pouvant ayant terminé le secondaire pourront maîtriser (environ 46 %) la grammaire anglaise, la prononciation et les expressions idiomatiques. N’oublions pas que l’anglais n’est pas la langue maternelle des Béliziens et que, en dehors du cadre scolaire, ils ne trouvent personne avec qui parler cette langue. Les enseignants les encouragent à utiliser l’anglais, mais aussitôt dans la rue ils utiliseront le créole ou l’espagnol.

L'espagnol est devenu une langue obligatoire dès le second cycle du primaire au Belize. La conversation en espagnol est considérée comme un élément essentiel en raison de la proximité du Belize avec le Mexique et les autres pays de l'Amérique centrale. Traditionnellement, l'espagnol était inclus dans les programme d'études des collèges d'enseignement général pendant au moins deux ans. Il fait maintenant partie intégrante du programme d'études des toutes les écoles primaires. C’est une langue que les élèves apprennent plus facilement que l’anglais.

Certaines communautés amérindiennes et quelques groupes de Garifunas tentent d’intégrer leur langue dans l’enseignement primaire, notamment dans le but d’alphabétiser les enfants dans leur langue maternelle, mais ces tentatives sont restés au stade de l’expérimentation. L’Association Garifuna Language Workshop s’est fixé comme objectif à court terme de faire enseigner le garifuna comme langue maternelle dans toutes les écoles où la communauté est concentrée (six agglomérations). Les Garifunas sont l'ardents défenseurs de leur langue, mais ils auront fort à faire pour redresser la situation: les jeunes connaissent de moins en moins leur langue maternelle. Mme Phyllis Cayetano, l'épouse de l’ancien président des Garifunas du Belize et elle-même porte-parole de cette communauté, déclare: ««Plus aucun enfant n’est de langue maternelle garifuna. [...] Notre langue est bannie des écoles et des églises, tous nos voisins parlent l’anglais. Mes enfants comprennent le garifuna, mais ne le parlent pas.» Selon elle, son peuple a toujours été "trop poli": «Si, lors d’une réunion, une personne sur dix ne comprend pas le garifuna, les neuf autres parleront en anglais.»

De leur côté, les mennonites ont fait introduire l’allemand comme matière d’enseignement en plus de l’anglais. C'est l'allemand qui leur sert de langue véhiculaire et langue d'enseignement, alors qu’ils parlent entre eux le bas-allemand, le Plautdietsch qu’on appelle en Europe le Plattdeutsch, parfois simplement le Platt.

4.5 Les médias

Ce sont les Britannique qui ont apporté au Belize les médias. Les premiers journaux furent anglophones. Aujourd’hui, la plupart des journaux sont en anglais (Amandala, Ambergris Caye, Belize Observer, Belize Mail, The Belize Reporter, The Belize Times, The Guardian, The San Pedro Sun, Washington Post Belize, etc.). Il existe des périodique des espagnol.

Les soldats britanniques avaient leurs propres stations de radio avec eux, ce qui a créé une tradition dans l’utilisation exclusive de l’anglais. Mais la situation a beaucoup changé, ces dernières année. Les autorités béliziennes ont revu leur politique. À défaut de contrôler les ondes herztiennes et protéger l’anglais, il est apparu plus pratique d’ouvrir les ondes aux autres langues à l’intérieur du pays, plutôt que de se laisser envahir par les radios étrangères. C’est apparu comme une façon d’assurer l’identité du pays. La Radio Belize est la plus grande station radiophonique et elle appartient à l’État; elle diffuse principalement en anglais, selon le modèle de la BBC britannique. Cependant, plusieurs émissions sont diffusées quotidiennement en espagnol et en créole. De plus, des émissions d’une demi-heure sont également diffusées en kekchi, en mopan et en garinafu. Si la station privée de religion chrétienne My Refuge diffuse ses émissions surtout en anglais, la station Estereo Amor ne diffuse presque qu’en espagnol. Le Canal 5 (Channel 5) appartient aussi à l’État et diffuse surtout en anglais, mais certaines émissions sont en créole ou en espagnol. Les Béliziens semblent très fiers de ce multilinguisme.

Le caractère multiethnique de la société bélizienne a contribué à former une identité particulière à ce pays. Les autorités ont décidé de composer avec cette réalité. D’ailleurs, les politiciens l’admettent depuis plusieurs années. Voici des paroles de l’un des artisans de l’indépendance du Belize (George Prince, 1995):

Nous avons donné au pays un drapeau et un hymne national. Nous avons réuni les gens pour former une nation, et le sentiment d'appartenance à cette nation existe en dépit de la petite taille du pays. Nous avons toujours veillé à maintenir ce sentiment d'unité. [...] Notre pays comprend plusieurs races et toute la difficulté consiste à les garder ensemble : des origines différentes, mais une seule nation.

Cette réalité a forgé lentement la politique linguistique actuelle qui revêt plusieurs aspects. C’est d’abord l’unilinguisme anglais dans le fonctionnement de l’État, notamment dans la langue écrite. Mais l’État manifeste un pragmatisme évident dans toutes les communications orales, que ce soit dans l’Administration ou les tribunaux, et les médias électroniques. Cette ouverture commence à se manifester de plus en plus dans le système éducatif. Déjà, l’espagnol est devenu une matière obligatoire dans les écoles primaires. On peut prévoir que d’autres langues seront progressivement introduites dans des districts où sont concentrées certaines communautés, que ce soit pour le garifuna ou des langues mayas. Il est peu probable toutefois qu’on aille jusqu’à enseigner le créole.

En somme, la politique linguistique du Belize apparaît comme peu coercitive et elle semble évoluer vers un multilinguisme de stratégie. Dans la situation présente, c’est probablement la voie la plus facile à suivre parce que c’est la plus réaliste. Cependant, les autorités béliziennes ne semblent pas trop se préoccuper de la langue galifuna en voie de régression au sein des communautés concernées. Cette langue reste l'un des derniers vestiges linguistiques des Amérindiens arawaks. Si rien n'est fait, c'est une langue appelée à disparaître. C'est peut-être ce que désire l'État bélizien. 

Dernière mise à jour: 16 déc. 2015
 

 

Bibliographie à refaire

BRAUN VEGA, Francine. Les Garinagu du Belize, sans lieu, Association Ceiba,
[http://www.afrojazz.com/Music_Styles/World/Afro-Caribean/TURTLE_SHELL_
BAND/Culture_Garifuna/culture_garifuna.html
].

HAUT-COMMISSAIRE POUR LES DROITS HUMAINS. Septième rapport périodique devant être présenté par les États parties en 1996: Guatemala, 19 mars 1996, CERD/C/292/Add.1, Genève, Comité pour l'élimination de la discrimination raciale.

GAUTHIER, François, Jacques LECLERC et Jacques MAURAIS. Langues et constitutions, Montréal/Paris, Office de la langue française / Conseil international de la langue française, 1993, 131 p.

LECLERC, Jacques. La guerre des langues dans l'affichage, Montréal, VLB Éditeur & Jacques Leclerc, 1989, 420 p.

MUÑIZ-ARGÜELLES, Luis. «Les politiques linguistiques des pays latino-américains», Colloque international La diversité culturelle et les politiques linguistiques dans le monde, Québec, Commission des états généraux sur la situation et l’avenir de la langue française au Québec, 24 et 25 mars 2001.

YACOUB, Joseph. «Les minorités en Amérique latine et aux Caraïbes» dans Les minorités dans le monde, Paris, Desclée de Brouwer, 1998, p. 781-805. 

 

 

L'Amérique du Sud et les Antilles

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