République socialiste du Vietnam

Vietnam

(Viêt-nam)

 
Capitale: Hanoi
Population: 82 millions (2003)
Langue officielle: vietnamien
Groupe majoritaire: vietnamien (85 %)
Groupes minoritaires: une cinquantaine de langues dont le khmer, le cham, le thaï, le hmong, etc.
Système politique: république socialiste
Articles constitutionnels (langue): art. 5, 94, 96 et 133 de la Constitution de 1992
Lois linguistiques:
Loi sur l'éducation (15/01/1999); Arrêté no 11/2006/N-CP du 18 janvier 2006 du gouvernement vietnamien sur la diffusion des activités culturelles et le service concernant le domaine culturel public et informationnel.

1 Situation géographique

Cet État du Sud-Est asiatique — le Viêt-nam (en vietnamien) — de 335 000 km² (11 fois la Belgique) s’étire comme un immense S (ou un dragon?) sur 1500 km entre, à l’est, la mer de Chine méridionale et, à l’ouest, le Laos (1650 km de frontière commune) et le Cambodge (930 km de frontière); au nord, le pays partage une frontière de 1159 km avec la Chine (voir la carte). Contrefort oriental de la péninsule indochinoise, le Vietnam (ou Viêt Nam) présente un relief très contrasté, où montagnes et collines occupent les deux tiers du territoire. On distingue traditionnellement trois grandes régions appelées : le Bac Bô (ou Tonkin), le Nam Bô (ou Cochinchine) et le Trung (ou Annam).

1) Le Tonkin est situé au nord du Vietnam (le Bac Bô), avec deux grandes villes importantes, Hanoi (la capitale du pays) et Haiphong. Ces deux villes sont les centres industriels les plus importants du Vietnam (voir la carte).

2) Au sud, on trouve la Cochinchine (le Nam Bô), ainsi que la métropole de Hô-Chí-Minh-Ville (anciennement Saigon). Voir la carte.

3) L’Annam, ou centre du Vietnam (le Trung Bô), désigne une région constituée de longs chapelets de petites plaines: la cordillère Annamitique  (voir la carte). La longue plaine littorale est adossée à la cordillère Annamitique et relie le delta du fleuve Rouge (Tonkin), au nord, à celui du Mékong (Cochinchine) au sud. L'Annam a pour villes principales Huê et Da Nang (anciennement Tourane). Le nom d’An Nam a longtemps désigné pour les étrangers, notamment les Chinois, le Vietnam dans son entier.

En réalité, ces trois grandes régions (ou ) comptent au total sept régions administratives (voir les cartes administratives):

- la Région du Nord-Est (Mien Nui Va Trung Du);
- le Delta du fleuve Rouge (Dong Bang Song Hong);
- la Région du Centre-Nord ou Centre septentrional (Khu Bon Cu);
- la Région littorale du Centre (Duyen Hai Mien Trung);
- la Région des hauts-plateaux du Centre (Thai Nguyen);
- la Région du Nam Bo oriental (Dong Nam Bo);
- le Delta du Mékong (Dong Bang Song Cuu Long).

Ces régions administratives sont subdivisées en 53 provinces (ou tinh), mais Hanoi, Haiphong, Hô-Chí-Minh-Ville et Da Nang forment quatre districts particuliers (thanh phô) qui dépendent directement du gouvernement central.

LE NORD DU VIETNAM

Région du Nord-Ouest (Son La; Lai Chau; Dien Bien; Hoa Binh) et du Nord-Est: Ha Giang; Cao Bang; Lao Cai; Bac Kan; Lang Son; Tuyen Quang; Yen Bai; Thai Nguyen; Phu Tho; Vinh Phuc; Bac Giang; Bac Ninh; Quang Ninh
Région du delta du fleuve Rouge: Hanoi; Hai Phong; Ha Tay; Hai Duong; Hung Yen; Ha Nam; Nam Dinh; Thai Binh; Ninh Binh

LE CENTRE DU VIETNAM

Région du Centre septentrional:Thanh Hoa; Nghe An; Ha Tinh; Quang Binh;Quang Tri; Thua Thien Hue
Région du centre méridional: Da Nang; Quang Nam; Quang Ngai; Binh Dinh; Phu Yen; Khanh Hoa
Région des hauts-plateaux du Centre: Kon Tum; Gia Lai; Dak Lak; Dak Nong.

LE SUD DU VIETNAM

Région du Sud oriental: Hô Chi Minh - Ville; Lam Dong; Ninh Thuan; Binh Phuoc; Tay Ninh; Binh Duong; Dong Nai; Binh Thuan; Ba Ria Vung Tau
Région du delta du Mékong: An Giang; Long An; Dong Thap; Tien Giang; Vinh Long; Ben Tre; Kien Giang; Can Tho; Hau Giang;Tra Vinh; Soc Trang; Bac Lieu; Ca Mau

La plupart des centres urbains sont situés dans le sud du Vietnam. De toutes les grandes villes, seule la capitale, Hanoi, n'est pas située sur le littoral. Les grandes villes demeurent, en plus de Hanoi les suivantes: Hô-Chí-Minh-Ville, Haiphong et Da Nang, près de l'ancienne cité impériale de Huê. La ville de Hanoi constitue la capitale administrative, et Hô-Chí-Minh-Ville, la capitale économique et commerciale; dans l’Annam, Huê, l’ancienne ville impériale de la dynastie des Nguyên, reste le foyer intellectuel et artistique du pays.

2   Données démolinguistiques

La population du Vietnam était estimée en 2003 à plus de 82 millions d'habitants. Si l'on fait exception de la région du Haut-Plateau du Centre (avec 4,3 millions) et la Région littorale du Centre (8,6 millions), toutes les régions comptent au moins dix millions d'habitants.

Région administrative Population 2003 Superficie
Dong Bang Song Cuu Long
(Delta du Mékong)
17 260 600   39 554 km2
Dong Bang Song Hong
(Delta du fleuve Rouge)
15 834 100   12 521 km2
Dong Nam Bo
(Région du Nam Bo oriental)
10 872 500   23 463 km2
Duyen Hai Mien Trung
(Région littorale du Centre)
8 642 400 45 238 km2
Khu Bon Cu
(Région du Centre septentrional)
10 706 400   51 232 km2
Mien Nui Va Trung Du
(Région du Nord-Est)
14 002 400    104 801 km2
Thai Nguyen
(Haut-Plateau du Centre)
4 342 100  55 569 km2
Vietnam
(Total)
81 660 400    332 378 km2

2.1 Les Viet et leur langue

L’ethnie principale est constituée par les Viet (85 % de la population), appelés aussi Kinh. Les Viet parlent le vietnamien, une langue appartenant à la famille austro-asiatique et présentant de nombreux points communs avec le thaï (les tons) et le khmer (le vocabulaire), tout en ayant intégré des milliers de mots chinois. Sous sa forme orale, le vietnamien présente des différences importantes d’accent et de vocabulaire entre le Nord, le Centre et le Sud. Ainsi, on distingue le parler du Nord autour d'Hanoï, la capitale; le parler du Centre autour d'Huê, l'ancienne capitale impériale; le parler du Sud autour de Saigon devenue aujourd'hui Hi Chi Minh-Ville. Bien que l’intercompréhension entre les trois variantes demeure relativement aisée, il subsiste certaines difficultés entre le Nord et le Sud, notamment en ce qui a trait au vocabulaire scientifique. Après la partition du Vietnam de 1955, le Nord fut soumis à l'influence communiste et s'est montré plus réfractaire aux mots étrangers, alors que le Sud, d'allégeance américaine, fut américanisée. Il est résultat des emprunts massifs aux termes sino-vietnamiens au nord, des emprunts massifs à l'anglais au sud.  

Le Vietnam faisait partie d'un royaume vassal de la Chine, quelque deux siècles avant notre ère. C'est à ce moment que la langue vietnamienne a émergé. L'occupation chinoise allait durer mille ans, avec ce que cela implique au point de vue linguistique. Le vietnamien a donc subi des influences très importantes de la part du chinois, mais également des langues thaïes. Le vietnamien a évolué pour devenir une langue tonale et monosyllabique. Les Vietnamiens ont utilisé les caractères chinois jusqu’au jusqu'au XIIIe siècle. Tout comme pour le chinois, les mots vietnamiens contenaient deux symboles: le premier indiquait la signification et le second la prononciation. Puis, les Vietnamiens ont inventé leur propre système d'écriture: le Chu-nôm. Le grand inconvénient de cette écriture, c'est qu'elle impliquait aussi la connaissance du chinois. Mais ce système avait l'avantage de maintenir la tradition historique et culturelle avec le chinois.

Ce n'est qu'au XVIIe siècle que, Alexandre de Rhodes (1591‑1660), un jésuite français de nationalité portugaise, introduisit l'alphabet phonétique romanisé toujours en vigueur actuellement: le quôc ngu, mot désignant à la fois cette écriture en alphabet latin et la langue vietnamienne. C'est ce jésuite qui, le premier, a classé les phonèmes de la langue vietnamienne. Par ses publications, il a systématisé, perfectionné et vulgarisé le nouveau mode d'écriture. Le premier dictionnaire vietnamien utilisant cette écriture fut le Dictionarium Annamiticumm Lusitanum et Latinum d'Alexandre de Rhodes, imprimé à Rome en 1651. L'Administration coloniale française était très favorable au quôc ngu, parce qu'elle y voyait une étape vers l'apprentissage de l'écriture et de la langue française. Elle considérait aussi le vietnamien comme un «patois» déchu par quatorze siècles de colonisation chinoise. Toutefois, le nouvel alphabet romanisé s'est implanté difficilement pour toutes sortes de raisons, dont des raisons politiques et idéologiques. Il a fini par s'imposer, mais seulement après la Seconde Guerre mondiale. C'est après l'indépendance que le gouvernement vietnamien a décidé d'alphabétiser les masses avec l'écriture quôc ngu, jugée plus facile que l'ancienne écriture nôm.

