République arabe d'Égypte

Égypte

Jumhuriyat Misr al-'Arabiyah

Capitale: Le Caire
Population: 84 millions (2010) 
Langue officielle: arabe classique (de jure
Groupe majoritaire: arabe dialectal égyptien (66,7 %) 
Groupes minoritaires: arabe bedawi (1,1 %), arabe libyen (0,4 %), arabe leventin du Nord (0,1 %), arabe taizzi-adeni (0,1 %), siwi (berbère), domari (tsigane), kenuzi-dongola, nubien, nobiin, turc, albanais, amharique, oromo, arabe standard 
Langues coloniales: français et anglais
Système politique: république présidentielle
Articles constitutionnels (langue): art. 2, 7, 24 et 53 de la Constitution de 2014 
Lois linguistiques: aucune loi linguistique, mais des lois ponctuelles contenant des dispositions linguistiques, loi scolaire; Loi no 26 de 1975 sur la nationalité égyptienne; décret ministériel de 1986, décret ministériel no 16/1993; Loi sur la protection du consommateur (2006).

 

1 Situation géographique

L'Égypte officiellement République arabe d'Égypte est un pays couvrant une superficie de 997 739 km² (soit 1,8 fois plus grande que la France ou deux fois l'Espagne), qui s'étend sur l'extrême nord-est du continent africain et sur la péninsule du Sinaï où il est limité à l'est par l'État d'Israël et l'Arabie Saoudite; au sud, le pays est limité par le Soudan et à l'ouest par la Libye (voir la carte). Étant donné que l’Égypte s’étend à l’extrémité orientale de l’Afrique du Nord et se prolonge sur le continent asiatique par le Sinaï fait en sorte que cette situation géographique détermine son appartenance au Proche-Orient. La capitale du pays est Le Caire. 

La pays est divisé administrativement en 26 gouvernorats (muhafazat, singulier :muhafazah): Ad Daqahliyah, Al Bahr al Ahmar, Al Buhayrah, Al Fayyum, Al Gharbiyah, Al Iskandariyah, Al Isma'iliyah, Al Jizah, Al Minufiyah, Al Minya, Al Qahirah, Al Qalyubiyah, Al Wadi al Jadid, Ash Sharqiyah, As Suways, Aswan, Asyut, Bani Suwayf, Bur Sa'id, Dumyat, Janub Sina', Kafr ash Shaykh, Matruh, Qina, Shamal Sina', Suhaj. Ces gouvernorats sont de population et de superficie très inégales.

Le nom de l'Égypte proviendrait de l'ancien égyptien hikuptah signifiant «château du ka (âme) de Ptah», un des noms de Memphis dont les Grecs firent Aiguptos pour l'appliquer à l'ensemble du pays. En arabe, le mot Égypte se dit misr («grande ville» ou «capitale»), du nom de la nouvelle capitale bâtie à Fustat fondée sous le premier calife fatimide d'Égypte, Ubaydallah al-Mahdi, au Xe siècle, appelée misr al-qâhira («la capitale victorieuse»), aujourd'hui Le Caire.

2 Données démolinguistiques

L’Égypte est le pays le plus peuplé de tout le monde arabophone: 78,8 millions en 2006 (plus de 80 millions en 2008), contre 65,9 millions en 1998, et 84 millions en 2010. Bien que l'Égypte occupe une superficie équivalant à 1,8 fois celle de la France ou deux fois celle de l'Espagne, 95 % de la population réside sur 5 % du territoire, c'est-à-dire le delta et la vallée du Nil, le reste du territoire étant un vaste désert. Dans la partie habitée, la densité des habitants est de 1540 au kilomètre carré, soit l'une des plus fortes au monde. L'Égypte n'est dépassée que par Hong Kong (6278 km²), Singapour (6751 km²), Monaco (16 235 km²) et Macao (17 811 km²). On estime aussi que 46 % des 84 millions d'Égyptiens résident en milieu urbain, les principales villes étant Le Caire (17,5 millions d'habitants au moins avec Guizeh, Alexandrie ( 3,9 millions), Guizèh (3,0 millions) Port- Saïd (550 000), Suez (506 000), Louxor (429 000) et Assouan (250 000).

La formation du «peuple égyptien» remonte très loin dans le temps, soit vers 3500 avant notre ère, lorsque des populations de souche chamito-sémitique s’établirent dans le pays. La population actuelle est issue de ce fonds très ancien, ainsi que des apports liés aux invasions qui marquèrent l’histoire du pays: les Libyens, les Grecs, les Romains, mais surtout les Arabes qui conquirent la région au VIIe siècle de notre ère. La population égyptienne fut à partir de cette époque presque totalement arabisée et islamisée. Aujourd'hui, il ne subsiste des populations proto-arabes qu'une petite minorité nubienne habitant depuis des millénaires les villages du sud de l’Égypte et du nord du Soudan.  Bref, la langue que parlent les arabophones contemporains n'a rien à voir avec la langue égyptienne des pharaons. 

2.1  L'arabe

La plupart des Égyptiens d'aujourd'hui parlent une variété d'arabe dialectal : l'arabe égyptien (la majorité), mais aussi l'arabe saïdi, l'arabe algérien, l'arabe marocain, l'arabe du Golfe, l'arabe soudanais, l'arabe bedawi, l'arabe libyen, l'arabe leventin du Nord et l'arabe taizzi-adeni. L'arabe égyptien est la variété d'arabe la plus courante, car elle est parlée dans une proportion atteignant au moins 66,7 % de la population totale. Suivent l'arabe saïdi (23,1 %), l'arabe algérien (1,7 %), l'arabe marocain (1,7 %), l'arabe du Golfe (1,6 %), l'arabe soudanais (1,6 %), l'arabe bedawi (1,1 %), l'arabe libyen (0,4 %), l'arabe leventin du Nord (0,1 %), l'arabe taizzi-adeni (0,1 %). L'arabe standard n'est parlé comme langue maternelle que par les Syro-Libanais (63 000 locuteurs) et les Juifs (plus de 700 locuteurs).

En Égypte, il y a plus de locuteurs parlant l'arabe égyptien comme langue maternelle dans le monde que de locuteurs du français langue maternelle. C'est l'une des variétés d'arabe parmi les plus parlées dans le monde, avec l'arabe marocain, l'arabe algérien, l'arabe tunisien et l'arabe syro-libano-palestinien. C'est également l'une des variétés d'arabe les mieux comprises en raison du rayonnement de la culture égyptienne. Par exemple, il est plus aisé pour un Marocain de comprendre l'arabe égyptien que pour un Égyptien de comprendre l'arabe marocain. De la même manière, il est plus aisé pour une Québécois de comprendre un Français, que l'inverse, le «français de France» étant plus répandu que le français québécois. De plus, le fait qu'il existe des volumes pour apprendre l'arabe égyptien (L'arabe égyptien de poche) témoigne de la vitalité de cette variété d'arabe, comme c'est le cas dans tout le monde arabe. `À l'instar des autres pays arabophones, la langue arabe en Égypte se présente sous deux formes principales: l'arabe dialectal et l'arabe littéraire (ou classique). L'arabe dialectal résulte à la fois de la fragmentation de l'arabe du VIIe siècle et de la fusion des parlers provenant des conquêtes militaires et des brassages de population des langues sud-arabiques, berbères, africaines, etc.

