Liban

Jumhuriyah al Lubnaniy

République du Liban
 
Capitale: Beyrouth
Population: 4,0 millions (est. 2009)
Langue officielle:
arabe (de jure)
Groupe majoritaire:
arabe libanais ou leventin du Nord (93,7 %)
Groupes minoritaires: 
kurde kurmanji (4,9 %), arménien (4,9 %), arabe syrien (2,5 %), arabe égyptien (1,7 %), chaldéen néo-araméen (0,5 %), français (0,4 %), arabe irakien (0,3 %), espagnol (0,3 %), araméen (0,1 ), anglais (0,1 %), grec, italien, turc, portugais et assyrien néo-araméen
Système politique: république parlementaire 
Articles constitutionnels (langue):
 préambule et art. 11 de la Constitution modifiée en 2004
Lois linguistiques:
Code de procédure civile libanais (1983)
; Loi du 23 septembre 1946 portant Code du travail, dans sa teneur modifiée au 31 décembre 1993 et au 24 juillet 1996; Loi sur la protection de la propriété littéraire et artistique (1999); Code de procédure pénale (2001); Loi sur la protection des consommateurs (2004).

1 Situation géographique

La république du Liban (correspondant à la prononciation [loubnân] en arabe) est un petit pays de 10 452 km², soit l’équivalent d’une surface trois fois moindre que celle de la Belgique et de deux fois moindre que celle d'Israël (20 770 km²); sa longueur est d’environ 250 km sur 40 km à 70 km de largeur. Le pays est limité nord et à l’est par la Syrie, au sud par Israël (Palestine) et à l’ouest par la Méditerranée.

Le relief du Liban est formé à l’ouest par une chaîne de montagnes — les monts Liban —, qui domine une étroite plaine côtière, et à l’est par une seconde chaîne de montagnes parallèle à la première : l'Anti-Liban adossé à la Syrie et le mont Hermon au sud; entre les deux, s’étend le haut plateau de la Békaa (voir la carte détaillée).

Le nom du Liban (en arabe Loubnân) vient d’un mot araméen signifiant «la montagne Blanche», c’est-à-dire celui de sa chaîne de montagnes toujours enneigées: les monts Liban, désignés aussi par l'expression la Montagne. La capitale, Beyrouth, compte plus d'un million d'habitants. Les villes importantes sont les suivantes: Tripoli (200 000 hab.), Saïda (100 000 hab.), Tyr (70 000 hab.), Nabatieh (15 000 hab.), Baalbek (env. 20 000 hab.), Zahlé (30 000 hab.), Jounieh (100 000 hab.).

L'emblème du Liban est le «cèdre du Liban» ("Cedrus libani") originaire de la région couvrant le Liban, la Syrie et une partie de la Turquie. La présence de cet arbre est devenue exceptionnelle, sauf dans quelques forêts.

2 Données démolinguistiques

Toute donnée d’ordre démographique sur le Liban reste relativement aléatoire. L’imprécision des estimations d’ordre démographique s’explique par l’absence de tout recensement depuis la fin du mandat français (1920-1946), du fait que les résultats auraient des implications sur le partage politique du pouvoir. Les autorités libanaises ont préféré s’en tenir au statu quo plutôt que de susciter de nouveaux conflits. Le dernier recensement officiel au Liban date de 1932, sous le mandat français. 

C’est sur la base des résultats de cet ancien recensement que fut effectué le partage du pouvoir entre les différentes communautés en 1943 et que furent distribués les postes dans la fonction publique. Depuis cette époque, la répartition des principales responsabilités politiques et administratives se fait entre les six grandes communautés confessionnelles: les maronites, les grecs-orthodoxes, les grecs-catholiques, les sunnites, les chiites et les druzes. Avec ce système des «quotas», chacune des six grandes communautés détenait un droit de veto implicite en cas de désaccord. Rien n'était prévu pour adapter le système à l'évolution démographique.

Cependant, en octobre 1996, le ministère des Affaires sociales a publié les résultats du premier recensement depuis 1932. Le Liban avait en 1996 une population de 3,1 millions d’habitants, sans compter les 200 000 à 300 000 réfugiés palestiniens. Puis, d'après une étude statistique de 1997 sur les conditions de vie des ménages, les autorités libanaises estimèrent à quatre millions le nombre d'habitants au Liban, dont 350 000 réfugiés palestiniens. La population du pays comporterait environ 85 % de Libanais, 12 % de Palestiniens et 3 % de Syriens. Les Arméniens et les Kurdes résidant au Liban sont, dans leur immense majorité, de nationalité libanaise. Notons enfin qu'environ 13 millions de ressortissants d'origine libanaise vivraient à l'étranger. Le tableau qui suit présente la population estimée en 2004, soit 3,5 millions d'habitants:

 

Groupe ethnique

Langue maternelle Religion Population %
Arabes libanais  arabe leventin du Nord langue sémitique 2 462 360 70,1 %
Arabes palestiniens arabe leventin du Nord langue sémitique 369 380 10,5 %
Druzes arabe leventin du Nord langue sémitique  355 170 10,1 %
Kurdes kurmanji langue indo-iranienne 173 000 4,9 %
Arméniens arménien isolat indo-européen 172 660 4,9 %
Alawites arabe leventin du Nord langue sémitique 100 000 2,8 %
Arabes syriens arabe syrien langue sémitique 89 300 2,5 %
Arabes égyptiens  arabe égyptien langue sémitique 60 890 1,7 %
Chaldéens  chaldéen néo-araméen langue sémitique 18 270 0,5 %
Français français langue romane 16 340 0,4 %
Arabes irakiens arabe irakien langue sémitique 12 180 0,3 %
Juifs espagnols espagnol langue romane 9 950 0,2 %
Araméens araméen langue sémitique 4 330 0,1 %
Américains anglais langue germanique 3 950 0,1 %
Grecs grec  langue grecque 3 350 0,0 %
Italiens italien langue romane 3 350 0,0 %
Turcs turc langue altaïque 3 040 0,0 %
Portugais portugais langue romane 1 520 0,0 %
Espagnols espagnol langue romane 1 520 0,0 %
Assyriens assyrien néo-araméen langue sémitique 1 200 0,0 %
Britanniques anglais langue germanique 1 220 0,0 %
Juifs  arabe leventin du Nord langue sémitique  1 000 0,0 %
Total = 3 507 810
100,0 %

2.1 Les communautés ethniques

Les groupes ethniques sont au nombre de 22 (au moins). Les communautés d'origine du Liban sont les Arabes libanais (70,1 %), les Druzes (10,1 %), les Arméniens (4,9 %), les Alawites (2,8 %), les Chaldéens (0,5 %), les Araméens (0,1 %), les Assyriens (0,0 %) et les Juifs (0,0 %). Tous les autres sont des communautés immigrantes: Palestiniens, Égyptiens, Syriens, Français, Irakiens, Américains, Kurdes, Turcs, etc. Si plusieurs communautés parlent une langue propre, d'autres partagent la même langue.

