République de Chine

Taïwan

(3) La politique à l'égard de la langue officielle

1 Le mandarin comme langue officielle

Que ce soit les Européens, les Japonais ou les Chinois du continent, tous ont favorisé «leur» langue aux dépens de la langue des premiers occupants. Les Européens ont imposé le néerlandais ou l'espagnol dans l'administration, selon la région d'occupation, les Japonais ont voulu japoniser tous les habitants de l'île, mais les Chinois ont pratiqué la même politique d'assimilation envers les insulaires, que ce soit les aborigènes ou les sinophones qui parlaient une autre langue que le mandarin. La seule exception dans l'histoire de Taïwan, ce furent les missionnaires hollandais et espagnols qui ont évangélisé les aborigènes dans leur langue ancestrale.

1.2 Le mandarin dans l'histoire de Taïwan

Bien que la politique linguistique d'aujourd'hui soit différente du fait qu'elle prévoit des mesures de protection à l'égard des minorités linguistique et des aborigènes, elle demeure préoccupée par la politique concernant le mandarin, la langue officielle de facto.

Nous savons qu'en 1959 la défaite des nationalistes du Guomindang aux mains des troupes communistes de Mao entraîna une immigration de plus de deux millions de Chinois vers Taïwan, qui devint alors le refuge des nationalistes chinois. La plupart des nouveaux immigrants chinois provinrent des provinces chinoises méridionales du Guangdong et du Fujian (face à l’île). Cependant, les nouvelles élites au pouvoir furent généralement originaires de la Chine centrale ou de Pékin et parlaient, eux, le mandarin. Le gouvernement de Tchang Kaï-chek devint aussitôt une dictature basée sur un système de parti unique et la loi martiale. Il imposa une culture chinoise uniforme en interdisant à l'école et dans les médias l'emploi des langues locales chinoises et les langues des aborigènes. Même si cette politique d'assimilation ne soit plus appliquée à Taïwan, le mandarin est là pour rester, car il est bien implanté dans l'administration, la justice, les écoles, les affaires, etc.

Paradoxalement, le mandarin n'a jamais été déclaré comme la langue officielle dans un texte juridique. Le statut du mandarin n'apparaît pas dans la Constitution ni dans aucun texte de loi, mais il l'est dans les faits (de facto). Cependant, les termes tels que «mandarin», «chinois», «chinois mandarin», «langue chinoise», «mandarin standard», «chinois traditionnel» et «langue nationale» apparaissent régulièrement dans les textes de loi. Bref, la proclamation du chinois mandarin comme langue officielle n’est inscrite dans aucun texte de loi, mais le chinois mandarin bénéficie néanmoins de ce statut dans les faits (de facto).

1.2 La législation linguistique

Ce n'est qu'à partir de la décennie 1990 que le gouvernement taïwanais a pu faire adopter des lois non linguistiques, mais qui contenaient certaines dispositions d'ordre linguistique. En voici une liste en date de janvier 2018.

Règlement d'application de la Loi sur la protection de la configuration des circuits intégrés (1996);
Loi
sur l'immigration (2003);
Règlement d'application de la Loi sur les services pénitentiaires (2005);
Loi sur la télévision publique (2009);
Loi sur la réglementation des procureurs (2010);
Loi sur la poste (2011);
Règlement administratif sur les ondes radio (2013);
Code de procédure de la cour martiale (2014);
Loi sur l'administration des aliments (2014);
Code de procédure civile (2015);
Loi sur la protection du consommateur (2015);
Loi sur les patronymes (2015);
La loi sur l'arbitrage (2015);
Loi sur le cinéma (2015);
Loi sur la radio et la télévision (2016);
Loi sur la nationalité (2016);
Règlement régissant la soumission des documents de requête en langues étrangères (2016);
Loi sur les collectivités locales (2016);
Loi sur l'administration du tabac et de l'alcool (2017);
Loi sur la radio et la télévision par câble (2017);
Loi sur les brevets (2017);
Normes d'identification des capacités linguistiques fondamentales et des connaissances générales des droits et devoirs des citoyens naturalisés (2017);
Règlement concernant les étudiants internationaux qui entreprennent des études à Taïwan (2017).

Toutes ces lois mentionnent l'obligation d'employer le chinois mandarin ou les caractères chinois. La seule langue de la législature, c'est-à-dire de la rédaction des lois est le chinois mandarin, bien que des traductions non officielles des lois et règlements soient possibles en d'autres langues, notamment en anglais.

2 La langue de l'État

Le Yuan judiciaire est l'organisme judiciaire suprême de Taïwan. Il prévoit un président, un vice-président, un secrétaire général et un sous-secrétaire général, et un conseil de grands magistrats de 17 membres. Les tribunaux ordinaires, les tribunaux administratifs, les comités de punition de fonctionnaires et d'autres comités sont subordonnés au Yuan judiciaire qui exerce le pouvoir juridictionnel des affaires civiles, pénales et administratives; il est habilité à sanctionner des fonctionnaires et à interpréter la Constitution, les lois, les règlements et les ordonnances.

On distingue trois échelons de tribunaux à Taïwan: la Cour suprême, les tribunaux d'instance supérieure et les tribunaux locaux. Ces derniers sont prévus à l'échelon des districts et des municipalité. Au cas où une municipalité ou un district serait est trop petit, plusieurs districts et municipalités peuvent former un tribunal local. Dans les tribunaux locaux, le jugement est effectué en général par un juge unique. Les affaires importantes sont jugées en formation collégiale, par trois juges.

