[Oman]
Sultanat d'Oman

Oman

Saltanat 'Uman 

Capitale: Mascate 
Population: 2,7 millions (recensement 2010)
Langue officielle: arabe
Groupe majoritaire:  aucun
Groupes minoritaires: arabe omanais (45,9 %), arabe du Golfe (16,8 %), baloutchi du Sud (4,9 %), malayalam
(4,7 %), bengali (4,2 %), arabe dhofari (2,6 %), filipino (2 %), mehri (1,9 %), arabe égyptien (1,6 %), ourdou (1,5 %), farsi de l'Ouest (1,4 %), swahili 1,1 %), jibbali (0,9 %), pendjabi de l'Est, singhalais, arabe standard, sindhi, arabe soudanais, arabe shihhi, arabe leventin du Sud, arabe baharna, arabe taizzi-adeni, etc.
Système politique: État islamiste de monarchie absolue (sultan)
Articles constitutionnels (langue): art. 3 et 17 de la Constitution du 6 novembre 1996
Lois linguistiques: Loi sur la réglementation des télécommunications (2002); Loi omanaise du travail (2003); Loi sur la protection du droit d'auteur et droits afférents (2008).

1 Situation générale
 

Oman est un pays de 309 500 km² (France: 547 03 km²) situé dans le sud-est de la péninsule Arabique; s'étendant sur près de 1760 km le long du golfe d'Oman, à l'est, et s'ouvrant sur la mer d'Oman au sud, le pays est délimité au sud-ouest par le Yémen, à l'ouest par l'Arabie saoudite (désert de l'Ar Rub‘ al Khali) et au nord-ouest par les Émirats arabes unis. Oman est un sultanat, c'est-à-dire un État gouverné par un sultan (depuis le XVIIIe siècle).

Le territoire du sultanat comprend également la péninsule de Musandam, un cap stratégique dominant le détroit d'Ormuz, qui est coupé du reste du pays (70 km) par les Émirats arabes unis. Le sultanat d'Oman était appelé «sultanat de Mascate-et-Oman» avant 1970. La capitale du sultanat est Mascate. Le sultanat d'Oman constitue un carrefour entre la péninsule Arabique, l'Afrique et l'Asie.

Le sultanat d'Oman est divisé administrativement en six régions (plur.: mintaqat, singulier: mintaqah) et deux gouvernorats* (plur.: muhafazat, sing.: muhafazah) Ad Dakhiliyah, Al Batinah, Al Wusta, Ash Sharqiyah, Az Zahirah, Masqat, Musandam* et Zufar*. Le pays possède l'un des plus grands gisements terrestres de pétroles, mais aussi réserves de gaz naturel, du minerai de cuivre, du marbre, de l’or et du platine.

2 Données démolinguistiques

Au recensement de 2010, le pays comptait 2,69 millions d'habitants (des Omanais), dont 26 % de travailleurs étrangers, originaires du sous-continent indien et de l'Afrique de l'Est, et principalement établis dans les ports. Le sultanat d'Oman est multiethnique et multilingue.

2. 1 Les ethnies

Les ethnies autochtones sont les Arabes omanais (46,1 %) et les Arabes du Golfe (16,9 %), puis d'autres arabophones tels que les Dhofari, les Harsusi, les Hobyot, les Jibbali, les Luwati, les Mahra (Mehri) et les Baharnas. Les ethnies immigrantes sont les Baloutches, les Malayali, les Bengalis, les Philippins, les Ourdous, les Persans, les Zanzibaris, les Pendjabs, les Singhalais, les Arabes saoudiens, les Sindhis, les Arabes soudanais, les Arabes shihhi, les Arabes jordaniens, les Arabes yéménites, les Hindis, les Tamouls et les Goudjarates.

