LibanJumhuriyah al Lubnaniy | |
République du Liban |
| Capitale: Beyrouth Population: 5,8 millions (2025) Langue officielle: arabe (de jure) Groupe majoritaire: arabe libanais ou levantin du Nord (93,7 %) Groupes minoritaires: kurde kurmanji (4,9 %), arménien (4,9 %), arabe syrien (2,5 %), arabe égyptien (1,7 %), chaldéen néo-araméen (0,5 %), français (0,4 %), arabe irakien (0,3 %), espagnol (0,3 %), araméen (0,1 ), anglais (0,1 %), grec, italien, turc, portugais et assyrien néo-araméen Système politique: république parlementaire Articles constitutionnels (langue): préambule et art. 11 de la Constitution modifiée en 2004 Lois scolaires: Décret n° 9099 déterminant les étapes et les objectifs de la formation générale (1968-1986); Règlement intérieur des écoles publiques maternelles et d'enseignement de base (2000); Décret n° 9706 sur la réglementation et les conditions de l'éducation gratuite et obligatoire (2022). Lois à portée linguistique: Code de procédure civile (1983); Loi sur la protection de la propriété littéraire et artistique (1999); Code de procédure pénale (2001); Loi sur la protection des consommateurs (2005); Décret n° 1302 sur la règlementation et l'autorisation des publicités (2015); Loi sur les marchés publics (2021); Loi du travail (2025). |
|
|
La république du Liban (correspondant à la prononciation [loub-nân] en arabe) est un petit pays de 10 452 km², soit l’équivalent d’une surface trois fois moindre que celle de la Belgique et de deux fois moindre que celle d'Israël (20 770 km²); sa longueur est d’environ 250 km sur 40 km à 70 km de largeur. Le pays est limité nord et à l’est par la Syrie, au sud par Israël (Palestine) et à l’ouest par la Méditerranée. |
Le relief du Liban est formé à l’ouest par une chaîne de montagnes — les monts Liban —, qui domine une étroite plaine côtière, et à l’est par une seconde chaîne de montagnes parallèle à la première : l'Anti-Liban adossé à la Syrie et le mont Hermon au sud; entre les deux, s’étend le haut plateau de la Békaa (voir la carte détaillée).
![]() |
Le nom du Liban (en arabe Loub-nân) vient d’un mot araméen signifiant «la montagne Blanche», c’est-à-dire celui de sa chaîne de montagnes toujours enneigées: les monts Liban, désignés aussi par l'expression la Montagne. La capitale, Beyrouth, compte plus d'un million d'habitants. Les villes importantes sont les suivantes: Tripoli (200 000 hab.), Saïda (100 000 hab.), Tyr (70 000 hab.), Nabatieh (15 000 hab.), Baalbek (env. 20 000 hab.), Zahlé (30 000 hab.), Jounieh (100 000 hab.).
L'emblème du Liban est le «cèdre du Liban» ("Cedrus libani") originaire de la région couvrant le Liban, la Syrie et une partie de la Turquie. La présence de cet arbre est devenue rarissime, sauf dans certaines forêts. |
Toute donnée d’ordre démographique sur le Liban demeure relativement aléatoire. L’imprécision des estimations d’ordre démographique s’explique par l’absence de tout recensement depuis la fin du Mandat français (1920-1946), du fait que les résultats auraient des implications sur le partage politique du pouvoir. Les autorités libanaises ont préféré s’en tenir au statu quo plutôt que de susciter de nouveaux conflits. Le dernier recensement officiel au Liban date de 1932, sous le Mandat français.
C’est sur la base des résultats de cet ancien recensement que fut effectué le partage du pouvoir entre les différentes communautés en 1943 et que furent distribués les postes dans la fonction publique. Depuis cette époque, la répartition des principales responsabilités politiques et administratives se fait entre les six ou sept grandes communautés confessionnelles: les maronites, les grecs orthodoxes, les grecs catholiques, les sunnites, les chiites et les druzes. Avec ce système des «quotas», chacune des grandes communautés détenait un droit de veto implicite en cas de désaccord. Rien n'était prévu pour adapter le système à l'évolution démographique.
Cependant, en octobre 1996, le ministère des Affaires sociales a publié les résultats du premier recensement depuis 1932. Le Liban avait en 1996 une population de 3,1 millions d’habitants, sans compter les 200 000 à 300 000 réfugiés palestiniens. Puis, d'après une étude statistique de 1997 sur les conditions de vie des ménages, les autorités libanaises estimèrent à quatre millions le nombre d'habitants au Liban, dont 350 000 réfugiés palestiniens. La population du pays comporterait environ 85 % de Libanais, 12 % de Palestiniens et 3 % de Syriens. Les Arméniens et les Kurdes résidant au Liban sont, dans leur immense majorité, de nationalité libanaise. Notons enfin qu'environ 13 millions de ressortissants d'origine libanaise vivraient à l'étranger.
Le tableau qui suit présente la population estimée en 2025, soit 5,8 millions d'habitants, d'après un rapport de l'ONU:
| Groupe ethnique | Population | Pourcentage | Langue principale | Filiation linguistique | Religion principale |
| Arabe musulman libanais | 2 414 000 |
41,2 % |
arabe libanais | langue sémitique | islam |
| Arabe chrétien libanais | 1 291 000 | 22,0 % | arabe libanais | langue sémitique | christianisme |
| Arabe syrien | 718 000 | 12,2 % | arabe syrien | langue sémitique | islam |
| Arménien | 259 000 | 4,4 % | arménien | isolat indo-européen | christianisme |
| Druze | 256 000 | 4,3 % | arabe levantin (libanais) | langue sémitique | islam |
| Arabe palestinien | 222 000 | 3,7 % | arabe palestinien | langue sémitique | islam |
| Alaouite | 110 000 | 1,8 % | arabe levantin (libanais) | langue sémitique | islam |
| Arabe égyptien | 91 000 | 1,5 % | arabe égyptien | langue sémitique | islam |
| Kurde | 70 000 | 1,1 % | kurde kurmanji | langue indo-iranienne | islam |
| Éthiopien | 59 000 | 1,0 % | amharique | langue sémitique | christianisme |
| Assyrien | 40 000 | 0,6 % | assyrien néo-araméen | langue sémitique | christianisme |
| Turkmène | 39 000 | 0,6 % | turkmène | langue altaïque | christianisme |
| Bangladais | 36 000 | 0,6 % | bengali | langue indo-iranienne | islam |
| Chaldéen | 27 000 | 0,4 % | chaldéen néo-araméen | langue sémitique | christianisme |
| Français | 25 000 | 0,4 % | français | langue romane | christianisme |
| Araméen touroyo | 25 000 | 0,4 % | araméen touroyo | langue sémitique | christianisme |
| Arabe irakien | 18 000 | 0,3 % | arabe irakien | langue sémitique | islam |
| Philippin | 18 000 | 0,3 % | philippin | langue austronésienne | christianisme |
| Arabe soudanais | 15 000 | 0,2 % | arabe soudanais | langue sémitique | islam |
| Népalais | 10 000 | 0,1 % | népalais | langue indo-iranienne | hindouisme |
| Iranien | 7 000 | 0,1 % | farsi (iranien) | langue indo-iranienne | islam |
| Araméen occidental | 6 500 | 0,1 % | néo-araméen occidental | langue sémitique | christianisme |
| Grec | 5 000 | 0,0 % | grec | langue grecque | christianisme |
| Italien | 5 000 | 0,0 % | italien | langue romane | christianisme |
| Bédouin | 3 000 | 0,0 % | arabe bédawi | langue sémitique | islam |
| Autres | 79 000 |
1,3 % |
- | - | - |
| Total 2025 |
5 848 500 |
100 % |
- |
- |
- |
2.1 Les communautés ethniques
Le Liban présente une mosaïque ethnique, avec une diversité religieuse et culturelle qui se manifeste dans ses communautés. Le pays compte une vingtaine de communautés reconnues, regroupées en trois grandes familles : islamique (sunnites, chiites, druzes), chrétienne (maronites, orthodoxes, arméniens) et diverses autres plus petites confessions. Les communautés originaires du Liban sont les Arabes libanais (63,2%), les Druzes (4,3%), les Arméniens (4,4%), les Alaouites (1,8%), les Kurdes (1,1%), les Chaldéens (0,4%), les Araméens (0,5%), les Assyriens (0,6%). Toutes les autres ethnies sont des communautés immigrantes: Palestiniens, Égyptiens, Syriens, Français, Irakiens, Américains, Turcs, etc. Si plusieurs communautés parlent une langue propre, d'autres partagent la même langue.
2.2 L'arabe libanais
Le Liban est un pays très homogène sur le plan linguistique. En effet, 95 % de la population parle l’arabe ou l'une de ses variétés. La majorité de la population parle l'arabe levantin du Nord, appelé aussi arabe libanais pour environ 65%. Cette langue est partagée par les Libanais, les Syriens, les Palestiniens, les Druzes, les Alaouites et une partie des Juifs. Près de 10 millions de personnes parlent l'arabe levantin du Nord dans le monde: outre les locuteurs du Liban, mentionnons 8,8 millions de locuteurs en Syrie, un million en Argentine, 500 000 en Turquie et 800 000 autres un peu partout dans le monde (États-Unis, France, Australie, Canada, etc.).
![]() |
La langue arabe parlée au Liban s'apparente à l’arabe levantin du Nord, une variété de l’arabe dans la région du Levant. Situé au carrefour de civilisations, le Liban a connu des influences phéniciennes, araméennes et grecques, ainsi que des apports turcs pendant l’Empire ottoman et, plus récemment, des apports européens pendant la période du Mandat français et après l’indépendance avec l'anglais. Ces couches historiques caractérisent la langue parlée au Liban et lui confèrent non seulement une musicalité typique, mais également un lexique particulier. Dans les espaces formels, comme l’écriture administrative ou l’enseignement, l'arabe standard moderne (ASM) est privilégié, alors que dans la vie quotidienne la langue arabe libanaise demeure prépondérante. Ce double standard linguistique influence aussi le vocabulaire, les structures syntaxiques et la prononciation. Dans les grands centres urbains, la langue parlée témoigne d'un usage intensif de mots d’origine française et anglaise, parfois intégrés phonétiquement à l’arabe dialectal, ce qui enrichit considérablement le lexique et les expressions régionales. |
La langue parlée au Liban n’est pas uniforme, car des variantes régionales, sociales et même générationnelles apportent des différences particulières dans l'arabe libanais employé au quotidien. Cet arabe local, qui a des apports turcs (ottomans), arméniens, français et anglais (plus récemment), conserve une identité très particulière, ouverte et résolument moderne, ainsi qu'une capacité d'adaptation face aux mouvances étrangères et internationales.