Le vietnamien est une langue tonale (au nombre de six), dotée aujourd'hui d’un alphabet latin.  Ces six tons sont représentés par les accents suivants :

Ton

  = haut-montant; par exemple, Maù (une joue)

Ton

  = bas-descendant, par exemple, Maø (mais, qui, lequel)

Ton

  = descendant-remontant, glottal; par exemple, Maû (tombe)

Ton

  = haut-montant, brisé; par exemple, Maõ (cheval)

Ton

  = bas-descendant bref, glottal; par exemple, Maï (jeune pousse de riz)

S.O.

  = sans accent, ton moyen

             


A Á À Ả Ã Ạ

Ă Ắ Ằ Ẳ Ẵ Ặ

 Ấ Ầ Ẩ Ẫ Ậ

E É È Ẻ Ẽ Ẹ

Ê Ế Ề Ể Ễ Ệ

I Í Ì Ỉ Ĩ Ị

O Ó Ò Ỏ Õ Ọ

Ơ Ớ Ờ Ở Ỡ Ợ

Ô Ố Ồ Ổ Ỗ Ộ

U Ú Ù Ủ Ũ Ụ

Ư Ứ Ừ Ử Ữ Ự

Y Ý Ỳ Ỷ Ỹ Ỵ

EXEMPLE d'enseigne:


Enseigne du temple bouddhiste Phat Duong Linh Son

L'alphabet vietnamien n'a pas de lettre f (remplacée par le graphème Ph équivalant au son [f]) ni de z (remplacé par le graphème Gi équivalant au son [z]). De plus, afin de tenir compte des tons, les lettres peuvent porter des signes diacritiques différents (voir l'illustration de gauche).

Le vietnamien  d'aujourd'hui peut encore s'écrire à l'aide de caractères chinois (le chu nôm) dans des occasions spéciales ou comme forme d’art, mais la graphie romanisée, le quôc ngu, est devenue l'écriture officielle du pays. Malgré une influence chinoise omniprésente, le Vietnam demeure le seul pays du Sud-Est asiatique à posséder une écriture romanisée.

Cette alphabétisation du vietnamien a malheureusement contribué à couper la langue de son héritage culturel et historique. À l'exception d'une poignée d'intellectuels, plus personne ne connaît aujourd'hui l'écriture qui a été utilisée durant de nombreux siècles. Les Vietnamiens ont été coupés de leur histoire, de leur culture et de leur littérature. Plus aucun Vietnamien ne peut lire aujourd'hui la version originale des œuvres littéraires des siècles passés, ni les innombrables inscriptions qui ornent les pagodes, les temples et les sanctuaires dans les villes et villages du pays. Plus personne ne peut lire les poètes que le pays a produits, ni les annales impériales qui racontent l'histoire du Vietnam. Personne ne peut vérifier ce qu'affirment les historiens contemporains sur l'histoire du pays. Le passé n'est intelligible que par des spécialistes, dont les intellectuels chinois eux-mêmes.

Néanmoins, l'alphabet romanisé a permis d'alphabétiser des masses considérables de citoyens en un temps record, d'enregistrer des pans entiers de la culture populaire et de la langue parlée, et de tisser un lien entre les classes cultivées, qui ont entamé la révolution, et les classes rurales. Bref, l'alphabet romanisé a contribué à unifier la société vietnamienne pour une plus grande cohésion nationale.     

Ajoutons quelques mots sur les noms de famille vietnamiens. Tout étranger est quelque peu surpris de la fréquence de certains noms, tels Nguyen, Tran, Phan, Lê, Pham, Dô, Vu, Dang, etc. La plupart de ces noms sont d'origine chinoise et ils sont été imposés par les Chinois au début du premier millénaire afin de faciliter l'administration locale. Les Nguyen forment près de 50 % des noms de famille du Vietnam, Nguyen étant le nom de la dernière dynastie impériale vietnamienne, qui a compté 13 souverains, de 1802 à 1945.

2.2 Un pays multi-ethnique

Le Vietnam constitue, contrairement à une croyance assez répandue, une nation multi-ethnique et multiconfessionnelle, dans laquelle on inventorie quelque 75 ethnies. On trouve ainsi au Vietnam un éventail unique de langues et de peuples en Asie du Sud-Est. Les minorités ne représentent que 15 % de la population du pays, mais leur proportion moyenne s'élève à 30 % et à 40 % dans les montagnes du Nord et à plus de 80 % dans les provinces de Cao-Bang, Hà-Giang, Lang-Sob, Lai-Châu et Son-La. De plus, quatre groupes dépassent le million d'individus (Thaï, Tày, Muong et Khmers) et treize oscillent entre 100 000 et 900 000, mais trente-six groupes comptent moins de 100 000 membres. IL faut aussi se rendre compte que les minorités occupent une superficie considérable du Vietnam, soit 200 000 km² sur un total de 335 000 km², ce qui correspond aux deux tiers du pays. Alors que les Viet occupent le littoral, les minorités contrôlent les montagnes du Nord et toute la frontière ouest du pays. Dès que l'on quitte les villes du littoral, les deltas et les plaines, ce sont les minorités qu'on rencontre partout, avec leurs langues, leurs coutumes, leurs cultures, etc. Par ailleurs, la présence des nombreuses minorités permet au Vietnam une ouverture à l'Asie du Sud-Est parce que ces populations favorisent les contacts avec tous les pays voisins. En effet, les différentes ethnies sont composées de populations qui enjambent les frontières, ce qui n'est pas le cas des Viet, pratiquement tous concentrés au Vietnam. Ce qui relie le pays à l'extérieur, c'est justement la présence de dix millions de minoritaires constituant un échantillon parfait de l'ensemble des groupes ethniques  qui existent ailleurs en Asie du Sud-Est, soit entre le sud de la Chine et le nord de l'Inde, ce qui inclut le Laos, le Cambodge, la Thaïlande et la Birmanie. Pour toutes ces considérations, on ne peut qualifier les minorités du Vietnam de «négligeables» ou de «peu d'importance». D'ailleurs, même le gouvernement vietnamien commence à se rendre compte de la richesse ethnolinguistique de ces minorités à l'intérieur de ses frontières. Grâce aux minorités, le Vietnam peut échapper au monopole de la monoculture ethnique et accéder à une dimension régionale dans cette partie du monde.  Il n'est guère surprenant que la carte ethnolinguistique du Vietnam soit relativement complexe.

Toutes les ethnies du Vietnam parlent l’une des cinq familles linguistiques qui suivent : la famille austro-asiatique, la famille sino-tibétaine, la famille thaï-kadai, la famille hmong-mien et la famille austronésienne. C'est donc dire que le Vietnam possède un riche patrimoine linguistique. On peut résumer la situation en disant que les langues du Vietnam appartiennent à huit grands groupes ethniques différents.

- le groupe des Viets-Muongs : Chut, Kinh, Muong, Tho;
- le groupe des Thaïs : Bo Y, Giay, Lao, Lu, Nung, San Chay, Tay, Thaï;
- le groupe des Môn-Khmers : Ba Na, Brau, Bru-Van Kieu, Cho-ro, Co, Co-ho, Co-tu, Gie-trieng, Hre, Khang, Khmer, Kho mu, Ma, Mang, M'Nong, O-du, Ro-mam, Ta-Oi, Xinh-mun, Xo-Ðang, Xtieng;
- le groupe des Hmong-Dao : Dao, Mong (H'Mong), Pa Then;
- le groupe des Kadai : Co lao , La-chi, La ha, Pu Peo;
- le groupe des Autronésiens : Cham, Churu, Ede, Giarai, Raglai;
- Le groupe des Chinois han : Hoa, Ngai, San diu;
- Le groupe des Tibéto-Birmans : Cong, Ha Nhi, La Hu, Lo Lo, Phu La, Si La.

2.3  Les minorités linguistiques

Les minorités sont pour la plupart localisées dans le Nord-Ouest, sur le massif montagneux à la frontière de la Chine et du Laos (Tonkin) ou encore dans les hauts plateaux du Centre (Annam) du sud (Cochinchine). Après avoir farouchement résisté aux envahisseurs étrangers, ces peuples ont tous conservé leur langue particulière et développé leur identité culturelle. Dans le Nord où la montagne domine, les communications difficiles ont fait perdurer les langues minoritaires qui sont aujourd’hui grandement utilisées. La vie est pourtant difficile dans ces montagnes où l'agriculture de substance n'a guère changé depuis des siècles.

Par ailleurs, plus on monte vers le nord du pays, moins la langue vietnamienne est utilisée. La communauté khmère (ou Cambodgiens) compte plus de 1,1 million de locuteurs qui vivent en majorité dans la région du Delta du Mékong (provinces de Trà Vinh et Soc Trang, mais aussi Bac Liêu, Cà Mau, Hâu Giang, Cân Tho, An Giang et Kiên Giang). Dans la Région du Nord-Est (provinces de Son La et de Lai Chau), où les Thaïs ont longtemps exercé un grand pouvoir politique, la langue dominante reste encore le thaï et ses variétés linguistiques; c’est cette langue qui sert de langue commune à tous les groupes linguistiques. Encore plus au nord, c’est le chinois qui prédomine par rapport au vietnamien, bien qu’il soit en régression depuis quelques années. Après des années de relations difficiles, le gouvernement vietnamien a commencé à considérer les minorités ethniques comme une «pâture pour touristes» (ou «pièges à touristes») et se sert de leurs villages, de leurs costumes traditionnels et de leur musique pour faire la «promotion» du Vietnam. Le visiteur éventuel doit faire preuve d'une certaine «réserve» lorsqu'il s'aventure dans ces communautés. Dans les grandes villes telles que Hanoi et Hô-Chí-Minh-Ville, l’anglais prend de plus en plus d’importance dans le monde des affaires, et ce, malgré les efforts du gouvernement d’y introduire ou y réintroduire le français.

