FRANCO(-)PROVENÇAL

Le franco(-)provençal entre morcellement et quête d’unité :
histoire et état des lieux

par

Manuel Meune

(Collaboration spéciale, Université de Montréal, 2007)

Sommaire

1. L’émergence du franco(-)provençal.
2. Une langue sans dénomination appropriée.
3. Les aléas d’une langue dialectale : le «patois» entre fierté et auto-dénigrement.
4. Le défi de l’orthographe supradialectale, condition de la visibilité du FP.
5. Une littérature ancienne à découvrir.
6. Quelques traits grammaticaux et lexicaux du FP moderne.
7. Quelles perspectives pour le francoprovençal?

Bibliographie.

1. L’émergence du franco(-)provençal 

Le franco(-)provençal (que nous abrégerons ici FP), résulte de l’évolution du latin depuis le centre économique et politique qu’était Lyon (Lugdunum en latin), capitale des Gaules. La région a d’abord été latinisée à partir d’une langue proche du latin classique, comme dans la Gaule narbonnaise voisine, au sud (ce qui explique les points communs entre FP et occitan), puis à partir d’un latin plus populaire, diffusé lorsque Lyon fut le point de départ de la conquête de la Gaule du nord et de l’ouest, dite «Gaule chevelue». 

L’aire linguistique du FP (que le linguiste suédois Bengt Hasselrot a appelée Francoprovençalie) correspond à une région qui, avec ses cols alpins, a été depuis longtemps un carrefour de grandes voies de communication (aujourd’hui encore, la densité ferroviaire et autoroutière y est impressionnante).

Elle s’étend sur tout ou partie des régions historiques suivantes : Beaujolais, Bresse, Bugey, Dauphiné, Charolais, Dombes, Forez, Genève, Franche-Comté, Fribourg, Lyonnais, Mâconnais, Neuchâtel, Piémont, Savoie, Valais, Val-d’Aoste, Vaud.

Quant aux régions administratives françaises actuelles, il s’agit des deux tiers nord de la région Rhône-Alpes (Ain, Savoie, Haute-Savoie, Isère, Rhône, Loire), des franges sud et est de la Saône-et-Loire, des deux tiers sud du département du Jura et de la pointe méridionale du Doubs.

L’une des principales particularités du FP tient à l’évolution du a latin, tantôt resté a, comme en occitan, tantôt devenu é (i, e) comme en français, après certains consonnes palatales (ch, j, y, gn). En français, on a des infinitifs en «-er» pour «chanter» et «changer», mais en FP, on trouve chantar d’une part, changiér de l’autre. On a également des féminins en –a ou en –e selon le cas: vèrda («verte»), mais blanche («blanche»).

Toute langue romane étant apparentée aux langues romanes voisines, on peut donc, selon le point de vue, rapprocher le FP des langues latines du sud de l’Europe : le –a final du latin rosa s’y est maintenu (rousa), alors qu’en français, il s’est transformé en un –e à peine prononcé («rose»). Par ailleurs, le FP a conservé le –o latin à la première personne du présent (chanto : «je chante»). Mais on peut aussi comparer le FP aux parlers du nord de la France, où le t de vita a également disparu (via en FP, «vie» en français).

Le FP a parfois été considéré comme un «proto-français» qui, après quelques siècles d’évolution parallèle avec les parlers du nord de la France, aurait refusé, à partir du VIIe  ou IXe siècle, certaines évolutions adoptées dans le domaine d’oïl, dans la partie nord de la France. D’autres recherches en font une langue romane aussi ancienne que l’oïlique ou l’occitan. Quoi qu’il en soit, le FP, dont les frontières ont été précisées tout au long du XXe siècle, est maintenant unanimement considéré comme un groupe linguistique distinct.

C’est en 1873 que le linguiste italien Graziadio-Isaïa Ascoli (1829 –1907) a identifié cette langue néo-latine et rédigé l’acte de naissance du franco-provençal, en se fondant sur cette double parenté. A l’époque le terme «provençal» s’appliquait à ce qu’on appelle aujourd’hui «occitan» (ce terme s’étant imposé par la suite). Pour Ascoli, ces parlers qu’il avait étudiés constituaient bien un groupe spécifique, et non un ensemble de parlers de transition entre les groupes d'oc et d'oïl (bien qu’à plusieurs égards, ils apparaissent plus proches de ce dernier). Mais le terme «franco-provençal», technique et peu inspirant, répondant à une logique surtout scientifique, n’a fait depuis que contribuer à la faible visibilité, académique ou sociale, du FP.