- Le franbanais
![]() |
Surnommée «franbanais», cette façon de parler le franco-arabe chez certains Libanais consiste à traduire littéralement en français un processus de pensée purement libanais. Il s'agit d'une langue bien vivante à la croisée de deux cultures, c'est-à-dire un français standard avec des apports d'arabe libanais et d'un peu d'anglais. Cet emploi représente un moyen d’affirmer son identité libanaise. |
Voici quelques exemples:
| Franbanais | Français | Signification / origine |
| merci ktir | merci beaucoup | «merci» en français, ''ktir'' en arabe |
| prendre un kahwé | prendre un café (kahwé) dans un café | ''qahwa'' en arabe |
| mâcher un chewing gum | mâcher un mastic | ''mistaca'' en arabe : de mastiquer |
| un bantalon | pantalon | ''bintal'' en arabe |
| une jacquette | une veste | ''jacket'' en anglais |
| la chamberière | chambre à air | roue d'une voiture |
| espadrines | espadrilles ou baskets | ''iisbadril'' en arabe |
| prendre un drink avec un chalumeau | prendre un verre avec une paille | chalumeau en arabe: «petit tube pour aspirer un liquide» |
| tirer le siphon | tirer la chasse d'eau | ''sifun'' en arabe |
| faire un petit | faire l'amour | traduit de l'arabe |
| tarder | être en retard | ''takhir'' en arabe |
| appuyer sur le benzine | appuyer sur l'accélérateur | ''binzin'' en arabe |
| habiter dehors | habiter à l'étranger | traduit de l'arabe |
| boire une cigarette | fumer | boire signifiant «fumer» |
| Il est midi et demi cinq | il est 12h35 | calque de l'arabe |
| avancer en arrière | reculer | traduit de l'arabe: avancer et reculer. |
| estiver | passer l'été en montagne | posséder une résidence secondaire |
| jardinière | éducatrice œuvrant dans un jardin d'enfants | Dictionnaire Le Petit Robert : «éducatrice travaillant dans un jardin d'enfants». |
2.3 Le français et l'anglais
En raison de l’histoire du Liban, le français et l’anglais, en plus de l’arabe standard moderne, demeurent des langues relativement pratiquées comme langues secondes. Étant donné que les Libanais ont toujours été de grands commerçants, la connaissance des langues étrangères est une pratique courante. En effet, presque tous les Libanais parlent l’arabe standard, 45 % le français et 40 % l’anglais. En général, le français est réputé être répandu dans les familles chrétiennes et dans les couches aisées musulmanes; la majorité des musulmans ont tendance à être plutôt anglophiles, bien que beaucoup de musulmans connaissent le français.
Des études effectuées en 2000-2001 par la Commission des affaires culturelles du gouvernement français démontraient que les vrais bilingues arabes-français représenteraient 28,5 % de la population, alors que les bilingues arabes-anglais seraient 14 %. Par ailleurs, 73 % des bilingues arabes-français connaîtraient également l’anglais. Il s’agirait d’un trilinguisme presque diglossique où l’arabe serait utilisé à la fois comme langue maternelle et comme langue vernaculaire, le français servant essentiellement comme langue de culture et l’anglais comme langue fonctionnelle pour les communications avec l’extérieur.
En 2020, près de 40 % des Libanais étaient considérés comme francophones, et 15 % partiellement francophones, avec le résultat que 70 % des écoles secondaires du Liban recouraient au français comme deuxième langue d'enseignement. Par comparaison, l'anglais est employé comme langue secondaire dans 30 % des écoles secondaires du Liban. L'usage de la langue arabe par la jeunesse instruite est à la baisse, car elle préfère généralement parler en français et, dans une moindre mesure, l'anglais, qui sont considérées comme des langues dites «branchées».
L'usage de l'anglais augmente dans le milieu des affaires et des médias. Sur près de 900 000 élèves, environ 500 000 sont inscrits dans les écoles francophones, publiques ou privées, dans lesquelles l'enseignement des mathématiques et des matières scientifiques est offert en français. L'emploi réel du français varie selon la région et le statut social. Un tiers des élèves du secondaire scolarisés en français poursuit des études supérieures dans des établissements anglophones. L'anglais est la langue des affaires et de la communication, le français étant un élément de distinction sociale, choisi pour sa valeur affective.
Actuellement, l’arabe standard moderne est employé dans les documents officiels et dans l'administration, l’arabe libanais pour communiquer dans la rue, le français d’un point de vue plus culturel, et l’anglais pour les communications extérieures en général. De plus en plus de Libanais parlent deux ou trois langues.
2.4 Les autres langues en présence
Les autres communautés linguistiques sont forcément minoritaires: le kurde kurmanji (4,9 %), l'arménien (4,9 %), l'arabe syrien (2,5 %), l'arabe égyptien (1,7 %), le chaldéen néo-araméen (0,5 %), le français (0,4 %), l'arabe irakien (0,3 %), l'espagnol (0,3 %), l'araméen (0,1 ), l'anglais (0,1 %), le grec, l'italien, le turc, le portugais et l'assyrien néo-araméen.
Les variétés d'arabe appartiennent au groupe sémitique, mais également le chaldéen, l'araméen et l'assyrien. À part le turc (famille altaïque), toutes les autres langues ont une origine indo-européenne, que ce soit le kurde, l'arménien, le français, l'anglais, etc.
Au point de vue linguistique, l'arabe classique demeure la langue officielle du Liban, l’arabe libanais (ou levantin du Nord), la langue d’usage. L'utilisation du français reste courante, notamment au sein des communautés chrétiennes, surtout les maronites, alors que l’anglais serait davantage privilégié dans les communautés musulmanes et dans les échanges commerciaux. Les Arméniens et les Kurdes ont conservé leur langue d'origine, mais parlent également le français (Arméniens) ou l'anglais (Kurdes).
2.5 Les clivages religieux
Le Liban est un pays multiconfessionnel. Dans cette région du Proche-Orient, le Liban est certainement le pays qui connaît la plus grande diversité religieuse. Les Libanais professent surtout des religions musulmanes et chrétiennes. Mais les communautés confessionnelles sont au nombre d’une vingtaine (officiellement 17), lesquelles disposent d’une existence juridique. Chacune de ces religions relève d’un droit privé spécifique appliqué par des tribunaux religieux; d'ailleurs, sur la carte d'identité d'un Libanais, la religion de celui-ci était inscrite, mais ce n'est plus le cas depuis la moitié des années 1990, date de publication de la nouvelle carte d'identité.
Chez les musulmans (environ 60 % de la population), on distingue les chiites (35 %), les sunnites (23 %), les druzes (5 %) et les alaouites (1 %).
|
Chrétiens catholiques |
Chrétiens non catholiques |
Musulmans |
Juifs |
Maronites |
Grecs orthodoxes |
Sunnites |
Juifs (29 personnes ?) |
Les Libanais sont donc divisés en de
nombreuses factions religieuses, et ce, d'autant plus que les chrétiens sont
eux-mêmes sont rattachés à différentes confessions.
![]() |
On distingue des
Libanais
chrétiens, dont approximativement 24 % de maronites
(rattachés à l'Église catholique avec leur propre rite), 13 % de Grecs orthodoxes, d’Arméniens
orthodoxes (3 %) et d’autres communautés plus faiblement représentées, tels que les
Syriens orthodoxes (jacobites), les Syriens
catholiques (syriaques), les Chaldéens
catholiques, les Chaldéens orthodoxes (nestoriens), les catholiques romains directement rattachés à Rome, etc.
Les catholiques orientaux (autres que romains) ordonnent les hommes mariés et
suivent leurs propres rites; leurs langues liturgiques sont l'araméen, le grec
et l'arabe. En 2020, on compterait encore moins d’une
trentaine de juifs (à Beyrouth). Il y aurait aussi une toute petite communauté de coptes; ce sont des Égyptiens installés au Liban, mais ils n'ont pas de paroisse. Le tableau qui suit donne une idée du caractère multiconfessionnel des Libanais.
Toute tentative de laïcisation et d'uniformisation des divisions administratives (par les autorités françaises avant 1939) ayant échoué, le territoire libanais correspond à l'appartenance confessionnelle; on parle de «cantonisation». On peut visualiser avec plus de précision une carte représentant sur le territoire la répartition des communautés confessionnelles. Les maronites sont surtout rassemblés dans Beyrouth-Est et au nord de la route qui mène à Damas; les druzes sont majoritaires dans le sud du Mont-Liban et dans l'Anti-Liban. Les sunnites sont concentrés dans le nord du pays et dans les grandes villes du littoral, qui regroupent aussi les Grecs orthodoxes. La population chiite, nombreuse dans la banlieue de Beyrouth et au sud du Mont-Liban, se concentre également dans le nord de la plaine de la Bekaa. |
2.6 La diaspora libanaise
L'émigration libanaise a toujours joué un très grand rôle. Les immigrants, trois fois plus nombreux que les Libanais vivant au pays, constituent une véritable diaspora, qui conserve des liens avec son pays d'origine. On estime qu'entre 4 millions et 14 millions de personnes d'origine libanaise (selon la prise en compte des descendants de la 1re, de 2e, de 3e, voire de 4e génération), c'est-à-dire jusqu'à trois fois la population du Liban (estimée en 2020 à 5,4 millions d'habitants).
|
Au début du XIXe siècle apparut un premier courant migratoire orienté vers les villes égyptiennes. Ce flux s’est poursuivi dans la première moitié du XXe siècle. La deuxième vague fut plus importante et demeura essentiellement chrétienne: selon diverses estimations, de 400 000 à 800 000 Libanais auraient définitivement quitté leur pays pour le continent américain entre 1850 et 1950. Avec leur descendance, ils seraient aujourd'hui plusieurs millions. À la fin du XIXe siècle, il se développa une troisième vague d'émigration, surtout chiite et dirigée vers l'Afrique noire francophone. Lors de la décolonisation des années soixante, la plupart des Libanais d'Afrique rentrèrent dans leur pays d'origine, favorisant ainsi l'émergence d'une classe moyenne au sein de la communauté chiite.
Depuis 1950, les migrations s’avèrent importantes vers le Canada et l'Australie, mais demeurent temporaires dans les pays arabes de la région du Golfe (Arabie Saoudite et Émirats arabes unis). Ces mouvements ont connu une ampleur considérable à partir de 1975 et concernaient toutes les communautés, toutes les classes sociales et toutes les régions libanaises. Rappelons qu'environ 13 millions de ressortissants libanais vivraient à l'étranger, dont 12 millions en Amérique du Sud et 1,1 million en Amérique du Nord, plus de 400 000 en Europe (surtout en France et en Suède), près de 500 000 en Afrique, quelque 400 000 dans les pays arabes et près de 100 000 en Australie. Au Canada, la moitié des Libanais vivent au Québec, dont 90 % dans la métropole Montréal. En Afrique (Sénégal, Guinée-Conakry, Sierra Leone, Liberia), en raison des données peu disponibles (2016), on compterait probablement 500 000 Libanais. |
3 Données historiques
De par sa position géopolitique, le Liban a toujours été au carrefour de trois continents et le passage obligé entre l'Occident et le monde arabe, bénéficiant au surplus d'un accès vers l'Asie centrale et la Russie.
![]() |
Par le fait même, le pays fut maintes fois envahi et conquis par pratiquement tous les peuples du bassin méditerranéen, ainsi que par des tribus nomades qui remontèrent de la péninsule Arabique. Enfin, du fait de sa configuration accidentée, ce pays de montagnes a souvent accueilli les réfugiés de nombreuses contrées. Tous ces peuples ont laissé non seulement une empreinte architecturale, mais aussi un apport culturel et religieux important.
