Drapeau de l'Autorité palestinienne
L'Autorité palestinienne

Palestine

(Sous occupation israélienne)

Capitale: Jéricho (provisoire)
Population: 3,7 millions (est. 2005)
Langue officielle: arabe (de facto)
Groupe majoritaire: arabe palestinien (81,5 %)
Groupes minoritaires:  hébreu (16,1 %), arabe égyptien (0,9 %), arabe levantin de l'Est (0,5 %), arabe syrien ou levantin du Nord (0,3 %), néo-araméen de l'Ouest, italien, français, allemand, adyghéen, grec, tsigane domari, arménien, assyrien, arabe levantin du Sud, etc.
Système politique:  Territoire autonome sous occupation israélienne
(en attente d'être souverain)
Articles constitutionnels (langue):  art. 5 et 28 du projet constitutionnel de 2003
Lois linguistiques:  sans objet

1 Situation générale

La Palestine est d'abord une région historique dont les frontières ont fortement varié depuis l’Antiquité. À l'origine, la Palestine était située près de la côte orientale de la Méditerranée, en Asie Mineure. Elle englobait l'actuel État d'Israël, la bande de Gaza et la Cisjordanie. La superficie de la Palestine historique était de 27 009 km² (presque l'équivalent de la Belgique).

Aujourd'hui, la Palestine compte une portion de territoire près de la Méditerranée, la bande de Gaza (360 km²), et une autre partie, la Cisjordanie (5800 km²), appelée en anglais West Bank, sans oublier le fait qu'il existe de nombreux villages palestiniens en Israël même. La superficie de la Palestine actuelle est de 6160 km² Israël: 20 770  km²; Liban: km²; Jordanie: 92 300 km²; Égypte: 1 001 450 km².

Juridiquement, la Palestine n'existe pas comme État, indépendant ou non. Son statut n'est pas encore définitif. La Cisjordanie et la bande de Gaza, qui forment aujourd'hui la Palestine, font partie des «territoires occupés» par Israël. L'Autorité palestinienne est le nom de l'entité gouvernementale qui représente les habitants arabes de Cisjordanie et de la bande de Gaza. Cette entité a été créée en 1993 par les accords d'Oslo, afin de négocier avec Israël un accord final sur le conflit opposant les deux parties. Elle a un président et une assemblée élue au suffrage universel, une police et des représentants dans plusieurs pays. La capitale provisoire est Jéricho. L'Autorité palestinienne revendique Al-Qods (Jérusalem-Est) comme capitale du futur État palestinien.

Rappelons que l'Autorité palestinienne n'exerce actuellement que des pouvoirs limités dans une portion de la Cisjordanie (car il y a des enclaves de colonies juives) et que c'est le Hamas qui gère la bande de Gaza, un parti politique islamiste radical œuvrant pour l'instauration d'un État palestinien dans toute la région.

Les Territoires palestiniens, tous occupés par Israël (sauf Gaza depuis peu), se composent de deux zones séparées géographiquement par plus de 50 km:

1) la Cisjordanie, dont les 5800 km² (équivalant au sixième de la Suisse) sont enfermés entre Israël et la Jordanie, et qui comprend Jérusalem-Est  (72 km²); la Cisjordanie est bordée à l’est par la rive occidentale du Jourdain, à l’ouest par la «ligne verte», la frontière israélo-jordanienne avant l’invasion israélienne; la Cisjordanie un territoire aride qui n’offre pratiquement aucune ressource naturelle; dans ce territoire, vivent plus 2,5 millions de Palestiniens encerclés par les colonies juives;

2) la bande de Gaza (360 km²) fait frontière avec l'Égypte et s'étire sur quelque 55 km le long de la mer Méditerranée; cette région est composée d'un territoire de dunes de sables, où s’entassent environ 1,2 million de Palestiniens.

En Cisjordanie, les villes où l'Autorité palestinienne est responsable des affaires civiles et de la sécurité sont : Jénine, Tulkarem, Qalqiliya, Naplouse, Bethléem, Jéricho, Ramallah et Hébron.

Cependant, depuis la création d'Israël en 1948, la bande de Gaza (jusqu'à récemment) et la Cisjordanie ont toujours été occupés par les Forces armées d'Israël.  L'armée israélienne a évacué la bande de Gaza en août 2005, ainsi que les 21 colonies juives. La carte de gauche illustre ce qu'est la Cisjordanie en tant que territoire, en principe sous le contrôle de l'Autorité palestinienne. En fait, la discontinuité territoriale caractérise l’État palestinien «en gestation», divisé en différentes zones: les colonies juives de peuplement (en rouge), les zones sous contrôle de l'Autorité palestinienne (en vert) et les zones sous contrôle de l'armée israélienne (en rose et en mauve). Mais la Palestine est dirigée par deux factions rivales: le Fatah contrôle en principe la Cisjordanie; le Hamas, la bande de Gaza.

Les colonies juives semblent particulièrement en expansion dans Jérusalem-Est. La population totale des colons juifs est désormais de 436 000, dont 190 000 à Jérusalem et 246 000 en Cisjordanie. Comme on le constate, les Forces armées israéliennes se sont réservé des zones et des couloirs pour «protéger» les colonies de peuplement juives. Il devient alors difficile pour l'Autorité palestinienne d'exercer une contrôle efficace sur ses ressortissants. Depuis septembre 1993, l’État d'Israël a intensifié ses travaux d’infrastructure afin de consolider sa mainmise en Cisjordanie, aujourd'hui truffée de routes de contournement qui permettent, sans traverser les principales enclaves palestiniennes, de relier entre elles la plupart des colonies juives.

Pour ce qui est de la bande de Gaza, malgré la suppression des colonies juives, les Palestiniens (ou Gazaouis) restent soumis au contrôle effectif de l’armée israélienne qui a conservé la possibilité et le droit de pénétrer à volonté dans la bande de Gaza. La bande de Gaza est peut-être «libérée» à l’intérieur, mais elle est encore assiégée de l’extérieur, tout en étant contrôlé à l'intérieur par le Hamas. De fait, le retrait israélien a simplement transformé la bande de Gaza en une immense prison à ciel ouvert. En droit, il s'agit donc encore d'un «territoire occupé».

En juillet 2004, la Cour internationale de justice de La Haye affirmait que les «territoires occupés par Israël» sont soumis à sa juridiction territoriale «en tant que puissance occupante». Le nouveau statut des Palestiniens à l'ONU se situe entre celui d’«observateur» et celui de «membre», mais sans droit de vote. La délégation palestinienne siége dans la salle de l’Assemblée générale «immédiatement après les États non membres» (comme le Saint-Siège et la Suisse) et «avant les autres observateurs» auprès de qui ils se trouvaient jusqu’ici (comme la Croix-Rouge internationale).

2 Données démolinguistiques

La population de la Palestine était estimée en 2005 à 3,7 millions d'habitants, dont 2,5 millions en Cisjordanie et 1,2 million à Gaza. De ce nombre, 81,5 % des citoyens sont des Arabes palestiniens. Il sont suivis des Juifs (16,1 %), des Égyptiens (0,9 %), des Bédouins (0,5 %), des Syriens (0,3 %), ainsi que de quelques petites minorités telles que les Araméens, Tsiganes, Arméniens, Assyriens, Samaritains, etc. Il convient d'ajouter également les troupes d'occupations onusiennes comptant des Italiens, des Français, des Allemands, des Britanniques, des Américains, des Russes, des Roumains, etc.

Groupe ethnique Population Pourcentage Langue maternelle Religion
Arabes palestiniens 3 018 000 81,5 % arabe palestinien (levantin du Sud) islam
Juifs hébreux   598 000 16,1 % hébreu judaïsme
Arabes égyptiens     34 000 0,9 % arabe égyptien islam
Bédouins levantins     21 000 0,5 % arabe levantin de l'Est islam
Arabes syriens     11 000 0,3 % arabe syrien (levantin du Nord) islam
Araméens de l'Ouest      2 300 0,0 % néo-araméen de l'Ouest islam
Italiens      2 300 0,0 % italien christianisme
Français      2 300 0,0 % français christianisme
Allemands      2 300 0,0 % allemand christianisme
Adyghéens     2 000 0,0 % adyghéen Islam
Grecs     1 900 0,0 % grec christianisme
Tsiganes domari     1 400 0,0 % tsigane domari Islam
Arméniens     1 400 0,0 % arménien christianisme
Assyriens       700 0,0 % assyrien christianisme
Samaritains       600 0,0 % arabe levantin du Sud religion ethnique
Russes      500 0,0 % russe christianisme
Britanniques      400 0,0 % anglais christianisme
Américains      400 0,0 % anglais christianisme
Roumains      300 0,0 % roumain christianisme
Autres  1 000 0,0 % ---- ---
Total 2005 3 702 000 100 %    

La majorité des habitants de la Palestine parle l'arabe palestinien comme langue maternelle. Cependant, tous n'écrivent qu'en arabe classique. L'arabe parlé par les Palestiniens est également appelé arabe levantin, arabe levantin du Sud (par opposition au levantin du Nord de la Syrie et du Liban) ou encore arabe jordanien. Autrement dit, l'arabe palestinien et l'arabe jordanien sont similaires, bien que certaines différences soient sensibles, notamment entre l'arabe dialectal parlé à Amman et l'arabe dialectal de Jéricho. Il existe d'autres arabophones en Palestine: l'arabe égyptien, l'arabe levantin de l'Est, l'arabe syrien.

N'oublions pas que la quasi-totalité des Palestiniens vit dans des en territoires occupés. Dans ces conditions, les Palestiniens voient se dégrader progressivement les infrastructures dont ils dépendent, notamment avec un système de santé et un système d'éducation déficients. La Cisjordanie est «cantonisée» par les colonies juives, ce qui limite et complique les transports des biens et des personnes aux prises avec d'innombrables contrôles militaires. L’accès aux administrations, aux hôpitaux et aux établissements d'enseignement est devenu aléatoire, encore davantage avec la construction du Mur. D'un jour à l'autre, tous ceux qui travaillent dans les colonies ou en Israël peuvent perdre leur emploi. En raison du fort taux de chômage (40 % en Cisjordanie, mais 50 % à Gaza), un travailleur doit nourrir plus de six personnes, alors que plus de la moitié de la population vit avec moins de deux dollars par jour. Les Palestiniens vivent à l'heure de la «tiers-mondisation» et de la paupérisation dans des frontières constamment bouclées, que ce soit en direction d’Israël ou des pays arabes voisins.  Non seulement plus de 50% de la surface des terres est confisquée par Israël, mais les Israéliens ont réquisitionné 90 % de l'eau pour leurs besoins.

La population palestinienne est caractérisée par une fertilité exceptionnellement élevée avec 5,8 enfants par femme en Cisjordanie et 7,8 dans la bande de Gaza, contre 4,9 en Jordanie, 4,3 en Égypte et 2,3 au Liban. Ainsi, la population de la Cisjordanie et de Gaza a presque triplé en trente ans. À cela s'ajoute une faible mortalité et une espérance de vie relativement longue, soit 73 ans pour les femmes et 69 ans pour les hommes. On comprend pourquoi Israël veut tant peupler les colonies juives. Ariel Sharon, du temps qu'il était premier ministre, avait déclaré après une rencontre avec le président américain Georges W. Bush : «Nous avons obtenu que les grands blocs de population juive de Cisjordanie resteront en place» (comprendre «même en cas de retrait de l'armée»).