2.1 La langue des tribunaux

La langue des tribunaux utilisée à Taïwan est le chinois mandarin, mais il est possible de recourir à un interprète. L'article 47 de la Loi sur la réglementation des procureurs (2010) exige l'emploi de la langue chinoise ou du «dialecte mandarin» et des caractères chinois pour les non-citoyens autorisés à pratiquer le droit lors d'une procédure judiciaire: 

Article 47

Langue à utiliser dans le cadre de leur pratique professionnelle en RC par des non-citoyens autorisés à pratiquer le droit

Un non-citoyen autorisé à pratiquer le droit sur le territoire de la RC est tenu d'utiliser la
langue chinoise (dialecte mandarin) lorsqu'il mène une procédure devant les tribunaux ou lorsqu'il est présent à une «procédure d'enquête». Tous les documents soumis par ces procureurs dans le cadre de leur travail professionnel doivent être rédigés en caractères chinois approuvés pour leur usage dans la RC.

Si c'est le cas des non-citoyens, on peut croire que cette obligation est encore plus respectée pour les procureurs et les avocats taïwanais. L'article 46 du Code de procédure de la cour martiale (2014) impose aussi le chinois, mais autorise des pièces jointes en dialecte ou dans une langue étrangère:

Article 46

L'étude de cas doit être rédigé
en chinois. Si c'est pour une référence, il peut y avoir des pièces jointes en dialecte ou dans une langue étrangère.

On peut croire que le terme «dialecte» fait référence au chinois min et au chinois hakka, sinon il s'agit des «langues aborigènes», ce qui n'est pas le cas ici. Toutefois, l'article 207 du Code de procédure civile (2015) impose l'aide d'un interprète si un justiciable ne comprend pas la langue utilisée ou si le juge ne comprend pas le «dialecte utilisé»: 

Article 207

1) Le tribunal doit désigner un interprète lorsqu'un justiciable qui participe à la cause ne comprend pas la langue utilisée dans la RC. Le même principe s'appliquera lorsque le juge ne comprend pas le dialecte utilisé par un participant à l'affaire.

2) Bien que le tribunal doivent désigner un interprète lorsqu'un justiciable qui participe à l'affaire est incapable d'entendre ou est muette, le tribunal peut également interroger cette personne par écrit ou ordonner à cette personne d'exprimer ses réponses par écrit.

Dans le Règlement d'application de la Loi sur les services pénitentiaires (2005), l'article 7 oblige le personnel d'un établissement à utiliser le mandarin pendant ses activités, mais un détenu muet ou aveugle peut recourir au braille ou au langage gestuel:

Article 7

Le personnel pénitentiaire doit utiliser le mandarin pendant ses activités. À moins qu'il ne le juge nécessaire, le personnel ne doit pas parler en dialecte ni dans une langue étrangère.

Article 81

1) Toute visite et toute rédaction de correspondance doivent être effectuées en avec des mots et en chinois traditionnel. L'usage de symboles et de cryptographes est interdit. Cependant, un détenu qui est muet ou aveugle est autorisé à utiliser le langage gestuel ou le braille. Un détenu de nationalité étrangère ou sans nationalité est autorisé à utiliser sa propre langue ou des mots et une langue internationalement reconnue.

Bref, la langue officielle des tribunaux est le mandarin, mais un service d'interprétariat est prévu au besoin.

2.2 La langue des services publics

Étant donné que la langue officielle de la RC est le chinois mandarin, cela signifie que tous les fonctionnaires doivent maîtriser cette langue, bien que celle-ci ne soit la langue maternelle (ou première) que de 19,3 % de la population. La Loi sur les collectivités locales (2016) ne traite aucunement de la question linguistique, ce qui est surprenant dans la mesure où elle prévoit la répartition des postes dans la fonction publique locale.

La question linguistique semble beaucoup plus préoccupante en ce qui a trait à l'immigration.  L'article 3 de la Loi sur la nationalité (2016) prévoit que la naturalisation des ressortissants étrangers est possible s'ils possèdent, entre autres, des compétences de base dans la langue nationale de la république de Chine, ce qui correspond au chinois mandarin:  

Article 3

Les ressortissants étrangers ou les apatrides qui ont actuellement leur domicile sur le territoire de la république de Chine peuvent demander la naturalisation :

1. s'ils ont résidé légalement sur le territoire de la RC pendant plus de 183 jours chaque année pendant au moins cinq années consécutives;

5. s'ils possèdent des compétences de base dans la langue nationale de la RC et une connaissance de base des droits et obligations des ressortissants de la RC.

Cependant, le document Normes d'identification des capacités linguistiques fondamentales et des connaissances générales des droits et devoirs des citoyens naturalisés (2017) est beaucoup plus précis au sujet des aptitudes linguistiques à la suite d'un test sur les langues. L'épreuve orale peut être en mandarin, en taïwanais, en hakka ou dans une langue aborigène, mais l'épreuve écrite doit être complétée en mandarin :
 

Article 2

Les aptitudes linguistiques de base spécifiées à l'alinéa 5 du paragraphe 1 de l'article 3 de la présente loi se réfèrent à la capacité de parler et de communiquer avec les autres dans la vie quotidienne et de connaître les informations sociales pertinentes.

