[Aruba flag] Île d'Aruba

Aruba

Territoire néerlandais d'outre-mer

 

Capitale:  Oranjestad
Population: 106 523 (2009)
Langues officielles: néerlandais et papiamento
Groupe majoritaire: papiamento (66,3 %)
Groupes minoritaires:  espagnol (12,6 %), anglais (7,7 %), néerlandais (5,8 %), filipino (0,4 %), chinois (0,3 %), turc (0,2 %), etc.
Système politique:  territoire néerlandais d'outre-mer
Articles constitutionnels (langue):  aucune disposition linguistique dans la Constitution du 1er janvier 1986

Lois linguistiques:  Décret du 15 avril 2002, contenant les dispositions de la mise en œuvre du premier paragraphe de l'art. 8, phrase introductive, de la Loi sur la nationalité des Pays-Bas (Décret sur la naturalisation); 
Loi sur l'enseignement primaire (1981) ;  Loi sur les médias (1987) ; Décret sur les médias (1987) ; Convention relative aux peuples indigènes et tribaux (1989) ; Loi du 4 juin 1992, relative aux règles générales du droit administratif (1992) ; Loi du 15 octobre 1995 sur l'enseignement professionnel (1995) ;  Loi du 15 septembre 2005 sur l'orthographe.

 

1    Situation géographique

Aruba est une île de 193 km² située dans la mer des Antilles, à proximité de la presqu’île de Paraguaná au Venezuela. Elle fait environ 30 km de long et d'environ 8 km de large. L'île d'Aruba, qui faisait auparavant partie des Antilles néerlandaises (maintenant les Territoires néerlandais d'outre-mer), a obtenu un statut d’autonomie des Pays-Bas en 1986, tout en demeurant au sein du Royaume des Pays-Bas (Koninkrijk der Nederlanden). Oranjestad, à l’extrémité ouest de l’île, est la capitale et la ville principale.

2 Données démolinguistiques

La population d'Aruba était estimée à 101 440 en 2004. La majorité des insulaires sont des Noirs (83 %), les autres sont des des Latino-Américains (11,4 %), des Blancs (3,7 %) ou des Asiatiques (1 %). Les Noirs parlent le papiamento, un créole à base première de portugais. En général, les Latino-Américains s'expriment en espagnol, alors que les Blancs ont le néerlandais comme langue maternelle. D'après le recensement de 2000, les Arubais parlent le papiamento comme langue maternelle dans une proportion de 66,3 %; l'espagnol, 12,6 %; l'anglais, 7,7 %; le néerlandais, 5,8 %. On compte aussi quelques petites minorités parlant le chinois mandarin, le filipino des Philippines et le turc. Une toute petite communauté de Juifs parle l'anglais. Les langues officielles de l'île d'Aruba sont le néerlandais et le papiamento (écrit "papiamentu").


Beaucoup d'Arubais peuvent s'exprimer en papiamento, en espagnol, en néerlandais et en anglais. On estime que 83 % des Arubais peuvent s'exprimer en papiamento soit comme langue maternelle soit comme langue seconde. De fait, le papiamento est devenu la langue véhiculaire normale des insulaires, tant à Aruba qu'à Curaçao et Bonaire. Pourtant, le papiamento connaît un sérieux problème: il est partagé entre deux orthographes officielles: Aruba impose une orthographe étymologique, alors que Curaçao et Bonaire ont choisi une orthographe phonologique. Ainsi, l'orthographe est très différente entre Aruba et les deux autres îles, puisque la première est fondée sur l'origine historique du mot, alors que la seconde repose sur la prononciation. Par comparaison, le français (comme l'anglais) possède une orthographe étymologique (ex.: photographie), mais l'espagnol est phonologique (ex.: fotografia).  C'est ce qui explique l'opposition entre l'écriture en papiamento (orthographe étymologique) et en papiamentu (orthographe phonologique). Aruba parle le papiamento, mais Curaçao et Bonaire parlent le papiamentu.