C'est une langue exclusivement parlée dont certaines variétés sont souvent incompréhensibles entre les arabophones (arabe égyptien, arabe irakien, arabe jordanien, arabe libanais ou syro-libanais, arabe libyen, arabe marocain, arabe palestinien, arabe yéménite, etc. Pour simplifier, on peut dire que les différentes variétés d'arabe dialectal sont plus aisément compréhensibles lorsque les aires géographiques sont à proximité; ainsi, l'arabe libanais est compris par un locuteur de l'arabe égyptien; il en est ainsi de l'arabe marocain pour un Algérien. Mais l'arabe du Golfe est aussi hermétique que le français l'est pour un Espagnol.

L'arabe, quelle que soit sa variété, est une langue chamito-sémitique attestée dès le VIIe siècle; il fait partie de la branche sémitique avec l'hébreu et l'amharique en Éthiopie. L'arabe doit son expansion à la propagation de l'islam, à la diffusion du Coran et à la puissance militaire des Arabes à partir du VIIe siècle. Ces trois facteurs sont intimement liés au point qu'on ne peut les dissocier.

Au contraire, l'arabe classique, appelé aussi «arabe éloquent» ou «arabe grammatical», est une langue prestigieuse associée à la religion et à l'écrit, c'est-à-dire à la culture littéraire, alors que l'arabe standard est associé à la science et à la technologie, aux fonctions administratives. À peu près aucun arabophone d'Égypte ne parle cette variété d'arabe comme langue maternelle. L'arabe classique est la langue officielle de l'État et n'est compris que par environ 50 % de la population, car seulement 48 % de la population peut lire et écrire. Or, il faut avoir été à l'école pour savoir l'arabe classique. Bref, l'arabe classique, sauf exceptions, n'est la langue maternelle de personne: c'est avant tout une langue écrite et une langue dans les relations inter-ethniques pour beaucoup d'arabophones. Bref, l'arabe classique et l'arabe standard moderne ne sont pas synonymes. L'arabe standard  est celui qui est employé dans la plupart les médias écrits et, à l'oral, dans les situations officielles ou formelles, que ce soit les discours politiques, l'enseignement dans les écoles et les universités ou les journaux télévisés.

L'islam a le rang de religion officielle en Égypte, et 90 % des Égyptiens sont de religion musulmane (sunnite). 

2.2 Les minorités linguistiques non arabophones

Il existe quelques minorités parlant des langues de la famille nilo-saharienne telles que le nobiin (292 000 locuteurs) et des langues nubiennes (dongola, kenuz, etc.) regroupant au total quelque 100 000  locuteurs. Mentionnons aussi une petite communauté grecque (60 000) et de Turcs (29 000) ainsi qu'une importante communauté de Domari ou Tsiganes (env. un million) parlant le domari (tsigane), une langue indo-iranienne

Peuple Langue maternelle Appartenance linguistique Population
(2000)
%
Arabes égyptiens arabe égyptien groupe sémitique 37 000 000 56,1 %
Arabes saïdi arabe saïdi groupe sémitique 15 000 000 22,7 %
Coptes égyptiens arabe égyptien groupe sémitique   7 000 000 10,6 %
Bédouins arabe algérien groupe sémitique   1 168 000 1,7 %
Berbères arabisés arabe marocain groupe sémitique   1 167 000 1,7 %
Bédouins du Golfe arabe du Golfe groupe sémitique   1 100 000 1,6 %
Domari domari groupe indo-iranienne   1 080 000 1,6 %
Arabes soudanais arabe soudanais groupe sémitique   1 000 000 1,6 %
Helebi domari groupe indo-iranienne      864 000 1,3 %
Bedawi leventins arabe bedawi
(égyptien de l'Est)
groupe sémitique     780 000 1,1 %
Dongolawi (nubiens) kenuzi-dongola famille nilo-saharienne      759 000 1,1 %
Nubiens arabe saidi groupe sémitique      600 000 0,9 %
Arabes libyens arabe libyen groupe sémitique      300 000 0,4 %
Berbères nubiens arabe saidi groupe sémitique      292 000 0,4 %
Nubiens Fedicca/Mohas  nobiin famille nilo-saharienne      292 000 0,4 %
Ababdas arabe soudanais

groupe sémitique

     142 000 0,2 %
Arabes palestiniens arabe leventin du Nord groupe sémitique      117 000 0,1 %
Arabes yéménites arabe taizzi-adeni groupe sémitique      116 000 0,1 %
Arabes syro-libanais arabe standard groupe sémitique        63 536 0,1 %
Berbères (Siwa) siwi groupe berbère       30 000 0,0 %
Turcs turc famille altaïque       29 000 0,0 %
Kharga (Selima) arabe algérien groupe sémitique       27 000 0,0 %
Baharia arabe algérien du Sahara groupe sémitique       20 500 0,0 %
Tosk albanais (tosk) isolat indo-européen       18 000 0,0 %
Amharas amharique groupe sémitique         5 000 0,0 %
Tulama oromo groupe couchitique        2 200 0,0 %
Juifs arabe standard groupe sémitique          771 0,0 %
 

Source: Peoplesgroups.org (2000), http://www.peoplegroups.org/MapSearch.aspx?country=Egypt

2.3 La langue copte

Quand on parle des Coptes en Égypte, on fait référence à une minorité religieuse comptant plus de sept millions d'adeptes. L'Église copte orthodoxe avance le chiffre de 12 millions de fidèles, ce qui correspondrait à 15 % de la population égyptienne. Cette minorité constitue la plus ancienne communauté autochtone du pays, une communauté qui existait à l'ère pharaonique, c'est-à-dire des siècles avant la conquête arabo-musulmane.

Enfin, il faut bien relever le cas de la langue copte. Il ne s'agit pas d'une langue maternelle en Égypte. C'est la langue liturgique des chrétiens d'Égypte. Ironiquement, le mot Égypte vient du grec Aiguptios, mot formé d'après le nom donné par les Grecs à l'Égypte; quant au mot copte, il provient de l'arabe qibt, formé du même mot sans la première syllabe lors de la «période arabe». Les Coptes se considèrent comme les «vrais Égyptiens». La langue copte est le résultat de la dernière évolution de la langue égyptienne antique, écrite auparavant avec les hiéroglyphes. Attesté dès le IVe siècle avant notre ère, le copte, une langue chamito-sémitique, était encore parlé par les paysans de la Haute-Égypte au XVIIe siècle. Le copte était fragmenté en plusieurs variétés dialectales: l'akhmimique, le bohaïrique, le fayoumique, le lycopolitain (ou subakhmimique), l'oxyrhynchite (moyen-égyptien) et le sahidique. Mais seul le bohaïrique est encore utilisé, et ce, uniquement dans la liturgie copte. Au XIe siècle, il avait remplacé le sahidique. C'est en fonction du choix de la variété sahidique qu'a surgi l'identité copte.

Bref, la langue copte survit uniquement comme langue liturgique de l'Église orthodoxe copte. Dans la vie quotidienne, les Coptes parlent l'arabe égyptien. L'écriture copte est la transcription de la langue égyptienne en lettres grecques complétée par sept caractères démotiques pour rendre les sons qui n'existaient pas en grec.  

