République du Congo

Congo-Brazzaville

République du Congo

Capitale: Brazzaville 
Population: 4,0 millions (2005) 
Langue officielle: français 
Groupe majoritaire: munukutuba (50, 3%) 
Groupes minoritaires: kikongo (36,5 %), lingala (13 %), mboshi (8,5 %), langues tékés (8 %), etc., et plus d’une quarantaine d’autres langues 
Langue coloniale: français 
Système politique: république 
Articles constitutionnels (langue): article 6 de la Constitution de 2002
Lois linguistiques: Loi scolaire ou loi no 20/80 du 11 septembre portant réorganisation du système éducatif en République populaire du Congo

1 Situation géographique

Carte : Congo

Le Congo-Bazzaville ou officiellement république du Congo (par opposition au Congo-Kinshasa ou République démocratique du Congo) est un État d’Afrique équatoriale (voir la carte) limité à l’ouest par l’océan Atlantique et le Gabon, au nord par le Cameroun et la République centrafricaine, à l’est et au sud par l’ex-Zaïre (ou République démocratique du Congo). On peut visualiser la carte de l'Afrique francophone en cliquant ICI.

Comparativement au Congo-Kinshasa (2 345 000 km), à la République centrafricaine (622 436km²), au Cameroun (475 442 km²) et à l’Angola (1 246 000 km²), le Congo-Brazzaville semble un petit pays avec ses 341 821 km² (France: 543 965 km²). Le Congo possède une façade maritime, longue de 169 km, ouverte sur l’océan Atlantique. Sa capitale est Brazzaville.

2 Données démolinguistiques

La population du Congo-Brazzaville (4,0 millions d'habitants) est composée très majoritairement de Bantous et de quelques minorités parmi lesquelles on compte des Pygmées (1,4 %). Parmi la soixantaine d’ethnies, les Kongos sont les plus nombreux (51,5 %), suivis par les Tékés (17,3 %) et les Mboshis (11,5 %). Les autres ethnies représentent 19,7 % de la population. La population reste inégalement répartie, car 70 % des Congolais sont concentrés dans le sud du pays, sur le littoral, sur la rive du Congo moyen et près de la voie ferrée Congo-Océan qui relie ces deux zones. Soulignons également que les trois quarts de la population habitent les villes, ce qui fait que le Congo-Brazzaville reste l'un des pays les plus urbanisés d'Afrique. À elles seules, les agglomérations de Brazzaville (990 000 habitants) et de Pointe-Noire (576 000 habitants) concentrent plus de 60 % de la population; les autres villes importantes sont Loubomo (83 000 habitants) et Nkayi (42 000 habitants).

Les langues les plus importantes du pays appartiennent à la famille bantoue: il s’agit du munukutuba (50,3 %), du kikongo (36,5 %), du lingala (13 %), du mboshi (8,5 %) et des langues tékés (8 %), ainsi que quelques autres langues. Le lingala, la «langue du fleuve», est parlé dans le Nord et à l’est, tout le long des cours d’eau; le munukutuba (ou kituba), la «langue du chemin de fer», est parlé dans le Sud. 

Le nombre des locuteurs du munukutuba, du kikongo et du lingala comprend ceux qui les parlent comme langue seconde. Ces trois langues sont considérées comme des langues véhiculaires avec le français (officiel). Ainsi, le munukutuba, le kikongo et le lingala rejoignent toute la population congolaise. Ces deux langues ont connu une grande expansion depuis la colonisation française, mais le lingala a connu la plus grande extension. Quant à la langue française, elle demeure une langue-refuge et la langue du pouvoir en raison de son statut de langue officielle. Au Congo-Brazzaville, le français a acquis une coloration locale très prononcée dont l'ampleur reste encore à déterminer. 

3 Données historiques

Les premiers habitants du pays semblent avoir été les Pygmées. Au 1er millénaire avant notre ère, des populations de langue bantoue venues du nord et pratiquant la métallurgie du fer et l’agriculture atteignirent la région en longeant la côte et les cours d'eau. Plusieurs royaumes se constituèrent dont on ne connaît pas très bien les origines: le royaume téké au nord dans les terres; plusieurs royaumes kongo sur la côte et dans le massif du Mayombé.

3.1 La pénétration européenne

En 1482, l'explorateur portugais Diogo Cam atteignit l'embouchure du fleuve Congo. Les contacts avec les populations indigènes furent tendues. Les Portugais commencèrent la traite des Noirs, ce qui eut pour effet de réduire grandement la population et de déstabiliser les entités politiques et les sociétés d'Afrique centrale. C'est dans ce contexte d’exploitation que débuta la pénétration européenne vers 1875 avec Pierre Savorgnan de Brazza, qui remonta le cours de l'Ogooué, explora la rive droite du fleuve Congo. 

