Union des Comores

Comores

Udzima wa Komori

الاتحاد القمر

Capitale: Moroni
Population:
670 000 (est. de 2005)
Langues officielles: shikomor
, français et arabe
Groupe majoritaire: comorien (96,9 %)
Groupes minoritaires: français (0,33 %), swahili, malgache, arabe
Langue coloniale: français
Système politique: République islamique des Comores
Articles constitutionnels (langue): article 1 de la Constitution de 2002
Lois linguistiques: sans objet (aucune loi)

1 Situation géographique

Les Comores constituent un archipel de l’océan Indien situé à 400 km au nord-ouest de l’île de Madagascar et à 300 km des côtes africaines, à l’entrée du canal de Mozambique.  L’archipel comprend quatre îles, toutes situées entre 30 à 40 km les unes des autres: la Grande-Comore (N'Gazidja), Mohéli (Mwali), Anjouan (Ndzuwani) et Mayotte. L’archipel est étendu sur 250 km, d'est en ouest (Mayotte, Anjouan, Mohéli et Grande-Comore) et compte un grand nombre d’îlots à 300 km au large de l'Afrique de l'Est. C'est sur l'île de la Grande-Comore qu'est implantée la capitale, Moroni.

Le nom officiel du pays, depuis 2002, est l'Union des Comores (en français) ou Udzima wa Komori (en comorien).

L'île de la Grande-Comore au nord-ouest compte une superficie de 1148 km², contre 424 km² pour Anjouan et 290 km² pour Mohéli. L'archipel en entier s'étend sur 1862 km², soit l'équivalent de l'île Maurice ou la superficie couvrant les deux tiers du grand-duché de Luxembourg.

Pour sa part, Mayotte, la quatrième île de l'archipel, n'est pas membre de l'Union des Comores, car elle fait partie de la République française en tant que collectivité territoriale d’outre-mer (voir la carte détaillée). Les Comores sont devenues membre de la Francophonie en 1977 et membre de la Ligue des États arabes en 1993.

2 Données démolinguistiques

Divisions administratives Population 1991 Population 2004 (est.) Superficie
Mohéli (Mwali)   24 300   31 200    290 km2
Grande-Comore (N'Gazidja) 233 500 363 200 1 148 km2
Anjouan (Ndzuwani) 189 000 252 000    424 km2
Total Comores 446 800 646 400 1 862 km2
L'archipel comptait 646 000 habitants en 2004 et 670 000 en 2005, pour une superficie totale de 1862 km², avec une densité moyenne de population de 290 habitants par km². La population est inégalement répartie selon les îles: la Grande-Comore (1148 km²) est la plus peuplée avec environ 363 000 habitants, suivie par Anjouan (424 km²) avec 252 000 habitants et Mohéli (290 km²) avec 31 000 habitants. Les villes les plus peuplées sont Moroni (sur la Grande-Comore), Mutsamudu (île d’Anjouan) et Fomboni (île de Mohéli).

2.1 La langue comorienne (shikomor)

Le peuplement de l'archipel des Comores s'est constitué à partir du métissage de populations africaine, arabe et malgache. La population est dans sa quasi-totalité musulmane de rite sunnite (98,9 %) et pratique un islam dit libéral. Les habitants du pays s'expriment, dans une proportion de 96,8 %, en comorien (appelé officiellement le shikomor), une langue apparentée au swahili de la famille bantoue. Le comorien appartient à la sous-famille du bantou oriental, lequel comprend également le swahili. Quelque 33 % de son vocabulaire est issu de l'arabe.