2. Une langue sans dénomination appropriée

Le FP, bien que son existence soit maintenant reconnue, a une appellation hybride qui nuit à son statut de «vraie langue». On a parfois proposé, dans les années 1960, de la remplacer par «burgondien», en référence à la présence des Burgondes dans la région, au Ve siècle. Mais l’épisode burgonde ne semble pas y avoir laissé de traces linguistiques germaniques originales (sinon dans la toponymie), contrairement à la présence des Francs dans le domaine d’oïl (ceci n’empêche pas que le FP a également adopté des termes germaniques). Par ailleurs, le terme «burgondien» entretient une confusion avec la région actuelle de Bourgogne, dont le nom est certes lié aux anciens Burgondes, mais qui n’est franco(-)provençale qu’à sa marge.

Le terme «romand», par opposition à «latin», a parfois permis de désigner, en Suisse, la langue vernaculaire qu’est le FP, comme l’atteste un document fribourgeois de 1424, autorisant des notaires à rédiger des lettres en allemand et en «rommant» (romand). Mais ce terme, repérable également dans des documents vaudois et genevois, n’a semble-t-il jamais été attesté, dans ce sens-là, ailleurs qu’en Suisse.

Le terme de «franco-provençal» (avec trait d’union), forgé par Ascoli, avait contribué à faire connaître cette langue dans le monde universitaire. C’est lors d’un colloque de dialectologie en 1969, à Neuchâtel (Suisse), qu’a été proposé de renoncer au trait d’union, pour éviter la confusion voulant que ces parlers forment non pas un groupe distinct, mais un «mélange». Les milieux universitaires utilisent depuis presque exclusivement le terme «francoprovençal» sans trait d'union.

Outre le terme «rhodanien», qui n’a guère rencontré d’écho, une autre tentative pour résoudre le problème du manque de contours du FP, dans son nom même, consiste à remplacer «franco(-)provençal» par «arpitan». On désigne ainsi cette langue latine transnationale parlée dans les régions alpines, et, par extension, dans toute l’aire linguistique FP. Le terme «arpitan» devant, par ses sonorités, conférer au FP le même degré de «dignité» qu’à l’occitan, est forgé sur la racine arp (à rapprocher de alp), bien ancrée dans les toponymes de l’est de la zone FP, et signifiant «prairie de montagne». Le terme connaît actuellement une certaine fortune et commence à être reconnu comme équivalent à «francoprovençal», même si les universitaires continuent de préférer, pour l’instant, ce dernier terme. Arpitan semble s’imposer plus facilement dans l’est de l’aire FP que dans l’ouest, plus éloigné des réalités alpines (même si le Forez et le Lyonnais ont des zones montagneuses). Depuis 2004, l’Aliance culturéla arpitana cherche à promouvoir ce néologisme (ainsi que le toponyme correspondant «Arpitanie»), dans l’espoir que ses sonorités franches mettent fin au malaise diffus que provoque l’emploi du terme «franco(-)provençal», et qu’elles contribuent à accélérer la reconnaissance de cette langue.

3. Les aléas d’une langue dialectale : le « patois » entre fierté et (auto-)dénigrement

L’enjeu de dénomination est moins anecdotique qu’il n’y paraît, car le FP, présent au sein d’entités politiques très diverses, est une langue particulièrement fragmentée qui n’a, pendant des siècles, pas connu la moindre tentative d’unification linguistique. Or, la conscience linguistique des locuteurs, axée sur le local, laisse d’autant moins de place à la prise en compte de la zone FP dans son ensemble, et à l’identification avec un nom générique englobant tous les dialectes régionaux, que ce nom est peu parlant.

Cette langue, comme l’a rappelé le linguiste Gaston Tuaillon, «n’existe nulle part à l’état pur», mais existe comme la somme de tous ses parlers, lesquels comportent souvent de fortes particularités. C’est en cela qu’elle est une «langue dialectale», non pas au sens de variante d’une langue standard de référence, mais au sens d’une langue qui existe UNIQUEMENT sous la forme de son «infinie variation géolinguistique». Ceci explique aussi que plutôt que le terme générique, on utilise volontiers les termes s’appliquant aux variantes régionales, aux dialectes du FP : savoyard, dauphinois, lyonnais, bressan, forézien (en France), valaisan, fribourgeois, vaudois (en Suisse), valdôtain (en Italie). Il est à noter que ces termes désignent des ensembles dialectaux moins uniformes que ceux qu’on trouve dans la zone d’oïl et d’oc, et qu’il arrive qu’à l’intérieur d’un dialecte, l’intercompréhension soit difficile.

Pour prendre la mesure de la diversité du francoprovençal, on peut consulter quelques textes illustrant ses différentes variantes. En France, citons la variante bressane, la variante bugiste, la variante dauphinoise, la variante forézienne et la variante lyonnaise; en Italie, la variante valdôtaine; en Suisse, la variante genevoise (aujourd'hui disparue, mais en usage dans l'hymne cantonal), la variante neuchâteloise (également disparue), la variante vaudoise, la variante gruérienne (canton de Fribourg) et la variante valaisanne, ces deux dernières étant les plus vivaces en Suisse.