2.2 Les langues en présence

Le Liban est un pays très homogène sur le plan linguistique. En effet, 98 % de la population parle l’arabe ou l'une de ses variétés. La majorité de la population parle l'arabe leventin du Nord, appelé aussi arabe libanais ou arabe syro-libanais: 93,7 %. Cependant, l'appellation «syro-libanais» pour désigner l'arabe libanais peut choquer certains Libanais en raison de la situation politique tendue avec la Syrie. Cette langue est partagée par les Libanais, les Syriens, les Palestiniens, les Druzes, les Alawites et une partie des Juifs.  Près de 15 millions de personnes parlent l'arabe leventin du Nord dans le monde: outre les locuteurs du Liban, mentionnons 8,8 millions de locuteurs en Syrie, un million en Argentine, 500 000 en Turquie et 800 000 autres un peu partout dans le monde (États-Unis, France, Australie, Canada, etc.).

Les autres communautés linguistiques sont forcément minoritaires: le kurde kurmanji (4,9 %), l'arménien (4,9 %), l'arabe syrien (2,5 %), l'arabe égyptien (1,7 %), le chaldéen néo-araméen (0,5 %), le français (0,4 %), l'arabe irakien (0,3 %), l'espagnol (0,3 %), l'araméen (0,1 ), l'anglais (0,1 %), le grec, l'italien, le turc, le portugais et l'assyrien néo-araméen.

Les variétés d'arabe appartiennent au groupe sémitique, mais également le chaldéen, l'araméen et l'assyrien. À part le turc (famille altaïque), toutes les autres langues ont une origine indo-européenne, que ce soit le kurde, l'arménien, le français, l'anglais, etc. 

Au point de vue linguistique, l'arabe classique demeure la langue officielle du Liban, l’arabe libanais (ou leventin du Nord), la langue d’usage. L'utilisation du français reste courante, notamment au sein des communautés chrétiennes, surtout les maronites, alors que l’anglais serait davantage privilégié dans les communautés musulmanes et dans les échanges commerciaux. Les Arméniens et les Kurdes ont conservé leur langue d'origine, mais parlent également le français (Arméniens) ou l'anglais (Kurdes).

En raison de l’histoire du Liban, le français et l’anglais, en plus de l’arabe classique, demeurent des langues relativement pratiquées comme langues secondes. Étant donné que les Libanais ont toujours été de grands commerçants, la connaissances des langues étrangères est une pratique courante. En effet, presque tous les Libanais parlent l’arabe classique, 45 % le français et 40 % l’anglais. En général, le français est réputé être répandu dans les familles chrétiennes et dans les couches aisées musulmanes; la majorité des musulmans ont tendance à être plutôt anglophiles, bien que beaucoup de musulmans connaissent le français. Des études effectuées en 2000-2001 par la Commission des affaires culturelles du gouvernement français démontraient que les vrais bilingues arabe-français représenteraient 28,5 % de la population, alors que les bilingues arabe-anglais seraient 14 %. Par ailleurs, 73 % des bilingues arabe-français connaîtraient également l’anglais. Il s’agirait d’un trilinguisme presque diglossique où l’arabe serait utilisé à la fois comme langue maternelle et comme langue vernaculaire, le français servant essentiellement comme langue de culture et l’anglais comme langue fonctionnelle pour les communications avec l’extérieur.

2.3 Les clivages religieux

Le Liban est un pays multiconfessionnel. Dans cette région du Proche-Orient, le Liban est certainement le pays qui connaît la plus grande diversité religieuse. Les Libanais professent surtout des religions musulmanes et chrétiennes. Mais les communautés confessionnelles sont au nombre d’une vingtaine (officiellement 17), lesquelles disposent d’une existence juridique. Chacune de ces religions relève d’un droit privé spécifique appliqué par des tribunaux religieux; d'ailleurs, sur la carte d'identité d'un Libanais, la religion de celui-ci était inscrite, mais ce n'est plus le cas depuis la moitié des années 1990, date de publication de la nouvelle carte d'identité.

Chez les musulmans (environ 60 % de la population), on distingue les chiites (35 %), les sunnites (23 %), les druzes (5 %) et les alaouites (1 %). 

Chrétiens catholiques

Chrétiens non catholiques

Musulmans

Juifs

Maronites
Grecs catholiques
Arméniens catholiques
Syriaques catholiques
Catholiques latins
Chaldéens catholiques

 

Grecs orthodoxes
Arméniens orthodoxes
Syriaques monophysites
Assyriens 
Protestants
Coptes orthodoxes
Chaldéens orthodoxes

Sunnites
Chiites
Druzes
Alaouites

 

Juifs
Presque tous les autres Libanais sont des chrétiens, dont approximativement 24 % de maronites, 13 % de grecs-orthodoxes, d’arméniens-orthodoxes (3 %) et d’autres communautés plus faiblement représentées, telles que les syriens-orthodoxes (jacobites), les syriens-catholiques (syriaques), les chaldéens-catholiques, les chaldéens-orthodoxes (nestoriens), les catholiques-latins directement rattachés à Rome, etc. On compterait moins d’une centaine de juifs (à Beyrouth). Il y aurait aussi une toute petite communauté de coptes; ce sont des Égyptiens installés au Liban, mais ils n'ont pas de paroisse. Le tableau qui suit donne une idée du caractère multiconfessionnel des Libanais.

Le territoire libanais correspond à l'appartenance communautaire; on parle au Liban de «cantonisation». On peut visualiser avec plus de précision une carte représentant sur le territoire la répartition des communautés confessionnelles. Les maronites sont surtout rassemblés dans Beyrouth-Est et au nord de la route qui mène à Damas; les druzes sont majoritaires dans le sud du Mont-Liban et dans l'Anti-Liban. Les sunnites sont concentrés dans le nord du pays et dans les grandes villes du littoral, qui regroupent aussi les grecs-orthodoxes. La population chiite, nombreuse dans la banlieue de Beyrouth et au sud du Mont-Liban, se concentre également dans le nord de la plaine de la Békaa.

2.4 Les Libanais «hors du Liban»

L'émigration libanaise a toujours joué un très grand rôle. Les émigrés, deux fois plus nombreux que les Libanais vivant au pays, constituent une véritable diaspora, qui conserve des liens avec son pays d'origine.

Au début du XIXe siècle apparut un premier courant migratoire orienté vers les villes égyptiennes. Ce flux s’est poursuivi dans la première moitié du XXe siècle. La deuxième vague fut plus importante et demeura essentiellement chrétienne: selon diverses estimations, de 400 000 à 800 000 Libanais auraient définitivement quitté leur pays pour le continent américain entre 1850 et 1950. Avec leur descendance, ils seraient aujourd'hui plusieurs millions. À la fin du XIXe siècle, il se développa une troisième vague d'émigration, surtout chiite et dirigée vers l'Afrique noire française. Lors de la décolonisation des années soixante, la plupart des Libanais d'Afrique rentrèrent dans leur pays d'origine, favorisant ainsi l'émergence d'une classe moyenne au sein de la communauté chiite.