Bref, le papiamento demeure la principale langue parlée dans trois îles différentes, avec deux écritures différentes; l'une pour Aruba, une autre pour Bonaire et Curaçao. Ce problème n'est pas banal, car il reflète l'identité culturelle des locuteurs et une certaine idéologie politique par rapport à la mère patrie. Des chercheurs de Curaçao ont prétendu que le papiamento provenait d'un créole portugais d'Afrique (papiamento), mais ceux d'Aruba ont plutôt cru qu'il venait d'un créole à base d'espagnol (papiamentu). Afin de maintenir la mère patrie «à distance», Curaçao a préféré une orthographe phonologique basée sur la prononciation. Ainsi, l'orthographe phonologique aurait contribué à assurer une identité culturelle plus forte à Curaçao et à Bonaire. Pourtant, c'est Aruba qui a obtenu son statut d’autonomie des Pays-Bas en 1986, soit avant toutes les autres colonies néerlandaises.

Depuis le 19 mars 2003, le papiamento a aussi été déclaré une langue officielle avec le néerlandais. L’anglais et l’espagnol restent des langues très répandues parmi la population locale. Du côté des affiliations linguistiques, mentionnons que le papiamento fait partie des créoles; le néerlandais et l'anglais, des langues germaniques ; l'espagnol, des langues romanes ; le filipino, des langues austronésiennes (malayo-polynésiennes occidentales) ; le chinois, des langues sino-tibétaines ; le turc, des langues altaïques.

Les Arubais sont catholiques dans une proportion de 82 %, puis protestants (8 %) ou évangélistes, témoins de Jéhovah, hindouistes, musulmans, confucianistes ou juifs.

3 Données historiques

Les premiers habitants d’Aruba étaient les Arawaks, plus précisément les Caiquetios, d’origine vénézuélienne. On croit que les premiers peuplements amérindiens remonteraient à l’an 1000 de notre ère.
 
Quelques siècles plus tard, les premiers Européens débarquèrent sur l'île d'Aruba. L'île d'Aruba a été découverte en 1499 (après Curaçao) par l’explorateur espagnol Alonso de Ojeda, mais les Espagnols considérèrent l’île d’Aruba comme utile; ils la désignèrent d’ailleurs comme étant une «isla inútil». Les Espagnols ont rapidement exporté (avant 1513) les Amérindiens vers Santo Domingo (République Dominicaine) et Haïti, où ils furent réduits à travailler dans les mines de cuivre ou de sel.

Durant près de 150 ans, Aruba resta un refuge pour les pirates et les boucaniers espagnols, qui pillaient les navires transportant des richesses dérobées chez les populations amérindiennes à destination de l’Europe. Par la suite, les Espagnols poursuivirent une colonisation très limitée en transformant l’île en un immense ranch; ils y introduisirent chevaux, ânes, moutons, chèvres, cochons, poulets, ainsi que des chiens et des chats. Au lieu de décimer complètement les Arawaks, comme il était de coutume à l’époque, les Espagnols permirent à beaucoup d’Arawaks de s’occuper du bétail. C’est ce qui explique que de nombreux Arubais d'aujourd'hui ont des ancêtres indiens. Il n’y eut pratiquement jamais d’esclaves noirs à Aruba, mais il y en a eu à Curaçao, l'île voisine. En effet, au cours du XVIe siècle, des esclaves furent amenés sur Curaçao et ceux-ci développèrent le créole papiamento afin de pouvoir communiquer entre eux et avec leurs propriétaires. Puis des missionnaires portugais et espagnols, des marchands hollandais, des commerçants sud-américains et des Amérindiens ajoutèrent de nombreux mots complémentaires au papiamento.