L’apparition tardive d’un nom générique et l’extrême morcellement linguistique expliquent que, dans les trois pays concernés, les locuteurs continuent de baptiser cette langue simplement du nom de «patois» (ou patouè, selon le lieu). Depuis quelques années, il arrive toutefois que le terme franco(-)provençal soit utilisé, dans certains contextes, par des locuteurs qui, sans être des spécialistes, ont développé une conscience linguistique suprarégionale.

Différents éléments permettent de renforcer la conscience qu’il s’agit d’une langue distincte :

1) le travail des associations de patoisants, en particulier la rédaction de glossaires, qui s’effectue souvent en lien avec des linguistes (représentant par exemple l’Institut Pierre Gardette, à Lyon, ou les Universités de Grenoble et de Neuchâtel) ;

2) les opérations de sensibilisation des jeunes générations, en particulier par quelques expériences d’initiation scolaire (Savoie), mais aussi par la traduction de bandes dessinées, généralement bien relayée par les médias et offrant l’occasion d’expliquer l’origine des patois ;

3) le Festival francoprovençal (appelé aussi «Fête des patois»), qui a lieu chaque année dans l’un des trois pays de la zone FP, et qui apparaît, pour des milliers de locuteurs d’origines variées, comme le seul lieu vrai lieu de rencontre international (hormis, potentiellement, Internet).

Toutefois, le mot «patois» n’est pas sans poser quelques problèmes. D’une part, utilisé couramment pour désigner différents parlers d’oïl, voire d’oc, il ne concerne pas particulièrement le francoprovençal. D’autre part, compte tenu de l’histoire linguistique de la France, pays qui a souvent peiné à penser sa diversité linguistique, le terme reste largement péjoratif. Il garde la trace du stigmate social et d’un dénigrement séculaire né de l’accélération, dans le sillage de la Révolution française, d’une unification linguistique déjà entamée auparavant. Dans la zone FP comme ailleurs, le fait que l’«école de la république», en France, ou d’autres institutions scolaires, en Suisse et en Italie, aient fait la «chasse aux patois», est source de nombreuses anecdotes de la part des patoisants les plus âgés, qui ont vécu cette période où les unilingues non francophones (ou italophones), dans certains villages, représentaient une grande partie, voire la majorité d’une classe d’âge le jour de sa première rentrée.

Dans le cas de ceux qui ne connaissaient que leur parler vernaculaire en arrivant à l’école, les récits de parcours linguistiques portent encore, au-delà du caractère rôdé d’une anecdote, la trace d’une certaine humiliation initiale. La plupart ne remettent pas en cause le bien fondé d’une politique linguistique scolaire qui, insistent-ils, a permis leur ascension sociale. Mais par une sorte de phénomène d’«oppression intériorisée», qui les empêche d’envisager l’idée que le bilinguisme n’est pas en soi un frein social, ils sont nombreux à laisser entendre que leur langue maternelle est «inférieure», qu’elle n’a «pas de grammaire», qu’elle est du «français déformé», bref qu’elle ne peut avoir la subtilité intrinsèque d’une «vraie langue». Même s’ils font valoir que certains mots sont particulièrement savoureux, qu’ils n’ont pas d’équivalent en français, la confusion entre langue non standardisée et langue pauvre est bien ancrée.

Pourtant, par un processus habituel de réappropriation d’un terme négatif à des fins identitaires, ceci n’empêche pas que le mot «patois», chez certains patoisants, n’est pas perçu comme péjoratif. Il est littéralement le seul permettant aux locuteurs natifs qui ne lui ont pas tourné le dos de dénommer la langue «autre» qui est la leur, pour en faire un objet de fierté. Cet attachement au mot «patois», qu’on peut aussi repérer dans les domaines d’oïl et d’oc, est particulièrement prégnant dans le domaine FP, où les locuteurs ne peuvent faire valoir que leur langue se rattache à une culture prestigieuse (comme celle des troubadours), dans la mesure où la littérature FP, bien que riche, n’a jamais eu la reconnaissance à laquelle elle aurait pu aspirer.    

Toutefois, l’idée de transmettre un parler par un apprentissage plus systématisé, par exemple par l’initiation scolaire ou parascolaire, c’est-à-dire autrement que par une stratégie de type familial ou folklorique, est peu présente chez les patoisants âgés. Par un phénomène habituel dans des contextes linguistiques très fragilisés, où la langue minoritaire apparaît, aux yeux de beaucoup, «condamnée» à plus ou moins brève échéance, cette aspiration à la diffusion du FP par une forme d’enseignement est davantage véhiculée par des personnes plus jeunes, dont la langue première n’a jamais été le patois (bien que beaucoup l’aient entendu pratiquer, plus ou moins régulièrement).

