Japon

Japon

(1) Situation générale

Capitale: Tokyo 
Population: 128 millions (2010)
Langue officielle: japonais (de facto)
Groupe majoritaire: japonais (95,8 %)
Groupes minoritaires: coréen, chinois, filipino, portugais, panjabi, bengali, okinawaïen, aïnou, etc. 
Système politique: monarchie parlementaire
Articles constitutionnels (langue): aucune disposition linguistique dans la Constitution de 1947
Lois linguistiques:
Loi sur la protection des anciens indigènes de Hokkaido (1899, abrogée); Loi sur le notariat (1908); Loi sur les tribunaux (1947); Loi fondamentale sur l'éducation, n° 25 (1947, abrogée); Ordonnance d'exécution de la Loi sur le registre de la famille (1947); Code de procédure pénale (1948);  Loi sur l'enregistrement des étrangers (1952); Ordonnance d'exécution de la Loi sur l'aéronautique civile (1952);  Loi sur les marques (1959);  Loi sur les brevets (1959);  Ordonnance d'exécution de la Loi sur la nationalité (1984); Règlement sur la procédure civile (1996); Loi sur la promotion de la culture des Aïnous et sur la diffusion et la mise en valeur des connaissances relatives à leurs traditions (1997); Ordonnance d'exécution de la Loi sur les produits dérivés (2005); Loi fondamentale sur l'éducation, n° 120 (2006); Ordonnance d'exécution de la Loi sur le contrat au consommateur (2007); Loi sur la nationalité (2008); Ordonnance relative à la certification et autres sur la recherche et le développement des programmes d'affaires (2012).

1 Situation géographique

Le Japon (en japonais: Nihon, «pays du Soleil levant») est un pays d’Asie orientale situé au sud-est de la Chine. Formé d’un archipel entre la mer du Japon (revendiquée comme étant la «mer de l'Est» par les Coréens) et l’océan Pacifique, le pays comprend quatre îles principales: du nord-est au sud-ouest: Hokkaido, Honshu, Shikoku et Kyushu (voir la carte) et d’une multitude d’îlots baignés par la mer d’Okhotsk au nord.

Au sud de l'île de Kyushu et au nord-est de l'île de Taiwan est situé l'archipel des Ryūkyū (prononcer comme [lioukyou] en japonais ou [rioukyou] en français), constitué d'une soixantaine de petites îles, parmi lesquelles se trouve Okinawa qui, lors de la reddition du Japon (le 15 août 1945), est restée sous contrôle américain jusqu'en 1972, avant d'être rendue au Japon. La superficie totale du Japon est de 377 765 km², soit l’équivalent de trois fois celle du Portugal. Les îles japonaises s’étendent sur une longueur d’environ 2500 km, soit entre l’île russe de Sakhaline au nord et Taïwan au sud.

La ville Tokyo, située sur l’île d’Honshu, est la capitale du pays. Au point de vue administratif, le Japon compte huit régions (Hokkaido, Tohoku, Kanto, Chubu, Kinki, Chugoku, Shikoku et Kyushu), appelées ken, fu, do ou to, selon les divisions administratives, ainsi que 47 «préfectures» appelées «todōfuken», ce qui correspondrait à des «départements» de type français. Chacune des préfectures est administrée par un gouverneur élu et une assemblée locale. Quant aux municipalités, elles possèdent un conseil composée de représentants élus au suffrage universel. Les municipalités du Japon bénéficient de pouvoirs relativement importants en contrôlant le domaine de l’éducation publique et en levant leurs propres impôts. L'organisation territoriale du Japon est définie par la Loi d'autonomie locale de 1947, permettant à des villes et à des préfectures d'obtenir des compétences anciennement allouées au gouvernement central.

2 Données démolinguistiques

Depuis fort longtemps, le Japon s'est affirmé comme le «pays des dieux», c'est-à-dire un pays unique peuplé par une population «pure» et homogène. C'est là une interprétation courante d'une nation souhaitant se singulariser par rapport aux autres. Cette vision a été défendue par les autorités japonaises et par la communauté scientifique, qui défendaient la thèse d’une «japonéité» en se basant sur une appartenance biologique reposant sur le «droit du sang». Il est vrai que le Japon constitue l’un des pays les plus homogènes du monde au point de vue linguistique, du moins en ce qui a trait au pourcentage des différentes communautés. En effet, 95,8 % des citoyens de ce pays parlent le japonais comme langue maternelle, une langue isolée constituant presque à elle seule la famille japonique, avec ses dialectes et ses petites langues japonaises dans l'archipel des Ryūkyū (ou Ryukyu). Bien que linguistiquement homogène dans une proportion élevée, la Japon compte néanmoins plusieurs minorités ethniques, culturelles et linguistiques.

