Alaska State

Alaska

(USA)

Capitale:  Juneau
Population: 626 932 habitants (2000)
Langue officielle: anglais  
Groupe majoritaire: anglais (85,7 %)
Groupes minoritaires: langues amérindiennes
Système politique: État de l'Union américaine (USA)
Articles constitutionnels (langue): aucune disposition linguistique 
Lois linguistiques: Native Language Education Act (1997), An initiative adopting English as the official State language of Alaska be it enacted by the People of the State of Alaska (1998).

1 Situation générale

L’Alaska est situé à l’extrême nord-ouest du Canada, près de l’océan Pacifique. Au point de vue superficie, l’Alaska est certainement le plus grand État des États-Unis (avec 1,5 million de k, soit trois fois la France). La capitale est Juneau, du nom d'un prospecteur québécois originaire de L'Assomption (quelque 45 km de Montréal) du nom de Joseph Juneau. Quant à la ville d'Anchorage, elle doit son nom au mot français «ancrage».Quant au mot Alaska, il proviendrait du mot aléoutien Alyeska et signifierait «grande terre».

2 Données démolinguistiques

Au plan démographique, l’Alaska demeure un tout petit État — le 48e — avec seulement 626 932 habitants lors du recensement de 2000. De cet ensemble, 85,7 % de la population parle l’anglais comme langue maternelle. En fait, ceux qui ne parlent pas l’anglais correspondent pour l’essentiel aux Amérindiens et Inuits de l’Alaska, même si l'espagnol et le tagalog sont parlés par une partie de la population (voir la tableau plus bas). 

On dénombre actuellement une vingtaine de langues autochtones appartenant aux familles eskimo-aléoute, pénutienne et na-déné. Seuls le yup'ik central, le yupik sibérien et l'inupiak atteignent les 1000 locuteurs ou plus. Plusieurs langues sont en voie d'extinction, notamment l'eyak, le hän, le bas-tanana, le haida, le holikachuk, le tanacross, etc.

On estime qu’en 2055 seulement cinq langues pourraient avoir survécu. Quoi qu'il en soit, le cas de l’Alaska est intéressant à plus d’un titre, mais c’est surtout en raison du fait autochtone que cet État du Nord mérite qu’on s’y intéresse.

Langues de l'Alaska (2000) Population %
Anglais 496 982 85,72 %
Langues autochtones de l'Amérique du Nord    30 121 5,20 %
Espagnol    16 674 2,88 %
Tagalog      8 934 1,54 %
Coréen     4 369 0,75 %
Allemand      3 574 0,62 %
Russe      2 952 0,51 %
Langues des îles du Pacifique      2 591 0,45 %
Français      2 197 0,38 %
Japonais      1 392 0,24 %
Chinois      1 295 0,22 %
Lao (ou laotien)      1 137 0,20 %
Vietnamien         756 0,13 %
Thaï        742 0,13 %
Langues scandinaves        701 0,12 %
Toutes les autres langues 5,323 0,92 %

En Alaska, il existe de nombreuses et vraies «minorités nationales», qui étaient là avant l'achat de l'Alaska par les États-Unis. La carte linguistique ci-dessous illustre la répartition des langues autochtones de l'Alaska:

Si l'on consulte le tableau qui suit, on constatera que la plupart de ces langues sont en voie d'extinction, à l'exception du yup'ik central, de l'inupiak et du yupik sibérien. La situation de plusieurs autres langues semble particulièrement dramatique, notamment avec l'eyak, le haida, le holikachuk et le bas-tanana. 

Langues Famille (ou groupe) Population ethnique Locuteurs
Aléoute Aléoute 2200 300
Alutiiq Yupik 3000 400
Inupiak Inuit 13 500 3 000
Yup'ik central Yupik 21 000 10 000
Yupik sibérien Yupik 1100 1 050
Tsimshian Pénutienne 1300 70
Haida Na-déné 600 15
Tlingit Na-déné 10 000 500
Eyak Na-déné 50 1
Ahtna Na-déné 500 80
Dena'ina Na-déné 900 75
Deg Xinag (Deg Hit'an) Na-déné 300 40
Holikachuk Na-déné 200 12
Haut-kuskokwim Na-déné 160 40
Koyukon Na-déné 2300 300
Bas-tanana (tanana) Na-déné 380 30
Haut-tanana (nabesna) Na-déné 300 105
Gwich'in Na-déné 1100 300
Tanacross Na-déné 220 65
Hän Na-déné 300 7 ou 8
TOTAL   59 410 13 391