À la fin du IIIe millénaire, les Cananéens et les Phéniciens établirent sur la côte des comptoirs et fondèrent des cités-États (Tyr, Sidon, Byblos, Beyrouth). Les Phéniciens avaient créé un alphabet de 22 lettres, qui supplanta l’écriture cunéiforme alors en usage, et se répandit dans toute la Méditerranée. Le Liban, qui fit partie de la Phénicie, connut dans l'Antiquité une civilisation brillante. L'indépendance de la Phénicie prit fin avec la conquête d'Alexandre le Grand en 333 avant notre ère. À partir de cette période, et ce, jusqu’au XVe siècle, le Liban disparut en tant qu’entité politique souveraine; il fut englobé au sein d'une vaste zone dite «syrienne». La domination grecque dura trois siècles, soit jusqu’à la tutelle romaine. |
![]() |
En 64 avant notre ère, les légions de l'Empire romain fondèrent la Provincia Syria. Beyrouth devint la métropole militaire et commerciale des Romains en Orient. Le christianisme se propagea dans cette province syrienne dès la première moitié du Ier siècle. En 395, lors du partage de l'Empire romain, la Provincia Syria, devenue chrétienne, fut rattachée à l'Empire byzantin. L'Église syro-maronite (maronites) a vu le jour dans le diocèse d'Orient de l'Empire byzantin; elle constituait une branche de l'ancienne Église syriaque d'Antioche.
Si la région de l'actuel Liban, alors la province de Syrie, fut romanisée politiquement et économiquement, elle n'a jamais fait l'objet d'une latinisation. En effet, la langue parlée dans cette province romaine était alors une langue sémite, une variété d'araméen, dont on trouve des traces encore aujourd'hui dans certains villages isolés de la région. Vers la fin de l'Empire romain, des Arabes de la péninsule Arabique s'étaient déjà installés sur la côte méditerranéenne, soit comme pêcheurs, soit comme pasteurs de troupeaux ou cultivateurs sur les versants de la montagne. |
3.1 La conquête arabe
![]() |
En 628, les Arabes envahirent la région et, après la défaite byzantine à la bataille de Yarmouk en 636, les villes de la côte libanaise tombèrent entre les mains des musulmans, qui placèrent la «province» sous leur autorité. Par suite de la conquête de l'Empire arabo-musulman, la population se modifia considérablement, car des Arabes, des Perses et des Juifs entrèrent dans le pays. Dès lors, les chrétiens durent côtoyer les musulmans sunnites. La conquête musulmane de 636 réduisit progressivement les chrétiens du Proche-Orient à une minorité.
En revanche, les maronites réussirent à conserver une certaine autonomie en raison de leurs liens avec Byzance, avec l'Occident et avec les autres minorités du Mont-Liban. |
Mais les querelles religieuses déchirèrent les populations, qui se divisèrent en sectes. C'est à cette époque que commencèrent à s'opposer les différentes communautés confessionnelles. La montagne servit de refuge, d’abord pour les maronites (au VIIIe siècle), puis pour les chiites (IXe siècle) et enfin les druzes (XIe siècle) chassés d’Égypte. La plupart de ces communautés formèrent des minorités (maronites, chiites, druzes, etc.), ce qui en fit très tôt un pays multiconfessionnel, surtout avec l’intégration du pays dans l’Empire byzantin (l’Église orthodoxe), puis dans l’Empire arabo-musulman.
Au milieu du XIe siècle, le grand schisme d'Orient divisa le monde chrétien en deux grandes communautés: les catholiques romains et les orthodoxes. À partir de ce moment, les chrétiens qui restèrent attachés à Rome furent appelés «catholiques latins», et ceux de l'Église d'Orient furent appelés «orthodoxes». C'est ainsi que le Liban s'enrichit encore d'une autre communauté religieuse.
3.2 Les États latins d'Orient
![]() |
La domination franque au Liban (XIe-XIIIe
siècles) s'est matérialisée lors des croisades (1090-1300), où des
seigneurs européens conquirent la côte (Tripoli, Beyrouth, Sidon) et
contrôlèrent le Mont-Liban. Les Francs s’emparèrent de Jérusalem qui
tomba entre leurs mains en 1090, puis Tripoli en 1109, Beyrouth et Sidon
en 1110. Le Liban resta deux siècles sous la domination franque,
c’est-à-dire jusqu’en 1289 (lors de la capitulation de Tripoli).
Les États francs comprenaient du nord au sud, le comté d’Édesse (1098-1150), la principauté d’Antioche (1098-1268), le comté de Tripoli (1102-1289) et le royaume de Jérusalem (1099-1291). Ce régime féodal, qui comprenait de nombreuses seigneuries et des fiefs, reposait sur un contrôle militaire et des alliances locales; ce pouvait être des Arméniens ou des Byzantins (au nord), des Égyptiens au sud, sinon des émirats (Damas et Alep). L'ordre des Templiers et des Hospitaliers constituait l'ossature militaire indispensable, alliés des souverains francs. Au cours de cette période, des liens se sont tissés, notamment avec la communauté maronite, qui a confirmé son attachement à Rome, ce qui favorisa les échanges avec l'Occident chrétien. De nombreux châteaux et fortifications (citadelles de Tripoli, Byblos) témoignent encore aujourd'hui de la présence franque. La présence franque introduisit des éléments culturels et religieux occidentaux. |
![]() |
Les influences linguistiques des États francs au Liban ont jeté des bases historiques à la présence francophone actuelle, bien que l'impact direct sur la langue arabe locale ait été limité. Durant les croisades, le français ou plutôt l'ancien français était principalement employé comme langue de communication entre les occupants francs et les populations locales (arabes, syriaques, chrétiens maronites) pour des besoins de négoce et de gestion; mais ce pouvait être le languedocien dans le comté de Tripoli et le normand dans la principauté d'Antioche. Néanmoins, l'époque des croisades a ancré une présence française et une certaine francophilie dans la région, en particulier auprès de la communauté maronite, que la France considérait comme «protégée». En fait, l’usage du français (comprendre l'ancien français) est en partie expliqué par la crainte des chrétiens de se voir assimilés, voire annihilés, dans un Proche-Orient dominé par l’islam. Cela justifie en partie leur attachement au français au point d’en faire leur langue devant l’arabe. Historiquement, s’exprimer en français devient une manière de se distinguer au niveau identitaire. |
Au Moyen Âge autour de la Méditerranée, on trouvait en présence les chrétiens d'Occident (dont les Francs), les chrétiens d'Orient (dont les Byzantins) et les musulmans. Au nord, on trouvait les tengristes (foi en Tengri, dieu suprême, religion des steppes de la nature), soit des peuples cavaliers des steppes (Pétchénègues, Coumans, Tcherkesses, Tatars, Mongols) qui n'avaient pas encore adopté le christianisme (les deux premiers) ni l'islam (les trois derniers, du moins en Europe). Cette époque a facilité la pénétration culturelle ultérieure, notamment par l'installation de missionnaires jésuites à partir du XVIIe siècle, qui ont ravivé l'usage de la langue française parmi les élites intellectuelles libanaises.
Ensuite, les villes libanaises passèrent sous l’autorité des mamelouks (milices arabes), qui gouvernèrent la région pendant deux siècles et demi, donc de la fin du XIIIe siècle jusqu’en 1516, soit lors de l’arrivée des Ottomans. Pour fuir les mamelouks, de nombreux maronites trouvèrent asile dans la haute montagne libanaise ainsi qu’à l’île de Chypre. Les mamelouks eurent un impact significatif sur le Liban, notamment en dévastant les villes maritimes et en anéantissant le commerce. Leur politique de la «terre brulée» a laissé des traces durables dans l'histoire du Liban.
3.3 L'Empire ottoman
![]() |
À partir de ce moment, l'Empire ottoman ouvrit une nouvelle période, car les Turcs accordèrent une autonomie aux Libanais au prix d’un tribut. Mais ce fut une période politiquement instable au cours de laquelle les maronites, les druzes et les chiites entrèrent en conflit les uns contre les autres. Les druzes réussirent à contrôler le pays durant deux siècles, ce qui favorisa les affrontements violents avec les maronites.
Au cours de la période ottomane, spécialement à partir du XVIIIe siècle, le Liban accueillit plusieurs minorités fuyant la persécution: des Grecs et des Syriaques catholiques y trouvèrent non seulement un gîte pour leurs communautés naissantes, mais des couvents pour leurs moines et un siège pour chacun de leurs patriarcats récemment créés. En 1900, l'Anatolie, la Palestine, le Liban et la Mésopotamie faisaient toujours partie de l'Empire ottoman. L'Irak (en Mésopotamie) n'existait pas, de même que le Liban (sandjak de Beyrouth), la Syrie (sandjak de Damas et vilayet d'Alep), la Jordanie (sandjak de Zor) et Israël (sandjak de Jérusalem). |
Sous l'Empire ottoman, le vilayet désignait une province placée sous l'autorité d'un gouverneur général (appelé «val »), tandis qu'un sandjak constituait une subdivision de second niveau d'un vilayet.
3.4 Le Mandat français
Au milieu du XIXe siècle, la France et la Grande-Bretagne intervinrent pour assurer la protection de certains groupes ethnoreligieux, la guerre ayant éclaté entre maronites et druzes. Un gouvernorat autonome maronite, placé sous la protection de la France, fut créé en 1864.
![]() |
Au lendemain de la Première Guerre mondiale, l'Empire ottoman fut démantelé et le Liban passa sous mandat français en 1920. Les accords franco-britanniques (secrets) de Sykes-Picot conclus en 1916 avaient déjà préparé le dépeçage de l'Empire ottoman et son partage. La Syrie de cette époque, qui englobait la Syrie actuelle et le Liban d’aujourd’hui, fut donc placée sous mandat français avec l’aval de la Société des Nations; la France était déjà militairement présente dans la région et elle y bénéficiait d’un rayonnement culturel important grâce à son réseau scolaire. En décembre 1921, le nombre des réfugiés arméniens à Beyrouth était estimé à 15 500 personnes, à 2000 à Tripoli et dans ses environs, alors qu'un nombre équivalent s’installait à Sayda et à Tyr; en Syrie, Alep devint un centre de transit pour les réfugiés arméniens en provenance de Diarbekir, Kharpett et Malatia, avant que les réfugiés puissent résider à Beyrouth. |
- Le découpage territorial
La France fragmenta le territoire en plusieurs États (Grand Liban, Damas, Alep, Alaouites, Druzes) pour faciliter son administration et sa mainmise sur la région.
![]() |
C’est à ce moment que les frontières actuelles du «Grand Liban» (le Mutesarrifat libanais, Beyrouth, la Békaa, Tripoli, Sidon, Tyr) furent créées et que s’implanta assez durablement la langue française.
Notons aussi les deux districts
autonomes de Cordyène (peuplé de Kurdes) et du Sindjar (peuplé de Yézidis);
l'État
d'Alep était aussi connu sous le nom de Djéziré. Quelques dizaines de milliers d’Arméniens fuyant la persécution turque se sont établis dans le pays, suivis par une immigration kurde (environ 60 000 personnes).
