République coopérative de Guyana

Guyana

Co-operative Republic of Guyana


Capitale: Georgetown
Population:  865 000 (2003)
Langue officielle: anglais (de facto)
Groupe majoritaire:  créole guyanais (77 %)
Groupes minoritaires: anglais (env. 20 %), wapishana (1 %), arawak du Nord, akawaio, patamona, pemon, kalihna, wawai, machushi, hindi caraïbéen, créole hollandais de Berbice, créole hollandais de Skepi, warao
Système politique: république unitaire
Articles constitutionnels (langue):  art. 53, 139 et 144 de la Constitution du 20 février 1980 (modifiée en 1996)
Lois linguistiques: Loi sur la représentation du peuple (1964); Loi sur les sociétés (1995); Loi sur la santé et la sécurité au travail (1997); Loi sur la preuve (1998); Loi amérindienne (2006).

1 Situation générale

La Guyana (signifiant «terre d'eaux abondantes» en langue amérindienne) porte le nom officiel de Co-operative Republic of Guyana (ou République coopérative de Guyana). En français, le nom Guyana est reconnu comme étant du genre féminin dans la liste annexée de l'Arrêté du 4 novembre 1993 relatif à la terminologie des noms d'États et de capitales : on dirait donc la Guyana.  Mais comme l'usage n'est pas encore fixé, le masculin est aussi employé par certains organismes, dont l'Onu. Dans le cadre du présent article, le féminin sera employé.

Le pays est situé sur la côte nord de l’Amérique du Sud et s'appelait anciennement Guyane britannique (ou British Guiana). La Guyana est bordée au nord par l’océan Atlantique, à l’est par le Surinam, au sud et à l’ouest par le Brésil et à l’ouest par le Venezuela. Le pays a une superficie de 215 083 km², ce qui correspond presque à celle de la Grande-Bretagne (229 324 km²). Par comparaison, la Belgique est de 30 527 km² et la France, 543 965 km².

Au point de vue administratif, la Guyana est divisée en dix régions: les régions de Barima-Waini, Pomeroon-Supenaam, d'Essequibo Islands-West Demerara, de Demerara-Mahaica, de Mahaica-Berbice et d'East Berbice-Corentyne correspondent aux plaines côtières, alors que les quatre autres (Upper Takutu-Upper Essequibo, Potaro-Sipanuri, Upper Demerara-Berbice et Cuyuni-Mazaruni) sont situées dans l'arrière-pays (voir la carte détaillée). La région de Demerara-Mahaica comprend la capitale (Georgetown) et représente, avec les cinquième et sixième régions, l'une des plus peuplées. Environ 90 % de la population est concentrée sur la côte de l'Atlantique, où se trouvent la plupart des zones de production agricole du pays.

Division administrative

Population 2003
(en millier)

Superficie

Barima-Waini   21,2 20 339 km2
Cuyuni-Mazaruni   20,5 47 213 km2
Demerara-Mahaica 356,2   2 233 km2
East Berbice-Corentyne 169,6 36 255 km2
Essequibo Islands-West Demerara 117,9   3 755 km2
Mahaica-Berbice   63,7   4 170 km2
Pomeroon-Supenaam   47,8   6 195 km2
Potaro-Siparuni    6,6 20 052 km2
Upper Demerara-Berbice   44,3 17 081 km2
Upper Takutu-Upper Essequibo   17,5 57 790 km2
Guyana (total)

865,2

 215 083 km2

Source: The World Gazetteer, Georgetown, 2003

La population de la capitale Georgetown est de 230 000 habitants, les autres villes d'importance étant Linden, New Amsterdam, Corriverton et Mahaicony. Grâce à ses trois grands fleuves  — la Demerara, l'Essequibo et la Berbice  — et à ses nombreuses autres rivières, la Guyana dispose d'un système efficace de voies navigables. Ces fleuves ont donné le nom des trois comtés du pays: Demerara, Essequibo et Berbice. La Guyana est un pays sous-peuplé, aux potentialités importantes, qui reste un État pauvre, écrasé par le service de la dette extérieure (estimée à 1,35 milliard de dollars US en 1999). La Guyana est un membre du Commonwealth et de la Communauté caraïbe (CARICOM). C'est aussi le seul pays anglophone de toute l'Amérique du Sud.

Près des deux tiers du territoire de la Guyana est contesté par son voisin, le Venezuela: la "Guayana Esequiba" (en esp.) ou "Territory of Essequibo" (en angl.). Ce territoire, d'une superficie de 159 500 km², soit 62 % de la Guyana, comprend la totalité des régions guyanaises de Barima-Waini, Cuyuni-Mazaruni, Pomeroon-Supenaam, Potaro-Siparuni, Haut-Takutu-Haut-Essequibo et la partie occidentale de îles d'Essequibo-Demerara-Occidental. Il s'agit de tout le territoire situé à l'est du Venezuela jusqu'au fleuve Essequibo.

C'est sur la base du traité de Genève du 17 février 1966 ("Accord tendant à régler le différend relatif à la frontière entre le Venezuela et la Guyane britannique, signé à Genève, le 17 février 1966") que le Venezuela revendique la "Guayana Esequiba" (ou Zona en Reclamación : «zone en réclamation»). À l'article 10 de sa constitution de 1999, le Venezuela déclare que «le territoire et les autres espaces géographiques de la République sont ceux qui correspondent à la Capitainerie générale du Venezuela avant sa transformation politique débutant le 19 avril 1810, incluant les modifications résultant des traités et arbitrages non frappés de nullité». Ainsi, dans les manuels scolaires vénézuéliens et sur les cartes du pays, la Guayana Esequiba est intégrée au territoire du Venezuela. Cependant, pour la communauté internationale, l'Esequiba, appelé aussi «territoire Esequibo», appartient à la Guyana.

Comme si ce n'était pas suffisant, une partie du sud-est de la Guyana (en vert) est revendiquée par le Surinam. Dans ces conditions, l'ancienne Guyane britannique se verrait réduite de 75 % de son territoire.

2 Données démolinguistiques

En 2003, la population de la Guyana était estimée à 865 200 habitants. C'est un pays multiethnique en raison surtout de l'arrivée massive d'immigrants en provenance de l'Afrique noire et de l'Inde hindouiste.