2.1 Les ethnies du Japon

Si le mot «Japonais» concernent les habitants du Japon, il existe plusieurs ethnies, dont font partie les Japonais eux-mêmes, mais aussi des petites communautés nippones telles les Ryukyuiens, les Burakumins, les Miyako, les Kikai, les Okinawaïens, les Yaeyama, les Amami-Oshima, le peuple des Aïnous, etc., de même que les communautés immigrantes (Coréens, Chinois, etc.) installées dans le pays depuis longtemps.      

Ethnie Population Pourcentage Langue Affiliation
Japonais 120 956 000 95,8 % japonais et variétés

famille japonique

Coréens 998 000 0,8 % coréen

famille coréenne

Ryukyuiens 977 000 0,8 % okinawaïen et variétés

famille japonique

Burakumins 887 000 0,7 % japonais

famille japonique

Chinois Han 549 000 0,4 % chinois mandarin

famille sino-tibétaine

Philippins 499 000 0,4 % filipino (tagalog)

famille austronésienne

Japonais brésiliens 270 000 0,2 % portugais

langue romane

Péruviens 200 000 0,2 % espagnol

langue romane

Chinois Min  75 000 0,0 % chinois min

famille sino-tibétaine

Panjabis  71 000 0,0 % panjabi

langue indo-iranienne

Bangladais  70 000 0,0 % bengali

langue indo-iranienne

Miyako  67 000 0,0 % miyako

famille japonique

Américains  51 000 0,0 % anglais

langue germanique

Iraniens  51 000 0,0 % persan (iranien)

langue indo-iranienne

Judéo-Japonais  50 000 0,0 % japonais

famille japonique

Yaeyama  47 000 0,0 % yaeyama

famille japonique

Chinois cantonais  36 000 0,0 % chinois yu (cantonais)

famille sino-tibétaine

Britanniques  23 000 0,0 % anglais

langue germanique

Aïnous  15 000 0,0 % japonais / aïnou

isolat

Vietnamien  14 000 0,0 % vietnamien

famille austro-asiatique

Kikai  13 000 0,0 % kikai

famille japonique

Malais  10 000 0,0 % malais

famille austronésienne

Thaïlandais  10 000 0,0 % thaï

famille thaï-kadai

Amami-Oshima du Nord   9 900 0,0 % amami-oshima du Nord

famille japonique

Chinois wu   7 000 0,0 % chinois wu

famille sino-tibétaine

Français   6 300 0,0 % français

langue romane

Autres Japonais 16 600 0,0 % -

famille japonique

Autres peuples 166 000 0,1 % -

-

Total 2013 126 144 800 100,0 % -

-

Il existe aussi plusieurs ethnies immigrantes récentes, dont des Philippins, des Indiens, des Iraniens, des Vietnamiens, des Thaïlandais, des Bangladais, etc. Quoi qu'il en soit, la présence de ces nombreuses ethnies démontre que le Japon n'est pas aussi homogène qu'on le croit généralement.

- Les Ryukyuiens

Les Ryukyuiens sont des Japonais d'origine habitant l'archipel des Ryukyu comptant une centaine d'îles s'étirant sur plus de 1200 km entre le sud de l'île de Kyushu et l'île de Taïwan. L'archipel des Ryukyu est composée des ensembles d'îles suivantes : l'archipel d'Okinawa, l'archipel de Kerama, l'archipel de Daitō, l'archipel de Sakishima (dont les îles Miyako et Yaeyama).

L'archipel compte plus d'un million d'habitants, mais seule une minorité de cette population parle encore ces langues japoniques particulières. En effet, toutes les langues ryukyu sont en danger ou en voie de disparition au profit du japonais. Okinawa est l'île la plus connue de l'archipel des Ryukyu. Le mot «Okinawa» (Uchina en okinawaïen) désigne à la fois un archipel, une île, une ville et une préfecture. Cette dernière correspond géographiquement à l'archipel des Ryukyu. Les Ryukyuiens constituent la plus importante minorité japonique du pays, avec 977 000 membres.

Pour la plupart des Japonais, les langues ryukyu sont considérées comme des «dialectes» ("hogen"), voire des «dialectes japonais», ce qu'ils ne sont pas au point de vue historique. Ce sont les seules langues dont la parenté avec le japonais a été prouvée de manière irréfutable, car ce sont des langues japoniques, mais non des dialectes du japonais. 