Si le comorien (shikomor) reste une langue dite «apparentée au swahili», il n'en constitue pas pour autant une simple variante du fait qu'il n'existe pas de réelle intercompréhension entre les locuteurs du comorien et ceux du swahili; il s'agit bien de deux langues différentes formées de la rencontre des langues africaines appartenant à la famille bantoue et de l'arabe (famille chamito-sémitique). Cependant, selon les îles, le comorien présente plusieurs variantes dialectales et l'intercompréhension demeure relativement facile entre celles-ci. On distingue quatre variétés linguistiques: le grand-comorien ou shingazidja (à la Grande-Comore), le mohélien ou shimwali (à Mohéli) et l’anjouanais ou shindzuani (à Anjouan). À l’île Mayotte (France), les habitants parlent le mahorais appelé shimaoré, mais dans plusieurs villages on parle le kibushi, une langue malgache (de la famille austronésienne) proche du sakalava parlé à l’île de Madagascar.

Tout en appartenant à la famille des langues bantoues par leurs structures grammaticales respectives, le swahili et le comorien ont aussi intégré de nombreux mots d’origine arabe, environ 40 % de leur vocabulaire respectif. Cette influence linguistique s’explique par le fait que la civilisation arabo-islamo-bantoue a laissé son empreinte dans tout l’archipel des Comores, quelques îles de la côte africaine de l'Est telles que Zanzibar, Lamu, Pate, Pembae, ainsi que sur la bande côtière du Tanganyika et du Kenya.

2.2 Les autres langues

Le français est la langue officielle et celle des relations extérieures, mais l'arabe classique constitue la «langue religieuse». On compte moins de 2000 locuteurs ayant le français comme langue maternelle, environ 700 locuteurs s’exprimant en malgache (mais près de 40 000 à Mayotte, soit 40 % de la population) et environ 3000 locuteurs du swahili. En fait, le statut de l’arabe tient plus du symbole que de la réalité, car on ne compte aucun locuteur dont l’arabe serait langue maternelle.

3 Données historiques

Le premier peuplement de l'archipel s'est produit dans la seconde moitié du premier millénaire à partir de l'Afrique bantoue (moitié sud), probablement vers le VIIe siècle; il semble que les premiers habitants soient des représentants de la civilisation swahili. Bien que le terme «swahili» provienne de l’arabe, les Swahiliens ne sont pas des Arabes, mais un peuple de métis, en majorité composé de Bantous, c’est-à-dire d’Africains non encore islamisés. Ce sont ces Swahiliens qui, lors de leur extension sur les rivages de l’Océan indien occidental, s’installèrent aux Comores. Avant l’arrivée des Arabes, les Swahiliens mirent en place une organisation politique et sociale proprement africaine. Entre le VIIe et le XIIe siècle, des Austronésiens, qui contribuèrent au peuplement de l’île de Madagascar, sont passés par les Comores, mais ne s’y sont pas établis.

3.1 L’islamisation des Comores

Puis, au XIIe siècle, les Arabo-Shiraziens — le terme Shiraz désigne le golfe Persique —, des groupes islamisés métissés (Arabes et Iraniens), accompagnés de leurs esclaves, arrivèrent aux Comores et introduisirent la religion musulmane. L’islamisation s’imposa dans toutes les Comores; la première mosquée de pierre fut construite à Mayotte en 1566 dans la ville de Chingoni. Par la suite, les alliances politiques et matrimoniales des Arabo-Shiraziens avec les chefs comoriens entraînèrent un changement de l'organisation politique et la création de sultanats.

Vers le XVIIIe siècle, des Arabes originaires du Yémen, se déclarant les descendants du Prophète, s'allièrent aussi aux familles comoriennes nobles et contribuèrent ainsi à l'établissement de nouveaux lignages matrimoniaux, surtout à la Grande-Comore et à l’île d’Anjouan. C’est de cette époque que datent les documents écrits et les manuscrits en langue arabe, en swahili ou en comorien, le tout présenté en alphabet arabe. Pendant quelques siècles, les îles de Mayotte et de Mohéli ont été traditionnellement sous la domination des chefs politiques d’Anjouan.