Le tableau qui suit présente les différents groupes ethniques du Vietnam, ainsi que leur langue maternelle, leur affiliation linguistique et leur population:

Peuple Langue maternelle Groupe linguistique Population
Kinh ou Viet vietnamien austro-asiatique 67 500 000
Khmers (Cambodgiens) khmer du Centre austro-asiatique   8 000 000
Chinois han chinois mandarin sino-tibétain   1 995 791
Thaïs tho (Tày) thaï tho (tày) thaï-kadai   1 574 822
Chinois nung nung sino-tibétain      933 653
Hmongs hmong daw hmong-mien      870 100
Thaïs noirs (Thaïs Dam) thaï dam thaï-kadai      816 000
Yao des montagnes kim mun hmong-mien      800 000
Yu miens yu mien hmong-mien      675 200
Chinois yu chinois yu sino-tibétain      500 000
Jarai jarai austronésien      304 000
Thaîs blancs (Thaïs Don ) thaï don thaï-kadai      250 000
Rhades rade austronésien      219 000
Thaïs rouges thaï daeng thaï-kadai      175 000
Phuthai thaï phu thaï-kadai      167 886
San Chay man cao lan thaï-kadai      164 800
San Diu yu mien hmong-mien      141 300
Bahnars bahnar austro-asiatique      137 000
Muongs muong austro-asiatique      126 300
Cham de l'Est cham de l'Est austronésien      100 000
Hre hre austro-asiatique      100 000
Koho koho austro-asiatique      100 000
Mnongs du Centre mnong du Centre austro-asiatique       71 000
Tho tay thaï-kadai      68 394
Mnongs du Sud mnong du Sud austro-asiatique      64 263
Khmou khmou austro-asiatique      56 542
Giay nhang thaï-kadai      54 900
Brou de l'Est brou de l'Est austro-asiatique      50 000
Mnongs de l'Est mnong de l'Est austro-asiatique      48 000
Stiengs stieng (bulo) austro-asiatique      48 000
Maa maa austro-asiatique      40 978
Sedang sedang austro-asiatique      40 000
Tsun-Lao tsun-lao thaï-kadai       39 916
Haut-Ta-Oy haut-ta-oy austro-asiatique      34 960
Haroi haroi austronésien      33 000
Triengs trieng austro-asiatique      31 933
Katou (Co-tu) katou de l'Est austro-asiatique      30 000
Cham de l'Ouest cham de l'Ouest austronésien      30 000
Roglai du Sud roglai du Sud austronésien      29 043
Jeh (Gie-Trieng ) jeh austro-asiatique      27 000
Rengao rengao austro-asiatique      26 081
Roglai du Nord roglai du Nord austronésien     25 000
Hani hani sino-tibétain     19 600
Xinh Mun puoc austro-asiatique     18 018
Chrau (Cho-ro) chrau austro-asiatique     15 000
Churu chrou austronésien      15 000
Khao khao austro-asiatique      14 521
Lati lachi thaï-kadai      12 000
Lao lao thaï-kadai      11 611
Halang halang austro-asiatique      11 000
Pacoh pacoh austro-asiatique      10 378
Khang khang austro-asiatique      10 272
Phula phula sino-tibétain      10 100
Cua (Co) cua austro-asiatique      10 000
Lahu lahu sino-tibétain        7 700
Laqua laqua thaï-kadai       7 265
Pathènes bunu (baheng) hmong-mien      6 200
Laha laha thaï-kadai      5 686
thaï-kadai      4 964
Chut chut austro-asiatique      3 829
Lolo lomwe sino-tibétain      3 700
Roglai Cacgia roglai cacgia  austronésien      3 481
Akha akha sino-tibétain      3 193
Mangs mumuye austro-asiatique      2 663
Pa Hng (Meo Lai ) bunu (baheng) hmong-mien      2 395
Gelao (Co Lao) gelao thaï-kadai      2 100
Bouyei bouyei thaï-kadai      2 028
Congs phunoi sino-tibétaine     1 900
Phunoi phunoi sino-tibétaine     1 597
Hungs hung austro-asiatique     1 453
Sila sila sino-tibétaine       950
Pubiao (Pu Peo ) laqua thaï-kadai       800
Romam romam austro-asiatique      798
Arem arem austro-asiatique      639
Brao lave austro-asiatique      250
 
Parmi les ethnies minoritaires parlant une langue de la famille austro-asiatique, mentionnons une quinzaine de peuples, résidant souvent le long de la frontière laotienne, dont les Khmers (8,0 millions), les Bahnars (137 000), les Muongs (126 000), les Hre (100 000), les Kohoi (100 000), les Mnongs du Centre (71 000), 97 000), les Mnongs du Sud (64 263), les Khmous (56 000, les Brou de l'Est (50 000), les Mnongs de l'Est (48 000), les Stiengs (48 000), les Maa ((40 000), les Sedang (40 000, etc. Tous ces peuples sont de véritables autochtones et ils étaient là avant tous les autres groupes qui, pour la grande majorité d’entre eux sont descendus du sud de la Chine. La langue des Muongs au nord est très proche du vietnamien, mais aujourd'hui la langue est plus influencée par le thaï.

Au nord du Vietnam, le long de la frontière chinoise, dans les hautes montagnes du Nord, les langues de la famille sino-tibétaine ne sont pas très nombreuses, mais elles comptent beaucoup de locuteurs: le chinois mandarin (1,9 million), le chinois nung (933 600), le chinois yu (500 000), le hani (19 600), le phuta (10 000), le lahu (7700), le lomwe (3700), l'akha (3100), etc. Dans le sous-groupe tibéto-birman, on distingue le hani, le lau, le sila, etc. C’est une population que l’on retrouve dans le sud-ouest de la Chine et dans toute la région himalayenne.

Dans le Nord-Ouest, se trouvent les langues de la famille thaï-kadai :  le tày (1,5 million), le thaï dam (816 000), le tahï don (250 000), le thaï daeng (175 000), le thaï phu (167 000), le man cao lan (164 000), le tày des Mongs du Sud (68 000), le nhang (54 900), le tsun-lao (39 000), le lachi (12 000), le lao (11 600), etc. Dans la même région, la famille hmong-mien (ou miao-yao) présente quelques langues: le hmong daw (870 000), le kim mun (800 000), le yu mien (675 000) et le bunu (2600).

Enfin, dans le centre-sud du pays, les langues de la famille austronésienne sont parlées par les habitants des hauts plateaux, dont le jaraï (304 000), le rade (219 000), le cham de l'Est (100 000), le haroi (33 000), le cham de l'Ouest (30 000), le roglai du Sud (29 000), le roglai du Nord (25 000) et le chrou (125 000). Les Chams habitent les montagnes du Nord et les faubourgs de Hô-Chí-Minh-Ville.

Le Vietnam demeure un pays relativement pauvre, particulièrement dans les zones rurales. Dans ces zones, les minorités ethniques sont encore plus pauvres.

On trouve au Vietnam différentes formes d’écritures utilisées par les minorités, comme les idéogrammes (tày, nung et autres groupes thaïs) et des alphabets d’origine indienne (thaï noir, cham, khmer, lao, etc.) et latine. Les solutions trouvées pour transcrire la langue vietnamienne (l’alphabet latin) ont eu tendance à s’imposer et furent souvent appliquées à à la transcription de langues orales ou de dialectes voisins géographiquement.

2.4 Le français et l’anglais

Le français et l’anglais constituent au Vietnam des vestiges de la période coloniale imposée d’abord par la France, puis perpétuée par les États-Unis. La langue française est aujourd’hui parlée comme langue seconde par quelque 100 000 personnes, essentiellement des personnes âgées qui ont connu la période coloniale française. On trouve encore une petite communauté française de quelque 2300 personnes. On compte aussi dans le pays une centaine de bureaux de représentation ou de succursales de sociétés françaises, dont six banques. Parmi les plus importants investisseurs français au Vietnam, on retrouve des sociétés comme Alcatel, Elf Antargaz, Elf Atochem, Rhône Poulenc et RPR, Roussel Uclaf, Sanofi, Schneider, Suez-Lyonnaise des Eaux, Total, etc. En dépit des efforts pour promouvoir la Francophonie, l'anglais fait de plus en plus figure de langue des affaires.

À l’instar du français, c’est uniquement une langue seconde dans le pays. Mais c’est une langue qui est enseignée dans presque tout le pays au point où l’on peut affirmer que «l'anglais est la langue de l'avenir, le français, celle du souvenir». Les Français peuvent difficilement s'y résigner.

2.5 Les religions

La religion la plus répandue au Vietnam est le bouddhisme mahayana. La minorité catholique romaine (4,5 millions de fidèles) demeure importante; malgré une très forte répression sous le régime communiste, le Vietnam est le deuxième pays catholique d'Asie après les Philippines. Parallèlement au bouddhisme, il existe d'autres cultes particuliers tels que le caodaïsme (de Cao Dai, «Palais suprême» en vietnamien), fondé en 1920 par Ngô Van Chieu, a été très puissant dans les années cinquante. Il s'inspire à la fois du taoïsme, du bouddhisme, du confucianisme et du christianisme. Le confucianisme, le taoïsme et les autres religions chinoises sont en régression. Les descendants des Chams (environ 40 000) pratiquent l'hindouisme ou l'islam, les peuples montagnards des cultes animistes.

Au Vietnam, le culte des ancêtres, qui est l'expression rituelle de la piété filiale, est parfois considéré comme une religion en soi. Il se fonde sur la croyance que l'âme du défunt survit après sa mort et protège ses descendants; une âme sans descendant est donc vouée à une errance éternelle.