3 La législation linguistique à l’égard des autochtones

Sur la plan linguistique, l’Alaska vient de «se réveiller». En effet, l’une des premières lois d’importance a été adoptée en janvier 1997. Elle est intitulée Native Language Education Act (loi 59). L’article 2 (par. 1) déclare que la culture et les langues des autochtones de l’Alaska sont particuliers et constituent un élément et une partie intégrale de l’héritage de l’Alaska:

Article 2

Alaska's indigenous Native cultures and languages are unique, essential elements of Alaska's heritage.

Article 2

Les cultures et les langues indigènes originelles de l'Alaska constituent des éléments essentiels de l'héritage de l'Alaska.

La loi reconnaît que la connaissance de ces langues par les autochtones est essentielle pour le développement et le bien-être social des citoyens. Qui plus est, la traduction vers l’anglais doit être perçue comme un élément de déculturation.

L’article de 4 de la loi crée des conseils scolaires à l’intention des autochtones. Les programmes d’études devront prévoir des dispositions relatives à l’apprentissage des langues locales – «Native languages traditionally spoken». Évidemment, ces écoles seront pourvues du personnel enseignant compétent et équipées du matériel nécessaire, ce qui inclut les livres, les ordinateurs, l’audiovisuel et les communications sur Internet. Le paragraphe 5 déclare que la loi entrait en vigueur le 1er juillet 1997.

4 La politique à l’égard de l’anglais

Poursuivi par les groupes de pression tels que US English, English Only et English First, l’État de l’Alaska a fini par adopter des mesures législatives relativement rigoureuses en faveur de l’anglais. En effet, le 8 janvier 1998, un sénateur soumettait une pétition de 36 000 signatures à l’Assemblée alors que 24 000 seulement étaient nécessaires. Le projet de loi s’intitulait: An initiative adopting English as the official State language of Alaska be it enacted by the People of the State of Alaska («Initiative pour adopter l'anglais comme langue officielle de l'État de l'Alaska»). Le 3 novembre 1998, les citoyens de l'Alaska ont a approuvé par référendum l'«Initiative pour adopter l'anglais comme langue officielle de l'État de l'Alaska». Le «oui» l'a emporté dans une proportion de 69 %, le «non», 31 %. La nouvelle loi entrait en vigueur immédiatement. L'organisme Alaskans for a Common Language avait soutenu la cause durant toute la campagne, mais les électeurs avaient reçu beaucoup d'informations de la part des partisans de l'initiative qui a été largement financé par US English (4000 membres en Alaska), lequel a payé pour la diffusion de nombreuses publicités à la radio et à la télévision. 

4.1 L'anglais officiel

Selon l’article 1, le peuple de l’État d’Alaska considère l’anglais comme la langue commune unifiant l’Alaska et les États-Unis d’Amérique et déclare d’intérêt national sa promotion, sa préservation et son renforcement. C’est pourquoi l’article 2 proclame que l’anglais est la langue officielle de l’État de l’Alaska: 

Section 2

The English language is the official language of the State of Alaska.

Article 2

La langue anglaise est la langue officielle de l'État de l'Alaska.

En conséquence, l’anglais doit être employé par toute l’administration et tous les organismes gouvernementaux qui publieront obligatoirement dans cette langue tout document (art. 3):

Section 3

The English language is the language to be used by all public agencies in all government functions and actions. The English language shall be used in the preparation of all official public documents and records, including all documents officially compiled, published or recorded by the government.

Article 3

L'anglais est la langue devant être employée par tous les organismes publics dans toutes les fonctions et actions du gouvernement. L'anglais est employé dans la préparation de tous les documents publics et registres officiels, ce qui comprend tous les documents officiellement compilés, publiés ou enregistrés par le gouvernement.