Dans la Déclaration du mandat, adoptée le 24 juillet 1922 par le Conseil de la Société des Nations (SDN), l’article 22 du Pacte de la SDN imposait à la France, la «Puissance mandataire», le «respect du statut personnel des diverses populations et de leurs intérêts religieux» (art. 6 de la Déclaration du mandat), le maintien des «droits des communautés» dont celui de «conserver leurs écoles, en vue de l'instruction et de l'éducation de leurs membres» (par. 3 de l'article 8) et l’abstention «toute intervention [...] dans la direction des communautés religieuses [...] dont les immunités sont expressément garanties» (art. 9). |
Durant le Mandat français, les autorités françaises offrirent aux Arméniens le choix de demeurer au Liban en y acquérant, comme les autres Libanais, la nationalité libanaise instituée en 1925. Néanmoins, le mandat de la France fut vécu comme une forme de domination coloniale et fit l'objet de contestations tout au long de sa période d'application. Cependant, la nouvelle entité territoriale libanaise ne fut pas acceptée par les nationalistes arabes, qui souhaitaient la création d'une «Grande Syrie» englobant l'ensemble du Croissant fertile. Pour sa part, la Syrie devenue indépendante n'admit pas d'être privée d'une grande partie de sa façade maritime sur la Méditerranée.
- La cession d'Alexandrette à la Turquie
Le nom «Alexandrette» provient de la ville fondée par Alexandre le Grand en 333 avant notre ère.Elle est historiquement connue sous le nom d'Alexandrie et est d'abord appelée «Alexandrie» en grec. Quant à l'appellation «Alexandrette», il faut donné par les Occidentaux à partir des croisades. Il est construit sur le mot persan ''Iskandar'', qui signifie «Alexandre», mais en y ajoutant un diminutif, ce qui fait référence à la «Petite Alexandrie. D'ailleurs, cette ville était historiquement connue sous le nom de «Petite Alexandrie» pour la différencier de la métropole égyptienne.
![]() |
Le sandjak (province ottomane) autonome d'Alexandrette était un
petit territoire de 5570 km² donnant sur la Méditerranée, à la frontière
de la Syrie et de la Turquie. En 1939,
la France céda le sandjak d'Alexandrette
à la Turquie. Cette cession était motivée par le désir de la France
d'obtenir la neutralité d'Ankara dans le conflit qui menaçait l'Europe:
soucieuse d'obtenir la neutralité de la Turquie à la veille de la
Seconde Guerre mondiale et de l'empêcher de se rallier à l'Allemagne
nazie, la France préférait céder ce territoire stratégique.
Ce faisant, la France violait la charte de son mandat qui stipulait que
le mandataire garantissait la Syrie et le Liban contre toute perte de
territoire. Mais la France avait déjà amputé la Syrie en créant un Liban
indépendant et en cédant la Cilicie en Turquie sur laquelle un mandat
lui avait été confié en 1921. Puis le rattachement à la Turquie
fut décidé par les grandes puissances, ce qui devait changer
considérablement la composition ethnique dans la région. Par ailleurs, cette cession déchaîna la colère des Libanais et des Syriens, et ce, d'autant plus que le sandjak était une mosaïque ethnique et confessionnelle, marquée par une présence turque importante, mais non majoritaire, ainsi que des populations arabes (sunnites et alaouites), et des minorités arméniennes, kurdes, circassiennes et autres. |
Le sandjak d'Alexandrette abritait une population de quelque 220 000 habitants (selon le recensement de 1936). Les Turcs comptaient environ 40%; les Alaouites (Arabes chiites), 28%; les Arméniens, 11%; les Arabes sunnites, 10%; les autres (Kurdes, Circassiens, etc.), approximativement 11%. Donc, les arabophones (38%) étaient plus ou moins à égalité avec les turcophones (40%) parce que les proportions ont pu varier, 38% pour les turcophones, 39% pour les arabophones. De plus, la langue turque était reconnue comme langue officielle au même titre que la langue arabe, même si le français demeurait une importante langue administrative.
|
Du côté des groupes confessionnels, les musulmans représentaient plus de 80% des habitants. Les chrétiens de toute confessions comptaient pour moins de 20%, les juifs, peut-être 2%. Le 23 juillet 1939, les Français quittèrent le sandjak d’Alexandrette, ce qui entraînait une exode des populations non turcophones, notamment les Arméniens et d'Arabes chrétiens assyriens ou chaldéens) pour ne pas être "génocidés" comme ceux d'Anatolie. La plupart se sont installés au Liban, préférant ainsi vivre sous Mandat français plutôt que sous administration turque qui avait déjà commencé à pratiquer sa turquisation à grande échelle, notamment avec les Arméniens. La quasi-totalité de ces derniers quittèrent Alexandrette pour se retrouver dans des camps de réfugiés aux environs de Beyrouth. |
De plus, un certain nombre de notables sunnites travaillant dans le négoce s’exilèrent dans les grandes villes syriennes, car eux aussi préféraient vivre sous Mandat français. Il faut admettre que la Turquie kémaliste pouvait faire peur à toute personne qui n'était pas turque en raison de l'épuration ethnique qui visait particulièrement les Arméniens, les Grecs et les Kurdes.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, les troupes françaises vichystes combattirent contre les Alliés, et les Britanniques conquirent militairement la Syrie et le Liban, entraînant de lourdes pertes des deux côtés. La dynastie des Assad s'installa en Syrie et revendiqua le sandjak d'Alexandrette (devenu ''Iskenderun'') à la Turquie, ainsi d'ailleurs que le Liban. De son côté, la Turquie entreprit la turquisation du territoire cédé.
Aujourd'hui, l'ancien sandjak (la province de Hatey) est quasi intégralement turc et musulman, bien que de petites minorités sont également présentes, notamment les communautés syriaque orthodoxe, syriaque catholique, maronite, grecque antiochien et arménienne. En vertu du traité de Lausanne de 1921 (voir le texte), les minorités religieuses ont droit de recevoir leur éducation selon leur rite, et non nécessairement dans leur langue.
3.4 L’indépendance
Le Liban accéda définitivement à l'indépendance en 1943, mais les troupes françaises quittèrent le territoire en 1946. Le Pacte national assura un bon fonctionnement à la vie politique libanaise, tandis que le système confessionnel semblait aller de soi.
![]() |
Le Liban dut accueillir les Palestiniens chassés d’Israël après 1948; l’arrivée des Palestiniens, majoritairement musulmans, déstabilisèrent la République naissante et menacèrent le fragile équilibre démographique, mais en même temps ils fournissaient la main-d'œuvre nécessaire au cours de la période de prospérité économique. Suite à l'instauration dans les pays arabes des régimes dits révolutionnaires ou socialistes, le Liban vit arriver l’une des dernières grandes vagues des minorités devenues indésirables dans leur propre pays: les Assyriens, les Syriaques et les chaldéens d'Irak, les alaouites de Syrie, les chrétiens d'Égypte, etc. Après la guerre israélo-arabe de 1967, d’autres réfugiés palestiniens affluèrent en masse.
Pendant plusieurs décennies, le pays avait adopté deux langues officielles: l’arabe et le français. Mais les nouveaux dirigeants s'empressèrent d'adopter les modifications constitutionnelles qui affirmèrent le statut souverain du Liban et abolirent le français comme «deuxième langue officielle». |
Au lendemain des affrontements de 1970, l'Organisation de libération de la Palestine, chassée de Jordanie, s'installa avec ses combattants sur le territoire libanais. Quelque 500 000 Palestiniens s’établirent ainsi au Liban, ce qui représentait environ 15 % de la population. La présence palestinienne provoqua l'intervention armée de la Syrie et d’Israël. Le fragile Liban ne put résister à la violence des événements et fut entraîné dans la guerre civile, activant alors le processus de la dislocation de l’État.
3.5 La guerre civile de 1975-1989
![]() |
La guerre civile fut déclenchée le 23 avril 1975 et opposa d’abord les phalanges chrétiennes et les Palestiniens, puis, à partir du mois d’août, les milices islamo-progressistes alliées aux Palestiniens. Une première intervention syrienne en 1976 tenta de contenir les Palestiniens. En 1978, Israël s'installa dans le Sud, mais son armée dut céder la place à une force d'interposition des Nations unies (FINUL). Restant sur place jusqu'en 1984, cette dernière ne put empêcher la nouvelle intervention israélienne de 1982 (opération «Paix en Galilée»), au cours de laquelle Beyrouth fut assiégée et l'OLP décimée.
La Syrie intervint à nouveau en 1983 contre l'OLP dans la partie ouest du pays (siège de Tripoli). Ils contrôlèrent 60 % du territoire et occupèrent une position de force: les forces syriennes, dénommées pax syriana, semblèrent préférables à la continuation de la guerre civile. Des conflits éclatant entre les communautés libanaises firent craindre une rapide désagrégation du pays. En 1989, les accords de Taëf permirent un retour progressif au calme, malgré une vaine résistance du général Michel Aoun commandant l’armée chrétienne. |
3.6 Une souveraineté partielle
Dans un environnement marqué par la guerre du Golfe, la Syrie et le Liban signèrent, en mai 1991, un «traité de fraternité et de coopération», qui revint à une reconnaissance de la Syrie sur le Liban. Toujours tiraillé entre la Syrie et Israël, le Liban d’aujourd'hui ne contrôle pas la totalité de son territoire et la souveraineté de l'État n'est toujours pas restaurée. Tant que le confessionnalisme constituera le fondement de la république du Liban, les responsabilités des postes politiques et administratifs demeureront inégales.
- Le Hezbollah
![]() |
Le Hezbollah est un parti politique et un groupe paramilitaire islamiste chiite libanais (la couleur jaune) qui fut à l'origine de sa création en 1982; c'est plus précisément une armée iranienne au Liban. Or, Israël a toujours continué à bombarder le sud du Liban, dans le but de limiter les avancées du Hezbollah (le «Parti de Dieu»). Le mouvement a comme objectif la création d'un État islamique sur le modèle iranien, ainsi que l'élimination de toute présence non islamique au Proche-Orient, dont l'État d'Israël. Le Hezbollah est financé à coup de centaines de millions, principalement par la Syrie, mais surtout par l'Iran, ainsi que par des fonds privés. Le Hezbollah est considéré comme un mouvement de résistance chiite. C'est une armée iranienne au Liban. Comme il fallait s'y attendre, le Hezbollah est devenu rapidement la principale organisation militaire de confrontation avec Israël dans le sud du Liban. |
Entre 1990 et 2000, le Hezbollah a toujours renforcé son alliance avec la Syrie et a grandement consolidé sa faction militaire, ce qui lui a permis de poursuivre sa guérilla face à Israël. Cela étant dit, le Hezbollah traite également d'affaires sociales au moyen des hôpitaux, des écoles, des orphelinats et d'une chaîne de télévision (Al-Manar: la «chaîne du Parti de Dieu»), le tout étant destiné à augmenter sa popularité auprès de la population et gagner des appuis. À la suite des élections législatives de juin 2005, le Hezbollah a obtenu 14 sièges au Parlement libanais, lequel en compte 128.
Le Hezbollah poursuit toujours son objectif principal: la destruction d'Israël. Le mouvement armé dispose d'au moins 600 «combattants» actifs (voire 2000, et 5000 en entraînement intensif) et d'un armement d'artillerie lourde, tel que des lance-roquettes multiples et des missiles téléguidés; son arsenal militaire est également composé de fusils d'assaut, de mines antipersonnel, de pièces d'artillerie légère et de canons antiaériens avec des équipements de vision nocturne et de drones. Le soutien et les effectifs du Hezbollah sont pratiquement impossibles à chiffrer. Pour les dirigeants américains, le Hezbollah demeure un groupe encore plus dangereux qu’Al-Qaeda; pour l'opinion publique occidentale, ce sont des terroristes ou des pantins à la disposition de la Syrie et de l'Iran. C'est une armée iranienne stationnée au Liban, donc un ennemi juré d'Israël. Cependant, pour des millions de Libanais, c'est la voix des déshérités, car le mouvement soutient aussi un immense réseau de services publics touchant les hôpitaux, les écoles, la collecte des ordures, etc.