3 Données historiques

AVIS: Certains parties de cette section sur l'histoire sont tirées presque intégralement de l'Encyclopédie Microsoft Encarta 2004, art. «Vietnam».

Les Vietnamiens apparaissent pour la première fois dans l'histoire vers l’époque de l'âge du bronze (civilisation Dông Son). Les tribus viets, qui vivaient disséminées dans le sud de la Chine et au nord du Vietnam, formèrent des royaumes dès la fin du IIe millénaire.

3.1 La domination chinoise

En l'an 111 avant notre ère, l'empereur chinois Wudi s'empara du Vietnam qui était jusqu’alors intégré à l'Empire chinois de la dynastie des Han. Les dirigeants chinois décidèrent d'intégrer politiquement et culturellement à l'empire le Vietnam devenu la province du Giao Chi. L'afflux d'immigrants dans la région répandit l'usage du chinois, les coutumes, les techniques et provoqua de violentes réactions de la part d'une partie de la population locale. La révolte la plus célèbre se déroula en 39 avant notre ère, lorsque deux veuves d'aristocrates, les sœurs Trung, soulevèrent le peuple contre les Chinois. Toutefois, l'armée chinoise réprima finalement ce sursaut national.

La domination chinoise dura plus de mille ans  — jusqu'en 938 de notre ère, date à laquelle Ngô-Quyên, vainqueur de la bataille de Bach-Dang, libéra le Vietnam de l'emprise des Han du Sud  — et marqua profondément le Vietnam, que ce soit au point de vue des techniques, de la culture, de l'organisation sociale et de la politique. Durant cette époque, furent introduits le confucianisme, le bouddhisme et le taoïsme dans la religion et les idéogrammes chinois dans la langue vietnamienne.

3.2 Le Dai Viet

Toutefois, il fallut attendre en 939 de notre ère pour que, profitant des conflits politiques qui secouaient la Chine, les Vietnamiens puissent instaurer un État indépendant. Ly Thai-Tô (ou Ly Cong Uân) monta sur le trône au début du XIe siècle et fonda la dynastie des Ly, qui régna plus de deux cents ans (1010-1225). Les Ly transférèrent la capitale à Thang Long (aujourd’hui Hanoi) et l'État prit le nom du Dai Viêt. L'esclavage fut aboli et le royaume se dota de provinces et d'une administration qui s'inspiraient du modèle chinois.

Les successeurs des Ly furent les Trân (1225-1413) qui affirmèrent la vietnamisation du pays. Durant deux siècles, le pays dut résister aux attaques des Chinois (au nord) et aux assauts des Chams (au sud). Au XIIIe siècle, sous la dynastie des Yuan, l'Empire mongol conquit la Chine et les armées de Kubilaï Khan attaquèrent le Dai Viêt par trois fois. En 1288, les Vietnamiens les repoussèrent de justesse à Bach Dang.

Pendant des siècles, le Dai Viêt fut limité à la région du Sông Hông et aux plateaux adjacents. Le pays commença ensuite une lente progression vers le sud, sur les territoires du royaume de Champa, la puissance dominante en Annam pendant un millénaire. Les Cham, indianisés, résistèrent longuement aux Vietnamiens jusqu'au XVe siècle. Mais, en 1471, la capitale cham, Vijaya, près de Da Nang, fut envahie par les troupes vietnamiennes, qui détruisirent pratiquement le royaume.

Pendant plusieurs décennies, le Dai Viêt poursuivit sa progression vers le sud, gagnant ainsi les plaines marécageuses du delta du Mékong. Ensuite, les Vietnamiens y affrontèrent un nouvel ennemi: le royaume khmer. Heureusement pour les Vietnamiens, au XVIe siècle, ce royaume était sur le déclin et n'opposa guère de résistance à l'invasion vietnamienne. Vers la fin du XVIIe siècle, le Dai Viêt contrôlait la zone inférieure du delta du Mékong et commençait à progresser vers l'ouest, menaçant de transformer en un simple protectorat l’État khmer désintégré.

Au XVIe siècle, la dynastie des Lê commença à décliner. En effet, deux clans féodaux rivaux, les Trinh et les Nguyên se disputèrent le pouvoir. Depuis 1620, les Nguyên avaient pour capitale Huê. En 1627, les hostilités commencèrent et le Dai Viêt se trouva divisé en deux «seigneuries» rivales.

Les conflits entre le Nord et le Sud furent exacerbés par les puissances européennes, nouvellement arrivées en Asie du Sud-Est avec l’intention avouée de trouver de nouvelles richesses à exploiter et de convertir de «nouvelles âmes» au christianisme. En 1516, des marins portugais avaient débarqué au Vietnam et, au XVIIe siècle, la Cochinchine était devenue une base marchande importante. Mais le succès des nouveaux arrivants effraya les dirigeants vietnamiens qui prirent, comme en Chine et au Japon, des mesures de proscription contre les missionnaires et les marchands. Les hostilités entre les Trinh et les Nguyên cessèrent en 1674. L'appui des Portugais et le grand commerce maritime firent de la Cochinchine, arrachée au Cambodge et annexée en 1698, la région la plus dynamique du Dai Viêt.

3.3 La colonisation française

C'est au cours des années 1620-1630 que les premiers missionnaires français arrivèrent en Indochine. Le jésuite français Alexandre de Rhodes organisa une mission au Tonkin avant d'être expulsé pour avoir fait imprimer un catéchisme en écriture romanisée: le quôc ngu. La fondation de la Société des missions étrangères, en 1664, amplifia le mouvement. Mais les Vietnamiens n'accueillirent pas favorablement cette pénétration étrangère «des barbares impies de l'Ouest».

En 1784, alors que le prince héritier Nguyên Anh se réfugiait à Bangkok, il y rencontra Mgr Pierre Pigneau de Béhaine (1741-1799), le vicaire apostolique de la Cochinchine. Persuadé de l'intérêt d'aider le prince, le prélat français convainquit Louis XVI de signer un traité d'alliance (1787) avec Nguyên Anh et revint avec des navires et une troupe de mercenaires. Son aide permit au jeune prince de battre ses adversaires de la dynastie Tây Son. En 1801, il s'empara de Huê et, en juillet 1802, il entra dans Hanoi, puis devint empereur sous le nom de Gia Long.

Le Dai Viêt fut rebaptisé Viet Nam en 1804, mais fut appelé An Nam (l’Annam) par les Chinois. L'État, épuisé par des décennies de guerres, fut réunifié et restauré par Gia Long et ses successeurs: Minh Mang (1820-1840) et Thieu Tri (1840-1847). La fiscalité, la justice, l'armée furent réformées et de grands travaux furent entrepris, comme la construction de la route mandarine reliant la frontière chinoise au Cambodge. Les commerçants et les missionnaires français se réinstallèrent, mais des persécutions à leur encontre et contre les Vietnamiens convertis se multiplièrent.

Sous l'impulsion du ministre de la Marine et des Colonies, le marquis Prosper de Chasseloup-Laubat (1815-1873), et des milieux catholiques, le gouvernement de Napoléon III décida une intervention pour mettre fin apparemment aux persécutions et exécutions contre les chrétiens. La France aidée par l’Espagne s’empara de Da Nang en 1858 et de Saigon l’année suivante. Le traité de Saigon céda à la France plusieurs provinces dans le delta du Mékong, dont la Cochinchine orientale. En 1867, toute la province était annexée par la France. La IIIe République dut achever la conquête commencée sous le second Empire. Francis Garnier prit près Hanoi en 1873. L’empereur Hiêp Hòa fut contraint en 1883 et 1884 d’accepter le protectorat français sur le Tonkin et l’Annam.

Après une guerre franco-chinoise qui marqua les années 1884 et 1885, la Chine dût à son tour, lors du traité de T'ien-tsin du 9 juin 1885 reconnaître le protectorat français sur le Vietnam. En 1887, le Vietnam, le Cambodge et le Laos (en 1893) furent regroupés au sein d'une Indochine française — l’Union indochinoise — confiée à un gouverneur général.

En matière de langue, le français devint la langue officielle au mépris du vietnamien confiné à l’école primaire. À partir du secondaire, l'enseignement fut uniquement dispensé en français. La langue vietnamienne fut non seulement éliminée de l'école secondaire, mais elle était en général traitée avec peu de respect par les autorités coloniales et même par la haute société autochtone. Le français faisait généralement l'objet d'un culte excessif : ceux qui parlaient français étaient considérés comme «instruits» et jouissaient du «prestige» de le parler, alors que le vietnamien était rabaissé au rang de «langue de campagnards». Lorsque le vietnamien était enseigné aux élèves du secondaire, c'était en tant que «langue étrangère», bien souvent comme deuxième langue après l'anglais, l'allemand ou l'espagnol. Les professeurs autochtones qui parlaient vietnamien pouvaient être poursuivis devant les tribunaux. Malgré le mépris officiel réservé au vietnamien, les livres, revues et journaux en cette langue sont restés florissants. En 1906, l’alphabet latin employé en vietnamien d’abord par l’Église catholique et appelé quôc ngu, devint obligatoire dans l’enseignement secondaire et universitaire. En 1919, cet alphabet reçut le statut d’«écriture nationale». Cependant, il ne faut pas croire que cet alphabet romanisé fut facilement accepté. D'une part, les autorités coloniales se rendirent compte que cette écriture était devenue le véhicule des «idées modernistes» et, jugeant ces dernières «séditieuses», firent marche arrière et cessèrent de la favoriser. D'autre part, les nationalistes vietnamiens estimaient que cette écriture, créée par des étrangers, avait comme résultat de couper le Vietnam de ses racines historiques. Bref, le quôc ngu était pour les uns, l'instrument d'une modernisation séditieuse, pour les autres, un outil d'acculturation.