Ethnie Langue maternelle Affiliation linguistique Population %
Arabes omanais arabe omanais langue sémitique 1 200 000 45,9 %
Arabes du Golfe arabe du Golfe langue sémitique 441 000 16,8 %
Baloutches du Sud baloutchi du Sud langue indo-iranienne 130 300 4,9 %
Malayali malayalam famille dravidienne 125 000 4,7 %
Bengalis bengali langue indo-iranienne 112 000 4,2 %
Arabes dhofari arabe dhofari langue sémitique  70 000 2,6 %
Philippins filipino (tagalog) langue austronésienne  53 000 2,0 %
Mahra mehri langue sémitique  50 000 1,9 %
Arabes égyptiens arabe égyptien langue sémitique  42 000 1,6 %
Ourdous ourdou langue indo-iranienne  41 000 1,5 %
Persans (Iraniens) farsi de l'Ouest langue indo-iranienne  38 000 1,4 %
Zanzibarais swahili langue bantoue  29 000 1,1 %
Jibbali jibbali langue sémitique  25 000 0,9 %
Pendjabs pendjabi de l'Est langue indo-iranienne  22 000 0,8 %
Singhalais singhalais langue indo-iranienne  20 000 0,7 %
Arabes saoudiens arabe standard langue sémitique  18 000 0,6 %
Sindhis sindhi langue indo-iranienne  15 000 0,5 %
Arabes soudanais arabe soudanais langue sémitique  11 000 0,4 %
Arabes baharna arabe baharna langue sémitique 10 000 0,3 %
Arabes shihhi arabe shihhi langue sémitique  10 000 0,3 %
Arabes jordaniens arabe leventin du Sud langue sémitique  10 000 0,3 %
Arabes yéménites arabe taizzi-adeni langue sémitique    9 100 0,3 %
Hindis hindi langue indo-iranienne    8 704 0,3 %
Tamouls tamoul famille dravidienne    7 200 0,2 %
Luwati luwati langue indo-iranienne    5 000 0,1 %
Goudjarates gudjarati langue indo-iranienne    3 600 0,1 %
Kumzari kumzari langue indo-iranienne    3 000 0,1 %
Batahira bathari langue sémitique    1 000 0,0 %
Harsusi harsusi langue sémitique    1 000 0,0 %
Hobyots hobyot langue sémitique      100 0,0 %
Autres ethnies ---- ----- 591 700 22,6 %
TOTAL (2001)     2 610 000 100 %

2.2 Les langues

L'arabe moderne standard est la langue officielle du sultanat d'Oman. Il existe toutefois de nombreuses variétés de langue arabe (langues sémitiques): l'arabe omanais, l'arabe du Golfe, l'arabe saoudien, l'arabe soudanais, l'arabe shihhi, l'arabe jordanien, l'arabe yéménite, l'arabe dhofari, le harsusi, le hobyot, le jibbali, le kumzari, le luwati, le mehri et le baharna. Seuls les Arabes saoudiens (0,6 % de la population totale) parlent l'arabe classique comme langue maternelle. Pour les autres, l'arabe dit standard reste une langue écrite ou un véhicule de communication inter-ethnique.

La plupart des autres langues que l'arabe sont d'origine indo-iranienne: le baloutchi, le bengali, l'ourdou, le farsi, le panjabi, le cinghalais, le sindhi, l'hindi, le gujarati et le kumzari. Il existe aussi une langue dravidienne (le malayalam), une langue austronésienne (le filipino des Philippins) et une langue bantoue (le swahili des Zanzibarais).

Les langues numériquement les plus importantes sont, dans l'ordre décroissant, l'arabe omanais (45,9 %), puis l'arabe du Golfe (16,8 %), le baloutchi du Sud (4,9 %), le malayalam (4,7 %), le bengali (4,2 %), l'arabe dhofari (2,6 %), le filipino (2 %), le mehri (1,9 %), l'arabe égyptien (1,6 %), l'ourdou (1,5 %), le farsi de l'Ouest (1,4 %), le swahili 1,1 %), le jibbali (0,9 %), etc. Si la langue arabe standard sert de langue commune aux arabophones, c'est l'anglais qui peut tenir ce rôle pour les ethnies provenant du sous-continent indien.