- La riposte d'Israël
Israël a fini par réagir aux attaques du Hezbollah et, en juillet 2006, de vastes offensives militaires furent lancées non seulement contre le sud du Liban, mais dans presque tout le Liban, dont Beyrouth. Pour les dirigeants libanais, l'agression d'Israël a fait revenir le Liban cinquante ans en arrière. Le nombre de personnes déplacées est estimée pour le moment à au moins 700 000. Pour Israël, les représailles contre le Liban constituent un moyen pour faire comprendre à ce pays que le contrôle du groupe armé du Hezbollah relève de la responsabilité de l'État. Le problème, c'est que l'armée libanaise n'est pas suffisamment forte pour contrôler le Hezbollah et encore moins pour affronter la puissance militaire d'Israël! Il faudrait au minimum une force internationale! Pour le moment, les Libanais ne semblent être que des pions dans une guerre qui les dépasse. La déstabilisation du Liban, qui vient à peine de sortir de trente ans de présence étrangère sur son territoire, ne pourra qu'envenimer la cohabitation encore fragile des différentes communautés libanaises. Malgré des moyens militaires inférieurs, le Hezbollah a toujours réussi à tenir tête à Israël.
| En mars 2026, la situation continuait de se détériorer au Liban, où l’armée israélienne menaçait de causer des dégâts semblables à ceux qu’elle a causés dans la bande de Gaza parce que le Hezbollah avait lancé des missiles sur l’État hébreu afin de venger la mort du Guide suprême iranien (Ali Khamenei), tué lors de l’offensive israélo-américaine.
Les frappes israéliennes ont tué 850 personnes, dont 107 enfants, d'après le ministère libanais de la Santé. De plus, 800 000 personnes ont été déplacées au Liban à la suite des «ordres d'évacuation» émis par Israël, selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM). Tout cela n’a rien d'étonnant puisque le Liban se trouve «sur la Terre promise» d’Israël, selon la Torah, livre sacré du judaïsme. Une autre guerre de religion? |
![]() |
Mais ce n'était pas assez. En avril 2026, à la suite de la guerre déclenchée par les États-Unis contre l'Iran, l'armée israélienne annonça avoir mené sa «plus grande frappe coordonnée» contre le Hezbollah depuis le déclenchement de la guerre le 28 février, disant avoir visé «des centaines» de membres du mouvement pro-iranien, dont un commandant. Toutefois, ce sont toujours les civils qui écopent. L'ampleur des tueries lors des frappes israéliennes au Liban est «épouvantable», a déclaré le Haut-Commissaire des droits de l'homme de l'ONU, appelant la communauté internationale à aider à mettre fin au «cauchemar». Un tel carnage, survenu quelques heures après la conclusion d'un cessez-le-feu avec l'Iran, défie l'entendement, car il exerce une pression énorme sur une paix fragile, qui est désespérément nécessaire pour les populations civiles. |
D'un côté, si le gouvernement est prêt à «capituler», le Hezbollah, lui, ne déposera jamais les armes, quitte à enterrer les morts et à subir la destruction du pays. Le Hezbollah ne connaît pas la ''Real Politik», tant l'idéologie religieuse combattante est rigide, quitte à massacrer en masse ceux de leurs compatriotes qui voudraient les déloger. Sans le Hezbollah, le Liban pourrait espérer vivre en paix, mais il demeure incapable de s'en débarrasser. C'est un État chiite fort dans un État libanais faible avec comme slogan «Mort à l’Amérique, mort à Israël». Le problème, c'est que ce sont les Libanais qui meurent pendant qu'Israël accentue sa mainmise sur le Liban!
Or, jamais depuis la fin de la guerre civile en 1989-1990, les divisions interlibanaises n'ont été aussi profondes. Au lieu d’aboutir à une union sacrée, la guerre a creusé davantage le fossé entre le Hezbollah et le pouvoir légal officiel, représenté par le président et le premier ministre. Ces dirigeants, qui ont résolument choisi d’aligner le Liban sur la politique américaine, semblent déterminés à aller de l’avant et ont fait en sorte de délégitimer le Hezbollah. Le retour sur le devant de la scène d’un discours longtemps tabou, celui des négociations directes et de la conclusion d’un «accord de paix» avec Israël, ne passe pas bien partout dans ce pays polarisé.
D'où le carnage qui a repris. Pour le Hezbollah, c'est une trahison. Pour le Liban, c'est un bond de 40 ans en arrière! Aux yeux des autorités officielles, la branche militaire du Hezbollah est désormais hors-la-loi, bien que le parti soit représenté par deux ministres au sein du gouvernement, qu’il dispose d’un important bloc parlementaire et qu'il continue de bénéficier du soutien de la majorité de la communauté chiite et même d’un appui moindre, mais réel dans les autres communautés. Bref, le pays du Cèdre n’est pas au bout de ses peines.
Selon la Constitution, les postes principaux de l'État libanais sont attribués aux représentants des principales communautés parmi les 17 que compte officiellement le pays. C'est ainsi que le président de la République doit être un chrétien maronite, celui du Conseil des ministres un musulman sunnite, et celui de la Chambre des députés un musulman chiite. Ce système confessionnel a été maintenu par les accords de Taëf (1989), lesquels ont cependant prévu un rééquilibrage des pouvoirs entre les communautés pour tenir compte de leur évolution démographique respective. Les accords prévoyaient la réduction du pouvoir du président maronite en faveur du premier ministre sunnite et du Conseil des ministres. Aujourd’hui, le président de la République ne peut plus révoquer le chef du gouvernement (premier ministre) ni dissoudre la Chambre des députés. On constatera qu’au Liban la religion et la politique sont intimement liées.
D’ailleurs, l’article 9 de la Constitution libanaise reconnaissait aux différentes communautés religieuses une liberté totale de culte et leur accordait le droit de régir leur statut personnel par des lois particulières. L'arrêté n° 60 du Haut-Commissariat du 13 mars 1936 admettait à son tour les 17 communautés religieuses du Liban, ainsi que le droit d'organiser leur juridiction et d'adopter leur législation de statut personnel.
Cependant, plus de 36 ans après les accords de Taëf, ceux-ci ont atteint leur limite. En raison des équilibres confessionnels qui sont demeurés figés, les pouvoirs qui sont restés fragmentés, sans oublier les mécanismes de veto croisés, toutes les réformes des mécanismes politiques ont été bloqués. Le pays du Cèdre est dirigé par un président maronite, un premier ministre sunnite et un président du Parlement chiite, mais au lieu de coopérer ces fonctions se sont mutuellement neutralisées. Conçu au départ pour garantir la coexistence, le système s’est transformé en structure de blocage, assurant ainsi l'impasse politique.
4.1 La Constitution
La Constitution du 9 novembre 1943 prévoyait deux langues officielles: l’arabe et le français. Tel se lisait l’article 11 aujourd'hui abrogé:
| Article 11 (1943) [abrogé]
L’arabe est la langue nationale officielle dans toutes les administrations de l’État. Le français est également langue officielle, une loi spéciale déterminera les cas où il en sera fait usage. |
Cependant, cette «loi spéciale» dont on parlait dans la Constitution n'a jamais vu le jour. De plus, la Constitution de 1943 fut modifiée à plusieurs reprises, notamment le 7 décembre 1943, le 21 janvier 1947, le 24 avril 1976 et le 21 septembre 1990 après les accords de Taëf. Les modifications constitutionnelles n'ont jamais remis en cause le statut du français. Voici comment se lit l’article 11 actuel (avec les modifications de 2004):
| Article 11 (2004)
L'arabe est la langue nationale officielle. Quant à la langue française, les circonstances dans lesquelles elle est utilisée sont déterminées par la loi. |
En ce sens, le Préambule de la Constitution est cohérent à cet égard en précisant que «le Liban est arabe dans son identité et son appartenance»:
|
Préambule Le Liban est une patrie souveraine, libre et indépendante, une patrie définitive pour tout son peuple, une seule en termes de terre, de personnes et d'institutions à l'intérieur de ses frontières stipulées dans cette constitution et reconnues internationalement. Le Liban est arabe dans son identité et son appartenance. Il est membre fondateur et actif de la Ligue des États arabes et adhère à ses chartes. Elle est également membre fondatrice et active des Nations unies et adhère à ses chartes et à la Déclaration universelle des droits de l'homme. L'État incarne ces principes dans tous les droits et dans tous les domaines, sans exception.Le Liban est une république démocratique et parlementaire, fondée sur le respect des libertés publiques, au premier rang desquelles se trouve la liberté d'opinion et de croyance, et sur la justice sociale et l'égalité des droits et devoirs entre tous les citoyens sans distinction ni préférence. |
Cela signifie que, depuis décembre 1943, l’arabe standard moderne est devenu juridiquement la seule langue officielle du pays, ce qui n’empêche pas le français d’être omniprésent. Juridiquement, aussitôt l’indépendance acquise, le Liban bilingue est devenu un Liban unilingue arabe tout en laissant au français des prérogatives encore actuelles.

4.2 Les langues parlementaires
Les deux langues employées dans les débats parlementaires (à l'oral) sont l’arabe libanais et l’arabe standard moderne, mais les lois ne sont rédigées qu’en arabe standard. Mentionnons que c'est à l'époque du Mandat français que provient la plus grande partie des lois et codes libanais, lesquels furent directement rédigés en langue française par des juristes français. Donc, il faut tenir compte que certains documents juridiques sont rédigés en français ou en arabe. Depuis 1992, tout personnage officiel de l'État est tenu, sur le territoire national, de s'exprimer en arabe dans ses discours. À l'étranger, ils peuvent recourir au français ou à l'anglais.
4.3 Les langues des tribunaux
Les tribunaux mixtes (religieux et civils), qui comprenaient des magistrats français, furent les premiers à appliquer les lois libanaises; leurs décisions furent alors publiées en français et elles ont servi de base à la jurisprudence libanaise qui continue encore à les prendre en considération. Les lois adoptées à cette époque sont restées inchangées, elles sont non seulement d'inspiration française, mais elles sont rédigées en français. Pour ce qui est de la jurisprudence, il est fréquent de lire des décisions, alors que l’arabe est devenu la langue officielle, qui contiennent des passages de référence en français, voire tirés d'ouvrage français. Le Code de procédure civile libanais de 1933 est rédigé en français.