Depuis 1950, les migrations s’avèrent définitives vers le Canada et l'Australie, mais demeurent temporaires dans les pays arabes de la région du Golfe (Arabie Saoudite et Émirats arabes unis). Ces mouvements connaissent une ampleur considérable à partir de 1975 et concernent toutes les communautés, toutes les classes sociales et toutes les régions libanaises. Rappelons qu'environ 13 millions de ressortissants libanais vivraient à l'étranger, dont 10,7 millions en Amérique du Sud et en Amérique du Nord, 1,2 million en Afrique, plus de 400 000 en Europe, quelque 400 000 dans les pays arabes et plus de 300 000 en Australie.

3 Données historiques

De par sa position géopolitique, le Liban a toujours été au carrefour de trois continents et le passage obligé entre l'Occident et le monde arabe, bénéficiant au surplus d'un accès vers l'Asie centrale et la Russie. Par le fait même, le pays fut maintes fois envahi et conquis par pratiquement tous les peuples du bassin méditerranéen, ainsi que par des tribus nomades qui remontèrent de la péninsule Arabique. Enfin, du fait de sa configuration accidentée, ce pays de montagnes a souvent accueilli les réfugiés de nombreuses contrées. Tous ces peuples ont laissé non seulement une empreinte architecturale, mais aussi un apport culturel et religieux important.

À la fin du IIIe millénaire, les Cananéens et les Phéniciens établirent sur la côte des comptoirs et fondèrent des cités-États (Tyr, Sidon, Byblos, Beyrouth). Les Phéniciens avaient créé un alphabet de 22 lettres, qui supplanta l’écriture cunéiforme alors en usage, et se répandit dans toute la Méditerranée. Le Liban, qui fit partie de la Phénicie, connut dans l'Antiquité une civilisation brillante. L'indépendance de la Phénicie prit fin avec la conquête d'Alexandre le Grand en 333 avant notre ère. À partir de cette période, et ce, jusqu’au XVe siècle, le Liban disparut en tant qu’entité politique souveraine; il fut englobé au sein d'une vaste zone dite «syrienne». La domination grecque dura trois siècles, soit jusqu’à la tutelle romaine.

En 64 avant notre ère, les légions de Pompée fondèrent la Provincia Syria. Beyrouth devint la métropole militaire et commerciale des Romains en Orient. Le christianisme se propagea dans cette province syrienne dès la première moitié du Ier siècle. En 395, lors du partage de l'Empire romain, la Provincia Syria, devenue chrétienne, fut rattachée à l'Empire byzantin. L'Église syro-maronite (maronites) a vu le jour dans le diocèse d'Orient de l'Empire byzantin; elle constituait une branche de l'ancienne Église syriaque d'Antioche.

3.1 La conquête arabe

En 628, les Arabes envahirent la région et, après la défaite byzantine à la bataille de Yarmouk en 636, les villes de la côte libanaise tombèrent entre les mains des musulmans, qui placèrent la «province» sous leur autorité. Par suite de la conquête arabe, la population se modifia considérablement, car des Arabes, des Perses et des Juifs entrèrent dans le pays. Dès lors, les chrétiens durent côtoyer les musulmans sunnites. La conquête musulmane de 636 réduisit progressivement les chrétiens du Proche-Orient à une minorité. En revanche, les maronites réussirent à conserver une certaine autonomie en raison de leurs liens avec Byzance, avec l'Occident et avec les autres minorités du Mont-Liban.

Mais les querelles religieuses déchirèrent les populations, qui se divisèrent en sectes. C'est à cette époque que commencèrent à s'opposer les différentes communautés confessionnelles. La montagne servit de refuge, d’abord pour les maronites (au VIIIe siècle), puis pour les chiites (IXe siècle) et enfin les druzes (XIe siècle) chassés d’Égypte. La plupart de ces communautés formèrent des minorités (maronites, chiites, druzes, etc.), ce qui en fit très tôt un pays multiconfessionnel, surtout avec l’intégration du pays dans l’Empire byzantin (l’Église orthodoxe), puis dans l’Empire arabe (musulmans).

Au milieu du XIe siècle, le grand schisme d'Orient divisa le monde chrétien en deux grandes communautés: les catholiques romains et les orthodoxes. À partir de ce moment, les chrétiens qui restèrent attachés à Rome furent appelés «catholiques latins», et ceux de l'Église d'Orient furent appelés «orthodoxes». C'est ainsi que le Liban s'enrichit encore d'une autre communauté religieuse.

3.2 Le Moyen Âge

Lors des croisades (1090-1300), les Francs s’emparèrent de l’Orient et Jérusalem tomba entre leurs mains en 1090, puis Tripoli en 1109, Beyrouth et Sidon en 1110. Le Liban resta deux siècles sous la domination franque, c’est-à-dire jusqu’en 1289 (lors de la capitulation de Tripoli). Ensuite, les autres villes libanaises passèrent sous l’autorité des mamelouks (milices arabes), qui gouvernèrent la région pendant deux siècles et demi, de la fin du XIIIe siècle jusqu’en 1516, soit lors de l’arrivée des Ottomans. Pour fuir les mamelouks, de nombreux maronites trouvèrent asile dans la haute montagne libanaise ainsi qu’à l’île de Chypre.

À partir de ce moment, la domination ottomane ouvrit une nouvelle période, car les Turcs accordèrent une autonomie aux Libanais au prix d’un tribut. Mais ce fut une période politiquement instable au cours de laquelle les maronites, les druzes et les chiites entrèrent en conflit les uns contre les autres. Les druzes réussirent à contrôler le pays durant deux siècles, ce qui favorisa les affrontements violents avec les maronites. Au cours de la période ottomane, spécialement à partir du XVIIIe siècle, le Liban accueillit plusieurs minorités fuyant la persécution: des Grecs et des Syriaques catholiques y trouvèrent non seulement un gîte pour leurs communautés naissantes, mais des couvents pour leurs moines et un siège pour chacun de leurs patriarcats récemment créés.

3.3 L’intervention de la France

Au milieu du XIXe siècle, la France et la Grande-Bretagne intervinrent pour assurer la protection de certains groupes ethno-religieux, la guerre ayant éclaté entre maronites et druzes. Un gouvernorat autonome maronite, placé sous la protection de la France, fut créé en 1864. Au lendemain de la Première Guerre mondiale, l'Empire ottoman fut démantelé et le Liban passa sous mandat français en 1920. C’est à ce moment que les frontières actuelles du «Grand Liban» (le Mutesarrifat libanais, Beyrouth, la Békaa, Tripoli, Sidon, Tyr) furent créées et que s’implanta assez durablement la langue française. Quelques dizaines de milliers d’Arméniens fuyant la persécution turque s’établirent dans le pays, suivis par une immigration kurde (environ 60 000 personnes).