La diffusion de l'islam et de l'arabe en Égypte fut encouragée dès le début du VIIIe siècle de notre ère par le calife Abd Al-Malek Ibn Marawan et son mouvement d'arabisation. Dès lors, les Coptes furent contraints d'apprendre l'arabe afin de conserver leur emploi au sein du gouvernement. Un siècle plus tard, un autre calife imposa aux chrétiens coptes le port du turban noir et d'une lourde croix autour du cou. Au XIIIe siècle, le calife abbasside Al-Mustasim (1213-1258) abandonna la politique d'arabisation à l'égard des Coptes, mais ceux-ci étaient devenus une minorité et la plupart avaient déjà perdu leur langue; le copte est resté une langue vivante jusqu'au XVIIe siècle avant de ne se conserver que dans la liturgie. Périodiquement, d'autres persécutions sévères eurent lieu au XVIe siècle sous le règne des Fatimides et des Turcs. De nombreux Coptes s'exilèrent en Éthiopie, et y développèrent l'Église chrétienne dans ce pays tout en exerçant des activités commerciales en Afrique de l'Est, soit entre l'Éthiopie, l'Arabie Saoudite, l'Inde, l'Indonésie, etc. Toutefois, les tensions religieuses et les difficultés économiques ont repoussé les Coptes égyptiens vers l'exil: après les années 1950, plus de 500 000 Coptes se sont réfugiés aux États-Unis, mais d'autres se sont installés en France, au Royaume-Uni, en Allemagne, aux Pays-Bas, L'un des Coptes les plus célèbres fut certainement l'ancien secrétaire général des Nations unies (de janvier 1992 à décembre 1996) M. Boutros Boutros-Ghali. En 1997, il fut nommé secrétaire général de la Francophonie, poste qu'il occupa jusqu'en 2002.

Aujourd'hui, depuis la chute du président Moubarak et de la montée des islamistes, les Coptes craignent pour leur sécurité. Depuis le mois de mars 2011, plus de 95 000 Coptes ont quitté l'Égypte, chassés par les pogromes anti-chrétiens dont est victime la minorité copte. Pour les salafistes, des islamistes radicaux, les Coptes constituent des «ennemis de l'intérieur» à abattre, du fait qu'ils sont des «non-musulmans». On les accuse d'être des «agents de l'étranger», des «mauvais Égyptiens», des «complices des croisés occidentaux», des «juifs sionistes», des «engeance de Satan complotant contre l'islam et la nation», etc. Auparavant relativement prospères, fortement impliqués et bien représentés dans la vie politique au Parlement, les Coptes d'Égypte sont maintenant devenus des étrangers dans leurs propres pays, eux qui descendent des anciens Égyptiens présents plusieurs siècles avant la conquête arabo-musulmane. La présence de la communauté copte chrétienne est devenue insupportable aux islamistes radicaux qui rêvent de construire un régime théocratique et de purifier le pays de ses composantes non musulmanes. Il ne fait aucun doute que la montée de l'islamisme radical en Égypte devrait accroître le nombre de réfugiés.

3 Bref historique

L’ancienne civilisation égyptienne ne fut que très tardivement découverte par l’Occident. Effet, l’égyptologie est née au XIXe siècle, lors de l’expédition de Bonaparte; c'est donc une science jeune. La préhistoire et l’histoire ancienne de l'Égypte se sont révélées progressivement, mais les périodes les plus reculées demeurent encore mal connues; elles risquent de le rester probablement pour toujours, car l'information reste lacunaire. Elle est essentiellement fondée sur les inscriptions en hiéroglyphes gravées sur les monuments, les papyrus et rouleaux de cuir sur lesquels écrivaient les Égyptiens de l’Antiquité ayant été en grande partie perdus.

3.1 La langue égyptienne

La langue égyptienne du temps des pharaons n'existe plus aujourd'hui. On a longtemps émis l'hypothèse que l'égyptien ancien était la «langue-mère» qui aurait donné naissance aux langues chamitiques et sémitiques actuelles. Mais ce n'est pas le cas, car certaines de ses «langues-filles» lui étaient contemporaines. On sait que l'ancien égyptien ayant évolué en néo-égyptien, la langue de la Haute-Égypte, resta en usage jusqu'aux environs de 600 avant notre ère.
 

L'évolution de la langue commença avec l'ancien égyptien dont la plus ancienne forme remonterait à près de 3000 avant notre ère. C'est la langue qu'on retrouve dans les textes des pyramides et des inscriptions de la IIIe à la VIe dynastie de l'Ancien Empire. Les premières attestations du moyen égyptien (ou égyptien classique) sont apparues vers 2100 avant notre ère; cette langue, qui a survécu durant environ 500 ans, demeure la «langue des hiéroglyphes» dans histoire de l'Égypte antique, lors de la période du Moyen Empire. Sous la XVIIe dynastie, le moyen égyptien a été adopté comme langue officielle (textes littéraires, inscriptions royales, documents administratifs, etc.); on le retrouve aujourd'hui sur les inscriptions des sarcophages. Quant au nouvel égyptien (ou néo-égyptien), il a remplacé en Haute Égypte le moyen égyptien dans la langue parlée (après l'an 1600 avant notre ère) et est resté en usage jusqu'aux environs de l'an 600 (avant notre ère). Le nouvel égyptien a été employé dans les documents officiels durant la période s'étendant entre les XIXe et XXVe dynasties. 

Lors de la Basse Époque (VII-VIe siècles), deux variétés d'égyptien et deux écritures dérivées du nouvel égyptien ont été utilisées simultanément: d'une part, le démotique «archaïque» dans le Nord, d'autre part, le hiératique «anormal» dans le Sud. Cette appellation de démotique (du grec dêmos signifiant «populaire») désigne une langue restée en usage jusqu'au VIIe siècle de notre ère. Dans l'écriture, le terme de démotique fait référence à la «langue populaire» employée dans la vie quotidienne, tandis que les inscriptions officielles en hiéroglyphes ont tendance à désigner les styles archaïques de l'Ancien Empire et du Moyen Empire.

Pour ce qui est du copte (du grec Aiguptos signifiant «égyptien), c'est le dernier maillon dans l'évolution de l'ancien égyptien. Attesté dès le IVe siècle avant notre ère, le copte a été employé par les paysans de Haute Égypte jusqu'au au XVIIe siècle et reste aujourd'hui la langue liturgique de l'Église copte orthodoxe (environ 6,5 millions d'adeptes). L'écriture copte est la transcription de la langue égyptienne en lettres grecques complétée par sept caractères démotiques pour rendre les sons qui n'existaient pas en grec.

Mentionnons également qu'en 333 avant notre ère Alexandre le Grand occupa l'Égypte qu'il libéra de la tutelle perse; le pays des pharaons fut intégré au monde hellénistique jusqu'à l'arrivée des Romains. L'Égypte devint une province romaine durant sept siècles, mais la culture romaine ne pénétra guère la société égyptienne, déjà hellénisée sous les Ptolémées. Après le partage de l’Empire romain en 395, l’Égypte devint byzantine. Durant les deux siècles suivants, la communauté copte (chrétienne) d’Égypte fut victime des persécutions du pouvoir byzantin, lesquelles visaient également les Juifs. 

3.2  L'Égypte musulmane

En 639, les armées musulmanes du général Amr ibn al-As conquirent l'Égypte et furent accueillies en libératrices. Dès 642, Alexandrie capitulait. L'islamisation et l'arabisation se répandirent rapidement dans le pays. L'Égypte devint un pays prospère et Le Caire l'une des plus belles villes de l'islam. La dynastie des Ayyubides (1170-1250) porta un coup décisif à la présence des croisés en terre d'islam. Au XIVe siècle, ceux-ci furent battus, ce qui renforça la puissance économique du pays. Le XVe siècle fut la plus grande période que l'Égypte a connu depuis l'époque hellénistique. 

3.3  Les invasions

En 1517, l’Égypte fut conquise par les troupes du sultan ottoman Sélim Ier. Les Ottomans firent de l'Égypte une province turque (1516-1882). Le pays croula dans la misère et l'anarchie, alors que les trente dernières années du XVIIIe siècle furent marquées par des épidémies de peste et des famines qui réduisirent la population à quatre millions d’habitants. Cette situation favorisa la mainmise des Européens, notamment les Britanniques, les Français et les Russes qui, bénéficiant du régime des capitulations sur tout le territoire de l’Empire ottoman, prirent le contrôle du commerce. La langue arabe d'Égypte subit l'influence du turc dont elle emprunta des centaines de mots. 