Seul le japonais standard et, depuis peu, l'aïnou, seraient de véritables «langues». Les autres idiomes sont dits «impurs», «rustiques», «bâtards», «vulgaires», ce qui relègue leurs locuteurs au rang de citoyens de seconde zone. Pour les autorités japonaises, la langue doit unir un État-nation, tandis que le dialecte, typique des régions rurales, le divise. Tous les locuteurs d'une langue ryukyu sont bilingues et parlent le japonais.

- Les Burakumin

Les Burakumin forment la seconde minorité d'importance au Japon, avec près de 900 000 individus. Le mot Burakumin désigne les «gens des hameaux spéciaux» ("tokushu buraku"), c'est-à-dire les descendants de la caste des parias lors de l'époque féodale et issue de deux anciennes communautés: les eta (littéralement: «pleins de souillures») et les hinin (non-humains»). La discrimination a l'égard des Burakumin provient de pratiques archaïques et de tabous anciens. Bien que les pratiques discriminatoires soient interdites depuis 1871, il serait illusoire de penser qu'elles allaient disparaître en quelques décennies.

Il s'agit donc de minorités culturelles puisque tous les membres parlent la japonais. Aujourd'hui encore, les membres de cette communauté laissée-pour-compte font l'objet d’une sévère discrimination sociale, notamment dans l'emploi et le mariage. Les Burakumin sont présents un peu partout au Japon, dans une trentaine de préfectures, mais ils résident souvent dans les ghettos des grandes villes telles Osaka et Kyoto (env. 6000). Cette communauté dispersée ne forme pas une collectivité structurée ni revendicatrice.

- Les Nikkeijin

Les Nikkeijin (littéralement : «personnes d'origine japonaise») sont les descendants de Japonais qui ont immigré en Amérique latine, entre autres au Brésil et au Pérou, surtout entre 1868 et 1970. Plus tard, au cours de la décennie de 1990 à 2000, les autorités japonaises ont incité ces anciens immigrants japonais à revenir au Japon au moyen de mesures financières incitatives. Plus de 300 000 seraient ainsi revenus «au pays», parfois après deux ou trois générations passées à l'étranger. Les Nikkeijin ont été choisis comme main-d'œuvre parce que, en raison  de leur origine japonaise, ils étaient considérés comme socialement et linguistiquement «assimilables». Ces «Japonais de sang» ont également été soumis, à leur arrivée, à un statut particulier en tant que «résidents temporaires», bénéficiant d'un logement dans des quartiers réservés. L'objectif véritable était d'éviter de faire venir des Coréens, des Chinois, des Philippins, des Bangladais, des Africains, etc., pour occuper des emplois peu qualifiés.

Toutefois, les Nikkeijin n'ont pas répondu aux espoirs que les autorités avaient caressés à leur égard. En effet, la plupart ont conservé leur nouvelle langue, surtout le portugais du Brésil et l'espagnol du Pérou. Aujourd'hui, le nombre des «Japonais brésiliens» est estimé à 270 000 personnes. Ces nouveaux immigrants «japonais de sang» connaissent non seulement une crise d’identité, mais aussi des problèmes d’insertion sociale, car ils ne maîtrise pas toujours bien la langue japonaise.

En 2009, on comptabilisait 1,1 million de Japonais vivant à l'étranger, dont les États-Unis (34 %), en Chine (11 %), en Australie ((6,2 %), au Brésil (5 %), au Royaume-Uni (5 %), au Canada (4,6 %), etc. 

- Les Aïnous

Les Aïnous (signifiant «homme»), appelés parfois «Kouriliens» (< îles Kouriles; en russe : Kourilskie ostrova), ont connu leur apogée vers les XIIIe et XIVe siècles. Ils formaient alors une population autochtone non japonique d’environ 100 000 à 200 000 habitants. Ils vivaient principalement dans les îles Kouriles, ainsi que dans la partie méridionale de l'île de Sakhaline, dans l'île de Hokkaido et dans l'île de Shikotan (où une partie de leur population avait été déportée en 1884 par les Japonais), et aussi sur le continent asiatique près de l'embouchure de l'Amour (voir la carte de gauche).

Le peuple aïnou compte aujourd'hui moins de 15 000 individus, pratiquement tous linguistiquement assimilés, puisqu’en 1996 il ne restait plus seulement qu'une quinzaine de locuteurs actifs, tous âgés! Il est donc manifeste que cette langue soit près de l'extinction, si ce n'est déjà fait. Le gouvernement japonais a, depuis longtemps, reconnu que les Aïnous constituaient les premiers habitants des îles japonaises.