Commencèrent ensuite l'exploitation et la mise en valeur économique du pays nouvellement conquis. Les autorités coloniales entreprirent d’ambitieux travaux et investirent là où les capitaux pouvaient être rentables (mines, plantations, etc.), mais les Français sous-payèrent et maltraitèrent les Vietnamiens. Pour éviter les complots, les autorités coloniales n’hésitèrent pas à décapiter et déporter les rebelles. D’ailleurs, de nombreuses rébellions se poursuivirent jusqu’à de grandes grèves ouvrières en 1920. Les nationalistes vietnamiens avaient constaté que la mise en valeur de leur pays profitait surtout aux colons français, puis à une clientèle chinoise et vietnamienne restreinte. Les Vietnamiens furent exclus de tous les échelons hiérarchiques de l'administration coloniale et ne bénéficièrent pas des libertés les plus élémentaires d'association et d'expression.

Comme aucun exutoire politique ne fut offert au peuple vietnamien, des mouvements radicaux, nationalistes et révolutionnaires, se formèrent. En 1931, Hô Chí Minh fonda le Parti communiste indochinois à Hong Kong, puis en 1941 le Front du Viêt-minh, ce mot étant l’abréviation de Viêt Nam Dôc Lâp Dông Minh Hôi (Ligue ou Front pour l'indépendance du Viêt Nam). En septembre 1940, le Japon, aux prises avec la Chine, décida d'occuper militairement le Tonkin, tout en respectant la souveraineté française. Les Japonais furent très vite perçus comme de nouveaux occupants et non comme d'éventuels libérateurs. En décembre 1941, les troupes japonaises occupèrent le reste du pays. Vaincue et occupée, la France ne put se maintenir en Indochine qu'au prix d'importantes concessions économiques et militaires, parmi lesquelles le droit d'utiliser de nombreuses bases navales et aériennes japonaises dans le pays. Privé de tout secours allié, l'amiral Decoux ne put s’opposer à l’occupation japonaise et continua de gouverner au nom de l'État français (de Vichy) jusqu'au 9 mars 1945, alors que l’indépendance du Vietnam fut restaurée par les Japonais.

3.4 La guerre d’Indochine

Profitant des perturbations politiques liées au coup de force japonais, le Viêt-minh s’empara des campagnes du pays. Le 19 août 1945, le Viêt-minh s'installa à Hanoi et, le 29 du même mois, un gouvernement provisoire de libération nationale fut formé avec comme conseiller suprême le nouvel empereur Bao Dai qu'on avait pris soin de faire abdiquer quatre jours auparavant. Le 2 septembre 1945, l'indépendance de la République démocratique du Viêtnam était proclamée par Hô Chí Minh.

En vertu des accords de Postdam (juillet 1945), les Chinois occupèrent le Vietnam au nord et les Britanniques au sud afin de désarmer les soldats japonais. En octobre 1945, les troupes du général Leclerc débarquèrent à Saigon et relevèrent rapidement les Britanniques qui ne demandaient pas mieux de se retirer, étant, eux aussi, aux prises avec leurs anciennes colonies. Des négociations s’engagèrent entre la France et le Viêt-minh.

Le 6 mars 1946, la France reconnut la République démocratique du Vietnam comme un «État libre au sein de l'Union française et de la Fédération indochinoise». Toutefois, le haut-commissaire en Indochine, l'amiral Thierry d'Argenlieu, fit proclamer à Saigon, le 1er juin 1946, un «gouvernement provisoire de la Cochinchine», ce qui entraîna une protestation du gouvernement vietnamien de Hanoi. En matière de langue, Hô Chí Minh décida de rendre obligatoire l'alphabet romanisé; il croyait que l'alphabétisation du peuple passait par l'écriture romanisée, incontestablement plus simple et plus rapide à apprendre, parce qu'elle ne supposait plus la connaissance du chinois.

De nouvelles négociations se déroulèrent en 1946, mais elles échouèrent. Après le bombardement de la ville de Haifong par la flotte française et la riposte des forces du Viêt-minh à Hanoi, commença la guerre d’Indochine, tandis que Hô Chí Minh entrait dans la clandestinité.

À partir de 1949, la victoire de Mao Tsé Tung et l'avènement de la République populaire de Chine changèrent profondément les données politiques de l’Indochine française. Soutenues militairement, les forces du Viêt-minh passèrent à l'offensive. L’indépendance du Vietnam fut à nouveau proclamée par la France, avec pour chef d’État l’ex-empereur Bao Dai (accords du 5 juin 1948 et du 8 mars 1949) que le Viêt-minh refusa d’accepter. La propagande officielle française proposa une étroite collaboration entre Vietnamiens et Français en vue d'un nouvel avenir politique au sein de la Communauté française. Les États-Unis reconnurent le nouvel État (février 1950), mais accrurent leur aide matériel à la France après avoir constaté l’appui apporté par les Chinois au Viêt-minh. La défaite française de Diên Biên Phu (7 mai 1954) obligea le gouvernement français à négocier un cessez-le-feu en Indochine. En juillet 1954, les accords de Genève mirent fin à la guerre et reconnurent l’indépendance du Laos, du Cambodge et du Vietnam partagé en deux à la hauteur du 17e parallèle. Dans le Nord, l'administration du gouvernement fut attribuée à Hô Chí Minh, à la tête de la République démocratique du Vietnam (un État communiste). Un protocole prévoyait des élections générales dans le Sud demeuré occupé par l'armée française et les troupes vietnamiennes de Bao Dai.

3.4 La partition du Vietnam

L'évolution du régime sud-vietnamien aboutit à un nouveau conflit : la guerre du Vietnam. La réunification du pays devait intervenir après des élections générales organisées dans les deux ans ainsi que la formation d’un gouvernement.

Mais Ngô Dinh Diêm, nommé premier ministre, déposa le chef d’État et proclama la république du Vietnam (au sud) dont il fut élu président et qu’il gouverna de façon autoritaire tout en dépendant de plus en plus des États-Unis. Menacé par la guérilla du Viêt-công soutenu par le Vietnam du Nord, le président du Vietnam du Sud obtint le renforcement de l’aide américaine. À l'automne 1963, le président Diêm fut renversé et exécuté sommairement lors d'un coup d'État organisé par le général Duong Van Minh. Le débarquement des troupes américaines et les bombardements aériens sur le Nord commencèrent en 1965 et s’amplifièrent jusqu’en 1968, alors que les troupes atteignirent 530 000 hommes. Durant la guerre, les Américains se sont souvent servi des minorités nationales pour combattre les Vietnamiens (qui s’en souviendront!).

De plus, les deux gouvernements ont entrepris de redéployer des populations entières. Le Vietnam du Nord connut une politique de ruralisation; le Vietnam du Sud, une politique d'urbanisation. Dans le Sud, les habitants ont massivement migré vers es villes. Non seulement la population doubla à Saigon, mais encore davantage dans les villes moyennes comme Quy-Nhon, Nha-Trang, Cân-Tho, My-Tho, Vun-Tàu, etc. En dix ans, dix millions de personnes ont été déplacées, soit la moitié des habitants des zones rurales. En même temps, de vastes régions furent volontairement dévastées et détruites par des bulldozers géants et l'épandage d'herbicides. Le gouvernement américain espérait ainsi créer une classe moyenne acquise à l'économie libérale et opposée au communisme.

Dans le Nord, les habitants de Hanoi, Hai-Phong et petits villages furent évacués vers la campagne. Huit millions de citadins durent gagner leur village d'origine. Le nouveau régime désirait sans doute protéger les populations des bombardements, mais il s'agissait avant tout de détruire la classe moyenne et d'éradiquer les «habitudes bourgeoises» attribués aux citadins. En 1975, le taux d'urbanisation était à son maximum dans le Sud (plus de 40 %) et à son minimum dans le Nord (12 %). Ce double exode, au sud et au nord, aura contribué à éliminer la petite bourgeoisie urbaine né au cours des années vingt.

L'offensive du Têt (organisée par le Viêt-công — le Front national de libération — et le Vietnam du Nord), au cours des mois de janvier et de février 1968, ébranla profondément le régime de Saigon, désormais dirigé par Nguyên Van Thiêu. L'administration américaine se rendit compte que la solution militaire était devenue aléatoire. Au mois de mai 1968, des négociations s'ouvrirent à Paris entre Américains et Vietnamiens. Le président des États-Unis, Richard Nixon, poursuivit la politique de son prédécesseur (Lindon Johnson) avec le retrait progressif des unités américaines et la «vietnamisation» de la guerre. Mais le conflit s'étendit au Cambodge (1970) et provoqua de nouvelles attaques aériennes et de nouveaux bombardements de la part des Américains.

Le 27 janvier 1973, Américains et Vietnamiens signèrent les accords de Paris. Ceux-ci prévoyaient le retrait total des troupes américaines et de nouvelles élections générales au Vietnam du Sud. Toutefois, le gouvernement de Thiêu refusa l'application des accords et reprit les combats, persuadé que les États-Unis interviendraient en cas de menace grave. En 1975, des opérations préliminaires de l'armée populaire et des Viêt-công étant restées sans réponse de la part des États-Unis, une offensive généralisée mit fin en huit semaines à un conflit vieux de seize ans: le 30 avril 1975, Saigon tombait aux mains des communistes.

3.5 La République socialiste du Vietnam

Le Vietnam réunifié devint la nouvelle République socialiste du Vietnam et la ville de Saigon fut rebaptisée Hô-Chí-Minh-Ville. La ville de Hanoi au nord fut désignée comme «capitale nationale». Le vietnamien redevint partout la langue officielle, et le français fut interdit, comme l'anglais. La prise du pouvoir par les forces communistes en 1975 mit fin à l’enseignement du français et de l’anglais dans les lycées et les universités sur tout le territoire du Vietnam; la langue russe a presque immédiatement remplacé ces deux langues «ennemies» et des noms comme Lamartine ou Pascal disparurent des places publiques pour laisser la place à Lénine ou Gorki.