Champollion

L'expédition de Bonaparte en 1798 s'inscrit vit dans un contexte de rivalité entre la France et la Grande-Bretagne. Tandis que Bonaparte occupait l'Égypte, il donna l'ordre à un groupe d'officiers et d'ingénieurs français d'élaborer un projet de canal reliant le delta du Nil à la mer Rouge (près du port de Suez). Après le départ des Français en 1801, une période de désordre s'installa dans le pays. Mais l'influence française fut néanmoins importante, car depuis cette époque il existe des écoles françaises en Égypte. C'est le Français Jean-François Champollion qui déchiffra les hiéroglyphes égyptiens en 1824. Pour les Égyptiens, les Français ne représentèrent pas une soumission, comme ce fut le cas avec les Britanniques. Dans les décennies suivantes, le français allait devenir la langue seconde courante de la bourgeoisie égyptienne et de tous les étrangers, qu'ils soient français, anglais, libanais, grecs, italiens, etc.

Puis ce furent des ingénieurs français (Lepère, de Bellefonds et surtout Ferdinand de Lesseps) et la collaboration de Napoléon III, qui permirent la construction du fameux canal de Suez (1859-1869), sans oublier que 52 % des souscripteurs provenaient de fonds français. Ce fut l'impératrice Eugénie, l'épouse de l'empereur Napoléon III, qui inaugura le canal.  Non seulement l'Égypte a généralement entretenu des liens d'amitié avec la France, mais le pays fait maintenant partie des Sommets de la Francophonie.

En 1882, les Britanniques occupèrent militairement l'Égypte pour protéger leurs intérêts commerciaux et stratégiques dans la zone du canal de Suez. En 1904, la France et la Grande-Bretagne s'accordèrent sur un partage: l'Égypte restait sous tutelle britannique, le Maroc, sous celle de la France. Le protectorat britannique fut officiellement proclamé en 1914. Au lendemain de la Première Guerre mondiale, certains Égyptiens revendiquèrent l'indépendance du pays. Les Britanniques renoncèrent au protectorat en 1922, reconnurent l'indépendance de l'Égypte, mais se réservèrent la Défense et les Affaires étrangères, tout en conservant une importante mainmise sur l'économie du pays. L'indépendance devint effective en 1936, mais la présence des troupes britanniques persista jusque dans les années soixante. 

3.4 L'Égypte moderne

En fait, l'indépendance de l'Égypte fut soumises à une condition majeure: le maintien de l'armée britannique dans la zone du canal de Suez. Lors de la Seconde Guerre mondiale, les Britanniques prirent le contrôle complet du territoire égyptien. Le coup d'État du 23 juillet 1952 renversa la monarchie égyptienne et la République fit proclamée. Deux ans plus tard, Gamal Abdel Nasser (1918-1970) prit le pouvoir, interdit tous les partis politiques et instaura une régime inspiré du socialisme. Ses réformes touchèrent le contrôle des naissances, l'amélioration des conditions sanitaires, l'industrialisation, etc., mais également l'alphabétisation et l'arabisation de l'Égypte. Nasser inspira les nationalistes du monde arabe. Il devint le chef de file des Arabes et l'une des figures historiques de l'émergence du tiers monde au Proche-Orient, sinon une troisième force politique face aux deux blocs qu'étaient alors le bloc occidental et le bloc soviétique.

Puis Nasser entreprit la nationalisation du canal de Suez en 1956 (soit douze ans avant la date prévue), ce qui déclencha une attaque conjointe de la part des Britanniques, des Français et des Israéliens. Les États-Unis et l'URSS intervinrent à leur tour, ce qui força la coalition franco-britannique à se retirer du territoire égyptien et consacra l'indépendance nationale de l'Égypte, après soixante-dix ans d'occupation britannique. Le président Nasser resta la figure marquante du tiers monde et du monde arabe jusqu'à sa mort en 1970. Mais la guerre des Six Jours en 1967 porta un dur coup au régime de Nasser et laissa un pays humilié par la défaire aux mains d'Israël. Pour beaucoup d'Arabes, Nasser fut un chef qui réforma son pays et rétablit la fierté arabe; pour d'autres, la politique de militarisme de Nasser mena l'Égypte à de graves défaites et d'importantes pertes, plutôt qu'à la paix et à la prospérité.

- El-Sadate

Anouar el-Sadate (1918-1981), compagnon d'armes de Nasser, prit la direction du pays et s'engagea dans des voies politiques opposées à celles de son prédécesseur. Il fit la paix avec Israël, ce qui valut à l'Égypte d'être exclue de la Ligue arabe. La signature des accords de Camp David de 1978 avec le premier ministre israélien Menahem Begin rendirent l'Égypte extrêmement impopulaire dans le monde arabe et musulman. L'Égypte était à ce moment-là la plus puissante des nations arabes, presque une icône du nationalisme arabe. Et de nombreux espoirs reposaient dans la capacité de Sadate d'obtenir des concessions de la part d'Israël pour les réfugiés palestiniens. Sadate mit un Il mit un frein à l'arabisation et prôna aussi l'ouverture économique et fit appel aux investissements étrangers. Lors d'une parade militaire, le président Sadate fut assassiné en 1981 par des membres de l'organisation islamiste radicale Al-Jihad au cri de «Mort au pharaon»; ceux-ci s'opposaient notamment à la négociation entamée par Sadate avec Israël. Aucun dirigeant arabe et musulman n'assista aux obsèques.

- Moubarak

Le successeur de Sadate, le vice-président Hosni Moubarak réaffirma l'adhésion aux accords de Camp David au sujet d'Israël tout en relançant les relations avec l'URSS. Sur d'autres plans, le régime du président Moubarak est assez autoritaire à l'égard des comportements «déviants».  Accusé de faire des concessions aux islamistes, le gouvernement égyptien rend la partie difficile aux homosexuels, aux féministes, aux intellectuels, ainsi qu'aux minorités linguistiques et religieuses, qui subissent une certaine répression et des vexations de la part d'un régime qui se comporterait à leur égard comme des talibans. Par exemple, la défense des minorités coptes, la déclaration d'athéisme ou la demande de normalisation des relations politiques avec Israël coûtent, dans le meilleur des cas, l'exil, dans le pire, la mort. L'Égypte est gouvernée depuis trente ans par un despote qui tient tout le pays sous sa botte. Mais les Égyptiens en ont assez du président Moubarak. Un vent de révolte gronde dans le pays.

La chute de popularité de Moubarak s'accéléra avec la mise en lumière de la corruption, dont les membres de sa famille. Le chômage, le manque de logements, l'augmentation des prix des biens de première nécessité et le manque de liberté d'expression ont paru être les causes importantes des manifestations de janvier 2011. La population voulait la fin du régime autoritaire de Moubarak. Ce mouvement populaire s'inspirait du mouvement tunisien qui a abouti à la chute du régime du président Ben Ali. Pourquoi le président Moubarak était-il, lui aussi, si détesté?