Les Omanais sont, dans leur très grande majorité, de religion musulmane, mais, dès les débuts de l'islam, les tribus arabes du pays, s'opposant à Ali, quatrième calife et gendre du prophète Mahomet, adoptèrent l'ibadisme, une variante modérée du kharijisme, mouvement sectaire de l'islam s'opposant tant au sunnisme qu'au chiisme. Les trois quarts des Omanais sont toujours d'obédience ibadite, le quart restant appartenant à la branche sunnite de l'islam. En raison de l'importante minorité indienne, 13 % de la population totale sont hindouistes.

3 Données historiques

Les peuplements les plus anciens que l'on connaisse à Oman remontent au IIIe millénaire avant notre ère. Dans ce qui est aujourd'hui la province du Dhofar à Oman, les habitants de l'Antiquité entretenaient des relations commerciales avec la Mésopotamie, la Perse et l'Inde. Dominées brièvement par la Perse après 536 avant notre ère et soumises à l'islam et à l'arabisation au VIIe siècle de notre ère, les populations d'Oman se rallièrent, en 751, au kharijisme, un mouvement dissident à l'origine de l'assassinat d'Ali, quatrième calife et gendre du Prophète; ces tribus arabophones élurent leur premier imam. En dépit des tentatives du calife Haroun al-Rachid (763-809), le pays ne regagna jamais l'orthodoxie sunnite. Au Xe siècle, les qarmates conquirent le pays, occupé plus tard par les Seldjoukides.

3.1 L'empire d'Oman

Les marins omanais dominèrent le commerce avec l'Inde et l'Asie. Mais à partir du XVIe siècle, la concurrence européenne se fit plus rude. C'est ainsi que les Portugais s'emparèrent de Mascate en 1508, puis d'Ormuz en 1519. Ils contrôlaient ainsi le golfe Persique, mais durent lutter contre les Britanniques, les Hollandais et les Perses (Iraniens).

Toutefois, les Arabes d'Oman contraignirent les Portugais à quitter la région en 1650. De pays colonisé, Oman se transforma en pays colonisateur, reprenant aux Portugais toutes leurs possessions, dans le golfe Persique et jusqu'à la côte orientale de l'Afrique en face de Madagascar. Le sultanat d'Oman exerça une tutelle sur l'île de Zanzibar (Tanzanie) jusqu'au XIXe siècle. De là, les Omanais participèrent activement à la traite négrière. Certaines régions du sous-continent indien furent aussi soumises à la domination d'Oman. Les Omanais conquirent également Bahreïn sur les Perses, mais en 1737 ces derniers conquirent Oman, dont ils furent expulsés six ans plus tard par le sultan Ahmad ibn Saïd. L'un de ses descendants omanais renversa l'imam en 1793 et fonda le sultanat de Mascate; la dynastie demeurera au pouvoir jusqu'à nos jours.

Le contrôle de l'île de Zanzibar dans l'océan Indien par le sultanat d'Oman depuis Mascate devint effectif en 1698 lorsque le sultan construisit un fort à Zanzibar afin d'y consolider sa présence. La richesse de l'île, lieu de production d'épices et de transit de diverses denrées et de marchandises vers l'Asie et l'Europe, suscita les convoitises et entraîna des luttes de pouvoir continuelles. Zanzibar vivait alors de la culture de la datte, une denrée qui exigeait beaucoup de main-d'œuvre. Étant donné que les Omanais étaient musulmans et que leur religion interdisait la traite de musulmans, ils décidèrent d’avoir recours à des esclaves africains.