2.1 Les communautés ethniques

Une majorité des Guyaniens (ou Guyanais) sont des Indiens d’origine asiatique (51 %). Les autres rassemblent des populations d’origine africaine (30 %), métisse (14 %), amérindienne (7 %), européenne (portugaise) et chinoise (1 %); les Noirs et les Métis représentant 44 % des habitants. Les peuples autochtones constituent le troisième plus grand groupe ethnique de la Guyana après les Indo-Guyanais et les Afro-Guyanais. La Guyana est souvent reconnue comme le «Land of Six Peoples», c'est-à-dire le «pays des six peuples» : les Afro-Guyanais, les Indo-Guyanais, les Amérindiens ou Indiens, les Métis, les Britanniques et les Portugais, ce qui reflète la composition multi-ethnique de sa population. Ces différents groupes ethniques restent distincts et chacun d’entre eux conserve aujourd’hui son propre style de vie et sa propre culture, même si un sentiment national commun tend à les unir. Voici la distribution de la population amérindienne de la Guyana (1991):

Communauté autochtone Nombre Région
Arawak 15 500 Plateau de sable blanc près de la côte et dans les bassins fluviaux
Warao 5 000 Marais côtiers dans l'Ouest et le Nord
Kalihna 3 000 Rivières côtières et forêts des plaines côtières
Akawaio 5 000 Plaine et forêts des hautes terres
Patamona 5 000 Au sud de l'Akawaios sur la savane des hautes terres
Arekuna 562 Le village de Paruima sur la rivière Kamarang du district supérieur de Mazaruni
Macushi 7 750 Au nord de la chaîne de montagnes du Kanuku dans la région de Rupununi
Wapishana 6 900 Au sud de la chaîne de montagnes du Kanuku dans la région de Rupununi
Waiwai 200 Plaine du secteur boisé dans la région supérieure de Essequibo
TOTAL 48 912  

Ces statistiques ne correspondent pas nécessairement au nombre des locuteurs des langues amérindiennes, puisqu'on sait que beaucoup d'autochtones ont délaissé leurs langues ancestrales pour l'anglais ou le créole.

Du point de vue religieux, on compte 57 % de chrétiens (anglicans, adventistes et catholiques), 33 % d'hindous, 9 % de musulmans et 1 % d'autres confessions religieuses. 

2.2 Les langues guyanaises

La Guyana compte une bonne dizaine de langues, mais plusieurs d'entre elles sont en voie de disparition, dont le créole hollandais de Berbice, le créole hollandais de Speki, les langues indigènes telles le kalihna, le pemon, le waiwai et le warao (voir la carte linguistique). Le tableau ci-dessous présente la liste des langues parlées de la Guyana.


Langue

Famille
linguistique


Population


Région

Akawaio caraïbe env. 3000 à 4000 locuteurs Région de Cuyuni-Mazaruni (Centre-Ouest)
Anglais indo-européenne surtout les Noirs et les Indiens (450 000, dont 20 % comme langue maternelle) Langue officielle sur tout le territoire
Awak arawak env. 1500 locuteurs sur 5000 (groupe ethnique) Côte est de la rivière Courantyne
Créole guyanais créole à base d'anglais env. 650 000 locuteurs (dont 250 000 Noirs et 400 000 Indiens) Région de Georgetown et côte nord-est
Créole hollandais de Berbice créole à base de néerlandais quelques locuteurs actifs Région de la rivière Berbice
Créole hollandais de Skepi créole à base de néerlandais quelques locuteurs Région de la rivière Essequibo
Hindi caraïbéen (hindoustani) indo-européenne env. 195 000 locuteurs sur 538 500 Indiens (55% de la population) Langue religieuse
Kalihna caraïbe environ 500 locuteurs Côte ouest et nord-ouest
Macushi caraïbe env. 1300 locuteurs Région sud: Upper Takutu-Upper Essequibo
Patamona caraïbe entre 3000 à 4000 locuteurs Région du Centre-Ouest: Potaro-Sipanuri
Pemon caraïbe entre 400 à 500 locuteurs Au centre-ouest: région de Cuyuni-Mazaruni
Waiwai caraïbe environ 1000 locuteurs Sud-ouest de la rivière Essequibo
Wapishana arawak env. 9000 locuteurs Sud-ouest
Warao isolat linguistique quelques locuteurs Extrémité nord-ouest

2.1 Le créole

La langue majoritairement parlée par les Guyanais est le créole guyanais avec 75 % de la population, dont 250 000 Noirs et 400 000 Indiens. En principe, le créole guyanais est parlé sur tout le territoire, mais les locuteurs de cette langue sont concentrés sur la côte nord-est, notamment dans la région de Georgetown.

Ce créole dit guyanais (appelé en anglais Guyanese Creole) est à base d'anglais et il est fragmenté en trois variétés mutuellement intelligibles: l'afro-guyanais (Afro-Guyanese Creole), le rupununi (Rupununi Creole) et l'indo-guyanais (Indo-Guyanese Creole). Le rupununi est considéré par certains linguistes comme une langue distincte parce que l'intercompréhension est plus difficile par rapport aux deux autres variétés. Le créole guyanais s'écrit, mais il ne bénéficie d'aucun statut dans le pays. Il n'est pas enseigné et guère utilisé dans les médias écrits.

On compte aussi deux autres créoles à base de néerlandais; il s'agit du créole hollandais de Berbice (Berbice Creole Dutch) et du créole hollandais de Skepi (Skepi Creole Dutch), tous deux en voie d'extinction imminente. Le créole hollandais de Berbice est parlé par quelques locuteurs (moins de 20) dans la région de la rivière Berbice, alors que le créole hollandais de Skepi est parlé (quelques rares locuteurs) dans le région de Essequibo. 

2.2 Les langues amérindiennes

Les autres langues concernent les langues amérindiennes. Rappelons que les Amérindiens constituent les descendants des peuples originaires de la Guyana. La plupart d'entre eux vivent sur la bande côtière du Nord, mais également à l'intérieur des terres, tout le long de la frontière ouest avec le Venezuela et au sud, près de la frontière brésilienne. La plupart de ces langues sont donc parlées tant au Guyana qu'au Venezuela et au Brésil (régions limitrophes).