Dans la Déclaration du mandat, adoptée le 24 juillet 1922 par le Conseil de la Société des Nations (SDN), l’article 22 du Pacte de la SDN imposait à la France, la «Puissance mandataire», le «respect du statut personnel des diverses populations et de leurs intérêts religieux» (art. 6 de la Déclaration du mandat), le maintien des «droits des communautés» dont celui de «conserver leurs écoles, en vue de l'instruction et de l'éducation de leurs membres» (par. 3 de l'article 8) et l’abstention «toute intervention [...] dans la direction des communautés religieuses [...] dont les immunités sont expressément garanties» (art. 9).

Cependant, la nouvelle entité territoriale libanaise ne fut pas acceptée par les nationalistes arabes, qui souhaitaient la création d'une «Grande Syrie» englobant l'ensemble du Croissant fertile. Pour sa part, la Syrie devenue indépendante n'admit pas d'être privée d'une grande partie de sa façade maritime sur la Méditerranée.

3.4 L’indépendance

Le Liban accéda définitivement à l'indépendance en 1943. Pendant plusieurs décennies, le pays avait adopté deux langues officielles: l’arabe et le français. Mais les nouveaux dirigeants s'empressèrent d'adopter les modifications constitutionnelles qui affirmèrent le statut souverain du Liban et abolirent le français comme «deuxième langue officielle». Le Liban accueillit les Palestiniens chassés d’Israël après 1948. Ces derniers se sont installés dans des camps de réfugiés et fournirent la main-d'oeuvre nécessaire au cours de la période de prospérité économique. Suite à l'instauration dans les pays arabes des régimes dits révolutionnaires ou socialistes, le Liban vit arriver l’une des dernières grandes vagues des minorités devenues indésirables dans leur propre pays: les Assyriens, les Syriaques et les chaldéens d'Irak, les alaouites de Syrie, les chrétiens d'Égypte, etc. Après la guerre israélo-arabe de 1967, d’autres réfugiés palestiniens affluèrent en masse.

Au lendemain des affrontements de 1970, l'Organisation de libération de la Palestine, chassée de Jordanie, s'installa avec ses combattants sur le territoire libanais. Quelque 500 000 Palestiniens s’établirent ainsi au Liban, ce qui représentait environ 15 % de la population. La présence palestinienne provoqua l'intervention armée de la Syrie et d’Israël. Le fragile Liban ne put résister à la violence des événements et fut entraîné dans la guerre civile, activant alors le processus de la dislocation de l’État.

3.5 La guerre civile de 1975-1989

La guerre civile fut déclenchée le 23 avril 1975 et opposa d’abord les phalanges chrétiennes et les Palestiniens, puis, à partir du mois d’août, les milices islamo-progressistes alliées aux Palestiniens. Une première intervention syrienne en 1976 tenta de contenir les Palestiniens. En 1978, Israël s'installa dans le Sud, mais son armée dut céder la place à une force d'interposition des Nations unies (FINUL). Restant sur place jusqu'en 1984, cette dernière ne put empêcher la nouvelle intervention israélienne de 1982 (opération «Paix en Galilée»), au cours de laquelle Beyrouth fut assiégée et l'OLP décimée.

La Syrie intervint à nouveau en 1983 contre l'OLP dans la partie ouest du pays (siège de Tripoli). Ils contrôlèrent 60 % du territoire et occupèrent une position de force: les forces syriennes, dénommées pax syriana, semblèrent préférables à la continuation de la guerre civile. Des conflits éclatant entre les communautés libanaises firent craindre une rapide désagrégation du pays. En 1989, les accords de Taëf permirent un retour progressif au calme, malgré une vaine résistance du général Michel Aoun commandant l’armée chrétienne.

Dans un environnement marqué par la guerre du Golfe, la Syrie et le Liban signèrent, en mai 1991, un «traité de fraternité et de coopération», qui revint à une reconnaissance du la Syrie sur le Liban. Toujours tiraillé entre la Syrie et Israël, le Liban d’aujourd'hui ne contrôle pas la totalité de son territoire et la souveraineté de l'État n'est toujours pas restaurée. Tant que le confessionnalisme constituera le fondement de la république du Liban, les responsabilités des postes politiques et administratifs demeureront inégaux.

Mais Israël a toujours continué à bombarder le sud du Liban, dans le but de limiter les avancées du Hezbollah (le «Parti de Dieu»), un mouvement politique chiite libanais possédant une branche armée qui fut à l'origine de sa création (en 1982). Le mouvement a comme objectif la création d'un État islamique sur le modèle iranien, ainsi que l'élimination de toute présence non islamique au Proche-Orient, dont l'État d'Israël. Le Hezbollah est financé à coup de centaines de millions, principalement par la Syrie et le l'Iran, ainsi que par des fonds privés. Le Hezbollah est considéré comme un mouvement de résistance par le Liban, la Syrie, la Libye et l'Iran. Évidemment, le Hezbollah est devenu rapidement la principale organisation militaire de confrontation avec Israël dans le sud du Liban. Entre 1990 et 2000, le Hezbollah a toujours renforcé son alliance avec la Syrie et a grandement consolidé sa faction militaire, ce qui lui a permis de poursuivre sa guérilla face à Israël. Cela étant dit, le Hezbollah traite également d'affaires sociales au moyen des hôpitaux, des écoles, des orphelinats et d'une chaîne de télévision (Al-Manar: la «chaîne du Parti de Dieu»), le tout étant destiné à augmenter sa popularité auprès de la population et gagner des appuis. À la suite des élections législatives de juin 2005, le Hezbollah a obtenu 14 sièges au Parlement libanais, lequel en compte 128.

Le Hezbollah poursuit toujours son objectif principal: la destruction d'Israël. Le mouvement armé dispose d'au moins 600 «combattants» actifs (voire 2000, et 5000 en entraînement intensif) et d'un armement d'artillerie lourde, tel que des lance-roquettes multiples et des missiles téléguidés; son arsenal militaire est également composé de fusils d'assaut, de mines antipersonnel, de pièces d'artillerie légère et de canon antiaériens avec des équipements de vision nocturne et de drones. Le soutien et les effectifs du Hezbollah sont pratiquement impossibles à chiffrer. Pour les dirigeants américains, le Hezbollah demeure un groupe encore plus dangereux que Al-Qaeda; pour l'opinion publique occidentale, ce sont des terroristes ou des pantins à la disposition de la Syrie et de l'Iran. Cependant, pour des millions de Libanais, c'est la voix des déshérités, car le mouvement soutient aussi un immense réseau de services publics touchant les hôpitaux, les écoles, la collecte des ordures, etc. Mais Israël a fini par réagir aux attaques du Hezbollah et, en juillet 2006, de vastes offensives militaires ont été lancées non seulement contre le sud du Liban, mais dans presque tout le Liban, dont Beyrouth.  Pour les dirigeants libanais, l'agression d'Israël a fait revenir le Liban cinquante ans en arrière. Le nombre de personnes déplacées est estimée pour le moment à au moins 700 000. Pour Israël, les représailles contre le Liban constituent un moyen pour faire comprendre à ce pays que le contrôle du groupe armé du Hezbollah relève de la responsabilité de l'État. Le problème, c'est que l'armée libanaise n'est pas suffisamment forte pour contrôler le Hezbollah et encore moins pour affronter la puissance militaire d'Israël! Il faudrait au minimum une force internationale! Pour le moment, les Libanais ne semblent être que des pions dans une guerre qui les dépasse. La déstabilisation du Liban, qui vient à peine de sortir de trente ans de présence étrangère sur son territoire, ne pourra qu'envenimer la cohabitation encore fragile des différentes communautés libanaises. Malgré des moyens militaires inférieurs, le Hezbollah a toujours réussi à tenir tête à Israël.