Le dictateur était au pouvoir depuis trente ans, trente ans que les gens vivaient sous la loi d'urgence, trente ans qu'ils se faisaient arrêter sans raison, trente ans qu'ils avaient peur de parler. La justice n'existait guère dans le pays, ni de bonnes écoles, mais avec de bas salaire. Et Moubarak a signé la paix avec Israël! L'Égypte n'est pas la Tunisie, c'est un pays de plus de 80 millions d'habitants, le plus populeux des pays arabes. C'est aussi un pays phare, qui possède un rayonnement culturel sur toute la région, avec son cinéma, sa télévision, ses universités. L'Égypte est située au cœur de la région la plus explosive de la planète. Elle a comme voisin Israël et la Palestine, le Liban, et la Syrie. Même si son pays risquait de basculer dans le chaos, Moubarak s'est entêté longtemps, mais, le 11 février 2011, il a fini par céder et quitter ses fonctions pour remettre le pouvoir à l'armée. Aussitôt, les centaines de milliers de manifestants réunis à la place Tahrir au Caire ont explosé de joie. Pourtant, la fête devait être courte devant les défis qui attendaient les Égyptiens.

- La montée des islamistes

Si le passé est garant de l'avenir, il est à parier que le démocratie n'est pas nécessairement pour demain en Égypte. Il est possible que la situation politique risque d'aboutir vers un régime encore plus fermé, car les conditions d'une démocratie ne sont guère réunies. Il faudrait notamment une réelle volonté politique de changement, l'abandon des acquis des riches au profit des pauvres et le développement d'une classe moyenne qui saurait mener à bien le pays vers une économie moderne.

Rappelons que l'ex-président Moubarak a transmis les rênes du pouvoirs aux militaires, notamment au général Omar Souleimane, 74 ans, celui qui a géré la dictature, la censure et les chambres de torture. Or, ce général, responsable en partie des malheurs de l'Égypte, n'a jamais fait mystère de son mépris pour la démocratie. Dans une entrevue accordée à un média américain, il a même déclaré que l'Égypte n'était pas prête pour un système de gouvernement démocratique. C'est toujours le même discours: les peuples dominés ne sont jamais prêts à se gouverner eux-mêmes!

Dans ces conditions, les militaires pourraient perdurer encore longtemps, en récupérant la révolte et en procédant à des aménagements de façade afin de se donner une légitimité et de conserver le pouvoir. Si l'armée a laissé tomber le dictateur, elle n'a pas laissé tomber la dictature. Depuis la chute de Moubarak, l'armée a continué à arrêter, à torturer et à traduire devant des tribunaux militaires des citoyens dont le seul crime était de l'avoir critiquée. Le Conseil suprême des forces armées a maintenu la loi d'urgence imposée par l'ancien président Moubarak, qui donnait des pouvoirs excessifs aux autorités en place. Les militaires sont demeurés les grands bénéficiaires de l'ancien régime, ils constituent un État dans l'État en contrôlant 40 % de l'économie du pays. 

En réalité, il n'y a jamais eu de «révolution» en Égypte, celle-ci supposant un bouleversement profond du système. Or, pour le moment, rien n'a changé, sauf que le dictateur est parti et que le pays vit sous une dictature toute aussi répressive que celle du président déchu. Les Égyptiens ont repris d'assaut la place Tahrir. Toutefois, des manifestations ne constitueront jamais rien d'autre que des événements secondaires en l'absence d'organisations politiques assez fortes pour prendre le relais.

Par la suite, les Frères musulmans, le groupe d'opposition le mieux organisé, sont tombés dans l'euphorie. La révolte a eu la peau du président Moubarak, lui qui harcelait les Frères depuis trente ans. Leur programme était clair: les femmes ne doivent pas avoir le droit de diriger le pays, les chrétiens ne doivent pas être ministres, les minorités ne doivent pas bénéficier de droits particuliers; et les Frères musulmans (40 % des voix) voulaient un État islamique avec l'imposition de la Charia. Quant aux salafistes, le second groupe islamiste du pays (25 % des voix), ils ne croyaient guère à une «démocratie à l'occidentale». Ils croient encore que la «loi de Dieu» doit primer sur tout le reste.

Puis les militaires et les Frères musulmans ont conclu un pacte. Aux militaires reviendraient la direction de l'économie et le maintien de ses privilèges; aux islamistes, la direction des mœurs. Le résultat pouvait être le suivant: un code moral strictement intégriste conjugué à un gouvernement dictatorial. Les Frères musulmans ont très bien compris que les gens pauvres et peu instruits n'ont que la religion comme refuge. Or, la liberté d'expression et les droits de la personne ne constituent jamais la priorité des pauvres; ils veulent du pain avant tout. Et ce groupe de la société forme la majorité de la population en Égypte. Cette majorité croit au Coran et à son prophète, et elle n'hésiterait pas à désirer un autre «guide suprême».

L'obscurantisme s'est aussitôt installé dans l'Égypte de l'après-Moubarak. Certains leaders salafistes parlèrent alors de détruire les vestiges des dynasties pharaoniques parce que ces monuments étaient anti-islamiques et qu'ils étaient la manifestation d'idolâtres ayant existé avant la conquête arabo-mulsulmane. De plus, ce qui reste de leurs sculptures et de leurs monuments funéraires représenterait des figures humaines, une forme d'art interdite par le Coran. Rappelons que, en février 2001, le chef suprême des talibans de l'Afghanistan, le mollah Mohammad Omar, avait ordonné par décret la destruction de toute la statuaire bouddhique en estimant qu'elle était «anti-islamique» et que la faire disparaître était «une injonction de l'islam». Cependant, comme les salafistes égyptiens sont plus modérés que les talibans afghans, ils se contenteraient de recouvrir les monuments pré-islamiques au moyen de la cire. Ils ont aussi pensé imposer le port du voile aux touristes étrangères et leur leur interdire d'aller à la page en maillot de bain, puis de bannir l'alcool dans les stations touristiques.

Évidemment,  l'arrivée des Frères musulmans au pouvoir n'augurait rien de bon pour la minorité copte. Depuis la chute de la dictature de Moubarak, les Coptes ont été régulièrement victimes d'agressions et d'attaques, aboutissement d’une longue série de persécutions et d’agressions christianophobes, souvent commises en toute impunité ou parfois même avec la complicité passive de l'armée et de la police, dont les membres sont composés exclusivement de musulmans cherchant à protéger leurs coreligionnaires. Les nouvelles autorités ont fermé systématiquement les yeux devant les exactions commises par des fanatiques musulmans. Dans toute l'histoire de l'Égypte, la violence interreligieuse n'a jamais été aussi forte et aussi menaçante pour les chrétiens. Il ne fait donc plus aucun doute que la montée de l'islamisme radical devrait accroître les départs des Coptes de l'Égypte. 

- L'élection du président Morsi

Quoi qu'il en soit, les mois qui suivirent ne pouvaient être que tumultueux. En effet, il y a eu des élections parlementaires, une élection présidentielle et une tentative de réforme constitutionnelle qui vient d’aboutir à une impasse. Le 24 juin 2012, Mohamed Morsi, issu d'une formation politique des Frères musulmans, fut élu président de la République arabe d'Égypte avec 51,7 % des voix face à son adversaire Ahmed Chafik. Après avoir tenté de cohabiter avec les militaires, Morsi destituait le chef de l'armée et s'attribuait plus de pouvoirs législatifs. En novembre 2012, le président Morsi promulguait une déclaration constitutionnelle qui lui conférait la possibilité de légiférer par décret et d'annuler des décisions judiciaires déjà en cours. Des manifestations ont eu lieu dans tout le pays parce que le président, comparé à Hosni Moubarak, détenait le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif, ainsi que le pouvoir judiciaire. Afin de prendre de court les contestations, il annonça qu'il soumettait le projet de Constitution à un référendum.  La nouvelle Constitution de 2012, tout comme la précédente, prévoyait que «les principes de la Charia» étaient «la principale source de la législation». On y préciserait aussi que ces principes doivent être interprétés selon la doctrine sunnite. Les musulmans, les chrétiens et les juifs sont les seules dénominations religieuses explicitement citées; le sort des autres minorités religieuses, notamment les coptes, inquiète des organisations comme Amnistie internationale. Malgré quelques compromis qui ont empêché le pire, la nouvelle Constitution ouvrirait la voie à une islamisation progressive de l’Égypte, sous la férule des Frères musulmans.

