L'État belge

Données démolinguistiques

Belgique - België - Belgien

 
Nous remercions M. Albert Stassen d'avoir accepté d'assurer une relecture commentée des différents chapitres consacrés à la Belgique et à ses composantes.

1 Les recensements linguistiques

En Belgique, toutes les données linguistiques se rapportant sur le nombre des locuteurs parlant une langue particulière demeurent approximatives, sans exception, car ces données reposent sur des bases non scientifiques. Les recensements linguistiques sont interdits dans ce pays. Il faut se rabattre, par exemple, sur des données électorales ou scolaires, ou la carte d’identité, le permis de conduire, les actes d’état civil (mariages, naissances, décès), les annuaires téléphoniques (pour les communes à facilités), et ainsi extrapoler sur les langues parlées, avec comme conséquence que personne n'arrive au même résultat.

1.1 L'abolition des recensements linguistiques

Selon les lois en vigueur en Belgique, les recensements linguistiques sont abolis — comprendre «interdits» — depuis la loi du 24 juin 1961, ce qui peut paraître assez inusité pour un État démocratique. C’est que les résultats des recensements ont eu, depuis la loi du 28 juin 1932, des conséquences au plan du fonctionnement des communes et de la langue d’enseignement. Par exemple, quand un groupe linguistique minoritaire atteignait 30 %, les avis et communications d'une commune devaient être affichés dans les deux langues, les fonctionnaires devaient être bilingues et le citoyen était libre de choisir la langue dans laquelle il voulait recevoir ses services. En plus, l’administration et le fonctionnement interne de la commune devaient être dorénavant dans la langue de la majorité (50 %). À partir de 1932, les communes à la frontière linguistique ne furent plus considérées comme un «territoire bilingue», mais font désormais partie soit de la région linguistique néerlandaise soit de la région linguistique française (selon les résultats du recensement). 

Il faut ajouter aussi que lors du recensement de 1930 on avait relevé un grand nombre d’infractions, de falsifications et d’intimidations, ce qui avait fait dire au député De Schijver: 

[...] Le premier ministre a bien voulu reconnaître que les résultats du dernier recensement ne sont pas, dans certaines communes de la frontière linguistique, conformes à la réalité, puisque les contrôleurs sont venus faire rapport sur la question dans un sens défavorable quant aux renseignements donnés par les agents recenseurs. (Actes parlementaires de 1931-1932, séance du 18 février 1932, p. 861). 

Or, les résultats du recensement de 1947 furent encore pires. Évidemment, les deux groupes linguistiques s'étaient accusés mutuellement des mêmes actes répréhensibles, mais le résultat fut d'en arriver à l'abolition des recensements linguistiques officiels.

Quoi qu'il en soit, pour en arriver à un résultat fiable, il faudrait un recensement linguistique établi sur une base scientifique. Dans ce pays, la seule manière d'en arriver à un résultat fiable serait d’organiser une vaste étude scientifique faite par des universitaires non impliqués dans les partis politiques. Tout autre moyen serait «infecté» dès le commencement par des pressions politiques et communautaires. Dans ces conditions, il vaut mieux continuer de s'abstenir!

1.2 La répartition des langues

Selon les renseignements recueillis, les présentes données numériques proviennent soit de source wallonne, soit de source flamande, soit de source fédérale (lorsqu'elles ne concernent pas les langues elles-mêmes, mais la démographie). De plus, les données numériques ne sont jamais très fiables, surtout à Bruxelles, car il est possible, par exemple pour un non-francophone (néerlandophone, turcophone, arabophone, etc.), de déclarer le français comme «langue administrative», mais le néerlandais comme «langue de l'éducation», puis à nouveau le français comme «langue utilisée pour les élections» (et il y a des listes francophones et des listes néerlandophones).

Avec une population de plus de 10 millions d’habitants, la Belgique compterait 56 % de Flamands, 41 % de Wallons, 1,5 % de germanophones. Le pays comprend aussi quelques petites minorités maghrébines, turques, italiennes, portugaises, etc. Selon le quotidien néerlandophone De Standaard, seulement 16,5 % des Flamands considèrent qu’ils connaissent bien le français, mais dans les faits plus de 50 % de la population est capable de le comprendre et de le parler. Chez les francophones, il n’y aurait que 6 % à 7 % d’usagers du néerlandais.