4 La politique linguistique

Selon la Constitution, les postes principaux de l'État libanais sont attribués aux représentants des principales communautés parmi les 17 que compte officiellement le pays. C'est ainsi que le président de la République doit être un chrétien maronite, celui du Conseil des ministres un musulman sunnite, et celui de la Chambre des députés un musulman chiite. Ce système confessionnel a été maintenu par les accords de Taëf, lesquels ont cependant prévu un rééquilibrage des pouvoirs entre les communautés pour tenir compte de leur évolution démographique respective. Les accords prévoyaient la réduction du pouvoir du président maronite en faveur du premier ministre sunnite et du Conseil des ministres. Aujourd’hui, le président de la République ne peut plus révoquer le chef du gouvernement (premier ministre) ni dissoudre la Chambre des députés. On constatera que qu’au Liban la religion et la politique sont intimement liées.

D’ailleurs, l’article 9 de la Constitution libanaise reconnaît aux différentes communautés religieuses une liberté totale de culte et leur accorde le droit de régir leur statut personnel par des lois particulières. L'arrêté no 60 du Haut-Commissariat du 13 mars 1936 reconnaît à son tour les 17 communautés religieuses du Liban, ainsi que le droit d'organiser leur juridiction et d'adopter leur législation de statut personnel.

4.1 La Constitution

La Constitution du 9 novembre 1943 prévoyait deux langues officielles: l’arabe et le français. Tel se lisait l’article 11 aujourd'hui abrogé:

Article 11 (1943) - abrogé

L’arabe est la langue nationale officielle dans toutes les administrations de l’État. Le français est également langue officielle, une loi spéciale déterminera les cas où il en sera fait usage.

Cependant, cette «loi spéciale» dont on parle dans la Constitution n'a jamais vu le jour. De plus, la Constitution de 1943 fut modifiée à plusieurs reprises, notamment le 7 décembre 1943, le 21 janvier 1947, le 24 avril 1976 et le 21 septembre 1990 après les accords de Taëf. Les modifications constitutionnelles n'ont jamais remis en cause le statut du français. Voici comment se lit l’article 11 actuel (avec les modifications de 2004):

Article 11 (2004)

L’arabe est la langue nationale officielle. Une loi déterminera les cas où il sera fait usage de la langue française.

En ce sens, le Préambule de la Constitution est cohérent à cet égard en précisant que «le Liban est arabe dans son identité et son appartenance»:
 

Préambule de la Constitution

a) Le Liban est une Patrie souveraine, libre et indépendante. Patrie définitive pour tous ses fils, unitaire dans son territoire, son peuple et ses institutions, à l'intérieur de ses frontières fixées dans cette Constitution et reconnues internationalement.

b) Le Liban est arabe dans son identité et son appartenance. Il est membre fondateur et actif de la Ligue des États arabes et engagé par ses pactes; de même qu'il est membre fondateur et actif de l'Organisation des Nations-Unies, engagé par ses pactes et par la Déclaration universelle des droits de l'Homme. L'État concrétise ces principes dans tous les champs et domaines sans exception.

c) Le Liban est une république démocratique, parlementaire, fondée sur le respect des libertés publiques et en premier lieu la liberté d'opinion et de conscience, sur la justice sociale et l'égalité dans les droits et obligations entre tous les citoyens sans distinction ni préférence.

d) Le peuple est la source des pouvoirs et le détenteur de la souveraineté qu'il exerce à travers les institutions constitutionnelles.

Cela signifie que, depuis décembre 1943, l’arabe classique est devenu juridiquement la seule langue officielle du pays, ce qui n’empêche pas le français d’être omniprésent. Juridiquement, aussitôt l’indépendance acquise, le Liban bilingue est devenu un Liban unilingue arabe tout en laissant au français des prérogatives encore actuelles.

4.2 La langue du Parlement

Les deux langues employées dans les débats parlementaires (à l'oral) sont l’arabe libanais et l’arabe classiques, mais les lois ne sont rédigées qu’en arabe classique. Mentionnons que c'est à l'époque du mandat français que provient la plus grande partie des lois et codes libanais, lesquels furent directement rédigés en langue française par des juristes français. Donc, il faut tenir compte que les documents juridiques sont rédigés en français ou en arabe classique. Depuis 1992, tout personnage officiel de l'État est tenu, sur le territoire national, de s'exprimer en arabe dans ses discours. À l'étranger, ils peuvent utiliser le français ou l'anglais.

4.3 Les langues des tribunaux

Les tribunaux mixtes (religieux et civils), qui comprenaient des magistrats français, furent les premiers à appliquer les lois libanaises; leurs décisions furent alors publiées en français et elles ont servi de base à la jurisprudence libanaise qui continue encore à les prendre en considération. Les lois adoptées à cette époque sont restées inchangées, elles sont non seulement d'inspiration française, mais elle sont rédigées en français. Pour ce qui est de la jurisprudence, il est fréquent de lire des décisions, alors que l’arabe est devenu la langue officielle, qui contiennent des passages de référence en français, voire tirés d'ouvrage français. Le Code de procédure civile libanais de 1933 est rédigé en français. Bien que le Code de procédure civile libanais ait été publié pour la première fois en arabe en 1983, l'expérience jurisprudentielle et législative française s'est largement inspirée du nouveau Code de procédure civile français. L'article 814 du Code de procédure civile libanais énonce que, si les documents judiciaires sont rédigés en langue étrangère, il doit être procédé à leur traduction par un traducteur assermenté, ce qui démontre bien l'importance de l'arabe:

Article 814

Les sentences arbitrales sont reconnues et revêtues d'exequatur si la personne qui s'en prévaut établit leur existence et si elles ne sont pas manifestement contraires à l'ordre public international.

L'existence d'une sentence arbitrale est établie par la production, soit de son original accompagné de la convention d'arbitrage, soit des copies conformes de ces deux documents authentifiées par les arbitres ou par toute autorité compétente. Et si ces pièces sont rédigées en langue étrangère, il doit être procédé à leur traduction par un traducteur assermenté.