3.1 La colonisation hollandaise
 
En 1636, après une guerre de quatre-vingts ans avec l’Espagne, la Hollande s'empara d’Aruba. Après la cession de l'île au Hollandais, des juifs marranes (juifs espagnols convertis par force au catholicisme après 1492, mais qui continuèrent à pratiquer leur religion) fuyant les persécutions dans leurs pays vinrent s'installer dans l'île. Les Hollandais continuèrent l’élevage du bétail et Aruba devint une «réserve de viande» pour les autres possessions hollandaises dans les Antilles. Vers 1640, les colonisateurs hollandais permirent à la population indigène de vivre librement sur Aruba. Néanmoins, le dernier Arawak «pur sang» (ou «pur laine») mourut en 1862, tandis que les derniers indigènes à parler leur langue avaient déjà cessé de l’utiliser au début des années 1800; certains noms de lieu portent encore aujourd’hui un nom amérindien. En 1643, Peter Stuyvesant fut nommé gouverneur d’Aruba (ainsi que pour le reste des Antilles néerlandaises), un poste qu’il conserva jusqu'en 1647, mais c’est la Compagnie hollandaises des Indes occidentales qui administra ensuite la petite île.

Au cours des siècles suivants, les Hollandais conservèrent leur mainmise sur Aruba, sauf pour une brève période de domination anglaise entre 1805 et 1816, lors des guerres napoléoniennes. Pour les Hollandais, Aruba ne fut jamais une colonie importante, et ils administrèrent l’île depuis Curaçao, le centre politique de tous les colonies des Antilles néerlandaises. Comme les habitants provenaient de plusieurs origines ethniques, ils utilisèrent, dès le début de la colonisation, leur langue arawak (jusqu’à son extinction), le papiamento, l’espagnol, le néerlandais ou l’anglais.

En 1824, un berger découvrit les premières pépites d'or sur Aruba; la ruée vers l’or commença et se poursuivit avec un certain succès jusqu’en 1913. Des milliers de Vénézuéliens immigrèrent à Aruba, ce qui contribua à implanter de façon durable la langue espagnole. Ensuite, ce fut l’or noir. En 1924, commença le raffinage du pétrole venant du Venezuela, ce qui amena une ère de grande prospérité et une nouvelle arrivée d’hispanophones, d’anglophones et de francophones. En 1929, la Lago Oil and Transport Company, une filiale de la Standard Oil du New Jersey (plus tard Exxon), construisit l’une des plus grandes raffineries du monde au sud-est de l'île; la Eagle Oil Refinery en construisit une autre sur la côte ouest. Dès lors, beaucoup d'ouvriers provenant des Indes occidentales britanniques vinrent travailler dans la raffinerie de San Nicolas, ce qui contribua à la propagation d’un «anglais antillais», lequel prit la place du papiamento comme langue orale véhiculaire. Parallèlement, Aruba pratiqua la culture de l’aloès (plante aux feuilles acérées, charnues et cassantes) qui devint l’une des deux principaux piliers économiques en raison de la production de produits cosmétiques et pharmaceutiques.

Lors de la Seconde Guerre mondiale, on sait que les Pays-Bas furent occupés par l'Allemagne nazie à partir du 10 mai 1940. Le jour suivant, les Britanniques placèrent l'île d'Aruba sous leur «protection» avant de la laisser à leurs alliés américains, et ce, à partir du 16 janvier 1942 jusqu'à la libération des Pays-bas en 1945. Le 18 mars 1948, la Couronne hollandaise acceptait le principe de l'autodétermination pour Aruba. Les Antilles néerlandaises obtinrent leur autonomie le 29 décembre 1954 et Aruba fit partie de cet ensemble constitué, d'une part, des Îles-sous-le-Vent (Aruba, Bonnaire et Curaçao), d'autre part, des Îles-du-Vent (Sint-Maarten, Saba et Sint-Eustatius). Une constitution fut adoptée en avril 1955.

En 1985, l'essor pétrolier prit fin et le plus grand employeur du pays, Exxon (Esso), quitta l’île, et la précipita dans une grave crise économique. L’industrie touristique prit son l’essor et sauva le pays de la ruine. Aujourd'hui, cette industrie emploie près de la moitié de la population d’Aruba et reçoit entre 600 000 et un million de visiteurs, la plupart parlant espagnol, anglais, néerlandais, allemand, français, portugais, etc.