2 La population selon les régions linguistiques unilingues

Conformément à l’article 4 de la Constitution (1994) et la loi du 8 novembre 1962, la Belgique compte quatre régions linguistiques. La population peut être répartie de la façon suivante:

Nord
La région de langue néerlandaise (Communauté flamande):
5,9 millions d’habitants (57,6 %).

Sud
La région de langue française (Communauté française):
3,3 millions d’habitants (32,4 %).

Est
La région de langue allemande (Communauté germanophone):
70 472 habitants (0,69 %).

Bruxelles
La région bilingue de Bruxelles-Capitale:
960 000 habitants (9,3 %).

2.1 La région de langue néerlandaise

Dans la région de langue néerlandaise, on compte des locuteurs du néerlandais, du flamand, du brabançon, du francique limbourgeois et du francique carolingien (rhéno-mosan).

Les Flamands constituent le premier groupe linguistique statutaire (majoritaire) en Belgique et parlent massivement le néerlandais (en néerlandais: Nederlands), une langue germanique. Mais d'autres parlent aussi le flamand (le Vlaams), le brabançon (le Brabant) et le francique limbourgeois (le Limburgs), tous issus du néerlandais. Le flamand reste le plus archaïsant de tous les dialectes néerlandais (y compris ceux parlés aux Pays-Bas). Quant au brabançon, cette langue de l'ancien duché de Brabant, il demeure très proche du néerlandais et possède une orthographe standardisée; il présente différentes variétés dans les provinces de Flandre-Orientale, d'Anvers et du Brabant flamand.

En Flandre, presque tout le monde parle le «dialecte» à la maison et avec des ami(e)s, mais le néerlandais est réservé pour les communications plus formelles. En fait, il existe pour la plupart des Flamands de la région linguistique néerlandaise une sorte de diglossie permanente: d’une part, le dialecte, d’autre part, le néerlandais (la langue culturelle).

L’usage du dialecte et du néerlandais n’est pas accidentel, mais réglé par un certain nombre de conventions non écrites relevant de la tradition et de la culture flamandes. Bref, les dialectes néerlandais en Flandre sont restés bien vivants, alors qu’aux Pays-Bas ils sont en voie de régression, sauf pour le limbourgeois et le saxon.

Pour ce qui est du flamand (Vlaams) lui-même, on lui reconnaît trois variétés: le flamand de Zélande (le Zeeuws-Vlaams), le flamand occidental (le West-Vlaams) et le flamand oriental (le Oost-Vlaams), avec une zone de transition avec le brabançon et appelée le Noord-Oost-Vlaams. Le flamand de Zélande n’est parlé qu’aux Pays-Bas; le flamand occidental, en Flandre, aux Pays-Bas et dans le nord de la France; le flamand oriental, en Flandre et aux Pays-Bas. Précisons que les différences entre le flamand et le néerlandais sont tout de même assez importantes, notamment dans la prononciation, la grammaire et le vocabulaire. L’intercompréhension peut être difficile pour un locuteur du néerlandais par rapport aux dialectes flamands. Par comparaison, on pourrait dire que les différences entre le flamand et le néerlandais sont plus importantes qu’entre le français du Québec et celui de France, ou encore davantage entre l’espagnol du Mexique et celui de l’Espagne.

Pour ce qui est du flamand (Vlaams) lui-même, on lui reconnaît trois variétés: le flamand de Zélande (le Zeeuws-Vlaams), le flamand occidental (le West-Vlaams) et le flamand oriental (le Oost-Vlaams). Noord-Oost-Vlaams. Le flamand de Zélande n’est parlé qu’aux Pays-Bas; le flamand occidental, en Flandre, aux Pays-Bas et dans le nord de la France; le flamand oriental, en Flandre et aux Pays-Bas. Précisons que les différences entre le flamand et le néerlandais sont tout de même assez importantes, notamment dans la prononciation, la grammaire et le vocabulaire. L’intercompréhension peut être difficile pour un locuteur du néerlandais par rapport aux dialectes flamands. Par comparaison, on pourrait dire que les différences entre le flamand et le néerlandais sont plus importantes qu’entre le français du Québec et celui de France, ou encore davantage entre l’espagnol du Mexique et celui de l’Espagne.

