Japon

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(4) La politique relative au japonais

Plan de l'article

1 La politique relative à l’écriture
   Les kanji
   La romanisation du japonais

2 La politique concernant la langue nationale
   L'absence de statut formel
   La traduction et les langues étrangères
   La langue des tribunaux
   La langue et la nationalité japonaise
   L'emploi des langues dans l'administration
   L'enseignement du japonais dans les écoles
   L'enseignement de l'anglais
    L'enseignement des autres langues
   L'enseignement du japonais aux étrangers
   La situation de l'affichage
  

3 Le Conseil de la langue japonaise et l'anglais
   Les travaux du Conseil
   La politique pragmatique

4 La politique culturelle
  
L'Agence des affaires culturelles
   La législation de 2017 sur la culture et les arts

5 La langue japonaise et les minorités immigrantes
 
  La maîtrise nécessaire du japonais
   Les établissements d'enseignement
   L'accès inégal à l'éducation

La politique linguistique du Japon peut être décrite en trois volets. Il faut d'abord distinguer la politique linguistique liée à l'écriture japonaise, puis la politique concernant la «langue nationale» et en fin la politique relative aux minorités.

1 La politique relative à l’écriture

Avant la Seconde Guerre mondiale, les kanji utilisés en japonais n'avaient jamais été standardisés. Il fallait connaître un minimum de 4000 de ces caractères pour comprendre un quelconque journal ou magazine. Durant l'occupation du Japon, le ministère japonais de l'Éducation s’attela à la lourde tâche de simplifier la langue écrite. Le but était de réduire l'usage des caractères chinois à un strict minimum, mais en nombre suffisant pour pouvoir lire et écrire des textes normaux dans la vie pratique. Le principe retenu fut de miser sur la fréquence d'utilisation des kanji pour ne choisir que les plus fréquents.

1.1 Les kanji

Les résultats de ses travaux ont abouti en 1946 une liste de 1850 caractères qu'on appela les tooyoo kanji. Cette liste fut complétée par une autre liste de 284 kanji qui servaient pour l'écriture des noms et prénoms japonais. Les 881 premiers caractères (parmi la liste totale) ont été appelés les kyooiku kanji. Ce sont les kanji destinés à l’usage éducatif et utilisés dans les écoles; leur apprentissage est obligatoire après six ans d'études primaires.

Des études ont démontré que la connaissance des kyooiku kanji permettait de comprendre 90 % des documents les plus courants, alors que la connaissance des tooyoo kanji permettait d'en comprendre près de 99 %.

En 1977, les kyooiku kanji passèrent de 881 à 996 caractères. De même, en 1981 la liste des tooyoo kanji a, elle aussi, été étendue à 1945 caractères. Cette nouvelle liste s'appelle les jooyoo kanji ou kanji d'usage courant que l'on utilise aujourd'hui. Il est dorénavant obligatoire de connaître cette liste lorsqu’on accède à l’enseignement supérieur. Enfin, en 1992, les autorités japonaises officialisèrent et publièrent une nouvelle liste appelée gakushuu kanji. Celle-ci demeure toujours en vigueur dans les écoles et compte 1006 caractères, lesquels incluent les 996 issus des kyooiku kanji, sans oublier les 10 chiffres très courants au Japon.

1.2 La romanisation du japonais

La romanisation du japonais est l'emploi de l'écriture latine pour écrire la langue japonaise. Cette méthode d'écriture est parfois appelée en japonais rōmanji, littéralement «lettres romaines». Il existe cependant plusieurs systèmes de romanisation. Les trois principales méthodes la méthode Hepburn, le Kunrei et le Nippon-shiki. Les variantes du système Hepburn sont les plus utilisées.
 

Le japonais est normalement écrit dans une combinaison de caractères logographiques empruntés aux scripts chinois (kanji) et syllabiques (kana) qui dérivent également des caractères chinois. Le romaji peut être employé dans tout contexte où le texte japonais est destiné aux non-Japonais qui ne peuvent pas lire les kanji ou les kana, comme pour les noms sur les panneaux de signalisation et les passeports, et dans les dictionnaires et manuels pour les apprenants étrangers de la langue. Le romaji est également employé pour translittérer des termes japonais dans un texte écrit en anglais (ou dans d'autres langues utilisant l'écriture latine) sur des sujets liés au Japon tels que la linguistique, la littérature, l'histoire et la culture. Le romaji est le moyen le plus courant de saisir le japonais dans les traitements de texte et les ordinateurs, et peut également être utilisé pour afficher le japonais sur des appareils qui ne prennent pas en charge l'affichage des caractères japonais.

Tous les Japonais qui ont fréquenté l'école primaire depuis la Seconde Guerre mondiale ont appris à lire et à écrire le japonais romanisé. Par conséquent, presque tous les Japonais sont capables de lire et d'écrire le japonais en utilisant le romaji, bien qu'il soit extrêmement rare au Japon d'utiliser cette méthode pour écrire le japonais (sauf comme outil de saisie sur un ordinateur ou à des fins spéciales comme dans la conception de certains logos), car la plupart des Japonais sont plus à l'aise de lire les kanji et les kana. 
 

2 La politique linguistique concernant la langue nationale

Étant donné que les langues minoritaires sont peu nombreuses, l’État japonais n’a pas élaboré une politique linguistique très développée. La politique du statut linguistique en est une de non-intervention: elle consiste à ne pas intervenir pour la simple raison que le Japon ne vit pas de réel conflit de préséance linguistique, ce qui ne signifie pas une absence de problèmes concernant les minorités.

2.1 L'absence de statut formel

Le Japon n'a jamais rédigé de loi linguistique. C'est d'abord une question de culture, puis de pragmatisme. Beaucoup de Japonais seraient même choqués de savoir qu'une disposition constitutionnelle proclame le japonais comme langue officielle ou nationale (kokugo). Ce serait comme proclamer l'évidence. De plus, à tort ou à raison,  le Japon a toujours été réputé pour être un pays linguistiquement très homogène. En effet, plus de 95,8 % des citoyens de ce pays parlent le japonais comme langue maternelle, une langue isolée constituant à elle seule la famille japonique. Bien que linguistiquement homogène dans une proportion élevée, la Japon compte néanmoins des minorités ethniques, culturelles et linguistiques.

Dans la Constitution de 1947 (toujours en vigueur), il n’existe aucune disposition linguistique. Aucune loi ni décret ni arrêté impérial ne proclame de quelque façon que ce soit le japonais comme langue officielle (on dirait davantage au Japon kokka no gengo, ce qui signifie «langue de l'État» ou en français «langue officielle», sinon «langue nationale». Autrement dit, le japonais est la langue officielle de facto, c’est-à-dire dans les faits. En réalité, Au plan juridique, tout au plus, peut-on trouver quelques courtes directives administratives concernant, par exemple, les nouveaux immigrants coréens, les services d’un interprète dans les cours de justice, etc. Jamais on trouvera un texte juridique déclarant que le japonais est la langue officielle, mais il l'est forcément dans les faits, donc dans la vie quotidienne de tous les Japonais.

2.2 La traduction et les langues étrangères

Le Japon a néanmoins adopté certaines lois non linguistiques dans lesquelles se trouve un article portant sur la langue. Nous allons aborder quelques-unes de ces lois à ce sujet.

- La traduction

Dans la Loi sur le notariat (1908), l'article 19 impose l'emploi du japonais ou le recours à la traduction dans l'élaboration d'un acte notarié:

Article 29

Dans la préparation d'un acte dans le cas où le client ne comprend pas la langue japonaise ou si le client est sourd ou muet ou si quelqu'un est incapable de parler la langue et ne comprend pas les mots écrits, un notaire doit avoir recours à un interprète pour l'assister dans l'élaboration de l'acte.

L'article 63-2 de l'Ordonnance d'exécution de la Loi sur le registre de la famille (1947) ordonne une traduction en japonais lorsqu'un document est rédigé dans une langue étrangère:

Article 63-2

En ce qui concerne des documents annexés à une notification écrite ou tout autre document soumis au maire d'une municipalité, qui est rédigé dans une langue étrangère, sa traduction en japonais avec le nom identifié du traducteur doit y être jointe.

L'Ordonnance d'exécution de la Loi sur la nationalité (1984) précise à l'article 5 que les pièces jointes rédigées dans une langue étrangère doivent être accompagnées d'une traduction:

Article 5

Si des pièces jointes d'une notification écrite ou d'une demande écrite sont préparées dans une langue étrangère, la traduction de ces documents doit les accompagner, avec l'identité du traducteur.