Article 3

Les individus qui satisfont à l'une des conditions suivantes doivent être reconnue comme ayant des connaissances linguistiques de base et une connaissance générale des droits et devoirs des citoyens de la RC:

3. Avoir prouvé et subi avec succès le test de compétences linguistiques de base et de la compréhension générale des droits et obligations des citoyens naturalisés dans la RC (ci-après dénommé le «test de naturalisation»).

Article 6

1) Le test de naturalisation peut être pris sous forme orale ou écrite. Les candidats peuvent choisir l'un ou l'autre selon les critères suivants:

1. L'épreuve orale: les réponses aux questions peuvent être données dans l'une des langues suivantes: en mandarin, en hokkien taïwanais, en hakka ou dans une langue aborigène.
2. L'épreuve écrite: les questions à choix multiples doivent être complétées en mandarin.

2) Chaque test sera composé de 20 questions.

3) Pour l'épreuve orale, le ministère de l'Intérieur se concerte avec le Conseil des affaires hakkas ou le Conseil des peuples aborigènes.

Quant à la Loi sur les patronymes (2015), elle oblige les citoyens à utiliser les caractères chinois en mandarin standard imposés dans certains dictionnaires:

Article 2

1) Lors de la demande d'enregistrement, de naturalisation ou de passeport, le requérant doit fournir un nom en utilisant les caractères chinois trouvés dans le dictionnaire étymologique chinois Ci Yuan, le dictionnaire encyclopédique chinois Ci Hai, le dictionnaire Kangxi ou le Guoyu Cidian compilé par le ministère de l'Éducation.

2) Les caractères non trouvés dans les dictionnaires ci-dessus ou d'autres dictionnaires en mandarin standard ne peuvent être utilisés.

L'article 7 de la Loi sur la poste (2011) interdit d'utiliser en chinois et en d'autres langues les mots, les graphies et les symboles utilisés par la Chunghwa Post:

Article 7

À l'exception de la Chunghwa Post ou des responsables qu'elle a autorisés, nul ne peut utiliser
les mêmes mots, les graphiques, les symboles ou les combinaisons de ceux-ci (en chinois et en langues étrangères) que la Chunghwa Post utilise pour afficher ses titres, ses services ou ses produits.

Dans le Règlement régissant la soumission des documents de requête en langues étrangères (2016), certains documents concernant des requêtes peuvent être présentés dans quelques langues étrangères telles que l'arabe, l'anglais, le français, le coréen, le portugais, le russe ou l'espagnol:
 

Article 2

1) Les langues étrangères qui peuvent être utilisées dans les documents rédigés dans une langue étrangère, tel qu'il est prescrit au paragraphe 3 de l'article 25, au paragraphe 3 de l'article 106 et au paragraphe 3 de l'article 125 de la loi sont limitées à l'arabe, à l'anglais, au français, au coréen, au portugais, au russe et à l'espagnol.

2) Lorsque la langue étrangère utilisée dans les documents rédigés dans une langue étrangère n'est pas l'une de celles mentionnées dans le paragraphe précédent, l'Agence des brevets spécifiques doit aviser le requérant de faire une rectification dans le délai prévu; la date de dépôt est la date à laquelle cette rectification doit être effectuée.

Article 3

1) Lorsque plus d'une version de documents en langue étrangère a été déposée pour la même demande de brevet, la version la plus ancienne prévaut. Toutefois, si le requérant fait une déclaration selon laquelle la version ultérieure prévaudra, la date de dépôt de la version ultérieure sera la date de dépôt de la requête.

2) Lorsque les versions des documents en langue étrangère ont été déposées le même jour, l'Agence des brevets spécifiques doit informer le requérant de choisir une version dans un délai indiqué. La demande de brevet n'est pas acceptée si le requérant ne procède pas à la sélection dans le délai prévu.

Ce n'est pas mentionné, mais normalement il faudrait ajouter la traduction de ces mêmes documents dans la langue officielle. D'ailleurs, dans le Règlement pour la politique de résolution des conflit des noms de domaine du CNNIC (2002), il est bien précisé à l'article 8 que les documents présentés en d'autres langues doivent être traduits en chinois:

Article 8

Sauf avec un accord contraire des parties ou si c'est déterminé en fonction de circonstances exceptionnelles par la commission, la procédure de règlement des litiges relatifs aux noms de domaine
doit être libellée en chinois. La commission peut ordonner que tous les documents présentés en d'autres langues que le chinois soient entièrement ou partiellement traduits en chinois.

Le CNNIC est le China Internet Network Information Center, c'est-à-dire le Centre d'information du réseau Internet de Chine (CNNIC).

3 Les langues de l'éducation

Dans les écoles, le chinois mandarin constitue en principe l’unique langue d’enseignement. Le système taïwanais est prévu pour favoriser uniquement la langue et la culture des Hans nationalistes, c’est-à-dire le chinois mandarin. Cependant, ces dernières années, le gouvernement taïwanais a autorisé des tentatives d’enseignement bilingue dans les écoles primaires, tant en min nan qu’en hakka ou dans certains langues aborigènes dont le yami. Dans un communiqué en date du 9 février 2000, le ministère de l’Éducation a annoncé qu’il rendrait l'apprentissage d'une des trois langues régionales de Taïwan — à savoir le taïwanais, le hakka ou une langue aborigène — obligatoire dans les écoles primaires depuis l'année scolaire de 2001.