Le terme flamand (fr.) ou Vlaams (néerl.) désigne le dialecte, non la langue néerlandaise (Nederlands). Pour cette raison, les Flamands rejettent le terme Vlaams pour désigner le néerlandais. Dans un passé assez récent, le mot flamin ou flamind était parfois utilisé par la bourgeoisie francophone pour se moquer des Flamands. Encore aujourd’hui, ce mot wallon est considéré comme une insulte tant par les Wallons que par les Flamands. Il existe encore un autre mot, flamingant, qui pour les Wallons sert à désigner négativement le nationaliste flamand, mais le terme a été récupéré par les Flamands dans son sens élogieux de «patriote». Enfin, les Flamands ont créé un autre mot: franskiljon (en orthographe française: fransquillon), ce qui pour eux désigne «très négativement» un Flamand francisé (assimilé) ou même francophile.

Pour sa part, le limbourgeois, est une variété du francique parlé principalement dans la province du Limbourg. C'est un état de langue transitoire entre le néerlandais et l’allemand: les locuteurs du limbourgeois peuvent en principe comprendre le néerlandais et l’allemand, sans difficultés majeures.

Rappelons aussi que, dans les Fourons (en néerlandais: Voeren), ce petit territoire de 50 km², situé au nord-est de la province de Liège jouxtant les Pays-Bas mais rattaché administrativement à la province flamande de Limbourg, compte une population de quelque 4300 habitants (voir la carte plus détaillée des Fourons). Celle-ci parle le limbourgeois central dans le village  de Moelingen / Mouland et le limbourgeois de l’Est dans celui de 's-Gravenvoeren / Fouron-le-Comte, alors que les autres villages parlent le francique carolingien (ou rhéno-mosan). En fait, la plupart des Fouronnais peuvent s'exprimer en limbourgeois ou en francique carolingien ainsi qu'en néerlandais, en français et en allemand. 

2.2 La région de langue française

Si la Région wallonne exerce ses pouvoirs tant dans la région de langue française que dans la région de langue allemande, la Communauté française, pour sa part, n'exerce ses compétences que dans la seule région de langue française.

Le second groupe linguistique statutaire en Belgique est constitué des francophones. Dans la région linguistique française (la plus grande partie de la Wallonie), les Wallons sont généralement de langue maternelle française, mais dans la province du Hainaut certains parlent aussi le wallon ou le picard, des idiomes gallo-romans issus du latin. Le wallon est également parlé dans les provinces du Luxembourg, de Namur et de Liège (voir la carte des langues régionales en Wallonie). Néanmoins, certains locuteurs de la province du Luxembourg parlent le lorrain (ou gaumais), d'autres le luxembourgeois, un idiome germanique. 

Tous ceux qui parlent le wallon, le lorrain, le champenois ou le picard ne sont pas considérés comme des minorités en Wallonie, car ces idiomes — rappelons-le, tous issus du latin à l’exemple du français — constituent leur langue maternelle (surtout à la maison ou entre parents et amis) et, de toute façon, ils connaissent tous le français utilisé au travail, à l’école et dans les actes de la vie publique.

Par contre, ceux qui parlent des langues germaniques, telles que l’allemand standard au nord-est et le francique luxembourgeois (le Lëtzerbuerguesch) au sud-est (appelé le luxembourgeois d’Arelerland) sont considérés comme appartenant à des minorités linguistiques (même si, dans le cas des locuteurs du luxembourgeois, leurs droits linguistiques sont inexistants). On peut consulter la carte linguistique des langues régionales endogènes où sont parlées les langues régionales telles le wallon, le lorrain, le picard, le champenois, l’allemand et le luxembourgeois (Lëtzerbuerguesch).

Contrairement aux Flamands qui vivent la diglossie dans une sorte de «cohabitation paisible», les Wallons parlant le wallon ou le champenois sont plutôt mal considérés socialement. D’ailleurs, ces idiomes sont de plus en plus supplantés par le français au point où ces parlers sont tous en voie de disparition.