4. Le défi de l’orthographe supradialectale, condition de la visibilité du FP

Plusieurs actes administratifs ont été rédigés en FP au Moyen Âge, mais cette langue, marquée par un grand nombre de variétés phonétiques ou lexicales, n’a jamais connu de velléités de standardisation, d’instauration d’une écriture supradialectale qui aurait pu accélérer l’émergence d’une langue littéraire, comme ce fut le cas pour le breton, le basque ou le romanche. Dans les années 1990 toutefois, le linguiste franco-suisse Dominique Stich a entrepris d’y remédier et de concilier unité de la langue et pluralité dialectale. Il a d’abord choisi de s’inspirer de l’orthographe occitane, mais a dû y renoncer en raison des grandes différences dans les systèmes vocaliques. Il a finalement créé une orthographe qui s’intercale entre les conventions graphiques française et occitane. En 1998, il a proposé une orthographe appelée ORA («orthographe de référence A»), qui lui a valu nombre de commentaires «techniques», y compris de la part d’Occitans ou de Bretonnants. Et en 2003, après avoir encore perfectionné le système, il a publié le tout premier dictionnaire francoprovençal / français – français / francoprovençal, en y présentant la dernière mouture de son orthographe supradialectale, appelée ORB («orthographe de référence B»).

Jusqu’à maintenant, les parlers francoprovençaux s’écrivaient dans diverses écritures plus ou moins phonétiques, parfois mises au point pour un seul village, s’inspirant des conventions du français ou de l’italien selon le lieu, et destinées à promouvoir un parler local. La graphie phonétique la plus fréquente en France est la graphie dite de Conflans (du nom d’un village savoyard), utilisée en particulier en Savoie et en Bresse : on y souligne la voyelle qui porte l’accent tonique (souvent dans l’avant-dernière syllabe, contrairement au français, sauf s’il est parlé avec l’«accent du midi») ; et on note les consonnes interdentales, fréquentes dans certains parlers, par sh (correspondant au son de l’anglais think) et zh (that).

Si Stich propose aussi une « prononciation de référence » (pouvant favoriser des rapprochements entre différents parlers), il insiste sur le fait qu’avec l’ORB, chacun peut et doit continuer à utiliser SA prononciation, en apprenant à reconnaître dans tel graphème le phonème correspondant dans son parler, tout étant affaire de convention. En français, chacun sait que le premier e de «femme» se prononce [a], que le r de «monsieur» ne se prononce pas, et que le mot «août», selon les lieux ou les individus, est prononcé [ou], [aou], [oute], [aoute]. En FP, le verbe changiér («changer») en ORB peut correspondre à de nombreuses prononciations (notées ici en graphie de Conflans) : changi (Lyon), shèzhyë (Bresse), shanzhi ou tsandzé (Savoie), tsandzi ou tsandjé (Suisse romande), tsandzé (Aoste).

Il s’agit, dans ce système, de retrouver un mot sous la forme originelle que lui avait conférée l’évolution du latin tardif, dans l’ensemble de la zone de «cristallisation» du FP, mais avant l’émiettement en de multiples variétés, qui sont assez distinctes pour gêner l’intercompréhension, même si la structure du mot reste similaire. Ainsi, le mot (étymon) glacia («glace») a pu donner : glyafe en Savoie, yasse en Suisse romande, lyache en Bresse, lyassi en Dauphiné, etc. La forme FP à l’origine de toutes ces variantes, telle qu’on peut la reconstruire, sera donc transcrite gllace : le graphème g + ll permet de noter, en prononciation de référence, le son [g] (de «gare») suivi d’un l «mouillé», et donc de se rapprocher de plusieurs variantes, aussi bien dans le cas de parlers où l’on prononce encore le g initial, que dans ceux où on ne trouve plus que la semi-voyelle y.

Le même phénomène pourrait être décrit pour le mot cllâf (clé), dérivé du latin clave. Dans ce cas, le f, lettre étymologique non prononcée, permet en plus de mieux repérer un mot dont l’aspect rappellera un terme français, clé s’orthographiant parfois clef. L’une des caractéristiques de cette écriture que Stich qualifie d’orthographique, de morphologique, d’étymologique et d’« archaïsante », est que les consonnes finales ne correspondent généralement pas à des phonèmes prononcés (sauf pour quelques liaisons). Elles facilitent simplement la lecture, en permettent de distinguer certains homonymes. On a en particulier conservé le -s final comme marque du pluriel, même s’il n’est plus prononcé en FP. Cette volonté de garder le lien avec le latin conduit par ailleurs à choisir l’orthographe cièl (et non sièl), puisque la plupart des langues latines n’ont jamais renoncé au c initial dans les mots correspondant au latin caelum, lorsque, après palatalisation, le c a évolué vers les prononciations très variées, dans «ciel», cielo (italien et castillan), céu (portugais) ou cer (roumain).