Il en est ainsi à l'article 176 de l'Ordonnance d'exécution de la Loi sur les produits dérivés (2005) :

Article 176

Pièce jointe d'une traduction


Lorsqu'un document est soumis au ministère compétent, au directeur d'un bureau régional de l'administration agricole ou au directeur d'un bureau de l'économie, du commerce et de l'industrie (désignés à l'article suivant comme le ministre compétent, etc.) et qu'il ne peut être rédigé en langue japonaise en raison de circonstances particulières, une traduction de celui-ci doit être annexée, à la condition toutefois que ledit document dispose d'articles d'incorporation (y compris un document équivalent à des statuts), et que le document en anglais soit complété par l'ajout d'une traduction de la description
.

En 2007, l'Ordonnance d'exécution de la Loi sur le contrat au consommateur exigeait aussi l'usage d'une traduction en japonais lorsqu'un document est préparé dans une langue étrangère:

Article 8

2) Les «documents visés par une ordonnance du Bureau du Cabinet» visés à l'article 14, paragraphe 2, alinéa (xi) de la loi doivent contenir les documents suivants:

(i) le certificat du requérant e matière déposée ;
(ii) les documents énoncés ci-après qui certifient les adresses ou les résidences des agents ou des experts-conseils et qui ont été rédigés pas plus de six mois avant la date de la demande :

[...]

(c) Lorsque les alinéas a) et b) ne s'appliquent pas à l'agent ou à l'expert-conseil:

Un document émis par un organisme public habilité à certifier l'adresse ou la résidence de cet agent ou expert-conseil (lorsqu'un tel document a été rédigé dans une langue étrangère, une traduction de ce document et l'identité claire de son traducteur doivent être présentés que l'original) ou tout autre document y tenant lieu.

2.3 La langue des tribunaux

Dans tous les pays, l'emploi de la langue officielle est incontournable dans les procès ou devant les tribunaux. Lorsque l'accusé ou le témoin ne comprend pas la langue officielle, le recours à l'interprétariat est courant sans constituer un droit pour autant. Il en est ainsi au Japon.

L'article 74 de la Loi sur les tribunaux (1947) prescrit l'emploi de la langue japonaise:

Article 74

À la cour, la
langue japonaise doit être utilisée.

Il n’existe donc pas, à l'intention des membres des minorités, de droit autorisant d' être jugé dans leur propre langue. En fait, les minorités n'exigent même pas une telle mesure spéciale pour eux.

Le Code de procédure pénale (1948) est plus précis, mais il emploie l'expression «langue nationale» plutôt que le terme «japonais»:

Article 175

Lorsqu'un justiciable ne maîtrise pas la langue nationale devant la cour pour faire une déclaration, il doit avoir recours à un interprète pour la traduire. 

Article 176

Lorsqu'un justiciable est incapable d'entendre ou de parler pour faire une déclaration, il doit avoir recours à un interprète pour la traduire. 

Article 177

Le tribunal peut autoriser des lettres ou des documents écrits dans une autre langue qui seront traduits dans la langue nationale.

Quant au Règlement sur la procédure civile (1996), l'article 138 prescrit aussi la traduction si un document est rédigé dans une langue étrangère :

Article 138

Lors d'une requête d'examen des pièces justificatives présentées dans un document rédigé dans une langue étrangère,
une traduction de la partie du document pour lequel l'examen est demandé doit être jointe à celui-ci.

Il apparaît clair qu'en matière judiciaire l'usage de la langue nationale (kokugo) est obligatoire ou du moins une traduction en japonais.

2.4 La langue et la nationalité japonaise

Parmi les six conditions permettant d'acquérir la nationalité japonaise, il n'est pas exigé la connaissance du japonais dans la Loi sur la nationalité (2008):

Article 5

1) Le ministre de la Justice ne doit pas autoriser la naturalisation d'un étranger à moins qu'il ne remplisse toutes les conditions suivantes:

(1) qu'il ait domicilié au Japon pendant cinq ans ou plus de façon consécutive;

(2) qu'il soit âgé de vingt ans ou plus, et qu'il ait la pleine capacité d'agir, conformément à la loi de son pays d'origine;

(3) qu'il ait une conduite irréprochable;

(4) qu'il soit en mesure d'assurer ses moyens de subsistance par une propriété ou par ses habiletés, ou celles de son conjoint ou d'autres parents avec qui l'on vit avec des frais de subsistance communs;

(5) qu'il n'a pas de nationalité ou que l'acquisition de la nationalité japonaise se traduirait par la perte de la nationalité étrangère ;

(6) qu'il n'ait jamais préconisé, comploté, formé ou appartenu à un parti politique ou une autre organisation qui aurait comploté ou préconisé le renversement de la Constitution du Japon ou le gouvernement sous le régime actuel depuis la mise en vigueur de la Constitution du Japon.

Dans la Loi sur l'enregistrement des étrangers (1952), aucune mention ne porte sur la langue et toute personne qui n'a pas la nationalité japonaise est appelée «étranger»:

Article 1er

But

Le but de la présente loi est d'établir un contrôle juste sur les étrangers résidant au Japon au moyen de questions de clarification relatives à leur résidence et à leur statut, ainsi que par la mise en vigueur d'un registre  pour les étrangers.

Article 2

Définition

1)
Le
terme «étranger» utilisé dans la présente loi désigne une personne qui n'a pas la nationalité japonaise, autrement qu'une personne qui a reçu l'autorisation pour s'installer de façon temporaire ou est arrivée à un port d'escale, ou l'autorisation de s'installer en transit, l'autorisation d'atterrir pour les membres d'un équipage, l'autorisation pour un atterrissage d'urgence ou de détresse tel qu'il est prévu dans la Loi sur la reconnaissance du statut de réfugié et du contrôle de l'immigration (décret ministériel n° 319 de 1951; ci-après dénommée la «Loi sur le contrôle de l'immigration»).

2.5 L'emploi des langues dans l'administration

Il n'existe pas de loi prescrivant l'emploi de la langue japonaise dans l'administration civile, car ce n'est pas dans la culture des Japonais. De plus, avec 95 % de citoyens parlant le japonais, toute la vie officielle de l’État se déroule donc en japonais, du palais impérial au Parlement, en passant par la justice, l’éducation et les programmes d’enseignement, l’économie, les affaires, la culture, les sciences, etc. De fait, les seules allusions à la langue concernent les étrangers ou les documents commerciaux de nature internationale. 

Par exemple, la Loi sur les marques (1959) est tributaire du Protocole relatif à l'arrangement de Madrid concernant l'enregistrement international des marques, dont fait partie le Japon.

Article 68-bis

2) Toute personne qui désire déposer une demande d'enregistrement international doit présenter la demande prescrite et les documents nécessaires dans une langue étrangère en vertu de l'ordonnance du ministère de l'Économie, du Commerce et de l'Industrie.

Le Protocole de Madrid admet non seulement les langues anglaise, française et espagnole, mais aussi allemande, arabe, chinoise, italienne, japonaise, portugaise et russe. Cela signifie qu'au Japon toutes ces langues sont possibles pour obtenir un enregistrement international d'une marque déposée. De même, l'article 17 de la Loi sur les brevets (1959) autorise «les documents rédigés en langue étrangère».

Dans le domaine de l'aéronautique, l'article 73 de l'Ordonnance d'exécution de la Loi sur l'aéronautique civile (1952) autorise l'émission d'un certificat de compétence rédigé en anglais, en français ou en espagnol:

Article 73

Compétence de certification dans une langue étrangère

1)
Un aviateur dont le vol est répertorié dans chaque disposition de l'article 126.1 de la loi doit, s'il a l'intention de demander l'émission d'un certificat de compétence
rédigé en anglais, en français ou en espagnol, en plus du certificat de compétence en conformité avec l'article 52, demander au ministre des Terres, des Infrastructures, des Transports et du Tourisme son certificat de compétence qu'il détient accompagné d'une photo.

L'article 3 de l'Ordonnance relative à la certification et autres sur la recherche et le développement des programmes d'affaires (2012) permet qu'une demande de certification d'un programme de recherche et de développement puisse être rédigée en anglais ou en japonais :

Article 3

Demande de certification sur la recherche et le développement des programmes d'affaires

1)
Toute entreprise multinationale mentionnée avec l'intention de recevoir la certification d'un programme de recherche et de développement, conformément aux dispositions du paragraphe 1 de l'article 4 de la loi (ci-après dénommée «le requérant» dans le présent article, l'article suivant et l'article 6), doit présenter une demande écrite conforme au formulaire 1 et une copie au ministre compétent par l'intermédiaire du ministre de l'Économie, du Commerce et de l'Industrie.