3.2 Les Malgaches et l’esclavage

C’est également au cours du XVIe siècle qu’un grand nombre de Malgaches sakalava s’établirent dans le sud de Mayotte ainsi que dans les autres îles de l’archipel. Dès cette période, coexistèrent dans les îles comoriennes un peuplement arabo-shirazi et un peuplement sakalava, le tout sur fond d’origine africaine. C’est ce qui explique pourquoi les habitants de nombreux villages comoriens parlent encore aujourd'hui une langue malgache. Ces langues appartiennent à la grande famille austronésienne. À partir du milieu du XVIIIe siècle, les quatre îles des Comores furent victimes de razzias organisées par des pirates malgaches. Ces incursions affaiblirent les îles et poussèrent les sultans locaux à rechercher la protection des grandes puissances de l’époque: la Grande-Bretagne, la France et l’Allemagne.

Entre le XVIe et le XIXe siècle, comme ce fut le cas un peu partout dans l’océan Indien et aux Antilles, l'archipel des Comores fut le théâtre du commerce des esclaves. Déjà, au XIIe siècle, les Arabo-Shiraziens pratiquaient l’esclavage et c’est d’ailleurs avec leurs esclaves qu’ils arrivèrent aux Comores. Plus tard, les Européens allèrent chercher leur main-d’oeuvre sur la côte est du continent africain, notamment chez les Africains d’origine bantoue et les Malgaches.

En ce qui a trait à la France qui administrait alors l’île Mayotte et non pas encore tout l’archipel, dans le décret d'abolition de l'esclavage du 27 avril 1848, l’article 3 mentionnait «l’île Mayotte et dépendances» au nombre des colonies concernées:

Les gouverneurs ou commissaires généraux de la République sont chargés d'appliquer l'ensemble des mesures propres à assurer la liberté à la Martinique, à la Guadeloupe, à 1'île de La Réunion, à la Guyane, au Sénégal et autres établissements français de la côte occidentale d'Afrique, à l'île Mayotte et dépendances et en Algérie.

En réalité, l’esclavage à l’île Mayotte était déjà aboli depuis une ordonnance du roi Louis-Philippe en date du 9 décembre 1846, laquelle était une suite du traité de cession de l’île du 25 avril 1841. Dans ce traité, il était prévu une disposition «considérant que l'extinction de l'esclavage à Mayotte est une des premières conséquences de l'occupation de cette île». Cependant, l’abolition de l’esclavage a eu pour effet de favoriser l’émigration massive des propriétaires mahorais et de leur main-d’œuvre. Ce n’est que vers le milieu du XIXe siècle que l’archipel se repeupla avec le retour de certains émigrés auxquels s’ajoutèrent des habitants des autres îles. L’archipel devint également, pour des colons blancs, «le Far-West des Réunionnais déclassés» qui s'y installèrent et introduisirent le système des plantations coloniales en faisant appel à des travailleurs «engagés». En fait, les besoins de main-d’oeuvre prirent simplement la forme d'un trafic d'engagés indiens et chinois sur les plantations. Certains historiens affirment même que les Réunionnais blancs immigrés, surtout à Mayotte, poursuivirent l’esclavage sous la forme de l’engagement. Il n’est donc pas surprenant que les Réunionnais aient pris une part active à la lutte pour que Mayotte reste française en 1974-1975.

3.3 Le protectorat français (1841-1892)

L’intervention de la France dans l’ensemble des Comores commença au milieu du XIXe siècle, alors que les quatre îles des Comores furent le théâtre de nombreuses guerres entre sultans locaux, ce qui leur valut le surnom d’îles des sultans bagarreurs. Ainsi, à partir du XIXe siècle, les liens politiques furent rompus entre les îles de l’archipel. Fatigué des guerres incessantes qui ravageaient son pays, le sultan Adrian Tsouli céda Mayotte à la France en échange d'une aide militaire et... d'une rente annuelle de 1000 piastres (ou 5000 francs à l'époque) et l'éducation de ses enfants à l'île de La Réunion aux frais du gouvernement français. Dans le cadre du traité du 25 avril 1841, l’île passa ainsi juridiquement sous le protectorat français. En réalité, la marine française avait besoin d'un port important dans l'entrée du canal de Mozambique et le traité de 1841, présenté comme un banal traité commercial, constituait une véritable vente forcée. C’était pour la France une question de stratégie: il fallait occuper le plus de territoires possibles afin d’empêcher les Anglais et les Allemands de les acquérir. Le roi Louis-Philippe entérina cette acquisition en 1843.