Pour les linguistes, le mot wallon sert à désigner un groupe de dialectes apparentés aux langues d’oïl et parlés de Liège à Charleroi (à Tournai et à Mons, on parle le picard). Dans l’usage courant, ce mot s’applique à tous les Belges de langue maternelle française, à l’exclusion des Bruxellois francophones qui ne sont pas considérés comme des Wallons. Étymologiquement, le mot wallon (de walha) vient du nom d’une tribu celtique de la Gaule narbonnaise, les Volcae. Cependant, les Germains utilisaient ce mot francique pour désigner indifféremment les populations non germaniques (ou les étrangers), que celles-ci soient d’origine latine ou celtique. Le mot francique wal(a)h fut transformé en «die Wale» (en vieux néerlandais) et plus tard en «de Waal» (en néerlandais contemporain). Le mot Waal signifie en néerlandais «Wallon» et Waals désigne la langue wallonne, mais en flamand occidental ce mot a toujours conservé son sens initial: «celui qui parle français».

2.3 La région linguistique de langue allemande

Les germanophones forment le troisième groupe linguistique statutaire en Belgique. Au total, ils comptent plus de 70 000 locuteurs dans la région linguistique de langue allemande, située dans la province de Liège. Ils habitent neuf communes germanophones: Kelmis, Eupen, Lontzen, Raeren, Bütgenbach, Büllingen, Amel, Sankt-Vith et Burg-Reuland. Ces communes forment ce qu’on appelle «la Nouvelle Belgique» qui comprend le canton d’Eupen au nord et le canton de Saint-Vith au sud. 

Si une bonne partie des germanophones parlent l'allemand standard, beaucoup d'autres parlent différentes variétés de francique: le francique ripuaire, le francique limbourgeois, le francique carolingien (ou rhéno-mosan) ou le francique mosellan (luxembourgeois). À l’ouest du canton d’Eupen se situe la «région de Welkenraedt»; on y trouve des locuteurs parlant une langue francique intermédiaire entre le francique ripuaire et le francique limbourgeois, le francique carolingien (ou francique rhéno-mosan), un vestige de la langue de Charlemagne. Cette variété de francique est identique à celle du canton d’Eupen (sauf Raeren), à la partie orientale de la région des Fourons, à la partie orientale du Limbourg néerlandais et à une frange de la plaine rhénane de la région allemande de Moenchengladbach-Düsseldorf. On peut visualiser une carte linguistique de toutes les variétés de francique en cliquant ICI, s.v.p.

Entre les deux cantons d'Eupen au nord et de Saint-Vith au sud, se trouvent les communes dites malmédiennes, lesquelles sont des communes wallonnes mais «avec facilités limitées en allemand». Ces communes sont au nombre de deux: Malmédy/Malmünd (Malmédy, Belleveaux-Ligneuville et Bevercé) et Waimes/Weismes (Waimes, Faymonville/Aussenborn et Robertville). On y trouve des locuteurs du francique ripuaire et de l'allemand standard.

Précisons que toutes les communes germanophones offrent des «facilités en français» pour les Wallons. On peut visualiser une carte détaillée de la région.

3 La population bruxelloise

En ce qui a trait à la population bruxelloise, elle compterait environ 70 % de francophones, 10 % de néerlandophones et au moins 20 % d'allophones (Marocains, Italiens, Turcs, Portugais, Grecs, Congolais, Allemands, etc.). Ces statistiques sont évidemment contestées par les francophones, qui estiment atteindre les 85 % ou 90 %. Précisons que les francophones de Bruxelles ne sont pas nécessairement des Wallons. Ils peuvent être, bien sûr, des francophones descendant des immigrés français lors de la Révolution française ou bien des Wallons, mais aussi des Flamands francisés ou des immigrants francisés, ou encore des «eurocrates», souvent plus francophiles que francophones. C’est pour cette raison qu’un Bruxellois francophone ne se dit pas souvent wallon, alors que les néerlandophones sont généralement tous des Flamands. Le tableau qui suit présente la population de l'agglomération bruxelloise, soit la ville et ses 19 communes (voir aussi la carte): 

1

Bruxelles (fr.) / Brussel (néer.)