On distingue trois principales familles amérindiennes au Guyana: la famille arawak, la famille caraïbe et la famille warao. La famille arawak compte le plus grand nombre de locuteurs avec le wapishana (env. 9000) au sud et l'arawak proprement dit ou arawak du Nord (env. 1500 sur 5000 personnes) parlé au nord-est et au nord-ouest.

Suit la famille caraïbe avec l'akawaio (entre 300-4000 locuteurs) au Centre-Ouest, le patamona (entre 300-4000 locuteurs) au Centre-Ouest, le pemon (entre 400-500 locuteurs) au Centre-Ouest, le kalihna (env. 500 locuteurs) sur la côte ouest et nord-ouest, le wawai (env. 1000 locuteurs) au sud-ouest de la rivière Essequibo et le machushi (env. 1300 locuteurs) au sud-ouest de la région de Rupununi.

Quant à la famille warao, elle ne compte qu'une seule langue, le warao, parlé possiblement encore par quelques locuteurs habitant le nord-ouest du pays. En somme, toutes les communautés amérindiennes de l'intérieur parlent des langues de la famille caraïbe, à l'exception des Wapisaina qui parlent une langue arawak.

Précisons que toutes ces langues subissent une réduction progressive et inexorable de leurs locuteurs. La transmission de la langue maternelle semble se faire de moins en moins entre les plus vieilles générations et les jeunes qui sont passés à l'anglais, notamment dans les zones côtières du Nord. Dans les zones situées près du Brésil et dans le Sud, beaucoup d'Amérindiens apprennent le portugais en plus de leur langue ancestrale. 

2.3 L'hindi caraïbéen

Environ la moitié des Guyanais parle l'hindi caraïbéen appelé aussi hindoustani (en anglais Caribbean Hindi), une langue indo-européenne (groupe indo-iranien issu du sanskrit) réservée aux activités religieuses des hindous et des musulmans dans la région de Georgetown. Les hindous utilisent la variété de l'hindi (alphabet devanagari), alors que les musulmans ont recours à la variété ourdoue (alphabet arabo-persan). Sauf pour les personnes âgées, l'hindoustani n'est donc pas une langue maternelle pour les usagers qui, en règle générale, ont recours à l'anglais (région de Georgetown) ou au créole guyanais (le reste de la côte nord) dans leurs communications quotidiennes.

2.4 L'anglais

L'anglais, en tant que langue officielle, demeure la seconde langue d'importance après le créole guyanais. On distingue l'anglais standard enseigné dans les écoles et utilisé dans les activités officielles de l'État, ainsi que l'anglais guyanais. L'anglais standard est également la langue écrite de tous les usagers guyanais. Lorsque les Guyanais utilisent l'anglais comme langue maternelle, il s'agit d'un anglais très régionalisé et caractérisé par des emprunts à l'hindi, l'ourdou et aux langues amérindiennes. C'est un anglais que parlent beaucoup de Noirs et d'Indiens ainsi qu'un nombre de plus en plus grand d'Amérindiens.

Il est très difficile de dénombrer les locuteurs de cette variété d'anglais, mais on estime que 450 000 Guyanais (52 %) connaîtraient une forme d'anglais, dont 20 % comme langue maternelle. Par ailleurs, certaines familles chinoises parlent le cantonais à la maison, d'autres, l'anglais.

3 Données historiques

AVIS: Certaines parties historiques de cette section sont tirées presque intégralement de l'Encyclopédie Microsoft Encarta 2004, art. «Guyana».

Avant l’arrivée des explorateurs européens, le territoire qui correspond aujourd’hui au Guyana était habité par des Amérindiens, plus précisément par les Caraïbes réputés très combatifs. À la recherche de l'Eldorado, les Espagnols furent les premiers, en 1499, à découvrir les côtes de la Guyana. 

3.1 La colonisation européenne

Les premiers Européens à pénétrer dans le pays furent les Hollandais, car les Espagnols et les Portugais n'avaient pas jugé bon d'occuper ce territoire considéré comme trop marécageux, d'autant plus que l'Angleterre, les Hollandais et les Français s'en disputaient le contrôle. La Compagnie des Indes occidentales géra le développement économique du pays, fondé sur la canne à sucre et le coton. Ce sont les Hollandais qui fondèrent la ville de Stabroek, aujourd'hui nommée Georgetown. Vers 1640, des Africains y ont été amenés pour travailler comme esclaves dans les plantations. Certains d'entre eux s'échappèrent dans la jungle et retrouvèrent leur liberté. C'est de cette époque que date la présence des créoles à base de néerlandais au Guyana (créole de Skepi et créole de Berbice). En 1796, la Guyana fut assiégée par les troupes britanniques qui le reprirent définitivement en 1814 et cédèrent le Surinam aux Hollandais; pour leur part, les Français se retrouvèrent avec la Guyane française. À partir ce ce moment, les Noirs développèrent la formation du créole à base d'anglais (le créole guyanais).

- La main-d'œuvre immigrante

Toutefois, la Guyane britannique ne fut créée qu'en 1831 sous le nom de British Guiana. C'est depuis cette époque que la Guyana est considérée comme une plantation de canne à sucre géante appartenant à la compagnie Booker. L'esclavage ayant été aboli en 1834, les Britanniques firent appel à la main d'oeuvre indienne.

Entre 1838 et 1917, près de 240 000 ouvriers sont venus du nord de l'Inde afin de travailler dans les plantations de la Guyane britannique (British Guiana). Les ouvriers avaient le droit de retourner dans leur pays d'origine à la fin de leur contrat, mais à partir de 1890 la plupart d'entre eux ont préféré rester en Guyane britannique.

Le gouvernement colonial fit également appel (entre 1835 et 1882) à des Portugais dont la plupart sont venus des îles de Madère et des Açores, puis du Cap-Vert. Pendant l'ère coloniale, les Portugais furent considérés comme un groupe distinct des autres Européens (principalement les Britanniques). Malgré la discrimination dont ils firent l'objet de la part des autorités britanniques (en raison de leur langue et de leur religion catholique, le portugais s'implanta fermement dans une partie importante de la classe moyenne guyanaise et dans le domaine commercial.