Toutefois, les rivalités franco-britanniques dans l’océan Indien firent en sorte que les trois autres îles de l’archipel des Comores (Grande-Comore, Mohéli et Anjouan) demeurèrent plus ou moins indépendantes, bien que l’ensemble de l’archipel fût placé, cinq années plus tard, sous l'autorité du gouvernement colonial français basé à Mayotte. L’ensemble de l’archipel (Grande-Comore, Mohéli, Anjouan), sauf Mayotte qui resta une colonie, tomba sous le protectorat français en 1886. En fait, tous les traités furent imposés par la France aux sultans locaux qui n’ont jamais eu le choix de résister. Le protectorat dura jusqu’en 1892, et il laissa place un peu plus tard à la colonie de «Mayotte et dépendances» rattachée par la loi du 25 juillet 1912 à l’île de Madagascar.

Le régime du protectorat supposait que la puissance coloniale envoyait un «résident» parlant uniquement français auprès des autorités locales et qu’il ne s'occupait en principe que de la politique extérieure. En fait, les «résidents» français s'emparèrent progressivement du pouvoir politique, imposèrent la langue française et laissèrent les colons déposséder entièrement les paysans comoriens de leurs terres, de telle sorte que ceux-ci durent se faire employer dans les plantations coloniales à titre d'«engagés».

En 1890, un accord de partage intervint entre la France et la Grande-Bretagne: les Anglais obtenaient l’île de Zanzibar (Tanzanie) en imposant l’anglais; les Français conservaient les Comores et Madagascar en imposant le français. Le rattachement juridique des trois autres îles à Mayotte s’effectua en 1904. Il fut suivi, le 9 avril 1908, d’un second décret rattachant officieusement Mayotte et ses dépendances à Madagascar.

Avant la période coloniale, les pouvoirs politiques locaux, c’est-à-dire les sultans, et le monde de l’enseignement utilisaient l’arabe, la langue de la religion, mais recouraient en partie au swahili considéré comme la langue du commerce et, bien sûr, au français, la langue des relations extérieures.

3.4 La colonisation française

En 1912, le gouvernement français se résolut à coloniser le reste des Comores, afin de surveiller les pratiques douteuses des «résidents» et des colons. La loi d’annexion du 25 juillet 1912 ne fit que confirmer ces décrets, alors que Madagascar et les Comores (Ajouan, Mohéli, la Grande-Comore et Mayotte) devinrent une seule et même colonie française.

La colonisation française négligea cependant le développement éducatif des Comores. En 1939, il n'existait encore, pour tout l'archipel, que 10 écoles primaires (appelées écoles indigènes du premier degré). Au terme de quatre années d'études, un concours sélectionnait les cinq meilleurs élèves, qui partaient pour trois ans poursuivre leurs études à Majunga (sur la côte est de Madagascar).

Après deux révoltes importantes (l’une en 1915 à la Grande-Comore, l’autre en 1940 à Anjouan), les Comores obtinrent en 1946 une autonomie administrative et la ville de Dzaoudzi fut choisie comme capitale du nouveau territoire. À partir de 1946, les Comores furent détachées de Madagascar et furent représentées directement au Parlement français. Ensuite, l’Assemblée territoriale des Comores choisit en 1958 le statut de territoire français d'outre-mer (TOM).