143 056
2

Schaerbeek / Schaarbeek 

110 629
3

Etterbeek / Etterbeek

41 103
4

Ixelles / Elsene

77 119
5

Saint-Gilles / Sint-Gilles

43 733
6

Anderlecht / Anderlecht

93 234
7

Molenbeek-Saint-Jean / Sint-Jans-Molenbeek

78 312
8

Koekelberg / Koekelberg

17 573
9

Berchem-Sainte-Agathe / Sint-Agatha-Berchem

19 734
10

Ganshoren / Ganshoren

20 633
11

Jette-Saint-Pierre / Sint-Pieters-Jette

42 045
12

Evere / Evere

32 878
13

Woluwe-Saint-Pierre / Sint-Pieters-Woluwe

37 711
14

Auderghem / Oudergem

29 152
15

Watermael-Boitsfort / Watermaal-Bosvoorde 

24 317
16

Uccle / Ukkel

75 006
17

Forest / Vorst

47 435
18

Woluwe-Saint-Lambert / Sint-Lambrechts-Woluwe

47 481
19

Saint-Josse-Ten-Node / Sint-Joost-ten-Node

23 088
 

Total régional (juillet 2004)

1 004 239

Source: Institut national des statistiques (Belgique), http://statbel.fgov.be/downloads/pop200407com.xls

Pour ce qui est des proportions réelles de francophones, de néerlandophones et d’allophones, il est très difficile d’en avoir une idée juste d’autant plus que, selon leurs provenances, les chiffres ne concordent jamais, surtout lorsqu’il s’agit de sources francophones par rapport à des sources flamandes (et inversement).

Ainsi, la carte illustrant le pourcentage des francophones en périphérie de Bruxelles (de source francophone) traduit de simples estimations réalisées sans enquête scientifique. Forcément, ces chiffres soient plus ou moins près de la réalité. En général, ce sont les partis politiques et les communes qui, en toute illégalité, «s'essaient» dans les recensements. Cela dit, les relevés de la carte indiquent que les francophones seraient majoritaires dans plusieurs communes flamandes dites «à facilités» (à statut spécial, soit avec des «facilités» en français): Drogenbos (75 %), Linkebeek (80 %), Rhode-Saint-Genèse (56 %), Kraainem (76 %), Wezembeek-Oppem (75 %) et Wemmel (50 %). Parions que des statistiques flamandes arriveraient à des résultats différents, probablement plus encourageants... pour les Flamands. Mais ça, c'est ce qui fait l'un des charmes de la Belgique!

Précisons aussi que généralement les résultats statistiques sur les langues proviennent des listes séparées (francophones ou flamandes) lors des élections régionales. Il est possible aussi de recourir à des statistiques provenant de différents actes administratifs demandés par le citoyen : par exemple, la  langue choisie par les couples lors du mariage, la langue dans laquelle l'individu choisit d'établir sa carte d'identité, la langue dans laquelle il rédige sa déclaration d'impôt, la langue dans laquelle il remplit son formulaire de redevance radio-télé, etc. Or, pour un démographe, cette façon de faire reste peu fiable, dans la mesure où les personnes qui s'inscrivent dans une liste flamande ou wallonne peuvent très bien ne parler aucune de ces deux langues. Les individus expriment avant tout un choix politique ou administratif, non une appartenance linguistique.

4 Les langues régionales

Il est vrai qu'en Flandre le néerlandais est la langue officielle et qu'en Wallonie c'est le français. Mais, dans la vie quotidienne, les dialectes germaniques et romans sont demeurés relativement vivants, surtout au nord de la Belgique. On distingue, d'une part, les parlers germaniques, d'autre part, les parlers romans.