3) En plus des documents énumérés dans les articles du paragraphe précédent, le ministre compétent peut demander la présentation d'autres documents nécessaires pour la certification.

4) La demande écrite prévue au paragraphe 1 peut être en anglais.

5) Lorsque les documents mentionnés dans les articles du paragraphe 2 et du paragraphe 3 ne sont pas en japonais ou en anglais, des traductions en japonais ou en anglais de ceux-ci doivent être ajoutées. 

Article 15

Rapports concernant l'état de mise en œuvre
 

3) Le rapport de mise en œuvre écrite prévue au paragraphe 1 peut être en anglais.

4) Lorsque les documents mentionnés au paragraphe 2 ne sont pas en japonais ou en anglais, des traductions en japonais ou en anglais doivent être ajoutées.

2.6 L'enseignement du japonais dans les écoles

Le système d'éducation japonais compte trois cycles: l'école primaire (shōgakkō) d'une durée de six ans pour les élèves de 6 à 11 ans, le collège (chūgakkō) d'une durée de trois ans (12-15 ans) et le lycée (kōkō) d'une durée de trois ans (16-18 ans). La plupart des écoles publiques japonaises sont mixtes, mais il reste beaucoup d'établissements pour filles ou pour garçons. Le port de l'uniforme est souvent obligatoire dans les établissements d'enseignement.

De plus, il existe une éducation préscolaire (maternelle) qui, bien que facultative, est ouverte à tous et scolarise en règle générale les enfants âgés de 3 à 6 ans. Au terme de leur scolarité secondaire de base, les jeunes Japonais peuvent poursuivre leurs études au palier secondaire supérieur ou dans les collèges technologiques, pour une période de trois à quatre ans, selon les établissements. La scolarité est obligatoire à partir de la première année de l’école primaire (depuis 1886) jusqu’à la dernière année du collège. Les écoles débutent au mois d'avril au Japon. L'année est divisée en trois trimestres : avril-juillet, septembre-décembre et janvier-mars.

Quant à l'enseignement supérieur,  il est principalement donné par les "Daigaku" (universités), les "Tankidaigaku" (collèges préuniversitaires) et les "Koto-senmongakko" (collèges technologiques). La première étape des études universitaires est généralement d'une durée de quatre ans, bien que pour certaines spécialisations la durée obligatoire de ce cycle soit de six ans, comme en médecine, en études vétérinaires et en dentisterie. Il existe aussi une seconde étape des études universitaires, laquelle dure deux années et est suivie du troisième cycle, qui dure en général au moins trois autres années.

Les écoles publiques d’enseignement obligatoire sont gratuites. En ce qui concerne les lycées publics, il n'y a plus de droits annuels de scolarité parce qu'ils ont été abolis en 2010, mais les frais d’inscription (à payer lors de l’admission) et ceux des manuels scolaires doivent toujours être acquittés. Dans toutes les universités, les frais de scolarité, incluant ceux des établissements publics, sont relativement élevés, soit plus de 800 000 yens pour la première année (environ 5500 euros ou 6800 $US).

Les établissements d'enseignement privés sont nombreux au Japon. Ils existent à tous les niveaux du système d'éducation. Si plus de la moitié des établissements du préscolaire sont privés, la majorité des établissements du primaire et du secondaire sont publics. Toutefois, au secondaire supérieur, la proportion des élèves qui fréquentent des établissements privés est supérieure. Enfin, la majorité des établissements universitaires, à l'exception des collèges techniques, est privée. 

Le Japon a adopté le 31 mars 1947 la Loi fondamentale sur l'éducation (aujourd'hui abrogée), n° 25, qui remplaçait le rescrit impérial (ou décret) sur l'éducation de 1890. Cette loi introduisait l'accès de tous les Japonais à l'éducation et l'égalité des chances, la liberté d'étude ainsi que la liberté d'enseignement. La loi ne contenait aucune disposition sur la langue japonaise. Cette loi sur l'éducation de 1947 a été promulguée durant l'occupation américaine (1945-1952).

- L'amour de la patrie

Depuis 2006, c'est la Loi fondamentale sur l'éducation, n° 120, qui régit l'enseignement au Japon. Cette loi ne contient aucune disposition en matière de langue. Lors de son adoption, la loi de 2006 a soulevé la controverse en raison des objectifs énumérés à l'article 2, notamment le paragraphe 5 qui fait désormais de «l'amour de la patrie» l'un des principaux objectifs de l'éducation des enfants à l'école. La loi demande aux enseignants d'inculquer aux enfants «le sens de la morale» (par. 1) et «une attitude de respect pour nos traditions et notre culture, l'amour de la patrie et de la région qui les a nourries» (par. 5).
 

Article 2

Objectifs de l'éducation

Pour réaliser les objectifs susmentionnés, l'éducation doit être donnée de manière à atteindre les objectifs suivants, tout en respectant la liberté académique:

(1) inculquer une attitude pour acquérir de la culture et de vastes connaissances, de chercher la vérité, de cultiver une riche sensibilité et le sens de la morale, tout en développant un corps sain.

(2) développer les habiletés des individus tout en respectant leur valeur; cultiver leur créativité; favoriser un esprit d'autonomie et d'indépendance; et favoriser une attitude de valorisation du travail tout en mettant l'accent sur les relations entre la carrière et la vie pratique.

(3) inculquer une attitude pour valoriser la justice, la responsabilité, l'égalité entre les hommes et les femmes, le respect mutuel et la coopération, et contribuer activement, dans l'esprit du public, à la construction et au développement de la société.

(4) inculquer une attitude pour le respect de la vie, se préoccuper de la nature et contribuer à la protection de l'environnement.

(5)
inculquer une attitude de respect pour nos traditions et notre culture, l'amour de la patrie et de la région qui les a nourries, ainsi que le respect pour les autres pays et le désir de contribuer à la paix mondiale et au développement de la communauté internationale.

Dans la capitale, une directive oblige depuis octobre 2003 les professeurs et les élèves à chanter le Kimi ga yo, l'hymne national japonais («Votre règne»), debout face au drapeau. Devant les critiques, les autorités scolaires ont rappelé que les professeurs «sont des fonctionnaires» et qu'ils «doivent obéir aux ordres». De nombreux Japonais se sont inquiétés de voir se raviver l'éducation «nationaliste» mise en place jusqu'à la Seconde Guerre mondiale.

- Les disciplines scolaires au primaire

Du primaire au collège, l’enseignement est obligatoire. Il se caractérise par l’uniformité des contenus. Dans les documents relatifs à l'éducation, neuf disciplines sont mentionnées comme obligatoires: la langue japonaise, la société, les mathématiques, les sciences, l'éducation ménagère, l'éducation physique, l'éducation morale, avec en plus des activités spéciales (la vie de classe) et des activités d'apprentissage intégré. L’enseignement au primaire se concentre sur l’étude de la langue japonaise, les mathématiques et l’enseignement des aptitudes sociales de base. Le temps consacré à la langue japonaise au primaire est passé de 1603 unités horaires de cours en 1971 à 1501 en 1992, et à 1377 en 2002 lorsque l'apprentissage intégré fut introduit.

Le tableau suivant montre les neuf disciplines et les unités horaires d'enseignement des écoles primaires:

Niveau 1 2 3 4 5 6 Total
Langue japonaise 306 315 245 245 175 175 1461
Société - - 70 90 100 105 365
Mathématiques 136 175 175 175 175 175 1011
Sciences - - 90 105 105 105 405
Apprendre à vivre 102 105 - - - - 207
Musique 68 70 60 60 50 50 358
Peinture et travaux manuels 68 70 60 60 50 50 358
Économie domestique - - - - 60 55 115
Éducation physique 102 105 105 105 90 90 597
Éducation morale 34 35 35 35 35 35 209
Apprentissage intégré - - 70 70 70 70 280
Activités spéciales 34 35 35 35 35 35 209
Activités en langues étrangères - - - - 35 35 70
Unités horaires totales (1 unité = 45 minutes) 850 910 945 980 980 980 5645

Nous pouvons constater que le japonais (1461 unités) et les mathématiques (1011 unités) sont les disciplines privilégiées; elles sont suivies de l'éducation physique (597 unités) et des sciences (405 unités).