- Les tensions frontalières

La fin de la guerre ne signifiait pas pour autant la fin des conflits. Les tensions aux frontières avec le gouvernement du Cambodge, dont Pol Pot était le premier ministre, s'aggravèrent. Le harcèlement perpétuel des Khmers rouges, soutenus par les Chinois, décida les Vietnamiens à resserrer leurs liens avec l'URSS. Le 25 décembre 1978, le Vietnam lança son armée à l'assaut du Cambodge. En trois semaines, le pays fut occupé et les opposants aux Khmers rouges installèrent un gouvernement pro-vietnamien. La Chine, inquiète de voir le Vietnam s'affirmer comme la seule puissance régionale en Indochine, décida à son tour d'intervenir. Le 17 février 1979, les troupes de l'armée chinoise attaquèrent le Nord. Le conflit s'arrêta au mois de mars 1979. Le Vietnam participa à la chute des Khmers rouges au Cambodge et ne retira ses troupes qu’en 1989. Durant ce temps, quelque 400 000 personnes auraient fui le Vietnam, dont la majorité par la mer dans des conditions très périlleuses. Ils furent surnommés les boat peoples. Les chefs d'État européens et asiatiques restaurèrent alors leurs liens diplomatiques avec le Vietnam et les entreprises étrangères, attirées par les bas salaires, commencèrent à s'y implanter.

- Les déplacements de population

Il y avait aussi des tensions idéologiques à réduire. Le départ des Américains avait laissé plus d'un million de chômeurs à Saigon. Au yeux des communistes, cette ville du Sud avait formé la base de l'impérialisme américain. Cette masse de dix millions de personnes avaient développé des modes de vie et de consommation qui risquaient de mettre en péril l'idéologie révolutionnaire. Entre 1975 et 1977, plus de trois millions de personnes furent «rapatriées» dans leurs villages d'origine avec comme slogan : «Rentrons nous baigner dans l'étang du village.» Il fallait réduire le monstre urbain et reconstruire les campagnes en les repeuplant. Les citadins du Nord furent invités à gagner les moyennes montagnes. À Ho-Chi-Minh-Ville, l'ancienne Saigon, la réduction du nombre des citadins s'accompagna d'une «nordisation»: un demi-million de cadres du Nord vinrent s'y établir. Les évacuations de l'ancienne Saigon furent responsables du départ clandestin de plus d'un million de Vietnamiens et de Chinois, et de 90 000 «boat people».  Au total, plus de 3,6 millions de personnes ont été déplacées.

- L'intégration des minorités nationales

Dès 1976, le gouvernement vietnamien avait fait état de la notion d’«ethnie» et avait même reconnu leurs coutumes particulières accompagnées de la constitution de régions autonomes. Puis, en 1979, l’autonomie fut supprimée pour laisser la place à la création d’un «conseil des minorités». Débuta alors une politique d’homogénéisation qui imposa les mêmes conditions de vie pour tous, pour les minorités comme pour les Vietnamiens (scolarisation, santé, travail).

De plus, les déplacements de population ont profondément modifié la carte ethnique du pays depuis 1975. Sur les hauts plateaux, les populations locales ne représentent plus qu'un habitant sur quatre, parfois un sur deux. Il ne reste plus que onze provinces (sur plus de 50) dans lesquelles les ethnies minoritaires sont en plus grand nombre que les Viet. Les régions, jadis périphériques et inconnues, peuplées souvent exclusivement d'ethnies différentes, sont devenues des régions «minoritaires». La vietnamisation a progressé considérablement auprès de ces populations à un point tel que, dans certains cas, elle a entraîné non seulement l'acculturation, mai aussi la destruction des cultures locales. Les mouvements de population ont segmenté de nombreuses petites communautés et favorisé leur assimilation. Depuis quelque temps, les Viet se sont découvert une lointaine parenté avec certains groupes minoritaires tenus à l'écart depuis longtemps. Il se sont rendus compte aussi que les minorités linguistiques pouvaient servir de relais avec d'autres groupes de l'Asie du Sud-Est avec lesquels ils peuvent établir des liens commerciaux. De là à parler d'ouverture à cet égard, c'est encore un peu trop tôt. 

- Une certaine ouverture

À la fin des années quatre-vingt, un peu forcés par les événements (p. ex., la chute du mur de Berlin, la disparition de l’URSS, etc.), les autorités vietnamiennes commencèrent à pratiquer une politique d’ouverture économique tout en renforçant la répression politique. Pour des raisons purement commerciales, le russe ne fut plus à l’ordre du jour et fut remplacé par l’anglais. Quant, au français, il ne retrouva pas la place qu’il avait lors de la colonisation française. Néanmoins, le Vietnam adhéra en 1986 aux Sommets de la Francophonie dont il devint membre à part entière.

La nouvelle Constitution adoptée en 1980 et révisée en 1992 est largement inspirée de celle de la république du Vietnam du Nord. Elle confère au Parti communiste un rôle dominant au sein du gouvernement et des institutions représentatives de la société. En témoigne l’article 4 de la Constitution:

Article 4

1) Le Parti communiste du Vietnam, l'avant-garde de la classe ouvrière vietnamienne, représentant fidèle des droits et des intérêts de la classe ouvrière, laborieuse et de toute la nation, guidé par le marxisme-léninisme et la pensée de Ho Chi Minh, est la force qui dirige l’État et la société.

2) Toutes les institutions du Parti communiste vietnamien doivent fonctionner dans le cadre défini par la Constitution et la loi.

Le gouvernement agit par l'intermédiaire du Front patriotique du Vietnam, qui regroupe partis satellites, syndicats et organisations sociales. Le gouvernement vietnamien autorisa les citoyens à créer des entreprises privées et l'État entreprit la liquidation de nombreuses entreprises publiques. Depuis le début des années quatre-vingt-dix, le Vietnam a entrepris une politique d’ouverture vers l’Occident et un assouplissement de son système économique.

Hanoi a accueilli les sommets de la Francophonie (1994) et de l’ASEAN (1998), et a pris une nouvelle place au sein de la communauté internationale, en particulier de le Sud Est asiatique. En 1994, les États-Unis levèrent leur embargo économique et leur veto concernant l'octroi, par le Fonds monétaire international et la Banque internationale pour la reconstruction et le développement, d'emprunts pour la reconstruction du Vietnam. Les relations diplomatiques furent rétablies entre le Vietnam et les États-Unis en janvier 1995. Le pays est ainsi redevenu une puissance régionale.

Cependant, le Vietnam est régulièrement pointé du doigt pour la répression à l'encontre des minorités religieuses, notamment chrétiennes. En avril 2001, Nong Duc Manh a pris les rennes du Parti communiste avec 100 % des voix. On ne risque pas pour le moment d’assister à des changements radicaux dans la politique intérieure du pays, mais le nouvel homme fort a promis de lutter contre la corruption, véritable gangrène de l'administration vietnamienne.

4 La politique linguistique

La langue vietnamienne, appelée aussi kinh, est la langue officielle du pays, mais ce statut n’est pas proclamé dans la Constitution du 15 avril 1992. D’ailleurs, aucune langue n’est citée dans la Constitution. L’article 52 déclare que «tous les citoyens sont égaux devant la loi», ce qui ne signifie pas dans les termes que toutes les langues jouissent des mêmes droits, puisqu’on parle des citoyens, non des langues parlées par ces mêmes citoyens.

En fait, si «tous les citoyens sont égaux devant la loi», il n’en est pas de même pour les langues. En effet, le vietnamien est une langue plus égale que les autres devant la loi. C’est, par exemple, l’unique langue employée au gouvernement et au Parlement, dans la fonction publique et dans les médias, sauf pour ce qui est de l’enseignement des langues étrangères et des médias étrangers sur le territoire. Les langues étrangères les plus enseignées demeurent l'anglais, le français et le russe. Dans les écoles, seul le vietnamien est utilisé comme langue d’enseignement.

4.1 Le Parlement et la justice

La seule langue utilisée et reconnue à l’Assemblée nationale est le vietnamien. Les lois sont rédigées et promulguées uniquement en vietnamien.

Dans les cours de justice, il en est ainsi, mais l’article 133 de la Constitution prévoit le recours aux langues minoritaires:

Article 133

Les juridictions populaires garantissent aux citoyens de la République socialiste du Vietnam relevant de toutes les ethnies, le droit d'utiliser leurs langues et écritures respectives devant les tribunaux et les cours

En réalité, cette disposition n’est que fort peu appliquée dans la mesure ou les juges ne connaissent que très rarement les langues minoritaires. La cour autorise généralement l’aide à un interprète lorsque le citoyen ne connaît pas la langue officielle.

4.2 L’éducation

Toutes les écoles du Vietnam ont été étatisées à la suite de la réunification de 1976. On estime qu’en 1992 quelque 47 % des enfants âgés de 12 à 17 ans étaient scolarisés. L'enseignement gratuit et obligatoire a permis en quelques années de réduire l'analphabétisme qui a régressé de 16,6 % 6,3 %. Mais, rappelons-le, la langue d’enseignement est dispensée en vietnamien, du primaire à l’université.

C’est pour cette raison que les écoles, y compris dans les régions ou vivent les minorités ethniques, sont souvent considérées «comme un symbole de colonisation» de l'ethnie majoritaire ou comme une «assimilation forcée» de la part des «Viet». Pourtant, l'État prévoit un enseignement dans les régions éloignées où vivent des ethnies minoritaires, mais rien ne précise à l'article 36 de la Constitution que cet enseignement sera dispensé dans la langue d'une minorité:

Article 36

4) L'État met en œuvre une politique prioritaire de développement de l'enseignement dans les régions montagneuses, les régions des ethnies minoritaires et les régions exposées à des difficultés particulières

Mais l'article 5 de la Loi sur l'éducation (15/01/1999) est plus précise, puisqu'elle prescrit le vietnamien comme langue officielle dans les écoles, tout en créant les conditions pour que les minorités puissent apprendre leur langue et leur écriture:
 

Article 5 [version anglaise]

Language used in the school

1) Vietnamese language is the official language used in the schools.