3.1 Le système d'éducation

Le système d'éducation publique à Taïwan s'étend des écoles primaires à l'université. L'enseignement public est obligatoire à partir de l'école primaire jusqu'au secondaire depuis 1968. La durée légale de l’instruction gratuite et obligatoire a été étendue de six à neuf ans, incluant le secondaire du premier cycle. C'est le ministère de l’Éducation qui est responsable des politiques pédagogiques et de la gestion des établissements d’enseignement publics.

- La maternelle

Les enfants peuvent aller à la maternelle dès l'âge de 3 à 5 ans, mais celle-ci n'est pas obligatoire; seulement environ un quart de tous les enfants fréquentent la maternelle. Les jardins d'enfants privés sont plus nombreux que les jardins publics; dans les deux cas, les programmes d'études sont flexibles et les enfants reçoivent un certificat en fin d'année.

- Le primaire

L’enseignement obligatoire comprend six années au primaire et trois années au secondaire de premier cycle. L’école primaire est obligatoire à partir de six ans et dure six années. En fin de cycle, un diplôme d’école primaire est remis aux enfants.

Les disciplines sont les suivantes : mandarin, mathématiques (algèbre et géométrie de base), sciences (biologie, physique et chimie de base), anglais (à partir de la 3e ou 5e année), langue première (dite "native"), études sociales, éducation patriotique, musique et arts.

- Le secondaire

L’enseignement secondaire est composé de trois années obligatoires de secondaire du premier cycle (dit «inférieur») dans les écoles appelées "junior high schools", puis de trois ans de secondaire du deuxième cycle dit «supérieur» dans les écoles appelées "senior high schools", lesquelles peuvent être généralistes ou professionnelles. En fin de secondaire du premier cycle, les élèves peuvent choisir d’aller dans le secondaire du second cycle («supérieur») généraliste ou professionnel, ou dans les "junior colleges", qui sont des écoles spécialisées en sciences appliquées et en technologie. Les matières enseignées au secondaire inférieur sont les suivantes: littérature (littérature et poésie chinoise classique et moderne, rédaction, prise de parole en public), mathématiques, anglais, sciences et technologie (biologie, chimie, physique, sciences de la terre, technologie), études sociales (éducation civique, histoire et géographie), économie domestique et artisanats, arts (arts plastiques, musique et théâtre), éducation physique.

En fin de secondaire inférieur, les élèves reçoivent un diplôme (le "junior high school diploma"). Jusqu’en 2001, ils devaient également subir un examen pour entrer dans le secondaire du deuxième cycle («supérieur»). Cet examen, appelé jadis "Joint Public High School Entrance Examinations", fut supprimé en 2001 en faveur de possibilités d’entrée multiples dans le secondaire supérieur : transfert, candidature ou sélection par recommandation. Néanmoins, tous les élèves doivent encore passer un test sur les connaissances et les savoirs de base ("Basic Achievement Test for Junior High School Students - BAT"). Les matières enseignées au secondaire supérieur sont le mandarin, l'anglais, l'éducation civique, la philosophie de Sun Yat-sen, l'histoire, la géographie, les mathématiques, les sciences de base, la physique, la chimie, la biologie, la géologie, l'éducation physique, la musique, les arts plastiques, l'économie domestique et l'entraînement militaire.

Afin de motiver et d'aider les enfants handicapés à recevoir leur instruction, des bourses et des subventions sont prévues. Des récompenses sont également accordées aux élèves handicapés et doués qui réussissent leurs études. De plus, les frais de scolarité et les frais des élèves handicapés des familles à faible revenu sont réduits ou même supprimés. Ils reçoivent gratuitement certains manuels et des manuels d'apprentissage. Les administrations des villes et des comtés reçoivent de l'aide du gouvernement pour offrir aux élèves handicapés des soins après l'école dans le but d'alléger le fardeau des parents. Des services d'autobus gratuits ou des subventions de transport sont offerts aux élèves qui ne peuvent pas se déplacer seuls entre la maison et l'école.

- L'enseignement supérieur

Les élèves en dernière année de lycée (âgés de 17 à 18 ans) doivent d'abord subir un examen de sortie sanctionnant la fin de leur programme scolaire. Pour pouvoir accéder à l’enseignement supérieur, ils doivent aussi réussir le concours général d’admission à l’université. Les candidats sont classés en fonction de leur résultat au niveau national ; les mieux classés peuvent prétendre à intégrer l’université de leur choix.

Selon les statistiques du ministère de l'Éducation, Taïwan compte plus de 150 établissements d'enseignement supérieur reconnus, publics et privés, répartis en quatre catégories: universités et collèges de quatre ans, instituts de technologie / écoles polytechniques (dont bon nombre sont maintenant des universités) et collèges "juniors". Pour être considéré comme une université, un établissement doit comprendre au moins trois facultés. Les universités et les collèges indépendants offrent des programmes de quatre ans menant à un baccalauréat.  

Selon l'article 16 du Règlement concernant les étudiants internationaux qui entreprennent des études à Taïwan (2017), les établissements d'enseignement doivent aider les étudiants internationaux à apprendre le chinois mandarin et la culture taïwanaise afin de mieux connaître Taïwan:

Article 16

1) Les universités et les collèges d'enseignement supérieur doivent désigner des unités ou du personnel chargés de traiter les demandes d'admission, d'orientation et de relations internationales. Ces unités ou membres du personnel doivent également renforcer l'organisation de l'hébergement chez le citoyen pour les étudiants internationaux et les aider à
apprendre le chinois mandarin et la culture taïwanaise afin de mieux connaître Taïwan.