Puis ce fut le tour des travailleurs chinois en 1853. La grande majorités des Chinois étaient des hommes; c'est pourquoi les mariages inter-ethiques ont eu pour effet de faire disparaître la religion, la culture et la langue chinoise. À la fin de leur contrat, beaucoup de Chinois ont pris racine dans les villes pour occuper des postes dans le commerce de détail.

Cette acculturation de la plupart des immigrants asiatiques a eu aussi des effets déterminants chez les autochtones de la Guyana. En raison de l'afflux des populations d'abord africaines, puis asiatiques, les Amérindiens furent minorisés dans leur propre pays. Par la suite, de nombreux mariages inter-ethniques entre Amérindiens côtiers et Afro-Guyanais ont accentué cette tendance.

- Les conflits inter-ethniques

Le pays connut ensuite une période troublée par les conflits inter-ethniques entre Afro-Guyanais et Indo-Guyanais. Dans les années trente, les Noirs commencèrent à devenir des rivaux pour les Indiens dans l'attribution des emplois, surtout dans les centres urbains. Les planteurs et les partisans du mouvement progressiste de Cheddi Jagan, d'origine indienne et pro-soviétique, s'opposèrent de plus en plus. En 1950, Jagan fonda Parti progressiste du peuple (People’s Progressive Party, PPP) et devint premier ministre en 1953. Inquiète d’un possible coup d’État communiste, la Grande-Bretagne suspendit la Constitution qui accordait une certaine autonomie à sa colonie. De nouvelles élections en 1957 ramènent au pouvoir Cheddi Jagan, mais son parti s'était entre-temps scindé en deux avec l'arrivée du Congrès national du peuple (People National Congress, PNC) conduit par Burnham Forbes Simpson, un représentant de la minorité africaine. Après de difficiles relations avec les autorités coloniales, le pays connut un nouvel aménagement constitutionnel en 1964, qui ouvrit la voie à une plus grande autonomie. Les troupes britanniques étaient revenus pour restaurer l'ordre en 1962 et en 1963. 

Les désordres prirent un caractère racial. Lorsque le calme fut rétabli, le pays se trouva au bord du chaos économique. Dans un climat de guerre civile, le gouvernement britannique chargea Forbes Burnham de former un gouvernement de coalition.

3.2 De l’indépendance à nos jours

Le 26 mai 1966, la Guyana devint un État indépendant qui rejoignit l’ONU en 1966 et la Caribbean Free Trade Area (CARIFTA), future CARICOM, en 1968. La Constitution de 1970 instaura une république de type parlementaire du nom de République coopérative de Guyana, d'inspiration marxiste-léniniste, avec Arthur Chung comme président. La fonction de président était à ce moment-là honorifique, le chef du parti majoritaire devenant premier ministre.

Le Congrès national populaire remporta les élections en 1973 et en 1980, mais le Parti progressiste populaire contesta les résultats. Burnham Forbes fut reconduit au pouvoir, d’abord comme premier ministre, puis comme président de la République. La Constitution de 1980 renforça les pouvoirs du président, désormais placé à la tête de l'exécutif. Le président cumule dorénavant les fonctions de chef de l'État et de chef du gouvernement. Les deux principaux partis sont désormais le Congrès national du peuple (PNC), qui représente la communauté noire, et le Parti progressiste du peuple (PPP), qui représente la communauté indienne. Burnham orienta progressivement son gouvernement vers un régime autoritaire, mais il ne parvint pas à poser les bases d’un développement économique satisfaisant. Le pays s’endetta lourdement et resta dépendant des capitaux étrangers. De plus, l’inflation et le chômage demeurèrent élevés.

Burnham Forbes gouverna jusqu’à sa mort, en 1985, et Desmond Hoyte lui succéda. Il resta en poste jusqu’en octobre 1992. Cette année-là, des élections supervisées par des observateurs étrangers portèrent à nouveau Cheddi Jagan et son parti au pouvoir. Converti social-démocrate, Jagan essaya d’attirer les investissements étrangers afin de favoriser la reprise économique.

À sa mort, en mars 1997, Sam Hinds lui succéda, puis il fut remplacé, après l’élection présidentielle de décembre 1997, par la veuve de Jagan, Janet Jagan, leader du Parti progressiste du peuple (PPP), Sam Hinds devenant alors chef du gouvernement. Mais celle-ci démissionna en 1999 et c'est le premier ministre Bharrat Jagdeo qui devint président de la république en mars 2001.

Le problème, c'est que les relations entre les deux grandes communautés ethniques, les Afro-Guyanais et les Indo-Guyanais, ont continué de se détériorer. En effet, tous les rapports des organismes internationaux indiquent que les citoyens de descendance africaine et indienne continuent d'influencer la vie politique de façon négative. C'est que les modèles d'organisation sociale, formée durant la période coloniale, ont abouti à des organisations sociales et politiques se regroupant autour des deux grands groupes ethniques. Par exemple, certains Indo-Guyanais allèguent que, durant la période s'étendant de 1965 à 1992, le gouvernement du PNC (Congrès national populaire) aurait favorisé un modèle de discrimination raciale en faveur des Afro-Guyanais. Cependant, beaucoup de ces derniers affirment maintenant qu'ils subissent la discrimination raciale et «la victimisation politique» de la part des Indo-Guyanais lorsque le PPP (Parti progressiste populaire) qui les appuie comble les postes de la fonction publique. Traditionnellement, la fonction publique, la défense et la police ont été généralement pourvus en personnel afro-guyanais. Les efforts pour recruter des candidats indo-guyanais dans les services en uniforme ont obtenu des offres peu enthousiastes de la part des Indo-Guyanais optant pour une carrière d'affaires ou professionnelle.

4 La politique linguistique

La politique linguistique de la Guyana en est une de non-intervention: elle consiste à perpétuer la langue coloniale anglaise. Il n'y a pas de proclamation de la langue officielle dans la Constitution du 20 février 1980 modifiée en 1996. Aucune loi ne vient proclamer l'officialité de la langue anglaise, mais quelques rarissimes lois mentionnent occasionnellement l'anglais comme étant obligatoire dans certaines activités commerciales, électorales ou judiciaires. Dans ces conditions, toutes les activités officielles de l'État se déroulent en anglais.