Ce système n’exclut pas une certaine souplesse pour tenir compte des particularités régionales. Pour passer de la «graphie large» (générale) à la «graphie serrée» (adaptée), il est par exemple possible de mettre un accent grave sur un e pour signaler une dénasalisation : vent («vent»), qui se prononce [] en maints endroits de la zone FP, peut être écrit vènt en Bresse, où la nasale a disparu et où vent se prononce donc [vè]. De nombreux autres ajustements sont prévus.

Fait notable qui illustre une démarche résolument novatrice, Dominique Stich, dans le dictionnaire où il propose sa nouvelle graphie, réserve une place de choix à un lexique de néologismes et de termes spécialisés, mis au point par Xavier Gouvert. Le téléphone portable devient ainsi un encafâblo (de encafar, «empocher»), le fast-food une pignochière (de pignochiér : «pinailler, mangeotter»), les corn-flakes des panètes (de panet, «maïs»), la gomme à mâcher du mâchelyon, le lave-linge une buyandiosa, et la déchetterie une ècovelyère (de ècovélyes, «ordures», «équevilles» en français régional).

Écriture supradialectacle ou phonétique : quelques exemples
 


Français


ORB

Graphie de Conflans (bressan)

- sh = think; zh = that)
- voy. soulignée = tonique

Graphie fribourgeoise (gruérien)

- th = think ou hope

boire

bêre

bazhe

bâre

bonjour

bonjorn

bonzhou

bondzoua

chapeau

chapél

shapé

tsapi

cloche

clloche

lyoushe

hyotse

comment

coment

quemè

kemin

(je) crois

(je) crèyo

(zhe) crayou

(i) krêyo

deux

doux (m.) / doves (f.)

deu / douve

dou / dovè

donner

balyér

balyë

bayi

disait

desêt

dejë

dejê

encore

oncor

oncouzhe

onkora

faire

fére

fézhe

fére

feu

fué

foua

fu

heures

hores

ozhe

àrè

jamais

jamés

zhamé

djêmé

homme

homo

oumou

omo

ici

iqué

itye

inke

lumière

lumiére

lemizhe

lumyére

maintenant

ora

vouzhe

ora

malappris

mâlaprês

môlapra

môlaprê

flaque boueuse

gôlye

gueulye

goye

monsieur

monsior

monssu

moncheu

oncle

oncllo

onlyou

onhyo

oui

ouè

oua

ouê

poussière

puça

possa

putha

queue

cova

couva

kuva

reparti

remodâ

remoudô

remodâ

(je) respire

sofflo

seulyou

chohyo

roue

roua

reuva

rya

verre

vêrro

varou

vêro

voisin

vesin

vezin

vejin

vu

viu

vyo

yu

voyez

vêde

vate

vêyidè

voyage

voyâjo

vyazhou

voyadzô

L’avantage de l’ORB est qu’il est relativement facile à lire pour un francophone, mais les écritures phonétiques, vecteurs d’identification auxquels les patoisants sont attachés parce qu’elles reflètent exactement LEUR parler, ne sont pas appelées à disparaître, et peuvent conserver un rôle moteur dans les différentes régions dialectales. Si l’ORB continue à se diffuser, elles l’accompagneront naturellement, dans une complémentarité qu’on trouve du reste déjà dans certains ouvrages spécialisés. Il faudra un certain temps pour que les amateurs de FP qui le souhaitent s’approprient cette coexistence, et fassent aisément le lien entre la graphie supradialectale et les prononciations qu’ils connaissent. Mais la communication entre les différentes zones FP, jusqu’alors entravée par les nombreuses graphies, passe sans doute par l’ORB (ou ses éventuels avatars), sauf à vouloir recourir systématiquement à la traduction en français.

L’apparition de l’ORB et du projet cohérent qu’elle véhicule fait espérer à ses promoteurs (qui sont perçus, selon les points de vue, comme de doux idéalistes ou de courageux militants) que les instances officielles chargées de l’éducation, dans les trois pays concernés, autoriseront à cette langue régionale à faire une entrée, même très discrète, dans le système scolaire. Actuellement, des cours d’initiation plus ou moins officiels existent en Italie, mais pas en France, où ils ne peuvent se mettre en place que de façon officieuse. Mais à une époque où les locuteurs natifs disparaissent les uns après les autres sans avoir assuré la transmission de leur langue maternelle (sauf dans quelques régions), et face au défi de l’enseignement du FP comme langue vivante, l’enjeu de l’ORB semble consister en priorité à permettre aux futures générations d’avoir accès à ce patrimoine linguistique au moins par le biais de l’écrit. Il peut s’agir de ceux qui, déjà, participent à des forums en ORB sur Internet, ou de ceux qui souhaiteront découvrir la riche littérature en FP (à condition qu’elle soit peu à peu transcrite en ORB, une entreprise immense), dont bien des œuvres restent méconnues.