Bien que le Code de procédure civile libanais ait été publié pour la première fois en arabe en 1983, l'expérience jurisprudentielle et législative française s'est largement inspirée du nouveau Code de procédure civile français. L'article 814 du Code de procédure civile libanais (1983) énonce que, si les documents judiciaires sont rédigés en langue étrangère, ils doivent être traduits en arabe par un traducteur assermenté, ce qui démontre bien l'importance de cette langue :
| Article 814
Les sentences arbitrales sont reconnues et dotées d'une forme exécutoire si la personne qui les invoque prouve leur existence et qu'elles ne violent pas manifestement l'ordre public international. L'existence d'une sentence arbitrale est prouvée par la présentation de son original joint à la convention d'arbitrage ou par des copies conformes de ces deux documents certifiées conformes par les arbitres ou par toute autorité compétente. Si ces documents sont rédigés dans une langue étrangère, ils doivent être traduits par un traducteur assermenté. |
Il en est ainsi à l'article 47 du Code de procédure pénale (2001), qui prescrit l'usage de l'arabe et d'un interprète au besoin:
| Article 81
Lorsque l’avocat du défendeur assiste à l’interrogatoire, il ne peut poser de questions à son client ou à la partie adverse que par l’intermédiaire du juge d’instruction. Il peut formuler des observations ou contester ce qu'il estime incompatible avec les principes de l'enquête sur les questions posées par le juge d'instruction. Si le juge d’instruction n’autorise pas l’avocat à prendre la parole, à poser des questions, à faire des observations ou à soulever des objections, mention en est portée sur le procès-verbal d’interrogatoire. Le procureur général ou l’un de ses assistants peut assister à l’interrogatoire du défendeur. Il peut poser des questions et faire des observations par l’intermédiaire du juge d’instruction. Si le défendeur ne maîtrise pas la langue arabe, le juge d’instruction lui assigne un interprète, lequel ne commence à interpréter qu’après s’être engagé sous serment à accomplir sa mission en toute sincérité et fidélité. Si le défendeur est sourd, muet ou incapable de s’exprimer, le juge d’instruction fait appel à une personne capable de communiquer avec lui par la langue des signes ou par tout autre moyen, après que cette personne s’est engagée sous serment à accomplir sa mission en toute fidélité et sincérité. Si le défendeur sourd ou muet sait écrire, les questions lui sont posées par écrit et ses réponses sont également consignées par écrit lors de son interrogatoire. Le papier sur lequel il a porté ses réponses est joint au procès-verbal d’interrogatoire. Article 88 Si le témoin ne maîtrise pas la langue arabe, le juge d'instruction lui désigne un interprète qui accomplira sa tâche après avoir prêté serment de l'accomplir en toute sincérité et fidélité, à moins qu'il ne s'agisse d'un interprète assermenté. Article 184 Le juge peut décider, d'office ou sur demande de l'une des parties à l'affaire, d'entendre un témoin présent dans la salle d'audience. Si le témoin ne maîtrise pas la langue arabe ou est sourd ou muet, le juge lui désignera un interprète qui prêtera serment pour accomplir sa tâche en toute sincérité et fidélité. Article 267 Si le témoin est sourd ou muet ou ne maîtrise pas la langue arabe, les dispositions de l'article 254 de la présente loi seront appliquées lors de l'audition de son témoignage. |
Aujourd’hui, l’arabe libanais est généralement la langue couramment employée dans les tribunaux de première instance, comme les tribunaux religieux. Ces derniers, qui ont juridiction sur le statut personnel des Libanais, peuvent utiliser une autre langue, par exemple le français, l’arménien ou le kurde. Chacune des juridictions communautaires dispose de ses propres règles, de ses textes juridiques, de sa terminologie particulière, de sa jurisprudence, etc. Par exemple, il existe une Loi sur le statut personnel de la communauté grecque orthodoxe, une autre pour la communauté arménienne orthodoxe, la communauté syrienne orthodoxe, la communauté évangélique, etc.
4.4 L'administration publique
L'État libanais est régi par la «proportionnelle ethnique» et religieuse (les 17 communautés), caractéristique d'une société fragmentée. Ainsi, les lois électorales prévoient que les sièges parlementaires, dans chacune des circonscriptions, sont répartis selon des quotas spécifiques aux différentes communautés présentes dans la circonscription, proportionnellement à leur importance numérique.
Les ministères sont partagés de façon proportionnelle entre les communautés, ce qui a d'ailleurs entraîné le gonflement de leur nombre. Depuis 1943, une convention constitutionnelle (le Pacte national) attribue les «trois présidences» (présidence de la République, présidence du Conseil des ministres et présidence de la Chambre des députés) respectivement aux maronites, aux sunnites et aux chiites. Cette «communautarisation» s'étend également à l'administration publique et aux pouvoirs locaux et municipaux.
Dans l'armée, les divisions communautaires sont reproduites plus ou moins fidèlement. Selon le journal Le Monde, les officiers seraient musulmans dans une proportion de 50% de musulmans et de chrétiens à 50 %. Cependant, parmi les soldats, on compterait essentiellement des musulmans chiites qui, par exemple, auraient du mal à se battre contre les milices chiites du Hezbollah. Leur imposer une telle tâche équivaudrait à une autre division au sein d'une armée déjà ultra-fragile.
- La démocratie consociative
Ce système, qui répartit les pouvoirs entre les groupes ethniques et religieux, s'appelle la «démocratie consociative». Ce modèle repose sur quatre piliers :
1. La coalition de partage du pouvoir : les représentants des principaux groupes sociaux gouvernent ensemble dans une coalition.
2. La proportionnalité : c'est la représentation équitable au Parlement, dans la fonction publique et l'administration.
3. L'autonomie communautaire : chaque communauté gère ses propres affaires internes (éducation, culture).
4. Le droit de veto : la protection pour les minorités sur les questions cruciales, évitant la marginalisation.
En résumé, la démocratie consociative est un modèle qui privilégie la diversité et l’inclusion, en cherchant à maintenir l’unité par le respect des différences et le partage du pouvoir entre groupes socioculturels. Cependant, le système a engendré des effets pervers, particulièrement pour les petites communautés non reconnues qui ne disposent d'aucun pouvoir. L'enchevêtrement des communautés au sein du pouvoir public a rend plus difficiles les modifications constitutionnelles, car toute diminution des prérogatives attribuées, par exemple, à l'un des trois présidents, a toujours été mal perçue par la communauté dont il est issu. À l'inverse, les communautés peuvent aisément neutraliser l'État. Les postes sont considérés comme appartenant à telle ou telle communauté plutôt qu'existant en fonction de l'intérêt général. La «proportionnelle communautaire» asphyxie l'État et en paralyse les institutions, favorisant ainsi le recours à l'arbitrage de pays tiers.
En France, le système consociatif correspondrait à un «féodalisme corrompu», alors qu'au Canada on parlerait d'un «patronage officialisé» (ou soutien privilégié accordé à un organisme ou une entité communautaire). Depuis 1985, le dictionnaire Le Robert a aujourd'hui un mot pour décrire ce phénomène: la libanisation. Le dictionnaire définit le terme ainsi: «Phénomène par lequel un pays connaît une transformation qui le fait ressembler au Liban, où les différentes ethnies, religions, etc., s'affrontent violemment, causant une véritable guerre civile.»
Autrement dit, la libanisation, c'est le processus de fragmentation d'un État. Par exemple, un Libanais ou une Libanaise qui souhaite contracter mariage ou demander le divorce ne doit pas se référer à la loi nationale, mais à la loi communautaire de sa religion d’appartenance (la Charia pour les musulmans, le droit canon pour les chrétiens) dont dépendent à la fois la démarche et les effets juridiques. En prime, musulmans et chrétiens des différentes communautés s'entraident à se neutraliser.
- La langue arabe et les citoyens
La langue la plus employée dans l'administration est l’arabe libanais, mais cet emploi n’interdit pas l’arabe standard moderne, voire le français dans certains cas. De toute façon, il est rare qu’un fonctionnaire ne connaisse ni l'arabe moderne ni le français. Tous les documents sont en arabe moderne, mais la langue française demeure présente dans de nombreux cas: documents fonciers, passeports, billets de banque, plaques d'immatriculation, bâtiments officiels, etc., à côté de l'arabe.
Néanmoins, les rares textes de loi mentionnent la priorité à l'arabe. Par exemple, l'article 12 de la loi du 23 septembre 1946 portant Code du travail énonçait qu'un contrat de travail devait être rédigé en arabe, mais qu'il pouvait être traduit dans une langue étrangère si l'employeur ou le salarié étranger ignorait la langue arabe:
|
12 اﻟﻤﺎدة |
Article 12 Le contrat écrit doit être rédigé en arabe pour être autorisé. Dans les deux cas, il est soumis au droit commun. Le contrat écrit doit être rédigé en langue arabe; il peut néanmoins être traduit dans une langue étrangère si l'employeur ou le salarié étranger ignore la langue arabe. |
Dans sa forme modifiée, l'article 12 se lit comme suit dans la Loi du travail (2025) :
|
Article 12 (modifié par la loi 3/2025) 1) Le contrat individuel de travail est un accord par lequel le salarié s'engage à fournir volontairement son travail au profit d'un employeur et sous sa surveillance et son contrôle en échange d'un salaire, quel que soit le lieu de travail. 2) Le contrat écrit doit être rédigé en arabe et il peut être traduit dans une langue étrangère si l'employeur ou le salarié est un étranger ignorant la langue arabe. |
La Loi sur la nationalité, promulguée par le décret n° 15 du 19 janvier 1925 par le haut-commissaire français (Maurice Paul Saray), est encore en vigueur. Elle ne traite pas de la langue arabe, mais elle limite le «droit du sang» aux hommes libanais, qui accorde le droit de transférer la nationalité à leurs enfants (et conjoints) sans reconnaître le même droit que les femmes libanaises mariées à des étrangers.
La Loi sur la protection des consommateurs (2005) est intéressante à plus d'un titre. Les informations sur les étiquettes ou sur les emballages des marchandises doivent être affichées en principe en arabe, parce que cette langue doit être employée pour tout acte visant à afficher des produits ou des services. Mais il est permis dans certains cas de recourir au français ou à l'anglais comme substitut de l'arabe:
|
Article 9 En principe, la langue arabe doit être employée pour formuler les inscriptions qui doivent figurer, que ce soit sur l'étiquette du produit ou sur l'emballage, et en général dans tout ouvrage visant à présenter le produit ou le service. Une décision du ministre de l'Économie et du Commerce détermine les cas dans lesquels il est permis d'adopter l'une des langues anglaise ou française comme substitut à la langue arabe. Article 19 Le contrat établi par le professionnel, ou les services officiels acceptent d'approuver, ou dont le consommateur n'est pas autorisé à modifier les dispositions, doit répondre aux conditions suivantes :
Article 37 Tout fabricant ou fournisseur doit démontrer au consommateur, par écrit et de façon claire, la meilleure façon d'utiliser les biens ou les services, et il doit être attentif aux risques qui peuvent survenir au consommateur en cas d'utilisation inappropriée. Les informations susmentionnées doivent être rédigées en arabe. |
L'article 5 de la Loi sur la protection de la propriété littéraire et artistique (1999) accorde au titulaire du droit d'auteur à traduire une œuvre dans une autre langue, citer, modifier, modifier, résumer, adapter ou redistribuer une œuvre musicale:
|
Article 15 Le titulaire du droit d'auteur a seul le droit d'exploiter financièrement l'œuvre et, à cet effet, il a le droit exclusif d'autoriser ou d'interdire ce qui suit :
|
- Les entreprises
La Loi sur les marchés publics (2021) doit être employée dans les documents d'achat et dans les décisions de l'entité acheteuse, mais l'anglais ou le français peut être utilisé avec l'arabe:
|
Article 4 Langue La langue arabe doit être employée dans les documents d'achat et dans les décisions de l'entité acheteuse. Toutefois, l'anglais et/ou le français peuvent être employés avec l'arabe pour la correspondance et la description des informations techniques ou des termes de référence. Lorsqu’il y a un conflit entre des textes arabes et étrangers, le premier prévaut sur le second. Article 50 Contenu de l'appel d'offres public L’invitation à soumettre des propositions comprend les informations suivantes :
|
Le Décret n° 1302 sur la règlementation et l'autorisation des publicités (2015) ne traite pas de la langue à employer dans la publicité. Mais l'article 5.3, alinéa 5, mentionne que les pharmacies sont exemptées des exigences concernant la publicité électronique et à l'affichage numérique à condition d'afficher leur logo ainsi que le mot « Pharmacie », sans dénomination commerciale:
|
Article 5 Conditions particulières relatives à la publicité électronique et à l'affichage numérique
|
Au Liban, la publicité est soumise à un cadre juridique complexe qui comprend diverses lois et réglementations et des codes de conduite conçus pour maintenir l’équité et la transparence sur le marché. La législation principale régissant les activités publicitaires est résumée dans le Code commercial libanais, qui énonce les principes fondamentaux de la publicité commerciale, notamment la véracité, l’exactitude et le respect de la morale publique. Cependant, la question linguistique ne semble pas avoir préoccupé le législateur. L'arabe est en principe obligatoire, mais il est possible de trouver des affiches uniquement en français ou en anglais, ou bilingues (français-anglais ou arabe-français, ou arabe-anglais).