Ce document laisse supposer que les cours se donnent en chinois, ce qui n'interdit pas un enseignement en d'autres langues dans certains cas.

3.2 La législation scolaire

La législation concernant l'éducation porte très peu sur la langue. Les documents les plus pertinents sont les suivants:

- Loi sur l'éducation obligatoire (2011): aucune disposition linguistique;
- Loi sur les écoles primaires et secondaires (2011): aucune disposition linguistique;
- Loi sur l'éducation et l'accueil des jeunes enfants (2013): art. 10 sur les langues aborigènes;
- Loi de mise en œuvre de l'éducation coopérative dans les lycées et la protection des droits des étudiants (2013): article 10 sur l'interdiction de la discrimination en fonction de la langue;
- Règlement concernant l'admission aux départements ou programmes bilingues du parc scientifique dans les écoles primaires et intermédiaires (2014): article 26 sur l'interdiction de la discrimination en fonction de la langue;
-
Règlement concernant les étudiants internationaux qui entreprennent des études à Taïwan (2017): art. 16 sur l'aide aux étudiants pour apprendre le chinois mandarin.

3.3 Les langues d'enseignement autorisées

En principe, les élèves des six niveaux des écoles primaires du pays doivent consacrer d'une à deux heures par semaine à l'apprentissage d'une des trois langues régionales, en plus de la langue officielle, le chinois mandarin. Certains observateurs croient que les pouvoirs publics veulent ainsi créer auprès du public une image de tolérance et s’attirer aussi un meilleur soutien électoral. De façon générale, les Chinois de langue hakka ou de langue min, ainsi que les aborigènes, ne peuvent poursuivre leur instruction qu’en mandarin.

En somme, le mandarin demeure la langue prédominante en éducation, bien qu'il existe dans les écoles taïwanaises une exigence linguistique concernant la «langue maternelle» appelée plus souvent «langue première», qui peut être satisfaite par le choix de la langue maternelle de l'élève: le taïwanais, le hakka ou une langue aborigène. Il ne faut pas oublier que le mandarin enseigné dans les établissements d'enseignement est différent de celui parlé à Taïwan, même par ceux dont c'est la langue maternelle qu'on préfère appeler à Taïwan «langue première». Le professeur Xiang-qiang Chu décrit ainsi la situation:

Quand les écoliers chinois commencent leur cours de chinois, ils prennent comme objet d’étude une langue, qui toutes proportions gardées, n’est pas celle qu’ils ont acquise chez eux. L’étrangeté de cette langue, nommée putonghua ou mandarin selon que l’on suit l’usage chinois ou occidental, varie selon les différents niveaux du système de la langue. Syntaxiquement, elle est presque identique pour l’ensemble des parlers portant l’étiquette «chinois» ; lexicalement, il y a d’assez larges correspondances ; mais phonologiquement, on a affaire à des systèmes très différents. Le constat est que dans une bonne partie de la Chine, avant la scolarité, les locuteurs chinois ne comprennent cette langue ni dans sa forme écrite ni dans sa forme orale.

Tandis que dans les pays en Occident, le langue première et le langue maternelle coïncident assez souvent, tandis que l’importance accordée à l’écrit n’augmente que de façon progressive, il n'en est pas ainsi à Taïwan parce que les enfants apprennent simultanément à écrire et à parler une chinois considéré comme «langue première», une situation qu'on retrouve en Afrique et dans la plupart des pays arabophones. Par exemple, un enfant africain ou maghrébin peut apprendre à lire et à écrire dans une langue qu'il ne parle pas, cette langue étant, le français, l'anglais ou l'arabe classique. Cependant, il faut compter sur une difficulté supplémentaire à Taïwan. Du fait que l'accès à la langue considérée comme «première» doit se faire d'abord par l’écrit afin de connaître l'écriture chinoise, l'apprentissage se fait nécessairement par le texte écrit, et non par la voie orale. Autrement dit, les écoliers de six ans doivent apprendre à écrire les signes phonétiques, c'est-à-dire des graphies dérivées des caractères chinois. Ils sont tenus de connaître un nombre considérable d’idéogrammes, soit de 1000 à 1500, afin d'en faire une lecture courante. On comprendra que l'apprentissage de l’écriture doit s'effectuer tout au long de la scolarisation, car chaque caractère nouveau exige un entraînement de la part des écoliers. Qui plus est, la calligraphie, l'aspect esthétique de cette écriture, vient s’ajouter à la lisibilité et à la clarté de l’écriture, mais elle s'effectue à la dernière étape de la scolarisation.

3.4 Les langues secondes

Dans l’enseignement des langues secondes, l’anglais reste la langue obligatoire privilégiée au secondaire. Il s’agit d’une matière obligatoire imposée par le ministère de l’Éducation dans le programme du cycle secondaire inférieur (premier cycle) et supérieur (second cycle). Les cours sont donnés à raison de 4 à 6 heures par semaine. Or, cet enseignement de l’anglais est donné de façon similaire à celui du chinois mandarin. L’accent est mis sur la lecture et l’écrit, bien que les programmes du ministère de l’Éducation prescrivent le développement de quatre compétences linguistiques fondamentales: la compréhension à l’audition, l’expression orale, la compréhension à la lecture et l’expression écrite. Même si les manuels scolaires sont accompagnés de cassettes, la langue parlée n’est jamais considérée comme importante. Pour les enseignants, les explications sur la grammaire anglaise et la traduction de
textes sont des méthodes privilégiées. Bref, on peut dire que les écoliers sinophones, généralement formés à la lecture, à la mémorisation et à la reproduction des textes écrits pendant l’apprentissage du chinois, voire de l'anglais, possèdent une grande compétence à l’écrit qui sert de porte d’accès à une langue. Les autres langues étrangères généralement enseignées sont, dans l'ordre, le japonais, le français, l'allemand et l'espagnol. Le français est enseigné dans une soixantaine de lycées en tant que cours optionnel. Les étudiants qui s’inscrivent dans les programmes de français sont en grande majorité des débutants à leur entrée à l’université. Dans le cas des aborigènes, l’enseignement de l’anglais écrit semble donner de meilleurs résultats que pour l’anglais oral. 