Avec des cargaisons annuelles de quelque 500 esclaves, l'île de Zanzibar atteignit rapidement des milliers d'esclaves, la plupart employés dans les plantations, bien que beaucoup  devenaient des domestiques ou des concubines ou étaient vendus en Inde ou en Perse. À partir de 1744, le sultan d'Oman, Ahmed bin Said al Busaidi (1710-1783) accorda une grande autonomie à Zanzibar en délégant ses pouvoirs à un gouverneur qui pouvait contrôler toutes les possessions omanaises de la côte africaine. Cette liberté de pouvoir profita énormément à la traite arabe. Entre 1830 et 1873, environ de 700 000 esclaves allaient être vendus sur le marché de Zanzibar.

En 1798, la Grande-Bretagne, qui voulait ainsi s'assurer le contrôle de la route des Indes, au détriment de la France, signa un traité d'amitié avec le sultan d'Oman. Sous le règne de Ahmad ibn Saïd (1804-1856), Oman développa ses possessions africaines. En 1840, la capitale du sultanat de Mascate fut même transférée à Zanzibar. Durant son règne, le sultan Ahmad ibn Saïd contrôlait un véritable empire comprenant, outre Oman, le sud de la Perse et le détroit d’Ormuz, une enclave dans ce qui est aujourd’hui le Pakistan, et surtout, sur la côte de l’Afrique, les îles de Zanzibar et de Pemba ainsi que des possessions s’étendant de Kilwa (Tanzanie) jusqu’à Mombasa (Kenya) au nord de Zanzibar. Alors que la langue officielle était l'arabe à Mascate (Oman), c'est le swahili qui dominait à l'île de Zanzibar. Occupant déjà une position stratégique sur la route des Indes, le sultan était courtisé à la fois par les Britanniques et par les Français (Napoléon III). À la mort de Saïd, en 1856, le pays fut divisé en deux royaumes, celui de Mascate-et-Oman et de celui de Zanzibar, qui allait passer sous protectorat britannique en 1890 (avant de faire partie de la Tanzanie en 1964).

En 1880, le sultanat de Zanzibar possédait une étendue considérable: il comprenait évidemment l'île de Zanzibar, mais aussi l'île de Pemba au nord, les îles de Mafia et de Kilwa au sud, ainsi que partie côtière de l'Afrique orientale. Quant aux frontières occidentales, les limites n'étaient pas fixées de façon précise.

Par le traité du 5 août 1890, signé par la Grande-Bretagne et la France, celle-ci consentait à reconnaître le protectorat anglais sur les territoires du sultan de Zanzibar, en échange de la reconnaissance de son protectorat sur Madagascar.

3.2 La protectorat britannique

En 1891, le sultanat d'Oman-et-Mascate devint un protectorat britannique. En 1885, la Compagnie de l'Afrique orientale allemande (en allemand : Deutsch-Ostafrikanische Gesellschaft) signait des traités de protectorat avec les chefs indigènes de l'Afrique orientale et, en quelques mois, elle s'emparait d'une bonne partie du littoral de l'océan Indien. C'est alors que la Grande-Bretagne créa de son côté la British East African Association, devenue l'Imperial British East Africa Company, tandis que le sultan de Zanzibar devint une victime collatérale des entreprises rivales entre l'Allemagne et la Grande-Bretagne.

Les Britanniques profitèrent de l'affaiblissement économique du sultanat, lié en partie à l'abolition du trafic d'esclaves à Zanzibar, et de la contestation menée par les tribus de l'intérieur. C'est à partir de ce moment que l'anglais pénétra dans l'Administration, surtout au plan international. En 1913, le rétablissement de l'imamat ibadite fut suivi d'une partition entre Mascate et Oman. La rébellion des tribus de l'intérieur, entraînées par l'imam Salim ibn Rachid, provoqua, de 1915 à 1920, une guerre civile et, à la demande du sultan, l'intervention des forces britanniques. Le même scénario se reproduisit en 1955, après la découverte de terrains pétrolifères dans l'oasis de Bureimi, mais cette fois l'événement prit une dimension régionale. L'ancien imam Ghaleb ibn Ali, qui prétendait au rétablissement de l'imamat et revendiquait des droits sur l'oasis, reçut le soutien de l'Arabie Saoudite, laquelle espérait étendre son territoire sur les abords orientaux du désert Rub al-Khali. L'Égypte et la plupart des États arabes soutinrent le sultan. La rébellion fut étouffée en 1957 avec l'appui des troupes britanniques.