- Les immigrants étrangers

À partir de 1985 et des accords du Plaza entre les États-Unis, le Japon, l'Allemagne, le Royaume-Uni et la France portant sur la stabilisation des taux de change, la croissance japonaise a commencé à manquer de main-d'œuvre. Pendant que de nombreuses entreprises privées mettaient en place un réseau de recrutement pour combler le manque de main-d’œuvre, l'administration japonaise découvrait un important réservoir de descendants de Japonais vivant au Brésil et les incitait à venir travailler au Japon. Allaient suivre les Chinois, les Philippins, les Péruviens, les Bangladais, etc.

Selon le ministère japonais de la Justice, il y avait près de 1,8 million de résidents étrangers en situation régulière en 2002. Ce nombre était passé à 2,2 millions d'étrangers en 2008, soit 1,73 % de la population totale avec une augmentation de 50 % en dix ans. Le solde migratoire positif de 2013 a permis d'atténuer la baisse de la population du Japon, mais les Nippons vieillissent et le nombre de décès surpasse de plus de 250 000 celui des naissances. Malgré l'apport massif des immigrants, leur arrivée n'est pas vraiment favorisée par le gouvernement et n'est pas nécessairement souhaitée par les citoyens. Le problème, c'est que le nombre d'immigrants ne compense ainsi pas la perte de main-d'œuvre japonaise.

Au Japon, le mot gaijin est utilisé pour désigner les étrangers dont la couleur de la peau est rose ou blanche, tandis que le mot gaikokujin est employé pour désigner une personne qui n'est pas d'origine ethnique japonaise, ce qui comprend les individus originaires de Corée ou de Chine. Les Chinois sont traditionnellement considérés comme une «minorité modèle», contrairement au Coréens, qui sont mal perçus par beaucoup de Japonais. Quoi qu'il en soit, cette perception des uns et des autres cache une longue histoire de marginalisation des étrangers, notamment des Coréens.

Les étrangers les plus nombreux sont les Brésiliens d'origine japonaise, au nombre d'au moins 270 00, mais probablement plus de 310 000. Ces Nikkeijin, c'est-à-dire des «personnes de lignée japonaise» ou «Japonais de sang», ont apporté avec eux une langue portugaise et parfois un japonais archaïsant, des coutumes oubliées et des habitudes fortement brésilianisées. À leur arrivée, ils ont été soumis à un statut particulier, celui de «résident temporaire» avec des logements dans des quartiers réservés. Leur connaissance du japonais paraît généralement assez faible, ce qui peut expliquer en partie la situation vulnérable de ces immigrants et la discrimination qu'ils subissent au plan économique. Évidemment, le «retour» des Brésiliens au Japon a tourné au désenchantement.

Les résidents au Japon d'origine coréenne sont arrivés dans le pays en trois vagues de migration. Le premier groupe est constitué d'émigrants durant l'occupation japonaise. Le second est constitué de travailleurs forcés durant la Seconde Guerre mondiale (5,4 millions de Coréens ont été enrôlé de force). Enfin, le dernier groupe des réfugiés est celui qui a fui l'île de Jeju au sud de la Corée après le massacre de 1948. Le soulèvement de Jeju et sa répression par l'armée sud-coréenne ont coûté la vie à 14 000 ou 60 000 personnes sur une île qui comptait à l'époque 300 000 habitants. Par la suite, quelque 40 000 résidents de Jeju se sont enfuis au Japon.

Le Japon compte aussi une minorité chinoise (env. 660 000). Ce sont des immigrants venus des pays littoraux ou insulaires de l'océan Indien et du Pacifique et, en faible nombre, des ressortissants des pays occidentaux, principalement nord-américains (États-Unis et Canada). Après les Chinois, il faut mentionner les Philippins au nombre de 500 000.

La connaissance de l’écriture est encore plus laborieuse à acquérir pour les immigrants. De façon générale, la capacité de lecture est faible, et il en est ainsi pour l'aptitude à mener des conversations : 40 % des étrangers au chômage disent connaître moins de 20 % des idéogrammes japonais et presque autant (39 %) en connaissent moins de 30 %; puis13 % d'entre eux admettent en savoir la moitié et 2 % seulement déclarent lire couramment le japonais. Les résultats sont légèrement meilleurs au niveau de la conversation, puisque 4 % déclarent pouvoir suivre une conversation couramment et 23 % disent le faire «à moitié». Moins la langue est maîtrisée, plus les discriminations sont fortes et l’intégration difficile.

2.2 La langue japonaise et ses variétés

La langue japonaise n'est pas uniforme. On compte dans le pays trois grands groupes de dialectes japonais de cette famille japonique : les dialectes de l'Est, les dialectes du Centre et les dialectes de l'Ouest.