Selon l’article 4, non seulement le gouvernement et ses administration sont soumis à l’officialisation de l’anglais, mais aussi l’Université de l’Alaska ainsi que les corporations professionnelles.

Section 4

This Act applies to the legislative and executive branches of the State of Alaska and all political subdivisions, including all departments, agencies, divisions and instrumentalities of the State, the University of Alaska, all public authorities and corporations, all local governments and departments, agencies, divisions, and instrumentalities of local governments, and all government officers and employees.

Article 4

La présente loi s'applique aux filiales législatives et exécutives de l'État de l'Alaska et à toutes les subdivisions politiques, comprenant tous les départements, toutes les agences, les divisions et les services d'aide de l'État, l'Université de l'Alaska, les autorités et sociétés publiques, les administrations et départements locaux, les agences, divisions et services d'aide des gouvernements locaux ainsi que fonctionnaires et employés.

L’article 5 prévoit une liste d'exceptions. En effet, le gouvernement, son administration et ses agences peuvent utiliser une autre langue que l’anglais dans les cas qui suivent:

(1) pour communiquer des informations en matière de santé et de sécurité si la situation est urgente;
(2) pour enseigner une autre langue aux étudiants déjà compétents en anglais;
(3) pour enseigner l’anglais aux étudiants dont la compétence est limitée en anglais;
(4) pour promouvoir les relations internationales, le commerce, les affaires et les événements sportifs;
(5) pour protéger les droits d’un accusé;
(6) pour servir le système judiciaire conformément aux règles des tribunaux;
(7) pour enquêter lors d’activités criminelles et protéger les droits des victimes;
(8) pour respecter les lois fédérales, notamment en ce qui a trait aux langues autochtones dans la Native American Languages Act.
(9) pour assister à une cérémonie religieuse;
(10) pour employer les termes artistiques, noms ou dénominations existant dans une autre langue;
(11) pour communiquer oralement avec le public lorsque le représentant élu est déjà compétent dans une autre langue que l’anglais.

L’article 6 prévoit que toute traduction faite à partir d’un document autre qu’en anglais doit être attribué à un budget différent de celui de l’État. Qui paie alors? On ne le sait pas. Par ailleurs, selon l’article 7, aucune entité gouvernementale ni aucun employé du gouvernement n’est obligée de savoir une autre langue que l’anglais pour remplir les devoirs de sa fonction. De plus, personne ne peut se voir refuser un service quelconque de la part du gouvernement parce qu’il ne communique qu’en anglais.

Section 7.

(1) No governmental entity shall require knowledge of a language other than English as a condition of employment unless the requirements of the position fall within one of the exceptions provided in Section 5 of this Act, and facility in another language is a bona fide job qualification required to fulfill a function included within one of the exceptions.

(2) No person may be denied services, assistance, benefits, or facilities, directly or indirectly provided by the government, because that person communicates only in English.

Article 7

(1) Aucune entité gouvernementale n'exige la connaissance d'une autre langue que l'anglais comme condition d'emploi, sauf si les exigences de la situation correspondent à l'une des exceptions prévues à l'article 5 de la présente loi et si la connaissance d'une autre langue est, de bonne foi, une exigence de travail nécessaire pour accomplir une fonction incluse dans l'une des exceptions.

(b) Personne ne peut être déniés de services, d'aide, de bénéfices ou de facilités, dispensés directement ou indirectement par le gouvernement, parce que cette personne communique seulement en anglais.

Enfin, l’article 8 précise que la loi ne s’applique pas au secteur privé et que l’État ne peut être assujetti à une autre langue que l’anglais. Ce document (Initiative pour adopter l'anglais comme langue officielle de l'État de l'Alaska) est disponible au complet, en anglais et en français, en cliquant ICI, s.v.p.

Ces mesures législatives prévues par l’Alaska sont similaires à celles que US English et English Only font adopter dans d’autres États américains. On relève d’ailleurs les mêmes dispositions, voire les mêmes phrases reprises telles quelles d’une loi à l’autre, plus précisément d’un État à l’autre. Dans ce cas-ci, il suffit de comparer les dispositions prises par le New Hampshire ou l’Arizona pour s’en convaincre. Dans le cas de l'Alaska, cette nouvelle mesure législative fut particulièrement mal accueille par les autochtones, car beaucoup d'entre eux ne peuvent s'exprimer en anglais.  