3.3 Le sultanat d'Oman

En 1961, une nouvelle révolte éclata dans le pays, cette fois-ci dans le Dhofar à l'aide du Front populaire de libération appuyé par le Yémen. La guérilla fut vaincue grâce encore une fois à l'aide des Britanniques. Un nouveau conflit éclata en 1963 au Dhofar, où, armée par le Yémen du Sud, la Chine et l'Union soviétique, une guérilla marxiste s'opposa, jusqu'en 1975, au sultan Saïd ibn Taimour. Celui-ci, monté sur le trône en 1932, devait également compter avec ses héritiers. Il fut renversé par son fils, Qabus ibn Saïd, lors d'une révolution de palais en 1970. Lorsque Qabus ibn Saïd accéda au pouvoir en juillet 1970, le pays était miné par une guerre civile soutenue de l’extérieur, le sultanat restant isolé tant au plan régional qu'international. Le Sultanat n’avait d’autre politique que celle que lui concédait la Grande-Bretagne, à qui Saïd ibn Taymur s’en était entièrement remis. De plus, l’État était presque inexistant, car il ne disposait pas d'une administration propre. Enfin, le sultanat d’Oman demeurait le pays le plus pauvre de la péninsule Arabique. Néanmoins, le 6 octobre 1970, le sultanat fut admis au sein de la Ligue des États arabes et, le lendemain, au sein des Nations unies. Qabus ibn Saïd changea le nom de son pays qui devint le sultanat d'Oman et adopta un drapeau national; il pratiqua une ouverture modérée au monde moderne, contrairement à l'occidentalisation à outrance pratiquée dans les émirats voisins.

La question de la péninsule de Musandam, peuplée d'environ 15 000 habitants, refit surface lors de l’attribution de concessions pétrolières à des compagnies étrangères. Cette région était alors faiblement peuplée par trois groupes ethniques semi-nomades et la majorité des Shihuh, principale ethnie du Musandam prêtèrent allégeance au sultan d’Oman; c’est ainsi que la région se retrouva séparée du reste du pays par les Émirats arabes unis. C'est devenu une enclave omanaise en terre émirienne.

Le sultan Qabus ibn Saïd réussit à maintenir la politique d'indépendance de son pays et sa particularité au sein du monde arabe. Ainsi, Oman ne rompit jamais ses relations avec l'Égypte, après la signature d'un accord de paix entre ce pays et Israël, en 1979. De même, le sultan tenta constamment de maintenir des relations cordiales tant avec l'Irak qu'avec l'Iran. Oman ne participa que discrètement à la coalition anti-irakienne durant la guerre du Golfe. En septembre 1994, le sultan reçut la visite du ministre iranien des Affaires étrangères, Ali Akbar Velayati. Trois mois plus tard, contre l'avis de la plupart de ses partenaires du Conseil de coopération du Golfe, il reçut la visite officielle du premier ministre israélien, Yitzhak Rabin. Malgré cela, et bien que le sultanat n'ait pas boycotté la Conférence économique pour le Proche-Orient et l'Afrique du Nord qui s'est tenue à Doha en novembre 1997, ses relations avec Israël restèrent tendues. Un bureau de représentation diplomatique a été ouvert à Gaza le 22 juillet 1997.