- Les parlers flamands

Les parlers flamands (voir la carte des langues régionales) sont largement utilisés au nord de la province du Hainaut (Comines-Warneton et Mouscron). Quant au dialecte brabançon (au nord du Hainaut: à Enghien), il demeure très proche du néerlandais et possède une orthographe standardisée. Le limbourgeois (au nord-est dans la province de Liège: Aubel, Plombières, Welkenraedt, Baelen; Kelmis, Lontzen, Eupen), pour sa part, est en fait un dialecte transitoire entre le néerlandais et l’allemand: les locuteurs du limbourgeois peuvent facilement comprendre le néerlandais et l’allemand, surtout le néerlandais (Nederlands en néerlandais) ainsi que différents dialectes néerlandais (flamand ou Vlaams, brabançon ou Brabants, limbourgeois ou Limburgs).

 Pour les parlers romans (d’est en ouest):


- les parlers picards au nord-ouest dans une grande partie du Hainaut;
- les parlers wallons: wallo-picard ou wallon de l’Ouest (du nord au sud, en passant par le Brabant wallon, le Hainaut et le Namur), le wallon namurois (tout le reste du Namur), le wallon liégois ou wallon de l’Est (province de Liège), le wallon-lorrain ou wallon du Sud (nord de la province du Luxembourg);
- le champenois au sud-est du Namur;
- le gaumais (ou lorrain) tout au sud de la province de Luxembourg (région de Virton);

 Pour les parlers germaniques (du nord au sud):


- les parlers limbourgeois-carolingiens au nord-est dans la province de Liège (Aubel, Plombières, Welkenraedt, Baelen; Kelmis, Lontzen, Eupen);
- les parlers (franciques) ripuaires au nord-est : Raeren,
Bütgenbach et Büllingen;
- les parlers franciques mosellans (ou luxembourgeois) dans les provinces de Liège (Sankt-Vikt; Burg-Reuland) et de Luxembourg (Beho/Bocholz et la région d'Arlon);
- les parlers flamands: une minorité de la population au nord de la province du Hainaut (Comines-Warneton et Mouscron);
-
le parler brabançon : une minorité au nord du Hainaut (Enghien).

- Les parlers romans

Les habitants de la Wallonie parlent généralement le français comme langue maternelle, mais dans la province du Hainaut certains parlent aussi le picard ou le wallon, celui-ci étant peut-être parlé entre 15 % à 30 % des Wallons, est encore utilisé dans les provinces de Luxembourg, de Namur et de Liège, mais aussi à l’est du Hainaut et dans toute la province du Brabant wallon (voir la carte des langues régionales). Le rouchi (ou dialecte picard) est parlé à l’ouest de la province de Hainaut; le champenois, dans quelques communes de Namur et de Luxembourg; le gaumais (ou dialecte lorrain), au sud de la province de Luxembourg.

- Le bruxelleer

La grande majorité des Bruxellois sont des habitants de l’agglomération bruxelloise depuis de nombreuses générations. Comme toutes les populations urbaines de Belgique, tant en Flandre qu’en Wallonie, cette population a abandonné progressivement son dialecte brabançon dès le XIXe siècle, et ce, au profit du français ou d'un mélange de brabançon (issu du flamand) et de français, à savoir le bruxelleer, un parler utilisé par les masses populaires bruxelloises, mais qui tend à disparaître aujourd'hui. On utilise plusieurs synonymes pour désigner cette variété de brabançon: brusseleir, brusselair, brusseleer, brussels ou encore bruxellois. L'appellation la plus usuelle par les Flamands et «brussels», lequel n'est pas uniforme, car il subit des variations  au fur et à mesure qu'on s'éloigne du centre de Bruxelles. Si ce parler était très en vogue dans les quartiers populaires de Bruxelles au XIXe et dans la première moitié du XXe siècle, il ne se maintient plus que partiellement dans le quartier populaire des Marolles et près de la gare du Midi; l'embourgeoisement de Bruxelles a détruit le bruxelleer ailleurs, puis le remplacement des classes populaires dans les quartiers dits populaires par une population marocaine, par exemple, a fait le reste. De toutes les langues régionales belges, le bruxelleer est certainement la plus menacée d'extinction. Voici quelques exemples de termes du bruxelleer:

Ballekes : plus au sud, «boulettes» ou «vitoulets»; sauce tomate avec des frites qu'on écrase à la fin dans l'assiette.