La présidence de Morsi s'est révélée négative dans ;la mesure où l'économie s'est effondrée, alors que Morsi a fait la gaffe de s'approprier les pleins pouvoirs en promettant que ce n'était que temporaire, le temps que la Constitution soit mise en place à la suite d'un référendum prévu à la mi-décembre de 2012. C'est pourquoi les manifestants de la place Tahrir ont repris du service. Cette fois, ils dénonçaient un régime démocratiquement élu qu’ils accusaient d’outrepasser ses pouvoirs pour imposer sa vision du pays à une majorité qui n’y adhérait pas. De l’avis de la plupart des observateurs, Mohamed Morsi a été responsable de son immense impopularité. Élu grâce au soutien de nombreux Égyptiens opposés à l’islamisme, il a voulu gouverner comme si l'idéologie des Frères musulmans était acceptée par la majorité des citoyens. Devant les obstacles qui se multipliaient, il a eu recours à des méthodes autoritaires.

Toutefois, ce sont sont pas toujours les urnes qui décident en Égypte, mais la foule et l'armée. Or, une société qui est incapable de changer de gouvernement autrement qu'en ayant recours aux militaires et aux chars n'est pas ce qu'on peut qualifier de plus démocratique. De fait, contesté par une partie de la population, Mohamed Morsi fut renversé par l'armée le 3 juillet 2013, à la suite d'un vaste mouvement de protestation. Morsi aura tenu à peine plus d'un an à la tête de l'Égypte. Le lendemain, Mohamed Morsi était détenu par l'armée, alors que des mandats d'arrêt étaient émis à l'encontre des dirigeants des Frères musulmans. Il est vrai que le président islamiste a accumulé erreur sur erreur et s'est aliéné une partie de la classe politique et des élites libérales.

Adli Mansour, président de la Cour constitutionnelle, prêta serment comme président par intérim. Ce coup de force mit fin à une année d'exercice du pouvoir par les Frères musulmans, une année marquée par de vives tensions et des explosions sporadiques de violences. Sous prétexte d’une montée du chaos, d'ailleurs minutieusement organisée par l’opposition et l’armée, la foule aurait poursuivi le processus révolutionnaire entamé au début de 2011 et aurait chassé le président légitime. Une nouvelle constitution a été adoptée le 15 janvier 2014 après un référendum (98,1 % de OUI); elle succédait à la Constitution de 2012, elle-même suspendue par l'armée égyptienne après la destitution du président Morsi, puis abrogée après avoir été remplacée par celle de 2014.

- Le nouveau président égyptien Abdel Fattah al-Sissi

Depuis le 8 juin 2014, l'Égypte a un nouveau président en la personne du maréchal Abdel Fattah al-Sissi. Il a été élu avec plus de 96 % des suffrages dans un contexte d'abstention supérieure à 50 % et de fraudes massives. Après avoir éliminé toute opposition de la scène politique, al-Sissi a décidé de gouverner le pays de façon autoritaire à un point tel que les spécialistes n’hésitent plus à décrire l’Égypte comme une dictature. Le maréchal-président est parti en croisade contre les Frères musulmans, dont les partisans écopent de condamnations à mort et de peine d’emprisonnement au terme de procès bâclés. Plus de 2500 morts et 15 000 arrestations. Les journalistes et les manifestants sont aussi sévèrement réprimés. L’organisation Human Rights Watch estime que l’Égypte vit sa pire crise des droits de l’Homme depuis les années 1960. La politique de répression du futé maréchal a pour effet premier de radicaliser les islamistes qu'il combat.

De son côté, Washington a fait part de son impatience de travailler avec le nouvel homme fort de l'Égypte pour faire avancer le partenariat stratégique et les nombreux intérêts communs aux deux pays. Abdel Fattah al-Sissi est classé comme un «bon dictateur» par l'Occident, trop heureux qu'il se soit débarrassé d'un gouvernement islamiste. Depuis 1952, l'Égypte a été gouvernée par trois haut-gradés de l'armée : Gamal Abdel Nasser (1956-1970), Anouar el-Sadate (1970-1981) et Hosni Moubarak (1981-2011). Chacun d'eux a commencé avec fanfares et trompettes, a gouverné les mains tachées de sang et a mal fini. Est-ce le sort qui attend al-Sissi?  Probablement, mais il ne le sait pas encore. Trois ans après la «révolution», l’Égypte serait de retour à la case départ.

4 La politique linguistique axée sur l'arabisation

Contrairement à l'Algérie où la politique d'arabisation a été violente, l'Égypte a réussi à arabiser le pays sans trop de perturbation. Ce fut l'affaire de quelques décennies, mais le français et l'anglais, surtout, n'ont pas disparu complètement du paysage égyptien. Même si l'État a été complètement arabisé, les anciennes langues colonisatrices ont conservé certains privilèges dans le domaine de l'éducation et des affaires.

Selon l'article 2 de la Constitution de 1971, modifiée en 1980 (aujourd'hui abrogée), l'islam est la religion de l'État dont la langue officielle est l'arabe:

Article 2 (1971, abrogé)

L'islam est la religion de l'État dont la langue officielle est l'arabe ; les principes de la loi islamique constituent une source principale de législation.

Mais cet article a été reproduit presque intégralement dans la Constitution de 2012:

Article 2 (2012, abrogé)

L'islam est la religion de l'État. L'arabe est sa langue officielle. Les principes de la Charia islamique sont la source principale de la législation.

Et dans la Constitution de 2014:

Article 2 (2014, en vigueur)

L'islam est la religion de l'État. L'arabe est sa langue officielle. Les principes de la Charia islamique sont la source principale de la législation.

Évidemment, dans tous les cas, l'arabe dont il s'agit est l'arabe standard ou arabe classique, non l'arabe égyptien. C'est en vertu de cette déclaration que s'est élaborée la politique d'arabisation.

4.1 La législature et la justice

En ce qui a trait à la législature, l'arabe classique est la langue officielle des débats, mais ceux-ci peuvent se faire en arabe égyptien. Toutefois, les lois ne sont rédigées et promulguées qu'en arabe standard. Aucune loi ne régit l'emploi des langues à la législature et c'est sur la foi de l'article 2 de la Constitution de 2014 que l'arabe, la variété standard, est obligatoire.

Il en est de même dans le domaine judiciaire où seul l'arabe standard est légalement permis, mais les communications orales en arabe dialectal sont autorisées. L'anglais et le français peuvent exceptionnellement être utilisés en la présence d'un interprète. Les seuls documents écrits autorisés sont en arabe standard.

4.2 Les services gouvernementaux

L'arabe égyptien est utilisé couramment dans les communications orales au sein des services gouvernementaux, mais seul l'arabe classique ou standard est permis dans les communications écrites. Ici aussi, il n'existe aucune loi concernant l'emploi des langues dans les services publics. 

Dans le cas des inscriptions gouvernementales, celles-ci peuvent être unilingues arabes classique ou bilingues; dans ce cas, le bilinguisme est plus souvent arabe-anglais, mais le bilinguisme arabe-français est encore fréquent dans le cas des pouvoirs publics plus anciens.