2.1 Les réfugiés palestiniens

Il faut considérer aussi que plus de deux millions d'Arabes palestiniens sont dispersés en Jordanie, au Liban et en Syrie, sans compter ceux qui résident en Israël. Ils attendent un retour éventuel dans leur patrie d'origine. Le tableau ci-dessous montre le nombre total des réfugiés, le nombre de ceux vivant dans des camps et le nombre de ces camps en Jordanie, au Liban et en Syrie:

Pays d'intervention de l'UNWRA
au 1er juin 1999
Nombre de camps Nombre total de réfugiés Nombre de réfugiés dans les camps
Jordanie 10 1 541 405 277 555
Liban 12 373 000 208 223
Syrie 10 378 382 110 427
Total 59 2 292 787 596 205

Source : UNWRA (Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine au Proche-Orient)

Il conviendrait également de compter de nombreux réfugiés palestiniens en Irak (env. 75 000), en Égypte (plus de 40 000), en Arabie Saoudite (274 000), au Koweït (35 000), d'autres États arabes (112 000) et d'autres pays (220 000), sans oublier les aux États-Unis (175 000).

En somme, la population palestinienne totale s'élève à environ huit millions, mais seuls 3,7 millions se trouvent en Cisjordanie et Gaza. Le reste du peuple palestinien habite des camps de réfugiés dans les pays arabes voisins ou constitue une diaspora. Autrement dit, sur une population palestinienne mondiale estimée en 2004 à plus de huit millions (y compris les Arabes d’Israël), 4,2 millions étaient classés par l’ONU dans la catégorie des réfugiés.

2.2. Les autres communautés

Les Juifs installés en Palestine parlent surtout l'hébreu, bien que de nombreux colons juifs parlent l'une ou l'autre des langues occidentales (telles que l'anglais, le français, le russe, etc.). Les Adyghéens sont des Caucasiens parlant l'adighéen (langue caucasienne). Les Samaritains (env. 600 individus) parlaient jadis l'hébreu samaritain, une langue chamito-sémitique, mais cette langue est considérée aujourd'hui comme éteinte, car l'hébreu samaritain ne sert plus que comme langue liturgique dans de rares occasions. Les Samaritains qui vivent en Palestine parlent l'arabe palestinien, alors que ceux qui résident à Tel-Aviv parlent maintenant l'hébreu.

Pratiquement tous les Arabes palestiniens sont des musulmans sunnites. En Cisjordanie, 80 % des habitants sont musulmans, contre 12 % de juifs et 8 % de chrétiens; à Gaza, 99 % sont musulmans, les autres, chrétiens (0,7 %) et juifs (0,3 %). 

3 Données historiques

Les premiers habitants connus de la Palestine historique furent les Cananéens, qui n'ont rien de commun avec les Palestiniens arabophones actuels. Le terme de Cananéen peut être considéré comme un synonyme du mot Phénicien. D'ailleurs, le terme Phénicie est la traduction grecque (< Phoenicia signifiant «pourpre») du mot Canaan. Les deux peuples, les Phéniciens et les Cananéens, parlaient la même langue et avaient les mêmes dieux. Originaires d'Égypte, les Cananéens occupèrent la Palestine et l'actuel Liban au IIIe millénaire avant notre ère. Les fondateurs des cités telles que Tyr, Sidon, Byblos, Jéricho, etc., seraient des Cananéens. Ils y développèrent l'artisanat, notamment le travail du cuivre et celui de la fonte du bronze. Les Cananéens demeurèrent en relation avec les Égyptiens de l'Ancien Empire, mais ils multiplièrent aussi les contacts avec la Mésopotamie. Parce qu'ils maîtrisaient l'écriture cunéiforme, les scribes cananéens transcrivirent aussi bien l'akkadien, la langue internationale de l'époque, que le sumérien ou leur propre langue sémitique cananéenne. Afin de pallier les difficultés de l'écriture cunéiforme, les Cananéens mirent au point un système d'écriture hiéroglyphique comportant une centaine de signes. Les Cananéens parlaient une langue sémitique remarquablement proche de l'hébreu, comme d'ailleurs le babylonien, l'ougaritique, le moabite, le samaritain, le punique, l'araméen, l'assyrien, le chaldéen, l'édomite et l'amorrite.

Comme la Palestine était une voie de passage privilégiée entre Asie et Afrique orientale, sa situation en fit un carrefour des influences religieuses et culturelles de l’Égypte, de la Syrie, de la Mésopotamie et de l’Asie mineure. Néanmoins, la Palestine resta dominée par l’Égypte. Les envahisseurs, notamment les Amorites (ou Amorrhéens), les Hittites et les Hourrites, furent progressivement battus par les Égyptiens et se fondirent finalement dans le peuple cananéen. Avec l’affaiblissement du pouvoir égyptien au XIVe siècle avant notre ère, les Hébreux et les Philistins apparurent comme de nouveaux envahisseurs en Palestine.

D'ailleurs, le mot Palestine provient de plusieurs transformations d'un mot servant à désigner les Philistins: Pereset de l'égyptien, Palastu de l'assyrien, Pelishtîm de l'hébreu. Au Ve siècle avant notre ère, l'historien grec Hérodote employait le mot Palaistinè (pour «Palestine»), une région qu'il situait entre la Phénicie (le Liban actuel) et l'Égypte. C'est ce qui explique qu'au IIe siècle de notre ère l'empereur Hadrien créera une région qu'il nommera Provincia Palestina, désignée du seul nom de Palestina à partir du IVe siècle jusqu'à nos jours. Bref, on ignore l'origine exacte de ce nom, mais on sait qu'il fait référence aux Philistins, d'abord sous sa forme assyrienne ou égyptienne, puis répandue par la suite par les Grecs, ensuite par les Romains.

3.1 Le royaume d’Israël

Il semble que les premiers Israélites se soient installés dans la région de la Palestine vers 1200 avant notre ère, soit avant que Moïse ne libère son peuple de l’esclavage et ne le conduise hors d’Égypte. À l’époque du roi David, vers -1000, Jérusalem est encore un petit village entouré d’une population rurale très dispersée, soit environ 5000 habitants répartis sur une vingtaine de sites. La croissance de cette population fut assez lente et régulière, et elle se poursuit sous le roi Salomon, mais Jérusalem resta une agglomération de taille modeste.

Les Israélites durent combattre non seulement les Cananéens, mais aussi les Philistins et les Moabites. La bataille contre les Philistins fut particulièrement ardue. Les Philistins faisaient partie des «peuples de la mer». Venus de la Crète, leur langue était certainement apparentée aux langues grecques qu'on parlait alors en Grèce et à l'ouest de l'Asie mineure. Les Philistins s'étaient installés sur la côte de la Méditerranée, vers 1200 avant notre ère, dans la région qui est aujourd'hui la bande de Gaza. Ils fondèrent même un État indépendant sur la côte est de la Palestine et contrôlèrent un certain nombre de villes dans le Nord et dans l’Est. Le mot «Palestine» (dérivé de «Philistin») servait à désigner le pays des Philistins. La menace constante des Philistins força les Israélites à s’unir et à fonder une monarchie. Au Xe siècle avant notre ère, une dynastie fut établie par David, roi d’Israël, qui réussit à vaincre les Philistins; par la suite, ceux-ci furent progressivement assimilés par les Cananéens. Puis les Israélites et les Cananéens se sont mélangés et ont adopté certaines de leurs coutumes.

Sous le règne du roi Salomon, fils et successeur de David, le peuple d'Israël put jouir de la paix et de la prospérité. Cependant, à la mort du roi Salomon (en 931), le royaume fut divisé en deux États: d'une part, les Israélites, les descendants du patriarche Jacob, fondèrent Israël (appelée aussi «Palestine») au nord, d'autre part, les Judéens (les Juifs) fondèrent la Judée (royaume de Juda) au sud.

En 722-721, la Palestine (Israël) tomba aux mains des Assyriens conduits d'abord par Salmanazar V, ensuite par Sargon II, alors que la Judée fut conquise par les Babyloniens (Nabuchodonosor) en 586, lesquels détruisent Jérusalem et déportèrent vers l'Égypte toute l'élite économique et politique juive, environ 20 000 personnes. Le royaume de Juda fut rattaché à la Samarie et devint une province babylonienne.

C'est à cette époque que le nom de Juifs servira à désigner les anciens Israélites. D'un point de vue étymologique, un Juif est un Judéen (de la tribu de Juda), c'est à dire un Hébreu ou plutôt un converti vivant selon les lois, coutumes et croyances du royaume de Judée (dont la capitale était Jérusalem), du moins selon ce qui est rapporté dans la Bible hébraïque. Les Grecs employèrent Ioudaoi (Ioudaioi) pour désigner les Juifs; les Romains les appelèrent Judaei. Plus tard, les Arabes diront Yahoûd. Mais tout ce monde faisait encore partie de la région qu'on continuait d'appeler la Palestine.

3.2  La domination perse

En 539 avant notre ère, Cyrus le Grand, roi de Perse, fit la conquête de Babylone et de ses provinces, dont la Samarie. Il autorisa les Israélites à retourner en Palestine, notamment en Judée, devenue l’un des districts de la Palestine. Sous la domination perse, les Israélites obtinrent une grande autonomie. Ils rebâtirent les murs de Jérusalem et codifièrent la loi mosaïque, la Torah, qui devint un code d’observations de la vie sociale et religieuse.

Les souverains achéménides perses avaient adopté l'araméen comme langue officielle et administrative. Cette langue se propagea en Palestine; en Judée, elle prit une importance de plus en plus grande aux dépens de l'hébreu, qui commença à péricliter. La Palestine devint officiellement la Phénicie, pour quelque temps.

3.3  La domination grecque

Après la Perse, ce fut la Grèce, lorsque Alexandre le Grand conquit la région en 333 avant notre ère. La domination grecque se terminera seulement en 63 avant notre ère. Au cours de cette période, de nombreux Grecs vinrent s'installer en Phénicie (Palestine) à un point tel que les Juifs devinrent minoritaires. Ces derniers furent fortement influencés par la culture grecque, que ce soit au point de vue social, linguistique, philosophique ou même religieux. De plus, beaucoup de Juifs quittèrent le pays pour aller habiter dans des cités grecques, notamment depuis la mer Noire jusqu'à la mer Égée, mais davantage dans la nouvelle capitale d'Égypte, Alexandrie (fondée par Alexandre le Grand en 331). Ces importants mouvements de population furent désignés par le mot diaspora (en grec: «dispersion»). Même la Bible commença à être traduite en grec; ces livres formeront la Septante, livre destiné aux Juifs d'Alexandrie hellénisés. 