Cocher: «nettoyer»; la femme au foyer deviendra une «echte cochevrâ» (amour de petite femme d'intérieur).

Dikke-nek : «vantard», une «grande gueule».

Ket : «mec». Ex : «Hé, salut Ket.»

Kiekebiche : «chair de poule»; avoir les kiekebiche.

Krolle (kop) : «boucle» de cheveux.

Kus men kluut : «embrasse mes couilles»; injure courante entre hommes.

Labbekak : «pleutre, trouillard, poltron, peureux».

Plekke : «coller»; «ça plekke».

Scheet zat : «saoul», «totalement gris»; « j’ai trop bu, je suis scheet zat ce soir.»

Sting : «qui pue»; «ça sting !»

Stoemmelings : «en douce», «en catimini», «en cachette»; «tout peut être fait en stoemmelings».

Strotje : «ruelle», «petite rue»; par extension «quartier»; «les maisons de ma strotje.»

Volle gaz : «vite», «à toute vitesse», «à toute vapeur»; «tu ranges ta chambre, et volle gazl»

Ces mots sont en principe utilisés par les seuls Bruxellois, mais ils sont souvent compris par les autres francophones et les néerlandophones du pays.

5 Le statut linguistique des individus

En fonction de toutes ces considérations, il est difficile de déterminer l’appartenance linguistique des individus en Belgique, et ce, d’autant plus que la Constitution garantit la «liberté des langues» chez les citoyens. Autrement dit, tout individu est libre d’utiliser n’importe quelle langue dans ses relations privées, et d’écrire ou de publier dans n’importe laquelle langue. Cependant, l’État a réglementé d’une manière stricte l’emploi des langues dans les différents domaines qui relèvent de sa juridiction ou a transféré ses compétences à des autorités communautaires comme dans l’enseignement, l’armée, la justice, la vie parlementaire, etc. C’est la région linguistique qui détermine dans quelle langue tous ces domaines fonctionnent, mais c’est le citoyen qui se conformera à cette réglementation.

Cela dit, le statut linguistique, une notion strictement juridique, pourrait être déterminée selon trois critères: le lieu de résidence, la scolarité et le libre choix des individus. Ce statut linguistique demeure toujours un instrument interne de l’Administration et n’a rien de définitif, le citoyen étant libre de changer son statut (notamment à Bruxelles).

5.1 Le lieu de résidence

Le lieu de résidence détermine la langue de 3,3 millions de personnes en Wallonie et de 5,9 millions de personnes en Flandre. En principe, dès qu’un individu réside dans une commune appartenant à une région linguistique donnée, celui-ci est réputé parler la langue de cette région dans ses relations avec l’État, soit le néerlandais en Flandre, soit le français en Wallonie, soit l’allemand dans la région de langue allemande. À partir de ce critère, tout individu qui change de lieu de résidence conserve son statut linguistique s’il demeure dans la même région linguistique. Par contre, si, par exemple, une famille flamande résidant à Anvers (en néerlandais: Antwerpen) déménage à Mons (en Wallonie), tous les membres se voient alors attribuer d’office le statut linguistique de cette région de langue française. Il en serait de même d’une famille wallonne qui déménagerait à Anvers (Antwerpten). Cela n'empêche pas les individus de conserver leur langue maternelle en privé.

On estime, car il n’y a pas de statistiques officielles sur cette question, qu’il y aurait près de 300 000 francophones en Flandre (d'après les Wallons) et près d’un million de Flamands en Wallonie (d'après les Flamands), des chiffres évidemment contestés de la part des deux communautés linguistiques. Juridiquement parlant, tout ce beau monde est réputé être de langue maternelle française en Wallonie et de langue néerlandaise en Flandre dans ses rapports avec l’État, ce qui, rappelons-le, n’empêche pas un Flamand de rester flamand et un Wallon de rester wallon. Quoi qu’il en soit, l’immigration, tant francophone que flamande, ne pourra avoir pour effet de modifier une région ou une partie d’une région linguistique; par exemple, une commune ou un village flamand ne peut devenir francophone et inversement. Cela dit, il existe près de la frontière linguistique (et dans les communes germanophones) des «communes à facilités» où les locuteurs d’une autre langue ont le droit de réclamer certains services dans leur langue.