Les plaques identifiant les noms de rues sont fréquemment unilingues arabes, mais le bilinguisme arabe-anglais est de plus en plus la règle et il tend à remplacer progressivement le bilinguisme arabe-français. Le bilinguisme utilisé dépend de la population des villes et des quartiers. Au Caire, la capitale, les noms des rues de plusieurs quartiers sont bilingues (arabe-français ou arabe-anglais); à Héliopolis, le bilinguisme est surtout arabe-français, alors qu'à Alexandrie le bilinguisme arabe-anglais est plus courant; ailleurs, on peut lire des inscriptions bilingues en arabe et en grec ou, par exemple, en arménien, en allemand, etc. Néanmoins, l'anglais est souvent employé seul dans les gares et les aéroports.

Il n'existe que fort peu de textes juridiques égyptiens faisant mention de la langue arabe. En voici un portant sur le défense des consommateurs; il s'agit de la loi no 67 de 2006 (traduite de l'anglais): 

The Consumer Protection Law

Law Number 67 of 2006

Article 3

The manufacturer or the importer – as the case may be – shall place a label on the commodities indicating the specifications required under the Egyptian standards, any other law or the Executive Regulations to this Law.  This label shall be written in the Arabic language, in a legible and clear form and in a manner that achieves the purpose of placing the label all made with reference to the nature of each commodity, the way it is advertised, exhibited or offered for sale.

The service provider shall indicate in a clear manner the data concerning the service being offered, including its price, specifications and characteristics.

Loi sur la protection du consommateur

Loi no 67 de 2006

Article 3

Le fabricant ou l'importateur - selon le cas - doit apposer une étiquette sur les produits de base en indiquant les spécifications exigées selon les normes égyptiennes, toute autre loi ou tout règlement en application de la présente loi.
Cette étiquette doit être rédigée en arabe, de forme lisible et claire, et de façon à respecter l'objectif de placer l'étiquette de fabrication en qui concerne la nature de chaque produit, la manière dont il est annoncé, présenté ou offert pour la vente.

Le fournisseur de service doit indiquer de façon claire les données concernant le service offert, y compris son prix, ses spécifications et ses caractéristiques.

Cette loi découle d'un décret ministériel, no 16/1993, d'imposer l'emploi de la langue arabe sur toutes les étiquettes. 

Un loi de 1975 sur l'acquisition de la nationalité égyptienne donne comme exigence la maîtrise de l'arabe:

Law No. 26 of 1975 Concerning Egyptian Nationality

Article 4

The Egyptian nationality may be granted by decree of the Minister of Interior:

1) To whoever is born in Egypt of a father of Egyptian origin, if he applies for the Egyptian nationality after having made his ordinary residence in Egypt, and is of full age at the time he applies for the nationality.

3) To any foreigner born in Egypt of a foreign father who was also born in it, if such a foreigner belongs to the majority of inhabitants in
a country whose language is Arabic, or religion is Islam, if he applies for the Egyptian nationality within one year form the date he attains full age.

4) To each foreigner born in Egypt and his ordinary residence has been in it on attaining full age, if he applies within one year from attaining full age, for the Egyptian nationality, provided he fulfills the following conditions:

1. That he should be mentally sane and suffering from no disability rendering him a burden on society.

2. That he should be of a good conduct and reputation, and that no criminal penalty or penalty restricting his freedom should have been passed against him in a crime against honor, unless he has been rehabilitated.

3. That he
should be acquainted with the Arabic language.

4. That he should have a legal means of earning his living.

Loi no 26 de 1975 sur la nationalité égyptienne

Article 4

La nationalité égyptienne peut être accordée par décret du ministre de l'intérieur :

1) À quiconque est né en Égypte, d'un père d'origine égyptienne, s'il demande la nationalité égyptienne, après avoir établi sa résidence ordinaire en Égypte et qu'il était d'âge légal au moment où il demandait la nationalité.

3) À tout étranger né en Égypte d'un père étranger né également à l'étranger, si cet étranger appartient à la majorité des habitants dans un pays dont la langue est arabe ou la religion, l'islam, s'il demande la nationalité égyptienne dans un délai d'un an à partir de la date où il atteint l'âge légal.

4) À chaque étranger né en Égypte et y ayant son lieu de résidence ordinaire et atteint l'âge légal, s'il demande la nationalité égyptienne dans un délai d'un an i il s'applique au sein d'un an à partir de la date où il atteint l'âge légal, et répond aux conditions suivantes :

1. Qu'il soit mentalement sain d'esprit et ne souffrant d'aucune déficience le rendant un fardeau pour la société.

2. Qu'il soit de bonne conduite et d'une bonne réputation, et qu'aucune sanction pénale ou pénalité restreignant sa liberté ne doit avoir été adoptée lui dans un crime contre l'honneur, à moins qu'il n'ait été réhabilité.

3. Qu'il doive avoir la maîtrise de la langue arabe.

4. Qu'il doive avoir un moyen légal de gagner sa vie.

4.3 L'éducation

La loi scolaire égyptienne oblige les écoles publiques primaires à n'enseigner qu'en arabe standard, mais elle permet aux écoles privées d'enseigner d'autres langues en plus de l'arabe officiel. Cela signifie qu'il existe plusieurs écoles anglaises et françaises réservées aux classes aisées, puis de rares écoles destinées aux minorités arméniennes ou grecques. 

Pour ce qui est du secondaire, les élèves doivent apprendre une langue étrangère dès le premier cycle: ils ont le choix entre l'anglais et le français. Au second cycle, il leur faut choisir une deuxième langue étrangère: l'anglais ou le français (celle qui n'a pas été choisie au premier cycle), l'allemand, l'italien ou l'espagnol. Près de 60 000 élèves étudient ainsi actuellement dans des écoles de langue française.

Dans les universités, le système est plus souple, même si en principe l'arabe classique reste la langue d'enseignement. En réalité, selon les facultés et les disciplines, l'anglais et le français constituent également des langues d'enseignement universitaire. Par exemple, la médecine, le génie et les sciences en général sont enseignés en anglais, le droit en français; plusieurs facultés dispensent leur enseignement à la fois en français et en anglais.

Ajoutons quelques mots sur l'enseignement de la religion en Égypte dans les écoles égyptiennes dites «civiles», Celles-ci enseignent la religion musulmane ou la religion chrétienne, selon des programmes officiels gouvernementaux. Il n'est pas possible aux parents de dispenser leurs enfants de l'enseignement religieux, ni de choisir la religion de ces derniers. Lorsqu'un des parents est musulman, les enfants sont considérés obligatoirement comme musulmans et éduqués selon cette religion. De plus, il n'existe aucune possibilité d'apprendre une autre religion que celles fixées par l'État. Comme les élèves musulmans, les élèves chrétiens sont obligé d'apprendre la religion chrétienne, selon un programme officiel fixé par une commission choisie par le ministère de l'Éducation et de l'Enseignement. Dans toutes les écoles civiles, cet enseignement occupe trois heures par semaine au cycle primaire (sur un total de 27 à 34 heures d'études), et deux heures dans les cycles préparatoire et secondaires (sur un total de 34 à 39 heures d'études). De façon générale, les élèves apprennent par cœur les leçons d'arabe et les récite de mémoire dans des classes surchargées (entre 60 à 80 élèves). 