2) The State creates conditions for the people of ethnic minorities to learn the language and the script of their ethnic groups. The teaching and learning of the languages and scripts of the ethnic minorities shall conform with prescriptions of the Government.
 

Article 5 [traduction]

Langue employée à l'école

1) La langue vietnamienne est la langue officielle employée dans les écoles.

2) L'État crée les conditions pour que la population des minorités ethniques apprennent la langue et l'écriture de son groupe ethnique. L'enseignement et l'étude des langues et des écritures des minorités ethniques doivent être conformes aux directives du gouvernement.

Le gouvernement a prévu des classes bilingues — non obligatoires — pour apprendre soit l’anglais, soit le français, soit le russe. Généralement, les enfants inscrits dans les classes bilingues suivent le programme vietnamien dans son intégralité, c’est-à-dire 18 à 20 séances pédagogiques (de 40 à 45 minutes) par semaine. À ce programme s’ajoute l'enseignement intensif de la langue étrangère (anglais, français ou russe). Il s’agit d'un volume horaire de dix heures effectives, soit de 13 à 14 séances pédagogiques réparties sur cinq jours de la semaine, en matinée et en après-midi.

Dans certaines écoles, l'enseignement de la langue étrangère commence en classe de 1re et dure douze ans, soit jusqu'à la classe terminale. Dans d’autres cas, cet enseignement débute en 6e et dure sept ans. Les faits démontrent éloquemment que l’enseignement de l’anglais précède de loin les autres langues. Suivent le français et ensuite le russe.

Les classes bilingues ont la réputation de donner un enseignement de qualité et seuls les meilleurs élèves y sont généralement acceptés après un examen d’entrée. Les élèves des classes bilingues sont pour la plupart des enfants de cadres ou de fonctionnaires de l'État. Pour les enfants des gens à revenu modeste, les parents incitent leurs enfants à apprendre l’anglais afin que ceux-ci puissent travailler dans les domaines du tourisme, de l’hôtellerie ou de la restauration. N’oublions pas que l'école est subventionnée en partie par le gouvernement et en partie par les parents des élèves. Le français n’est plus réputé ouvrir immédiatement des portes sur le marché du travail. Pour le Vietnam, la Francophonie est devenue un luxe si elle ne va pas de pair avec le développement économique et la promotion dans les échanges commerciaux. Même les banques françaises au Vietnam exigent la connaissance de l'anglais. Plusieurs organismes publics et privés français tentent de contrer l'influence grandissante de la langue anglaise en finançant des classes bilingues en français. Les manuels de français et le matériel didactique sont fournis par l'Agence francophone pour l'enseignement supérieur et la recherche universitaire (AUPELF-UREF), qui subventionne aussi en partie le salaire des professeurs de français.

Les principales universités du Vietnam sont l'Université nationale de Hanoi (fondée en 1918), l'Université polytechnique créée par l'URSS en 1965 et celle de Hô-Chí-Minh-Ville. Il existe au moins 106 établissements d'enseignement supérieur du pays. La langue d’enseignement est généralement le vietnamien, mais l’anglais et le français peuvent être utilisés.

Malheureusement, l'école publique vietnamienne n'est pas en bon état. Les enfants vont généralement à l'école une demi-journée par jour, car il n'y a pas assez d'écoles pour abriter tout le monde. Dans certaines grandes villes, l'alternance se fait entre trois séances. Il manque souvent plus d'un mois ou deux mois d'écoles aux enfants vietnamiens en une année scolaire. À cela s'ajoute les coûts de l'éducation. Les parents doivent payer les frais d'examen, les livre, le matériel scolaire, les uniformes d'écoliers, les contributions volontaires pour la réfection des locaux, les cours optionnels et toute une série de frais additionnels. L'État ne couvre que 50 % des frais au primaire et 30 % au secondaire. Les classes supérieures du secondaire sont inaccessibles pour la plupart des parents, car les frais s'élèvent à mesure du niveau d'instruction. Dans les universités, les étudiants doivent s'acquitter d'innombrables frais «rigides» et «élastiques» à un point tel qu'il faut être vraiment riche. En général, les parents dépensent 40 % de leur budget non alimentaire pour chaque enfant inscrit au primaire. La situation est encore plus préoccupante dans les campagnes, car les revenus sont encore moins élevés, les dépenses également. Ainsi, pendant que le Vietnam dépense 6 $ par élève en éducation, la Thaïlande en dépense 49 $, la Corée du Sud, près de 200 $. Il est inutile d'établir des comparaisons avec des pays comme la France, les États-Unis ou le Canada, où l'on dépasse plusieurs milliers de dollars US par enfant. Le Vietnam souffre du manque de scolarisation de ses citoyens. Seul un tiers de la population passe au complet le cycle du primaire. Un cinquième des élèves passe par le cycle du secondaire. Seule 1,5 % de la population fait des études supérieures.

Comme les enseignants ont des revenus médiocres, le personnel est souvent de piètre qualité du point de vue de la formation, laquelle doit en plus servir aux «besoins d'édification et de défense de la patrie». Parmi les épreuves de formation continue, figurent l'histoire du Parti communiste vietnamien, le socialisme scientifique et l'économie politique marxiste-léniniste.   

4.3 Les services gouvernementaux

Sauf pour de rares exceptions, les fonctionnaires de l’État ne communiquent qu’en vietnamien, la connaissance d’une langue minoritaire n’étant jamais obligatoire pour obtenir un poste, même dans les régions ou résident les minorités ethniques. De plus, l’État ne forme que de très rarissimes fonctionnaires appartenant aux membres des minorités. En réalité, les fonctionnaires de l’État se servent des représentants des minorités ethniques pour faire connaître les décisions gouvernementales. En principe, les minorités reçoivent les mêmes services que tous les Vietnamiens, mais en vietnamien.

En outre, le gouvernement vietnamien a aussi une politique particulière concernant la langue des enseignes commerciales. L'Arrêté no 11/2006/N-CP du 18 janvier 2006 du gouvernement vietnamien sur la diffusion des activités culturelles et le service concernant le domaine culturel public et informationnel oblige les commerçants à employer des mots vietnamien:

1. Amende de 500 000 VND à 1 000 000 VND* dans les cas suivants:

a) Ne pas placer l'enseigne près de l'entrée principale ou devant la boutique.
b) Ne pas écrire correctement ou complètement le nom en vietnamien sur l'enseigne.

2. Amende de 1 500 000 VND à 3 000 000 VND dans les cas suivants:

a) Sur l'enseigne d'un organisme vietnamien, le nom de celui-ci n'est pas écrit en en vietnamien, mais seulement en langue étrangère.
b) Le nom de l'organisme, son abréviation, ainsi que son nom servant dans les relations internationales s'ils sont en langue étrangère, doivent se trouver après ceux en vietnamien.
c) Le nom de l'organisme, son abréviation, ainsi que son nom servant dans les relations internationales s'ils sont en langue étrangère, doivent être en plus petites lettres que ceux en vietnamien.
d) L'enseigne sert de panneau publicitaire.

3. Amende de 3 000 000 VND à 5 000 000 VND si l'organisme n'a pas d'enseigne

Mesures appliquées devant les infractions

a) Enlever l'enseigne si violation des alinéas 1 et 2 du présent article.
b) Avoir obligatoirement une enseigne si violation de l'alinéa 3 du présent article.

___________
* 1 $ = 16 000 VND ou dongs vietnamiens;
* 1 € = 26 790 VND.

Les faits démontrent que les langues les plus utilisées sont le vietnamien et l'anglais, notamment dans les hôtels, les restaurants et les moyens de transport. Il existe aussi de rares enseignes en français, en chinois, en coréen et en japonais. En raison de la législation en vigueur, on compte de nombreuses enseignes bilingues, surtout en vietnamien et en anglais.

4.4 Les médias

Le pays dispose, bien sûr, d’un grand nombre de journaux en langue vietnamienne. Ainsi, on compte actuellement près de 500 journaux, hebdomadaires, périodiques et magazines dans toutes les grandes villes comme Saigon, Hanoi, Hai Phong, Hue, Nha Trang, Can Tho, etc., et dans toutes les régions. Précisons qu’au Vietnam les quotidiens servent souvent de tribune officielle au Parti communiste vietnamien (PCV): par exemple, Nhan Dan (Le Peuple), Quan Doi Nhan Dan (L’Armée populaire), Hanoi Moi (Nouvel Hanoi), etc. Il en existe plusieurs autres appartenant aux organes de la masse satellite du PCV, tels que Le Front patriotique, L’Association scientifique et technique, L’Union des femmes, Confédération générale du travail, Le Club de la jeunesse communiste, etc. Ces derniers publient des informations sur presque toutes les activités sociales, mais sous le contrôle rigoureux de la Commission centrale d’idéologie et de culture du PCV, du ministère de l’Intérieur et du ministère de l’Information et de la Culture.

La presse vietnamienne possède quatre journaux en langue française, dont un quotidien (Le Courrier du Vietnam) et trois mensuels (Saigon Eco, Vietnam Scoop et Vietnam illustré). Le Courrier du Vietnam appartient à l'AVI, un organisme de rang ministériel gérant la presse écrite officielle, et est financé par l'AUPELF-UREF et l'ambassade de France. L'Agence France Presse diffuse des informations en espagnol.