3.2 Le statut particulier d'Aruba

Le 12 mars 1983, des représentants de la Couronne hollandaise ainsi que de chacune des îles des Antilles néerlandaises acceptèrent le principe de l'autonomie de l'île d'Aruba, c'est-à-dire d'une autonomie par rapport aux Antilles néerlandaises, non par rapport au royaume des Pays-Bas. L'autonomie d'Aruba devint effective le 1er janvier 1986, l'île ne faisait plus partie des Antilles néerlandaises tout en demeurant une entité politique distincte au sein du Royaume des Pays-Bas. Dès lors, le Royaume était constitué de trois entités : Aruba, les Antilles néerlandaises (aujourd'hui dissoutes) et les Pays-Bas.

Suite à un référendum tenu en 1994, l’autonomie politique complète fut suspendue en 1996, mais Aruba bénéficie d’un Status Aparte, c'est-à-dire un statut particulier. En effet, Aruba a adopté sa propre constitution (1986) fondée à la fois sur la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, la Charte sociale européenne, la Charte du royaume des Pays-Bas et la Constitution des Antilles néerlandaises (aujourd'hui dissoute). Le Royaume des Pays-Bas conserve la responsabilité de la Défense et des Affaires étrangères. Quant au gouvernement d’Aruba, il est doté d’une Assemblée législative qui s’occupe de toutes les affaires intérieures. Aruba a un gouverneur nommé par la reine du Royaume des Pays-Bas pour un mandat de six ans; celui-ci représente le souverain sur l'île. En 2001, le tourisme accaparait quelque 35 % des emplois et 38 % du PIB de l'île. Toutefois, le gouvernement arubais cherche d'autres ressources pour une île qui n'exporte que son pétrole raffiné. Il tend à exploiter la rentabilité des paradis fiscaux.

Depuis le 10 octobre 2010, le Royaume des Pays-Bas se compose de quatre États autonomes (au lieu de trois): Aruba, Curaçao, Sint Maarten et les Pays-Bas. Les îles ne constituent pas des dépendances d'outre-mer dans le Royaume des Pays-Bas, mais des partenaires autonomes égaux au sein du Royaume, comme les Pays-Bas, et chaque entité possède une degré élevé d'autonomie interne. En fait, Aruba conserve le statut d'État qu'il avait depuis 1986.

4 La politique linguistique

La politique linguistique d'Aruba n'est pas inscrite dans la Constitution de janvier 1986, ni dans aucune loi. Il faut donc observer les pratiques en cours. Les langues officielles dans les faits (de facto) sont le néerlandais et le papiamento. Les seuls articles mentionnant le mot «langue» ("taal") sont les suivants:

Staatsregeling van Aruba

9 augustus 1985 (AB. 1985 no. 26)

Artikel I.1

Allen die zich op Aruba bevinden, worden in gelijke gevallen gelijk behandeld. Discri minatie wegens godsdienst, levensovertuiging, politieke gezindheid, ras, geslacht, kleur, taal, nationale of maatschappelijke afkomst, het behoren tot een nationale minderheid, vermogen, geboorte, of op welke grond dan ook is niet toegestaan.

Artikel I.5

3.
Een ieder, die zijn vrijheid is ontnomen, heeft het recht:

a. voorziening te vragen bij de rechter opdat deze op korte termijn beslist over de rechtmatigheid van zijn vrijheidsontneming en zijn invrijheidstelling beveelt, indien de vrijheidsontneming onrechtmatig is.

b. onverwijld in een taal welke hij verstaat, op de hoogte te worden gesteld van de aard en de reden van zijn vrijheidsontneming, van zijn recht te onthouden van antwoorden en van zijn bevoegdheid zich te doen bijstaan door een advocaat.