La Loi fondamentale de 1996 (ou Constitution) correspond à une constitution octroyée par le souverain d'Oman: elle n’a fait l’objet d’aucune ratification populaire. Le texte précise que l’islam est religion d’État et que la Charia est à la source de la législation; la Constitution garantit un certain nombre de droits aux citoyens et la protection aux étrangers. De plus, une disposition précise que le régime est héréditaire, la succession étant limitée aux descendants mâles. Toutefois, le sultan n’a ni fils ni prince héritier désigné. La Loi fondamentale ne prévoit pas de contrôle de l’action du souverain, dont les attributions sont indiquées de manière non exhaustive.

Oman fait partie des pays producteurs de pétrole qui décidèrent en 1998 de réduire leur production, provoquant une hausse des tarifs pétroliers. Depuis lors, le pays est aux prises avec un grand nombre de travailleurs étrangers (les «expatriés»), qui dépasse le taux de croissance de l'économie. Les fonctionnaires omanais affirment que, pour la seule année 2000, quelque 67 000 nouveaux ouvriers sont arrivés à Oman, soit 34 % de plus que l'année précédente. Cette situation entraîne une remise en question de la politique d'immigration. Les étrangers, principalement du sous-continent indien, composent environ 25 % de la population du Sultanat.

En 2003, pour la première fois de son histoire, la Chambre basse du Conseil d'Oman fut librement élue. Aujourd'hui, le sultanat est plus prospère que jamais. En 2010, le revenu par habitant atteignait 25 000 $ US par année. Selon un rapport de l'ONU, les secteurs de la santé et de l'éducation ont nettement progressé : 85 % de la population, c'est-à-dire 2,8 millions d'habitants, est alphabétisée et instruite.

4 La politique linguistique

La politique linguistique du sultanat d'Oman semble relativement simple: la non-intervention. Depuis des centaines d'années, l'arabe classique est la langue officielle du pays, bien que la quasi-totalité des habitants n'ait jamais parlé cette langue religieuse et strictement écrite. Néanmoins, en raison du grand nombre de variétés d'arabes dans le pays, l'arabe classique sert de langue véhiculaire entre les Omanais. L'article 3 de la Constitution du 6 novembre 1996 proclame que l'arabe est la langue officielle de l'État: «L'arabe est la langue officielle de l'État.» L'article 17 de la Constitution correspond au principe de la non-discrimination:

Article 17

Tous les citoyens sont égaux devant la loi. Ils sont égaux quant à leurs droits et devoirs publics. Il n'y aura aucune discrimination entre eux basée sur le sexe, l'origine, la couleur, la langue, la secte, le domicile ou le statut social.

4.1 La langue de l'État

L'arabe classique est la langue de la législation; c'est dans cette langue que sont rédigées les lois, qu'elles sont discutées et promulguées. C'est également la langue des tribunaux, mais il est possible de recevoir l'aide d'un interprète si le justiciable ignore la langue officielle. Enfin, l'arabe est aussi la langue de l'Administration. Les documents écrits ne sont diffusés qu'en arabe et les fonctionnaires ne sont tenus de connaître que cette langue.

Le sultanat d'Oman est avare en lois à portée linguistique. L'une des rares à mentionner la langue est la Loi omanaise du travail (2003), qui prévoit qu'un contrat de travail doit être confirmé par écrit et formulé en arabe en deux exemplaires; une autre langue est possible en plus de l'arabe:

Article 21

Le contrat de travail doit être confirmé par écrit et formulé en arabe en deux exemplaires, un exemplaire pour chacune des parties. Si le contrat est rédigé dans une autre langue que l'arabe, au moins un exemplaire en arabe doit être annexé et approuvé par les deux parties au contrat, les deux faisant également foi.

Quant à la Loi sur la réglementation des télécommunications (2002) et la Loi sur la protection du droit d'auteur et droits afférents (2008), elles ne traitent pas d'une langue en particulier, que ce soit de l'arabe ou d'une autre langue.