1 Les dialectes de l'Est («dialectes du Kantô») :

Les dialectes de l'Est, appelés aussi dialectes du Nord, sont parlés principalement dans l'île de Hokkaido et la région du Tohoku, ainsi que dans certaines parties du Kantô et du Chubu. Les dialectes de l'Est sont plus proches de la norme officielle, le dialecte de Tokyo, que les dialectes de l'Ouest.

- Les dialectes de l'Ouest («dialectes du Kansai»):

Les dialectes de la partie occidentale du Chubu (incluant la ville de Nagoya), de Kansai (incluant les villes de Osaka, Kyoto et Kobe), du Chugoku, du Shikoku, du Kyushu et d'Okinawa sont des dialectes de l'Ouest, appelés aussi dialectes du Sud.

La langue japonaise commune avait toujours eu l'habitude d'être fondée sur les dialectes de la région du Kansai, mais depuis le XVIIe siècle elle est fondée sur le dialecte de Tokyo dans la région du Kantô, car le centre politique et économique du Japon s'est graduellement déplacé de Kyoto, puis de Osaka à Tokyo.

Les dialectes de l'Ouest restent plus près du dialecte d'Osaka. Tandis que les Japonais de l'Est disent, par exemple, yano-assatte («après-demain»), shoppai («salé») et -nai («ne... pas»), ceux de l'Ouest emploient shi-asatte, karai et -n ou -nu. Les consonnes sont plus fortement articulées à l'Est, alors que les voyelles sont plus fortement prononcées à l'Ouest. Les accents de tonalité hauts/bas prennent parfois des formes différentes entre les dialectes de l'Est et ceux de l'Ouest. La plupart des Japonais parlent un mélange de dialecte local et de japonais standard.

- Les dialectes du Centre

Les dialectes du Centre sont parlés dans les régions du Chubu et du Kantô, dont Tokyo, la capitale.

Officiellement, le japonais standard est censé fixer la norme du japonais. Beaucoup de Japonais croient que parler une variété dialectale est «honteux», mais d’autres prétendent qu’il faut avoir une attitude plus positive, puisque les dialectes japonais font partie de la culture du pays et qu’il convient de les conserver comme faisant partie du patrimoine japonais. Cependant, les dialectes tendent de plus en plus à se normaliser sur la variété de Tokyo (le «Tokyo-ben») et à s’appauvrir. Bien que les jeunes créent de nouveaux mots, ils ont tendance également à en oublier d'autres qui ne plus guère utilisés que par les personnes âgées.

- La terminologie du japonais

Les Japonais utilisent plusieurs termes pour parler de leur langue et ce n'est pas parce que le japonais est parlé différemment selon les régions de ce pays insulaire. Ces distinctions lexicales renvoient à des concepts distincts. Les deux termes les plus importants sont nihongo («langue japonaise») et kokugo («langue nationale»). On distingue aussi hyoojungo («japonais standard») et kokka no gengo («langue de l'État»). Toutes ces expressions servent à désigner ce qu'on appellerait le japonais. Pourtant, il ne s'agit pas là de synonymes, mais de dénominations servant à identifier le rôle social et politique de la langue japonaise, selon le sens particulier qu'on veut lui assigner.

Les Japonais utilisent kokugo («langue nationale») entre eux, lorsqu'ils parlent de leur langue maternelle. Le mot est forcément chargé de valeur affective et historique. On emploie le terme kokugo pour parler de l'enseignement du japonais dans les écoles du pays. Évidemment, leur langue maternelle correspond à la «langue nationale». Tous les Japonais ont donc comme langue maternelle le japonais, langue nationale.

Lorsqu'ils ont recours au mot nihongo («langue japonaise»), les Japonais s'adressent aux étrangers ou veulent simplement situer le japonais comme l'une des langues du monde. On parlera, par exemple, de «l'enseignement du japonais» (nihongo  kyôiku) dans les universités des pays étrangers. Ce terme a une valeur sémantique strictement neutre et banalisée; il revoie au code linguistique, abstraction de sa valeur symbolique. C'est presque un mot «international». Pour les Japonais, la «langue nationale» ne saurait être une langue comme les autres, ce que laisse supposer l'emploi du terme nihongo. En réalité, seuls les étrangers peuvent parler la langue japonaise (nihongo), alors que les Japonais parlent la langue nationale (kokugo). Cette équation entre la langue maternelle et la langue nationale a été élaborée par le linguiste Ueda Kazutoshi (1867-1937) à la fin du XIXe siècle.  Dans un ouvrage célèbre au Japon (La langue nationale et la Nation, 1894), Ueda Kazutoshi affirmait ce qui suit:

Cette langue n'est pas seulement le signe du corps de la Nation, elle est aussi en même temps une sorte d'éducatrice, ce qu'on appelle une mère compatissante. Dès notre naissance, cette mère nous prend sur ses genoux et nous enseigne cette façon nationale de penser, cette façon nationale de s'émouvoir. [...] On parle en Allemagne de Muttersprache ou de Sprachemutter: le premier terme désigne la langue de la mère et le second la mère de la langue. Judicieuse distinction.