Les successeurs d’Alexandre, les Ptolémées d’Égypte et les Séleucides de Syrie, continuèrent de contrôler le pays, mais la Palestine devint l'enjeu de conflits incessants entre l'Égypte et la Syrie. Les Séleucides, surtout le roi Antioche III de Syrie, tentèrent d’imposer la culture et la religion hellénistiques à la population locale; il voulut remplacer le judaïsme par l'hellénisme. En 167 avant notre ère, le roi Antioche IV de Syrie interdit la religion juive et remplaça dans le Temple sacré l'autel de Yahvé par un autel consacré à Zeus. Sous la direction du prêtre Mattathias et de ses fils, les Maccabées, le soulèvement juif s'organisa. À la suite d'un dur conflit militaire, les Maccabées firent appel aux Romains, qui sortirent victorieux. En Palestine comme partout au Proche-Orient, le grec était devenu la langue internationale. Les manuscrits dits de la mer Morte datent de cette période. Ces manuscrits rédigés en hébreu sont près de mille ans antérieurs aux plus anciens textes connus jusqu’alors; ils présentent un intérêt certain pour la science biblique.

3.4 Une province romaine

Les Romains s'implantèrent dans la région et laissèrent les Hébreux fonder un État indépendant (141-63) qui prit la forme d'une dynastie monarchique et sacerdotale hasmonéenne. Progressivement, la Palestine devint l'objet de conflits entre princes hasmonéens (Hyrcan II et Aristobule II). En 63 avant notre ère, après le siège de Jérusalem, le général romain Pompée (Cnaeus Pompeius Magnus) entra dans Jérusalem. Celui-ci fit de la Palestine une province romaine — la Judée — gouvernée par des rois hébreux. C’est sous le règne du roi Hérode (37-4) que naquit Jésus Christ, à l'origine du christianisme.

À cette époque, la population de la Palestine était peuplée majoritairement par des Grecs, alors que les Juifs ne représentaient que le quart ou le tiers des habitants. En plus de ces deux grandes communautés, il y avait aussi des Arabes et des Nabatéens (Arabes nomades) dans le sud de la Palestine. Le grec, l'araméen, le latin et l'hébreu restaient les seules langues écrites dans la région, car l'arabe ne s'écrivait pas.

Les Romains mâtèrent facilement les révoltes juives de 66 à 73 et de 132 à 135, puis expulsèrent les Juifs pratiquants hors de la région qu'ils nommèrent Palaestina Syria, c'est-à-dire la «Syrie philistine», le royaume de Judée étant définitivement aboli. La ville de Jérusalem fut déclarée «cité romaine» et interdite aux Juifs sous peine de mort. Néanmoins, plusieurs communautés juives se réfugièrent en Galilée, au nord de la Palestine, notamment au lac de Tibériade (mer de Galilée).

Quant à la communauté juive d'Égypte, estimée à 300 000 individus, elle fut exterminée entre 115 et 117 par les soldats romains de Trajan et par les citoyens grecs d'Alexandrie.

Progressivement, le christianisme ses répandit dans la majeure partie de la Palestine. L’empereur romain Constantin Ier légalisa cette religion en 313 par les édits de Milan. Les chrétiens devinrent de plus en plus puissants, puis majoritaires, dans la région devenue byzantine. La Palestine byzantine connut un âge d’or économique, politique et culturel, alors l'Empire d'occident disparaissait. La population de la Palestine byzantine était composée de colons romains, de Juifs convertis au christianisme, de divers peuples amenés par les Romains et de petites communautés arabes et d'une petit groupe de Samaritains. Jusqu'à cette époque, les Arabes ne formaient que de petites communautés minoritaires en Palestine. La domination byzantine allait s’achever lorsque les armées arabes envahirent le pays et prirent Jérusalem en 638.

3.5 La conquête arabe

Avec la conquête arabe, commença une période de treize siècles de présence musulmane en Palestine. Les Arabes divisèrent la province d'ash-Sham («Syrie») en cinq districts (jund), dont l'un conserva le nom de Palestine (Filastīn) et s'étendit du Sinaï jusqu'à Akko (future Saint-Jean-d'Acre); la capitale locale fut d'abord Ludd (Lydda / Lod) puis, dès 717, ar-Ramlah (Ramallah) et, plus tard, Jérusalem qui devient la troisième ville sainte de l’islam.

Au cours du premier siècle après la conquête arabe, le calife et les gouverneurs de la «Syrie» ont régné entièrement sur des habitants chrétiens et juifs. Les seuls Arabes à l'ouest du Jourdain étaient les Bédouins installés avant la conquête arabe, si l'on fait exception des soldats qui formaient les garnisons militaires. Les Palestiniens, juifs comme chrétiens, ne furent pas dans l'obligation de devenir musulmans. On peut croire qu'il s'agissait d'un acte de tolérance de la part des conquérants musulmans, mais en réalité cette «concession» correspondait à une conviction fondamentale de l'islam: les juifs et les chrétiens devaient être considérés comme des individus appartenant à une «classe inférieure» possédant un statut particulier de dhimmi («protégés»).

Ce statut de dhimmi obligeait non seulement les chrétiens et les juifs à payer un impôt particulier par tête, mais aussi à être bannis de l'administration publique, à se faire interdire de construire de nouveaux temples (synagogues et églises) et d'employer obligatoirement des travailleurs musulmans. C'est pourquoi, après plus d'un siècle, la majorité de la population avait adopté l'islam. La plupart des Palestiniens, chrétiens comme juifs, qui parlaient l'araméen, finirent par adopter non seulement la langue arabe, mais aussi la religion islamique.

Malgré les nombreux conflits politiques et les luttes dynastiques pour le pouvoir, le pays profita de la prospérité de la civilisation islamique et son âge d’or dans les sciences, les arts, la philosophie et la littérature. Les musulmans prirent soin de préserver les connaissances léguées par les Grecs et développèrent de nouveaux domaines de connaissance, ce qui allait contribuer plus tard au succès de la Renaissance en Europe. Le géographe arabe Muqaddasi, né à Jérusalem en 942, considérait en 985 que la Palestine s’étendait de la plaine côtière à la steppe, à travers la montagne, puis la dépression du Jourdain. Il se plaignait qu'«à Jérusalem la grande majorité de la population est juive» et déplorait que «la mosquée est vide des adorateurs». Cela signifiait que les Arabes ne constituaient encore qu'un minorité de la population, du moins à Jérusalem. Mais la langue arabe s'était pourtant implantée partout en Palestine. Au Xe siècle, la dynastie régnante des Fatimides s'opposa aux attaques turques, bédouines et byzantines.

3.6 Le temps des croisades

À partir de 1096 jusqu'à 1099, eut lieu la première croisade des chrétiens. La Palestine était alors appelé «Terre sainte» par les chrétiens.  Le nom de «Palestine» perdit sa valeur officielle sous le gouvernement des Croisés, qui créèrent un nouvel État: le Royaume latin de Jérusalem. Après la défaite et le départ des Croisés (XIIe et XIIIe siècles), les jund arabo-musulmans furent réintroduits. La communauté juive redevint plus nombreuse, notamment dans les villes côtières. Lors du régime des Croisés, le français, l'allemand et l'anglais ont été largement employés dans l'organisation administrative. Toutefois, la langue de communication quotidienne resta l'arabe dans toute la région.

À la fin du XIIIe siècle, la «Syrie» fut divisée en neuf «royaumes», dont les royaumes de Gaza (avec Askalon et Hébron), Karak (avec Jaffa), Safed (avec Acre, Tyr et Sidon) et Damas (avec Jérusalem au sud). Au milieu du XIVe siècle, l'appellation «Filastin» redevint le nom officiel du district avec pour chef-lieu Jérusalem; Tibériade devint le chef-lieu d'un autre district, celui de Hauran. Au cours de cette période, la Palestine accueillit des réfugiés arabes chassés par l’arrivée des Mongols en Irak et en Syrie; vers la fin du XVe siècle, ce fut le tour de nombreux réfugiés juifs chassés d’Espagne. Beaucoup d’entre eux s’installèrent en Galilée. Cependant, à la fin de la domination arabe, il ne restait plus que quelques milliers de Juifs en Palestine.

3.7 La domination turque / la province de Damas

Lors de la victoire des Turcs ottomans sur les Mamelouks égyptiens en 1517, la Palestine allait devenir turque et faire partie de l'Empire ottoman jusqu'à l'hiver...  de 1917-1918. Le pays fut divisé en quatre districts administrativement rattachés à la «province de Damas» et gouvernés depuis Istanbul. Le district de Jérusalem fut placé entre les mains de Palestiniens arabisés, descendant des Cananéens et des colonisateurs successifs. Le nom de Palestine perdit sa dénomination officielle pour «province de Damas» (Dimashq al-Shâm), mais la population locale continua d'utiliser familièrement et officieusement Filastin. Le turc devint la langue officielle de l'administration, alors que l'arabe restait la langue de la majorité de la population locale.

Malgré la mainmise turque et musulmane sur la région, les communautés chrétiennes et juives conservèrent une certaine autonomie. La Palestine bénéficia de la prospérité de l’Empire ottoman au cours du XVIe siècle, mais déclina lentement au cours du siècle suivant. Ce déclin eut des répercussions sur le commerce, l’agriculture et la démographie, et il se prolongea jusqu’au XIXe siècle. Au début du XIXe siècle, la population de la Palestine avait été réduite de la moitié par rapport à ce qu'elle avait été au XVIe siècle; il ne restait environ que 250 000 habitants, dont environ quelque 10 000 juifs et quelques milliers de chrétiens, mais la région restait massivement arabo-musulmane.

C'est à cette époque que les puissances européennes s'installèrent au Proche-Orient parce qu'elles étaient à la recherche de matières premières et de marchés, sans oublier les besoins de stratégie militaire. Au cours des années 1880, des colons allemands et des immigrants hébreux apportèrent des machines modernes et des capitaux nécessaires au développement du pays. On estime que la Palestine abritait quelque 24 000 Juifs, alors que la population totale s'élevait à quelque 400 000 habitants; les langues les plus utilisées étaient l'arabe palestinien et le turc. Le gouvernement ottoman imposa de sévères restrictions à l'immigration et à l'achat de terres par les Juifs. La province de Damas fut progressivement appelée par les Turcs Arz-i Filistin («terre de Palestine») pour désigner la zone située entre la Méditerranée et le Jourdain.

Malgré les ordonnances (les «rescrits» impériaux ottomans) obligeant les autorités locales de fonder des écoles qui incorporaient des élèves de toutes confessions religieuses et malgré une loi générale de l’Empire ottoman de 1869 exigeant une instruction obligatoire d’au moins trois ans pour tous les «citoyens ottomans», les élèves des écoles publiques de la province de Damas demeurèrent majoritairement musulmans, car les les chrétiens et les juifs préféraient envoyer leurs enfants dans les différentes écoles missionnaires occidentales.  À la veille de la Première Guerre mondiale (1914), la Palestine comptait plus de 700 000 habitants, dont 570 000 Arabes musulmans, 75 000 Arabes chrétiens et 60 000 Juifs. 

