Les langues celtiques

 

Groupe

Langues

Gaulois (éteint)

gaulois, celtibère

Brittonique

breton, gallois (cymrique), cornique

Gaélique

irlandais, écossais, mannois

Du point de vue de la linguistique historique, les langues celtiques actuelles issues de l’évolution du vieux celtique se divisent en deux sous-groupes distincts dont les caractéristiques sont le traitement du [Kw] indo-européen, qui a donné, d'une part, [K] ou [Q] en gaélique et, d'autre part, [P] en brittonique. Les locuteurs de l'écossais, de l'irlandais et du mannois appartiennent au groupe gaélique, alors que les locuteurs du gallois, du cornique et du breton appartiennent au groupe brittonique.

Par exemple, le chiffre 5 s'écrit cuig en irlandais et en gaélique d’Écosse, queig en mannois, mais pump en gallois, pymp en cornique et pemp en breton. Le tableau ci-dessous montre quelques différences et ressemblances existant entre les deux sous-groupes:

  Gaélique Brittonique
Français Écossais Irlandais Mannois Gallois Cornique Breton
Tête ceann ceann kione pen pen penn
Pâques Càisg Caisc Caisht Pasg Pask Pask
Poète bàrd bard bardagh bardd barth barzh
Trois trì tri tree tri / tair try / tyr tri / teir

 

Gallois Breton Français
cyw iâr  kig yer  poulet (viande)
cig moch kig moc'h  porc (viande)
du  du noir
gwyn gwenn  blanc
maen men pierre (d'où menhir)
aber aber estuaire
pen  penn pic (montagne)
uchel  uhel  haut
isel izel bas
caer kêr forteresse (ville)
gwin coch gwin ruz  vin rouge
Les locuteurs d'une langue gaélique (écossais, irlandais et mannois) ou brittonique (gallois, breton et cornique) peuvent plus ou moins se comprendre dans leur sous-groupe, mais il n'en est pas ainsi entre deux sous-groupes distincts, surtout pour les locuteurs des langues brittoniques. Par exemple, un locuteur de l'irlandais aura non beaucoup de difficulté à comprendre un locuteur du gallois; de façon générale, il est impossible de soutenir une conversation entre un gallophone et un irlandophone, chacun dans sa langue.

Il semble que les seuls mots qui demeurent mutuellement intelligibles sont les concepts de base, comme en gallois cyw iâr, cig moch, du, gwyn, maen, aber, pen, uchel, isel, caer, gwin coch, etc. Dès qu'il est question de phrases et de grammaire, il semble que l'intelligibilité soit pratiquement nulle. Évidemment, il est probablement exact de dire qu'il est plus facile pour un breton de s'initier au gallois, et réciproquement, que pour un francophone de s'initier aux langues celtiques.

On peut représenter une structure arborescente des langues celtiques (en rouge) au sein de la famille indo-européenne:

1 Les origines

On situe généralement le berceau de la civilisation celtique en Europe centrale, soit dans une région correspondant approximativement à la Bavière actuelle. Les historiens ont attesté la présence des Celtes dans cette région vers 2000 ans avant notre ère. On sait qu'à partir du IIe millénaire les Celtes se sont déplacés et ont occupé progressivement une grande partie de l'Europe. En effet, les fouilles archéologiques ont permis de mesurer l'étendue de l'influence des peuples celtes. De nombreux vestiges de la civilisation celte ont été découverts en France, en Allemagne, dans les îles britanniques; il semblerait même que les Celtes étaient présents de l'actuel Espagne jusqu'aux rivages de la mer Noire.

Au plus fort de leur expansion, les Celtes occupaient ce qui est aujourd'hui devenu le nord de la Grèce, une partie de la Bulgarie, la Galatie en Asie mineure (Turquie), une partie de l'Italie, l'Allemagne, la France, la Grande-Bretagne, l'Irlande et une grande partie de la péninsule Ibérique. Puis, les Celtes subirent les effets de la Conquête romaine dont ils furent les plus grands perdants. Repoussés jusqu'aux extrémités occidentales de l'Europe, les Celtes n'ont pu conserver de leurs langues que quelques-unes d'entre elles parlées en France (le breton) et dans les îles Britanniques, dont le gallois, l'écossais et l'irlandais. Aujourd'hui, le gaulois, le celtibère, le cornique et le mannois sont considérés comme des langues éteintes, bien que des efforts soient faits pour redonner vie au cornique et au mannois.