Constitution d'Aruba

Le 9 août 1985 (1985 AB, n° 26)

Article I.1

Quiconque se trouve à Aruba doit être traité de manière égale dans des conditions égales. Toute discrimination est interdite pour des motifs de religion, de croyance, d'opinion politique, de race, de sexe, de couleur de la peau, de langue, d'origine nationale ou sociale, d'appartenance à une minorité nationale, de fortune, de naissance ou pour tout autre motif que ce soit.

Article 1.5

3. Quiconque est privé de sa liberté doit avoir le droit:

a. d'engager une procédure devant un tribunal afin que celui-ci statue sans délai sur la légalité de sa détention et ordonne sa libération si la détention est illégale.

b. dans un délai raisonnable, dans une langue qu'il comprend, d'être informé de la nature et des motifs de sa détention, de son droit de s'abstenir de répondre, ainsi que d'obtenir l'aide et les compétences d'un avocat.

4.1 La langue de l'État

Le gouvernement arubais perpétue l'usage en vigueur depuis le début de la colonie. Le néerlandais est généralement la seule langue admise au Parlement local (à l'écrit), dans l'Administration, les tribunaux et l'éducation. En réalité, les habitants continuent de parler massivement leur créole local, que ce soit dans les tribunaux ou l'Administration, qui s'accommodent de la langue parlée par les insulaires.

4.2 L'éducation  

Le système éducatif d'Aruba est calqué sur celui des Pays-Bas, mais avec des adaptations, notamment au point de vue linguistique. Jusqu'à récemment, les écoles arubaises utilisaient le papiamento et le néerlandais comme langues d’enseignement dans les deux premières années du primaire. Devant le taux d'échecs très élevé des élèves, le gouvernement a conçu un nouveau programme appliqué depuis l'année scolaire 1998-1999. Dans le cadre de ce nouveau programme, la langue maternelle de la majorité de la population doit être le papiamento. Des équipes de linguistes et de pédagogues ont normalisé le papiamento écrit. D'ailleurs, depuis plusieurs années, les enseignants reçoivent une formation spécifique leur permettant d’enseigner cette langue. On veut également évaluer systématiquement les méthodes d’enseignement du néerlandais et proposer éventuellement de nouvelles méthodes d’enseignement de cette langue au premier cycle du secondaire. Afin de garantir aux élèves la possibilité de poursuivre des études supérieures, on ajoute, dès le primaire, l’enseignement de trois langues secondes: le néerlandais (3e année), l’anglais (4e année) et l’espagnol (5e année) sont obligatoires. Le français et l'allemand sont des matières facultatives au secondaire.

Aruba compte deux établissements d’enseignement supérieur : l’Université d’Aruba (UA) et le Collège d’élèves-maîtres (IPA). L’UA n’a pour le moment que des facultés de droit, de finances et d’économie. Moins de 200 élèves fréquentent ces établissements. L’IPA est en pleine restructuration. Le nouvel IPA devrait former les enseignants, offrir des cours de perfectionnement et faire de la recherche. En raison du choix limité en matière d’enseignement supérieur sur l’île, de nombreux étudiants vont étudier à l’étranger. La majorité d'entre eux vont étudier aux Pays-Bas, les autres vont généralement aux États-Unis.

Par ailleurs, la modification de la composition démographique de l'île a favorisé l'apparition de nouveaux problèmes pour les hispanophones. Ils demandent de plus en plus qu'on tienne compte de leurs besoins en faisant en sorte que leurs enfants reçoivent leur instruction dans leur langue maternelle à tous les niveaux de l'enseignement. Ce n'est pas pour rien que les minorités ethniques sont sous-représentées dans le domaine de l'éducation. Par, exemple, dans l'éducation post-secondaire, ils ne comptent que pour 2 % de la population scolaire, alors qu'ils devraient se situer autour de 15 %.