En 1880, il conclut avec un souverain téké, le roi Makoko, un traité de protectorat au profit de la France (1880). Puis, en 1883, Cordier négocia un traité de reconnaissance avec le royaume de Loango.

5.2 La colonisation française

Le Parlement français ratifia l'accord de Savorgnan de Brazza en 1882, tandis que la conférence de Berlin (1884-1885) reconnut les droits de la France sur la rive droite du Congo. Devenu commissaire général, Pierre Savorgnan de Brazza réunit le Congo et le Gabon sous son autorité, puis étendit les possessions françaises vers le nord. La colonie du Congo français fut créée en 1891 et des compagnies concessionnaires se partagèrent le territoire pour exploiter les ressources (caoutchouc et ivoire). Ces compagnies se livrèrent à toutes sortes d’exactions: réquisitions, pillage des ressources, travail forcé, brutalités, assassinats, etc., ce qui eut pour effet de susciter des révoltes, toutes réprimées dans le sang.

En 1910, Brazzaville devint la capitale de l'Afrique équatoriale française, et les régions explorées par Brazza furent partagées en deux territoires: le Gabon à l’ouest et le Congo à l’est. En 1911, les compagnies concessionnaires perdirent la majeure partie de leurs territoires. La réaction anti-coloniale qui se manifesta par la suite prit la forme de mouvements de protestation. Mais le nationalisme ne commença réellement qu’après la Seconde Guerre mondiale. Tirant parti des rivalités locales, l’abbé Fulbert Youlou se fit élire aux élections municipales de 1956 et accéda au porte de premier ministre (1958) de la République au sein de la Communauté équatoriale française. 

5.3 L'indépendance

Le 15 août 1960, le Congo accéda à l'indépendance. Fulbert Youlou fut élu président de la république du Congo. Le pays connut ensuite plusieurs changements de régime, des assassinats politiques et passa du marxisme-léniniste au libéralisme économique. Le république du Congo devint la République populaire du Congo en 1969. Après un soulèvement général en 1990, une nouvelle constitution fut adoptée en 1992 et le régime a renoué avec le multipartisme. 

L'existence même du Congo fut remise en question par une succession de trois guerres civiles particulièrement dévastatrices (1993,1997 et 1998-1999). Les premiers affrontements eurent lieu entre les partisans du nouveau président Pascal Lissouba et ceux du maire de la capitale, Bernard Kolela. Par la suite, ayant fait alliance, ces deux groupes combattirent les supporters de l'ancien président Denis Sassou-Nguesso. Vainqueur de la guerre civile, ce dernier s'est attelé tant bien que mal à la pacification du pays. Son adversaire, le président démocratiquement élu, Pascal Lissouba, a fui le pays. 

Mais la guerre civile a laissé des traces indélébiles et divisé profondément le pays: le Nord reste proche des partisans de Sassou-Nguesso (les «Cobras»), le Centre-Ouest rattaché à ceux de Lissouba (qui ont choisi le nom de «Ninjas»), et la région du Pool (Brazzaville) à ceux de Kolela. Le Congo-Brazzaville est devenu une zone où les miliciens non payés font régner l'insécurité dans tout le pays. En demandant l'aide de l'Angola qui soutenait Sassou-Nguesso, le Congo s'est trouvé impliqué dans le grand conflit qui frappe la région des Grands Lacs. En effet, la guerre civile du Congo-Brazzaville a rapidement débordé dans les États voisins et est passée d'un problème de pouvoir essentiellement national à un conflit régional plus vaste. L’armée reste toujours présente au sein des dirigeants au pouvoir au Congo. Le prix de la victoire de Denis Sassou-Nguesso est très lourd, car presque toutes les infrastructures du pays sont en ruine. Sans aucun doute, ces événements ont eu des conséquences non négligeables dans la pratique linguistique des Congolais. 

4 La politique linguistique

Rien ne résumerait plus la situation sociolinguistique au Congo que d’affirmer: «Le Congo, c’est la France.» Et tout serait dit. L’article 3 de la Constitution de 1992 déclarait:

Article 3 (1992)

La langue officielle est le français. [...]
Les langues nationales véhiculaires sont le lingala et le munukutuba.

Mais la Constitution adoptée après le référendum du 20 janvier 2002 modifie le nom du minukutuba devenu le kituba (c'est la même langue): 

Article 6 (2002)

L'hymne national est la « congolaise ». 
La devise de la République est « Unité, Travail, Progrès ». 
Le sceau de l'État et les armoiries de la République sont déterminés par la loi.
La langue officielle est le français. 
Les langues nationales véhiculaires sont le lingala et le kituba.