Il en est ainsi à l'article 47 du Code de procédure pénale (2001):

Article 47

Le suspect ou la personne visée par une plainte jouit des droits suivants dès sa garde à vue pour les besoins de l’enquête :

1. Communiquer avec un membre de sa famille, son employeur, un avocat de son choix ou une de ses connaissances ;
2. S’entretenir avec un avocat qu’il désigne par déclaration consignée dans le procès-verbal, sans qu’il soit nécessaire d’établir une procuration en bonne et due forme ;
3. Bénéficier de l’assistance d’un interprète assermenté s’il ne maîtrise pas la langue arabe ;

Les articles 81, 88 et 184 du même Code de procédure pénale reprennent l'obligation de recourir à l'arabe ou à un interprète lorsqu'un justiciable, un défendeur, un accusé ou un témoin ne maîtrise pas la langue arabe:

Article 81

Si le défendeur ne maîtrise pas la langue arabe, le juge d’instruction lui assigne un interprète, lequel ne commence à interpréter qu’après s’être engagé sous serment à accomplir sa mission en toute sincérité et fidélité.

Article 88

Si le témoin ne maîtrise pas la langue arabe, le juge d’instruction lui assigne un interprète, lequel s’engage au préalable sous serment à accomplir sa mission en toute sincérité et fidélité, s’il n’est pas déjà assermenté.

Article 184

Le juge peut décider d’office ou à la demande de l’une des parties au procès d’appeler à la barre tout témoin présent dans la salle d’audience.

Si le témoin ne maîtrise pas la langue arabe ou s’il est sourd ou muet, le juge lui assigne un interprète, lequel prête serment d’accomplir sa mission en toute sincérité et fidélité.

Aujourd’hui, l’arabe libanais est généralement la langue couramment utilisée dans les tribunaux de première instance, comme les tribunaux religieux. Ces derniers, qui ont juridiction sur le statut personnel des Libanais, peuvent utiliser une autre langue, par exemple le français, l’arménien ou le kurde. Chacune des juridictions communautaires disposent de ses propres règles, de ses textes juridiques, de sa terminologie particulière, de sa jurisprudence, etc. Par exemple, il existe une Loi sur le statut personnel de la communauté grecque-orthodoxe, une autre pour la communauté arménienne-orthodoxe, la communauté syrienne-orthodoxe, la communauté évangélique, etc.

4.4 L'Administration publique

La langue la plus utilisée dans l'Administration est l’arabe libanais, mais cet emploi n’interdit pas l’arabe classique, voire le français dans certains cas. De toute façon, il est rare qu’un fonctionnaire ne connaisse ni l'arabe classique ni le français. Tous les documents sont en arabe classique, mais la langue française demeure très présente dans de nombreux cas: documents fonciers, passeports, billets de banque, plaques d'immatriculation, etc. Néanmoins, les rares textes de loi mentionnent la priorité à l'arabe. Par exemple, l'article 12 de la loi du 23 septembre 1946 portant Code du travail, dans sa teneur modifiée au 31 décembre 1993 et au 24 juillet 1996 énonce qu'un contrat de travail doit être rédigé en arabe, mais qu'il peut être traduit dans une langue étrangère si l'employeur ou le salarié étranger ignore la langue arabe:

Article 12

Le contrat de travail peut être soit écrit, soit verbal. Dans les deux cas, il est soumis à l'empire du droit commun. Le contrat écrit doit être rédigé en langue arabe; il peut néanmoins être traduit dans une langue étrangère si l'employeur ou le salarié étranger ignore la langue arabe.

La Loi sur la protection des consommateurs (2004) est intéressante à plus d'un titre. Les informations sur les étiquettes ou sur les emballages des marchandises doivent être affichées en principe en arabe, parce que cette langue doit être utilisée pour tout acte visant à afficher des produits ou des services. Mais il est permis dans certains cas d'utiliser le français ou l'anglais comme substitut de l'arabe: 

Article 9

Les informations sur les étiquettes ou sur les emballages des marchandises doivent être affichées en principe en arabe. En général, l'arabe doit être utilisé pour tout acte visant à afficher des produits ou des services.

Les cas où il est permis d'utiliser le français ou l'anglais comme substitut de l'arabe doivent être déterminées sur la décision du ministre de l'Économie et du Commerce.

Article 19

Tout contrat établi par un fournisseur ou approuvé par les autorités officielles ou tout contrat qu'un consommateur n'a pas le droit de modifier doit satisfaire aux conditions suivantes :

• Le contrat doit être établi dans une langue arabe simple et directe. L'anglais est toutefois admissible lorsque les parties en conviennent.

• Le contrat ne doit pas se référer à des textes ou des documents qui n'auraient pas été fournis au consommateur avant qu'il ait conclu le contrat.

• Le contrat doit fixer clairement le coût, la date du paiement et le mode de paiement, ainsi que le lieu et le moment de la livraison.

Article 37

Tout fabricant ou fournisseur doit démontrer par écrit et clairement le meilleur moyen d'utiliser des produits ou des services, et avertir les consommateurs des risques qui pourraient résulter de l'emploi abusif dudit produit ou service.

Les informations susmentionnées doivent être écrit en arabe.

Toutefois, au Liban, le problème n'est pas d'ordre linguistique, car l'État est régi par la «proportionnelle ethnique» et religieuse (les 17 communautés). Par exemple, les lois électorales prévoient que les sièges parlementaires, dans chacune des circonscriptions, sont répartis selon des quotas spécifiques aux différentes communautés présentes dans la circonscription, proportionnellement à leur importance numérique. Les ministères sont partagés de façon proportionnelle entre les communautés, ce qui a d'ailleurs entraîné le gonflement de leur nombre. Depuis 1943, une convention constitutionnelle (le Pacte national) attribue les «trois présidences» (présidence de la République, présidence du Conseil des ministres et présidence de la Chambre des députés) respectivement aux maronites, aux sunnites et aux chiites. Cette «communautarisation» s'étend également à l'administration publique et aux pouvoirs locaux et municipaux.

Évidemment, le système a engendré des effets pervers. Par exemple, l'enchevêtrement des communautés au sein du pouvoir public rend plus difficiles les modifications constitutionnelles, car toute diminution des prérogatives attribuées, par exemple, à l'un des trois présidents, est mal perçue par la communauté dont il est issu. À l'inverse, les communautés peuvent neutraliser l'État. Les postes sont considérés comme appartenant à telle ou telle communauté plutôt qu'existant en fonction de l'intérêt général. La «proportionnelle communautaire» asphyxie l'État et en paralyse les institutions, favorisant ainsi le recours à l'arbitrage de pays tiers.

Dans l'armée, les divisions communautaires sont reproduites plus ou moins fidèlement. Selon le journal Le Monde, les officiers seraient musulmans dans une proportion de 50 % musulmans et chrétiens à 50 %. Cependant, parmi les soldats, on compterait essentiellement des musulmans chiites qui, par exemple, auraient du mal à se battre contre les milices chiites du Hezbollah. Leur imposer une telle tâche équivaudrait à une autre division au sein d'une armée déjà ultrafragile.