3.8 Le mandat britannique (1922-1948)

Lors de la Première Guerre mondiale, la Grande-Bretagne, la France et la Russie décidèrent en secret de se partager le Proche-Orient. Ces grandes puissances croyaient que la Palestine constituait un cas particulier en raison de l’enjeu symbolique des lieux saints et que la région devait bénéficier d’un statut international, ce qui sera fait en 1916 lors des accords de Sykes-Picot.

En 1917, les Britanniques s’emparèrent de Jérusalem et forcèrent l’Empire ottoman à la capitulation. Par le traité de Sèvres de 1920, l'Empire ottoman fut démantelé et perdit ses territoires arabes du Proche-Orient. La Société des Nations (SDN) plaça alors la Palestine (Jordanie et Israël actuels), la Syrie du Sud (Transjordanie) et l'Irak sous mandat britannique, tandis que la France obtenait le contrôle du Liban et de la Syrie. Les Britanniques furent chargés de la défense et de la sécurité du territoire palestinien, de l'immigration, du service postal, des transports et des installations portuaires.

En même temps, lors de la déclaration Balfour de 1917, la Grande-Bretagne promit aux juifs, dont l’aide apportée à l’effort de guerre avait été précieuse, un «foyer national» juif. Cette promesse fut par la suite ajoutée dans le mandat conféré à la Grande-Bretagne par la Société des Nations en 1922. Le terme de Palestine redevint alors en usage. L'article 22 du mandat traitait des trois langues officielles:

Article 22

L'anglais, l'arabe et l'hébreu seront les langues officielles de la Palestine. Toute déclaration ou inscription en arabe sur des timbres ou de la monnaie en Palestine doit être répétée en hébreu et toute déclaration ou inscription en hébreu doit être répétée en arabe.

Le statut des langues a été défini par la Grande-Bretagne dans l'ordonnance prise en Conseil privé de la Palestine (Palestine Order in Council), promulguée le 10 octobre 1922, qui tenait lieu de Constitution. L'article 82 stipulait que l'anglais, l'arabe et l'hébreu seraient les trois langues officielles des actes d'autorité publique, de l'Assemblée législative, de l'administration, des cours de justice, etc.: 

Article 82

Toutes les ordonnances, tous les avis et actes officiels du gouvernement, de même que tous les avis officiels des autorités locales et municipales dans les zones prescrites en vertu d'un décret du Haut Commissaire, seront publiés en anglais, en arabe et en hébreu. Les trois langues peuvent être utilisées dans les débats et les discussions du Conseil législatif et peuvent être assujetties à tout règlement qui, à l'occasion, est adopté par les services gouvernementaux et les tribunaux.

Cet article de l'ordonnance de 1922 a été le seul texte juridique à portée linguistique jusqu'à la création de l'État d'Israël (1948). Durant toute la période du mandat britannique, l'anglais devint la principale langue utilisée par le gouvernement. Soulignons que l'anglais, l'arabe et l'hébreu ont été mentionnés dans cet ordre hiérarchique comme les langues des documents officiels. Dans les écoles, chaque communauté disposait de son propre système et l'enseignement était dispensé soit en arabe, soit en hébreu, soit en anglais. Dans les écoles britanniques, seul l'anglais était enseigné; dans les écoles arabes privées, le français et l'italien pouvaient également être. Pendant les trois décennies qui ont suivi, il y a eu une augmentation considérable de l'usage et de la diffusion de l'anglais en Palestine.

 

La déclaration Balfour

Cher Lord Rothschild,

 

J’ai le plaisir de vous adresser, au nom du gouvernement de Sa Majesté, la déclaration ci-dessous de sympathie avec les aspirations sionistes, soumise au cabinet et approuvée par lui.

 

Le gouvernement de Sa Majesté regarde favorablement l'établissement en  Palestine d'un foyer national pour le peuple juif et emploiera tous ses efforts pour faciliter la réalisation de cet objectif, étant entendu que rien ne sera fait qui puisse porter atteinte soit aux droits civils et religieux des communautés non juives existant en Palestine, soit aux droits et au statut politiques dont les Juifs disposent dans tout autre pays.

 

Je vous serais obligé de porter cette déclaration à la connaissance de la Fédération sioniste.

Durant leur mandat, il s'avéra difficile pour les Britanniques de concilier leurs promesses contradictoires, tant à l'égard des Juifs que des Arabes.  Les Juifs voulaient leur «foyer national», alors que les Palestiniens refusaient que les Britanniques puissent promettre à une troisième partie des terres qui ne leur appartenaient pas.

Le mandataire britannique avait explicitement pour tâche de «placer le pays dans des conditions politiques, administratives et économiques qui permettront l'établissement d'un foyer national juif et le développement d'institutions d'auto-gouvernement». Il devait également «faciliter l'immigration juive et encourager l'installation compacte des juifs sur les terres». Autrement dit, les Britanniques devaient tout faire pour encourager les juifs à s’installer en Palestine, car la consolidation du foyer national juif constituait l’assise même du mandat.

Cependant, les devoirs de l’Administration britannique envers les Arabes étaient beaucoup plus simples: il s’agissait simplement de «veiller à la préservation de leurs droits civils et religieux». Comme on pouvait s’y attendre, cette asymétrie du mandat britannique ne devait pas être acceptée par les leaders palestiniens. Dès le début, les Palestiniens exigèrent de respecter les accords anglo-égyptiens qui prévoyaient la formation d’un royaume arabe indépendant recouvrant toute la région. Toutefois, les «arrangements coloniaux» entre la France et la Grande-Bretagne en décidèrent autrement, notamment du fait que les Français déposèrent en 1920 le roi Fayçal de Syrie, mettant fin ainsi au projet de royaume arabe unifié. Pendant que les Britanniques respectaient à la lettre leur engagement vis-à-vis du sionisme, les Arabes firent tout pour faire échec à cette entreprise, mais en vain.

Après 1928, lorsque l’immigration juive augmenta à nouveau, la politique britannique oscilla entre les pressions arabes et juives. L’immigration fit un bond à partir de 1933, soit avec l’avènement du nazisme en Allemagne. En 1935, près de 62 000 juifs arrivèrent en Palestine. La peur d’une domination juive fut la principale cause de la révolte arabe qui éclata en 1936 et continua par intermittence jusqu’en 1939. Afin de ménager et apaiser les Arabes, la Grande-Bretagne publia un «Livre blanc» qui restreignait l'immigration juive, interdisait l'achat des terres et prévoyait la création en Palestine d'un État fédéral ou bi-national regroupant Juifs et Arabes, avec une majorité arabe. Les sionistes refusèrent cette proposition.

3.9 La création de l'État d'Israël (1948)

Le conflit israélo-palestinien s’atténua au cours de la Seconde Guerre mondiale, puis reprit en 1945. Les horreurs de l’holocauste en Europe provoquèrent la sympathie du monde entier pour la «cause des juifs européens». Même si la Grande-Bretagne refusait toujours d’accepter 100 000 rescapés juifs en Palestine, de nombreux survivants des camps nazis purent entrer illégalement sur le territoire. La «question palestinienne» continua à se poser. En 1947, la Grande-Bretagne décida de renoncer à son mandat en Palestine et de remettre le problème (familièrement la «patate chaude») aux Nations unies. Juifs et Palestiniens se préparèrent alors à la confrontation.

- Le plan de partage de 1947

Tandis que les Juifs ne voulaient rien entendre d'un État palestinien, les Palestiniens refusaient d'accepter un État juif. En novembre 1947, les Nations unies proposèrent la division de la Palestine en deux États: un État arabe et un État juif.
L'État juif proposé regroupait une majorité de Juifs, soit 558 000 et 405 000 Arabes palestiniens. Quelque 10 000 Juifs se trouvaient alors dans l'éventuel État arabe qui comptait 99 % d'Arabes pour une communauté de 804 000 habitants. Quant à la zone internationale de Jérusalem, elle devait compter environ 100 000 Juifs et 105 000 Arabes. De plus, environ 10 000 personnes (2 %) ne se retrouvaient ni dans l'État juif ni dans la zone internationale de Jérusalem, tandis que 31 % des Arabes (soit 405 000), n'étaient ni dans l'État arabe ni à Jérusalem.

Le «plan de partage» fut accepté par les Juifs, mais refusé par les Palestiniens. Le terrorisme se développa des deux côtés, tandis que les combats entre Juifs et Palestiniens tournèrent à l’avantage des premiers.

Finalement, à l'issue des conflits, au lieu des 50 % du territoire attribués par l'ONU, les Palestiniens n'ont obtenu que 25 % du territoire, car les Israéliens ont pu profiter de leurs victoires pour refaire le partage des frontières en fonction de leurs intérêts. Plus tard, les frontières allaient rapetisser encore pour passer à 19 % (en 1967) et à 10 % (en 2003, avec le plan Sharon). S'ils avaient su ce que leur réservait le prochain demi-siècle, les Palestiniens auraient sans doute accepté le plan de partage de l'ONU de 1947; on aurait aujourd'hui deux États séparés qui se détesteraient probablement, mais qui ne se feraient pas la guerre.

- La protection linguistique

Dans le texte officiel du partage de la Palestine (résolution 181), adopté le 29 novembre 1947 par l'Assemblée générale des Nations unies, le chapitre II prévoyait des dispositions linguistiques. Il s'agit des points 2, 6 et 7 :

Chapitre II

Droits religieux et droits des minorités

1. La liberté, de conscience et le libre exercice de toutes les formes de culte compatibles avec 1’ordre public et les bonnes mœurs seront garantis à tous.

2. Il ne sera fait aucune discrimination, quelle qu’elle soit, entre les habitants, du fait des différences de race, de religion, de langue ou de sexe

3. Toutes les personnes relevant de la juridiction de l’État auront également droit à la protection de la loi.

4. Le droit familial traditionnel et le statut personnel des diverses minorités ainsi que leurs intérêts religieux. y compris les fondations, seront respectés.

5. Sous réserve des nécessités du maintien de l’ordre public et de la bonne administration, on ne prendra aucune mesure qui mettrait obstacle à l’activité des institutions religieuses ou confessions ou constituerait une intervention dans cette activité et on ne pourra faire aucune discrimination à l’égard des représentants ou des membres de ces institutions du fait de leur religion ou de leur nationalité.

6. L’État assurera à la minorité, arabe ou juive, l’enseignement primaire et secondaire, dans sa langue, et conformément à ses traditions culturelles.

Il ne sera porté aucune atteinte aux droits des communautés de conserver leurs propres écoles en vue de l’instruction et de l’éducation de leurs membres dans leur propre langue, à condition que ces communautés se conforment aux prescriptions générales sur l’instruction publique que pourra édicter l’État. Les établissements éducatifs étrangers poursuivront leur activité sur la base des droits existants.

7. Aucune restriction ne sera apportée à l’emploi, par tout citoyen de l’État, de n’importe quelle langue, dans ses relations personnelles, dans le commerce, la religion, la presse, les publications de toutes sortes ou les réunions publiques.

8. Aucune expropriation d’un terrain possédé par un Arabe dans l’État juif (par un Juif dans l’État arabe) ne sera autorisée, sauf pour cause d’utilité publique. Dans tous les cas d’expropriation, le propriétaire sera entièrement et préalablement indemnisé, au taux fixé par la Cour suprême.