2 La langue gauloise

Le gaulois était la langue des peuples celtes habitant la Gaule. La présence des Gaulois est attestée en Europe depuis le début du ler millénaire avant notre ère. L’extension géographique des Celtes a couvert une bonne partie de l'Espagne (la Galice avec les Celtibères), la France, la Grande-Bretagne, la Suisse, l'Allemagne occidentale et l'Italie du Nord (Gaule cisalpine). La puissance des Gaulois était réelle, car ils réussirent à s’emparer de Rome en 387 av. notre ère et d'Athènes (prise de Delphe en 278 av. notre ère). Mais les Gaulois durent subir la conquête romaine entreprise par César et achevée à Alésia en 52 avant notre ère.

Dès lors, le gaulois a commencé à se fondre avec le latin et à l'influencer phonétiquement entre le IVe et le VIe siècle de notre ère. Néanmoins, le gaulois a laissé une centaine de mots (surtout de la flore et de la faune) au français: cheval, chat, mouton, bouc, daim, alouette, pinson, coq, jars, brochet, branche, brin, chêne, caillou, joue, cul, bec, jarret, gigot, jambe, gober, aller, chemin, tonneau, charrue, etc. Au moment où le gaulois n’était plus parlé (au Ve siècle), des peuples celtes s'établissaient en Bretagne à partir des îles Britanniques. C’est cet apport extérieur qui a assuré la présence d'une langue celtique, le breton, sur le territoire français.

3 Les langues celtiques actuelles


Les langues celtiques constituent une branche de la famille indo-européenne au même titre, par exemple, que les langues romanes et les langues germaniques. Cependant, elles ne sont parlées aujourd'hui que par un peu plus de deux millions de locuteurs, et ce, en comptant la diaspora habitant d’autres pays d'Europe ou les États-Unis.

Les langue celtiques sont parlées au pays de Galles (gallois: 580 000), en Écosse (écossais: 94 000), dans les deux Irlande (irlandais: 260 000) et en Bretagne française (breton: 1,2 million). Par ailleurs, on peut ajouter deux autres langues considérées comme éteintes: le cornique des Cornouailles et le mannois de l’île de Man sont considérés comme des langues disparues.

Pour ce qui est de l’irlandais, il constitue l’une des deux langues officielles (avec l’anglais) en république d’Irlande. Il constitue la langue maternelle des Irlandais dans une proportion de 2 % (environ 60 000 à 70 000 locuteurs). En Irlande du Nord, seulement quelque 142 000 locuteurs (9,4 % du total) parleraient encore l'irlandais: ce sont tous des catholiques irlandais.  

Au plan local, le gallois et co-officiel avec l’anglais au pays de Galles, le mannois (symboliquement) également à l’île de Man. En vertu des récents changements politiques intervenus en Écosse (statut d’autonomie), on peut s’attendre à ce que l’écossais devienne une langue co-officielle dans cette «province» du Royaume-Uni.

Pour ce qui est du cornique (voir la page à ce sujet), son aire linguistique d'origine est située dans la péninsule sud-ouest de la Grande-Bretagne, qui comprend les actuels comtés du Devon et des Cornouailles; on estime à environ un millier de locuteurs ceux qui peuvent employer le cornique comme langue seconde; le cornique est enseigné dans quelques écoles primaires et secondaires. 

Le breton parlé aujourd’hui en France est proche parent des langues brittoniques parlées en Grande-Bretagne (pays de Galles et Cornouailles), avec le gallois et le cornique (considéré comme éteint). Le breton est la seule langue celtique parlée en France.

Voici un tableau assez sommaire illustrant les analogies entre trois langues celtiques: 
 

(Français)
Breton
Gallois
Irlandais
tête penn pen ceann
nez fri trwyn  srón
pain bara bara arán
boîte boest bocs bosca
poire perenn peren piora
mer mor mor muir
venir dont dyfod tighim

3.1 Les langues gaéliques

Les langues gaéliques sont l'irlandais, l'écossais et le mannois. L’irlandais est la langue la plus ancienne. Elle est attestée dès le Ve siècle. Au point de vue historique, on distingue le vieil irlandais (du Ve au Xe siècle), le moyen irlandais (du Xe au XVIIe siècle), témoin d'une très riche littérature, et l’irlandais moderne (dit Gaeilge). Ce dernier est fragmenté en trois variétés dialectales:

- le dialecte méridional (Waterford, Cork, Kerry) ;
- le dialecte oriental (îles d’Aran, Connemara, Mayo) ;
- le dialecte septentrional (Donegal).

Le gaélique écossais (ou erse, Gàidhlig) fut introduit en Écosse vers le IIIe siècle par des immigrants venus d’Irlande (les Scotti). Il réussit à supplanter le picte et le brittonique, qui y étaient parlés et à devenir la langue prédominante. Isolé de l'irlandais vers la fin du Xe siècle, l'écossais a évolué différemment jusqu'à son déclin à la fin du Moyen Âge. La Loi de l'Union (Union Act) de 1707 avec l'Angleterre lui a porté un coup fatal, sans compter les politiques assimilatrices et les politiques de minorisation pratiquées par la Couronne britannique. Aujourd’hui, l'écossais n’est plus parlé que par 1,5 % de la population en Écosse et il est fragmenté en plusieurs variétés dialectales.