4.5 L’enseignement
L’éducation est obligatoire de 6 à 16 ans. On compte cinq niveaux formant le système d'éducation libanais :
- l’enseignement préscolaire qui dure deux ans;
- le primaire qui accueille les élèves à partir de 6 ans; il dure six ans;
- le collège dure trois ans, le niveau 6e étant intégré dans le cycle primaire;
- le lycée qui est sanctionné par le baccalauréat;
- le cycle d’enseignement supérieur.
Le Décret n° 9706 sur la réglementation et les conditions de l'enseignement gratuit et obligatoire (2022)
au Liban, affirmant le droit de chaque enfant à une éducation de base (de 6 à 15 ans) dans les écoles publiques sans discrimination. La gratuité de l'enseignement inclut les manuels scolaires, interdit l'imposition de frais d'inscription illégaux et établit des mécanismes d'inclusion et de mise en œuvre de l'obligation scolaire pour tous les résidents, y compris ceux qui ne sont pas officiellement inscrits, dans le cadre des droits de l'enfant.
Le Décret n° 9706 sur la réglementation et les conditions de l'éducation gratuite et obligatoire (2022) décrit les bases du système d'éducation:
Article 2 L'éducation de base gratuite est obligatoire pour tout enfant au Liban, sans discrimination pour quelque raison que ce soit, notamment en raison de son sexe, de son âge, de sa religion, de sa secte, de son lieu de résidence, de son origine nationale ou sociale, des inclinations ou convictions politiques, économiques ou idéologiques de sa famille, ou en raison de tout handicap dont il souffre, ou de toute autre caractéristique autre que la capacité d'apprendre.
L'éducation obligatoire inclut les personnes sans papier et la citoyenneté est envisagée. Quant aux étrangers en séjour régulier, les règles de réciprocité s’appliquent à eux, et pour que la résidence de tout étudiant étranger soit considérée comme légitime au Liban afin d’appliquer les dispositions de ce décret, cet étudiant doit disposer d’une carte de séjour annuelle ou permanente.
Le Ministère veille aux conditions de mise en œuvre de l'enseignement de base obligatoire, basé sur le principe de l'égalité des chances, dans les écoles publiques, et il appartient aux parents de contribuer seuls au Fonds du conseil des parents.
Article 3
L'éducation de base comprend les étapes, cycles et années de l'enseignement présecondaire, tels que spécifiés dans le décret n° 10227 du 5/8/1997 et dans les règlements ultérieurs complémentaires ou modifiés.
Article 4
L'éducation de base fournit des services d'enseignement et de soutien pendant l'année scolaire, de la première année jusqu'à la fin de la neuvième année, à la condition que l'âge de l'élève de la dernière année de l'éducation de base ne dépasse pas 18, ou 21 ans dans les cas prévus par la loi n° 220/2000 sur les personnes handicapées.
Article 8Les écoles spécialisées qui offrent un enseignement approprié aux personnes ayant des besoins spéciaux, comme l'enseignement de la langue des signes ou du braille, entre autres, sont considérées comme faisant partie intégrante du système d'enseignement obligatoire de base qui touche un grand nombre d'enfants handicapés, lesquels ne peuvent pas suivre le programme dans les écoles ordinaires. Ils bénéficient du soutien des autorités compétentes, à condition qu'une commission paritaire entre le ministère de l'Éducation et de l'Enseignement supérieur et le ministère des Affaires sociales, qui comprend des représentants de ces établissements d'enseignement, détermine les conditions de leur travail et le coût de l'enseignement.
- Les types d'écoles
Il existe trois types d'établissements au Liban:
- Les écoles publiques et laïcs
Ces écoles sont gérées et financées par le gouvernement libanais. Du préprimaire au secondaire, elles sont gratuites et ouvertes à tous les enfants. Le programme est centralisé et défini par le ministère de l'Éducation et de l'Enseignement supérieur; il est donc uniforme pour toutes les écoles publiques.
L’arabe y est la langue d’enseignement, mais le français et l’anglais sont enseignés en tant que langues étrangères. Étant donné que ces écoles publiques sont souvent limitées en ressources, leurs niveaux de qualité peuvent varier considérablement d’un établissement à l'autre. Les enseignants sont employés par le gouvernement, avec des salaires et des conditions de travail souvent inférieurs à ceux des écoles privées.
- Les écoles privées confessionnelles
Ces écoles peuvent être chrétiennes, musulmanes, juives, etc., ou laïques. Elles représentent la majorité des établissements scolaires au Liban; elles sont gérées par des institutions privées et financées par les frais de scolarité payés par les familles; elles respectent souvent les programmes internationaux comme le baccalauréat international ou le programme français. Elles sont souvent bilingues ou trilingues (arabe, anglais et français).
En général, elles disposent de plus de moyens et donc de meilleures infrastructures et de ressources pédagogiques plus riches. Les frais de scolarité y sont élevés, ce qui limite l'accès aux familles plus aisées.
- Les écoles privées subventionnées
Ces écoles dites « semi-privées » sont gérées majoritairement par les communautés religieuses. Elles combinent des fonds publics (subventions de l’État) et privés, ce qui permet de réduire les frais de scolarité tout en offrant une qualité d'éducation supérieure à celle des écoles publiques. Le programme y est le même que dans les écoles publiques. Et même si l'arabe est la langue principale, elles accordent une grande importance au français et à l’anglais. L’uniforme est imposé dans la majorité des établissements privés et publics.
- Les écoles maternelles
Les écoles maternelles au Liban accueillent les enfants dès l'âge de trois ans pour un cycle de deux ans (petite et grande section). Le secteur est dominé par le privé, avec des écoles obligatoirement en uniforme, bien que des écoles publiques existent. Dans ces écoles privées, confessionnelles ou non, l’enseignement de la langue arabe n’est pas obligatoire, mais en général on y enseigne parfois l’arabe libanais, souvent l’arabe standard moderne, ainsi que le français et/ou l’anglais.
- La formation fondamentale
Le Règlement intérieur des écoles publiques maternelles et d'enseignement de base (2000) exige des examens en arabe et en langues étrangères:
| Article 8
Listes des inscrits : Un examen d'entrée est organisé pour les nouveaux élèves et ses résultats sont annoncés lors de la période de travail préparatoire. Cet examen comprend les éléments suivants : A - Pour les candidats du deuxième cycle du cycle primaire de l'enseignement de base :
B - Pour les candidats au collège :
C - Toute personne dont la moyenne est d'au moins 10/20 est considérée comme ayant réussi l'examen, à condition qu'elle n'ait obtenu un zéro dans aucune des matières de cet examen. D- Les postes vacants sont pourvus par les lauréats selon l'ordre de leurs notes de passage, et leurs notes sont enregistrées dans un cahier spécial. E - Les documents d'examen sont conservés dans le dossier de l'étudiant retenu. Les documents des élèeves non admis sont conservés dans un dossier spécial pendant au moins un an. |
Le Décret n° 9099 déterminant les étapes et les objectifs de la formation générale (1968-1986)
présente les programmes de la formation générale:| Article 11 (modifié par le décret 3375/1986)
Le programme d'enseignement doit être donné dans les quatre cycles d'enseignement mentionnés dans l'article 1 du présent décret, outre la langue arabe, dans au moins une des langues française, anglaise et allemande. L'une des deux langues étrangères prévues à l'article précédent du présent décret pourra être remplacée par l'une des autres langues culturelles internationales, à condition qu'un décret soit pris à cet effet en Conseil des ministres sur proposition du ministre de l'Éducation nationale et après l'achèvement de la commission prévue à l'article 6 du présent décret. Article 13 (modifié par le décret 3375/1986) Le programme est initialement enseigné dans les quatre niveaux scolaires mentionnés à l'article 1er du présent décret, en langue arabe, à l'exception des matières de langue et littérature étrangères, et dans les mêmes étapes, l'une des langues française, anglaise ou allemande peut être employée pour enseigner les mathématiques, les sciences et les langues anciennes Les matières mathématiques et scientifiques en langue arabe doivent être progressivement assurées, à condition qu'un décret soit pris à cet effet en Conseil des ministres sur proposition du ministre de l'Éducation nationale et la dissolution de la commission prévue à l'article 6 du présent décret. |
Dans toutes les écoles primaires (la scolarité étant d’une durée de six ans), l’enseignement de l’arabe écrit (arabe standard moderne) reste obligatoire pour les élèves, dans le cadre d'un horaire de sept heures par semaine en moyenne. L’enseignement d’une première langue étrangère est également obligatoire dès la première année, et elle est également d’une durée de six à sept heures/semaines. Les deux tiers choisissent le français, le tiers, l’anglais. Dans le rapport publié par l’Observatoire de la langue française de l’OIF en 2022, il est clairement indiqué que le français est employé comme langue d’enseignement pour 49,4 % des élèves tandis que l’anglais représente 50,6 %, illustrant un changement par rapport aux environ 66 % en faveur du français en 2000. Cette transformation témoigne des enjeux grandissants que rencontre la francophonie scolaire, tandis que l’anglais gagne en popularité dans le système éducatif libanais.
Le français n'est plus majoritaire dans l'enseignement scolaire, aussi bien pour les chrétiens que pour les musulmans. Si une grande partie de l'enseignement scolaire privé est fourni par du personnel religieux français, ces écoles sont fréquentées aussi bien par des chrétiens que par des musulmans. Les minorités linguistiques comme les Arméniens et les Kurdes ont le droit d’enseigner en arménien ou en kurde.
Les élèves libanais et non libanais qui arrivent dans un établissement d’enseignement en cours de scolarité, bénéficient d'une adaptation: ils peuvent recevoir un enseignement dans leur langue maternelle — généralement l’arabe libanais — jusqu’en troisième année. Ensuite, ils sont la possibilité de choisir un enseignement en arabe standard moderne tout en poursuivant l'étude du français et/ou de l'anglais. En cycle terminal, ils pourront suivre un enseignement en «arabe renforcé». Il ne faut pas oublier que beaucoup d’élèves arrivent au Liban en parlant un arabe véhiculaire (syrien, palestinien, égyptien, irakien, etc.) qui n’est pas celui de leur pays d’accueil. Or, l’enseignement de la langue arabe se heurte à certaines difficultés, surtout pour les nombreux élèves de passage au Liban et ceux arrivant pour un long séjour ou pour une insertion définitive.