Évidemment, c'est l'article 7 portant sur l'éducation, qui semble le plus important. Quoi qu'il en soit, le traité n'ayant pas été accepté, cette disposition n'a donc jamais été appliquée. Il aurait fallu que chacun des futurs États ait accepté l'Autre, y compris sa minorité juive ou arabe (selon le cas).

- Les guerres israélo-arabes

Finalement, l’État d’Israël fut proclamé unilatéralement le 14 mai 1948, au moment même où la Grande-Bretagne remettait officiellement ses pouvoirs à l’ONU. Israël fut immédiatement attaqué par cinq armées arabes venues secourir les Palestiniens. Les forces arabes subirent la défaite, ce qui permit à Israël d'agrandir son territoire au-delà des limites fixées par l’ONU.

La guerre israélo-arabe mit sur les routes quelque 780 000 réfugiés palestiniens, dont la moitié environ s’enfuirent dans la panique. La seconde moitié fut évacuée de force par les Israéliens pour laisser la place aux immigrants juifs. Les Palestiniens furent dans l'obligation de s'établir dans des pays voisins, dans des camps de réfugiés, surtout au Liban, en Syrie et en Égypte.

En octobre 1956, eut lieu la seconde guerre israélo-arabe, provoquée cette fois-ci par la nationalisation par l’Égypte du canal de Suez. Encore une fois, Israël triompha et, en quelques jours, s'empara de la bande de Gaza et de la péninsule du Sinaï. Contraints par les Américains et les Soviétiques, Israël finit par évacuer les territoires occupés. Après la fermeture du détroit de Tiran (coupant alors la navigation israélienne) par le président Nasser d’Égypte, Israël déclara, cette fois-ci, la guerre et lança, le 5 juin 1967, une offensive simultanée contre l'Égypte, la Jordanie et la Syrie. Ce fut la guerre des Six Jours, qui permit à Israël de reconquérir la bande de Gaza et de s’emparer de la péninsule égyptienne du Sinaï, de la partie arabe de Jérusalem (Jérusalem-Est) et de la Cisjordanie, sans oublier le plateau du Golan. Environ 350 000 Palestiniens durent fuir ces territoires dont l'occupation fut aussitôt condamnée par les Nations unies.

Les territoires occupés devinrent un enjeu politique non seulement pour Israël, mais également pour les Palestiniens qui multiplièrent les attentats terroristes contre Israël. Les représailles israéliennes, marquées par la destruction de très nombreux villages arabes dans les territoires occupés, accrurent l'isolement d'Israël par la communauté internationale. Puis, le 6 octobre 1973 (jour du Yom Kippour ou «fête du Grand Pardon»), l'Égypte et la Syrie déclenchèrent une attaque-surprise contre Israël afin de récupérer les territoires perdus en 1967. Après quelques semaines de combats, l’armée israélienne parvint à refouler ses adversaires, non sans avoir subi de lourdes pertes. Le 2 juin 1964, la Charte nationale palestinienne (ou Charte nationale de l'Organisation de libération de la Palestine: OLP) avait été adoptée à Jérusalem par le premier Conseil national palestinien; cette charte a été profondément remaniée en 1968, après la guerre des Six Jours, à la quatrième session du Conseil national palestinien, réuni au Caire du 1er au 17 juillet 1968. La Charte définit le but de l'organisation qui est l'anéantissement de l'État d'Israël par la lutte armée; par conséquent, la Charte niait à l'État d'Israël toute légitimité. Elle n'a jamais été abrogée par le Conseil national palestinien.

- L'impasse perpétuelle

En décembre 1987, une révolte générale embrasa les territoires palestiniens occupés par Israël. La répression par l'armée de l'Intifada (en arabe: «soulèvement») accrut le clivage entre les partisans de la paix et les défenseurs d'Israël, notamment les mouvements religieux et nationalistes sionistes. Mais les images télévisées diffusées dans le monde entier montrant des soldats israéliens brutalisant des enfants palestiniens popularisèrent la cause palestinienne défendue par Yasser Arafat.

En novembre 1988, l'OLP reconnut explicitement le droit à l'existence de l'État d'Israël et adopta la «déclaration d’indépendance de l’État de la Palestine». Le choix de cette initiative diplomatique facilita la mise en oeuvre de négociations israélo-arabes et aboutit à la reconnaissance mutuelle entre Israël et l’OLP (septembre 1993) ainsi que la mise en place d’une Autorité nationale palestinienne (mai 1994-septembre 1995) dirigée par Yasser Arafat. Mais la politique du premier ministre israélien d’alors, Benyamin Netanyahou, et l’expansion considérable de la présence des colons juifs en milieu palestinien, notamment en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, entraînèrent l’interruption des négociations. Celles-ci reprirent à Camp David II (en juillet 2000) entre le président américain (Bill Clinton), le président palestinien (Yasser Arafat) et le premier ministre israélien (Ehoud Barak), mais elles aboutirent également à un échec. L’un après l’autre, les signes d’une prochaine reprise des négociations de paix israélo-palestiniennes se firent plus apparents, mais n’aboutirent jamais. C'est l'éternelle impasse!

3.10 Les accords d’Oslo

Le 13 septembre 1993, à Washington, sur le perron de la Maison-Blanche à Washington, Yasser Arafat, le président de l’Organisation de libération de la Palestine, et Yitzhak Rabin (entre 1992-1995), alors premier ministre israélien, se donnèrent une poignée de main devant le président américain Bill Clinton. Tous deux venaient de signer des accords de paix, un premier pas vers le règlement du conflit israélo-palestinien.

Depuis, plusieurs traités ont été conclus entre les deux parties. Ces traités sont connus sous le terme d’accords d’Oslo. La plupart des rencontres, qui ont eu lieu en dehors des négociations de paix officielles, se sont déroulées à Oslo, grâce à M. Johan Joerger Holst, ministre des Affaires étrangères de Norvège, qui en était le médiateur.

La Déclaration de principes sur les aménagements de l'autonomie provisoire du 13 septembre 1993 (Washington) donne les grandes lignes des accords entérinés pour les cinq années intérimaires de l'autonomie palestinienne. D'après cette Déclaration de principes, les négociations sur le statut permanent de la bande de Gaza et de la Cisjordanie devaient commencer la troisième année de la période intérimaire. Le statut permanent des territoires devait être effectif après cette période intérimaire de cinq ans. Depuis la signature de la Déclaration de principes, Israéliens et Palestiniens ont signé les accords et les documents suivants :

- l'Accord Gaza-Jéricho (le 4 mai 1994);
- l'Accord sur le transfert préalable de pouvoir et de responsabilités (le 29 août 1995);
- l'Accord intérimaire israélo-palestinien sur la Cisjordanie et la bande de Gaza (le 28 septembre 1995);
- l'Accord de Hébron (le 21 janvier 1996);
le mémorandum de Wye Plantation (le 23 octobre 1998);
- l'Accord intérimaire de Sharm-el Sheikh (le 4 septembre 1999);
- le Protocole sur le passage direct entre la Cisjordanie et la bande de Gaza (le 5 octobre 1999).

En résumé, les accords d'Oslo représentent l'ensemble des accords conclus entre Israël et les Palestiniens pour fixer le calendrier et les règles de la mise en place progressive de l'autonomie en Cisjordanie et à Gaza, ainsi que les conditions des négociations finales sur les questions restées en suspens. Les Palestiniens demandaient qu’on applique le droit international et qu’en conséquence Israël se retire des territoires occupés depuis 1967. En échange de cette promesse (non tenue), les Palestiniens acceptaient un compromis historique: la reconnaissance de la légitimité du contrôle israélien sur 78 % de la Palestine traditionnelle, c’est-à-dire l’État d’Israël dans ses frontières de l’armistice de1948.

Or, depuis les accords de paix d’Oslo, le contrôle israélien sur le territoire palestinien s’est renforcé et le nombre de colons juifs a augmenté de 54 % malgré la promesse d'Israël de «geler» la colonisation des terres conquises après la guerre de 1967; en Cisjordanie seulement, le nombre de colons a bondi de 100 500 à plus de 190 000, une augmentation de 90 %. En 2008, le nombre des colons s'élevait à 285 000 répartis dans 140 colonies juives. Qu'a fait, de son côté, le Hamas après les accords d'Oslo? Il a envoyé des jeunes gens se faire exploser dans les cafés! Bref, cette politique de colonisation est en violation de l’article 49 (Déportations, transferts, évacuations) de la IVe Convention de Genève, qui se lit comme suit:

Les transferts forcés, en masse ou individuels, ainsi que les déportations de personnes protégées hors du territoire occupé dans le territoire de la Puissance occupante ou dans celui de tout autre État, occupé ou non, sont interdits, quel qu'en soit le motif.

Toutefois, la Puissance occupante pourra procéder à l'évacuation totale ou partielle d'une région occupée déterminée, si la sécurité de la population ou d'impérieuses raisons militaires l'exigent. Les évacuations ne pourront entraîner le déplacement de personnes protégées qu'à l'intérieur du territoire occupé, sauf en cas d'impossibilité matérielle. La population ainsi évacuée sera ramenée dans ses foyers aussitôt que les hostilités dans ce secteur auront pris fin.

La Puissance occupante, en procédant à ces transferts ou à ces évacuations, devra faire en sorte, dans toute la mesure du possible, que les personnes protégées soient accueillies dans des installations convenables, que les déplacements soient effectués dans des conditions satisfaisantes de salubrité, d'hygiène, de sécurité et d'alimentation et que les membres d'une même famille ne soient pas séparés les uns des autres.

La Puissance protectrice sera informée des transferts et évacuations dès qu'ils auront eu lieu.

La Puissance occupante ne pourra retenir les personnes protégées dans une région particulièrement exposée aux dangers de la guerre, sauf si la sécurité de la population ou d'impérieuses raisons militaires l'exigent.

La Puissance occupante ne pourra procéder à la déportation ou au transfert d'une partie de sa propre population civile dans le territoire occupé par elle.

Ce non-respect des dispositions de la Convention de Genève s’est toujours fait avec l’appui inconditionnel des États-Unis. C'est pourquoi les Palestiniens soupçonnent les États-Unis de ne pas être des «courtiers honnêtes» parce qu’ils se sont révélé «trop favorables» à l'égard d’Israël. En effet, la politique israélienne a toujours été systématiquement et aveuglément adoptée par les Américains, sans considération suffisante des positions et des besoins des Palestiniens.

Dans l'éventualité où l'on appliquerait les accords d'Oslo, quelque 1,5 million de Palestiniens s’autogouverneraient sur le tiers réel de la Cisjordanie, tout en se retrouvant encerclés dans le réseau des colonies juives, dont la population est dix fois moins importante (excluant les colons de Jérusalem-Est) que celle des Palestiniens, et en accaparant deux fois plus de terres. Le territoire palestinien de la Cisjordanie est en train de se rétrécir comme une peau de chagrin!