Le linguiste Ueda Kazutoshi a été l'un des instigateurs de l'idéologie qui a consisté à fondre la langue maternelle dans la langue nationale. Pour parler de la langue officielle, celle employée par l'État et l'Administration, il faut employer l'expression  kokka no gengo, ce qui signifie «langue de l'État», et désigne nécessairement le «japonais standard» (hyoojungo). 

2.3 Les langues japoniques des îles Ryukyu

Japon et Okinawa

Les populations habitant les îles Ryukyu (environ 1,4 million d'habitants), forment une ethnie différente des Japonais de l'archipel principal tant aux plans historique que anthropologique, culturel et linguistique. L'archipel des Ryû-Kyû a longtemps constitué un royaume indépendant du Japon. La culture spécifique de cet archipel, dont Okinawa est la principale île, s’est développée au contact des échanges commerciaux avec la Chine, alors que le Japon s'appelait le Yamato.

Il est certain que les variétés linguistiques du ryûkyû et celles du japonais proviennent d'une même origine ou d'une même protolangue. Les langues ryûkyû appartiennent donc comme le japonais à la famille japonique. Nous ne savons pas exactement quelle est la date de fragmentation des deux types de dialectes, les dialectes japonais et les dialectes ryûkyû. Nous pensons que cette scission pourrait se situer approximativement après le VIIIe siècle, sinon au début du Xe siècle. Les langues parlées dans les îles Ryūkyū ne constituent donc pas des dialectes du japonais, mais des langues d'un autre sous-groupe de la famille japonique. Elles ne sont cependant pas officiellement reconnues par le Japon comme des langues différentes du japonais, et sont traditionnellement classées comme des «dialectes japonais», ce qu'elles ne sont pas.

Quoi qu'il en soit, les variétés ryûkyû sont devenues aujourd'hui tellement différentes que l'intercompréhension est impossible. L'archipel des Ryûkyû fut conquis par le Japon en 1609; les armes y furent dès lors interdites afin d'éviter toute forme de rébellion. C'est depuis cette époque que les techniques de combat à mains nues (les différentes formes de karaté) prirent une nouvelle importance. À partir de 1879, Okinawa et les trois autres îles firent partie intégrante du Japon. Après la Seconde Guerre mondiale, Okinawa est restée une importante base militaire américaine jusqu'en 1972, avant d'être rendue au Japon.

 Les langues ryûkyû, qui portent généralement le nom d'une île, se présentent selon la classification suivante :

1. Le groupe amami-okinawaïen

Sous-groupe du Nord
 - amami du Sud
 - kikaï
 - amami du Nord
 - toku-no-shima

Sous-groupe du Sud
 -
oki-no-erabu
 - okinawaïen
 - kunigami
 - yoron

2. Le groupe sakishima

 - miyako
 - yaeyama
 - yonaguni

 

 

 

Autrefois, la langue parlée au sud de l'île d'Okinawa, l'okinawaïen, dans la capitale du royaume de Shuri, était employée comme langue véhiculaire dans tout l'archipel.

Il n'existe pas de données statistiques de recensement concernant les langues ryukyu; le nombre exact des locuteurs de ces langues demeure donc inconnu. En 2005, la population totale de l'archipel des Ryukyu était de 1,4 million de personnes, mais seuls les individus plus âgés, c'est-à-dire plus de 50 ans, parlent encore couramment ces langues. Aujourd'hui, le nombre d'enfants élevés dans la connaissance de ces langues est de plus en plus rare; cela se produit généralement lorsque les enfants vivent avec leurs grands-parents. Les langues ryukyu sont encore utilisés dans les activités culturelles traditionnelles, comme la musique folklorique, la danse folklorique, les contes et les spectacles populaires.

Le recensement de la population en octobre 2011 donnait une population totale de 1,4 million de personnes pour toute la préfecture. En conséquence, il peut être extrapolé qu'il y aurait environ 95 000 personnes (6,7 %) pour lesquelles l'okinawaïen pourrait être la première langue, et quelque 190 000 personnes (13,5 %) qui peuvent la connaître comme deuxième langue pour un total de 285 000 locuteurs (20,3 %) au maximum. Dans l'île d'Okinawa, les insulaires âgés de moins de 40 ans maîtrisent généralement peu l'okinawaïen. La langue ancestrale ne se transmet plus, car les plus jeunes l'ignorent totalement.