4.2 L'éducation

Région Arabe
Muscat

55,4 %

Batinah-Nord

53,8 %

Batinah-Sud

52,7 %

Al Dakhiliya

58,3 %

Sharqiya-Nord

51,0 %

Sharqiya-Sud

58,6 %

Al Dhahirah

62,0 %

Dhofar

63,5 %

Al Wusta

47,0 %

Musandam

60,7 %

Sauf à l'université, l'unique langue d'enseignement est l'arabe, et ce, du primaire jusqu'à la fin du secondaire. Tous les établissements d'enseignement publics doivent introduire des cours d'anglais langue seconde à partir de la première années du primaire. Le programme d'études du cycle primaire englobe les disciplines suivantes: les études islamiques, la langue arabe, les mathématiques, les sciences générales, les études sociales, l'anglaise langue seconde, la culture physique, la musique et les beaux arts.

En général, la note de passage est de 50 % dans les différentes disciplines. Le tableau de gauche indique la moyenne des élèves omanais en arabe, selon les régions. Il existe aussi des écoles privées où la langue d'enseignement peut être l'arabe ou l'anglais.

L'Université sultane de Qaboos, située à Khoudh Al (environ à 50 km à l'ouest de Muscat), compte environ 12 000 étudiants dans les facultés de médecine, d'ingénierie, de science, d'agriculture, des arts, du commerce, d'économie et des sciences islamiques. Le gouvernement a accordé des permis à des université américaines et britanniques pour élaborer des programmes universitaires à Oman, dont la British School et l'American British Academy. C'est pourquoi l'acquisition d'une bonne connaissance de la langue anglaise est nécessaire, surtout dans les cours de science, car de nombreux cours ne sont disponibles qu'en cette langue.

4.3 Les médias

La plupart des médias ne sont disponibles qu'en arabe et en anglais. Ainsi, les grands journaux du pays tels que Al Watan, Al-Aqida et Oman Daily ne paraissent qu'en arabe, mais d'autres sont en anglais (MiddleXpress, Oman Daily Observer, Times of Oman et The Week). Par contre, la radio (Radio Sultanat d'Oman) et la télévision (Television Sultanat d'Oman) sont davantage diffusées en arabe. Selon des sources gouvernementales, environ 30 % des émissions de télévision sont achetées des sociétés de production internationales; beaucoup d'entre elles proviennent d'Europe et des États-Unis. En général, ces émissions sont doublées en arabe classique ou portent des sous-titres arabes. Les radios et télévisions étrangères captées à Oman sont normalement produites en arabe.

Bref, le sultanat d'Oman pratique une politique de valorisation de l'arabe classique aux dépens des langues locales pour lesquelles il s'agit en fait d'une politique de non-intervention. Dans ces conditions, il n'est pas surprenant de constater que certaines minorités, tant ethniques que religieuses, disent souffrir de discrimination en raison de leur appartenance ethnique, linguistique ou religieuse, surtout dans les domaines du travail et dans le secteur public. Seuls quelques établissements publics favorisent l'emploi en petit nombre de membres appartenant à des minorités. Dans la pratique, l'arabe standard et l'anglais restent des langues véhiculaires entre les ethnies du pays.

Dernière mise à jour: 04 juin 2016

Bibliographie

DUMORTIER, Brigite et Marc LAVERGNE. L'Oman contemporain: État - Territoire - Identité, Paris, Karthala, 2002, 300 p.
 
ENCYCLOPÉDIE MICROSOFT ENCARTA, 2007, art. «Oman», pour la partie historique.
 
GHUBASH, Hussein. Oman: Une démocratie islamique millénaire : la tradition de l'imâma : l'histoire politique moderne (1500-1970), Paris, Éditions Maisonneuve et Larose, 1998, 343 p.
 
SULTANAT D'OMAN. EFA: Year 2000 Assessment Report, Muscat, Ministry of Education / UNICEF, 1999.
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