Voici des extraits des Directives d’enseignement primaire (2008) ayant pour titre «Missions en langue japonaise pour les première et deuxième années» (traduction):

1. Sur des thèmes proches dont on retiendra le caractère séquentiel et tout en développant leur goût pour la communication orale, faire acquérir aux élèves une compétence expressive ajustée à l’interlocuteur, une compétence à l’écoute qui retienne les choses importantes, et une compétence au dialogue sur un thème donné.

2. Tout en développant leur goût de l’écriture, faire acquérir aux élèves la compétence de rédiger des phrases et des textes avec un plan simple qui parte de leur expérience ou soit issu de leur imagination et qui respecte une succession logique.

3. Éveiller au plaisir de lecture et faire acquérir aux élèves la compétence de lire un texte en déployant son imagination, mais aussi en étant attentif à la succession des faits décrits et à l’atmosphère des lieux.

Les Japonais tiennent non seulement à leur langue, mais aussi à leur système d’écriture fort complexe; ils y tiennent peut-être plus que bien d’autres peuples, car c'est avant tout une question d'identité.

2.7 L'enseignement de l'anglais

L'anglais est enseigné tout au long du secondaire, car cette langue est évaluée lors des examens d'entrée à l'université. Au début de la seconde année, l'élève choisit entre deux branches, la section scientifique ou la section littéraire. Certaines écoles sont plus axées sur les langues, alors que d'autres sont davantage orientées vers les sciences. Toutes les matières ont en principe la même importance, mais le japonais, les mathématiques et l'anglais sont généralement privilégiés comme disciplines. Voici en général la répartition des cours d'anglais: Anglais de communication de base; Anglais de communication 1; Anglais de communication 2; Anglais de communication 3; Expression en anglais 1; Expression en anglais 2; Conversation en anglais.

L'apprentissage des langues est souvent critiqué au Japon en raison de la méthodologie choisie: la plupart des élèves apprennent par cœur les mots de vocabulaire et les règles de grammaire, ce qui laisserait peu de place pour une connaissance pratique des langues. Au même titre que la plupart des autres matières, l'enseignement de l'anglais est basé sur l'accumulation des connaissances, surtout grammaticales, afin de contrecarrer les pièges des QCM (questionnaires à choix multiples) des examens d’entrée, que ce soit pour le lycée ou l'université.

Néanmoins, le Japon demeure une grande puissance économique et pratique une ouverture à l’égard des langues étrangères. Dans le système scolaire, comme il n’existait jusqu'à récemment aucune prescription dans l’apprentissage d’une langue étrangère, les élèves japonais pouvaient apprendre une langue seconde dès le primaire; c’est seulement au secondaire qu’ils devaient s’initier à une autre langue, celle-ci étant laissée au choix de l’élève. En général, ils choisissaient l’anglais, mais beaucoup apprenaient le chinois, le russe, l’allemand, le français ou d'autres langues.

En 2011, le ministère de l'Éducation a rendu obligatoire l'enseignement d'une langue étrangère, évidemment l'anglais, pour les écoles primaires publiques. Toutefois, les cours d'anglais ne sont pas donnés par des enseignants anglophones, mais par des Japonais pouvant tenir le rôle d'«assistant de langue» dans des écoles. Quand on parle de «langue étrangère» au Japon, cela désigne en réalité une seule langue privilégiée, l'anglais. Lorsque le gouvernement dit améliorer les capacités des jeunes dans les langues étrangères, il s'agit, en observant les mesures qui sont mises en place, des habiletés en anglais. Au Japon, on n’apprend pas le coréen, une langue minoritaire jugée peu utile, mais avant tout l’anglais, puis le chinois, le français, le russe, etc., bref, toute langue pouvant être rentable au plan international, mais après l'anglais.

2.8 L'enseignement des autres langues

Devant l'omniprésence de l'anglo-américain dans le paysage scolaire, quelle est la place réelle accordée aux autres langues étrangères? En dehors de l'enseignement public où domine l'anglais, certaines écoles privées, qui ne sont pas tenues de suivre scrupuleusement le programme du ministère de l'Éducation, peuvent proposer une première ou une seconde langue étrangère autre que l'anglais, notamment au niveau secondaire. L'examen d'admission dans les universités comprend cinq épreuves possibles de langues étrangères : en plus de l'anglais, il s'agit de l'allemand, du français, du chinois et du coréen.  Cela suppose qu'un enseignement dans ces langues peut être donné aux élèves du secondaire. Mais ce n'est pas le cas, car c'est une fois à l'université qu'est offerte aux étudiants la possibilité d'étudier un plus grand choix de langues étrangères. De nombreuses universités, publiques et privées, proposent en effet un apprentissage d'une ou de plusieurs langues étrangères autres que l'anglais. Certains étudiants choisissent vers l'étude d'une autre langue disponible parce qu'ils veulent «faire autre chose que de l'anglais». Les langues étrangères autres que l'anglais sont des matières obligatoires ou facultatives dans certains collèges ou lycées catholiques et les écoles de langue (Institut franco-japonais, Alliance française, etc.).

Selon le ministère japonais de l'Éducation, quelque 50 000 lycéens japonais étudient chaque année une deuxième langue étrangère, en plus de l’anglais. Plus de 20 000 choisissent le chinois et environ 10 000 choisissent le français. Dans la plupart des universités , l’enseignement du français est donné selon deux méthodes consécutives. D'abord, un enseignant japonais donne un cours de grammaire et pratique un entraînement à l'oral et à l'écrit. Puis cet enseignement est pris en charge par un enseignant francophone. Pour les étudiants spécialisés dans la littérature ou la culture française, l'apprentissage du français se poursuit normalement pendant quatre ans. En somme, la place de l'enseignement du français au Japon est ténue, mais non négligeable.

Par ailleurs, les spécialistes dans l'enseignement des langues secondes croient qu’apprendre le français, le chinois ou l’allemand, en même temps que l’anglais, fait qu’au final le locuteur parlera mieux anglais et mieux français, chinois ou allemand, que s'il n’avait étudié qu’une seule de ces langues. Les processus d’apprentissage sont tels que l’effet d’entrainement est bénéfique.

2.9 La situation de l'affichage

C’est probablement la situation de l’affichage commercial qui illustre le mieux la problématique de la difficulté apparente du système écrit japonais et de l’instauration des langues étrangères dans ce pays.

De façon très générale, l'affichage commercial est unilingue japonais, mais les systèmes graphiques peuvent varier considérablement. L'affichage peut apparaître selon quatre types de signes: en caractères kanji chinois, en syllabaire hiragana, en syllabaire katakana et en alphabet romanji (latin). Tous ces systèmes graphiques peuvent servir à transcrire la langue japonaise. Si l'on peut parler de bilinguisme, il s'agit d'un «bilinguisme à la japonaise» avec superposition de deux graphies: l'une en syllabaire, l'autre en alphabet romanji (ou alphabet latin).

Toutes les inscriptions officielles et commerciales apparaissent en japonais avec les caractères kanji et/ou les symboles hiragana. Les mots étrangers, rappelons-le, sont «japonisés» et écrits en katakana, de telle sorte qu'un étranger ne percevra jamais la présence d'une langue autre que le japonais. La toponymie fonctionne généralement selon la formule de la superposition graphique [signes chinois + lettres latines] avec priorité aux signes chinois-japonais afin que les étrangers puissent lire les mots.

La signalisation routière porte également deux types d'inscriptions, mais la présence des symboles internationaux sur les panneaux atténue la multiplication de ces inscriptions. À l'intention des voyageurs étrangers, il existe quelques inscriptions bilingues (japonais-anglais) dans les gares et les stations de métro, mais elles demeurent peu fréquentes. Les Japonais ont adopté un système assez souple en ce qui concerne l'affichage commercial. Il faut préciser que le japonais contemporain est très influencé par l'anglais et que de nombreux mots anglais sont entrés dans la langue. L'usage est de transcrire tous les mots anglais en katakana pour leur donner une «allure» japonaise. Toutefois, les affiches publicitaires conservent les mots étrangers écrits en alphabet latin pour donner un aspect exotique à certains messages associés à des produits de luxe: parfumerie, boissons alcooliques, vêtements importés.  À Tokyo, on trouve des restaurants, des bistrots ou des cafés portant un nom français sur leur enseigne, tel que  «Chez papa» (restaurant), «Cache-cache» (bistro), «Mardi gras» (café); on trouve aussi des noms italiens («Caffè Veloce», «Pronto Caffè & Bar»). Il est même fréquent de voir de courts messages écrits en anglais ou en français («pain», «café au lait», «croissant», «tarte», etc.) pour accentuer le caractère exotique des produits. Dans les restaurants touristiques, les menus apparaissent à la fois en japonais et en anglais, voire en japonais et en français dans les restaurants français.