Cependant, à Mayotte, 85 % des citoyens préférèrent lors d’un référendum le statut de département français d’outre-mer (DOM). Les Mahorais auraient développé de tenaces rancunes contre les anciens sultans d'Anjouan et contre les Arabo-Comoriens. Dans les faits, les Comores ne furent jamais traitées comme les autres territoires d’outre-mer, mais toujours comme une colonie. Évidemment, dès la période coloniale, l’administration et l’enseignement sont passés exclusivement au français, le comorien demeurant strictement la langue des communications orales. Comme à Madagascar, l’administration française instaura un double système éducatif: d’une part, des cours complémentaires pour les enfants de nationalité française, d’autre part, des cours complémentaires de type local pour les Comoriens d’origine, le cycle secondaire devant toutefois être poursuivi à Madagascar. Le premier lycée ne fut ouvert qu’en 1963 à Moroni; un second suivra à Mutsamudu (Anjouan) en 1970. Les élèves ayant reçu leur formation dans ces deux lycées joueront par la suite un rôle déterminant dans les crises politiques qui secoueront l'archipel.

3.5 L’indépendance

En 1974, à l'issue d'un référendum, les îles d’Anjouan, de Mohéli et de la Grande-Comore optèrent pour l'indépendance à 95 %, alors que les habitants de Mayotte choisirent à plus de 60 % de rester des citoyens français. Le 6 juillet 1975, le président Ahmed Abdallah proclama unilatéralement à Moroni (Grande-Comores) l'indépendance des îles des Comores «dans ses frontières coloniales» (ce qui incluait les quatre îles) formant ainsi l'État des Comores

En février 1976, lors d’un référendum local, la population de Mayotte se prononça avec une très large majorité (99 %) pour son maintien dans l'ensemble politique de la République française avec le statut de collectivité spéciale, qui lui fut accordé sur une base provisoire. 

Néanmoins, la République fédérale islamique des Comores fut proclamée le 1er octobre 1978. Depuis leur indépendance, les Comores ont connu près d'une vingtaine de coups d'État ou tentatives de coups d'État, dont trois menés par le mercenaire français Bob Denard.

En août 1997, les habitants des îles d’Anjouan et de Mohéli s’insurgèrent contre les autorités de la capitale Moroni et demandèrent d'être rattachés à la France. Certains autres semblaient envier le sort des insulaires de Mayotte, restée française, dont le niveau de vie est maintenant cinq fois plus élevé que celui des Comores. Le gouvernement français a refusé de soutenir cette demande qui lui paraissait incongrue.

À la suite de cette insurrection, des pourparlers de paix tenus à Madagascar sous les auspices de l'Organisation de l'Unité africaine (OUA) aboutirent à un accord en avril 1999, selon lequel chacune des trois îles aurait son propre parlement et assurerait la présidence de la république — qui deviendrait une fédération sous le nom d'Union des îles des Comores — tous les trois ans. Cet accord n'a pas été mis en œuvre. Le coup d'État du 30 avril 1999 renversa le gouvernement civil. À l’issue d’un référendum tenu le 23 décembre 2001 et destiné à mettre fin à la double crise politique et constitutionnelle, le OUI l’a emporté avec 76, 6 % des suffrages exprimés. La nouvelle Constitution devrait, cette fois-ci, permettre la création de l’Union des Comores, une fédération qui accorde aux trois îles une grande autonomie; des élections libres doivent avoir lieu le 31 mars 2002. Entre-temps, l'instabilité politique chronique des Comores a plongé l’archipel dans la pauvreté et a rendu les habitants incapables de développer leur potentiel touristique.

Par ailleurs, la situation de l'île Mayotte, en tant que «territoire français» avec le statut de «collectivité territoriale», n'est pas sans effet sur la stabilité de la région. De nombreux Comoriens, dégoûtés d'un système politique perverti qui stagne depuis l'indépendance, envient le sort des Mahorais de nationalité «française». Pour l'année 2007 seulement, plus de 16 000 clandestins comoriens ont été arrêtés et reconduits aux Comores. Mayotte est devenue un eldorado pour les Comoriens. La population de Mayotte, de 185 000 habitants, est constituée pour un tiers de Comoriens, dont 80 % en situation illégale. De plus, l'île d'Anjouan, la plus proche de Mayotte, exprime des velléités de sécession. En mars 2008, des troupes armées (avec l'appui logistique de la France) venant de deux pays africains (la Tanzanie et le Soudan), envoyées par l'Organisation de l'Union africaine, ont débarqué à Anjouan avec des fusils d'assaut pour renverser le gouvernement local d'Anjouan et en prendre le contrôle militairement, à la demande du président comorien. Le gouvernement des Comores revendique toujours Mayotte comme faisant partie de l'Union des Comores.

