Japon

Japon

(1) Situation générale

Capitale: Tokyo 
Population: 125,1 millions (1995)
Langue officielle: japonais (de facto)
Groupe majoritaire: japonais (99,2 %)
Groupes minoritaires: coréen, chinois, aïnou et une douzaine de petites langues japonaises (en voie de disparition)
Système politique: monarchie parlementaire
Articles constitutionnels (langue): aucune disposition linguistique dans la Constitution de 1947
Lois linguistiques: sans objet

1 Situation géographique

Le Japon (en japonais: Nihon, «pays du Soleil levant») est un pays d’Asie orientale situé au sud-est de la Chine. Formé d’un archipel entre la mer du Japon (revendiquée comme étant la «mer de l'Est» par les Coréens) et l’océan Pacifique, le pays comprend quatre îles principales: du nord-est au sud-ouest: Hokkaido, Honshu, Shikoku et Kyushu (voir la carte) et d’une multitude d’îlots baignés par la mer d’Okhotsk au nord.

Au sud, entre l'île de Kyushu et l'île de Taiwan, est situé l'archipel des Ryukyu, constitué d'une soixantaine de petites îles, parmi lesquelles se trouve Okinawa qui, lors de la reddition du Japon (le 15 août 1945), est restée sous contrôle américain jusqu'en 1972, avant d'être rendue au Japon. La superficie totale du Japon est de 377 765 km², soit l’équivalent de trois fois celle du Portugal. Les îles japonaises s’étendent sur une longueur d’environ 2500 km, soit entre l’île russe de Sakhaline au nord et Taïwan au sud.

Tokyo, située sur l’île d’Honshu, est la capitale du pays. Au point de vue administratif, le Japon compte huit régions (Hokkaido, Tohoku, Kanto, Chubu, Kinki, Chugoku, Shikoku et Kyushu), appelées ken, fu, do ou to selon les divisions administratives, ainsi que 47 départements. Chacun de ces départements est administré par un gouverneur élu et une assemblée locale. Chacune de ces municipalités possède un conseil composée de représentants élus au suffrage universel. Les municipalités du Japon bénéficient de pouvoirs relativement importants en contrôlant le domaine de l’éducation publique et en levant leurs propres impôts.

2 Données démolinguistiques

Le Japon constitue l’un des pays les plus homogènes du monde au point de vue linguistique, du moins en ce qui a trait au pourcentage des différentes communautés. En effet, plus de 99 % des citoyens de ce pays parlent le japonais comme langue maternelle, une langue isolée constituant à elle seule la famille japonaise (avec ses dialectes tels que le kyushu, le seibo, le tobu et l’okinawa).

2.1 La terminologie

Les Japonais utilisent plusieurs termes pour parler de leur langue et ce n'est pas parce que le japonais est parlé différemment selon les régions de ce pays insulaire. Ces distinctions lexicales renvoient à des concepts distincts. Les deux termes les plus importants sont nihongo («langue japonaise») et kokugo («langue nationale»). On distingue aussi hyoojungo («japonais standard») et kokka no gengo («langue de l'État»). Toutes ces expressions servent à désigner ce qu'on appellerait le japonais. Pourtant, il ne s'agit pas là de synonymes, mais de dénominations servant à identifier le rôle social et politique de la langue japonaise, selon le sens particulier qu'on veut lui assigner.

Les Japonais utilisent kokugo («langue nationale») entre eux, lorsqu'ils parlent de leur langue maternelle. Le mot est forcément chargé de valeur affective et historique. On emploie le terme kokugo pour parler de l'enseignement du japonais dans les écoles du pays. Évidemment, leur langue maternelle correspond à la «langue nationale». Tous les Japonais ont donc comme langue maternelle le japonais, langue nationale.

Lorsqu'ils ont recours au mot nihongo («langue japonaise»), les Japonais s'adressent aux étrangers ou veulent simplement situer le japonais comme l'une des langues du monde. On parlera, par exemple, de «l'enseignement du japonais» (nihongo  kyôiku) dans les universités des pays étrangers. Ce terme a une valeur sémantique strictement neutre et banalisée; il revoie au code linguistique, abstraction de sa valeur symbolique. C'est presque un mot «international». Pour les Japonais, la «langue nationale» ne saurait être une langue comme les autres, ce que laisse supposer l'emploi du terme nihongo. En réalité, seuls les étrangers peuvent parler la langue japonaise (nihongo), alors que les Japonais parlent la langue nationale (kokugo). Cette équation entre la langue maternelle et la langue nationale a été élaborée par le linguiste Ueda Kazutoshi (1867-1937) à la fin du XIXe siècle.  Dans un ouvrage célèbre au Japon (La langue nationale et la Nation, 1894), Ueda affirmait ce qui suit:

Cette langue n'est pas seulement le signe du corps de la Nation, elle est aussi en même temps une sorte d'éducatrice, ce qu'on appelle une mère compatissante. Dès notre naissance, cette mère nous prend sur ses genoux et nous enseigne cette façon nationale de penser, cette façon nationale de s'émouvoir. [...] On parle en Allemagne de Muttersprache ou de Sprachemutter: le premier terme désigne la langue de la mère et le second la mère de la langue. Judicieuse distinction.