Ce système, qui répartit les pouvoirs entre les groupes ethniques et religieux, s'appelle la «démocratie consociative», ce qui correspondrait en France au «féodalisme corrompu» et au Canada par le «patronage officialisé». Depuis 1985, le dictionnaire Le Robert a maintenant un mot pour décrire ce phénomène: la libanisation. Le dictionnaire définit le terme ainsi: «Phénomène par lequel un pays connaît une transformation qui le fait ressembler au Liban, où les différentes ethnies, religions, etc., s'affrontent violemment, causant une véritable guerre civile.» Autrement dit, la libanisation, c'est le processus de fragmentation d'un État. En prime, musulmans et chrétiens des différentes communautés s'entretuent à se tuer entre eux. La libanisation!

4.5 L’enseignement

Il n’y a pas de véritable loi scolaire au Liban. Les programmes de l’éducation sont régis par les décrets nos 9099 et 9100 du 8 janvier 1968 et nos 2150 et 2151 du 6 novembre 1971. Les accords de Taëf de 1989 servent également de référence écrite pour définir les options pédagogiques générales. Afin de faire face au vide juridique, le Conseil des ministre a adopté, le 17 août 1994, le Plan de restructuration du système éducatif. Depuis 1996, la loi impose dans les écoles publiques une répartition à part égale entre les heures accordées à la langue officielle (arabe) et à la langue étrangère (français). Le Liban affiche l’un des plus hauts d’alphabétisation dans le monde arabe: plus de 91 % des Libanais sont scolarisés, alors que l’école n’est pas toujours gratuite et que l’on compte un système public et un système privé. Rappelons que l'article 10 de la Constitution consacre la liberté de la langue d'enseignement, ce qui a eu pour effet de favoriser le français.

Dans les écoles maternelles (deux ans), l’enseignement de la langue arabe ou de toute autre langue n’est pas obligatoire. On y enseigne parfois l’arabe libanais, parfois l’arabe classique ou le français et/ou l’anglais dans les écoles privées.

Dans toutes les écoles primaires (la scolarité étant d’une durée de six ans), l’enseignement de l’arabe écrit (classique) reste obligatoire pour les élèves, dans le cadre d'un horaire de sept heures par semaine en moyenne. L’enseignement d’une première langue étrangère est également obligatoire dès la première année, et elle est également d’une durée de six à sept heures/semaines. Les deux tiers choisissent le français, le tiers, l’anglais. Le français reste majoritaire dans l'enseignement scolaire, loin devant l'anglais, aussi bien pour les chrétiens que pour les musulmans. Si une grande partie de l'enseignement scolaire privé est fourni par des missionnaires religieux français, ces écoles sont fréquentées aussi bien par des chrétiens que par des musulmans. L'anglais prend par contre le dessus dans l'enseignement universitaire. Il existe au Liban un «programme moyen», considéré comme le prolongement du cycle primaire, et dénommé «primaire supérieur» (d’une durée de trois ans). Les minorités linguistiques comme les Arméniens et les Kurdes ont le droit d’enseigner en arménien ou en kurde.

Les élèves libanais et non libanais qui arrivent dans un établissement d’enseignement en cours de scolarité, bénéficient d'une adaptation: ils peuvent recevoir un enseignement dans leur langue maternelle — généralement l’arabe dialectal — jusqu’en troisième année. Ensuite, ils sont la possibilité de choisir un enseignement d'arabe classique tout en poursuivant l'étude du français et/ou de l'anglais. En cycle terminal, ils pourront suivre un enseignement en «arabe renforcé». Il ne faut pas oublier que beaucoup d’élèves arrivent au Liban en parlant un arabe dialectal qui n’est pas celui de leur pays d’accueil. Or, l’enseignement de la langue arabe se heurte à certaines difficultés, surtout pour les nombreux élèves de passage au Liban et ceux arrivant pour un long séjour ou pour une insertion définitive.

On compte beaucoup d’établissements privés au Liban dont une majorité d’écoles françaises soumises à une quadruple tutelle: le ministère libanais de l’Éducation nationale, l'État français, l'AEFE (Agence pour l’enseignement français à l’étranger) et la Mission laïque française.

Les études secondaires (d’une durée de deux ans) ne sont pas obligatoires au Liban. On y enseigne encore en arabe, mais l’enseignement des langues étrangères est plus poussé. Il est obligatoire d’enseigner deux langues étrangères; c’est généralement le français (la 1re langue étrangère) et l’anglais (la 2e langue étrangère), ou l’inverse (anglais comme première langue et français comme seconde). Dans les écoles privées, on peut y enseigner également l’allemand, l’italien ou l’espagnol. En dehors du système public libanais, les établissements scolaires français répondent à une forte demande de scolarisation française; les établissements où l’on enseigne presque entièrement en français sont très nombreux au Liban. On signale un certaine progression du français sans les établissements musulmans, notamment dans les zones druzes. Les écoles secondaires privées, y compris les lycées franco-libanais, ont pour objectif de faire accéder leurs élèves à un niveau linguistique qui leur permettra de poursuivre une scolarité supérieure dans les universités françaises ou américaines, dont l'American University de Beyrouth. On peut même dire que les écoles secondaires du Liban visent à former des citoyens bilingues (arabe-français-anglais).

Sur la foi des statistiques de l’année scolaire de 1996-1997, on peut affirmer que 69,5 % des élèves, de la maternelle au lycée, apprennent le français comme première langue étrangère, et ce, dans les établissements d’enseignement relevant de la juridiction du ministère libanais de l'Éducation (ce qui exclut les établissements conventionnés par l'Agence pour l'enseignement français à l'étranger). La plupart du reste des élèves apprennent plutôt l'anglais. D’ailleurs, depuis quelques années, il semble se dessiner une certaine progression en faveur de l’enseignement de l’anglais.

Au moment de sa période de prospérité, le Liban comptait cinq établissements d'enseignement supérieur renommés. Aujourd’hui, on en compte deux fois plus: l'Université du Liban, l'Université Saint-Joseph, l'Université Saint-Esprit de Kaslik, l’American University de Beyrouth, la Lebanese American University, l'Université de Balamand, l’Université Notre-Dame de Louaizé, le Centre national de recherche scientifique (CNRS), le Centre national de recherche et de développement pédagogiques (CNRDP), le Centre universitaire de technologie franco-libanais (CUT), l'Université antonine de Baabda, l'Université islamique du Liban, l’Institut supérieur de droit de la sagesse, l’Institut supérieur national des soins infirmiers, l’École supérieur des affaires, etc. L'université américaine — la Beyrouth American University — est la plus ancienne, et plus de la moitié de ses étudiants ne sont pas originaires du Liban. Dans les université arabes et islamiques, l’enseignement est dispensé généralement en arabe. En principe, il en est de même dans les autres universités parce que l’arabe est la langue officielle, mais le français est omniprésent dans tous ces établissements, sauf dans les établissements anglophones (Beirut Américan Yniversity, Lebanese American University, Ner East School of Theology) où l’enseignement est dispensé en anglais.

4.6 Les médias

Le secteur des médias libanais est l'un des rares en pleine phase de croissance. Toutes les sociétés de ce secteur participent pour une part importante de l'économie libanaise. Ce climat est favorisé par le fait que le Liban constitue un espace politique et culturel libre, surtout lorsqu'on le compare aux autres pays de la région.