4.1 L'omniprésence de l'anglais

Au Parlement, les lois sont rédigées et promulguées dans la seule langue anglaise; les débats sont massivement en anglais, bien que le créole guyanais puisse être utilisé occasionnellement sur une base informelle. D'ailleurs, l'article 53 de la Constitution déclare que, pour être élu membre de l'Assemblée nationale il faut être capable de parler et de lire l'anglais avec une maîtrise suffisante pour prendre une part active aux délibérations de l'Assemblée:

Article 53

Sous réserve de l'article 155 (qui traite de l'allégeance, de la folie et d'autres sujets), quiconque peut se qualifier pour être élu en tant que membre de l'Assemblée nationale si, et seulement si:

a) il est citoyen de Guyane âgé de dix-huit ans ou plus; et

b) il est capable de parler et, à moins d'être handicapé physiquement ou aveugle, de lire l'anglais avec une maîtrise suffisante pour prendre une part active aux délibérations de l'Assemblée.

Les cours de justice ne se déroulent qu'en anglais, mais certaines mesures sont prévues pour ceux qui ne connaissent pas la langue officielle.  En vertu de l'article 139 de la Constitution, toute personne est arrêtée ou détenue sera informé, aussitôt qu'il sera possible de le faire, dans une langue qu'il comprend, des motifs de son arrestation ou de sa détention:

Article 139

3) Quiconque est arrêté ou détenu doit être informé, aussitôt qu'il sera possible de le faire, dans une langue qu'il comprend, des motifs de son arrestation ou de sa détention et, à ses propres frais, de recourir et de demander sans délai un conseiller juridique de son choix, c'est-à-dire une personne ayant droit de pratiquer au Guyana comme procureur et de communiquer avec lui.  

Selon l'article 144 de la Constitution, toute personne se présentant dans un tribunal aura la permission de recourir gratuitement aux services d'un interprète s'il ne comprend pas la langue employée à son procès:

Article 144

2) Il appartient à la cour d'établir la vérité pour chaque cas et de s'assurer que quiconque est accusé d'un acte criminel:

a) est informé, dès qu'il est raisonnablement possible de le faire, dans une langue qu'il comprend et en détails, de la nature de l'accusation;

b) obtient l'autorisation de recourir gratuitement aux services d'un interprète s'il ne comprend pas la langue employée à son procès; [...]

(f) obtient l'autorisation de recourir, sans frais, à l'aide d'un interprète s'il ne peut comprendre la langue employée à son procès.

L'article 153 accorde à toute personne, qui estime que ses droits fondamentaux et ses libertés fondamentales ou ceux d'une autre personne ont été violés, le droit de s'adresser directement à la Haute Cour, en sa qualité de juridiction de première instance, pour qu'elle se prononce en la matière.

À l'article 72 de la Loi sur la preuve (1998), tout témoignage amené dans une cause pénale doit être transmis dans une langue qui est comprise par le défendeur ou l'accusé; au besoin, une traduction doit être assurée:

Article 72

Interprétation des éléments de témoignage dans un cause pénale

1) Dans toute cause pénale ou toute affaire dans laquelle le témoignage est donné dans une langue qui n'est pas comprise par un défendeur ou un accusé, le témoignage doit lui être traduit dans une langue qu'il comprend:

Sous réserve que le tribunal peut estimer qu'un document ne doit pas être nécessairement traduit en entier, il peut ordonner que seul le contenu essentiel soit interprété ou expliqué.

Dans les services administratifs, l'anglais demeure la langue officielle, mais il est possible d'utiliser le créole guyanais à l'oral. C'est ainsi que la législation électorale (Loi sur la représentation du peuple) prévoit qu'un citoyen puisse voter même s'il ignore l'anglais:

Article 81

10)
Lorsque, de l'avis de l'agent représentant un électeur ne comprend pas la langue que parle celui-ci, il peut désigner et assermenter un interprète au moyen du formulaire 20; quant à l'interprète, il doit sous serment constituer le moyen de communication entre l'agent représentant et l'électeur au sujet de toutes les questions nécessaires permettant à l'électeur de voter.

L'article 62 de la Loi sur la santé et la sécurité au travail (1997) prescrit que les produits chimiques dangereux soit étiquetés par une affiche signalétique en anglais ou dans toute autre langue nécessaire:

Article 62

Produits chimiques dangereux et fiches de données

1)
Tout employeur :

(a) doit veiller à ce que toutes les substances chimiques dangereuses présentes sur les lieux de travail soient étiquetés de façon facilement compréhensible pour les travailleurs ou identifiés selon la manière prescrite;

(b) doit obtient ou préparer, comme il peut être prescrit, une fiche de données sur la sécurité pour tous les produits chimiques dangereux présents sur le lieu de travail;

(c) doit veiller à ce que l'identification prescrit par l'alinéa a) et les fiches de données sur la sécurité exigées par l'alinéa b) soient disponibles en anglais et dans toute autre langue pouvant être prescrites;

Mais la Loi sur les sociétés (1995), laquelle ne touche pas les citoyens eux-mêmes, impose l'usage de l'anglais dans toutes les transactions officielles et tous les documents écrits, y compris la raisons sociales affichée:

Article 317

Langue

Lorsqu'un document devant être déposé en vertu de l'article 316 n'est pas rédigé en anglais, une traduction notariée certifiée conforme dudit document doit être présentée à moins que le registraire ne l'ordonne autrement.

Article 327

Affichage du nom

1) Toute société extérieure installant toute son entreprise au Guyana doit peindre ou apposer son nom et son lieu d'affaires en anglais dans un endroit bien en vue avec des lettres facilement lisibles, et conserver cette information peinte et fixée à l'extérieur de son siège social au Guyana ou en tout autre bureau ou endroit au Guyana où cette société exerces ses activités au Guyana.

Au Guyana, tous les documents officiels, publics ou commerciaux, doivent donc être rédigés et diffusés en anglais.