Dans les études supérieures, donc dans les universités, les langues étrangères enseignées sont le japonais, le coréen, le français, l’allemand, l’espagnol, l’arabe, le russe, l’italien et le turc.

4 La vie économique

La vie économique concerne le monde des affaires, du travail, des finances, du commerce, etc.

La Loi sur les brevets (2017) donne une bonne idée de la façon dont Taïwan compose avec les langues. Lors d'une demande de brevet, le requérant peut déposer sa demande dans une langue étrangère, mais il doit aussi fournir une traduction en chinois :  

Article 25

Date du dépôt

1) Une demande de brevet d'invention doit être déposée auprès de l'office des brevets par le titulaire du droit de demander un brevet, qui doit fournir un formulaire de demande, une description, une ou plusieurs revendications, un résumé et le dessin nécessaires.

4) Lorsque la traduction en langue chinoise n'est pas fournie dans le délai indiqué au paragraphe précédent, la demande de brevet doit être rejetée; toutefois, si la traduction en chinois est fournie avant la signification de la décision de renvoi, la date à laquelle la traduction en chinois est fournie est considérée comme la date de dépôt et la version en langue étrangère est réputée ne pas avoir été présentée.

Article 44

Documents en langues étrangères

1) Lorsqu'un requérant pour un brevet soumet une description, une ou plusieurs réclamations et un ou plusieurs figures rédigés dans une langue étrangère, conformément au paragraphe 3 de l'article 25, ces documents en langue étrangère ne doivent pas être modifiés.

2) La traduction en chinois soumise en vertu du paragraphe 3 de l'article 25 ne doit pas s'étendre au-delà du contenu divulgué dans les documents originaux en langue étrangère tels qu'ils ont été déposés.

3) Toute correction des erreurs de traduction dans la version chinoise, telle qu'énoncée au paragraphe précédent, ne doit pas s'étendre au-delà du contenu divulgué dans les documents originaux en langue étrangère tels que déposés.

Dans la La loi sur l'arbitrage (2015), l'article 25 énonce qu'un différend international qui se fait dans une langue étrangère doit requérir l'aide d'interprètes si les parties en cause ne connaissent pas le mandarin: 

Article 25

1) Les parties à un différend à caractère international peuvent désigner une ou plusieurs langues à employer pour mener la procédure arbitrale. Toutefois, le tribunal arbitral ou une partie peut demander qu'un document relatif à l'arbitrage soit accompagné d'une traduction dans une autre langue.

2) Les interprètes doivent être fournis sous la direction du tribunal arbitral dans le cas où une partie ou un arbitre ne connaît pas le mandarin.

L'article 24 de la Loi sur la protection du consommateur (2015) impose aux commerçants d'apposer des étiquettes et des instructions en mandarin:

Article 24

1) Les commerçants doivent étiqueter correctement les produits ou les services fournis, conformément aux lois sur l'étiquetage et aux autres lois et règlements pertinents.

2) Pour les biens ou services importés, les commerçants doivent apposer des étiquettes et des instructions en mandarin et leur contenu ne doit pas être moins complet que celui exigé dans le pays d'origine.

Il en est ainsi pour la Loi sur l'administration des aliments (2014) qui oblige l'étiquetage des aliments en caractères chinois et communs:

Article 14

1) Les aliments emballés vendus sur les marchés doivent être étiquetés en caractères chinois et communs, et indiquer clairement et précisément les éléments suivants:

1. le nom du produit;
2. la spécification de qualité;
3. son origine;
4. son poids;
5. la date de production.
6. la date de péremption.
7. le nom du fabricant et du vendeur intérieur, le numéro de téléphone et l'adresse.

2) Les aliments non emballés vendus sur les marchés doivent porter le nom et l'origine du produit.

L'article 33 de la Loi sur l'administration du tabac et de l'alcool (2017) impose une étiquette chinoise aux produits du tabac et de l'alcool:

Article 33

1)
Les matières à indiquer sur les produits du tabac ou de l'alcool en vertu du paragraphe 1 de l'article 31 et du paragraphe 1 de l'article 32 doivent être rédigées
en chinois, sauf dans les cas suivants:

1. Les produits sont pour l'exportation.

2. L'article indiqué est la marque de commerce d'un produit du tabac ou d'un alcool importé et le nom et l'adresse de son producteur est étranger.

3. L'élément indiqué est le nom et l'adresse de l'entreprise étrangère sous contrat de production qui doit être indiquée, conformément au paragraphe 1 de l'article, alinéa 2, ou du paragraphe 1 de l'article 32, alinéa 5.