Israël espérait sans doute, après s'être débarrassé de l'Autorité palestinienne, faire accepter sa «solution à long terme» qu'il préconise depuis 1998: quelques «bantoustans» palestiniens autogérés, enserrés dans un carcan de colonies juives, dont le réseau n'a cessé de s'étendre depuis la signature des accords d'Oslo de 1993. Ces colonies juives sont devenues le «cancer de la Palestine» et elles sont au cœur du conflit israélo-palestinien. Les Nations unies les considèrent illégales et les Palestiniens ragent de voir leur futur État indépendant se rétrécir à mesure que s'élèvent de nouvelles implantations occupées par des «extrémistes juifs». C'est exactement ce que veut Israël: s'organiser pour que les Palestiniens gèrent éventuellement leurs propres affaires, sans aucune forme de souveraineté. Toute perspective d'autodétermination palestinienne risque de se transformer en mirage et non viable au plan économique.

3.11 Les difficiles relations israélo-palestiniennes

Depuis le 29 septembre 2000, les relations israélo-palestiniennes sont entrées dans une phase d'effondrement du processus de paix. La deuxième Intifada palestinienne a éclaté en laissant les deux parties profondément ébranlées et en menant à la débâcle toute négociation sur le statut permanent de la Palestine. La répression israélienne a atteint des sommets avec des attaques aériennes et terrestres. Sur le terrain, l'armée israélienne utilise tous les moyens de répression, tels que des blindés, des hélicoptères et même des F-16, ainsi qu'un blocus sévère, pour écraser les Palestiniens. Comme le souligne l'historien israélien Zeev Sternhell: «Seul un esprit malade peut espérer que l'occupation des territoires entraîne la fin de la guérilla et de la terreur.» Comment stopper ce cycle infernal? Les Palestiniens comme les Israéliens regardent du côté des États-Unis, mais le président américain (G. W. Bush) ne semble pas trop s’émouvoir de la situation. L'un des proches conseillers du président aurait déclaré: «Laissez-les saigner ("Let them bleed"), au bout d'un moment, ils deviendront plus raisonnables.» Par ailleurs, le président américain a trouvé le moyen de qualifier Ariel Sharon d'«homme de paix». Pour les Arabes du monde entier, Sharon est considéré comme un «criminel de guerre» au même titre que Slobodan Milosevic au Kosovo. Ils se demandent pourquoi l'ex-président de la Yougoslavie est traduit devant le Tribunal international, et pas Sharon!  L’échec des accords d’Oslo pour le monde arabe semble avoir été ressenti comme une catastrophe bien plus apocalyptique que la destruction, le 11 septembre 2001, des tours jumelles du World Trade Center pour les Américains et le reste du monde. Pourquoi cette politique de deux poids deux mesures de la part de l'Occident?

De leur côté, les nombreux attentats terroristes des Palestiniens révoltés exercent à long terme une action déstabilisante sur la population israélienne qui peut de moins en moins les comprendre tout en braquant les dirigeants israéliens dans une politique consistant à taxer tous les Arabes et les musulmans de «terroristes». Quant à la corruption endémique du régime de Yasser Arafat, elle est connue depuis longtemps, mais ce n'est qu'au moment du décès du leader que le monde a commencé, éberlué, à en mesurer toute l'ampleur. Arafat est mort milliardaire, avec plus de 200 comptes en banque. Il a utilisait son argent pour asseoir son autorité, acheter la loyauté et, parfois, secourir directement les Palestiniens qui lui demandaient de l'aide (de l'argent!). Rappelons que le leader palestinien, Yasser Arafat, est décédé, le jeudi 11 novembre 2004 à Paris. Le dirigeant palestinien a été enterré à Ramallah, dans son quartier général de la Mouqataa où il avait été assiégé depuis près de trois ans par l’armée israélienne qui le privait de sa liberté de mouvement.

  L'Autorité palestinienne qu'Arafat présidait aurait siphonné près d'un milliard de dollars US provenant de dons internationaux sans jamais rendre de compte à personne. C'est en arrosant ses alliés de «billets verts» qu'Arafat s'est assuré la haute main sur la société palestinienne, qu'il a exterminé ses ennemis et favorisé ses amis, tout en récompensant les parents des «martyrs» (les jeunes terroristes kamikazes). Il régnait sur un régime archaïque et hautement centralisé, et contrôlait personnellement les groupes armés et les mouvements financiers. Cela étant dit, il demeurait néanmoins la voix et le symbole de la cause palestinienne qu'il a propulsée au premier rang des préoccupations mondiales. Et son peuple l'aimait et le respectait! Les langues vont maintenant se délier et nous apprendrons que des millions de dollars n'ont pas toujours servi pour le bénéfice du peule palestinien. Pour les Juifs, Arafat était un leader corrompu dont l'ego a cloué le cercueil du processus de paix. Par ailleurs, les nombreuses incursions militaires de l'armée israélienne dans les territoires administrés par l'Autorité palestinienne prouvent que le gouvernement israélien n'accorde aucun crédit à cette «autorité». Bref, on est entre humains!

Avec le retrait de la vie politique d'Ariel Sharon en raison d'une grave hémorragie cérébrale (4 janvier 2006) dont il a été victime, la donne a encore changé en Israël; même le parti qu'il a fondé, le Kadima, est remis en question, ce qui accentue l'incertitude au Proche-Orient, déjà alimentée à ce moment-là par les doutes sur la tenue des législatives de 25 janvier 2006 dans les territoires palestiniens. Ces élections, on le sait maintenant, ont fait élire le Hamas. Mais le Hamas correspond à trois réalités:

1) un parti politique, vainqueur des législatives de 2006;
2) un mouvement social, qui gère des hôpitaux, des écoles, etc.;
3) un groupe terroriste.

C'est évidemment par la portion terroriste de ses activités que le Hamas s'est fait connaître en Occident. 

Cela dit, le futur qui s’annonce n'augure rien de bon pour les Palestiniens. En effet, l'extension continuelle des colonies juives, la construction de routes de contournement pour colons évitant les agglomérations palestiniennes et les confiscations de terres nécessaires pour ce faire prouvent que les juifs sont là pour rester. Les Palestiniens ne sont pas au bout de leurs peines. Et ils le savent, d’autant plus que leur ancien chef, Arafat, semblait prêt à sacrifier pas mal de choses pour réaliser son vieux «rêve d’indépendance» qui a mené sa vie.

De leur côté, les Américains, qui connaissent bien l’histoire de l’État d’Israël — dont l’expansion des colonies juives et la sauvagerie des colons — et l’ont toujours appuyé aveuglément depuis cinquante ans, préfèrent ignorer les faits, car ils n’ont, sauf erreur, jamais fait quelque effort que ce soit pour défendre les droits humains des Palestiniens. La raison paraît évidente: toute intervention effective des États-Unis signifie non seulement des pressions exercées sur Israël, mais surtout le fait d'aller à l’encontre du puissant lobby juif dont l'influence est prépondérante au Congrès américain.

4 Les points litigieux du conflit

Les enjeux demeurent considérables, tant pour les Israéliens que pour les Palestiniens. Il y va de la survie des deux peuples. Or, les points litigieux sont importants et concernent l’entité palestinienne, les frontières politiques, le sort des colonies juives, le sort des réfugiés de 1948 et le statut de Jérusalem-Est.

- L’entité palestinienne: Israël accepte théoriquement la création d’une entité palestinienne — et même un État — constituée de parcelles sans continuité territoriale à Gaza et en Cisjordanie, mais réclame sa «démilitarisation», un contrôle de son espace aérien et de la vallée du Jourdain, bref un mini-État (ou un semblant d'État) au pouvoir partiel dans les domaines de la défense, des affaires étrangères, de l'économie, de l'eau, etc. 

Autrement dit, le gouvernement veut imposer aux Palestiniens une sorte de «bantoustan» qui n’aura aucune légitimité à long terme. Cependant, les Palestiniens, pour leur part, veulent créer un véritable État souverain, sans aucune restriction, et viable sur le plan économique. En fait, Israël voudrait bien perpétuer indéfiniment le régime d’autonomie actuellement en vigueur, alors que l’Autorité palestinienne a toutes les apparences d’un État, sans en avoir les compétences. Dans l'état actuel des choses, les Palestiniens sont très loin d'obtenir un État et le gouvernement israélien leur a même fait savoir qu'ils ne l'auront pas.

- Les frontières: Israël exclut un retour aux frontières politiques de juin 1967 qu’exigent les Palestiniens et veut annexer les zones de Cisjordanie où ont été construites les principales colonies juives de peuplement.

- Les colonies juives: Israël veut annexer les grands blocs de colonies où vivent près de 80 % des quelque 200 000 colons implantés en Cisjordanie, ce qui représente 20 % des terres saisies aux Palestiniens; seules les colonies isolées seraient évacuées. Les Palestiniens, pour leur part, demandent que toutes les colonies, au nombre d’environ 150, soient démantelées ou placées sous la souveraineté du futur État palestinien.

Or, Israël n'acceptera jamais de se retirer des territoires occupés, de démanteler ses colonies, en plus de recevoir des millions de réfugiés. Le but est de rendre non viable tout futur État palestinien.

- Les réfugiés de 1948: Les Palestiniens veulent que l’État hébreu admette la responsabilité du problème des réfugiés et reconnaisse le «droit de retour» aux trois millions et demi de ces réfugiés établis dans les territoires occupés, en Jordanie, en Syrie et un demi-million au Liban. 

Israël est opposé à tout retour en masse des réfugiés qui transformerait «l’État juif» en un «État binational». Il propose leur indemnisation par la communauté internationale et admet le retour en Israël de quelques milliers d’entre eux dans le cadre du «regroupement des familles». Bref, l’immense majorité des réfugiés palestiniens devrait définitivement rester dans les pays voisins. Pour Israël, c'est le futur État palestinien qui devrait accueillir les réfugiés désirant bénéficier d'un droit de retour.

- Le statut de Jérusalem: Israël, qui a annexé la partie orientale de la ville (Jérusalem-Est) en 1967 et y a installé plus de 180 000 de ses ressortissants, refuse de façon catégorique que la Ville sainte soit coupée à nouveau en deux et prétend que «Jérusalem restera à jamais unifiée sous sa souveraineté et capitale éternelle de l’État hébreu», sur laquelle les Palestiniens n'auraient aucun droit de souveraineté. 

Quant aux Palestiniens, ils exigent que Jérusalem-Est devienne la capitale de leur futur État. D’ailleurs, Yasser Arafat, l'ancien président de l’Autorité palestinienne, aurait déclaré: «Le dirigeant arabe qui abandonnerait Jérusalem n’est pas encore né.»