L'article 8 introduit une disposition concernant la non-discrimination en matière de langue:

Article 8 (2002)

Tous les citoyens sont égaux devant la loi. Est interdite toute discrimination fondée sur l'origine, la situation sociale ou matérielle, l'appartenance raciale, ethnique ou départementale, le sexe, l'instruction, la langue, la religion, la philosophie ou le lieu de résidence. La femme a les mêmes droits que l'homme. La loi garantit sa promotion à toutes les fonctions politiques, électives et administratives.

En réalité, ces dispositions signifient, d’une part, que toute la vie parlementaire (débats, rédaction et promulgation des lois), toute la procédure judiciaire, toute l’administration gouvernementale, l’éducation (de la maternelle à l’université), les affaires des grandes entreprises, etc., se déroulent entièrement en français; d’autre part, que toute la vie non officielle (communications interpersonnelles, loisirs, famille, religion, etc.) est véhiculée par le munukutuba et le kikongo.

Par ailleurs, l'article 4 de la loi no 20/80 du 11 septembre portant réorganisation du système éducatif déclare ce qui suit:

Article 4

Les deux langues nationales, le lingala et le munukutuba sont enseignées à l'École du peuple. 

Dans les faits, le lingala et le munukutuba (ou kituba) ne constituent pas des langues d'enseignement, mais des matières pour un certain nombre d'écoles. Le français est resté l'unique langue d'enseignement dans tout le cursus scolaire et universitaire.

Dans les communications orales informelles, le munukutuba (ou kituba) et le kikongo prennent la place qui leur est due, le français étant relégué aux oubliettes. Lorsque la situation devient «sérieuse», le français reprend tous ses droits. 

En raison des guerres civiles qui ont secoué le pays, la langue française est devenue une langue-refuge pour les différentes factions armées. Par exemple, les locuteurs incompétents en kituba (surtout au sud), en kikongo ou en lingala (surtout au nord) préfèrent s'exprimer en français pour des raisons de sécurité. De peur de révéler leur origine ethnique, les Congolais passent au français, ce qui permet de conserver l'incognito. De toute les langues nationales, c'est le lingala qui a gagné le plus de terrain au Congo-Brazzaville. Cette situation est sans nul doute due à la victoire des milices «cobras» de Denis Sassou-Nguesso, qui s'expriment essentiellement  dans cette langue. Parler le lingala est devenu pour les jeunes Congolais du Sud une démarche de sécurisation personnelle, car elle permet d'éviter les représailles des soldats. 

Bref, la situation du Congo est très représentative d’un pays non affranchi de sa langue coloniale. En ce sens, le Congo aurait encore du chemin à faire avant d’en arriver à une certaine harmonisation entre ses langues nationales et sa langue coloniale. Toutefois, il ne semble pas que la situation linguistique actuelle cause des frustrations profondes au sein de la population congolaise. Quoi qu'il en soit, les Congolais ont d'autres problèmes plus urgents à régler: pacifier et démocratiser le pays.

Le président Sassou-Nguesso a des comptes à rendre à l'égard de ceux qui l'ont aidé (l'Angola, le Gabon et la France) et aussi à ceux qui avaient pris des distances à son endroit (le Congo-Kinshasa, le Rwanda, l'Ouganda et les États-Unis. On peut s'interroger comment Sessous-Nguesso va gérer son pays détruit et sillonné par des miliciens difficiles à contrôler et toujours prêts à piller. L'Organisation internationale pour les migrations (OIM) a annoncé en septembre 2002 avoir achevé son programme de réinsertion sociale d'anciens miliciens de toutes origines politiques. C'est déjà ça de pris, mais il reste beaucoup à faire. L'hôpital de Makélékélé, en plein quartier sud de Brazzaville, est rempli de gens ravagés par la malnutrition. Les équipes de Médecins sans frontière font face à une urgence médicale et nutritionnelle sans précédent au Congo-Brazzaville. Pour le moins, refaire l'unité nationale au Congo sera une tâche ardue.

Dernière mise à jour: 26 oct. 2010
 

Bibliographie

ENCYCLOPÉDIE MICROSOFT ENCARTA, 2004, art. «République du Congo» pour la partie historique.

GALLOY, Martine-Renée et Marc-Éric GRUENAIS. «Au Congo, le pouvoir par les armes» dans Le Monde diplomatique, Paris, novembre 1997, p. 13.

GAUTHIER, François, Jacques LECLERC et Jacques MAURAIS. Langues et constitutions, Montréal/Paris, Office de la langue française / Conseil international de la langue française, 1993, 131 p. 

GOUVERNEMENT DU CONGO. Loi no 20/80 du 11 septembre portant réorganisation du système éducatif en République populaire du Congo.

MASSOUMOU, Omer. «Des usages linguistiques en république du Congo» dans Cahiers du Rifal, Agence de la francophonie et Communauté française de Belgique, décembre 2001, p. 73-78.