La plupart des langues ryukyu sont maintenant en voie d'extinction, car elles sont concurrencées fortement par le japonais standard. En 2009, plusieurs langues parlées sur l'archipel japonais ont été répertoriées parmi les langues en danger par l’Atlas UNESCO. Outre l'aïnou dans l'île de Hokkaido et le hachijo au sud de l'île Hoshu, ce sont l’amami du Nord et l'amami du Sud, le kikaî, le yoron, le kunigami, le miyako, l’okinawaïen, le yaeyama et le yonaguni.

2.4 La langue aïnou

L'aïnou et ses variétés ne font pas partie des langues japoniques; c'est une langue radicalement différente du japonais. Bien que l'aïnou ait emprunté une partie de son vocabulaire au japonais, les linguistes croient que cette langue pourrait être apparentée aux langues paléo-sibériennes et même ouraliennes (surtout samoyèdes comme le yourak, l'ostyak ou le selkoup). Pour d'autres, l'aïnou se rattacherait à un groupe élargi appelé langues proto-altaïques, comme le turc, le mongole et le toungouse. Mais pour la plupart des spécialistes de la question, l’aïnou reste une langue isolée parmi les langues du monde, c'est ce qu'on appelle un isolat linguistique. Il existe environ une trentaine de langues que les linguistiques ne peuvent rattacher génétiquement à aucune autre, l’aïnou étant l’une d’elles. 

De plus, la culture aïnou repose essentiellement sur la tradition orale, tandis que son système d'écriture est basé sur des translittérations empruntées aux langues des civilisations russes (alphabet cyrillique) et japonaises (katakana). L'aïnou est composé de plusieurs variétés dialectales, bien qu'une certaine langue commune soit compréhensible par tous les membres de la communauté dans la mesure où elle était réservée à la transmission culturelle, notamment dans la mythologie ancestrale.

Soumis à une brutale assimilation par les Japonais, les Aïnous durent apprendre le japonais, d'autant plus que leur langue ne fut jamais écrite. L’aïnou fut progressivement délaissé avec la scolarisation obligatoire en japonais. On considère cette langue comme disparue. C'est pourquoi l'aire linguistique de l'aïnou (voir la carte plus haut intitulée «aire de l'aïnou») correspond en réalité à son extension historique la plus étendue (XIVe siècle). Au XVe siècle, les Japonais ont commencé à s’implanter dans le sud-ouest de Hokkaidô et à repousser les populations locales vers le nord. Aujourd'hui, cette aire linguistique est considérée comme disparue, même si l'ethnie aïnou y demeure toujours présente et qu'elle est minorisée par la population japonaise (ou russe). 

2.5 Les langues des immigrants

Les immigrants coréens parlent le coréen. Mais les Chinois parlent plusieurs variétés de chinois, soit le mandarin, le min, le cantonais ou le wu. Les autres langues étrangères les plus parlées sont le filipino des Philippins, le portugais des Brésiliens, l'espagnol des Péruviens, puis le pandjabi, le bengali, l'anglais, le vietnamien, le malais, le thaï, etc.  De façon générale, la connaissance du japonais de la party des immigrants demeure plutôt faible ou rudimentaire, surtout pour l'écriture, ce qui explique en partie la situation vulnérable des immigrants et la discrimination qu'ils subissent au plan économique.

2.6 Les religions

La plupart des Japonais s'identifient à l'une des deux religions suivantes: le shintoïsme et le bouddhisme. Si le shintoïsme est japonais, le bouddhisme est importé de Chine et de Corée, alors que le christianisme est venu d'Europe et l'islam, de Turquie. On peut dire que la moitié de la population du pays est shintoïste, que  que 40 % est bouddhiste. Le christianisme fut introduit au Japon par des missionnaires espagnols et portugais au milieu du XVIe siècle, mais les chrétiens forment seulement un faible pourcentage de la population, soit à peine 2 %. Toutefois, au Japon, il existe deux fois plus de croyants que d'habitants, car tout individu peut pratiquer plus d'une religion en même temps. Ainsi, la plupart des cérémonies de mariage se déroulent selon les rites shintoïstes, alors que les funérailles suivent habituellement les pratiques bouddhiques.