On ne retrouve de l'unilinguisme anglais qu'à l'intérieur des grands magasins, mais les inscriptions anglaises demeurent discrètes et peu fréquentes. Enfin, la publicité commerciale n'est pas interdite dans une langue minoritaire (par exemple, en coréen); cependant, celle-ci demeure pratiquement invisible.

Rappelons que, dans quelque domaine que ce soit, il n’existe aucune obligation d’ordre juridique dans l'emploi des langues. Il en est de même avec les inscriptions officielles et commerciales qui apparaissent en japonais avec les caractères chinois. Les mots étrangers sont «japonisés» et écrits en syllabaire katakana de telle sorte qu'un étranger ne percevra jamais la présence d'une langue autre que le japonais. En dépit des efforts du gouvernement japonais, les compétences en anglais de la plupart des Japonais demeurent faibles, sinon inexistantes. Ils n'ont personne avec qui converser en anglais.

3 Le Conseil de la langue japonaise et l'anglais

L'anglais est une langue véhiculaire relativement répandue au Japon. Certains voient l'anglais comme une nécessité due à l'ère de la mondialisation. C'est pourquoi certains Japonais influents, dont le correspondant diplomatique et spécialiste des relations internationales pour le grand quotidien japonais Asahi Shimbun, Funabashi Yôichi, ont proposé d'en faire la «seconde langue officielle» du pays. Or, comme il n'existe pas juridiquement de langue officielle au Japon, il faudrait probablement commencer par proclamer une «première langue officielle» avant d'en définir une seconde. Dans l'éventualité où ce genre de proposition serait débattu par les parlementaires, il faudrait alors prôner la nécessité d'inscrire dans une loi le japonais comme «première langue officielle». C'est d'ailleurs l'objectif de Funabashi Yôichi qui propose une politique fondée sur le multilinguisme afin de devoir protéger la langue japonaise:

Une politique linguistique fondée sur le plurilinguisme est peut-être nécessaire pour protéger la langue japonaise. Mais si, dans l'avenir, le Japon devient un pays d'immigration et que des millions d'étrangers s'y installent, il faudra peut-être alors instituer la langue japonaise comme langue officielle. Le Japon ne pourra plus alors demeurer sans défense pour sa langue.

Néanmoins, on ne voit pas comment le japonais serait agressé par l'arrivée d'un afflux important d'immigrants. De plus, le gouvernement japonais a créé une commission qui doit proposer des mesures pour enrayer la «corruption» de la langue nationale menacée par l'anglais. La bête noire, ce sont les mots écrits en katakana, une écriture largement réservée aux mots étrangers depuis plus d'un siècle. Ces mots sont généralement transformés phonétiquement pour leur donner une forme nipponne.

3.1 Les travaux du Conseil

Pour le moment, aucune règle concrète n'a été mise en œuvre, mais le Conseil de la langue japonaise ("Japanese language Council"), l'équivalent de l'Académie française en France, s'est donné pour mission d'analyser chaque année les nouveaux termes et de conseiller au gouvernement et aux médias d'éviter les mots qu'il considère comme «indésirables» ou «déroutants». Selon le directeur de la division linguistique de l'Agence culturelle du Japon, Satoshi Yamaguchi: «Nous ne pensons pas que les mots en katakana disparaîtront parce qu'il en arrive tous les jours de nouveaux.» Il précise: «Le problème, c'est que bien des personnes ne comprennent pas la moitié de ces mots.»

Parmi les plus récents «coupables», on note «négociation» (negoshicishon), «litéracie» (riterashii) et «interactif» (intarakutibu). D'autres termes auraient franchi de façon mystérieuse la «barrière linguistique»: «aide familiale» (homu-herupaa <home helper) et «traitement» (toriitomento). Ajoutons aussi que l'anglais a inondé en grand nombre les appellations de toutes sortes, qu'il s'agisse des entreprises commerciales, culturelles ou sportives.

Si certains experts japonais croient que le problème des emprunts à l'anglais est important, d'autres affirment plutôt qu'il s'agit là d'un effet  secondaire inévitable de la mondialisation qui sévit dans pratiquement tous les pays. D'ailleurs, même si les emprunts à l'anglais sont les plus nombreux, ils ne sont pas les seuls à envahir la langue japonaise. Ainsi, en consultant les dernières éditions des dictionnaires japonais en katakana, on peut comptabiliser jusqu'à quelque 43 000 nouvelles entrées, le tout provenant de quelques dizaines de langues. Par exemple, beaucoup de mots, surtout en médecine, proviennent de l'allemand; d'autres, du français (produits de luxe).

En plus de l'emprunt massif, de nombreux jeunes Japonais utilisent aussi ce qu'on appelle maintenant le japlish, un mélange de japonais et d'anglais. Le japlish est aujourd'hui omniprésent au Japon et il est diffusé abondamment par les médias, notamment la publicité. De nombreux noms de boutiques et de produits commerciaux, de titres et de refrains de chansons, ainsi que d'innombrables slogans publicitaires, recourent à cette forme de japlish. Évidemment, les caractères du syllabaire katakana sont généralement utilisés pour la mise en valeur des informations; l'usage de vocables anglo-américains semble assurer un plus grand impact auprès des consommateurs japonais et correspond à une «mode linguistique» devenue incontournable.

3.2 La politique pragmatique

Toute la vie économique se déroule normalement en japonais, mais cela n’empêche pas les Japonais de faire des affaires en anglais avec les Américains ou en chinois avec les Chinois. Les raisons sociales apparaissent en japonais, mais les mots anglais et français sont fréquents sur les enseignes identifiant des noms de boutiques, de parfumeries, de tailleurs, de bars ou de restaurants. Beaucoup d'intellectuels japonais sont excédés par l'envahissement des langues étrangères (surtout l'anglais) dans la langue japonaise et, par voie de conséquence, dans l'affichage commercial. Mais aucune mesure n'a encore été prise pour contrer ce prétendu «fléau».

Aux plans culturel et scientifique, alors que beaucoup de pays se plaignent du tout-anglais, le Japon a adopté une attitude très pragmatique. Face à cet usage répandue vers le «tout-anglais», le Japon fait la démonstration de la compatibilité entre la réussite technologique et industrielle et l'expression scientifique dans la langue nationale. Dans l'archipel, l'essentiel des publications scientifiques et techniques est en japonais, mais ce sont les Japonais qui décident de ce qu'ils offrent à la connaissance internationale en procédant eux-mêmes à la traduction en anglais d'une partie de leurs résultats de recherche.

Le seul problème provient des difficultés qu’occasionne le système d’écriture en kanji (idéogrammes d’origine chinoise). De fait, les kanji constituent une barrière certaine dans la transmission des connaissances, surtout avec l’informatisation et l'expansion d'Internet. Certains Occidentaux pensent que la solution idéale pourrait être la généralisation de l'alphabet latin ou romanji; on sait que cette écriture existe au Japon, mais elle ne fait pas l’unanimité. Beaucoup craignent que la suppression (culturellement impensable!) des kanji et des kana entraîne une façon non japonaise de penser. Or, si les intellectuels n'arrivaient à ne plus penser en japonais, la langue japonaise n’aura plus sa place dans le domaine culturel et scientifique. Pour le moment, aucun danger n'est à craindre de ce côté-là. Toutefois, il ne faut pas oublier que le Japon est confronté à une dévastatrice crise économique. Il se pourrait bien que certains Japonais se mettent à écouter les doctrines libérales américaines, au risque de remettre éventuellement en cause la cohésion sociale. 

4 La politique culturelle

Jusqu'au début des années 1990, le gouvernement japonais ne s'intéressait guère aux questions culturelles, laissant les arts et la culture fonctionner presque entièrement dans l'économie de marché. Dans les pays développés en dehors du Japon, les programmes et les infrastructures artistiques et culturels, tels que les musées et les théâtres, bénéficiaient d'un soutien public, car ils ne pouvaient survivre seuls sur le marché. Cette quasi-indifférence gouvernementale envers le secteur culturel était évincée par des préoccupations d'ordre économique; il s'agissait avant tout d'élever le niveau de vie des citoyens en augmentant la richesse nationale et en construisant les infrastructures nécessaires pour le transport, la production d'énergie, la transmission des communications, etc.