4.3 Les médias

Les médias semblent le reflet de la situation linguistique qui prévaut sur l'île.  En ce qui a trait aux médias écrits, trois sont en papiamento (Bon Dia, Diario et Awe Mainta) et trois en anglais (Aruba, Aruba Tradewinds Times et Visit Aruba). La radio locale (une dizaine de stations) rassemblent une diversité linguistique assez particulière. Les bulletins de nouvelles et la programmation générale sont diffusés en néerlandais, en papiamento, en espagnol, en anglais, en portugais, en anglais et parfois en d'autres langues. Les émissions de la seule chaîne sont diffusées en néerlandais, en papiamento, en espagnol et en anglais, selon la provenance de la production. Les émissions ne sont pas traduites si elle sont produites en anglais ou en espagnol. Les Arubais bénéficient aussi d'une station de télévision locale, Télé-Aruba, qui diffuse en papiamento. Ils peuvent aussi capter Télé-Curaçao et Télé-Bonaire. De plus, les stations de radio et de télévision du Venezuela peuvent être clairement reçues à Aruba, et de nombreux livres de littérature et des magazines en espagnol sont vendus sur l'île.

La politique linguistique d'Aruba, comme ailleurs dans les Antilles néerlandaises, en est une de pragmatisme. Elle est basée sur le multilinguisme de stratégie dans lequel le néerlandais, le papiamento, l’anglais et l’espagnol jouent un rôle complémentaire. L’histoire a fait en sorte que les insulaires ont inventé leur langue locale, le papiamento, la colonisation a imposé le néerlandais, mais la proximité des États voisins et les nécessités du commerce international ont imposé l’anglais et l’espagnol. Plutôt que de choisir l’une d’entre elles et risquer d’y perdre au change, les autorités ont préféré recourir à toutes ces langues.

Dans l’éventualité où l’anglais deviendrait l’une des langues officielles d’Aruba, le néerlandais risque de ne pas faire le poids et ne pas tenir le coup face à une langue aussi puissante. Les faits démontrent qu’une fois que l’anglais est admis comme langue officielle au sein d’un organisme international ou national, les Américains, souvent aidés des Britanniques, font tous les efforts nécessaires pour éliminer les autres langues qui ne deviennent plus que des véhicules de traduction. Dans toutes les multinationales américaines basées à l’étranger, l’anglais sert de véhicule obligatoire dans l’utilisation des méthodes comptables pour les rapports de fin d’exercice. Dans la plupart des cas, les compagnies américaines fournissent à leurs succursales des logiciels made in USA qui accompagnent la même documentation que celle disponible aux États-Unis. Manifestement, les Américains ignorent la plus-value de la langue du pays lorsqu’ils y font des affaires. C’est pourquoi la co-officialité de l’anglais aux côtés du néerlandais et du papiamento ne saurait que rendre précaire la situation du néerlandais à Aruba, comme aux Antilles.

Dernière mise à jour: 16 déc. 2015

Bibliographie

ALDRICH, Robert et John CONNELL. France's oversea's frontier, Cambridge University Press, Cambridge, 1992, 358 p.

BURAC, Maurice. Les Petites Antilles — Étude géographique des disparités régionales de développement, Presses Universitaires de Bordeaux, Bordeaux, 1989, tomes I (585 p.) et tome III (363 p.).

HARTOG, Johan. Curaçao Short History, trad. du néerlandais Virginia Gildeon Oenes, De Wit Stores N.V., Aruba (Antilles néerlandaises), 1979, 80 p.

MOREAU, Jean-Pierre. Les Petites Antilles de Christophe Colomb à Richelieu, Éditions Karthala, Paris, 1992, 320 p.

PAGES, R. et Jean-Baptiste DU TERTRE. Histoire générale des Antilles, Éditions des Horizons caraïbes, Fort-de-France, 1973, tome I (590 p.), tome II (506 p.), tome IV (340 p.).

WIEL, Keisha Irma. «Perceptions ont he Socail Status of Papiamentu in Contrast to its Official Significance in Aruba and Curaçao», Orlando (Floride), mémoire de maîtrise présentée pour le diplôme de Master of Arts au Département d'anthropologie du College of Sciences de l'University of Central Florida Orlando, session d'été, 2010.

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