Les cours de langue arabe (classique) font une large part à des événements religieux exclusivement musulmans. Par exemple, tout élève chrétien reçoit un peu d'enseignement religieux lorsqu'il suit des cours d'arabe, alors qu'un élève musulman ignore tout de la religion chrétienne. Les manuels de classe utilisés dans les cours d'arabe restent eux aussi fortement influencés par l'islam. Ainsi, dans le préambule d'un manuel d'arabe, on peut apprendre que son objectif est d'«implanter dans le cœur des élèves les hautes valeurs qui approfondissent la foi en Dieu, dans leur religion, leur patrie, leur nation arabe et l'humanité toute entière, en les poussant aux bonnes œuvres et à la bonne conduite». Ces livres comportent tous de nombreux textes tirés du Coran et de nombreux récits du prophète Mahomet. De façon générale, les livres de religion et d'arabe témoignent d'une certaine xénophobie, voire de racisme, et ont recours à des mots comme mécréants, kafirs, moushriks, etc. Bref, on peut dire que les cours d'arabe véhiculent une doctrine religieuse passablement partisane.

Les manuels de religion chrétienne ne font aucune référence à la religion musulmane, ni au Coran, ni à Mahomet ou aux musulmans, mais des références sont faites à la Bible en tant que livre sacré des chrétiens.  Néanmoins, l'élève chrétien doit quand même apprendre et réciter des formules et comprendre des notions purement islamiques qui tendent à démontrer que l'islam est la seule vraie religion.

Il existe de nombreuses écoles privées en Égypte. Ces écoles privées et payantes jouissent généralement d'une grande réputation, car la qualité de leur enseignement est considérée comme meilleure; d'ailleurs, elles sont de plus en plus populaires. On y enseigne, en plus de l'arabe, soit l'anglais, soit le français, soit l'allemand; il existe quelques rares écoles destinées aux minorités grecque et arménienne.  Grâce à l'appui des souverains égyptiens, des congrégations religieuses catholiques ont fondé, entre 1860 et 1910, plusieurs écoles chargées de l'éducation en français des familles aisées. On en compte plus d'une quarantaine aujourd'hui. Ces établissements font partie intégrante du système éducatif égyptien. La spécificité de ces écoles tient à la large place qui est accordée à l'enseignement des langues vivantes, notamment en français qui y est enseigné pendant toute la scolarité, en raison de 10 heures par semaine. Dans ces écoles, la langue d'enseignement des mathématiques et des sciences est le français.

Enfin, le système d’éducation égyptien semble connaître de graves problèmes à tous les niveaux, du primaire jusqu'à l’université. Ces problèmes sont dus principalement au manque de ressources financières et aux classes surchargées (comptant souvent jusqu'à 80 élèves). Dans les régions rurales, les écoles manquent de locaux. Il n'est pas surprenant de constater que le taux d’analphabétisme soit très élevé, surtout en dehors des centres urbains, alors 45 % de la population égyptienne ne sait ni lire ni écrire.

4.4 L'affichage

Jusque dans les années quatre-vingt, il n'y avait aucune réglementation au chapitre de la langue de l'affichage commercial. Étant donné le nombre assez élevé de langues parlées en Égypte (nubien, berbère, anglais, français, arménien, grec, italien, allemand, hébreu, etc.), on retrouvait dans l'affichage une très grande diversité: unilinguisme arabe ou anglais, français, arménien, etc., en passant par toutes sortes de combinaisons de bilinguisme arabe-anglais, arabe-français, arabe-arménien, anglais-français, anglais-grec, etc. 

Cette situation presque anarchique a donné lieu à de violents débats au Parlement en 1986. Plusieurs députés ont voulu faire adopter une loi afin d'interdire dans l'affichage commercial toute autre langue que l'arabe. Les commerçants ont fait valoir leur préférence pour le libre choix dans la langue de l'affichage. Finalement, la même année, le gouvernement a fait publier ce qui semble être un décret. Ce décret de 1986 interdit d'apposer des inscriptions unilingues non arabes sur toute affiche commerciale. Cela signifie que toutes les affiches publiques ou commerciales doivent être rédigées en arabe ou être accompagnées d'une traduction en arabe. Par ailleurs, il ne semble pas y avoir de réglementation concernant l'application du bilinguisme. Dans le domaine de l'affichage et de la publicité commerciales, c'est la liberté complète dans la mesure où l'arabe est obligatoirement présent.

L'anglais est la principale langue employée dans les opérations commerciales en Égypte (y compris sur les billets de banque); aussi l'utilisation conjointe de l'arabe et de l'anglais constitue la forme de bilinguisme la plus courante.

La seconde langue employée dans les cas de bilinguisme commercial dépend soit de la population qui habite les villes ou les quartiers, soit du type de produits manufacturés.

Ainsi, au Caire, le bilinguisme arabe-anglais est très fréquent, ce qui n'exclut pas pour autant l'affichage bilingue avec le français, le grec ou l'arménien; à Héliopolis, les magasins affichent surtout en arabe et en français, alors que, à Alexandrie, le grec, l'italien ou l'allemand sont utilisés également. Dans le domaine de la publicité, les produits français, italiens, allemands ou grecs sont annoncés en deux langues: arabe-français, arabe-italien, arabe-allemand, arabe-grec.

Enfin, il arrive aussi que l'on utilise les anciens hiéroglyphes égyptiens, particulièrement pour la publicité ayant trait à la littérature, la culture ou l'artisanat. De façon générale, le français ne subsiste plus que sur de vieilles enseignes ou dans certains secteurs, tels que les instituts de beauté et les restaurants chics, et dans les quartiers bourgeois.

De plus, les organisations ou institutions religieuses, culturelles ou ethniques affichent généralement dans leur langue. C'est l'usage normal pour les organisations allemandes, italiennes, arméniennes, grecques, hébraïques, etc. Enfin, l'arabe égyptien (dialectal), le berbère et le nubien, bien que parlés couramment par une partie ou l'autre de la population, ne sont jamais employés dans l'affichage.

La situation des langues de l'affichage en Égypte révèle la relative faiblesse de l'arabe classique et de l'arabe standard. D'une part, la majorité des citoyens parlent un arabe dialectal, très différent de la langue officielle, d'autre part, les opérations commerciales sont dominées par les langues européennes (anglais, français, allemand, italien); de plus, l'alphabet latin est devenu un symbole de prestige en Égypte et toutes les raisons semblent bonnes pour recourir à une «langue à alphabet latin». Même les prix des produits sont souvent affichés en chiffres «arabes» occidentaux plutôt qu'en symboles arabes autochtones. En cela, la cas de l'Égypte n'est pas très différent des pays du Maghreb (la Tunisie, l'Algérie et le Maroc).

L'Égypte a su trouver un équilibre entre les besoins de l'arabisation et les nécessités de l'économie et de l'ouverture au monde. Cette ouverture semble manifeste à l'égard de l'anglais et du français. L'État égyptien a même décidé de faire partie des Sommets francophones regroupant 49 États et gouvernements. Toutefois, la question des minorités ne semble même plus se poser. Elles sont simplement ignorées, sans subir de répression. En ce sens, l'État est logique avec l'article 40 de la Constitution qui proclame que «les citoyens sont égaux devant la loi et qu'ils ont les mêmes droits et les mêmes devoirs publics, sans distinction de race, d'origine, de langue, de religion ou de conviction». Le problème, c'est qu'en ayant les mêmes droits que les arabophones les minorités n'ont pas la force d'exercer leurs droits de minoritaires.

Dernière mise à jour: 26 juin 2014
 

Bibliographie

ALDEEB, Sami. «L'enseignement religieux en Égypte et en Suisse», Lausanne, Institut suisse de droit comparé, texte envoyé pour le colloque du 4 mars 2000 organisé par le Mouvement pour les droits de l'homme à Beyrouth,
[http://www.lpj.org/Nonviolence/Sami/articles/frn-articles/enseignement.html].

GAUTHIER, François, Jacques LECLERC et Jacques MAURAIS. Langues et constitutions, Montréal/Paris, Office de la langue française / Conseil international de la langue française, 1993, 131 p. 

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