4.1 L'Agence des affaires culturelles

Le principal acteur de la politique culturelle dans le secteur public fut l'Agence des affaires culturelles (en japonais: Bunka-chō), un organisme public au sein du ministère de l'Éducation (actuellement le ministère de l'Éducation, de la Culture, des Sports, des Sciences et de la Technologie), qui fut créé au niveau national en 1968. Une modification de 1975 à la Loi sur la protection des biens culturels de 1897 permit à l'Agence des affaires culturelles de désigner des zones et des bâtiments traditionnels dans les centres urbains à des fins de préservation. Un certain nombre d'institutions furent placées sous la juridiction de l'Agence des affaires culturelles: les musées nationaux d'art japonais et asiatique à Tokyo, à Kyoto, à Nara, à Osaka et à Fukuoka, ainsi que les instituts de recherche sur les biens culturels et les théâtres nationaux de Tokyo et de Nara.

Par l'entremise de l'Agence des affaires culturelles, le gouvernement japonais a adopté en 2001 la Loi fondamentale sur la culture et les arts; il a alors fait appliquer des mesures visant à promouvoir les différents aspects de la culture japonaise, c'est-à-dire la langue japonaise, les arts, la littérature, les musées et les manifestations ou festivals, par l'octroi d'aides et de subventions. C'était l'objet de la législation sur la culture et les arts, qui devait promouvoir la culture japonaise à l'étranger grâce à des échanges internationaux et à l'aide à la traduction et à la diffusion de la littérature ou du cinéma japonais.

4.2 La législation de 2017 sur la culture et les arts

La Loi fondamentale sur la culture et les arts fut révisée en 2017; elle élargit la portée des domaines de promotion des politiques liées à la culture et aux arts pour inclure le tourisme, le développement urbain, les échanges internationaux, la protection sociale, l'éducation et l'industrie. De nouveaux articles ont été ajoutés, notamment la danse japonaise et la promotion de la culture alimentaire. La loi modifiée de 2017 prévoit également un soutien pour l'organisation de festivals artistiques et d'activités créatives pour les personnes âgées et les personnes handicapées. Rien n'est précisé en ce qui concerne la langue!

- L'objectif de la loi

L'article 1er de la Loi fondamentale sur la culture et les arts décrit l'objectif de la loi:

Article 1er

Objectif

Tenant compte du fait que l'art et la culture accordent de nombreux avantages aux êtres humains, la présente loi vise à la réalisation d'une vie nationale riche au point de vue culturel et social, et vigoureuse de vitalité grâce à l'avancement globale et systématique des politiques (ci-après dénommées «politiques artistiques et culturelles») en prévoyant :

a) les principes fondamentaux de ces politiques;

(b) les responsabilités et les obligations pour ces politiques de l'État ou des entités publiques locales; et

(c) d'autres questions essentielles qui forment la base de ces politiques,

afin d'encourager les individus et les organismes à entreprendre des activités artistiques et culturelles de leur propre chef.

- La diffusion de la culture japonaise

L'article 15 de cette loi énonce que l'État japonais doit prêter assistance pour organiser des activités culturelles au Japon et dans le monde, notamment dans la langue locale:

Article 15

Avancement des contributions et des échanges internationaux

1)
En vue de développer les activités artistiques et culturelles dans le monde ainsi qu'au Japon grâce à l'avancement des contributions et des échanges internationaux importants dans l'art et la culture, l'État :

(a) doit prêter assistance pour -

(i) organiser les interactions cosmopolites entre les individus et les organismes qui exercent de telles activités,

(ii) organiser ou participer à des festivals d'art et à d'autres événements mondiaux concernant les arts et la culture, et

(iii) prévoir des expositions à l'étranger, des sorties et
des diffusions de toutes les manières des œuvres d'art et de culture nippones dans la langue locale;

Plus précisément, l'État japonais doit faire rayonner la culture nippone, quitte à recourir aux langues locales pour la diffuser (alinéa iii). Autrement dit, il est possible de faire rayonner la culture nippone en anglais, en chinois, en coréen, etc., à l'étranger.

- L'enseignement de la langue japonaise

Les articles 18 et 19 de la Loi fondamentale sur la culture et les arts sont très importants, car ils impliquent l'enseignement de la langue nationale, le japonais: 

Article 18

Compréhension de la langue nationale

Dans le but d'approfondir
la compréhension correcte de la langue nationale, qui est à la base des arts et de la culture, l'État doit :

(a) améliorer l'enseignement de ladite langue;

(b)
vulgariser les recherches et la connaissance de ladite langue; et

(c) prendre toute autre mesure nécessaire.

Article 19

Enrichissement de l'enseignement de la langue japonaise

Dans le but d'enrichir
l'enseignement de la langue japonaise au service de la compréhension par les étrangers des arts et de la culture de notre pays, l'État doit:

(a) construire des installations pour mettre en place et former le personnel engagé dans cet enseignement;

(b) mettre au point des ouvrages didactiques à utiliser aux fins de cet enseignement;

(c) améliorer les normes d'enseignement dans les établissements qui offrent un tel enseignement; et

(d) prendre toute autre mesure nécessaire.

En même temps, l'État doit approfondir la compréhension «correcte» de la langue nationale, c'est-à-dire le japonais, notamment à l'étranger. L'enseignement de la langue japonaise à l'étranger joue aujourd'hui un rôle important dans l'approfondissement de la compréhension du Japon à l'étranger, en formant des individus engagés dans des échanges avec le Japon et en créant des bases de coopération avec d'autres pays. À l'heure actuelle, plus de 3,6 millions de personnes dans 137 pays et régions étudient le japonais (chiffres recueillis par la Fondation japonaise pour 2015). Il n'est plus vrai que les étudiants étudient le japonais uniquement à des fins pratiques, comme pour étudier à l'étranger ou pour trouver un emploi. De plus en plus d'étudiants apprennent le japonais, en raison d'un intérêt pour la culture japonaise. Le gouvernement organise des tests de compétence en japonais (environ un million de personnes ont passé le test au Japon et à l'étranger en 2018) dans 249 villes de 85 pays et régions à travers le monde.

5 La langue japonaise et les minorités immigrantes

Nous savons qu'il existe aussi plusieurs ethnies immigrantes au Japon, notamment des Coréens, des Chinois, des Philippins, des Indiens, des Iraniens, des Vietnamiens, des Thaïlandais, des Bangladais, etc. La présence de ces nombreuses ethnies démontre que le Japon n'est pas aussi homogène qu'on le croit généralement.

5.1 La maîtrise nécessaire du japonais

Ces minorités dites «étrangères» ne bénéficient d'aucun droit linguistique dans leur langue maternelle. Or, la maîtrise de la langue japonaise est une condition incontournable pour fréquenter un établissement d'enseignement public au Japon. Dans un système conçu pour les Japonais, les élèves étrangers ont un important de soutien linguistique. Partagée entre l’État et les pouvoirs locaux, la politique en éducation éprouve beaucoup de difficultés à s’adapter à la nouvelle diversité de la société japonaise. Les écoles dites «ethniques» existent, mais elles bénéficient d’une reconnaissance aléatoire et n’ouvrent pas toujours les portes de l’enseignement supérieur universitaire. Ainsi, l’éducation devient un instrument de discrimination. C'est pourquoi la politique éducative concernant les élèves étrangers au Japon est devenue aujourd’hui le centre des débats en la matière.

Le nombre total des élèves étrangers inscrits dans les écoles étrangères s'élève à environ 34 000 personnes, mais le nombre d'élèves étrangers inscrits dans les établissements japonais au primaire et au secondaire serait de 64 427. Dans les faits, peu d'élèves non japonais bénéficient d'un soutien pour favoriser l'apprentissage du japonais.  L'école étant conçue pour les Japonais, il est difficile de trouver des enseignants compétents pour enseigner le japonais à des enfants étrangers ou des interprètes dans la langue maternelle de ces élèves. Le problème de l’accès inégal à l’instruction semble se poser plus sérieusement dans les zones rurales que dans les grandes villes. L'article 26 de la Constitution japonaise définit ainsi le droit et l'obligation de l'inscription des enfants de 6 à 15 ans dans un établissement scolaire :

Article 26

1) Chacun a le droit de recevoir une éducation égale correspondant à ses capacités, dans les conditions prévues par la loi.

2) Chacun est tenu de donner aux garçons et aux filles, sans exception, placés sous sa protection, l'enseignement primaire dans les conditions prévues par la loi. L'éducation obligatoire est gratuite.