Religion Nombre Pourcentage
Shintoïsme 107 millions 84 %
Bouddhisme 91 millions 71 %
Christianisme 3 millions 2 %
Autres 10 millions 8 %

 D'où la plaisanterie suivante: «Le Japonais nait shintoïste, raisonne confucianiste ou zen et meurt bouddhiste.»

2.7 Les bases militaire américaines à Okinawa

Depuis la fin du XIXe siècle, le petit archipel d'Okinawa, qui s'étend sur un millier de kilomètres, a connu une histoire houleuse et difficile. Après avoir été annexée en 1879 par le Japon, sa position stratégique comme «porte militaire du Sud» est devenue la cause de tous ses maux. En effet, l'archipel d'Okinawa a été impliqué dans toutes les guerres que le Japon a menées : contre la Chine en 1895, contre la Russie en 1905 et contre les États-Unis en 1945. La population okinawaïenne a été victime des combats acharnés qui précédèrent le débarquement américain (juin 1945) et des brutalités de l'armée impériale, ce qui entraîna la mort de plus de 142 000 civils parmi les Okinawaïens, soit un tiers de la population locale. Tout le patrimoine architectural a été entièrement détruit à jamais.

De 1945 à 1972, l'île d'Okinawa fut sous la tutelle de l'armée américaine: la United States Civil Administration of the Ryukyu Islands. C'est un gouvernement militaire qui dirigea l'archipel des Ryukyu, dont fait partie l'île japonaise d'Okinawa. Durant la guerre du Viêt Nam (1955-1975), l'île d'Okinawa fut considérée comme le «porte-avions américain» de la région. Des armes nucléaires y furent stockées sur les bases militaires.

Les Américains rétrocédèrent l'administration de la préfecture d'Okinawa aux Japonais en 1972, mais les enclaves militaires, elles, sont restées. Les trois quarts des bases militaires présentes sur le sol japonais sont concentrées dans l'île d'Okinawa. 

De façon générale, l'île d'Okinawa compte quelque 40 000 soldats américains, parfois jusqu'à 50 000, selon les années. Lorsqu'on consulte une carte (voir celle de gauche), on constate qu'environ 20 % du territoire est occupé par des bases militaires et des champs d'exercice. Plusieurs bases accaparent même des pans entiers de l'île. Chacune des bases est entourée de barbelés, abrite des habitations, des écoles, des équipements sportifs, des restaurants et gère sa propre police. Toutes les bases militaires fonctionnent en vase clos comme autant d'États dans l'État japonais. 

L'île est contrôlée par l'armée américaine (USFJ: United States Forces Japan) et l'armée japonaise (JSDF: Japan Self-Defense Forces).  Les lois et la justice sont américaines, de même que les timbres et les passeports; le dollar américain sert de monnaie officielle; la conduite automobile est à droite, contrairement au reste du Japon. La langue anglaise est la seule langue utilisée dans les bases. La radio et la télévision américaines ne diffusent leurs émissions uniquement en anglais. Les militaires refusent d'apprendre le japonais.

Les habitants ne voient pas cette présence militaire du même œil que les autorités japonaises, car la population locale doit assumer un fardeau considérable, la présence des bases américaines posant de plus en plus de problèmes.

En effet, de nombreux incidents de nature criminelle (agressions, viols, exactions, etc.) impliquent régulièrement des militaires américains, sans parler des vrombissements incessants d'avions et d'hélicoptères, ainsi que des crashs parfois mortels, ce qui suscite la grogne chez les insulaires. Malgré la restitution de l’île au Japon, les habitants vivent toujours la présence américaine comme une nouvelle occupation. La majorité des Okinawaïens a toujours été opposée à la présence des bases militaires américaines, mais elle n'a jamais été entendue, alors que les autorités japonaises tentent en vain de convaincre les habitants que la présence des bases militaires étrangères est nécessaire pour le pays. Pourtant, l’île d'Okinawa demeure la préfecture la plus pauvre de tout le Japon, celle ayant le taux de chômage le plus élevé. Les États-Unis possèdent encore dans l'île un droit d'occupation permanente.

Pendant ce temps, dans les écoles, tout enfant japonais qui est surpris à employer un mot en okinawaïen se voit remettre une sorte de bonnet d'âne qui se transmet tout au long de la journée en fonction des différences à la langue japonaise. Si les Américains ne parlent que l'anglais, les Okinawaïens n'utilisent que le japonais ou l'okinawaïen.

Dernière révision: 25 novembre, 2014

Japon


(1) Situation générale

 

(2) La langue et l'écriture japonaises

 

(3) Données historiques sur la langue
 

(4) La politique linguistique
 

(5) Bibliographie
 

La famille japonique
 

 

Carte Asie
L'Asie