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Royaume de Yougoslavie

1929 – 1941

Le terme «Yougoslavie» signifie signifie en serbo-croate le «pays des Slaves du Sud». Il y eut trois Yougoslavies:  la Yougoslavie monarchiste (1929-1941), la Yougoslavie titiste (1945-1992) appelée République fédérative socialiste de Yougoslavie et la Yougoslavie de 1992 à 2003, nommée République fédérale de Yougoslavie. Le royaume de Yougoslavie fut une monarchie gouvernée par la famille des Karađorđević, à partir de 1929, alors que disparaissait le «Royaume des Serbes, des Croates et des Slovènes». Cette monarchie allait durer jusqu'à la Seconde Guerre mondiale. Plus précisément, l'État cessa d'exister le 17 avril 1941, après sa capitulation devant les troupes de l'Axe, mais la monarchie ne fut abolie officiellement que le 29 novembre 1945, lors de la création de la République fédérale de Yougoslavie.

Le roi Alexandre Ier supprima toutes les instances politiques du royaume pour laisser la place à un régime centralisé et policier appuyé par l'armée, ce qui fut perçu comme le triomphe de l'hégémonie serbe sur le pays. Le 3 octobre 1929, le pays fut renommée «royaume de Yougoslavie» et redécoupé de façon à occulter les anciennes frontières historiques. Le royaume fut divisé en neuf nouvelles provinces appelées banovines (ou banat) : la Drave (ou Drava), la Save (ou Sava), le Vrbas, le Littoral (ou Primorska), la Drina, le Danube (ou Dunavska), la Morava (ou Moravska), la Zeta et le Vardar. Ces territoires furent découpés selon des critères strictement géographiques de façon à supprimer les frontières ethniques.

Bien que le roi ait voulu imposer l’idéologie d’une nation yougoslave unifiée, il n'a pu supprimer la grande diversité nationale. Dépourvu d’une base solide, le roi tenta d’améliorer ses appuis en dotant le royaume d’une constitution en septembre 1931. Cette dernière confiait au souverain l’essentiel du pouvoir législatif, en interdisant les anciens partis politiques et en restreignant les libertés publiques.

Toutefois, le nationalisme des Croates, des Albanais et des Macédoniens se radicalisa. Le royaume de Yougoslavie fut confronté à la résistance armée dans la banovine du Vardar, essentiellement les Albanais du Kosovo et les Macédoniens favorables au rattachement à la Bulgarie. Les insurrections furent durement réprimées; les familles des insurgés, déportées dans des camps d’internement; leurs propriétés, confisquées. Les représentants politiques albanais déploraient des milliers de victimes, probablement près de 100 000 (mais moins de 5000 de la part des autorités).

Alexandre Ier entreprit alors de «désalbaniser» la province (banovine du Vardar) en encourageant les Albanais à partir et en favorisant l'installation de familles serbes et monténégrines. Face au durcissement du roi, les Croates préparèrent son assassinat avec l'aide de l'organisation nationaliste et terroriste croate, l'Oustacha, fondée en 1929 par Ante Pavelić. Voici une note rédigée en 1934 par Robert Schumann, alors simple député français (qui deviendra ministre des Affaires étrangères en 1947):

Sans être officiellement avoué, la censure des lettres et de la presse fonctionne avec une rigueur extrême.

L'usage des mots «slovène» et «croate» est, d'une façon générale, interdit; il faut dire «yougoslave». Les circonscriptions administratives ont été complètement bouleversées, afin d'effacer le souvenir des frontières historiques et ethniques.

Toutes les fonctions quelque peu importantes sont réservées aux Serbes. Sur 200 généraux, il y a deux Croates, dont l'un est en mission en Albanie. Un seul diplomate en vue est croate. En Bosnie, ont été mis d'office à la retraite, sous prétexte d'économies, 30 magistrats, dont 29 Croates. Parmi les jeunes candidats, la préférence est toujours donnée aux Serbes. Les instituteurs et les institutrices croates sont en grand nombre envoyés en Vieille Serbie [Kosovo] et en Macédoine, dans une région de religion et de culture absolument différentes.