L'article 4 de la Loi fondamentale sur l'éducation, n° 120, de 2006 décrit l'égalité des chances en éducation:

Article 4

Égalité des chances dans l'éducation

1) Tous les citoyens doivent se voir accorder des chances égales de recevoir une instruction en fonction de leurs capacités, et ils ne doivent pas faire l'objet de discrimination liée à la race, les croyances, le sexe, le statut social, la situation économique ou l'origine familiale.

2) Les gouvernements nationaux et locaux doivent apporter un soutien à l'éducation pour les personnes handicapées, afin de veiller à ce qu'elles reçoivent une instruction adéquate en fonction de leur situation.

3) Les gouvernements national et locaux doivent prendre des mesures pour fournir une aide financière à ceux qui, bien qu'ayant des capacités, éprouvent des difficultés pour recevoir une instruction pour des motifs économiques.

Ces articles de la loi sur l'éducation et de la Constitution ne précisent pas formellement les droits des étrangers au point de vue scolaire. Dans la Constitution, les dispositions ne s'appliquent qu'au «peuple», mais il faut entendre par là le «peuple japonais» (art. 9, 11 et 12), ce qui autoriserait d'exclure les étrangers dans la scolarité obligatoire. Autrement dit, l'État ou les pouvoirs locaux, c'est-à-dire les collectivités territoriales, ne seraient pas tenus d'assurer l'accès à l'enseignement scolaire aux résidents étrangers n'ayant pas la nationalité japonaise. En ce sens, les parents qui ne sont pas japonais n'auraient pas l'obligation de scolariser leurs enfants.

En raison de l'augmentation constante du nombre de résidents étrangers, la Loi sur la promotion de l'enseignement de la langue japonaise de 2019 a été adoptée à l'unanimité par la Diète (Parlement japonais). Les chiffres compilés par le ministère de la Justice montrent que le nombre de résidents non japonais à travers le pays avait atteint un record de 2,73 millions à la fin de l'année 2018, en hausse de 6,6% par rapport à l'année précédente. La démographie devrait continuer à croître, conformément au nouveau système de visa lancé en avril 2019, qui ouvre la voie à l'importation de plus de main-d'œuvre étrangère.

La loi de 2019 énonce pour la première fois la responsabilité du gouvernement de promouvoir systématiquement l'enseignement de la langue japonaise à l'intention des étrangers. Les experts japonais ont salué la législation comme un pas en avant dans un pays où l'absence de soutien juridique a longtemps dissuadé les municipalités de prendre des mesures actives pour enseigner la langue japonaise aux résidents étrangers.

En réalité, le gouvernement central ne fait que mettre en œuvre des mesures globales, y compris l'introduction des mesures juridiques et fiscales nécessaires, pour garantir que les résidents étrangers de divers horizons, allant des étudiants aux réfugiés, reçoivent un enseignement en japonais conforme à leurs souhaits et à leur situation.

L'article 3 de la Loi sur la promotion de l'enseignement de la langue japonaise (2019) énonce que la promotion de l'enseignement de la langue japonaise doit être mise en œuvre de manière à garantir aux étrangers et autres qui le réclament la possibilité maximale de recevoir l’enseignement de la langue japonaise conformément à leurs souhaits, les circonstances et leurs aptitudes.

Article 3

Principes de base

1)  La promotion de l'enseignement de la langue japonaise doit être mise en œuvre de manière à garantir aux étrangers et autres qui le réclament la possibilité maximale de recevoir l’enseignement de la langue japonaise conformément à leurs souhaits, les circonstances et leurs aptitudes.

2) La promotion de l'enseignement de la langue japonaise doit être menée de manière à maintenir et à améliorer le niveau de l'enseignement de la langue japonaise.

3) La promotion de l'enseignement de la langue japonaise doit être encouragée de manière globale par une coordination harmonieuse avec l'éducation et le travail, le contrôle de l'immigration et d'autres mesures connexes concernant les étrangers et autres, et la politique étrangère.

4) La promotion de l'enseignement de la langue japonaise doit être mise en œuvre en reconnaissant qu’il contribue à l’intérieur du pays à l'amélioration de la vitalité des régions.

5) La promotion de l'enseignement de la langue japonaise doit être mise en œuvre de manière à approfondir la compréhension et l'intérêt des pays étrangers envers notre pays, à promouvoir les échanges avec les pays étrangers et à contribuer au maintien et au développement de relations amicales avec les pays étrangers via l’enseignement de la langue japonaise à l'étranger.

6) La promotion de l'enseignement de la langue japonaise doit être réalisée en vue d'approfondir la compréhension et l'intérêt des ressortissants étrangers et autres, pour l'importance de l'apprentissage de la langue japonaise.

7) La promotion de l'enseignement de la langue japonaise se fera en tenant dûment compte de l'importance des langues utilisées à domicile et dans l’enseignement, des ressortissants étrangers, et autres, vivant dans notre pays pendant leur enfance et d’âge scolaire (c’est-à-dire la période allant du début de la première année scolaire, le jour suivant celui où l'enfant atteint l'âge de six ans jusqu'à la fin de l'année scolaire à l'âge de 15 ans).

D'autres articles de la Loi sur la promotion de l'enseignement de la langue japonaise loi précisent quelles sont les responsabilités de l'État central et des autorités régionales:

Article 4

Responsabilité de l'État

L'État est responsable de la formulation et de l’application des mesures de promotion de l'enseignement de la langue japonaise conformément aux principes de base énoncés dans l'article précédent (ci-après dénommés simplement «principes de base»).

Article 5

Responsabilités des autorités régionales

Les autorités régionales sont responsables de la formulation et de l’application des mesures promotion de l'enseignement de la langue japonaise e
n fonction de la situation locale des autorités régionales, conformément aux principes de base, et sur la base d'une répartition appropriée des rôles avec l’État central.

Article 11

Plan de base des administrations locales

Les administrations locales s'efforcent d'établir un plan de base pour promouvoir de manière globale et efficace les mesures de promotion de l'enseignement de la langue japonaise dans leurs administrations locales, en tenant compte de la Politique de base et en fonction des circonstances de leurs régions respectives.

Article 16

Enseignement de la langue japonaise en région

Afin d'améliorer les possibilités d'enseignement de la langue japonaise dans les zones locales, le gouvernement national prend les mesures nécessaires, par exemple en soutenant l'ouverture et le fonctionnement de classes de langue japonaise (désigne les activités d’enseignement du japonais visant uniquement les étrangers résidents, idem-ci dessous) en soutenant la formation des personnes engagées dans l'enseignement de la langue japonaise dans les classes de langue japonaise et la mise au point de matériels didactiques à utiliser, ainsi qu'en améliorant l'environnement d'apprentissage de la langue japonaise pour les personnes ayant des difficultés à utiliser les classes de langue japonaise.

Article 26

Les autorités régionales s'efforcent de mettre en œuvre les mesures nécessaires pour promouvoir l'enseignement de la langue japonaise conformément aux conditions en vigueur en région, en prenant en considération les mesures de l'État prévues au présent chapitre (excluant la section 2).

La loi vise à améliorer la qualité de l'enseignement dans divers établissements, qualité qui varierait considérablement, et même à augmenter le salaire des enseignants de japonais. La loi demande également aux employeurs de ressortissants étrangers de leur offrir un enseignement de la langue nationale ainsi qu'à leur famille. Pour élaborer des politiques globales, les ministères de l'Éducation et des Affaires étrangères, ainsi que d'autres agences gouvernementales, devront mettre en place une convention qui serait conseillée par un groupe d'experts. La législation adoptée a été élaborée lorsque le Japon a introduit un nouveau système de visa en avril 2019 pour accepter davantage de travailleurs étrangers, une initiative qui devrait élargir davantage les communautés étrangères dans le pays. Le nombre de ressortissants étrangers au Japon s'élevait à un record de 2,73 millions à la fin de l'année 2019, en hausse de 6,6% par rapport à l'année précédente, selon le ministère de la Justice.

5.2 Les établissements d'enseignement

Il existe au Japon des «écoles ethniques». Pour comprendre ce genre d'écoles, il faut aussi distinguer deux types d'établissements d'enseignement destinés aux étrangers. Ce sont, d'une part, les écoles ethniques associées à des communautés nationales tels les Coréens, les Chinois, les Indiens, les Péruviens, les Bangladais, les Britanniques, les Américains, les Français, etc. D'autre part, ce sont les écoles internationales reconnues par les associations mondiales comme la Western Association of Schools & Colleges, l'Association of Christian Schools International, l'European Council of International Schools, etc.