Toutes les écoles du pays n'utilisent que l'anglais comme langue d'enseignement, du primaire jusqu'à l'université (University of Guyana). Cependant, l'espagnol est dispensé comme langue étrangère dans un grand nombre d'écoles, surtout depuis ces dernières années.

Dans les médias, l'anglais demeure la langue de grande diffusion pour tous les journaux (Guyana Review, Guyana Sunday Chronicle, Mirror, Stabroek News, The New Nation, etc.). Dans les médias électroniques, des stations comme Radio Guyana, Voice of Guyana et Radio Roraima diffusent en anglais, mais plusieurs stations locales émettent en créole guyanais. À la télévision, l'anglais est nettement privilégié (Guyana Television, Channel 6 et NBTV Channel 9).

4.2 La question amérindienne

Si la non-intervention caractérise la politique gouvernementale à l'égard de la langue anglaise, il ne faut pas s'attendre à beaucoup plus en ce qui a trait aux langues amérindiennes. Une nouvelle version de la Constitution (art. 149G de 2006) prévoit le droit des peuples autochtones «à la protection, la préservation et la promulgation de leurs langues, de leur patrimoine culturel et de mode de vie». La Loi amérindienne de 2006 donne la définition suivante du mot «Amérindien»:

Article 2

«Amérindien» désigne tout citoyen de la Guyana qui:

(a) appartient à l'un des peuples indigènes ou autochtones de la Guyana; ou
(b) est un descendant de toute personne mentionnée à l'alinéa a);

- L'Amerindian Act de 1976

La Loi amérindienne (Amerindian Act) de 1976 constituait encore la principale loi de la Guyana traitant des Amérindiens, mais une nouvelle version a été préparée en 2006. La loi de 1976 couvrait plusieurs domaines incluant la protection de la terre et de la propriété, les pouvoirs dans la fonction des «capitaines», les conseils de village, la vente d'alcool, les agressions sexuelles des femmes autochtones, etc. Tout le chapitre 29 de la Loi amérindienne garantissait aux communautés le droit à l'usufruit de leurs ressources naturelles dans les réserves désignées. Dans la pratique, plusieurs communautés autochtones demeuraient sans titres de propriété. Dans ces conditions, le développement économique s'est fait sans égard pour les populations autochtones et n'a jamais été conçu pour répondre à leurs besoins. La politique d'éducation du gouvernement était conçue par le ministère de l'Éducation qui n'a jamais eu de contact ou d'interaction avec le ministère des Affaires amérindiennes. En fait, aucun mécanisme n'existait pour assurer une approche coordonnée à l'éducation autochtone.

En matière de langue et de culture, la situation est particulièrement catastrophique, la Guyana traînant loin derrière la plupart des pays d'Amérique du Sud. Par exemple, la Loi amérindienne de 1976 ne faisait même pas mention des droits culturels et linguistiques, mais prévoyait des mesures pour contrer la consommation de l'alcool chez les indigènes:

Article 36

Supplying Alcohol

1) No person can sell, exchange, trade or give alcohol to an Amerindian or anyone else if they will give it to an Amerindian.

2) Anyone who does sell, trade, give or supply alcohol to an Amerindian will be fined $100.

Article 37

Penalty for Possession of Alcohol

Any Amerindian found in possession of alcohol, unless they have a license from the District Commissioner, will be fined $50.

Article 36

Approvisionnement d'alcool

1) Nul ne peut vendre, échanger, faire le commerce ou donner de l'alcool à un Amérindien ou à toute personne si celle-ci le donne à un Amérindien.

2) Quiconque vend, fait le commerce, donne ou fournit de l'alcool à un Amérindien sera condamné à une amende de 100 $.

Article 37

Pénalité pour possession d'alcool

Tout Amérindien trouvé en possession d'alcool sera condamné à une amende de 50 $, à moins qu'il n'ait obtenu un permis du Commissaire du district.

Cet article est heureusement disparu dans la version de 2006. Mais le droit international affirme que les autochtones ont le droit à l'éducation bilingue et à la gestion de leurs écoles, tandis que la législation guyanaise énonce que l'éducation demeure sous la seule responsabilité du gouvernement. Or, les Amérindiens de la Guyana ne reçoivent un enseignement qu'en anglais. Le système d'éducation est basé sur le modèle britannique, sans aucune adaptation pour les autochtones. Traditionnellement, la population autochtone a toujours été exclue des décisions administratives les concernant avec comme résultat un système tout à fait inadéquat à leurs spécificités.

L'omniprésence de l'anglais dans les écoles contribue certainement à faire disparaître les langues amérindiennes. En effet, beaucoup de jeunes issus des communautés amérindiennes ne se donnent plus la peine d'apprendre leur langue ancestrale parce qu'ils fréquentent des écoles où seul l'enseignement de l'anglais est dispensé. Il faudrait mentionner l'introduction de la télévision qui contribue encore à l'assimilation des communautés autochtones.

En 2000, le Comité des droits de l'homme des Nations unies a présenté ses commentaires au sujet d'un rapport présenté par le gouvernement de la Guyana et a inclus les déclarations suivantes dans ses observations :
 
The Committee regrets the delay by the State party in amending the Amerindian Act, and is concerned that members of the indigenous Amerindian minority do not enjoy fully the right to equality before the law. It is particularly concerned that the right of Amerindians to enjoy their own culture is threatened by logging, mining and delays in the demarcation of their traditional lands, that in some cases insufficient land is demarcated to enable them to pursue their traditional economic activities and that there appears to be no effective means to enable members of Amerindian communities to enforce their rights under article 27.

The State party should ensure that there are effective measures of protection to enable members of indigenous Amerindian communities to participate in decisions which affect them and to enforce their right to enjoy their rights under the Covenant (UNHRC 25 Apr. 2000, Sec. 21).

Le Comité regrette que l'État partie n'ait pas encore modifié la loi sur les Amérindiens et est préoccupé par le fait que les membres de la minorité amérindienne ne jouissent pas pleinement du droit à l'égalité devant la loi. Il s'inquiète en particulier de ce que le droit des Amérindiens à jouir de leur propre culture est menacé par l'exploitation des forêts, l'exploitation minière et les retards pris dans la délimitation de leurs terres traditionnelles, de ce que, dans certains cas, les terres délimitées n'ont pas la superficie suffisante pour leur permettre d'exercer leurs activités économiques traditionnelles et de ce qu'il n'existe pas apparemment de moyens efficaces permettant aux membres des communautés amérindiennes de faire valoir leurs droits en vertu de l'article 27.