On compte au Liban 13 quotidiens (11 journaux en arabe, deux en français et un autre anglais) et 1500 périodiques de toutes les catégories. An Nahar (80 000 exemplaires) est de loin le leader arabophone sur le marché libanais; les autres quotidiens importants sont le Al-Anwar (75 000 ex.), le Al-Liwa (75 000 ex.) et le As-Safir (50 000 ex.). L'Orient-Le Jour (20 000 ex.) est le plus important quotidien francophone au Liban; il n'a jamais cesser ses activités, même durant la guerre civile, alors que l'impression se faisait à Paris. Il est suivi du journal Le Soir (15 000 ex.). Depuis octobre 1999, le journal français Le Monde a commencé à publier une édition hebdomadaire «Proche-Orient» diffusé au Liban. Le quotidien anglophone The Daily Star (10 000 ex.) avec la collaboration de The International Herald Tribune, distribue une édition dans 13 pays au Proche-Orient; le International Herald Tribune est responsable d'une section internationale, alors que The Daily Star assure une couverture des événements locaux et régionaux.

Outre les très nombreux magazines arabophones, il existe aussi un certain nombre de revues publiées en français et en anglais: La revue du Liban, Chroniques, Femme Magazine, Magazine, The Beirut Times Weekly, The Beirut News, Al-Hawadeth (anglais), The Arab Week, etc.

Pendant la guerre civile, les stations de radio étaient contrôlées presque exclusivement par les milices militaires. Aujourd’hui, il existe des stations publiques et des stations privées totalement libres. La plupart des stations sont diffusées en arabe libanais, parfois en arabe classique. On compte également des stations diffusant en français: France FM, RFI (Radio France Internationale), Nostalgie FM (50 % en français), Radio Mont-Liban, Voix du Liban (partiellement en français), PAX FM (partiellement en français), RMC Moyen-Orient (partiellement en français); par satellites, les Libanais ont également accès à France Culture, France Info, France Inter, Radio Suisse Romande Internationale.

Les quarante stations de télévision existantes durant la guerre civile ont été obligées de mettre un terme à leurs activités en 1994, en raison de la législation sur l’audiovisuel adoptée par le Parlement. On compte au Liban cinq stations télévisées principales diffusant surtout en arabe. La LBCI (50 % à 70 % de l’auditoire libanais), la NBN, la MTV (maintenant fermée pour des raisons politiques), et la Future TV sont des stations de diffusion privées. Al Manar, la station du Hezbollah, bénéficie, comme les autres stations (sauf la LBCI), de très faibles revenus. Mais Télé-Liban 1 appartient à l'État et diffuse en arabe et en anglais (avec sous-titres arabes). Télé-Liban 2 diffuse des émissions en français cinq heures/jour (entre 18 h 30 et 23 h 30). La MTV offre également des émissions en français en raison de trois à quatre heures par jour. Des études laissent croire que les chaînes libanaises diffusent globalement 52 % de programmes en arabe, 28 % en anglais et 20 % en français. Le décalage entre le français et l’anglais montre que le français perd de ses prérogatives au profit de l’anglais. Fait à signaler, tous les films étrangers de langue anglaise sont traduits en arabe et sous-titrés en français pour le Liban; les films français sont souvent traduits en arabe et sous-titrés en français. Ajoutons aussi que le signal de TV5 Orient est diffusé en ondes hertziennes (Canal 9) sur le Grand Beyrouth depuis 2004 à travers un accord officiel entre la chaîne et le gouvernement libanais, afin de maintenir une présence francophone dans la diffusion télévisuelle à la suite de l'arrêt des chaînes libanaises partiellement francophones après la guerre avec Israël.

La politique linguistique du Liban correspond à une politique de non-intervention. De fait, la seule intervention politique a consisté, au lendemain de l’indépendance, à abroger les dispositions constitutionnelles qui reconnaissaient deux langues officielles: le français et l’arabe. Depuis lors, aucune politique linguistique n’a été adoptée, l’État se contentant de perpétuer les anciennes pratiques. Seul l’arabe classique a vu ses positions renforcées en raison de sa reconnaissance officielle, mais dans la vie quotidienne l’arabe libanais a continué d’être utilisé par tous les Libanais, sans qu’il ne soit nécessaire d’adopter des mesures législatives en ce sens. Il faut qu'il n'existe pas vraiment de problème linguistique dans ce pays homogène à 96 % arabophone.

Dans l’état actuel des choses, on peut affirmer qu’il existe au Liban une certaine triglossie où l’arabe libanais est utilisé à la fois comme langue maternelle et comme langue vernaculaire, le français servant essentiellement comme langue de culture et l’anglais comme langue fonctionnelle pour les communications avec l’extérieur. La politique linguistique libanaise s’apparente ainsi à une véritable politique de multilinguisme stratégique, ce qui serait assez pragmatique pour ce peuple pratiquant ouvertement le commerce international depuis l'Antiquité. 

Dernière révision en date du 27 déc. 2015
 

Bibliographie

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[http://www.senat.fr/rap/r00-052/r00-052_mono.html].

ENCYCLOPÉDIE MICROSOFT ENCARTA, 2004, art. «Liban», pour la partie historique.

HAUT-COMMISSARIAT DES NATIONS UNIES POUR LES DROITS DE L’HOMME. Deuxièmes rapports périodiques présentés par les États parties en vertu de l’article 40 du pacte, Genève, Organisation des Nations unies, 22 novembre 1996, CCPT/C/42/Add. 14.

LECLERC, Jacques. Langue et société, Laval, Mondia Éditeur, coll. «Synthèse«, 1992, 708 p. 

MINISTÈRE DE L’ÉDUCATION NATIONALE, DE LA JEUNESSE ET DES SPORTS. Restructuration du système éducatif au Liban. Dossier I. Centre national de recherche et de développement pédagogiques, Beyrouth, août 1994.

MINISTÈRE DE L’ÉDUCATION NATIONALE, DE LA JEUNESSE ET DES SPORTS. La restructuration du système éducatif libanais. Dossier II. Centre national de recherche et de développement pédagogiques.Beyrouth, octobre 1995.

ROESCH, Bernard. «L'enseignement des langues au Grand Lycée franco-libanais de Beyrouth» dans Bilinguisme et apprentissage des langues dans le cursus scolaire et universitaire: «du Hasard et de la Nécessité», Actes du colloque, Beyrouth, 15-16 octobre1998,
[http://www.ac-nice.fr/etabs/civ/BERNARD.htm].

UNESCO. Annuaire statistique, Paris, 1997 et 1998.

WOEHRLING, José. «Les trois dimensions de la protection des minorités en droit constitutionnel comparé» dans Rapport spécial de droit public interne aux Journées mexicaines de l'Association Henri Capitant, Mexico et Oxaca, 18-25 mai 2002.

 

  

On peut visiter également le site

http://www.libanvision.com/