En ce qui concerne les enfants, 57 % des familles dites étrangères ont des enfants en âge scolaire. Parmi ces enfants, 61 % fréquentent des écoles japonaises, 37 % des écoles brésiliennes et 2 % d’autres écoles. Les enfants d'immigrants fréquentent l'école primaire dans une proportion de 57 % et 15 % vont à l'école maternelle. Très peu d'enfants fréquentent un établissement d'enseignement secondaire, soit 22 % au lycée et 7 % au collège.

- Les écoles ethniques

Les écoles ethniques les plus nombreuses sont les écoles dites «brésiliennes» (en portugais : Escolas Para Brasileiros).  La plupart des enfants d'origine «brésilienne» étudient dans les écoles publiques japonaises de la même manière que les Japonais ordinaires, mais certains fréquentent ces écoles «brésiliennes». Près d'une cinquantaine d'écoles ont été approuvées par le gouvernement brésilien (en 2010 ); on compte environ 30 à 200 enfants par école. On trouve actuellement au Japon plus de 270 000 Japonais ayant des ancêtres qui ont vécu au Brésil ; ils constituent la plus grande communauté parlant le portugais dans toute l'Asie.  Beaucoup d'élèves d'origine brésilienne fréquentent ces écoles — assez coûteuses : environ 30 000 yens par mois, soit 206 euros ou 258 $US — plutôt que de suivre leurs cours dans les écoles publiques. Certains parents préfèrent que leurs enfants fréquentent l'école dans leur langue maternelle, le portugais, ou parce qu'ils ont peu d'expérience avec ou connaissance de la langue ou la culture japonaise. En outre, il est probable qu'il y a beaucoup d'écoles sans permis. La plupart des écoles «brésiliennes» sont conformes au système éducatif brésilien .

En seconde place viennent les écoles coréennes au nombre de quelque 70 établissements. Les autres communautés (chinoises, péruviennes, indiennes, anglaises ou françaises) ne comptent que pour cinq établissements. La plupart de ces écoles ethniques (forcément privées) sont concentrées dans la région de Tokyo (36 %) ainsi que dans la région centrale très industrielle où se trouvent les villes de Nagoya et de Shizuoka (35 %) et dans la région du Kansai (20 %).

En général, les enfants d'immigrants éprouvent des difficultés dans l’apprentissage du japonais. Ils prennent du retard et ne peuvent pas toujours accéder à l’école japonaise en raison de leur âge et, s’ils y parviennent, ils sont souvent l’objet de moqueries parce qu’ils sont «étrangers».

- Les écoles internationales

Il existe au moins une trentaine d'écoles internationales au Japon. Ces établissements d'enseignement, tous privés, ne sont disponibles que dans les plus grandes villes. Comme les frais de scolarité sont élevés, ce sont surtout des enfants d'étrangers de passage, avec peu de connaissance de la langue japonaise, qui fréquentent ces écoles. Les langues d'enseignement sont, outre le japonais, l'anglais, le français, l'allemand, le portugais et le chinois.  

5.3 L'accès inégal à l'éducation

Au Japon, l'enseignement est conçu dans le but de former de bons citoyens japonais, ce qui, en pratique, disqualifie les étrangers et les oriente vers l'assimilation linguistique et culturelle. L'éducation nationaliste exclut les différences culturelles et la liberté de pensée et de convictions. 

Dans son Rapport du Comité des droits de l’Homme (2009), le supplément n° 40 (A/64/40), le Comité des droits de l'Homme notait avec préoccupation que les subventions publiques attribuées aux écoles qui offrent un enseignement en coréen ou en d'autres langues sont nettement inférieures à celles dont bénéficient les écoles publiques. Cette situation rend ces écoles grandement tributaires des dons privés, qui ne sont pas exonérés d’impôts ni déductibles du revenu imposable, et ce, contrairement aux dons privés en faveur des écoles japonaises ou des écoles internationales. De plus, les diplômes émis par les écoles ethniques coréennes ne donnent pas automatiquement le droit d’entrer à  l'université à leurs titulaires : 

L’Étatpartie devrait assurer un financement adéquat aux écoles de langue coréenne, en augmentant les subventions publiques et en accordant les mêmes avantages fiscaux aux personnes qui font des dons à des écoles coréennes qu’à celles qui en font à d’autres écoles privées, et reconnaître les diplômes délivrés par les écoles coréennes comme ouvrant directement accès à l’université.

En mars 2010, le gouvernement japonais a adopté une loi sur la gratuité des lycées publics et privés (en anglais: Act on free tuition fee at public high schools and high school enrollment support fund system ou «Loi sur les frais de scolarité gratuits dans les écoles secondaires publiques et sur le système de fonds soutien au lycée»). Cette loi prévoit un enseignement gratuit dans les écoles secondaires publiques et fixe un système de fonds de soutien à la scolarisation pour les élèves des écoles privées. L'objectif de la loi est notamment de faciliter les dépenses en éducation aux familles de la classe moyenne et de contribuer à l'égalité des chances dans l'enseignement secondaire.

Malheureusement, au cours de la première année suivant l'adoption de la loi de 2010, le ministère de l'Éducation n'a appliqué cette mesure qu'à une trentaine d'écoles internationales, à huit écoles «ethniques» brésiliennes et à d'autres établissements ethniques  de moindre importance (péruviens, chinois, anglais, français, allemands, etc. Contre toute attente, les écoles coréennes ont été exclues de l'application de la loi, sans que le gouvernement fournisse la moindre explication. En fait, seuls deux établissements coréens ont bénéficié de ces subventions. Alors que ces écoles accueillent le plus grand nombre d'élèves étrangers, les écoles coréennes continuent donc d'être fortement discriminées. On s'attendrait au contraire que les autorités en fassent des écoles pilotes pour les autres écoles ethniques. Malgré l'augmentation du nombre d'étrangers et la diversification culturelle de la population, le Japon a conservé la tendance assimilationniste de son système d'éducation.

Le Japon vit à l'heure de la mondialisation, comme la plupart des pays. Il semble clair que celle-ci est à l'origine de l'intérêt croissant pour la politique linguistique favorisant le japonais.  Avec la baisse du taux de natalité et le vieillissement de la société, la coexistence avec des étrangers est devenue inévitable, ce qui entraîne aussi la concurrence d'autres langues, comme l'anglais ou le chinois. Dans certaines régions urbaines du Japon, il peut arriver que plus de 15 % des habitants soient des étrangers, souvent des Coréens, des Chinois et des Philippins, qui s'efforcent de parler l'anglais. Ainsi, l'enseignement actuel de la langue japonaise aux adultes n'est pas sans rapport avec la politique nationale d'affirmation du japonais. En effet, le Japon a toujours au cours de son histoire été quelque peu impérialiste. Il a toujours insisté pour imposer sa langue nationale aux peuples minoritaires ou conquis. Cependant, aujourd'hui, la situation a changé dans la mesure où le japonais doit être défendu à l'intérieur même de ses frontières, puisque ce sont les étrangers qui prennent une place de plus en plus importante dans le pays. Le japonais n'est plus dans une idéologie impérialiste, mais dans une attitude défensive. C'est pour cette raison que, depuis ces dernières années, la politique d'affirmation de la langue nationale est devenue davantage d'actualité.

Les problèmes linguistiques paraissaient plutôt inexistants jusqu'à ces dernières décennies, mais avec l'arrivée des immigrants comme remède au vieillissement de la population la donne a quelque peut changé. Selon le comité des Nations unies pour l'élimination de la discrimination raciale, il est évident que Tokyo doit adopter une nouvelle législation anti-discrimination. Le Japon aurait pris du retard par rapport à certains pays concernant la protection des droits de l'homme. En fait, le Japon n'a jamais pris du retard en ce qui concerne la protection des minorités, il n'a tout simplement jamais démarré.

En même temps, le Japon se sent plus obligé de respecter certaines normes internationales concernant les minorités. Depuis des siècles, cette question n'a jamais préoccupé les Japonais. Mais la situation a également changé à ce sujet. Le Japon doit se positionner concernant le sort de ses minorités. C'est l'objet de l'article suivant : La politique relative aux minorités autochtones

Dernière révision: 30 novembre, 2020

Japon
 


(1) Situation générale

 

(2) La langue et l'écriture japonaises

 

(3) Données historiques sur la langue
 

(4) La politique relative au japonais
 

(5) La politique relative aux minorités
autochtones
 
(6) Bibliographie

 

 

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