5. Une littérature ancienne à découvrir

La littérature francoprovençale, bien que n’ayant pas connu la diffusion des littératures française et occitane, n’en est pas moins d’une grande richesse et mérite qu’on s’y arrête. On note qu’elle provient assez rarement du plus grand centre de la région. En effet, Lyon a vite adopté la langue du roi de France comme langue écrite (même si la population continuait à parler lyonnais, variante du FP) et n’a pu être un lieu susceptible d’imposer une certaine normalisation à la langue, pas plus que Genève, l’autre grande ville de la zone FP, qui s’est, elle aussi, tournée rapidement vers le français, à la suite de la Réforme.

Si on trouve, dès le XIIIe siècle, des textes en FP, notariaux ou religieux, en particulier dans la région de Grenoble, la littérature n’émerge qu’assez tardivement. La littérature médiévale est peu représentée et le XVIe siècle marque le véritable début de la littérature FP, avec des œuvres dues au Savoyard Nicolas Martin ou au Grenoblois Laurent de Briançon, qualifiées de «souriantes» par le linguiste Jean-Baptiste Martin.

Le XVIIe siècle constitue en quelque sorte l’âge classique de la littérature FP, en raison en particulier de la prégnance du théâtre. Il est marqué par les guerres entre catholiques et calvinistes, entre la Savoie et Genève, dont porte trace la «Chanson de l’escalade» (Cé qu’é laino, devenu hymne national du canton de Genève). Les principaux auteurs sont le Grenoblois Jean Millet (pastorales et comédies), le Lyonnais Henri Perrin (comédies), le Stéphanois Jean Chapelon (noëls, chansons), ou encore les Bressans Bernardin Uchard (auteur d’un long poème, La Piemontêsa) et Brossard de Montaney (auteur de noëls et d’une comédie).

La littérature du XVIIIe siècle, qui compte plusieurs textes d’inspiration politique, est moins abondante qu’au siècle précédant, hormis à Saint-Étienne, où plusieurs auteurs choisissent de composer leur œuvre en parler stéphanois. En Suisse, Jean-Pierre Python propose une traduction en fribourgeois des Bucoliques de Virgile, ce qui lui permet de conférer à son dialecte un certain prestige, tandis que Louis Bornet compose un poème de belle facture, Les chevriérs, qui sera réédité trois fois.

Au XIXe siècle, la région stéphanoise reste productive, et sa littérature témoigne des difficultés sociales liées à l’industrialisation. Alors que d’autres régions se font plus discrètes, la Savoie voit sa littérature prendre son essor, en particulier grâce à l’œuvre poétique d’Amélie Gex, l’une des rares écrivaines de la zone FP. Cette région n’a pas été le creuset que son histoire et sa géographie auraient pu faire d’elle, mais avec ses nombreuses publications, dont des périodiques, elle joue un rôle culturel important dans l’aire francoprovençale.  Au Val-d’Aoste, l’abbé Jean-Baptiste Cerlogne, poète ayant proposé une orthographe et rédige un dictionnaire qui inspirera de nombreux écrivains de sa région, peut être considéré comme le fondateur de la littérature valdôtaine.

La production régresse au XXe siècle, mais ne se tarit pas. On peut citer le «barde bressan», Prosper Convert, qui, en 1923, propose un spectacle en trois tableaux, Les Ebaudes, ainsi que Pierre Grasset, romancier contemporain qui met en scène la saga d’une famille savoyarde à partir de la Révolution française, dans une édition bilingue français-savoyard (en graphie de Conflans), ou encore la Valdotaine Eugénie Martinet et le Gruérien Joseph Yerly. La question de l’évolution de la littérature FP est posée. Le Val-d’Aoste (mais aussi, depuis peu, la région de Foggia, dans un îlot FP des Pouilles) organisent des concours de poésie. Le Centre d’études francoprovençales «René Willien» (auteur de théâtre), à Saint-Nicolas, village natal du Valdôtain Cerlogne, est très actif, tandis que l’Institut Pierre-Gardette, à Lyon, dispose d’une masse d’archives dont il n’est pas exclu qu’elle suscite des vocations contemporaines. Il reste à savoir dans quelle mesure les écrivains choisiront d’adopter la nouvelle orthographe de référence pour espérer être lus au-delà des frontières de leur région «naturelle». Tout indique que la littérature FP, comme la langue elle-même, se trouve à un moment charnière de son histoire.

Il faut ajouter à cette production écrite à vocation littéraire la littérature de tradition orale, transmise au fil des générations. De nombreux contes, récits, légendes à contenu chrétien ou païen, dictons et chansons, à la forme plus ou moins fixe, qui n’étaient a priori pas destinés à être écrits, nous sont parvenus après avoir été retranscrits ou enregistrés, et permettent à des «néo-conteurs» de continuer à faire vivre cette tradition.