4.2 La contestation judiciaire

Cependant, le 16 février 1999 , l'Union des libertés civiles de l'Alaska (Alaska Civil Liberties Union) et d'autres organismes et individus — au total, une douzaine de demandeurs — ont intenté un procès contre l'État et sa loi sur l'anglais officiel. Parmi les demandeurs, on comptait :

- le maire de North Slope Borough, M. Benjamin Nageak;
- des locuteurs hispanophones, ainsi que du yupik et de l'inupiak à travers tout l'Alaska;
- des enseignants et d'autres employés des écoles publiques de l'Alaska devant communiquer avec des élèves et leurs parents dans une autre langue que l'anglais;
- de parents devant s'exprimer avec les enseignants et administrateurs de leurs enfants dans une autre langue que l'anglais;
- des fonctionnaires autochtones devant communiquer avec le public dans d'autres langues que l'anglais;
- des citoyens ne connaissant pas ou peu l'anglais se disant obligés de communiquer en anglais avec les fonctionnaires du gouvernement.  

En réalité, il y eut deux causes. Dans la cause Alakayak et Kritz c. l'État de l'Alaska, trois citoyens de la ville de Togiak (incluant le maire et un conseiller municipal) affirmaient que la loi violait leur liberté de parole et leurs droits de demander des informations dans la langue de leur choix en vertu du premier amendement de la Constitution américaine et en vertu des dispositions correspondantes dans la Constitution de l'Alaska. Les demandeurs, pour la plupart des Togiak, parlent le yupik, dont beaucoup d'unilingues, affirmaient qu'ils avaient un «droit fondamental» de parler le yupik et de demander des informations auprès du gouvernement dans yupik ou dans une autre langue qu'ils peuvent choisir.

Dans la seconde cause, Alakayak c. l'État de l'Alaska, l'Union des libertés civiles de l'Alaska contestait la loi de la part de 27 demandeurs différents provenant de divers villages et villes, dont Manokotak, Bethel, Barrow et Anchorage. Pour des raisons stratégiques, cet organisme se basait seulement sur la Constitution de l'État  parce que cette dernière offre une liberté de parole plus grande et des protections quant à la demande de pétitions ou d'informations auprès du gouvernement.

Le juge Fred Torrisi de la Cour supérieure de l'Alaska, dans sa décision (36 pages) du 3 mars 1999, a simplement cassé la loi de l'État en expliquant que la loi brimait la liberté d'expression des citoyens de l'État. La Cour a rejeté les arguments de l'État parce que la loi empêche les représentants du gouvernement de communiquer avec le public. Même la liste d'exceptions vaguement définies dans la loi se révélait insuffisante pour sauvegarder les droits des citoyens. Or, la Constitution de l'Alaska protège le droit de tout citoyen de l'État à la liberté de parole, indépendamment de la langue qu'il parle.  Finalement, la loi n'aura jamais été appliquée.

     

La législation de l’Alaska semble se diriger vers deux directions: l’une favorise la conservation de la culture et des langues autochtones, l’autre, l’uniformisation de tous dans la culture anglo-américaine. L'exemple de l'Alaska montre bien que les citoyens sont divisés sur la question linguistique. D'une part, les défenseurs de l'anglais veulent promouvoir une identité anglo-américaine, d'autre part, les partisans du multiculturalisme défendent le respect de la différence, les vertus de l'enseignement bilingue et la possibilité d'avoir le choix de s'exprimer dans sa langue auprès des autorités, rejetant par le fait même l'assimilation par l'anglicisation.  Compte tenu des forces qui agissent en faveur de l’anglais et de la faible résistance des langues autochtones, on peut penser que celles-ci seront effectivement disparues vers le milieu de l’an 2000.

Dernière mise à jour: 15 avril, 2010
 

Les États-Unis d'Amérique

 
(1) Les États-Unis: situation générale
(2) La politique linguistique fédérale
(3) Les États américains: présentation générale
(4) Liste des États disponibles
(5) Bibliographie

 

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