5.2 La langue de la scolarité

La langue dans laquelle s’est faite la scolarité ou la langue dans laquelle le dernier diplôme a été obtenu détermine le «rôle linguistique» au sein des diverses fonctions publiques fédérales, régionales et communales, notamment dans la région bilingue de Bruxelles. Afin de préserver l’équilibre linguistique, certains examens de recrutement ou de promotion ne sont accessibles qu’à des candidats de l’un ou de l’autre rôle linguistique. Notons, par exemple, qu’à Bruxelles les juges n'ont le droit de siéger que dans la langue de leur diplôme.

5.3 Le libre choix dans les communes à statut spécial

Le libre choix des individus en matière linguistique n’est permis que dans les communes bilingues (Bruxelles) et les communes à statut spécial, c’est-à-dire les «communes à facilités», et ce, à des degrés variables, selon les dispositions prévues par la loi. Le libre choix du statut permet, par exemple, d’obtenir des informations de la part de l’Administration ou de recevoir son instruction dans une langue autre que celle attribuée officiellement à la commune. Le libre choix n'est possible, à des degrés divers, que pour Bruxelles, les six communes de la périphérie bruxelloise, les dix communes de la «frontière linguistique» et les cantons germanophones. Par exemple, un Bruxellois d'origine maghrébine peut avoir l'arabe marocain comme langue maternelle, le français comme «langue administrative», le néerlandais comme «langue de l'éducation», et à nouveau le français comme «langue utilisée pour les élections» (et il y a des listes francophones et des listes néerlandophones). Un autre exemple? Une Bruxelloise flamande peut posséder une carte d’identité en français (son dossier administratif communal étant rédigé en français, «sa» langue administrative), parler le néerlandais à la maison, le français au travail, envoyer ses enfants dans les écoles flamandes et voter pour les partis politiques flamands. Comme on constate, les pratiques linguistiques sont fort complexes en Belgique. Elles sont le résultat d'une longue suite de compromis entre les deux grandes communautés. Il faut bien comprendre que la question linguistique n'est généralement pas perçue par les uns et les autres (francophones et néerlandophones) comme une suite de compromis, mais plutôt comme une décision imposée par l'«autre». Encore une fois, c'est là l'un des charmes de la vie en Belgique. 

6 Les langues immigrantes

La Belgique abrite également de nombreuses communautés immigrantes, soit dont 861 685 étrangers, ce qui correspond à 8,4 % de la population totale. Depuis le milieu des années quatre-vingt, 12 nationalités représentent près de 85 % de la population étrangère résidant en Belgique (source INS):

Pays d'origine Nombre (2000) Pourcentage
Italie 195 586 22,7 %
France 109 322 12,7 %
Maroc 106 822 12,4 %
Pays-Bas

  88 813

10,3 %
Turquie

  56 172

  5,5 %
Espagne

  43 356

  5,0 %
Allemagne

  34 579

  4,0 %
Royaume-Uni

  26 600

  3,1 %
Portugal

  25 634

  3,0 %
Grèce

  17 974

  2,4 %
États-Unis   11 852   1,4 %
Congo-Kinshasa   11 337   1,3 %
Total 728 047 84,5 %
Total étrangers 861 685 100 %

Le tableau précédent montre que les 12 nationalités immigrantes les plus importantes représentent près de 85 % de la population étrangère résidant en Belgique. La part des ressortissants de l’Union européenne dans la population étrangère est de 60 %, soit 533 366 ressortissants en 2000. Ceux-ci sont originaires en grande partie d’Italie (195 586) et des pays limitrophes comme la France (109 322), les Pays-Bas (88 813) et l'Allemagne (34 579). Les Marocains (12,4 %) et les Turcs (5,5 %) constituent les principales communautés non européennes avec respectivement 106 822 et 56 172 ressortissants. Précisons aussi que 75 % des Italiens résident dans la Région wallonne, 55 % des Marocains à Bruxelles, 50 % des Turcs en Flandre et 50 % des Espagnols à Bruxelles.

Dernière mise à jour: 14 juin 2011
 

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