La presse anglophone est également beaucoup lue. Parmi les principaux titres, citons le quotidien Vietnam News et l'hebdomadaire Vietnam Investment Review. Le magazine Vietnam Revue, publié par l'Agence vietnamienne d'information (AVI) diffuse en cinq langues: en vietnamien, en anglais, en français, en espagnol et en chinois. En ce qui a trait aux minorités nationales, il n’y a pas de journaux.

La principale station de radio est La Voix du Vietnam qui diffuse des émissions programmes musicales et culturelles en vietnamien, mais aussi en français, en anglais, en russe, en thaï, en lao, en khmer, en chinois, en indonésien (bahasa indonesia), etc. Il est également possible d'accéder tous les jours aux programmes de Radio-France International avec des émissions sur ondes moyennes (MW), de 23 heures à minuit; de 22 à 23 heures, les émissions sont en vietnamien. Le réseau de télévision vietnamien dispose de trois chaînes (VTV1, VTV2 et VTV3), mais des émissions d’informations sont disponibles en français à 13 heures et à 23 heures. Aux heures de grande écoute, la télévision nationale diffuse les émissions de la police et de l'armée.

De façon générale, les médias au Vietnam subissent un sévère contrôle de la part du gouvernement et les rédacteurs en chef sont responsables du contenu de leurs publications. Le cinéma vietnamien sent la propagande d'État avec ses héros vertueux qui combattent la méchante économie capitaliste.

4.5 La reconnaissance des minorités nationales

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, l’État vietnamien n’ignore pas les nombreuses minorités nationales du pays. Au contraire, il les reconnaît officiellement dans la Constitution. Ainsi, l’article 5 de la Constitution se lit comme suit:

Article 5

1) L’État de la République socialiste du Vietnam est un État uni de toutes les ethnies vivant ensemble sur le territoire vietnamien.

2) Il applique la politique préconisant l’égalité, la solidarité et l’entraide mutuelle entre les ethnies et interdit tout comportement raciste ou de désunion entre les ethnies.

3) Toute ethnie a droit à l’usage de sa propre langue et écriture, à la préservation de son identité, à la valorisation de ses belles mœurs et traditions culturelles.

4) L’État applique la politique de développement de tous les domaines en faveur des membres des ethnies minoritaires en améliorant progressivement leur vie dans tous ses aspects matériels et moraux

Cette disposition signifie que les membres des minorités nationales sont des Vietnamiens à part entière, mais cela n’implique aucun droit linguistique. La langue officielle étant le vietnamien, tous doivent connaître la langue vietnamienne. Chacun des ethnies a effectivement le droit d'utiliser sa langue, son écriture, de conserver son identité nationale et de faire valoir ses «belles mœurs», ses coutumes, ses traditions et sa culture, mais pas nécessairement dans le cadre dans un statut linguistique reconnu. Autrement dit, tout Vietnamien a le droit d’utiliser la langue qu’il désire dans les communications informelles ou à la maison. Dans la vie institutionnelle, seul le vietnamien est admis.

De plus, l’article 94 prévoit la création d’un Conseil des ethnies élu par l’Assemblée nationale du Vietnam. Selon les termes du texte constitutionnel:

Article 94

1) L’Assemblée nationale élit le Conseil des ethnies qui est composé d’un résident, des vice-présidents et des autres membres.

2) Le Conseil des ethnies étudie et fait des propositions à l’Assemblée nationale sur les questions relatives aux ethnies. Il contrôle l’application de la politique des ethnies, des programmes et des plans de développement économique et social des régions montagneuses et habitées par des ethnies minoritaires.

3) Le gouvernement doit consulter le Conseil des ethnies avant la prise d’une décision touchant la politique des ethnies.

4) Le président du Conseil des ethnies peut assister aux réunions du Comité permanent de l’Assemblée nationale et être invité aux réunions du Gouvernement discutant sur la mise en œuvre de la politique des ethnies.

5) Le Conseil des ethnies a en outre, les mêmes missions et attributions que les autres commissions de l’Assemblée nationale conformément aux dispositions de l’article 95.

6) Le Conseil des ethnies voit certains de ses membres affectés à titre permanent et à plein temps à cette fonction.

Avant de promulguer des décisions sur la politique des nationalités, le gouvernement doit au préalable prendre l'avis du Conseil des nationalités. Le Conseil des nationalités comprend un certain nombre de membres travaillant comme spécialistes des questions ethniques. En vertu de l’article 96 de la Constitution, le Conseil des nationalités et les Commissions de l'Assemblée nationale ont le droit de demander aux membres du gouvernement, au président du Tribunal populaire suprême, au président du Parquet populaire suprême et aux autres fonctionnaires de l’État concernés de faire des exposés ou de leur fournir des documents sur les problèmes nécessaires. Les personnes interpellées sont tenues de répondre à ces demandes. Qui plus est, les organismes de l’État sont tenus d'étudier les motions formulées par le Conseil des nationalités, tandis que les commissions de l'Assemblée nationale doivent donner suite à ces motions.

Par exemple, le Conseil des nationalités a souvent demandé au gouvernement de construire des écoles à l’intention des minorités montagnardes. De faits, des dizaines d’école sont été construites afin d’instruire le plus d’enfants possibles. Mais ce droit à l’école n’implique pas nécessairement le «droit à la langue». Toutes les écoles ne dispensent leur enseignement qu’en vietnamien, sauf pour ce qui est des langues étrangères. Le but est de créer les conditions d'éducation minimum qui offriront à terme un développement économique certain de ces « peuples de la forêt». Bref, le Conseil des nationalités est utile dans le cadre organisationnel de l’autogestion locale. 

Néanmoins, les minorités n’ont pas le vent dans les voiles au Vietnam. En juin 2001, le gouvernement vietnamien a décidé de maintenir son projet de centrale hydroélectrique dans la province de Son La, dans le nord du pays, malgré l'opposition d'organismes de défense des droits de l'homme et de l'environnement. Ce projet prévoit d'inonder plus de 450 km² de terres dans les provinces de Son La et de Lau Chai. Pour ce faire, 100 000 personnes, la plupart appartenant à des minorités ethniques, seront déplacées de force. Or, les provinces centrales, où ces populations doivent être transférées, ont récemment connu des conflits en réaction à l'afflux d'arrivants depuis ces vingt dernières années.

Le gouvernement vietnamien se méfie de ses minorités, surtout qu’elles vivent concentrées sur les hauts plateaux près des frontières. D’après les journaux occidentaux, les minorités au Vietnam sont souvent maltraitées et subissent une certaine répression de la part des autorités policières et administratives. Cette attitude semble être le résultat de la présence américaine au Vietnam, alors que les minorités furent souvent mobilisés par les Américains pendant la guerre d’Indochine. C’est pourquoi les minorités restent sous haute surveillance de la part du gouvernement vietnamien; il est même nécessaire aux touristes qui désirent se rendre en ces lieux d'obtenir au préalable une autorisation officielle.

Il faut observer également que, même si la liberté de religion ou de croyance est garantie par l'article 70 de la Constitution, le même article stipule qu'«il est interdit de violer la liberté de croyance et de religion ou d'en profiter pour agir contrairement à la loi et aux politiques de l'État». Deux autres textes juridiques semblent une source de préoccupation: le décret no 69/HDBT (21 mars 1991) sur la réglementation des activités religieuses et le décret no CP/31 sur la détention administrative. Des rapports internationaux relèvent d'autres sujets d'inquiétude: la censure des productions religieuses prévue dans la Loi sur les publications, le choix du «bon accomplissement des devoirs civiques» comme critère principal pour la sélection des candidats à la formation et l'ordination des religieux, la prescription de sanctions sévères pour ceux qui «exploitent la religion» avec «une intention perverse» ou qui «calomnient ou déforment la vérité». Pour plusieurs observateurs, ce sont là des moyens détournés destinés à censurer les publications et à contrôler les minorités nationales du pays.

D’ailleurs, le gouvernement utilise souvent, contre les opposants au régime, les articles du Code pénal (révisé en décembre 1997) régissant la sécurité nationale, l'espionnage, la propagande contre le système socialiste, l'abus des droits démocratiques dans le but de léser les intérêts de l'État, des organisations sociales ou des citoyens, l'exercice de pratiques superstitieuses, la violation de l'ordre public et les violations des règlements régissant la publication et la distribution des livres, des journaux et autres imprimés. On comprendra qu'il devient tentant pour un gouvernement de se servir de la loi pour réprimer toute opposition. Depuis quelques années, le régime s’est adouci et évite d’encourir les sanctions internationales. Il suffit, plutôt que de supprimer ou d’emprisonner les gens, de les isoler. C’est une pratique courante à l’égard des membres des minorités nationales. Au Vietnam, le pouvoir politique semble souffrir d'une extrême sensibilité et réprime sans ménagement tout individu dont les déclarations ou les écrits paraissent indésirables. Or, il arrive régulièrement que ces «indésirables» soient les représentants des minorités. D'ailleurs, toute la politique vietnamienne vise au quadrillage de la population minoritaire, avec permis de résidence obligatoire (le ho khau), la police de secteur, curriculum vitae pour toute la population et au contrôle des opinions sous couvert de «sécurité nationale», notion fourre-tout interprétée très largement par les autorités vietnamiennes.

De toute façon, la politique appliquée au Vietnam s’apparente à bien des égards à celle utilisée dans les pays voisins tels que le Laos, le Cambodge, la Birmanie et la Chine. Étant donné que toute la vie politique et sociale est dominée par le Parti communiste, le sort des minorités dépend entièrement du parti et de ses instances.  Comme les individus sont protégés, mais non pas les langues, on peut affirmer que la politique linguistique pratiquée au Vietnam s’apparente au mieux à un déni des droits, au pire, à l’assimilation. Pour toutes ces considérations, la situation des minorités nationales dans ce pays laisse à désirer. 

 Dernière mise à jour: 28 déc. 2015

Bibliographie

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L'Asie