6. Quelques traits grammaticaux et lexicaux du FP moderne

Dans la mesure où de nombreux mots FP existent sous des formes apparentées en français ou dans d’autres langues romanes, il est difficile de préciser les termes ou expressions qui seraient «typiquement FP», qu’on ne retrouverait pas ou plus dans d’autres domaines romans. On peut toutefois proposer la liste suivante : betar («mettre»), polalye («poule»), vôga («fête patronale»), a la sota («à l’abri de la pluie»), sèrva («étang, mare»), ècorre («battre le blé»), cayon («porc»), ôla («marmite»), cegnôla («manivelle»), cologne («quenouille»), crosuél («petite lampe»), poblo («peuplier»), prod («assez»), trâbla («table»), lencièl («drap»), élude («éclair»), modar («partir»), sè quèsiér («se taire»).

De nombreux mots ont un sens qui s’ajoute à celui du terme équivalent connu en français : par exemple, cognér ne signifie pas que «cogner», mais aussi «pousser dans un coin, tasser». Certains mots issus du latin n’ont pas le même genre qu’en français : sâl («sel») est toujours féminin, et ôlyo («huile») toujours masculin. Par ailleurs, on trouve, plus qu’en français, des constructions du type «à tâtons», pour décrire une position : a bochon («renversé face contre terre», devenu en français régional «à bouchon»), a revèrchon (à rebrousse-poil), etc.

Concernant les modes et temps, le passé simple a pratiquement disparu, mais on trouve encore à la fois le présent et l’imparfait du subjonctif. Les deux systèmes coexistent toutefois rarement : certains parlers ont conservé le présent, d’autres l’imparfait, d’autres encore ont recomposé un système mixte. Par ailleurs, on a parfois concurrence entre deux types de conjugaison, en particulier à l’imparfait et à la 2e personne du pluriel du présent : devîvo ou devê («devais»), desévo ou desê («disais»), bêde ou bevéd («buvez»). Parfois c’est l’infinitif lui-même qui existe sous deux formes, y compris dans un même dialecte : sortir ou sôrtre («sortir»), secoyer ou secorre («secouer»), bolyir ou boudre («bouillir»).

Une autre originalité du FP est la fréquence de l’adjectif verbal : on trouve souvent, à côté du participe passé, une forme tronquée fonctionnant comme un adjectif, accentué différemment (avant-dernière syllabe). Le phénomène existe en français («tout trempé / tout trempe»), mais ce type de doublons est beaucoup plus rare qu’en FP, où l’on observe par exemple : mariâ (p.p.)  / mario, -a (adj.): «marié»; usâ (p.p.) / uso, -a (adj.): «usé»; enflâ (p.p.) / enflo, -a (adj.): «enflé»; fllapi (p.p.) / fllapo-, -a (adj.): «fané, flapi».  

La syntaxe diffère, quant à elle, assez peu de celle du français. Notons toutefois que la négation (ne) personne se traduit par nion, dans un agencement  (j’é nion vyu) qui rejaillit parfois sur le français régional («j’ai personne vu» pour «je n’ai vu personne»).

En ce qui a trait à la marque du genre en FP, les masculins ont la même voyelle finale au pluriel qu’au singulier, mais le féminin singulier en –a devient –e au pluriel (ce qui correspond aussi à une autre prononciation). D’autre part, contrairement au français, l’article défini au pluriel a une forme différente au masculin (los) et au féminin (les). On a donc lo pouvr’(o) homo / los pouvros homos («le/les pauvre/s homme/s»), mais la pouvra fèna / les pouvres fènes («la/les pauvre/s femme/s»).

Signalons encore que l’opposition entre «par» et «pour» n’existe généralement pas, mais que pour les démonstratifs, on distingue entre celi (correspondant au français «celui»), pour désigner quelque chose de proche, et ceti (correspondant à l’ancien français «cestui»), pour quelque chose de plus éloigné. Par ailleurs, l’un des phénomènes qu’on ne retrouve que dans cette langue romane est le possessif pluriel en –on (noutron et voutron, pour «notre», «votre»), construit sur le mode de mon, ton.

7. Quelles perspectives pour le francoprovençal ? 

Sans recensements linguistiques, il est impossible d’évaluer le nombre exact des locuteurs de FP. Jean-Baptiste Martin, en incluant les «locuteurs passifs», estime leur nombre à 200 000 (sur une population de plus de six millions), dont la grande majorité en France. Les régions où le FP est encore parlé par un nombre relativement élevé de personnes sont, en France, la Bresse, le Forez, le Lyonnais, et, surtout, la Savoie, qui fait parfois office de «patrie naturelle du francoprovençal», en tant qu’héritière de l’ancien duché qui s’étendait sur des terres à la fois cisalpines et transalpines de la zone FP. En Suisse, il s’agit de la Gruyère (canton de Fribourg) et du Valais (Val d’Hérens, où la transmission intergénérationnelle est encore partiellement assurée).