Ueda a été l'un des instigateurs de l'idéologie qui a consisté à fondre la langue maternelle dans la langue nationale.

Pour parler de la langue officielle, celle employée par l'État et l'Administration, il faut employer l'expression  kokka no gengo, ce qui signifie «langue de l'État», et désigne nécessairement le «japonais standard» (hyoojungo). 

2.3 Les variétés linguistiques du japonais

Officiellement, le japonais standard est censé fixer la norme du japonais. Dans les faits, ce n'est pas si simple. On peut distinguer les dialectes japonais de l'Est et de l'Ouest: le dialecte de Tokyo, le dialecte de Kanazawa, le dialecte de Kyoto, le dialecte de Ehime, le dialecte d’Okinawa. Les dialectes de l'Est étant plus proches de la norme officielle — qu’on appelle parfois le «dialecte de Tokyo» — et ceux de l'Ouest plus proches du dialecte d'Osaka; le dialecte d’Okinawa (environ un million de locuteurs), quant à lui, est le plus différent des autres dialectes. Voici quelques exemples de variétés dialectales japonaises:

Verbe voir (impératif)

miro

miyo

mii

Verbe payer (passé)

haratta

haroota

haruta

Largement

hiroku

hiroo

hiruu

Verbe faire (négation)

shinai

senu

sen

C’est...

da

ja

ya

Beaucoup de Japonais croient que parler une variété dialectale est «honteux», mais d’autres prétendent qu’il faut avoir une attitude plus positive, puisque les dialectes japonais font partie de la culture du pays et qu’il convient de les conserver comme faisant partie du patrimoine japonais. Cependant, les dialectes tendent de plus en plus à se normaliser sur la variété de Tokyo (le «Tokyo-ben») et à s’appauvrir. Bien que les jeunes créent de nouveaux mots, ils ont tendance également à en oublier d'autres qui ne plus guère utilisés que par les personnes âgées.

2.4 Les langues minoritaires

Malgré sa grande homogénéité linguistique (99,2 %), le Japon compte également un certain nombre de minorités. Ce sont d'abord les Coréens, les Chinois et les Aïnous, mais il existe aussi plusieurs petites minorités parlant différentes langues japonaises autres que le japonais standard.

- Coréens, Chinois et immigrants

Dans un pays de 125 millions d’habitants, les 690 000 locuteurs du coréen ne forment que 0,5 % de la population, les 200 000 locuteurs du chinois (mandarin, cantonais, min, wu, etc.), seulement 0,16 %.

Il faut mentionner aussi de petites communautés immigrantes de Bengalis (bengali), de Malais (malais), de Philippins (filipino), d'Iraniens (farsi), d'Indiens (pendjabi, hindi, etc.), etc.

- Les petites communautés japonaises indigènes

On dénombre aussi une douzaine de très petites langues japonaises (dont l’amami, le kikai, le miyako, le toku-no-shima, etc.) parlées par des populations indigènes; ces langues sont toutes en voie de disparition, car aucune d'entre elles n’est parlée par plus de 100 locuteurs.

- Les Aïnous

Le Japon compte aussi une population autochtone assez particulière: les Aïnous. Au nombre d'environ 15 000 individus entièrement japonisés, ils ne parlent plus leur langue ancestrale, l'aïnou. En 1996, il ne restait plus que 15 locuteurs actifs, tous âgés!

En dépit de l’intérêt manifesté par les anthropologues depuis la fin du XIXe siècle, l’origine des Aïnous demeure encore inexpliquée. De par leurs traits morphologiques et leur système pileux développé (qui les distinguent des Japonais), ils sont parfois considérés comme les descendants de groupes caucasiens; par leur groupe sanguin, ils ont été reliés aux premiers mongoloïdes; enfin, certaines thèses les rattachent aux populations mésolithiques caractérisées (il y a 10 000 ans) par la culture Jômon (ce qui signifie en japonais «motifs cordées» et désigne des poteries particulières portant des décorations réalisées en pressant une corde de chanvre ou de paille de riz tressée sur la terre cuite). De plus, linguistiquement, l'aïnou n'est rattaché à aucune famille de langues. On sait seulement que l'aïnou est l'une des langues préhistoriques antérieures à la formation du japonais. De même, bien avant l’arrivée des Japonais dans cette région, le peuple aïnou a habité l'île de Hokkaido, les îles Kouriles, le sud de l'île de Sakhaline et une partie de l'île Honshu (voir la carte). D'ailleurs, le gouvernement japonais a, depuis longtemps, reconnu que les Aïnous constituaient les premiers habitants des îles japonaises.

En ce qui concerne la religion, les Japonais sont surtout shintoïstes (39,5 %) ou bouddhistes (38,3 %); on compte quelque 3,9 % de chrétiens et 18,3 % d’adeptes d'autres religions.

Dernière révision: 23 octobre, 2006

Japon


(1) Situation générale

 

(2)
La langue et l'écriture japonaises

 

(3) Données historiques sur la langue
 

(4) La politique linguistique
 

(5) Bibliographie
 

La famille linguistique japonaise
 

 

Carte Asie
L'Asie