On compte beaucoup d’établissements privés au Liban dont une majorité d’écoles françaises soumises à une quadruple tutelle: le ministère libanais de l’Éducation nationale, l'État français, l'AEFE (Agence pour l’enseignement français à l’étranger) et la Mission laïque française.
En plus de l’arabe, du français et de l’anglais, la langue arménienne est relativement répandue au Liban, évidemment au sein de la communauté arménienne. La langue arménienne a une longue histoire au Liban, où les Arméniens ayant subi un génocide dans l’Empire ottoman ont trouvé refuge dans le pays au début du XXe siècle. La langue arménienne conserve son importance dans les familles et communautés d’origine arménienne, ainsi que dans les institutions religieuses et les écoles. La langue arabe que beaucoup d'Arméniens ne maîtrisent pas constitue un obstacle majeur qui semble être surmonté, grâce à son enseignement dans les écoles et grâce aux relations professionnelles, sociales et matrimoniales que les Arméniens nouent avec leurs concitoyens.
- Les études secondaires
Les études secondaires (d’une durée de deux ans) ne sont pas obligatoires au Liban. On y enseigne encore en arabe, mais l’enseignement des langues étrangères est plus poussé. Il est obligatoire d’enseigner deux langues étrangères; c’est généralement le français (la 1re langue étrangère) et l’anglais (la 2e langue étrangère), ou l’inverse (anglais comme première langue et français comme seconde). Les principales langues d’enseignement au primaire sont le français (68 %) et l’anglais (32 %), tandis qu’au secondaire, les pourcentages sont inversés.
Dans les écoles privées, on peut y enseigner également l’allemand, l’italien ou l’espagnol. En dehors du système public libanais, les établissements scolaires français répondent à une forte demande de scolarisation française; les établissements où l’on enseigne presque entièrement en français sont très nombreux au Liban. On signale un certaine progression du français sans les établissements musulmans, notamment dans les zones druzes. Les écoles secondaires privées, y compris les lycées franco-libanais, ont pour objectif de faire accéder leurs élèves à un niveau linguistique qui leur permettra de poursuivre une scolarité supérieure dans les universités françaises ou américaines, dont l'American University de Beyrouth. On peut même dire que les écoles secondaires du Liban visent à former des citoyens bilingues (arabe-français-anglais).
Sur la foi des statistiques de l’année scolaire de 1996-1997, on peut affirmer que 69,5 % des élèves, de la maternelle au lycée, apprennent le français comme première langue étrangère, et ce, dans les établissements d’enseignement relevant de la juridiction du ministère libanais de l'Éducation (ce qui exclut les établissements conventionnés par l'Agence pour l'enseignement français à l'étranger). La plupart des élèves apprennent plutôt l'anglais. D’ailleurs, depuis quelques années, il semble se dessiner une certaine progression en faveur de l’enseignement de l’anglais.
- Les études supérieures
Dans le cycle supérieur, le français occupe 55 % de l’enseignement ; l’anglais et l’arabe se partagent le reste. À l’instar de plusieurs pays arabes, comme les pays du Golfe, l’anglais est choisi en raison de son caractère dit «inclusif». Il occupe encore la seconde place dans le pays, même s’il faut reconnaître qu’il n’y jouit d’aucune valeur culturelle à l’image de l’arabe et du français. En effet, dans la quasi-totalité des pays du monde, l’anglais est également utilisé comme langue véhiculaire, facilitant la connexion entre les personnes de langues maternelles différentes.
Au moment de sa période de prospérité, le Liban comptait cinq établissements d'enseignement supérieur renommés. Aujourd’hui, on en compte deux fois plus: l'Université du Liban, l'Université Saint-Joseph, l'Université Saint-Esprit de Kaslik, l’American University de Beyrouth, la Lebanese American University, l'Université de Balamand, l’Université Notre-Dame de Louaizé, le Centre national de recherche scientifique (CNRS), le Centre national de recherche et de développement pédagogiques (CNRDP), le Centre universitaire de technologie franco-libanais (CUT), l'Université antonine de Baabda, l'Université islamique du Liban, l’Institut supérieur de droit de la sagesse, l’Institut supérieur national des soins infirmiers, l’École supérieure des affaires, etc. L'université américaine — la Beyrouth American University — est la plus ancienne, et plus de la moitié de ses étudiants ne sont pas originaires du Liban. Dans les universités arabes et islamiques, l’enseignement est offert généralement en arabe standard moderne. En principe, il en est de même dans les autres universités parce que l’arabe est la langue officielle, mais le français est omniprésent dans tous ces établissements, sauf dans les établissements anglophones (Beirut Américan Yniversity, Lebanese American University, Ner East School of Theology) où l’enseignement est offert en anglais.
Grâce à
l’American University of Beirut, l’anglais est en train d’opérer une percée fulgurante, depuis des années, au Liban où il ne cesse d’asseoir sa suprématie aux dépens du français. En effet, le pays offre, aujourd’hui, toutes les conditions favorables à l’essor de la langue anglaise. Par exemple, les investissements en provenance des États-Unis dans le domaine de l’éducation atteignent des sommes considérables en centaines de millions de dollars dans le but de favoriser l’apprentissage de la langue anglaise.Ces initiatives attirent des élèves arabophones et francophones tout en soutenant le système d'éducation existant; elles mettent en avant l’importance de maîtriser l’anglais comme une compétence incontournable pour l’avancement social. Cette évolution illustre un changement dans les priorités linguistiques au Liban, où l’anglais ne cesse de gagner en importance.
4.6 Les médias
Le secteur des médias libanais est l'un des rares en pleine phase de croissance. Toutes les sociétés de ce secteur participent pour une part importante de l'économie libanaise. Ce climat est favorisé par le fait que le Liban constitue un espace politique et culturel libre, surtout lorsqu'on le compare aux autres pays de la région.
![]() |
On compte au Liban une quinzaine de quotidiens (11 journaux en arabe, deux en français et un autre anglais) et 1500 périodiques de toutes les catégories. An Nahar (80 000 exemplaires) est de loin le leader arabophone sur le marché libanais; les autres quotidiens importants sont le Al-Anwar (75 000 ex.), le Al-Liwa (75 000 ex.) et le As-Safir (50 000 ex.). L'Orient-Le Jour (20 000 ex.) est le plus important quotidien francophone au Liban; il n'a jamais cessé ses activités, même durant la guerre civile, alors que l'impression se faisait à Paris. Il est suivi du journal Le Soir (15 000 ex.). Depuis octobre 1999, le journal français Le Monde a commencé à publier une édition hebdomadaire «Proche-Orient» diffusée au Liban. Le quotidien anglophone The Daily Star (10 000 ex.) avec la collaboration de The International Herald Tribune, distribue une édition dans 13 pays au Proche-Orient; l’International Herald Tribune est responsable d'une section internationale, alors que The Daily Star assure une couverture des événements locaux et régionaux.
Outre les très nombreux magazines arabophones, il existe aussi un certain nombre de revues publiées en français et en anglais: La revue du Liban, Chroniques, Femme Magazine, Magazine, The Beirut Times Weekly, The Beirut News, Al-Hawadeth (anglais), The Arab Week, etc. Pendant la guerre civile, les stations de radio étaient contrôlées presque exclusivement par les milices militaires. Aujourd’hui, il existe des stations publiques et des stations privées totalement libres. La plupart des stations sont diffusées en arabe libanais, parfois en arabe classique. On compte également des stations diffusant en français: France FM, RFI (Radio France Internationale), Nostalgie FM (50 % en français), Radio Mont-Liban, Voix du Liban (partiellement en français), PAX FM (partiellement en français), RMC Moyen-Orient (partiellement en français); par satellites, les Libanais ont également accès à France Culture, France Info, France Inter, Radio Suisse romande Internationale. Les quelque 40 stations de télévision existantes durant la guerre civile ont été obligées de mettre un terme à leurs activités en 1994, en raison de la législation sur l’audiovisuel adoptée par le Parlement. On compte au Liban cinq stations télévisées principales diffusant surtout en arabe. |
La LBCI (50% à 70% de l’auditoire libanais), la NBN, la MTV (maintenant fermée pour des raisons politiques), et la Future TV sont des stations de diffusion privées. Al Manar, la station du Hezbollah, bénéficie, comme les autres stations (sauf la LBCI), de très faibles revenus. Mais Télé-Liban 1 appartient à l'État et diffuse en arabe et en anglais (avec sous-titres arabes). Télé-Liban 2 diffuse des émissions en français cinq heures/jour (entre 18 h 30 et 23 h 30).
La MTV offre également des émissions en français en raison de trois à quatre heures par jour. Des études laissent croire que les chaînes libanaises diffusent globalement 52% de programmes en arabe, 28% en anglais et 20% en français. Le décalage entre le français et l’anglais montre que le français perd de ses prérogatives au profit de l’anglais. Fait à signaler, tous les films étrangers de langue anglaise sont traduits en arabe et sous-titrés en français pour le Liban; les films français sont souvent traduits en arabe et sous-titrés en français. Ajoutons aussi que le signal de TV5 Orient est diffusé en ondes hertziennes (Canal 9) sur le Grand Beyrouth depuis 2004 à travers un accord officiel entre la chaîne et le gouvernement libanais, afin de maintenir une présence francophone dans la diffusion télévisuelle à la suite de l'arrêt des chaînes libanaises partiellement francophones après la guerre avec Israël.
![]()
La politique linguistique du Liban correspond à une politique de non-intervention. De fait, la seule intervention politique a consisté, au lendemain de l’indépendance, à abroger les dispositions constitutionnelles qui reconnaissaient deux langues officielles: le français et l’arabe. Depuis lors, aucune véritable politique linguistique n’a été adoptée, l’État se contentant de perpétuer les anciennes pratiques. Seuls l’arabe standard moderne et l'anglais ont vu leurs positions renforcées en raison de la reconnaissance officielle de l'arabe, et de la non-intervention pour l'anglais, mais dans la vie quotidienne l’arabe libanais continue d’être employé par tous les Libanais, sans qu’il ne soit nécessaire d’adopter des mesures législatives en ce sens. Apparemment, il n'existe pas vraiment de problème linguistique dans ce pays homogène à 95 % arabophone.
Dans l’état actuel des choses, on peut affirmer qu’il existe au Liban une triglossie où l’arabe libanais est employé à la fois comme langue maternelle et comme langue vernaculaire, le français servant essentiellement comme langue de culture et l’anglais comme langue fonctionnelle pour les communications avec l’extérieur et les affaires. La politique linguistique libanaise s’apparente ainsi à une véritable politique de multilinguisme stratégique, ce qui serait assez pragmatique pour ce peuple pratiquant ouvertement le commerce international depuis l'Antiquité.
Bibliographie
WOEHRLING, José. «Les trois dimensions de la protection des minorités en droit constitutionnel comparé» dans Rapport spécial de droit public interne aux Journées mexicaines de l'Association Henri Capitant, Mexico et Oxaca, 18-25 mai 2002. |
On peut visiter également le site