Les quelques Croates et les plus nombreux Slovènes qui sont au service du régime ont été gagnés par l'appât d'avantages personnels.

La police est entièrement serbe; copiée sur la police tsariste, elle est redoutable par l'organisation de la délation [...]; par les tortures infligées aux prisonniers qui refusent de dénoncer leurs amis, par l'arbitraire et la sévérité, sans recours possible devant les tribunaux judiciaires.

Lors d'un voyage officiel en France en 1934, Alexandre Ier fut effectivement assassiné à Marseille par un nationaliste bulgare, membre de l'Organisation révolutionnaire intérieure macédonienne. L’héritier au trône, Pierre II de Yougoslavie, étant mineur, une régence fut instituée et dirigée par le prince Paul Karadjordjević. En 1937, un historien serbe, Vasa Čubrilović (1897-1990) fit parler de lui dans un rapport dans lequel il préconisait des solutions «radicales» pour les minorités ethniques, dont les Albanais du Kosovo. En 1941, le régent Paul signa une alliance avec l'Allemagne nazie, ce qui occasionna un coup d'État de la part des officiers favorables aux Alliés. En représailles, Hitler fit alors envahir la Yougoslavie qui capitula le 17 avril 1941. Le roi Pierre II s'exila à Londres avec sa famille. Le IIIe Reich démantela aussitôt la Yougoslavie qui fut partagée entre les vainqueurs de la guerre en fonction de leurs intérêts stratégiques ou de leurs prétentions nationales.

Les Allemands occupèrent la Serbie réduite à ses frontières de 1912 et annexèrent la Slovénie du Nord; ils créèrent une Croatie indépendante alliée, incluant la Bosnie-Herzégovine. Les Italiens occupèrent la Slovénie du Sud, la Dalmatie, le Monténégro, l'Albanie, le Kosovo et une partie de la Macédoine qu'ils annexèrent en une Grande Albanie (voir la carte albanophone). Ce fut là une courte période pendant laquelle le Kosovo fut rattaché à l'Albanie, elle-même gouvernée par l'Italie fasciste de Mussolini. L’Allemagne nazie mit même sur pied une division SS albanaise employée à «nettoyer» les Serbes du territoire. Beaucoup de groupes kosovars en profitèrent pour massacrer les Serbes qui quittèrent progressivement la région pour remonter vers le nord. On comprendra un peu pourquoi, pour les Albanais du Kosovo, leur province fait théoriquement partie de la «nation albanaise» et non de la Serbie. La Hongrie annexa à son territoire la Voïvodine, ainsi que d'autres régions limitrophes. Enfin, la Bulgarie annexa la partie orientale de la Macédoine.

L'«État croate indépendant» fut l'Oustacha, alors que Ante Pavelić y instaurait un régime fasciste d'une extrême brutalité, déclenchant une spirale de violence. En Serbie, le gouvernement serbe fut confié par les Allemands à un collaborateur, le général Milan Nedić.

L’Allemagne nazie eut à faire face à deux mouvements de résistance importants: les tchetniks (nationalistes serbes) du colonel royaliste Draza Mihajlović et les partisans du chef communiste croate Josip Broz, dit Tito. En 1943, les Alliés décidèrent de ne plus aider les tchetniks (nationalistes serbes) au profit des partisans communistes de Tito. Aidés par l’Armée rouge, les titistes finirent par l'emporter sur les divisions allemandes, libérant Belgrade en 1944 et Zagreb en 1945, ensuite la majeure partie du pays. La Seconde Guerre mondiale, qui fit de très nombreuses victimes serbes, contribua à alimenter l’image d’un «petit peuple martyr de l’histoire». Durant la guerre, plus de 167 000 personnes trouvèrent la mort en Serbie, dont plus de 67 000 «partisans», 69 000 «tchetniks» et plus de 20 000 Juifs.

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