2) Une étiquette chinoise doit être ajoutée lorsque des produits du tabac ou d'alcool destinés à l'exportation sont vendus sur le marché intérieur ou lorsque des produits du tabac ou d'alcool importés sont vendus sur le marché intérieur.

De plus, l'article 2 du Règlement d'application de la Loi sur la protection de la configuration des circuits intégrés (1996) énonce que les documents de demande doivent être rédigés en chinois et les traductions des termes scientifiques de ces documents doivent indiquer les termes originaux dans la langue étrangère: 

Article 2

1)
Tous les documents de demande exigés en vertu de la présente loi et des règlements doivent être rédigés en chinois et les traductions des termes scientifiques de ces documents doivent indiquer les termes originaux dans la langue étrangère. Les termes déjà traduits en chinois par l'Institut national de la traduction et de compilation sont applicables.

2) Lorsque les documents visés au paragraphe précédent sont rédigés à l'origine dans une langue étrangère, le texte original en langue étrangère doit également être présenté.

Enfin, l'article 36 de la Loi sur les marchés publics (2016) oblige les fournisseurs étrangers à présenter une traduction notariée ou une certifiée en chinois:

Article 36

3)
La qualification et les documents de qualification à soumettre par les fournisseurs étrangers peuvent être prescrits séparément dans les documents d'appel d'offres en fonction des besoins réels.
Une traduction notariée ou certifiée en chinois doit être jointe au document de qualification comme il est indiqué ci-dessus.

Bref, le monde de la vie économique doit se dérouler en chinois ou dans une traduction en chinois, mais d'autres langues étrangères peuvent y être ajoutés. En ce qui a trait à la langue de l’économie, le chinois et l’anglais sont les langues généralement admises. Les affaires commerciales internationales se déroulent en chinois mandarin ou en anglais. L’affichage commercial apparaît surtout dans ces deux langues, rarement en min nan. D’ailleurs, le gouvernement taïwanais a encouragé depuis plusieurs années l’enseignement de l’anglais comme langue étrangère afin de promouvoir les affaires et le tourisme.

5 Les médias

Il faut distinguer les médias électroniques des médias écrits, car la réglementation n'est pas la même. Pendant la période de la loi martiale, le Guomindang (ou Kuomintang), en tant qu'État autoritaire, exerçait un contrôle strict sur toute publication ou diffusion. La distribution de manifestes politiques et de documents autres que ceux du Guomindang, du Parti de la Jeunesse chinoise et du Parti socialiste démocratique de Chine a été interdite, de même que les publications prônant la démocratie ou l'indépendance de Taïwan. Aujourd'hui, la censure est centrée sur la calomnie et la diffamation, les relations inter-détroit (entre Taiwan et la Chine) et la sécurité nationale.

5.1 Les médias écrits

Les médias écrits sont nombreux à Taïwan. Presque tous les principaux journaux proviennent de la capitale, Taipei. Ils ont des correspondants dans les principales villes et villages de l'île, ainsi que dans de nombreux pays importants. Leur couverture de l'actualité est professionnelle et approfondie, et ils se spécialisent dans plusieurs domaines différents. Le marché des journaux de langue chinoise est dominé par trois quotidiens d'intérêt général, le China Times, le United Daily News et le Liberty Times

Nom en chinois pinyin Nom en langue étrangère Langue utilisée
Zhōngguó Shíbào China Times chinois mandarin
Lianhe Bào United Daily News chinois mandarin
Zìyóu Shíbào Liberty Times chinois mandarin
Píngguǒ Rìbào Apple Daily chinois mandarin
Jīngjì Rìbào Economic Daily News chinois mandarin
Kengsheng Rìbào Keng Sheng Daily News chinois mandarin
Guānjiàn pínglùn wǎng The New Lens chinois mandarin
Wangbào Want Daily chinois mandarin
- Taiwan Today anglais
Jìzhě The Reporter chinois mandarin et anglais
- Peanuts Daily anglais
Táiwān xīnwén Taiwan News chinois mandarin
- Taipei Soir français
Zhōngguó yóuzhèng China Post chinois mandarin et anglais
- Taipei Times anglais

Le marché des journaux de langue anglaise de Taïwan est dominé par le China Post, le Taiwan News et le Taipei Times. Parmi les quotidiens d'intérêt régional, ceux basés à Kaohsiung ont établi une identité avec les habitants du sud en mettant l'accent sur les nouvelles de la région ainsi que sur la culture et la cuisine locales, la littérature et l'histoire, le sport et les affaires. Parmi eux se trouvent le Commons Daily, le Taiwan Times et le Taiwan Shin Wen Daily News, qui sont également reconnus pour faire un usage plus important des expressions propres à la langue taïwanaise, le min nan.

En 2006, il y avait au moins 4800 éditeurs de magazines dans le pays. Ceux-ci sont différents dans divers contenus, y compris les affaires, la politique, le divertissement, les langues, le style de vie, la technologie, la santé, la cuisine, les automobiles, les femmes, l'éducation, les voyages etc. Certains magazines peuvent être publiés en plusieurs versions: en français (Taïwan Aujourd'hui), en allemand (Taiwan Heute), en russe (Taivanskaya Panorama) et en espagnol (Taiwan Hoy).