4 La politique linguistique

Le statut des langues est défini très brièvement dans la Constitution de 2002, qui a été adoptée par référendum le 23 décembre 2001. La nouvelle Constitution des Comores rebaptise la République fédérale islamique des Comores (RFIC) en Union des Comores. Selon les termes de la Constitution, l'Union des Comores est une république, composée des îles autonomes de Mwali (Mohéli), N'Dzuwani (Anjouan), N'Gazidja (Grande-Comore) et Maoré (Mayotte), quatrième île de l'archipel restée sous administration française à l'indépendance. Dans ses dispositions, le texte constitutionnel prévoit que la Constitution «sera révisée afin de tirer les conséquences institutionnelles du retour de Maoré (Mayotte) au sein de l'Union».

Dans la Constitution de 1985, on comptait deux langues officielles (art. 2): «Les langues officielles sont le français et l'arabe.» Le texte de 2002, dans son article 1 prévoit trois langues officielles:

Article 1

1) L'Union des Comores est une république, composée des îles autonomes de Mwali (Mohéli), Maoré (Mayotte), Ndzuwani (Anjouan), N'gazidja (Grande-Comore).

2) L'emblème national est jaune, blanc, rouge, bleu, un croissant blanc tourné vers la droite et 4 étoiles blanches alignées d'un bout à l'autre du croissant dans un triangle isocèle en fond vert.

3) L'hymne national est : Umodja Wa Massiwa.

4) La devise de l'Union est : Unité - Solidarité - Développement.

5) La loi de l'Union détermine le sceau de l'Union.

6) Les langues officielles sont le shikomor, langue nationale, le français et l'arabe.

On peut se demander pourquoi l’État a choisi l’arabe et non le comorien comme langue co-officielle avec le français. Étant donné que la population a été fortement islamisée depuis près de dix siècles, c’est la langue écrite de la population, l’arabe classique, et non la langue parlée, le comorien, qui a été choisie. Dans les faits, le statut de l’arabe tient plus du symbole que de la réalité. Aujourd’hui, la langue comorienne (et ses variétés dialectales) reste encore limitée presque uniquement à l’usage oral et ne se transpose pas dans la réalité administrative, politique, etc.

La politique linguistique des Comores résulte évidemment des effets de la colonisation française. En effet, au parlement, les députés s’expriment presque toujours en français, rarement en comorien, jamais en arabe. Les lois sont rédigées et promulguées en français seulement. L'article 26 de la Constitution prévoit que les candidats au poste de député doivent savoir lire, écrire et parler le shikomor (comorien) et le français ou l'arabe:

Article 26

1) Le pouvoir législatif est exercé par l’Assemblée de l’Île qui est composée de dix (10) députés élus au suffrage universel direct pour un mandat de quatre (4) ans, selon le mode de scrutin uninominal à deux tours.

2) Chaque député est élu avec son suppléant.

3) Les candidats doivent avoir au moins 25 ans révolus à la date du scrutin, sachant lire, écrire, et parler le shikomor et le français ou l'arabe.

En matière de justice, la cour et les justiciables s’expriment normalement en français, mais le comorien est également utilisé dans les communications orales. Dans les documents écrits, c’est encore massivement le français, très rarement l’arabe, qui est employé. Le juge rend généralement sa sentence en français, mais peut le faire en premier lieu en comorien (en français ensuite). Dans les cours d’appel, il arrive qu’on utilise le comorien parlé.

Dans l’administration gouvernementale, les services oraux sont fournis indifféremment en français ou en comorien, mais la tendance est de favoriser le français considéré comme la langue de l’État. Les documents écrits sont généralement rédigés en français, mais certains sont distribués en comorien, notamment dans le cas des municipalités et des organismes reliés à la justice, à la santé et à la police. Toutefois, les documents administratifs comme les actes de vente, les formulaires d’emploi, etc., continuent à être rédigés uniquement en français. Par exemple, toute demande d’embauche, même à un poste de gardiennage, doit se faire actuellement dans cette langue.