Le mannois (ou manx) de l'île de Man fut introduit dans l’île dès le IIIe siècle par des immigrants irlandais d'où il provient. Mais le mannois fut très tôt influencé par les langues scandinaves en raison de la domination des Vikings et, après 1346, par l'anglais au moment de la domination anglaise. Dès lors, le mannois subit l'influence de la langue anglaise, mais sut se maintenir jusqu'au XIXe siècle. Avec l'arrivée de nombreux immigrants anglais, l'assimilation des classes moyennes et l'ouverture au tourisme, le déclin du mannois s'amorça et la langue disparut rapidement.

3.2 Les langues brittoniques

Les langues brittoniques sont le gallois, le breton et le cornique. Le gallois (cymraeg en gallois ou «cymrique», Welsh en anglais) est né vers la VIe siècle. On distingue ainsi le gallois primitif (du VIe au VIIIe siècle) et le vieux gallois (du VIIIe au XIe siècle). Quant au moyen gallois, il a connu son apogée entre le XIIe et le XVe siècle, une période florissante qui a produit des œuvres littéraires de grande qualité. Par la suite, la Loi de l'Union de 1536 et celle de 1542 ont amorcé le déclin du gallois devenu le gallois moderne. La domination de la langue anglaise a réussi à assimiler massivement les Écossais, surtout à partir du XIXe siècle, au moment de la révolution industrielle. Aujourd'hui, le gallois est encore parlé par 18 % de la population du pays de Galles. La Loi sur la langue galloise (Welsh Language Act) de 1993 et la Loi sur le gouvernement du pays de Galles (Government of Wales Act) de 1998 permettent d'espérer une certaine renaissance de la langue galloise. Cela dit, la langue galloise actuelle compte deux sous-groupes dialectaux:

- celui du Nord (Gwynedd et Clwyd);
- celui du Sud (Dyfed et Glamorgan).

Le cornique était jadis parlé en Cornouailles (Cornwall en anglais; Kernow en cornique), une région aujourd'hui peuplé de quelque 480 000 habitants et située complètement au sud-ouest de l’île de Grande-Bretagne. Ce sont des Celtes parlant le cornique qui s’installèrent en Cornouailles dès le Ve siècle. En 1337, la région devint le duché de Cornouailles et revint par tradition à l'aîné du souverain d’Angleterre. Devenus sujets anglais, les habitants des Cornouailles s’anglicisèrent rapidement. On estime que la religion fut l'une des causes majeures de la disparition du cornique. En effet, la religion anglicane était pratiquée presque exclusivement en anglais; en tant que force dominante, l'Église constituait un élément majeur du bien-être social et la connaissance de l'anglais restait incontournable. La dernière personne à parler le cornique s’est éteinte en 1777.

On distingue le vieux cornique (du Ve au du XIe siècle),  le moyen cornique (du XIIe au XVIe siècle), fortement influencé par l’orthographe du Middle English (moyen anglais) et le cornique tardif (du XVIIe au XVIIIe siècle) où il s'est éteint. Depuis quelques décennies, plusieurs intellectuels influents de la région ont tenté des efforts pour ranimer le cornique (appelé cornique moderne), notamment dans des services religieux, des cours du soir, des cours par correspondance, des camps d’été pour les enfants et même par un début d’enseignement expérimenté dans quelques écoles primaires.  plusieurs défenseurs du cornique tentent de faire revivre ce qu'on appelle maintenant le cornique moderne parlé comme langue seconde par quelques centaines de locuteurs (peut-être deux milliers). 

Enfin le breton constitue la troisième langue brittonique. Il est parlé dans la partie occidentale de la Bretagne en France. On y compte entre 240 000 et 370 000 locuteurs sur une population totale de 1,5 million d’habitants dans la «zone bretonnante» de l’Ouest appelée Basse-Bretagne ou Breizh Izel; à l’est, se trouve la partie plus «francophone» dite Haute-Bretagne (ou Breizh Uhel) appelée également «le pays gallo». Le breton a pour origine le gallois et le cornique, introduits au Ve siècle par les immigrants venus du pays de Galles et de Cornouailles, après l’invasion de la Grande-Bretagne par les Saxons. Le breton n’a aucun statut officiel en France, sauf celui de «langue régionale de France».

Dans le présent site, on peut consulter, outre les pages sur la France, celles le lieu d'origine des pays de langue celtique tels le pays de Galles, l'Écosse, la république d'Irlande, l'Irlande du Nord ou l'île de Man

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