L'État partie doit veiller à la mise en place de mesures efficaces de protection permettant aux membres des communautés amérindiennes de participer à la prise des décisions les concernant et de faire valoir leur droit à exercer les droits qui leur sont reconnus en vertu du Pacte (Nations unies 25 avril 2000, paragr. 21). [Traduction des Nations unies]

De fait, la plupart des Amérindiens de la Guyana vivent dans des villages et des réserves éloignées. Les membres de ces communautés ont un niveau de vie modeste et ils ont, entre autres, un accès limité à l'éducation et aux soins de santé.

- Des mesures de redressement

On comprend pourquoi certains leaders autochtones veulent changer cette situation en lançant une campagne de conscience nationale pour préserver les langues amérindiennes. La stratégie est de faire pression sur les fonctionnaires du ministère de l'Éducation et en même temps de travailler à rédiger un dictionnaire des langues parlées par les neuf tribus du pays. Il serait possible d'instaurer un programme d'études scolaire dans les territoires amérindiens afin d'inclure l'enseignement obligatoire des langues autochtones comme une forme de préservation importante pour la culture indigène.

Parmi les problèmes les plus urgents, il faut noter le manque d'enseignants d'origine amérindienne, ainsi que leur faible qualification professionnelle. La plupart des enseignants travaillant dans les villages autochtones ne sont pas des Amérindiens et ne parlent que l'anglais (et le créole). Malgré les bonnes intentions, le domaine de l'éducation reste inadapté aux besoins des autochtones, car les élèves ne sont pas instruits au sujet des traits spécifiques de leur communauté. Beaucoup d'aspects culturels de la vie amérindienne sont complètement ignorés, dont la langue, la culture, les connaissances médicinales, la danse, l'habillement, etc. Parmi toutes ces questions, la langue apparaît en priorité.

En 1993, le Parlement de la Guyana a pris la décision de réviser la Loi amérindienne, car celle-ci ne semblait plus très appropriée dans la mesure où elle date de la période coloniale. En effet, la législation guyanaise ne reconnaît que quelques droits aux autochtones, alors que les standards internationaux sont beaucoup plus élevés aujourd'hui. De plus, cette révision de la Loi amérindienne doit être accompagnée d'une réforme constitutionnelle, le tout avec la participation des représentants des communautés autochtones.  Mais la Loi amérindienne adoptée en février 2006 et sanctionnée par le président le 14 mars de la même année n'est pas entrée en vigueur. L'une des raisons pour laquelle la loi n'est pas en vigueur, c'est qu'elle crée une obligation pour la Guyana Geology and Mines Commission (GGMC) de «transférer 20 % de ses redevances provenant des activités minières à un fonds désigné par le Ministre pour le bénéfice des villages amérindiens». Dans le domaine linguistique, l'article 41 de la Loi amérindienne  de 2006 stipule que le Conseil national des toshaos (en anglais: National Toshao's Council; en espagnol: Consejo Nacional de los Toushaos) doit «promouvoir la reconnaissance et l'usage des langues amérindiennes» et donner des avis au Ministre concernant notamment «la protection de la culture et du patrimoine amérindien», y compris l'identification et la désignation des monuments amérindiens:

Article 41

Fonctions du Conseil national des toshaos


Les fonctions du Conseil national des toshaos sont les suivantes:

f) de promouvoir la reconnaissance et l'usage des langues amérindiennes;

g) donner des avis au Ministre concernant:

(i) la protection de la culture et du patrimoine amérindien, y compris l'identification et la désignation des monuments amérindiens;

Au Guyana, les toshaos (ou toushaos) correspondent en quelque sorte à des «capitaines tribaux» (en anglais: "tribal captains") ou encore des chefs de communautés autochtones (en anglais: "leaders of indigenous communities"). La nouvelle loi de 2006 proclame que le Conseil national des toshaos a la responsabilité de «promouvoir la reconnaissance et l'usage des langues amérindiennes». On s'attendrait à ce que ce soit là la responsabilité de l'État, pas celui d'un conseil communautaire, qui ne dispose que de fort peu de moyens financiers et logistiques. 

L'Amerindian Peoples Association (l'Association des peuples amérindiens, APA) constitue la principale organisation en ce qui a trait aux droits des autochtones. Cette association note que l'absence d'un programme d'études approprié pour la formation des enseignants affecte sévèrement la qualité de l'éducation dispensée dans les écoles. Très souvent, les enseignants qui quittent les zones côtières pour enseigner dans les districts amérindiens viennent avec leurs perceptions «côtières» et des techniques d'enseignement sans rapport avec les élèves «de l'intérieur» (des terres). Il existe aussi un manque d'accès à la formation dans les collèges et universités parce que les candidats n'ont pas obtenu les diplômes exigés pour entrer dans ces établissements, ce qui limite considérablement le nombre et la qualité des enseignants potentiels.

Or, selon l'Association des peuples amérindiens, les programmes d'études pour les élèves amérindiens doivent être adaptés aux régions géographiques. C'est pourquoi l'APA recommande que toute mention des Amérindiens dans une nouvelle constitution doit être conforme aux standards internationaux des droits de l'homme en ce qui concerne les droits de peuples indigènes; la Constitution devrait reconnaître et protéger d'autres droits indigènes, tels que le droit à la culture et à la langue, notamment l'intégrité culturelle et la la prévention à l'assimilation. Pour ce faire, l'APA demande que la Constitution soit révisée avec la participation et le consentement des Amérindiens. Ceux-ci doivent être capables de librement choisir leurs représentants, conformément à leurs propres procédures et les désigner dans la réforme constitutionnelle.  En éducation, les communautés autochtones exigent le droit à une éducation bilingue et biculturelle, des droits de propriété intellectuelle, ainsi que des garanties contre discrimination.