5.2 Les médias électroniques

La radiodiffusion nationale est régie par la loi 1998 sur l'établissement du système central de radiodiffusion, qui a fixé l'actuel Système central de radiodiffusion (CBS: Central Broadcasting System). Le prédécesseur de la CBS était la Broadcasting Corporation of China (BCC), fondée en 1947. Aujourd'hui, le CBS exploite un réseau de variétés et un réseau de nouvelles en chinois mandarin, ainsi qu'un réseau dialectal (appelé "dialect network") qui transmet en sept langues, dont le min nan (taïwanais), le cantonais, le hakka, le mongol et le tibétain. La Radio Taipei International diffuse en onze langues étrangères et sa chaîne Voice of Asia diffuse en anglais, en mandarin, en thaï et en indonésien. En tant que station nationale, la CBS est utilisée pour faire connaître les politiques gouvernementales touchant les affaires et la fiscalité, l'éducation et la culture ainsi que les politiques nationales et étrangères.

Selon l'article 43 du Règlement administratif sur les ondes radio (2013), la langue utilisée pour l'identification doit être claire et le mandarin doit être utilisé dans les communications intérieures, même si un autre langue est employée pour la diffusion:

Article 43

Les stations utilisant la radiotéléphonie doivent être identifiées conformément aux règles suivantes:

1. Station côtière: emploi de l'indicatif d'appel ou du nom géographique de l'emplacement de la station, suivi du mot «RADIO» ou de toute autre indication appropriée.

8. Station de base: emploi du numéro d'appel ou du
nom géographique de l'emplacement. Il peut être suivi par toute autre indication appropriée si c'est nécessaire.

9. Station mobile terrestre: emploi du numéro d'appel, du véhicule lui-même ou de toute autre indication appropriée. La langue utilisée pour l'identification, telle qu'indiquée dans le paragraphe précédent, doit être claire, et le mandarin doit être utilisé dans les communications intérieures.

L'article 19 de la Loi sur la radio et la télévision (2016) prescrit que les émissions produites en langue étrangère doivent comporter des sous-titres chinois ou être diffusées en mandarin dans la narration, sinon être doublées en chinois:

Article 19

1) Les émissions produites localement ne doivent pas être inférieures à 70% de l'ensemble des programmes de radiotélévision; parmi ceux-ci, les émissions dramatiques produites localement et diffusées dans la tranche horaire principale ne doivent pas être inférieures à 50% des émissions de la même catégorie.

2) Les émissions en langue étrangère doivent comporter des sous-titres chinois ou être diffusées en mandarin dans la narration. Si c'est nécessaire, l'organisme de réglementation peut demander que les émissions soient doublées en chinois.

De plus, la Loi sur la télévision publique (2009) impose des sous-titres chinois pour les programmes en langue étrangère, bien que des modalités soient prévues pour les personnes ayant une déficience auditive ou visuelle ainsi que les citoyens parlant des langues locales qualifiées de «dialecte»:

Article 38

1) Les sous-titres chinois doivent être ajoutés aux programmes en langue étrangère diffusés dans la langue d'origine.

2) Les programmes d'éducation, d'information et de loisirs doivent tenir compte des besoins des différents groupes linguistiques et des personnes ayant une déficience auditive ou visuelle. La programmation éducative dans un dialecte régional doit être convenablement prévue.

3) Des émissions locales dramatiques, culturelles et artistiques doivent être produites et diffusées dans le dialecte local pour exprimer ses caractéristiques particulières, ainsi que des sous-titres chinois doivent être ajoutés.

5) Une quantité appropriée d'émissions de nouvelles doit être diffusée dans une langue étrangère afin de répondre aux exigences de la mondialisation.

Enfin, l'article 17 de la Loi sur le cinéma (2015) oblige les films à satisfaire aux aux normes d'accès pour handicapés, et inclure des sous-titres chinois ou du doublage en mandarin.:

Article 17

Lorsque les films sont sélectionnés à des fins de profit au niveau national, ils doivent satisfaire aux normes d'accès pour handicapés, et inclure des
sous-titres chinois ou du doublage en mandarin.

En réalité, même si la législation privilégie manifestement le chinois mandarin, d'autres langues locales sont utilisées couramment à la radio.

En somme, le gouvernement taïwanais pratique une politique qui privilégie la langue chinoise qui est la langue officielle, sans nécessairement exclure les langues locales. Depuis 1947, la classe politique dominante a toujours favorisé le mandarin. Le contrôle politique exercé par les Chinois continentaux nationalistes des années 1940-1950 ne suffit pas à expliquer comment le mandarin a réussi à déloger aussi facilement les langues régionales de l’île de Taïwan, que ce soit le min méridional, le hakka ou les langues aborigènes. En réalité, le mandarin a pour qualité première de constituer la grande langue véhiculaire de cette région de l’Asie. En ce sens, les autres langues ne peuvent manifestement pas faire le poids. Néanmoins, le modèle de Taïwan représente un cas type d’un pays gouverné par un groupe ethnique minoritaire obligé d’employer une certaine coercition et une énorme pression sociale pour maintenir sa langue au pouvoir. La situation est en train de changer, ce qui laisse davantage de place aux autres langues locales qui sont toutes aussi légitimes. Mais changer le rapport de force entre le mandarin et les langues locales demandera encore un peu de temps. Il n'est pas aisé de changer le statut des langues sans modifier au préalable les rapports de force entre les communautés linguistiques.  

Dernière révision: 14 mars 2018

 

Taïwan

(1) Situation générale (2) Données historiques
(3) La politique à l'égard
de la langue officielle

 

(4) Les minorités et les aborigènes
 
(5) Bibliographie  

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