Quant au Val-d’Aoste (Italie), il est la seule région où l’emploi du francoprovençal, sans être généralisé, est encore commun à toutes les générations dans certaines communes, surtout rurales. Comparativement à d’autres régions, il apparaît comme un «eldorado» FP, mais la langue vernaculaire n’en est pas moins soumise, ici aussi, à la forte concurrence d’une «grande» langue standard (en l’occurrence l’italien). Nul ne peut parier sur sa survie à long terme comme pratique quotidienne, et affirmer qu’elle ne connaîtra pas le sort qui a été celui des parlers FP dans d’autres régions, d’où ils avaient disparu dès le début du XXe siècle, voire le XIXe (canton de Neuchâtel, canton de Genève, sud de la Franche-Comté).

Dans de nombreuses régions, les locuteurs les plus jeunes sont nés pendant ou peu après la Seconde Guerre mondiale. Il reste à savoir si, parmi les jeunes générations, un assez grand nombre de personnes souhaiteront, là où la pratique orale est déjà fragmentaire, s’intéresser à ce patrimoine linguistique au moins sous sa forme écrite. Les années 2006 et 2007 ont été particulières, dans la mesure où le francoprovençal a connu une attention médiatique inhabituelle, grâce à la traduction, coup sur coup, de plusieurs bandes dessinées en FP. Le bressan a ouvert le bal, avec Lé pèguelyon de la Castafiore (Les bijoux de la Castafiore, texte original d’Hergé), puis avec Maryô donbin pèdu (La corde au cou, album de Lucky Luke scénarisé par Achdé et Gerra). Puis ce fut le tour du gruérien, avec L’afére Tournesol (L’affaire Tournesol, d’Hergé), mais aussi de l’«arpitan standard», avec ce même album en ORB (L’afére Pecârd), ce double événement ayant permis d’illustrer la complémentarité des graphies phonétique et supradialectale.

Les images ci-dessous sont extraites de  l'album en ORB, cette écriture standardisée qui permet aussi de respecter certaines variantes régionales. Dans L'afére Pecârd (trad. de L'affaire Tournesol), Tintin s'exprime en savoyard, le capitaine Haddock en lyonnais et Topolino en vaudois.

Si la popularité d’un héros comme Tintin a pu réveiller l’intérêt pour les parlers autochtones dans la zone francoprovençale, il est trop tôt pour dire si cette conjonction entre un intérêt médiatique indéniable et la diffusion d’une orthographe standardisée aura les effets à moyen terme qu’espèrent les promoteurs du FP. Mais il est certain qu’à l’heure où, dans plusieurs régions de la «Francoprovençalie», le nombre des locuteurs natifs connaît une chute vertigineuse, la langue ne pourra appartenir qu’à ceux qui feront l’effort de s’en emparer.

Dernière révision en date du 30 nov. 2009
 

Bibliographie

CENTRE D'ÉTUDES FRANCOPROVENÇALES «RENÉ WILLEN», Diglossie et interférences linguistiques: néologismes, emprunts, calques, Aoste, Imprimerie Valdôtaine, 2006.

ESCOFFIER, Simone (dir.). Études francoprovençales [Actes du 116e Congrès national des sociétés savantes (Chambéry-Annecy, 1991)], avant-propos de Tuaillon, G., éditions du CTHS, 1993, 150 p.

MARTIN, Jean-Baptiste. Le francoprovençal de poche. Parlers de la Loire, du Rhône, du Jura, de l’Ain, de l’Isère et des Savoies, Assimil, Paris, 2005.

MARTIN, Jean-Baptiste. «Frankoprovenzalisch – Francoprovençal », in : Lexikon der romanistischen Linguistik, V, 1, Max Niemeyer, Tübingen, 1990, pp. 671-685.

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MARTIN, Jean-Baptiste, et TUAILLON, Gaston. Atlas linguistique et ethnographique du Jura et des Alpes du Nord, CNRS, Paris, 1971-1978.

STICH, Dominique, Dictionnaire francoprovençal / français – français / francoprovençal [augmenté d’une grammaire et d’extraits bibliographiques d’auteurs des différentes régions FP], Éditions Le Carré, Thonon-les-Bains, Paris, 2003, 589 p.

STICH, Dominique. Parlons francoprovençal, une langue méconnue, L’Harmattan, Paris, 1998, 432 p.

TUAILLON, Gaston. La littérature en francoprovençal avant 1700, Ellug, Grenoble, 2001, 280 p.

TUAILLON, Gaston. « Le francoprovençal, langue oubliée », in : Vermes, Geneviève (dir.). Vingt-cinq communautés linguistiques de France (Tome I, Langues régionales et langues non territorialisées), L’Harmattan, Paris, 1998, pp. 188-207.

TUAILLON, Gaston. Les langues romanes de France, Institut d’études occitanes, Institut de politique internationale et européenne, Université de Paris X-Nanterre, 1993, 320 p.

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