Le nouveau projet de la Constitution devrait prévoir la création d'une commission sur les autochtones destinée à promouvoir et à protéger les droits des communautés amérindiennes. Parmi les fonctions de la commission, il faut prévoir des mesures pour la protection et la conservation de l'héritage culturel et des langues indigènes. De plus, la commission doit faire la promotion d'administrations locales incluant des conseils de village et du Conseil national des toshaos, l’autorité officielle qui représente les communautés amérindiennes.

- La Convention relative aux peuples indigènes et tribaux

Rappelons enfin que le gouvernement de la Guyana n'a jamais signé la Convention relative aux peuples indigènes et tribaux de l’Organisation internationale du travail (OIT). Ce document d’une grande importante implique 14 États, la majorité étant située en Amérique centrale et en Amérique du Sud, mais auquel ne fait pas partie la Guyana.

Cette convention internationale pourrait servir de modèle au gouvernement de la Guyana. Elle reconnaît aux peuples indigènes le droit de jouir pleinement des libertés fondamentales, sans entrave ni discrimination (art. 3). Les dispositions de cette convention doivent être appliquées sans discrimination aux femmes et aux hommes de ces peuples. Les gouvernements des États signataires doivent mettre en place des moyens par lesquels les peuples autochtones pourront, à égalité avec le reste de citoyens de leur pays, participer librement et à tous les niveaux à la prise de décisions dans les institutions électives et les organismes administratifs et autres qui sont responsables des politiques et des programmes qui les concernent (art. 6). L’article 7 reconnaît aux populations concernées le droit de contrôler leur développement économique, social et culturel propre. Les États doivent aussi tenir compte des coutumes et du droit coutumier de ces populations (art. 8). L’article 20 de la Convention oblige les gouvernements à «prendre des mesures spéciales pour assurer aux travailleurs appartenant à ces peuples une protection efficace en ce qui concerne le recrutement et les conditions d'emploi». Les gouvernements doivent faire tout ce qui est en leur pouvoir pour éviter toute discrimination entre les travailleurs appartenant aux peuples intéressés.

La partie VI de la Convention est consacrée à l’éducation, donc indirectement à la langue. L’article 26 est très clair sur la possibilité des autochtones d’acquérir leur instruction à tous les niveaux:

Article 26

Des mesures doivent être prises pour assurer aux membres des peuples intéressés la possibilité d'acquérir une éducation à tous les niveaux au moins sur un pied d'égalité avec le reste de la communauté nationale.

Le paragraphe 3 de l’article 27 reconnaît «le droit de ces peuples de créer leurs propres institutions et moyens d'éducation» et que des ressources appropriées leur soient fournies à cette fin. C’est l’article 28 qui semble le plus important en cette matière:

Article 27

1) Lorsque cela est réalisable, un enseignement doit être donné aux enfants des peuples intéressés pour leur apprendre à lire et à écrire dans leur propre langue indigène ou dans la langue qui est le plus communément utilisée par le groupe auquel ils appartiennent. Lorsque cela n'est pas réalisable, les autorités compétentes doivent entreprendre des consultations avec ces peuples en vue de l'adoption de mesures permettant d'atteindre cet objectif.

2) Des mesures adéquates doivent être prises pour assurer que ces peuples aient la possibilité d'atteindre la maîtrise de la langue nationale ou de l'une des langues officielles du pays.

3) Des dispositions doivent être prises pour sauvegarder les langues indigènes des peuples intéressés et en promouvoir le développement et la pratique.

Les États appuieront l'élaboration de programmes scolaires correspondant à la réalité des peuples autochtones et mobiliseront les ressources techniques et financières nécessaires à leur bonne application. Quant à l’article 31, il précise que «mesures de caractère éducatif doivent être prises dans tous les secteurs de la communauté nationale, et particulièrement dans ceux qui sont le plus directement en contact avec les peuples intéressés, afin d'éliminer les préjugés qu'ils pourraient nourrir à l'égard de ces peuples». Dans ces perspectives, il est précisé que «des efforts doivent être faits pour assurer que les livres d'histoire et autres matériels pédagogiques fournissent une description équitable, exacte et documentée des sociétés et cultures des peuples intéressés».

Comme il se doit, les États signataires de la Convention reconnaîtront et établiront des mécanismes pour assurer l'exercice de tous les droits des peuples autochtones, en particulier en ce qui concerne l'éducation, la langue et la culture.

La politique linguistique de la Guyana s'avère simple. C'est une politique de non-intervention qui consiste à perpétuer les pratiques en vigueur lors du colonialisme britannique. Les affaires publiques se déroulent en anglais, mais le peuple continue de parler son créole, parfois sa langue autochtone. Diverses tentatives sont actuellement en cours afin de promouvoir l'usage du créole guyanais dans la vie publique. Pour le moment, les réalisation tardent encore, mais les locuteurs du créole guyanais constituent néanmoins la majorité linguistique dans le pays. S'ils y tiennent vraiment, ils peuvent faire ce qu'ils veulent, à la condition de bousculer les forces de l'inertie favorables à l'anglais. Néanmoins, à court terme, on ne voit pas comment la Guyana pourrait changer de cap. Quant aux Amérindiens, tout reste encore à faire, la Guyana n'étant jamais intervenue sur cette délicate question. Chose certaine, la Guyana ne constitue pas un très bel exemple à suivre. Ce pays aurait intérêt à regarder chez son voisin, le Venezuela, dont les dispositions juridiques à cet égard sont nettement plus élaborées et, par comparaison, exemplaires.

Dernière révision en date du 07 févr. 2016
 

Bibliographie

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GAUTHIER, François, Jacques LECLERC et Jacques MAURAIS. Langues et constitutions, Montréal/Paris, Office de la langue française / Conseil international de la langue française, 1993, 131 p.

MUÑIZ-ARGÜELLES, Luis. «Les politiques linguistiques des pays latino-américains», Colloque international La diversité culturelle et les politiques linguistiques dans le monde, Québec, Commission des états généraux sur la situation et l’avenir de la langue française au Québec, 24 et 25 mars 2001

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YACOUB, Joseph. «Les minorités en Amérique latine et aux Caraïbes» dans Les minorités dans le monde, Paris, Desclée de Brouwer, 1998, p. 781-805. 

 

 

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