4.1 Le maintien du statut quo

Le 7 mars 2001, le gouvernement israélien (sous Ariel Sharon) présentait un programme qui n’augurait rien de bon pour les Palestiniens. En effet, cette coalition gouvernementale d’union nationale, présentée comme «modérée», a fait table rase des acquis des négociations antérieures et a tourné le dos à l'idée même d'accord définitif. Non seulement, le gouvernement israélien a refusé toute concession sur un nouveau retrait de l'armée israélienne comme sur Jérusalem et sur les réfugiés, mais il prétendit toujours imposer aux Palestiniens le statu quo actuel. Au pays d'Israël, la plupart des membres des forces de sécurité ont bénéficié jusqu'ici de l'impunité pour les violations des droits humains. La torture, officiellement autorisée, est restée systématiquement utilisée jusqu'ici, mais la Haute-Cour de justice a jugé illégale cette méthode d'interrogatoire. Pourtant, Amnesty International a continué de recevoir des informations selon lesquelles des Palestiniens étaient maltraités, et notamment battus, à des postes de contrôle. Au lendemain des attentats du World Trade Center, le premier ministre israélien, Ariel Sharon, a saisi l’occasion et en a profité pour envahir, détruire et supprimer l’Intifada, pendant que les Américains étaient trop occupés avec les terroristes et Oussama ben Laden.

Comme si la situation n'était pas encore assez sombre, les autorités israéliennes ont érigé en 2004 le «mur de Sécurité» destiné à «protéger l’État hébreu et les colonies juives de Cisjordanie», ce qui a eu pour effet d'annexer une zone de 975 kilomètres carrés, grignotant encore le territoire palestinien. L'ONU a condamné le geste d'Israël, de même que la la Cour internationale de justice de La Haye.

Dorénavant, les habitants de Cisjordanie et de Gaza seront enfermés derrière des clôtures, des miradors et des caméras de surveillance, et deviendront les «citoyens de l’Autorité Palestinienne». La carte de gauche reproduit approximativement le «mur de Sécurité» (en bleu); les zones en rose montrent la partie de la Cisjordanie qui restera sous occupation militaire israélienne. Les zones en jaune (Cisjordanie palestinienne) demeurent toujours haute surveillance de l'armée israélienne.

Le mur suit des lignes sinueuses afin d'enclaver le plus possible de colonies juives en Cisjordanie: la plupart des colonies doivent rester du côté occidental du Mur de façon à ce qu'elles soient éventuellement annexées à Israël. C'est aujourd'hui la plus grande prison à ciel ouvert de la planète! On en est rendu à croire qu'Israël veut rendre la vie des Palestiniens tellement insupportable qu'ils finiront pas vouloir d'eux-mêmes quitter leur terre. Les Palestiniens parlent de cette «clôture» ou «barrière» comme du «mur de séparation raciale» ("jidar al-fasl al-'unsuri"). En construisant ce mur, le gouvernement israélien étend encore davantage ses colonies sur la base du principe selon lequel «ce qui est construit aujourd'hui, nous le garderons demain». Bien qu'elles soient contraires à la loi internationale, y compris à des dizaines de résolutions des Nations Unies, il n'existe aucun mécanisme pour empêcher ce genre d'entreprise. Si pour les Israéliens, l'unique objectif du mur est la sécurité des citoyens israéliens, il n'en est pas ainsi pour les Palestiniens: c'est une stratégie manifeste pour annexer une partie de la Cisjordanie, celle contenant la quasi-totalité des colons juifs, ce qui ferait encore reculer les frontières d'un hypothétique État palestinien.

4.2 La division politique palestinienne

Contre toute attente en Occident, ce n'est pas le parti d'Arafat (le Fatah) qui a remporté les élections de janvier 2006, mais le Hamas, le parti islamiste plus radical. Beaucoup de Palestiniens étaient tellement dégoûtés de la vieille garde corrompue du Fatah, ce parti dirigé par les fidèles de Yasser Arafat, que la montée du Hamas était prévisible.

Cette victoire du Hamas allait encore changer la donne politique au Proche-Orient. La reprise d'éventuels pourparlers de paix avec Israël paraît plus improbable, car le Hamas demeure voué à la lutte armée et prône toujours la destruction de l'État d'Israël. Auparavant, les Palestiniens pouvaient blâmer le Hamas pour chaque service qu'il leur rendait; maintenant, ils vont pouvoir le blâmer pour tous les services qui leur manqueront. Ayant accédé au pouvoir, le Hamas devrait d'abord tenir compte des préoccupations des Palestiniens qui l'ont élu pour assainir l'administration publique et améliorer leur sort, et non pas pour les replonger dans une autre ère de noirceur et un bain de sang! Mais le Hamas a tenu à exercer une politique de harcèlement à l'égard d'Israël en lançant des milliers de roquettes sur les territoires israéliens. Chaque fois que l'armée israélienne réplique et tue des Palestiniens, chaque fois le Hamas augmente ses appuis après de la population. Peu importe les morts, le Hamas gagne des appuis, les Palestiniens n'étant que des pions dans cet interminable conflit. Effectivement, le Hamas aurait pu utiliser ses fonds considérables mis à sa disposition par la communauté internationale afin de relever le niveau de vie misérable de ses citoyens, mais il a préféré le réarmement. Le Hamas installe ses armes dans les résidences privées, les écoles et les quartiers densément peuplés, ce qui rend toute riposte militaire extrêmement atroce. En même temps, les photos déchirantes d'enfants massacrés deviennent une arme de propagande efficace. En harcelant Israël avec ses roquettes tout en espérant des représailles, le Hamas fait passer Israël pour un État qui tue des femmes et des enfants avec des bombes au phosphore. Les dirigeants du Hamas sont aux petits oiseaux!

Dans ce petit territoire que se disputent les Israéliens et les Palestiniens, les morts vont continuer de s'accumuler de décennie en décennie. Les affrontements meurtriers qui se produisent chaque jour rendent improbable le règlement du plus ancien conflit ouvert de la planète. Pourtant, il existe des solutions, dont une souvent envisagée, soit le création de deux États distincts. Chacun chez soi! Les Israéliens devraient alors renoncer à leurs colonies; les Palestiniens, à leurs villages arabes devenus juifs. Cependant, chaque fois qu'un Palestiniens ou un Israélien modéré amorce une tentative de compromis, chaque fois un attentat ou une bombe humaine vient torpiller ces efforts. En fait, seuls les États-Unis pourraient théoriquement imposer LA solution, mais ils ne peuvent pas, le lobby juif ferait tomber n'importe quel président américain. La spirale se poursuit et se poursuivra encore longtemps. D'un côté, on a affaire à une force occupante qui bafoue en toute impunité le droit international depuis quarante ans; de l'autre, on trouve des leaders palestiniens corrompus ou fanatisés par des actions autodestructrices, avec comme résultat plus d'un demi-siècle d'immobilisme! Plus le Hamas persiste vainement à détruire Israël, plus les Israéliens sont sur le pied de guerre. Plus les Israéliens tuent de Palestiniens, plus ceux-ci se radicalisent. On tourne en rond, comme un chat qui mord sa queue!

5 La politique linguistique

La politique linguistique n'est pas très élaborée pour l'Autorité de la Palestine. Néanmoins, il existe une réelle politique linguistique axée à la fois sur l'arabe et l'anglais. Jusqu'à présent, aucun projet de texte constitutionnel n'a abouti. Pour la préparation de la Constitution, en coopération avec des organismes civils, politiques et universitaires, un comité avait rédigé, vers la fin de décembre 2000, un premier projet de Constitution pour l'État de la Palestine. Il fut publié en février 2001. Un second, puis un troisième projet fut préparé et largement distribué pour permettre à un plus grand nombre de personnes de l'étudier. Ce troisième projet a été soumis Comité central palestinien, le 9 mars 2003. C'est ce texte qui pourrait donner une idée du statut de l'arabe en Palestine. L'article 3 proclame que l'arabe est la langue officielle palestinienne:

CONSTITUTION DE L'ÉTAT DE LA PALESTINE

Troisième projet, le 7 mars 2003, révisé le 25 mars 2003

Article 5

L'arabe et l'islam sont la langue et la religion palestinienne officielle. Le christianisme et toutes les autres religions monothéistes seront également vénérés et respectés. La Constitution garantit l'égalité en droits et obligations à tous les citoyens, sans tenir compte de leur croyance religieuse.

5.1 L'Administration

Les structures administratives de la Palestine semblent relativement complexes et fonctionnent selon le modèle anglo-saxon. L'Autorité palestinienne utilise en principe l'arabe classique pour tout ce qui concerne l'administration écrite. Cependant, l'anglais est couramment employé, presque autant que l'arabe, surtout dans les relations internationales. Rappelons que, pendant le mandat britannique, l'anglais avait été la principale langue du gouvernement, ce qui a laissé des traces. L'Administration emploie également l'hébreu dans ses relations avec l'État d'Israël.  Dans ses relations avec les citoyens, l'arabe palestinien est la pratique générale à l'oral.

Les indications toponymiques et les panneaux de signalisation sont à la fois en arabe et en anglais. Beaucoup de commerçants affichent également dans ces deux langues.

5.2 La justice

En matière de justice, l'arabe classique, l'arabe palestinien et l'anglais sont les langues généralement employées à l'oral. L'article 28 du projet constitutionnel de 2003 autorise l'emploi de plusieurs langues:

L'article 28

Toute personne a le droit à la liberté et à la sécurité personnelle.  Ce droit ne peut être violé, sauf dans les cas et procédures prévus par la loi.  Nul ne peut être arrêté, fouillé, emprisonné ou retenu de quelque façon que ce soit, sauf par ordre d'un juge qualifié ou le Ministère public, en conformité avec la loi, afin de sauvegarder la sécurité de la société. Quiconque est arrêté sera immédiatement informé du crime dont il est accusé dans une langue qu'il peut comprendre, aura alors droit à un avocat et sera immédiatement amené devant les autorités judiciaires compétentes. La loi définira les conditions de détention temporaire. Quiconque a été illégalement arrêté, emprisonné ou retenu aura droit à une compensation.

Dans les faits, il est possible d'utiliser d'autres langues, comme l'hébreu, le français, l'italien, etc., en ayant recours à un interprète. Rappelons que le système judiciaire palestinien résulte d'un mélange des anciennes lois ottomanes, britanniques, égyptiennes, jordaniennes et israéliennes, avec quelques ajouts de l'Autorité palestinienne. Dans les faits, il est peu performant, n'assure que difficilement la sécurité juridique des personnes civiles et morales. La communauté internationale a souvent proposé des réformes au système judiciaire palestinien afin d'assurer son indépendance face aux politiciens et qu’il respecte l’État de droit.

De plus, le système judiciaire palestinien n'a jamais convaincu la majorité de la population d'avoir recours à ses services. Le droit tribal, c'est-à-dire la loi coutumière, demeure encore omniprésent en Palestine. Lorsqu'il faut régler des problèmes tels que le viol, le meurtre, le vol, le désaccord sur les propriétés, etc., les Palestiniens ont tendance à faire appel à la loi coutumière (en arabe 'urf : «qui est connu») plutôt qu'aux tribunaux. S'exerçant en dehors de tout tribunal civil ou religieux et faisant appel aux «comités de conciliation» (lijân al-islâh), la loi coutumière est basée sur un ensemble de traditions orales et faites de coutumes tribales, ainsi que de préceptes religieux dont les racines sont parfois antérieures à l'islam lui-même. Bref, le système judiciaire palestinien aurait grand besoin d'être entièrement revu.