En matière d'éducation, la politique appliquée est très simple. À part la maternelle où l’on enseigne en comorien et en français, les élèves n’apprennent que le français et l’arabe écrit. Une précision s’impose: au primaire, seul le français est enseigné. Au secondaire, les élèves apprennent comme langue seconde l’arabe (pour lire le Coran), parfois l’anglais. D'autres langues, notamment l'espagnol et l'italien, sont aussi enseignées dans certains lycées et collèges privés du pays. On inculque aux enfants les rudiments de l'écriture arabe, puis on les initie à la lecture du Coran, avant de les familiariser avec les subtilités des dogmes et des rites musulmans. L’école coranique demeure un facteur essentiel de socialisation, car elle fournit aux enfants les valeurs et les modèles pour leur intégration dans la vie de leur communauté. Une réforme, entreprise en 1978, a tenté d'harmoniser les pratiques et les niveaux, très disparates selon les 600 établissements répartis dans l'archipel. Malgré tout, les méthodes pédagogiques archaïques semblent bien difficiles à extirper, même si les autorités comoriennes se sont efforcées d’encourager des approches pédagogiques moins calquées sur les modèles français. Néanmoins, l’introduction du comorien dans les programmes et les méthodes d'enseignement demeure encore problématique. Il n’y a pas d’université aux Comores, mais les autorités ont établi un système d'enseignement supérieur destiné à former les professeurs des collèges, des administrateurs et divers techniciens.

Enfin, dans la vie économique, le français occupe une place exclusive dans les communications écrites. Dans les communications orales, le comorien est concurremment utilisé avec le français. Même les produits de consommation courante ne portent que des étiquettes ou des modes d’emploi en français. Les médias écrits paraissent en français; la radio diffuse en français et en comorien, la télévision, en français.

Le gouvernement des Comores pratique une politique linguistique que l’on pourrait qualifier de non-intervention à l’égard des langues autochtones du pays, exception faite du nom de la langue dans les dispositions constitutionnelles. Le français occupe la place qu’il a toujours occupée depuis la seconde moitié du XIXe siècle: les fonctions officielles de l’État et les affaires. Le comorien (shikomor), pour sa part, occupe les fonctions qui lui sont dévolues depuis quelques siècles: la vie familiale et les communications informelles. Quant à l’arabe, son rôle reste strictement symbolique: on l’apprend à l’école pour pouvoir lire le Coran. Peu de Comoriens ne songent à remettre en question cette répartition fonctionnelle des langues qui, pour le moment, semble faire l’affaire de tous. Il n'en demeure pas moins que l'État comorien pourrait valoriser plus qu'il ne le fait les langues nationales, c'est-à-dire le comorien et ses variantes.

Dernière mise à jour: 27 mai, 2009

Bibliographie

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[www.comores-online.com/mwezinet/mars99/langue.html]

BOUVET, H., "Éducation et formation aux Comores" dans Études Océan Indien, no 5, Paris, INALCO, 1985.

GAUTHIER, François, Jacques LECLERC et Jacques MAURAIS. Langues et constitutions, Montréal/Paris, Office de la langue française / Conseil international de la langue française, 1993, 131 p.

ENCYCLOPÉDIE MICROSOFT ENCARTA, 2004, art. «Comores» pour la partie historique.

LECLERC, Jacques. Langue et société, Laval, Mondia Éditeur, coll. «Synthèse«, 1992, 708 p.

MAILLARD, Alain. "Nous voulons être des colonies" dans L'Hebdo, n° 33, 14 août 1997,
[http://www.webdo.ch/hebdo/hebdo_1997/hebdo_33/colonies_33.html]

 

 

 

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On peut consulter aussi le site d'Elarif Madhi sur le shingazidja (variété comorienne).

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