5.3 L'éducation

Le système d'éducation en Palestine révèle que le taux de scolarisation est relativement peu élevé. En effet, seuls 49 % des enfants terminent le primaire et 48 %, le secondaire. Soulignons aussi que l'éducation palestinienne a souffert de multiples arrêts dans la mesure où l'armée israélienne a imposé des fermetures de territoires qui ont empêché et empêchent encore les élèves et les professeurs de se rendre à leur école pour de longues périodes. Par exemple, durant la seule année scolaire de 1999-2000, plus de six écoles ont été fermées par le commandement militaire israélien, mais 66 écoles ont dû interrompre leur enseignement en raison des nombreux couvre-feux imposés dans certaines régions. Par ailleurs, au cours de «bombardements aléatoires» dans lesquels des chars, des avions et des hélicoptères ont été utilisés, quelque 50 écoles ont dû être évacuées, sans oublier que les forces israéliennes sont entrées dans 23 écoles. Dans un pays continuellement en guerre, le système d'éducation ne peut qu'être déficient.

À la fin de l'année scolaire 2001-2002, le ministère de l'Éducation a rapporté les faits suivants:

- 216 écoliers ont été tués, 2514 blessés, et 164 arrêtés;
- 17 professeurs et membres du secteur de l'éducation ont été tués, et 71 ont été arrêtés;
- 1289 écoles ont été fermées pour au moins trois semaines consécutives durant l'invasion israélienne entre le 29 mars et la fin l'année scolaire; 
- environ 50 % des écoliers et 35 000 employés du secteur de l'éducation ont été empêchés de se rendre dans leurs écoles.

Lors que les écoles sont en opération, l'enseignement de la première langue se fait en arabe classique (ou coranique) dès la première année du primaire. Il en est ainsi au secondaire. C'est du coté de l'enseignement des langues étrangères que la Palestine se distingue passablement.

- L'enseignement des langues étrangères

L'enseignement de l'anglais est obligatoire dans toutes les écoles palestiniennes. Ainsi, dans la bande de Gaza, l'anglais est demeuré jusqu'à récemment la seule langue étrangère enseignée dans les écoles. En Cisjordanie, il est possible d'enseigner aussi l'hébreu et d'autres langues.

Au cours du mandat britannique, il y a eu une prolifération d'écoles primaires, secondaire et professionnelles, dirigées par des communautés religieuses occidentales. Ces écoles dispensaient leur enseignement en anglais et en hébreu, mais aussi en français, en italien, en allemand et en espagnol. Cette tradition est demeurée en Cisjordanie. Beaucoup d'écoles privées et certaines universités palestiniennes tentent de promouvoir un certain multilinguisme. Beaucoup d'étudiants apprennent, en plus de l'anglais, certaines langues européennes comme le français, l'allemand, l'espagnol et l'italien, surtout lorsqu'ils se destinent à des carrières telles que la gestion des hôtels ou des restaurants ainsi que dans le tourisme. Cela dit, l'anglais est aujourd'hui la première langue étrangère enseignée aux Palestiniens: elle est apprise en public, dans les écoles privées, dans les universités et les centres éducatifs partout en Cisjordanie et dans la bande de Gaza. C'est que la connaissance de l'anglais est perçue comme une marque de prestige social et un indice d'une appartenance sociale supérieure.

En plus des écoles privées et des universités, il existe des monastères qui peuvent dispenser un enseignement dans d'autres langues. Outre le latin et le grec ancien, certains monastères enseignement des langues comme l'arménien, l'assyrien, le copte et l'abyssinien.

Dans les universités, par exemple l'Université polytechnique de Hébron et l'Université nationale An-Najah de Naplouse, les cours sont donnés à la fois en arabe classique et en anglais. Il est donc impossible de poursuivre des études universitaires en Palestine sans connaître ces deux langues. 

Il n'en demeure pas moins que beaucoup de Palestiniens ont appris l'hébreu, car c'est la principale des affaires et du commerce entre les Israéliens et les Palestiniens. Ceux qui désirent travailler dans des hôtels et des restaurants, dans l'industrie de la construction ou les marchés publics ont appris l'hébreu. De nombreux ouvriers palestiniens ont trouvé du travail en Israël et ont acquis une certaine connaissance de l'hébreu parlé, mais généralement aucune de l'hébreu écrit. De façon générale, lorsque les palestiniens apprennent l'hébreu, ils l'apprennent de façon informelle, c'est-à-dire lors de contacts directs avec les Juifs israéliens, que ce soit dans les travaux manuels, les transactions commerciales ou dans les... prisons. Bref, l'hébreu n'est que peu enseigné dans les écoles.

Le ministère palestinien de l'Éducation prépare un nouveau programme dans lequel une troisième langue (après l'arabe classique et l'anglais) serait enseignée sur une base obligatoire: il s'agirait soit d'une «langue du monde» comme français ou d'une «langue fonctionnelle de la région» comme l'hébreu. 

- Les manuels de classe

Il existe un certain nombre de rumeurs plus ou moins fondées au sujet de la qualité des manuels scolaires en Palestine. Beaucoup de Juifs estiment que, depuis que l'Autorité palestinienne est responsable de l'éducation (1994), les enfants apprendraient dans leurs manuels à considérer Israël comme «l'ennemi diabolique colonialiste qui a volé leurs terres». On dit que les professeurs «n'enseignent pas l'acceptation de l'existence d'Israël au niveau national» et qu'ils «n'incitent pas à la tolérance envers les Juifs au niveau personnel».

Or, une journaliste américaine, Deborah Sontag du New York Times, a visité une école palestinienne à Ramallah, le 7 septembre 2000. Elle a affirmé n'avoir pas trouvé d'évidences de ces lavages de cerveau ou d'incitations anti-juives dans les nouveaux manuels publiés en arabe classique par l'Autorité Palestinienne. Une équipe de chercheurs de l'Institut Harry S. Truman pour le progrès de la paix (de l'Université hébraïque de Jérusalem), conduite par le Dr Ruth Firer, a démontré que les nouveaux livres contiennent «moins de stéréotypes négatifs des Juifs et d'Israël que les livres d'origine jordanienne ou égyptienne». Il est vrai que les manuels scolaires palestiniens visent à créer une forte identité palestinienne, arabe et musulmane, chez les élèves, mais ils ne feraient référence, ni en bien ni en mal, à l'histoire judaïque.

De fait, l'Autorité palestinienne a publié deux séries de manuels scolaires. La première série de 1994 («Éducation nationale») était destinée à remplacer les manuels égyptiens et jordaniens utilisés jusqu'alors; elle ne contenait ni racisme ni d'incitation au racisme, et ne mentionnait pas d'autres territoires palestiniens que ceux des «territoires occupés» par Israël en 1967. Les manuels apparaissaient fort discrets au sujet de la plupart des problèmes politiques. La seconde série de manuels présente un programme d'études complet pour tout le primaire. Ces nouveaux manuels, tout en brisant certains silences dans les anciens manuels, continuent de traiter les points sensibles de la région avec une grande circonspection. Un Israélien, Akiva Eldar, écrivait dans le journal Haaretz du 2 Janvier 2001 : «Les Palestiniens sont blâmés, alors qu'ils devraient en fait être félicités.»

Bref, les nouveaux manuels semblent exempts de racisme et d'antisémitisme. Loin d'encourager les enfants à la violence, ces mêmes manuels demandent aux enfants de faire des sacrifices pour leur religion et leur pays (comme on le fait en Israël et aux États-Unis). De plus, tous les textes font de l'islam «la religion officielle de l'État». Il ne faut pas oublier que, en Palestine, les réalités politiques étant confuses et complexes, les éducateurs peuvent avoir d'énormes difficultés à expliquer la situation aux enfants. Si les programmes scolaires palestiniens ne constituent pas un «programme de guerre», il ne correspond pas non plus à un «programme de paix».

5.4 Les médias

Dans l'ensemble, les médias palestiniens sont relativement bilingues. Dans la presse écrite, les principaux journaux nationaux sont en arabe: Al Ayyam (Ramallah), Al Hayat Al Jadedah (Jérusalem) , Al Manar (Jérusalem), Al Quds (Jérusalem) et Fasl Al Maqal (Ramallah).  D'autres sont en anglais tels que le Jerusalem Times et le Bethlehem News. Certains journaux étrangers, publiés en anglais, sont disponible dans les territoires: le Palestine Times et le Washington Post Gaza Strip West Bank. La plupart des journaux locaux de Gaza (Amlalommah) et dans certaines villes israéliennes sont en arabe. 

Dans les médias électroniques officiels, l'arabe classique, l'arabe palestinien et l'anglais sont largement employés. Les Palestiniens peuvent capter quotidiennement les émissions radiophoniques et télévisées diffusées en arabe par Israël.  

L'Autorité palestinienne, mais le Hamas à Gaza, ne peut avoir une politique linguistique très développée en raison de sa situation particulière. La Palestine ne constitue pas encore un État et elle ne possède pas tous les pouvoirs et privilèges d'un État souverain. Néanmoins, l'Autorité de la Palestine a orienté tant bien que mal sa politique vers l'arabisation tout en restant tributaire de l'anglais depuis le mandat britannique. C'est donc une politique encore en voie d'élaboration et, en ce sens, elle ressemble un peu à celle de plusieurs autres États arabes.

D'une part, cette politique promeut une langue officielle qui n'est parlée par personne (l'arabe classique), d'autre part, elle ne favorise que fort peu la langue des Palestiniens, l'arabe palestinien. De plus, la Palestine est restée attachée à la langue coloniale, l'anglais. Cette politique linguistique ne laisse aucune place aux communautés minoritaires habitant le territoire. Il faut avouer que les circonstances actuelles ne sont guère favorables au maintien ou à la reconnaissance de droits linguistiques à l'égard des Hébreux ou à d'autres groupes minoritaires.

Lorsque la Palestine sera devenue un État de droit, lorsqu'elle vivra en paix avec son puissant voisin, il est probable que la politique linguistique changera. Pour ce faire, il faudra au préalable avoir réglé la question des colonies de peuplement juives et régler les conflit entre l'Autorité palestinienne et le Hamas. Les Palestiniens ne sont pas au bout de leurs peines! En attendant, l'Autorité palestinienne ne peut que se contenter d'une politique sectorielle limitée, pour l'essentiel, à l'éducation. Même dans ce secteur, des améliorations seraient possibles dans un avenir meilleur. Il faudrait que le futur État s'ouvre davantage sur d'autres langues que l'anglais. Compte tenu de sa situation géographique et de l'imbrication des Israéliens et des Palestiniens, la Palestine aurait intérêt à faire de la place à l'hébreu et à d'autres langues occidentales (que l'anglais). Idéalement, on peut espérer que, un jour, des accords de réciprocité entre l'État juif et l'État palestinien, puissent favoriser tant l'arabe que l'hébreu dans les deux pays. Pour le moment, c'est encore une vue de l'esprit totalement virtuelle! Et l'État palestinien n'est pas pour demain, car bien que le nouveau président américain, Barack Obama, favorise ouvertement la création d'un État palestinien, il s'est heurté à l'intransigeance du gouvernement israélien de Netanyahu. Et les Israéliens ne semblent pas vouloir se faire dicteur leur conduite par le président américain.

Dernière révision: 27 avril, 2013

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